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22 mai, 2021

Genres, cancel culture, drogues, brevets ou le déconstructionnisme au pouvoir

 

 par Jean-PhilippeDelsol

L’idéologie s’est définitivement emparée de la planète. Mais elle est plus habile que les idéologies précédentes, du marxisme au nazisme et autres formes de socialismes, qui visaient à transformer le monde sans nuance et qui affichaient leurs excès. Désormais, le despotisme qui s’annonce emprunte plus au déconstrutionnisme de Derrida qu’à de vulgaires doctrines de domination de classe ou de race.

A la base, la déconstruction imaginée par Derrida consiste à remettre en cause tous les rapports, intellectuels, littéraires, sociaux, pour les repenser dans l’infinité des sens possibles. Mais déconstruire, c’est aussi effacer les différences, égaliser les concepts et les mélanger, rompre les oppositions ou les distinctions (masculin/féminin, nature/culture, sujet/objet, sensible/intelligible, passé/présent, etc.). Il s’agit donc de faire disparaître les identités, les origines, les repères… Ce qui revient à afficher de nouvelles contradictions et imposer de nouvelles tyrannies. Qu’on en juge :

• La déconstruction des sexes consiste à « dégenrer » le monde. En son nom, les enfants n’ont plus besoin d’un papa et d’une maman. Mais paradoxalement, c’est aussi obliger à de fausses égalités hommes/femmes. Ce 5 mai, une proposition de loi déposée par le groupe La République En marche (LREM) au Palais-Bourbon, a été adoptée par la commission des affaires sociales de l’Assemblée. Elle sera examinée dans l’hémicycle à partir de mardi prochain. Il s’agit de contraindre les entreprises de plus de 1.000 salariés à avoir 30 % de femmes d’ici à 2027, puis 40 % d’ici à 2030 parmi leurs cadres dirigeants et cadres membres des instances dirigeantes. Les comités de sélection de la Banque publique d’investissement (BPI) qui choisissent de soutenir ou non les projets des TPE/PME et ceux de tous les fonds qui investissent dans des start-up, devront comprendre 30 % de femmes. Les enfants n’ont donc pas besoin des deux genres, mais il faut croire que c’est une nécessité pour les entreprises et les « startupers » !

• Ce même 5 mai une mission parlementaire a publié un rapport pour proposer la légalisation du cannabis. Un député a exhibé un joint pour soutenir le projet. Presque en même temps, un policier était tué par des trafiquants de drogue. Il y a quelques semaines, la Cour de cassation a excusé le crime de Mme Halimi parce que son assassin était drogué ! Chacun sait que les drogues sont addictives et que ceux qui commencent avec un joint peuvent finir avec des drogues dures, et que ce sont toujours des poisons qui détruisent le corps, l’esprit et la volonté. Mais les déconstrutionnistes ne veulent pas une politique, ils souhaitent la destruction des politiques qui font la cité.

• Il en va de même au regard de la pression que mettent les gauches extrêmes autant que certains gouvernements, dont celui de Biden, pour supprimer les brevets pharmaceutiques. Prétendument pour favoriser la fabrication des vaccins Covid et leur distribution, une telle mesure n’aura pour effet que de remettre en cause la propriété industrielle et d’attenter à la liberté d’entreprendre, ce qui à terme affaiblira la croissance et nos sociétés. Ça n’aidera guère pour autant la vaccination car la production de ces vaccins est un processus extrêmement complexe qu’il vaut mieux laisser à la main de ses concepteurs dont l’intérêt est de toutes les façons de produire et distribuer le plus possible de vaccins. Mais cette initiative démagogique vise d’abord à détruire l’entreprise privée et le modèle occidental qui a permis la croissance du monde depuis deux siècles.

• Le diable est partout d’ailleurs, jusque chez les GAFA quand Facebook se défend de toute immixtion étatique mais fait pire, si c’est possible, que les États en interdisant l’accès de sa plateforme à un ancien président des États-Unis qui a rassemblé aux dernières élections près de la moitié des voix des Américains. Facebook donne des verges pour se faire fouetter. Pour promouvoir la liberté, il la musèle, sans doute parce que son Comité soi-disant indépendant veut satisfaire à la doxa woke et la cancel culture. Il ne faudra pas qu’il se plaigne d’être démantelé ou nationalisé.

En réalité, le déconstructionnisme est un constructivisme qui détruit l’humanité. Apparemment invoqué pour casser les dominations existantes et faire jaillir la richesse et l’immense diversité des relations entre les êtres, le déconstructionnisme veut que l’organisation sociale, le langage, les textes littéraires ou le savoir ne soient plus ramenés aux opérations d’individus singuliers mais déterminés par des structures objectives et inconscientes. Il veut construire un modèle de pensée et de vie capable d’instituer la déstabilisation permanente en mode de cadre social. Il s’agit de livrer les individus déconstruits à un relativisme sans fin qui recèle toutes les dérives possibles et forme l’anti-progrès dans sa négation même du passé tel qu’il a été vécu. A cet égard, les propos de M. Macron sont particulièrement inquiétants, quand il a affirmé dans une interview en anglais diffusée par la chaîne CBS le 19 avril dernier que pour lutter contre le racisme, nous devons « d’une certaine manière déconstruire notre propre histoire ». Quand la politique et la philosophie sont sens dessus-dessous, le pire est à venir.

 

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