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12 novembre, 2012

La grève


Revue de livre par Emmanuel Martin


Excédés par la pression réglementaire et fiscale qui s’accumule sur leurs épaules depuis tant d’années, et qui s’est nettement intensifiée avec les choix du nouveau gouvernement, le mouvement des entrepreneurs en colère en France a comme un goût de déjà-vu. C’esten effet un peu leur histoire que l’on retrouve dans le roman Atlas Shrugged (« La grève »  en français*) de la philosophe russo-américaine Ayn Rand. Ce livre est devenu un classique pour des millions de lecteurs anglophones.

La corruption du philosophe

Atlas shrugged est une fiction politico-philosophique. Il décrit l’écroulement d’une société par la corruption du politique mais surtout de la… philosophie. On y voit des philosophes verbeux bavasser et distiller des théories incohérentes où les notions de vérité et de réalité n’ont plus leur place. A bien des égards, l’influence philosophique de Rand, qui se fait la critique de ces mouvements philosophiques que l’on nommerait aujourd’hui « post-modernes », vient d’Aristote et du réalisme : l’idée que, dans les sciences humaines et la politique, l’on ne peut pas ignorer certaines lois de réalité, que l’on ne peut pas ignorer qu’une cause produira un effet, que détruire certaines institutions permettant de donner les incitations aux hommes de se conduire en êtres responsables empêchera in fine la société de fonctionner.

Société altruiste ?

Dans Atlas shrugged, le collectivisme qui entend régenter la société et imposer un ordre moral « altruiste» supérieur a pour effet de miner le principe de responsabilité individuelle qui est en réalité le plus sûr guide pour orienter l’activité économique et sociale. La triste ironie est que le collectivisme et ses partisans mettent leurs échecs patents sur le dos du système même qu’ils empêchent de faire fonctionner, et le régentent d’autant pour en corriger les soi-disants  « défauts ». Au prétexte de l’égalitarisme les prix sont contrôlés, et ne véhiculent plus les signaux sur la réalité des raretés, entraînant ici des surproductions, là des pénuries. Les décisions d’investissements sont orientées par la « sagesse» politique et débouchent en fait sur le copinage, la mauvaise gestion et les gaspillages. Peu à peu les entrepreneurs, boucs émissaires par excellence, fuient le pays. Ce sont eux les « Atlas » qui font bouger le monde, qui créent la valeur en innovant dans des techniques et services. Lorsqu’ils fuient, le monde s’écroule.

Rand trouve sans nul doute son inspiration dans son expérience personnelle puisqu’elle avait fui l’URSS dans les années 20. Le côté quelque peu caricatural de ses personnages au début du récit s’efface peu à peu au fil de l’histoire pour laisser apparaître des âmes complexes. Tel Balzac elle capture l’essence d’une comédie humaine moderne, ou « post-moderne » : on y voit des pseudo-intellectuels à la recherche de statut, des politiciens en quête de pouvoir usant d'arguments soi-disant altruistes, des entrepreneurs véreux qui cherchent à se protéger de leurs concurrents grâce à leurs amis politiciens, et, au milieu de ce monde de corrompus, des entrepreneurs intègres qui ont parfois du mal à comprendre ce qui se passe. C'est finalement l'histoire de ces derniers que l'on suit, tels des héros se battant contre un ennemi qu'ils mettent du temps à définir. Les peintures psychologiques dans le récit rendent explicites des intuitions que nous éprouvons tous un jour ou l’autre.

Égoïsme bien compris

Chez Rand, la défense de l’égoïsme contre l’altruisme imposé ne doit pas choquer : elle est en réalité fondamentalement morale. Cette conception de l’égoïsme, bien plus riche qu’il n’y paraît au premier abord, est étonnamment moderne puisqu’on la retrouve chez certains psychologues actuels qui voient les causes de nombreuses pathologies dans la négation de l'individualité autonome. Cette conception se recoupe largement avec la responsabilité personnelle et l’esprit de service. Il y a donc aussi une dimension qui rapproche ici Rand d’Adam Smith : c’est en se concentrant sur soi-même, non par nombrilisme mais par construction de son individualité, tout en comprenant les besoins des autres, qu’on rend bien souvent le mieux service à ces derniers.

Une ressemblance étonnante

Le parallèle entre la société collectivisée en déclin dépeinte par Rand et la situation actuelle n’est pas si osé qu’on pourrait le croire.

A bien des égards en effet la crise depuis 2008 trouve ses sources dans la politisation de relations économiques, dans le détournement de la responsabilité individuelle, aux Etats-Unis comme en Europe. On pense ici bien sûr, lors de la bulle qui a mené à la crise de 2008, à Fannie Mae et Freddie Mac, ces institutions de refinancement hypothécaire qui avaient des objectifs politisés, au delà de toute rationalité économique. On pense aussi au Community Reinvestment Act qui pouvait forcer des institutions de crédit à prêter aux moins favorisés, sous peine d’être poursuivis pour discrimination. Au nom de l’altruisme forcé on a faussé les règles du jeu économique et créé le chaos. De même en corrompant le concept même de monnaie, on a manipulé les taux d’intérêt pour doper l’économie, faisant fi des lois de la réalité qui veut que cela soit l’épargne qui finance la croissance et pas le crédit ex nihilo. Avec des messages répétés de dirigeants de la politique monétaire expliquant que si les gains sont privatisés lorsque tout va bien, les pertes seront mutualisées en cas d’éclatement de bulle (ce qui s’est par la suite effectivement passé), on a gommé la responsabilité professionnelle, essentielle à la finance, et facilité la prise de risque déraisonnable et irresponsable.

Et c'est avec une dose supplémentaire de collectivisme que l'on a répondu à ces erreurs collectivistes. D’où la crise des dettes souveraines, à laquelle on veut répondre à nouveau par des solutions collectivistes. Les eurobonds sont par exemple une institutionnalisation de l’irresponsabilité qui a mené le système au bord du précipice. Qu’est-ce que la crise grecque ? Des politiciens corrompus et une bureaucratie inefficace de privilégiés, baignant dans leur irresponsabilité dans la gestion des deniers publics et cherchant à faire payer les autres pour les conséquences financières de leurs erreurs et leurs privilèges. Et ce, au nom de la « solidarité » !

En France aujourd’hui le gouvernement tue d’un côté le financement privé de l’investissement par une fiscalisation absurde inspirée de la lutte des classes et « offre » (avec l’argent des impôts…) d’un autre côté une structure publique de financement de l’investissement dont les modalités de fonctionnement vont ouvrir à une politisation évidente des choix d’investissement, avec tout ce qui s’ensuivra en matière de décisions irresponsables payées « avec l’argent des autres ». La France a déjà une histoire fournie en matière de « capitalisme de connivence », du Crédit Lyonnais à la Françafrique…

Ainsi, alors que dans de nombreux pays dans le monde on s’enfonce dans le refus des lois de la réalité, dans la promotion accrue de l’irresponsabilité et dans la chasse aux entrepreneurs, lire Atlas shrugged est sans doute salutaire. Les entrepreneurs en colère en France, qui sont attendus à Londres « avec un tapis rouge », se reconnaitront volontiers dans cet ouvrage. Partout en Europe désormais on célèbre le 18 octobre la journée « J'aime ma boîte » : à quand une journée pour les gouvernements, qui pourrait s'intituler « J'aime mes entrepreneurs » ?

*Ayn Rand La grève, Les belles lettres 2011.

09 novembre, 2012

Liberté contre pauvreté

Si on remplaçait tous les programmes visant à combattre la pauvreté par des programmes visant à créer de la richesse, la pauvreté aurait disparue de la planète depuis longtemps.

L'entreprise au coeur du développement : la campagne "Liberté remède contre la pauvreté" d'Audace Institut Afrique


31 octobre, 2012

Droit de propriété et prospérité, les deux côtés d’une même médaille


Le droit de propriété, garant des libertés individuelles, est aussi le seul moyen connu d’assurer la prospérité d’une société. Celles qui éliminent ce droit (ex-URSS, Cuba, Corée du Nord) et qui ne le protègent pas adéquatement (pays Africains, Sud-Américains, etc.) sont condamnées à régresser ou au mieux à végéter.


Une partie importante du cadre dit « institutionnel » concerne la définition et la sécurisation des droits de propriété. Sans cette reconnaissance avec des titres formels (du fait d’inefficacité de l’administration) le capital des individus et des familles reste « mort » : il ne peut être échangé, gagé, investi pour fructifier. En matière de foncier agricole, cette question des droits de propriété est évidemment cruciale : c’est le cœur de la problématique de l’alimentation. Mais c’est aussi le fonctionnement de la justice, et plus généralement « l’état de droit », qui est fondamental pour que les anticipations des acteurs économiques soient stables : sans une justice fonctionnelle, comment passer des contrats de manière sereine ?--- Emmanuel Martin, Un monde libre

Si le droit de propriété est d’une telle efficacité c’est qu’il est basé sur un principe simple : un individu ou une entreprise propriétaire d’un bien a tout intérêt à en assurer la pérennité et à l’utiliser de manière à en augmenter la valeur.

Au contraire, personne n’est responsable d’un bien qui appartient à tous. Bien sûr, on confiera à quelques bureaucrates le soin de veiller à sa bonne utilisation. Mais celui-ci ne récoltera pas les retombées positives de son travail. Pour un bureaucrate consciencieux et entrepreneur, il y en aura neuf négligents. À l’opposé, pour un propriétaire négligent, il y en aura neuf consciencieux.

Malgré cette évidence, les gauchistes persistent à promouvoir des politiques interventionnistes qui grugent dangereusement le droit de propriété.

26 octobre, 2012

How China became capitalist


Revue de livre par Alberto Mingardi


Un nouveau livre de Ronald Coase, 101 ans, est un événement en soi. M. Coase, lauréat du prix Nobel d’économie 1991, a révolutionné la discipline en remettant en question la vision conventionnelle de la nature des entreprises et la façon dont ce qu’on appelle les biens publicspeuvent être fournis. Une de ses principales contributions est le concept de « coûts de transaction », qui sont les coûts encourus par lesindividus pour effectuer un échange économique. En contraste frappantavec la plupart des économistes contemporains, M. Coase n’a pas choisi l’approche compliquée de la construction de modèles, et il ne s’est pas complu dans la collecte de chiffres. Au lieu de cela, M. Coase avoulu analyser la réalité. Il a constamment étudié les marchés pour ce qu’ils sont, plutôt que pour ce qu’ilspourraient être. En ce sens, il est peut-être le plus éminent disciple contemporain d’Adam Smith.

M. Coase ne fait pas partie des économistes les plus prolifiques du 20ème siècle - mais il est certainement l’un des plus influents. Son nouveau livre écrit en collaboration avec Ning Wang, professeur assistant à l’Arizona State University, analyse l’éveil capitaliste de l’économie chinoise. Comment comprendre comment la Chine est devenue capitaliste (How China Became Capitalist), MM. Wang et Coase se plongent dans l’esprit chinois. Les auteurs affirment que « la Chine a toujours été une terre du commerce et de l’entreprise privée », mais n’a embrassé les institutions d’une économie capitaliste moderne qu’ « après un siècle et demi de doute de soi et d’abnégation ».

M. Wang et M. Coase soulignent à quel point le changement institutionnel n’est pas simplement lerésultat de l’interaction entre les différents intérêts. Une étiquette commune des réformes pro-marché en Chine de Deng dépeint une classe dirigeante cherchant désespérément à se maintenir à flot, même au prix de l’édulcoration de sa propre idéologie. Ceux qui souscrivent à cette vision rappellent qu’une telledérive vers le pragmatisme est admirablement illustrée par Deng Xiaoping citant un vieil adage Sichuan : « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape la souri ».

Dans cette tentative sérieuse de comprendre comment les institutions du marché ont percé en Chine ontrouve les faits  têtus de la géographie et de la démographie. La Chine était simplement trop grande pourêtre dirigée comme une économie centralisée. « La centralisation a existé une fois dans la Chine de Mao,mais seulement brièvement ». Cependant, le gouvernement central n’a jamais pu vraiment faire face à lataille du pays, à la grande variété de cultures et de coutumes et à la difficulté à traiter l’information à lavitesse requise. D’une certaine façon, le socialisme chinois a longtemps été aux prises avec le fait,comme l’a souligné Mao, que le territoire est si vaste et la population si grande que la Chine ne pouvaitpas « suivre l’exemple de l’Union soviétique en concentrant tout entre les mains des autorités centrales ».

Durant les années 1980, l’économie chinoise a été transformée par « quatre forces marginales:l’agriculture privée, les entreprises communales et villageoises, l’entrepreneuriat individuel et les Zoneséconomiques spéciales ». Elles ont joué un rôle déterminant dans l’ouverture de la Chine à l’économiede marché mondiale. Shenzhen, dans le sud-est de la province du Guangdong, était une ville pauvre avant de devenir l’avant-garde de l’intégration économique de la Chine. « La Chine serait probablement restéesur la voie voulue du socialisme s’il n’y avait pas eu les révolutions marginales  réintroduisantl’entreprenariat privé dans l’économie ».

Le changement a été tant institutionnel que culturel. Sur le plan institutionnel, la propriété privée a étérestaurée. Sur le plan culturel, le discours politique chinois a redécouvert le rôle de l’épargne, del’autonomie et de l’expérimentation. L’entrepreneuriat requiert la prise de risque. L’avenir est incertain,l’entrepreneur parie donc sur ses prévisions et intuitions.

Il serait fallacieux de comparer les « révolutions marginales » chinoises avec le genre de « thérapie de choc » qui a permis une transition du communisme dans des pays comme la Pologne et la Républiquetchèque. Cependant, ces « révolutions marginales chinoises » ne sont certainement pas moins «choquantes » que la « thérapie de choc » en Europe de l’Est. Pensez à l’ouverture de la bourse de Shanghai en 1990. L’un des plus grands économistes du 20ème siècle, Ludwig von Mises, a faitremarquer qu’il ne peut y avoir de véritable propriété privée du capital, sans un marché boursier et qu’« ilne peut y avoir de socialisme si un tel marché est autorisé à exister ».

Les auteurs ne supposent pas que la Chine est devenue une démocratie libérale, pas plus qu’ils necroient naïvement que son économie puisse être considérée comme véritablement libre. Ilsreconnaissent le caractère oligarchique de la politique chinoise et pointent du doigt un « marché desidées » encore déprimé et censuré comme une tragédie en soi et un obstacle au développement futur.

Comme les auteurs le font observer, il y a là un travail en cours. « Le capitalisme à la chinoise est trèssemblable à la circulation dans les villes chinoises, chaotique et intimidante pour de nombreux touristesoccidentaux. Pourtant, les routes chinoises livrent plus de marchandises et transportent davantage depassagers que dans tout autre pays ». Alors que la Chine est appelée à devenir l’objet de vifs débatsdurant l’élection présidentielle américaine, ce livre, qui met l’accent sur les marchés et l’histoire, devientd’une importance primordiale.

Une revue de livre par Alberto Mingardi le 12 octobre 2012 - Alberti Mingardi est directeur général de l’Istituto Bruno Leoni à Milan et fait partie du Cato Institute à Washington DC. Article orignal publié en anglais dans le Washington Times.

15 octobre, 2012

Les sécheresses, les famines et les marchés


Au cours des siècles, les famines ont décimé des populations entières, mais elles ont aujourd’hui pratiquement disparu.

Comment peut-on expliquer ce phénomène?

Dans le texte qui suit, l’économiste Steven Horwitz, argumente que c’est la mondialisation qui a mis fin à ce fléau.

Contrairement aux prétentions des écolos gauchistes, les bienfaits de la mondialisation dépassent largement les effets négatifs.
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Beaucoup de lycéens lisent Les Raisins de la Colère de John Steinbeck. Dans ce livre, l’auteur décrit le « Dust Bowl » des années 30 et les souffrances qu’ont dû endurer beaucoup d’américains  en raison de la violente sécheresse, de techniques agricoles primitives et de la tempête de poussière qui s’en est suivie au Texas, dans l’Oklahoma et dans d’autres états. Alors que le Midwest américain a été touché par la sécheresse cet été, il est intéressant d’étudier pourquoi les mauvaises récoltes n’ont pas, dans ce cas, conduit à des pénuries de nourriture et à d’autres problèmes graves.

Il est également intéressant de se pencher sur la question de savoir pourquoi les famines, qui se sont produites régulièrement au cours de l’histoire de l’humanité, ont presque disparu depuis à peu près un siècle. La réponse réside dans le marché et la mondialisation. Leur combinaison, pour les raisons explicitées ci-dessous, permet à l’humanité d’être beaucoup moins à la merci du climat et fait en sorte que la nourriture soit acheminée à l’endroit où il faut. Les marchés aident à combattre les famines de deux façons : d’abord, les innovations rendues possibles par la « recherche du profit » et la liberté relative sur les marchés dans le monde occidental ont largement augmenté la productivité agricole. Nous nourrissons avec succès une planète de 7 milliards d’hommes – même si nous voudrions la nourrir mieux encore – et nous le faisons en utilisant  sans cesse moins d’hectares et moins d’agriculteurs. Les Etats-Unis peuvent nourrir leur propre population et même exporter des céréales vers le reste du monde, en dépit du fait que les agriculteurs soient obligés de détourner leur maïs vers l’éthanol subventionné. Nous risquons moins les famines aujourd’hui parce que nous pouvons produire plus de nourriture avec moins de ressources. En cas de mauvaise récolte à un endroit, d’autres grandes récoltes ailleurs viendront compenser le manque.

Signaux de prix

Le deuxième intérêt des marchés en la matière, c’est que les signaux émis par les prix et les profits informent les producteurs sur les endroits où la nourriture manque, fournissant ainsi les incitations pour l’y acheminer. Les prix sont des incitations « enveloppées dans de la connaissance », ce qui leur permet de servir de signaux pour assurer que personne ne manque de nourriture. Certes, la nourriture peut être plus chère durant une sécheresse, mais cela est bien mieux que de n’avoir pas de nourriture du tout, comme c’était le cas fréquemment au cours de l’histoire de l’humanité.



Nous voyons ces processus opérer actuellement. La sécheresse au centre des Etats-Unis a détruit une grande partie des récoltes de maïs dans l’Indiana et dans l’Iowa. Dans le même temps, les agriculteurs des états de Washington et de Virginie n’ont pas été touchés. L’offre raréfiée dans le Midwest a augmenté les prix et signalé aux producteurs des autres états que des opportunités de profit existaient à ces endroits ; les incitations associées à ce signal ont conduit les fermiers à acheminer leurs récoltes où se trouvait la demande. Certes, les prix élevés dégraderont la situation de certains consommateurs, mais le maïs est en fait plus rare, donc les prix plus élevés ne résultent pas du fait que les agriculteurs « exploitent » la sécheresse, mais reflètent une réelle pénurie d’offre.



Les signaux prix peuvent également conduire les producteurs à détourner le maïs de la production non-alimentaire vers la production alimentaire.  Une telle substitution n’est possible que parce que les prix de marché fournissent la connaissance et les incitations nécessaires. Dans un monde sans marché, les producteurs ne pourraient pas avoir accès aussi facilement et efficacement l’information ; et ils n’auraient pas les incitations pour répondre de façon appropriée. Il en résulterait plus de famines.



Mondialisation


Enfin, la mondialisation a quasiment éradiqué les famines. Tous les mécanismes marchands identifiés ci-dessus sont d’autant plus efficaces que le commerce s’accroît. Quand les marchés de marchandises sont mondialisés, les pays faisant face à des sécheresses et à des mauvaises récoltes peuvent se ravitailler auprès du monde entier. Les habitants des Etats-Unis ne sont pas contraints de faire appel aux agriculteurs de l’état de Washington ou de Virginie. Ils peuvent  faire parvenir du maïs du monde entier. Les agriculteurs canadiens, qui ont connu une année plus clémente, voient le prix de leurs exportations vers les Etats-Unis augmenter. Les canadiens vont payer leurs céréales un peu plus cher, certes, mais les prix aux Etats-Unis vont être bien plus faibles qu’ils ne l’auraient été en l’absence d’importations canadiennes.

Comme Pierre Desrochers et Hiroko Shimizu l’ont montré dans leur merveilleux nouveau livre The Locavore’s Dilemma (« Le dilemme du locavore »), la croyance selon laquelle produire et distribuer localement la nourriture augmenterait la sécurité alimentaire est erronée. Le plus important que nous puissions faire pour assurer la sécurité alimentaire face à la sécheresse et aux autres menaces sur les récoltes, c’est de permettre aux marchés de fonctionner librement et d’étendre cette liberté au monde entier.

Nous ne pouvons pas contrôler la météo, la menace de sécheresse est donc toujours présente. Mais nous pouvons libérer le marché, et mondialiser la production de nourriture pour empêcher les désastres humains  que sont les famines quand les récoltes échouent. La victoire sur les famines constitue l’un des grands accomplissements de l’Homme au cours du dernier siècle. Le fait que personne ne meurt de faim aux USA en raison de la sécheresse de cet été est une preuve de cette victoire. Ne laissons pas les forces du « locavorisme » ruiner ces progrès.

Steven Horwitz est professeur d’économie à l’Université de St Lawrence aux États-Unis. Une version decet article a paru initialement en anglais sur www.thefreemanonline.org. Traduction www.UnMondeLibre.org.

17 septembre, 2012

La délocalisation, facteur de création de richesses


On ne le répétera jamais assez, contrairement aux affirmations de la gauche, la délocalisation est bénéfique à l’économie et à la création de richesses.
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Tyler Watts, 29 août 2012

En période d’élections la controverse sur les délocalisations fait rage. Beaucoup d’électeurs croient que les entreprises qui délocalisent leur production, sont, d’une manière ou d’une autre, responsables de pertes nettes d’emplois dans le pays. En réalité, les délocalisations sont loin d’être à l’origine des difficultés économiques. Elles sont consubstantielles à toute économie de marché développée. La délocalisation, en un sens, est à la source de toute richesse.

Pour démasquer les idées fausses qui entourent cette controverse, commençons par une définition.  Délocaliser signifie « embaucher des travailleurs étrangers, plutôt que des travailleurs nationaux, pour réaliser une tâche particulière ». Pourquoi un entrepreneur adopterait-il cette stratégie ? Il devrait être assez évident que le travail étranger coûte moins cher (cet état de fait peut être spontané ou peut résulter de l’intervention de l’Etat.)

Cette externalisation permet donc à l’entreprise de vendre ses produits à des prix plus faibles et à ses actionnaires de toucher des profits plus élevés. Cela indique que l’entreprise crée plus de valeur avec la même quantité de ressources. Pour défendre une stratégie de délocalisation, un dirigeant d’entreprise pourrait s’exprimer de la façon suivante : « c’est économiquement bénéfique pour nos clients et nos actionnaires. »

Qu’en est-il du sort des travailleurs ? Les médias sont obnubilés par un aspect particulier du phénomène, les « délocalisations d’emplois nationaux à l’étranger ». Même s’ils reconnaissent les gains pour les consommateurs (des prix plus faibles) et pour les actionnaires (des profits plus élevés), nombre de commentateurs prétendent que ces gains sont compensés par des pertes d’emplois nationaux.

Rotation des emplois

Tout d’abord, il faut reconnaître que, dans une société libre, les travailleurs n’ont aucun droit à conserver leur emploi. La plupart des emplois sont des arrangements contractuels qui peuvent être rompus par la volonté des parties, à n’importe quel moment et pour n’importe quelle raison. Les travailleurs perdent leurs emplois, pour diverses raisons, et en trouvent de nouveaux, même pendant une récession. Les licenciements massifs associés aux délocalisations ne sont pas différents économiquement, ils sont simplement plus visibles, et, partant, sont davantage la cible des hommes politiques démagogues, particulièrement pendant une récession.

Il ne faut pas pour autant ignorer le malaise des travailleurs, quelle qu’en soit la cause. Le processus d’ajustement associé à l’externalisation peut être douloureux. Ce n’est jamais facile pour les individus de trouver de nouvelles opportunités d’emploi, d’autant plus que dans ce cas un grand nombre de travailleurs se retrouvent sur le marché du travail et cherchent un emploi au même moment. Les coûts de réajustement sont particulièrement élevés pour les gens avec des obligations familiales et des attaches locales fortes. Les ménages surendettés rencontrent également des difficultés pour migrer. Se former à un nouveau métier est particulièrement difficile pour les personnes d’un certain âge. Les histoires tragiques abondent, et les hommes politiques les utilisent avec talent pour faire passer des lois et des programmes visant à interrompre le processus du marché dans le but de « sauver des emplois nationaux ».

Mais le changement économique ne se produit pas pour rien ! Sur un marché libre, lorsqu’une stratégie d’externalisation devient viable, les forces du marché indiquent aux entrepreneurs, aux travailleurs, aux propriétaires des ressources, que les vieilles méthodes de production, les anciens emplacements, les vieilles habitudes, ne sont plus d’actualité. De meilleures méthodes sont disponibles désormais. Pour le bien de l’humanité, pour profiter des plus grandes opportunités mondiales, il faut réorganiser la production. Beaucoup de gens sont désormais capables de produire à un moindre coût ailleurs ce que les gens produisaient ici. Cela signifie que les travailleurs locaux doivent trouver une autre occupation, se déplacer de région, se diriger vers une autre industrie, mettre à jour leurs compétences etc.

Les échanges

Bien sûr, le marché n’est pas une personne et n’a pas d’objectif à proprement parler. Lorsque nous parlons du marché, nous nous référons à une forme d’organisation des échanges, de la production, de la spécialisation, qui relie d’innombrables individus à travers le monde. Pourtant l’intuition centrale de la science économique est que, lorsque les gens poursuivent leur intérêt propre, les « forces du marché » font en sorte que la valeur de ce qui est produit à travers l’espace du marché (ici, le monde) est maximisée. Les échanges internationaux sont centraux et font partie intégrante de ce processus de marché. On appelle délocalisation le fait que des grandes entreprises réorganisent certains processus de production au-delà des frontières nationales arbitrairement définies. Le terme évoque le personnage de Gordon Gekko, l’avide banquier du film Wall Street, ou de dirigeants d’entreprise véreux dans une salle de conférence, riant des profits énormes qu’ils pourraient réaliser en transférant leur production de gadgets de Chicago à Shanghai.

Mais en réalité, le progrès économique s’accompagne toujours de délocalisations. Nous « délocalisons » tous constamment ! Quand le client d’un supermarché préfère une bière allemande ou un café colombien à un produit national, peu de gens l’accusent de délocaliser (mis à part les militants « localistes »). Pourtant le consommateur s’engage dans un échange impliquant une production lointaine. N’est-ce pas un acte de délocalisation quand j’achète un livre en ligne en provenance de Boston, ou un costume en provenance de Seattle ? La délocalisation est partout !

Pour comprendre l’importance de la délocalisation, considérez un monde où cette stratégie serait absente. Dans ce monde, tout – je dis bien tout ! - ce que vous utilisez doit être acquis dans une zone proche de l’endroit où vous vivez. Comme l’économiste Russ Roberts l’a souligné, nous avons déjà tenté l’expérience : cela s’appelait le Moyen Âge, et la vie y était « désagréable, brutale et brève ». Les progrès économiques des siècles récents ont été accompagnés d’une délocalisation, d’une externalisation croissante de l’activité, ce qu’Adam Smith appelait l’élargissement de la « division du travail », et David Ricardo « l’avantage comparatif ». Nous avons « délocalisé » la plupart de notre production de nourriture, du champ derrière notre cabane vers la grande ferme industrielle qui utilise un outillage sophistiqué, l’ingénierie génétique et les procédés chimiques, eux-mêmes dépendants d’un processus de production hautement spécialisé, délocalisé à travers le monde.

Nous avons délocalisé notre production de vêtements, abandonnant le métier à tisser familial au profit de l’industrie textile, qui elle-même a connu une délocalisation du nord de l’Angleterre vers la Nouvelle Angleterre, puis vers le sud des Etats-Unis, et désormais vers l’Asie. Nous avons délocalisé la production de loisir, abandonnant le troubadour du village au profit des grands studios d’enregistrement et désormais, grâce à Internet, au profit de multiples spécialistes à travers le monde.

La croissance de la productivité

La liste pourrait être étendue infiniment. Tout au long del’histoire, la croissance de la délocalisation s’est traduite par une croissance de la productivité, une croissance des opportunités et des accomplissements humains, une croissance du niveau de vie. Ce n’est pas une coïncidence. La science économique montre que la délocalisation n’est pas un fléau pour la santé économique d’un pays : c’est un composant indispensable du progrès économique.

La science économique souligne que le problème central est la rareté, et non la délocalisation, qui est au contraire (une partie) de la solution. Les hommes politiques et toutes les personnes favorables au progrès économique, devraient réfléchir à des politiques qui permettraient aux entrepreneurs, aux travailleurs, et aux propriétaires des ressources de mieux s’insérer dans l’économie mondiale, qui, fort heureusement, est de plus en plus interconnectée.

Tyler Watts, le 29 août 2012 - Tyler Watts est professeur assistant d’économie à l’Université d’état de Ball. Cet article est une version de l’article original paru sur www.TheFreemanOnline.org.

05 septembre, 2012

Le mirage du protectionnisme


Malgré les nombreux exemples démontrant le contraire, il existe toujours quelques irréductibles pour prétendre que le protectionnisme favorise le développement économique.

Le protectionnisme sert surtout les politiciens populistes et peu scrupuleux. Partout et toujours, il est populaire de prétendre protéger des emplois, mais ce qui peut être vrai à court terme conduit inévitablement au désastre à long terme.

Donc, il est toujours nécessaire de dénoncer le mirage du protectionnisme pour contrer l’appel irrésistible des charlatans qui en font la promotion.
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Geoffroy Helgé

La plupart des économistes s’accordent sur le fait qu’il est préférable pour un pays de s’ouvrir à l’économie mondiale plutôt que d’ériger des barrières commerciales. En générant des gains de productivité associés à la division du travail et à la spécialisation, le libre-échange augmente le niveau de vie des habitants du pays qui l’adopte. Le protectionnisme, en revanche, affaiblit la concurrence et tarit les incitations à innover.

Cependant, malgré le relatif consensus autour de cette question, certains économistes hétérodoxes contestent ces conclusions. Le protectionnisme, selon eux, ne serait pas aussi nuisible que le prétendent les économistes libre-échangistes. Au contraire : en protégeant ses entreprises inexpérimentées de la concurrence mondiale, un pays peut encourager l’industrialisation et la croissance économique.

Selon ces économistes, l’histoire économique américaine confirmerait cette thèse. L’économiste coréen Ha-Joon Chang, l’un des principaux partisans du protectionnisme aujourd’hui, affirme que « Les Etats-Unis, superstars économiques de la fin du XIXe siècle, ont suivi des recettes politiques allant totalement à l’encontre de l’orthodoxie néolibérale actuelle ». Jacques Sapir, héraut de la « démondialisation » en France, affirme également que « les Etats-Unis doivent, dans une très large mesure,  leur expansion, après la Guerre de Sécession, à un protectionnisme ombrageux doublé d’une forte intervention publique ». Marc Rousset note sur son blog que « les Etats-Unis pratiquèrent un protectionnisme virulent, avec des tarifs douaniers de l’ordre de 50%. C’est avec cette stratégie qu’ils connurent le taux de croissance le plus élevé au monde et accédèrent au leadership mondial ». [1]

Qu’en est-il ? Il est vrai qu’aux Etats-Unis, à la fin du XIXe siècle, le droit de douane moyen appliqué aux produits manufacturés était l’un des plus élevés au monde, autour de 40 ou 50% selon la plupart des estimations. Il est vrai également que les Etats-Unis connurent pendant cette période une forte croissance économique, rattrapant la Grande-Bretagne en termes de PIB réel par habitant.

Mais corrélation n’est pas causalité. Que des droits de douanes élevés aient coïncidé avec une forte croissance n’implique pas qu’ils aient été à l’origine de cette croissance. En réalité, il existe de bonnes raisons de penser que le développement économique de la fin du XIXe siècle s’est produit en dépit du protectionnisme.

Pour le comprendre, il faut revenir aux sources de la croissance américaine durant cette période. Douglas Irwin, qui a étudié cette question dans son article “Tariffs and Growth in Late Nineteenth Century America”, a montré que la croissance était essentiellement tirée par l’accumulation du capital dans les secteurs produisant des biens non échangeables internationalement, comme les chemins de fer et l’industrie du bâtiment. Or, par définition, les secteurs produisant des biens non échangeables ne sont  pas concernés par les droits de douanes. Par conséquent, le protectionnisme ne peut pas avoir été à l’origine de la croissance.[2]

Irwin montre également que, non seulement le protectionnisme n’a pas été à l’origine du développement économique, mais qu’il lui a été nuisible. En renchérissant le prix des biens d’équipement importables(machines-outils, engins à vapeur…), les droits de douanes ont comprimé l’investissement et l’accumulation du capital, sources essentielles de la croissance de cette époque. Selon Bradford De Long, « les effets nocifs des droits de douanes sur l’investissement étaient extrêmement importants pour la croissance du XIXe siècle. Sur le long terme, une réduction de la part de l’investissement réel dans le produit national de 2 à 4% entraine une réduction du ratio capital-produit de 10 à 20% - et une réduction de la productivité et du salaire réel de 5% ou plus. » [3]

Enfin, les protectionnistes oublient que les Etats-Unis représentaient alors l’une des zones de libre échange intérieur les plus étendues de la planète. En son sein, les mouvements de marchandises et de capitaux étaient libres ; des entreprises y sont nées et s’y sont développées en l’absence de protection contre les concurrents plus expérimentés. Comme le rappelle Gottfried Haberler, « un puissant centre industriel a été établi en une courte période dans le Middle West américain, sans aucune protection contre les industries établies des Etats de l’est, bien que ces derniers bénéficiassent des avantages énumérés par [les partisans du protectionnisme éducateur]. » [4]

En résumé, si les partisans du protectionnisme cherchent une illustration pour appuyer leur thèse, ce n’est pas vers l’histoire économique des Etats-Unis qu’ils doivent se tourner.

Notes

[1] Chang (Ha-Joon), 23 things they don’t tell you about capitalism, 2011
Sapir (Jacques), « Libre-échange, croissance et développement : quelques mythes de l’économie vulgaire », Revue du MAUSS, 2007/2 (n° 30)
Rousset (Marc), « Les Etats-Unis ont accédé par le protectionnisme au leadership mondial », 9 février2012
[2] Irwin (Douglas), “Tariffs and growth in late nineteeth century America”, The World Economy, Volume 24, 1, 2001
[3] Cité par Irwin, ibid.
[4] Haberler (Gottfried), International Economics, 1936, p.283

03 septembre, 2012

Why Nations Fail


Reue de livre par Geoffroy Helgé

Si les pays riches sont riches, c’est qu’ils disposent d’institutions « inclusives », propices à l’accumulation du capital, à la prise de risque, à l’innovation. Ces institutions inclusives sont respectueuses de la propriété privée. Elles reposent sur un système juridique impartial et sur des services publics qui fournissent aux individus l’opportunité d’échanger et de contracter (p. 75). Selon les auteurs, le respect  des droits de propriété est central, « puisque seuls les individus dont la propriété est garantie vont être disposés à investir et à augmenter la productivité. » (p. 75)

Depuis trente ans, les politiques publiques du Québec s’éloignent des principes fondamentaux qui permettraient à la société québécoise de s’enrichir. Si le PQ reprend le pouvoir demain, la glissade du Québec vers la pauvreté va malheureusement s’accélérer.
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Revue de "Why Nations Fail", de Daron Acemoglu et James Robinson

En 2012, le Norvégien moyen est cent fois plus riche le Zimbabwéen moyen. Le Norvégien moyen bénéficie également d’une alimentation plus variée, est en meilleure santé et vit plus longtemps. A la naissance, une femme norvégienne peut espérer vivre 83 ans ; une femme zimbabwéenne, 49 ans. Contrairement à la plupart des Zimbabwéens, les Norvégiens ont à leur disposition des infrastructures de qualité, des routes, l’électricité, l’eau courante, et ont largement accès à Internet. Pourquoi de tels écarts existent-ils ? Pourquoi, plus généralement, les Occidentaux bénéficient-ils d’un revenu et d’un niveau de vie plus élevés que la plupart des Africains, des Sud-Américains ou des Indiens ?

Dans un livre paru récemment, Why Nations Fail (2012, Crown Business, 509 p.), Daron Acemoglu, Professeur d’économie au MIT, et James Robinson, Professeur de sciences politiques à Harvard, tentent de répondre à ces questions.

Selon eux, l’origine des inégalités dans le monde est institutionnelle. Leur thèse centrale est que « les pays diffèrent économiquement parce que leurs institutions, c’est-à-dire les règles qui influencent la façon dont une économie fonctionne et les incitations qui motivent les individus, diffèrent. » (p. 73)

Si les pays riches sont riches, c’est qu’ils disposent d’institutions « inclusives », propices à l’accumulation du capital, à la prise de risque, à l’innovation. Ces institutions inclusives sont respectueuses de la propriété privée. Elles reposent sur un système juridique impartial et sur des services publics qui fournissent aux individus l’opportunité d’échanger et de contracter (p. 75). Selon les auteurs, le respect  des droits de propriété est central, « puisque seuls les individus dont la propriété est garantie vont être disposés à investir et à augmenter la productivité. » (p. 75)

Symétriquement, les pays pauvres sont pauvres car leurs institutions sont « extractives ».  Dans ces pays, « des élites politiques étroites organisent la société à leur propre profit et aux dépens de la grande majorité des gens » (p. 3); les groupes au pouvoir mettent en place des règles qui leur permettent d’accaparer les richesses produites. Sachant qu’une grande part du fruit de leur travail peut être expropriée, les habitants de ces pays ne sont pas incités à innover. Certes, il est possible qu’un pays disposant de telles institutions croisse temporairement. L’Empire Maya et l’URSS ont crû pendant un temps, par exemple. Mais cette croissance ne peut pas être durable car elle ne repose pas sur l’innovation et la destruction créatrice (pp. 124-152).

Selon les auteurs, les autres explications qui ont été apportées pour comprendre les inégalités de richesse dans le monde ne sont pas crédibles (pp. 45-69). L’hypothèse géographique, selon laquelle certaines nations sont pauvres car elles sont situées dans des zones où le climat serait défavorable à l’activité économique, ne tient pas : « l’histoire montre qu’il n’y a pas de relation durable entre le climat et la réussite économique. » (p. 50) Il n’existait aucune différence climatique entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest avant la réunification, par exemple. Il n’existe pas non plus de telles  différences entre le Nord du Mexique et les états du Sud des Etats-Unis.

La culture est-elle une candidate plus crédible ? Guère plus (pp. 56-63). Les habitants des deux Corées partageaient une culture et une histoire identiques au moment de la séparation au niveau du 38e parallèle après la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, aujourd’hui, la Corée du Sud est un des pays les plus prospères d’Asie, alors que les Nord-Coréens souffrent de la pauvreté extrême. De la même manière, en Chine, aucun changement culturel n’a été nécessaire pour que la productivité agricole bondisse après que Deng Xiaoping ait introduit le « système de responsabilité des ménages » en 1978. Seuls les changements institutionnels peuvent expliquer ces évolutions économiques, selon les auteurs.

Les auteurs consacrent la plupart des chapitres à illustrer leur thèse centrale à l’aide d’exemples historiques. Le cas du Botswana est particulièrement éloquent (pp. 404-414). En dépit du protectorat britannique, le peuple Tswana a su entretenir une tradition démocratique inclusive, encourager la participation d’une grande partie de la population au processus politique et contraindre le pouvoir des chefs. Après l’Independence en 1966, « le gouvernement a mis en place des institutions politiques assurant la respect des droits de propriété, assurant la stabilité macroéconomique, et encourageant le développement d’une économie de marché inclusive » (p. 410). La découverte de gisements de diamant dans cette zone n’a pas altéré ces évolutions. Aujourd’hui, le Botswana est l’un des pays les plus riches d’Afrique et sa forte croissance est souvent considérée  comme miraculeuse. En vérité, ce succès n’a rien de miraculeux : les institutions l’expliquent.

L’évolution politique du Sierra Leone offre un contraste flagrant (pp. 335-344). A partir de 1896, les Britanniques ont installé dans cette région d’Afrique de l’Ouest une économie basée sur l’expropriation des fermiers. Après l’Independence, plutôt que de se tourner vers les règles du marché, les élites politiques, autours de Siaka Stevens, ont entretenu le système extractif mis en place par les Britanniques. Les dirigeants locaux y décident de l’allocation des fermes ; la propriété terrienne n’y est bien souvent assurée que pour les gens proches du pouvoir (p. 339). En raison du manque d’incitation à investir que ce système fournit, la productivité agricole et le revenu par habitant y sont parmi les plus faibles d’Afrique.

Acemoglu et Robinson apportent également des éclairages sur l’histoire économique de l’Occident. La théorie des auteurs leur permet, par exemple, de se positionner dans le débat relatif aux origines de l’industrialisation en Angleterre (chapitre 7). Si l’Angleterre a été la terre d’accueil des innovations techniques et du décollage industriel au XVIIIe siècle, c’est en raison des institutions inclusives qui y étaient en place à cette époque. A cet égard, la Glorieuse Révolution de 1688 a joué un rôle central :

« Ces institutions économiques ont été construites sur les fondations posées par les institutions politiques inclusives permises par la Glorieuse Révolution. C’est la Glorieuse Révolution qui a renforcé… les droits de propriété, amélioré les marchés financiers, sapé les monopoles d’Etat sur le commerce extérieur et supprimé les barrières à l’expansion de l’industrie. »(p. 208)

Cette interprétation, largement basée sur les travaux de Douglass North (comme Acemoglu et Robinson le reconnaissent, page 471), a été vivement attaquée ces dernières années.

Selon l’historien Gregory Clark, les institutions inclusives étaient présentes en Angleterre dès le Moyen Âge, bien avant 1688. Dans l’Angleterre du Moyen Âge, les impôts et la dette publique étaient faibles, les prix étaient stables,  la propriété était sécurisée, la sécurité personnelle était assurée et la mobilité sociale n’était pas entravée (G. Clark, A farewell to alms, 2007, pp. 145-165). L’interprétation d’Acemoglu et de Robinson ne permet donc pas d’expliquer pourquoi l’industrialisation ne s’est pas produite avant le XVIIIe siècle. Robert Allen (A very short introduction to global economic history, 2011, pp. 28-29) va plus loin en affirmant que les lois votées par le Parlement après la Glorieuse Révolution ont été moins inclusives, qu’elles ont conduit à un renforcement des pouvoirs de l’Etat. Deirdre McCloskey (The Bourgeois Dignity, 2010, pp. 311-345) a également soumis la thèse de Douglass North sur laquelle s’appuient les auteurs à une critique systématique.

Il est regrettable qu’Acemoglu et Robinson (qui n’ignorent certainement pas cette littérature) n’aient pas jugé bon de défendre leur thèse face à ces arguments. Il aurait été intéressant que, sur les 500 pages de l’ouvrage, quelques lignes soient accordées à ce débat.

D’autant plus que les auteurs pêchent par excès de détails sur certains points mineurs. De nombreux éléments factuels sans grande importance sont mentionnés et allongent inutilement la lecture. Est-il bien nécessaire, pour la compréhension de la thèse, de savoir qu’au Nigéria oriental, l’oracle d’Arochukwa avait pour habitude d’accueillir les chalands dans une large grotte bordée de crânes humains (p. 254) ? Ou que l’Empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié, trop petit pour le trône impérial, utilisait des coussins pour faire reposer ses pieds (p. 358) ?

Mais ces défauts n’ôtent pas les mérites de l’ouvrage. Why Nations Fail est un excellent livre. Il offre une grille d’analyse originale de l’histoire économique du monde et des problèmes auxquels font face aujourd’hui les pays en développement. Contrairement à bien d’autres ouvrages portant sur ces questions, il n’attribue pas la pauvreté au « Consensus de Washington », au capitalisme, ou à une insuffisance de l’aide internationale. Au moins pour ces raisons, il mérite d’être lu.

Par Geoffroy Helgé, le 25 août 2012.

29 août, 2012

Comment éviter la prochaine crise économique?


Selon l’économiste Pascal Gray, le keynésianisme est la principale cause des crises économiques. Malheureusement, les politiciens continuent de s’en inspirer parce que c’est politiquement rentable.
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Comment éviter la crise qui vient ? Ou plutôt comment sortir des solutions qui nous ont conduits à la crise de la dette souveraine ? Dans les semaines qui viennent, un grand nombre de décideurs publics vont nous expliquer que la sortie de la Grèce de l’euro n’est pas si grave et que cette issue était prévue. Ils vont nous dire que la situation est maîtrisée et que les politiques qu’ils vont mettre en œuvre à l’avenir vont nous sauver.

Le problème est que depuis qu’une grande majorité de nos décideurs politiques sont convertis au keynésianisme ils ont toujours affirmé des lois économiques erronées :

1. Les crises que traverse le capitalisme sont le fruit d’une insuffisance de la demande globale.

2. Seule une relance de cette demande globale peut éviter à l’économie d’un pays de sombrer dans une dépression et/ou récession.

3. Seul le gouvernement est capable de pratiquer la politique budgétaire et le dosage monétaire pour atteindre cet objectif de croissance de la demande globale.

4. La coordination des politiques économiques entre les pays d’une même zone économique peut permettre à ces pays de traverser une crise en atténuant les effets néfastes de celle-ci.

Nous le voyons le schéma économique utilisé par l’ensemble des gouvernants du monde entier est totalement biaisé.

Revenons sur un point d’histoire. Keynes dans les années 1920 ayant perdu une fortune en Bourse a voulu en quelque sorte prendre sa revanche en tentant de bâtir une théorie qui lui permettrait de récupérer sa fortune en devenant le serviteur zélé des décideurs politiques en leur permettant de justifier l’interventionnisme politique dans l’économie. Pour Keynes l’épargne était une fuite dans le circuit économique et constituait un frein à l’augmentation de la demande globale. Il fallait, selon lui, tout faire pour augmenter la propension à consommer. Les gouvernements pouvaient alors mettre en place une politique de relance de la demande globale en dépensant l’argent du contribuable dans les politiques de soutien à la consommation, de soutien à l’investissement. Ces politiques permettaient à ceux qui en bénéficiaient de dépenser plus et par conséquent de soutenir la croissance de l’économie.

Ne croit-on pas entendre là les partisans actuels de la mise en place de politiques de relance en Europe ? Est-il bien raisonnable de présenter les faits aussi simplement et surtout sans voir que dès le départ le raisonnement est vicié !!

En fait Keynes a tout simplement oublié que l’épargne n’était qu’un renoncement à une consommation présente et était réservée à une consommation future. Ce partage entre consommation présente et consommation future est capital, car il est la base sur laquelle va se former le taux d’intérêt originaire. Si la préférence pour la consommation présente est forte alors l’épargne est peu abondante. L’offre de fonds prêtables est faible par rapport à la demande de fonds prêtables qui n’est autre que la demande d’investissement pour l’avenir. La productivité ne va pas augmenter significativement dans ces phases où les investissements ne peuvent pas être financés. La rentabilité attendue pour les investissements sera donc élevée et par conséquent un grand nombre d’investissements ne remplissant pas ces conditions de rentabilité seront reportés.

Mais au fur et à mesure les décisions des acteurs de l’économie se modifieront et l’épargne augmentera à nouveau permettant un abaissement du taux d’intérêt originaire qui entraînera dans son sillage la réalisation d’investissements reportés précédemment, la productivité augmentera et le prix de certains biens jusque-là élevé finira par baisser. Cette baisse du taux d’intérêt et cette élévation de la productivité permettront le déclenchement de cette fameuse croissance que tout le monde attend. On le voit le schéma ici est plus conforme à ce que connaissent les vrais acteurs de l’économie : les entrepreneurs, les consommateurs, les épargnants.

Les crises que nous avons traversées depuis la Première Guerre mondiale n’ont jamais résulté d’une insuffisance de la demande globale mais plutôt d’une manipulation de la monnaie et du crédit à des fins politiques de guerre ou de relance. Car en abaissant artificiellement le taux d’intérêt les autorités monétaires envoient de faux signaux aux investisseurs qui vont alors prendre des décisions fondées sur ces faux signaux. Une fois que ces autorités monétaires penseront que nous allons entrer dans une phase de « surchauffe », elles vont procéder à une élévation du taux d’intérêt : cela aura pour effet de révéler la fausseté des décisions prises dans la phase précédente. Les crises récentes de la Bulle internet dans les années 2000 et de la crise dite des « subprimes » relèvent de ces schémas. La crise de la dette souveraine n’est que l’aboutissement de ces politiques budgétaires et monétaires laxistes.

Rappelons-nous aussi de Keynes qui parlait de l’Or comme une « relique barbare ». Là encore c’était une erreur, car pendant l’étalon or véritable entre 1880 et 1914 l’économie se développait en adéquation avec ce partage épargne / consommation. A partir de 1914 et le passage à l’étalon de change or où seuls la livre sterling et le dollar étaient convertibles, les choses ont commencé à se compliquer et les autorités monétaires ont commencé à s’organiser afin de mettre en place le système de réserves fractionnaires à l’origine de l’effondrement actuel de l’économie mondiale.

Pour en finir définitivement avec les crises, il est impératif de revenir à des bases saines : un étalon or et une concurrence monétaire ainsi qu’un équilibre permanent des finances publiques sans recours à l’endettement et sans recours à l’inflation.

Dire qu’une solution à la crise actuelle n’existe pas relève tout simplement analyse économique erronée et prétendre que la solution de l’étalon-or n’est pas possible fait tout simplement preuve de la mauvaise foi des décideurs politiques.

Nous pouvons sortir de la crise et nous pouvons le faire par le haut en rétablissant l’étalon-or avec pour conséquence des finances publiques assainies et des acteurs économiques pouvant fonder à nouveau leurs décisions sur de vrais signaux pour leur épargne et pour leur consommation.

Alors si nous souhaitons véritablement sortir de la crise mobilisons-nous pour un retour rapide à l’étalon or et pour une vraie économie de marché au service de tous.

Pascal Dray - Le 3 juillet 2012. Pascal Dray est chef d'entreprise et docteur en économie. Cet article a été initialement publié sur Le cercle des échos.

27 août, 2012

Québec : la grande hypocrisie de la transparence


Dans le texte qui suit, Emmanuel Martin dénonce l’hypocrisie des politiciens français. Le texte s’applique aussi aux politiciens québécois et pourrait s’intituler « Québec : la grande hypocrisie de la transparence ».
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Alors que la hausse du prix du pétrole combinée à une baisse de l’Euro  fait augmenter les prix à la pompe, le Ministre français de l’Économie Pierre Moscovici a annoncé le 9 août  la création d’une« mission d’analyse et d’inspection sur la formation et la transparence des prix de la filière pétrolière ».  Le Ministre a pu ajouter dans son entretien au quotidien Nice-Matin que « Les Français peuvent avoir confiance, nous agirons dans leur intérêt avec comme préoccupation leur pouvoir d'achat ». Quand on sait que les taxes constituent en gros les deux tiers du prix à la pompe et, donc, si l’on compte bien, que le niveau de taxation sur le carburant tourne autour de… 200% (!), les propos du ministre prennent un caractère assez comique : l’État se fiche-t-il de nous ?

Du carburant aux indemnités parlementaires…

Avant de chercher à incriminer des acteurs de la filière, producteurs de service, et qui au total ne récupèrent qu’un tiers du prix à la pompe, l’État ferait bien de balayer devant sa porte. Si le Ministre voulait vraiment la transparence, il commencerait sans doute par demander aux pompistes d’indiquer sur le ticket de caisse la part « taxes » dans le prix du carburant. Voilà une grande avancée vers la transparence :que le consommateur sache que sur chaque plein d’essence qui lui coûte 60€, en gros 40€ sont des taxes. Avec cette information, le réflexe naturel de l’automobiliste serait alors de se dire que pour protéger son pouvoir d’achat, avant de discuter de blocage des prix, l’État ferait bien par commencer à baisser les taxes sur le carburant, disons… à « seulement » 100%.

Mais on sait depuis Colbert que « l’art de la taxation c’est de plumer l’oie sans qu’elle ne criaille ». Que la formule ait marché sous l’absolutisme royal passe encore. Mais de nos jours, ce maintien délibéré des citoyens dans l’ignorance est parfaitement anti-démocratique. La démocratie suppose la reddition des comptes. Elle est une forme de contrat « impôts contre service public ». Si le contrat est illisible, le contrôle citoyen ne peut se faire. C’est une dérive absolutiste qui ne dit pas son nom. Et quand d’ailleurs, parallèlement, moins de 5% de nos députés votent pour la transparence des indemnités parlementaires, on voit la « confiance » que les français peuvent avoir dans leur représentants et leurs dirigeants... Faut-il alors s’étonner de la désaffection générale pour le politique ?

… À la fiche de paie

Cette tactique de la non-transparence est aussi un grand classique de la protection sociale monopolistique. Il est presqu’impossible aujourd’hui au salarié ordinaire (c’est à dire qui n’est pas expert-comptable) de savoir, en lisant sa fiche de paie, combien il ou elle coûte à son entreprise et quelle est la part de la sécurité sociale dans le coût total de son travail. Pour un salaire moyen, c’est en fait près de 100% du net : l’employé coûte donc en réalité à l’entreprise près de deux fois son salaire net. Évidemment cacher ce coût permet d’empêcher les salariés d’aller comparer avec des assurances privées ou des système d’épargne-retraite alternatifs. Maintenir les gens dans l’ignorance garantit que le monopole de la protection sociale ne soit pas remis en cause. Belle leçon d’anti-démocratie de la part des gouvernements et des syndicats.

Les hommes politiques se plaisent à arborer le costume du chevalier blanc qui vient soulager les souffrances de la plèbe. Sauf que s’ils nous tendent une subvention d’une main, ils nous ont pris une taxe de l’autre. Dans le cas du carburant, on nous parle de « bloquer les prix », mais, on l’a vu, quand 60% du prix final est constitué de taxes, ce soi-disant blocage relève de la mauvaise blague. Le prix exorbitant à la pompe est d’abord le résultat d’un choix délibéré des hommes politiques.

Les missions de transparence visant à pointer du doigt les « méchants producteurs » qui font des « vilains profits » permettent de rassurer l’électeur et de le caresser dans le sens du poil (évidemment anti-capitaliste). Elles n’en sont pas moins d’une profonde hypocrisie.

Emmanuel Martin – Le 9 août 2012.
Emmanuel Martin est économiste, analyste sur www.UnMondeLibre.org.

20 août, 2012

Inde : la libéralisation commerciale a-t-elle contribué à réduire la pauvreté ?

Geoffroy Helgé

Pendant plus de quatre décennies après l’Independence en 1947, les gouvernements indiens successifs ont entretenu une stratégie de développement économique protectionniste. La plupart des produits étrangers étaient soumis à un régime autoritaire de licence d’importation, et les droits de douanes imposés, pouvant atteindre jusqu’à 400 %, étaient largement prohibitifs. Selon Joshi et Little, « en juin 1991, l’Inde était le pays non communiste le plus autarcique du monde » [1].

La crise de la balance des paiements de l’été 1991 a forcé le gouvernement à changer de stratégie. Sous l’influence de l’économiste Manmohan Singh (alors ministre des Finances), nombre des restrictions au commerce extérieur ont été peu à peu réduites ou abolies. La liste des produits sujets à des interdictions d’exportation est passée de 185 articles en 1991 à 16 en 1992. Le droit de douane nominal moyen est passé de 90% en 1990 à 55% en 1992 et à 15% aujourd’hui. En conséquence, la part du commerce extérieur dans le PIB du pays est passée de 10% en 1980 à environ 23% aujourd’hui [2].

Ces réformes ont été abondamment critiquées par les militants anticapitalistes et par les intellectuels hostiles au libre échange. En particulier, les critiques ont reproché aux réformes d’être à l’origine de l’appauvrissement des populations les plus fragiles, notamment dans les campagnes. Les producteurs locaux auraient été plongés dans la misère par la concurrence des firmes étrangères plus expérimentées. La militante des droits de l’homme Smita Narula va même jusqu’à attribuer aux réformes de libéralisation l’origine des récentes vagues de suicide parmi les fermiers indiens [3].

Une récente étude de J. Salcedo Cain, Rana Hasan et Devashish Mitra[4] montre que le lien entre l’ouverture commerciale et l’aggravation de la pauvreté est largement fictif. Dans leur article, intitulé« Trade liberalization and poverty reduction, new evidence from Indian States », les auteurs affirment qu’en réalité, les états indiens les plus exposés à l’ouverture commerciale ont connu une réduction plus rapide de la pauvreté absolue (mesurée par la proportion d’individus dans la population vivant avec un niveau de consommation insuffisant pour assurer une ration journalière de 2000 kilo calories). Les données, extraites du National Sample Survey (NSS), révèlent que l’ampleur de l’effet positif est significative : « en moyenne, chaque baisse d’un point de pourcentage du taux de droit de douane pondéré est accompagnée d’une réduction de la pauvreté de 0,57%, ce qui implique que 38% de la réduction de la pauvreté durant la période 1987-2004 peut être attribué à l’exposition au commerce mondial » (p. 7)Autrement dit, l’ouverture à l’économie mondiale aurait fait émerger de la pauvreté plus de vingt millions d’Indiens. Il existe peu de programmes de protection sociale pouvant prétendre à de tels résultats.

Pourquoi l’ouverture commerciale s’est-elle traduite par une réduction de la pauvreté ?

Une première explication de ce phénomène a trait à ce que la théorie standard du commerce international appelle le « théorème de Stolper-Samuelson ». Ce théorème énonce que lorsqu’un pays s’ouvre au commerce, les détenteurs du facteur de production utilisé de façon intensive dans le processus de fabrication du bien dans lequel le pays se spécialise voient leur rémunération réelle augmenter. L’Inde, abondamment dotée en travail peu qualifié, doit se spécialiser dans la production de biens dont la fabrication requiert davantage de cet intrant. Le théorème de Stolper-Samuelson prédit donc que la rémunération (le salaire réel) des travailleurs indiens peu qualifiés (bien souvent les plus pauvres) doit augmenter avec l’ouverture au commerce.

Une deuxième explication concerne le lien étroit qui existe entre ouverture commerciale, croissance, et réduction de la pauvreté. Ici, l’argument établit que l’ouverture commerciale génère de la croissance économique ; et qu’en retour, la croissance économique conduit à une réduction de la pauvreté absolue. 

L’ouverture commerciale stimule la croissance par l’effet qu’elle produit sur la « productivité totale des facteurs » : lorsqu’une économie s’ouvre, les firmes qui la composent bénéficient de technologies plus efficaces et plus variées. En outre, la concurrence étrangère force les entreprises domestiques à réorganiser continuellement leur production pour rester compétitive. La croissance, en retour, encourage la réduction de la pauvreté en mettant à disposition de la population davantage de biens et services bon marché et en favorisant la création d’emplois rémunérés hors du secteur informel[5].

Les trois auteurs avancent que l’argument en deux temps, liant l’ouverture commerciale, la croissance et la réduction de la pauvreté, s’applique dans le cas de l’Inde. Les données de panel montrent d’une part que « les états dont les travailleurs étaient plus exposés à la compétition étrangère… ont cru plus vite que les autres » (p. 35) ; et d’autre part que « les états qui ont cru plus vite que les autres ont réduit leur pauvreté plus rapidement » (p. 35).

Par ailleurs, les trois auteurs détectent dans les données du NSS un autre phénomène remarquable.

L’ouverture commerciale exerce un effet d’autant plus bénéfique que le marché du travail est peu réglementé. « Comparé à un état où les institutions du marché du travail sont rigides », affirment les auteurs, « un état avec des institutions flexibles exposé à une réduction du taux de droit de douane pondéré de 1%, connaît une réduction de la pauvreté urbaine supérieure de 1,5% » (p. 36). Cela provient du fait que, lorsque le marché du travail est lourdement réglementé, la réallocation des travailleurs vers les secteurs les plus productifs est entravée. Autrement dit, pour que l’ouverture exerce pleinement ses bienfaits, elle doit être accompagnée de réformes visant à libéraliser le marché du travail.

Un ardent partisan du libre échange, il est vrai, pourrait trouver bien des insatisfactions dans l’actuelle politique commerciale indienne. Dans certains secteurs spécifiques, les distorsions gouvernementales subsistent. Les droits de douane sur les automobiles et le textile, par exemple, demeurent élevés. Le gouvernement fait également un usage fréquent des subventions aux exportations. Mais paradoxalement, il y a dans cet état de fait une raison d’être optimiste : il existe des marges supplémentaires pour faire progresser l’intégration de l’économie indienne dans la division internationale du travail ; et partant, des marges supplémentaires pour améliorer le niveau de vie d’une partie importante de la population.

Geoffroy Helgé est analyste sur www.UnMondeLibre.org.

Notes

[1] Cités par T.N. Srinivasan, « The cost of hesitant and reluctant globalization: India », p. 4. http://www.econ.yale.edu/~srinivas/Cost%20of%20Hesitant%20and%20Reluctant%20Globalization.pdf

[2] Les réformes sont décrites en détail par A. Panagariya dans India, the Emerging Giant (2008), Oxford University Press ; et par T.N. Srinivasan dans “Indian economic reforms, a stocktaking”http://www.econ.yale.edu/~srinivas/Indian%20Economic%20Reforms%20A%20Sto...

[3] Dans une interview pour l’émission « Democracy now », http://www.youtube.com/watch?v=ql0mo-5jPbc

[4] Disponible sur le site Academic Commons  de l’Université de Columbia,http://academiccommons.columbia.edu/catalog/ac:136630

[5] Cet argument est développé par Andrew Berg et Anne Krueger, dans leur article « Trade, growth, and poverty, a selective survey » (2003), http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2003/wp0330.pdf; cf. également l’article de Bhagwati et Srinivasan, « Trade and poverty in the poor countries »,http://www.econ.yale.edu/~srinivas/trade_poverty.pdf

15 août, 2012

Les contribuables dindons


Les Jeux olympiques sont un bel exemple de ce que les politiciens peuvent faire comme connerie avec l’argent des contribuables.

Les coûts des Jeux olympiques, tout comme les coûts des campagnes électorales ont atteint de niveaux stratosphériques indécents. Comme d’habitude, les contribuables sont les dindons de la farce.

Malheureusement, personne ne semble avoir à cœur les intérêts des contribuables dindons.
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Les contribuables américains devraient, rétrospectivement, pousserun soupir de soulagement quant au fait que New York n’ait pas étésélectionnée, il y a sept ans, parmi les cinq finalistes pour accueillirles jeux Olympiques de cet été. Le choix de Londres comme villed’accueil par le Comité International Olympique (CIO)  garantit auxcontribuables britanniques de payer une note exorbitante pourl’événement sportif le plus économiquement discutable au monde.

Le simple fait de candidater pour les Jeux a coûté à Londres quelque 25 millions de dollars. Les partisans de cet événement pensaient que cet argent était utilement dépensé, étant donné qu’aucun autreévénement sportif n’attire plus de visiteurs du monde entier, ni ne met autant à l’honneur la ville d’accueil.L’on supposait que les Jeux apporteraient à Londres d’énormes avantages économiques.

Après tout, personne n’ignore que les grands événements sportifs comme les Jeux génèrent des « booms » touristiques stimulant les revenus locaux,  les projets de construction et d’infrastructure contribuant à créer un nombre important de nouveaux emplois. Tout du moins, c’est ce que nous disent toujours les études menées par la ville d’accueil sur l’impact économique des Jeux.

Aujourd’hui, l’on affirme aux Britanniques que le Stade Olympique va régénérer  toute une partie de l’East End londonien qui était tombé en décrépitude, un héritage durable grâce à une nouvelle ligne de chemin de fer et des infrastructures de transport public améliorées. Avec des estimations originelles proches de 2 milliards de dollars, une telle régénération urbaine semblait un investissement manifestement sensé.

Cependant, une telle confiance économique provenait d’une lecture bien particulière de l’histoire économique des Jeux Olympiques. Les commanditaires de Londres s’attendent à un « héritage olympique » significatif, où un événement réussi augmenterait le tourisme après les Jeux, et où les améliorations des infrastructures relanceraient les zones urbaines délabrées et attireraient de nouveaux investisseurs étrangers.

Malheureusement pour les contribuables britanniques, une telle propagande économique pro-Jeux représente le triomphe de l’espoir sur l’expérience, comme l’illustrent à la fois Londres 2012 et les Jeux qui l’ont précédé.

Pour les Jeux de 2012, Londres estimait à l’origine que les coûts atteindraient 4,7 milliards de dollars. En moins de deux ans, les estimations officielles sont passées à 15 milliards, soit plus de trois fois le coût estimé au moment de la candidature de 2005. Les financements privés ne s’étant jamais concrétisés, 15 milliards d’impôts ont été exigés à la hâte pour financer ces Jeux.

Le UK National Audit Office ayant révélé que les financements du secteur privé constituent désormais moins de 2 % du budget des jeux, le comité d’évaluation des comptes publics britanniques (le UKParliamentary Public account Committee) a prédit que le coût total s’élèverait à 18 milliards. Pire encore, une analyse de Sky Sports TV network, qui inclut les coûts liés aux améliorations des infrastructures de transport, estime que les coûts des Jeux s’élèvent au montant  faramineux de 38,5 milliards !

Cette calamité financière ne devrait pas surprendre. Les budgets qui enflent et le fardeau de la dette sont toujours les résultats les plus probables des Jeux Olympiques.

Le gouvernement chinois, qui prévoyait un budget de 14,2 milliards pour les Jeux de Pékin en 2008, a fini par dépenser 40 milliards. Les Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 ont coûté dix fois plus que les 1,6 milliards prévus à l’origine. Une décennie plus tôt, les Jeux de Barcelone en 1992 avaient laissé les contribuables espagnols avec un déficit de 6,1 milliards.

Et cela, trois décennies avant que les 2,7 milliards de dollars de dette liée aux Jeux de Montréal en 1976 aient été remboursés. Montréal suivit les désastreux Jeux de Munich de 1972, où, en plus des pertes en vie humaine, le coût pour les contribuables allemands s’éleva à 687 millions de dollars.

Même les maigres profits, respectivement rapportés par les Jeux d’hiver en 2002 à Salt Lake City et par les Jeux d’été en 1996 à Atlanta, sont illusoires ; car cela ne tient pas compte des millions de dollars d’aide sécuritaire fournis par le département de la Défense américaine (en 2002) ou des deux milliards dépensés par les Etats, le gouvernement fédéral et les gouvernements locaux (en 1996).

Une ponction de 38 milliards de dollars sur les contribuables durant une période d’austérité budgétaire est d’autant moins acceptable lorsque l’on songe que les Britanniques ne bénéficieront pas économiquement de leur effort.

Une récente étude de Goldman Sachs conclut en effet que les faibles gains pour l’économie britannique cet été vont se dissiper avant la fin de l’année. De même, Richard Morawetz de Moody’s affirme que « dans l’ensemble, nous pensons que les Jeux ne vont probablement pas donner un coup de fouet à l’économie britannique, et nous croyons que l’impact du développement des infrastructures a probablement déjà exercé ses effets sur le PIB britannique. »

L’héritage des Jeux de Londres va refléter celui de pratiquement toutes les villes hôtes précédentes. Comme les recherches universitaires le montrent, la promesse d’importants bénéfices à long terme est un mirage économique.

Les augmentations de l’affluence touristique sont marginales, assez transitoires, et même moins prononcées pour les destinations connues telles que Londres. Il n’existe aucune preuve empirique à partir des Jeux précédents pour suggérer que Londres va bénéficier d’une augmentation nette, soit des emplois, soit du revenu réel par tête.

Cet argent aurait pu être dépensé pour des projets bien plus utiles que celui visant à stimuler temporairement l’orgueil national. Ou l’on aurait pu permettre aux contribuables en difficulté de garder leur argent pour qu’ils puissent le dépenser comme bon leur semble. Heureusement, le CIO a épargné aux Américains à la fois le coût et l’affront qu’ont subis leurs cousins d’outre-Atlantique.

Patrick Basham, le 1er août 2012 - Patrick Basham est analyste au Cato Institute

08 août, 2012

Agriculture, abolir la gestion de l’offre

La gestion de l’offre des produits agricoles oblige les consommateurs à payer plus cher leurs produits agricoles que ne l’exigerait le libre marché. Donc, ce programme équivaut à des subventions aux agriculteurs, financées par les consommateurs plutôt que par les contribuables.

Chaque fois que ce programme de subventions est remis en question, les bonzes de l’UPA nous prédisent la fin du monde.

Pourtant, l’expérience des agriculteurs néo-zélandais démontre le contraire.
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L'arrêt des subventions à l'agriculture en Nouvelle-Zélande a donné naissance à une économie rurale dynamique, diversifiée et croissante, et a discrédité le mythe selon lequel l'agriculture ne peut vivre sans subvention.

Aux USA, tous les cinq ans environ, les membres du Congrès issus des milieux ruraux font équipe pour faire accepter une coûteuse extension de la politique agricole. Ils remettent le couvert cette année. Le Sénat a récemment fait passer une loi garantissant des milliards de dollars de subventions aux exploitations agricoles, et la Chambre des représentants en a fait de même.

Le projet de Farm Bills est un vaste lobbying. Les politiciens n'ont jamais expliqué pourquoi l'agriculture américaine devait chouchoutée par le gouvernement. Les membres du Congrès sont plus préoccupés à s'emparer de subventions pour les agriculteurs de leurs états respectifs qu'à discuter ou débattre de l'intérêt des aides fédérales.

Elles ne sont pas utiles. Les réformes agricoles des années 1980 en Nouvelle-Zélande le prouvent de façon spectaculaire. Face à une crise budgétaire, le gouvernement néo-zélandais décida de supprimer presque toutes les subventions à l'agriculture. Ce fut une sérieuse réforme puisque les agriculteurs néo-zélandais étaient habitués aux subventions massives et que l'économie du pays est plus dépendante de l'agriculture que celle des États-Unis.

Malgré les protestations, les subventions furent abrogées en 1984. Près de trente subventions à la production ainsi que les incitations à l'exportation furent supprimées. En résulta-t-il un abandon massif de l'agriculture et la fin des exploitations familiales ? Pas du tout. Bien sûr, il y eut une période de transition difficile pour les agriculteurs, mais peu d'entre eux quittèrent leurs terres, contrairement à ce qui avait été prédit. Seulement 1% des agriculteurs du pays ne réussirent pas à s'adapter et durent abandonner.

La grande majorité des agriculteurs néo-zélandais prouvèrent qu'ils étaient des entrepreneurs expérimentés – ils redressèrent leurs entreprises, explorèrent de nouveaux marchés et redécouvrirent la rentabilité. Aujourd'hui, le secteur agricole néo-zélandais est plus dynamique que jamais, et les agriculteurs du pays sont fiers de prospérer sans l'intervention de l'état.

Avant les réformes de 1984, les subventions étouffaient la production agricole en faussant les signaux du marché et en empêchant l'innovation. Beaucoup d'agriculteurs exerçaient leur profession simplement pour recevoir des subventions. Par exemple, 40% des revenus bruts des éleveurs de bœufs et de moutons provenaient des aides publiques.

La suppression des subventions fut un catalyseur pour les gains de productivité. Les agriculteurs néo-zélandais réduisirent leurs coûts, diversifièrent l'utilisation de leurs terres, cherchèrent des sources de revenus non-agricoles, et développèrent de nouveaux produits. Les agriculteurs devinrent plus attirés par des activités économiquement viables.

Les données officielles viennent confirmer la réalité du terrain concernant l'amélioration de l'efficacité de l'agriculture néo-zélandaise après les réformes. La production agricole a stagné durant les années précédant les réformes, mais depuis, la production a augmenté significativement plus vite que dans les autres secteurs de l'économie néo-zélandaise.

Depuis les réformes, la part de l'agriculture dans l'économie néo-zélandaise reste stable à 5% du PIB. Si on y ajoute les activités para-agricoles comme la transformation du lait, de la viande et de la laine, l'agriculture est estimée représenter 15% du PIB. En comparaison, la part de l'agriculture dans l'économie a chuté dans d'autres pays industrialisés.

Avec la suppression des subventions en Nouvelle-Zélande, les pratiques agricoles sont tournées vers les clients et non plus vers la tentative de recevoir le plus de subventions possibles. Dans le même temps, toute la chaîne logistique s'est améliorée et la sécurité alimentaire est maintenant d'une importance primordiale. Les entreprises livrant en matières premières les exploitations agricoles ont dû réduire leurs coûts par l'insistance des agriculteurs pour un meilleur rapport qualité-prix.

Une plus grande efficacité de la production agricole néo-zélandaise s'est traduite par une meilleure gestion de l'environnement. Par exemple, supprimer les subventions a réduit l'utilisation des engrais. Cette suppression a permis l'émergence de nouvelles activités agricoles comme le tourisme rural qui nécessite une gestion accrue de l'environnement.

Ce que les agriculteurs américains doivent en retenir est que la fin des subventions doit être vue comme une opportunité, pas une fatalité. Après la fin des subventions, aucun doute que les agriculteurs américains prouveront qu'ils sont des entrepreneurs doués en innovant de multiples façons comme les agriculteurs néo-zélandais l'ont fait. Et nous supposons que – comme les agriculteurs néo-zélandais – les agriculteurs américains seront fiers de leur nouvelle indépendance et n'auront aucun intérêt à recommencer à vivre aux dépens du contribuable.

C'est le bon moment pour l'Amérique d'engager des réformes à la néo-zélandaise car les prix des matières premières sont élevés et que les finances des exploitations agricoles se portent relativement bien. Il est vrai que les conditions météorologiques et les marchés créent des hauts et des bas pour l'agriculture, mais sur le long terme, la croissance de la population mondiale signifie une plus grande demande en produits agricoles. Certaines personnes prétendent que l'Amérique a besoin de subventionner parce que d'autres pays le font. Mais l'agriculture non-subventionnée de la Nouvelle-Zélande est mondialement compétitive avec 90% de sa production exportée.

L'arrêt des subventions à l'agriculture en Nouvelle-Zélande a donné naissance à une économie rurale dynamique, diversifiée et croissante, et a discrédité le mythe selon lequel l'agriculture ne peut vivre sans subvention. Alors au lieu de faire payer la facture aux contribuables qui ne peuvent plus se le permettre, ilest temps pour le Congrès américain de faire machine arrière et d'envisager une alternative qui a fait ses preuves : l'économie de marché.

Mark Ross et Chris Edwards. Chris Edwards est analyste au Cato Institute. Mark Ross est le directeur général du syndicat agricole Federated Farmers of New Zealand. Publié en collaboration avec www.Contrepoints.org. Traduction : Xelectro/Contrepoints.