Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

On est tellement taxés que lorsqu’il fait beau, j’ai peur de recevoir une facture. --- Michel Beaudry ________________________________________________________________________

27 juillet, 2021

Le wokisme est un anti-libéralisme

 Le terreau de ceux qui se revendiquent du mouvement du décolonialisme et du wokisme est, au-delà de leur vision manichéenne de la société visant à la fragmenter, un antilibéralisme viscéral.

Nourris à l’idée que la domination blanche impose ses règles de fonctionnement dans tous les domaines de la vie (de l’économie à la cuisine en passant par le code vestimentaire) aux populations dominées, ils estiment dans la lignée de l’approche marxiste que les populations souffrant de la domination blanche que l’économie de marché et le capitalisme ne sont que des instruments de pouvoir pour les asservir.

Au passage, certains économistes n’hésitent pas à affirmer que la richesse des pays occidentaux s’est construite sur l’esclavage et que naturellement ces pays ont une dette à payer en retour.

Pour Thomas Piketty, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales :

Le système esclavagiste a joué un rôle central dans le développement des Etats-Unis, comme d’ailleurs du capitalisme industriel occidental dans son ensemble.

Il appuie sa démonstration sur ce rôle central à partir de la production de coton qui aurait été décuplée grâce à ce système esclavagiste et qui a alimenté l’industrie textile européenne.

S’il n’est pas question de nier la contribution des esclaves noirs à l’expansion de la production de coton il nous semble peu convaincant de faire dépendre la richesse des pays occidentaux de ce système aujourd’hui fort heureusement disparu.

Celle-ci dépend de bien d’autres facteurs et notamment de l’innovation industrielle propre aux pays occidentaux financée fondamentalement grâce à l’émergence des marchés financiers et donc du capitalisme.

La machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité, les centrales hydrauliques et nucléaires, l’aviation, les trains à grande vitesse, l’informatique, les vaccins, etc. ne doivent rien à l’esclavagisme.

Toutes ces innovations qui ont transformé la vie de millions de gens, y compris ceux qui ne sont pas occidentaux, ne doivent rien, absolument rien à l’esclavage.

WOKISME : LE COLONIALISME COMME PILIER DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE ?

Dans son article de 1984 « Colonisation, décolonisation et capitalisme (1880-1960), un divorce à la française », Jacques Marseille conteste la croyance que l’empire colonial fut un des principaux piliers de la croissance économique française.

Cette croyance était inspirée par les théoriciens marxistes de l’impérialisme qui voyaient dans la colonisation un pillage organisé par les puissances coloniales. À l’appui de sa thèse, Jacques Marseille montre que la décennie qui suivit les indépendances n’a jamais été aussi vigoureuse et ses transformations structurelles aussi rapides.

En fait, la décolonisation fut une des conditions et l’accompagnement logique de la modernisation de l’appareil économique français. Pour les milieux d’affaires de l’époque, le développement des pays d’outre-mer était financièrement coûteux et gênait l’expansion de la France sur les marchés étrangers par les surcharges de prix qu’il imposait.

Visionnaire, le Général de Gaulle revenu au pouvoir déclara « la décolonisation est notre intérêt et par conséquent, notre politique ».  Par contre, pour la gauche française de l’époque, convaincue de la bienfaisance de la colonisation et du génie civilisateur de la France, la dénonciation du colonialisme devint un fait minoritaire et ambigu pour reprendre l‘expression de Jacques Marseille.

Ceci étant, pour les universitaires de tradition marxistes, le colonialisme est bien le produit du capitalisme. Ainsi pour Samir Amin, professeur de sciences économiques, le colonialisme et le capitalisme sont inséparables et la mondialisation en cours induit un apartheid à l’échelle planétaire qui prolonge le système colonial formellement aboli :

La colonisation a été misérable, elle constitue, comme l’esclavage, un défi aux droits fondamentaux. Toutefois, si l’on veut comprendre pourquoi ces droits ont été bafoués et pourquoi ils le sont encore dans le monde, il faut se défaire de l’idée que le colonialisme aurait été le résultat d’un complot. Ce qui est en jeu, c’est une logique économique et sociale qu’il faut absolument appeler par son nom : le capitalisme.

Le problème, c’est qu’on a beau chercher chez les économistes libéraux, on ne trouve pas de plaidoyer en faveur de la colonisation et de l’esclavage, bien au contraire.

En France et en Angleterre, les mouvements abolitionnistes se sont largement inspirés des travaux d’économistes comme François Quesnay, Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat et Adam Smith. Pour ces économistes, l’esclavage est devenu au fil du temps beaucoup moins productif que le travail librement négocié sur le marché via le contrat de travail. Mais l’émancipation des esclaves, en plus d’être une recommandation économique, était aussi et surtout une exigence morale pour ces économistes libéraux.

CANCEL CULTURE, CULTURE WOKE, RACISME SYSTÉMIQUE ET CAPITALISME

Aujourd’hui avec l’émergence de la cancel culture et du mouvement woke, la critique du colonialisme s’est étendue avec le concept de racisme systémique propre au système économique de domination que serait le capitalisme. Il serait bien trop fastidieux, et cela dépasserait le cadre de cet article, de faire un état des publications dites scientifiques qui propagent cette nouvelle approche qui se veut post-marxiste au sens où la classe dominée ne se résume plus au prolétariat mais aux peuples colonisés et autres « racisés » des États occidentaux.

À titre d’illustration citons quand même la revue Multitudes qui se définit comme une revue politique, artistique et philosophique. Sa raison d’être :

L’élaboration et la diffusion d’une pensée philosophique et politique visant à renouveler la culture et le débat politique contemporain.

Cette revue se présente sur son site par quelques mots comme : « revenu universel, écoféminismes, intermittence, décoloniser, travail, matières pensantes, contre-fictions, Afrique, capitalisme cognitif, migrants, postcolonial, communs, féminisme, écologie politique ».

Elle se veut clairement militante et revendique en plus de sa défense de l’islamo-gauchisme (cf. Multitudes, Été 2021) son ancrage anti capitaliste. La critique des marchés financiers est bienvenue comme en témoigne l’encadré ci-dessous.


Yves Citton, « Vers un horizon post-colonial des dérives financières ? »  Multitudes, 2018/2 (n° 71), p. 33- 44

Extrait :

« On a raison de dénoncer les aberrations d’une finance qui concentre les richesses dans les mains de quelques actionnaires survitaminés, en vampirisant le travail humain sur toute la planète. Mais cette dénonciation suffit-elle à nous faire comprendre ce qui se joue dans les mécanismes de plus en plus alambiqués des dérivations financières ? Ne se leurre-t-on pas, à gauche, en appelant à dégonfler toute cette folie financière, pour la faire retomber sur les pieds rassurants de « l’économie réelle » ? Cette majeure fait l’hypothèse que des choses beaucoup plus profondes, et bien réelles, se jouent dans les arcanes de la finance hypertrophiée de ces dernières décennies. C’est d’abord une certaine logique sociale propre aux produits dérivés, qui fait de la spéculation un opérateur de réassemblage (pour le moment calamiteux) de nos relations entre humains, ainsi qu’avec les non-humains. »

Yves Citton est un théoricien de la littérature, un philosophe et un essayiste. Il est professeur de littérature à l’Université Paris-VIII. Il est co-directeur de la revue Multitudes. Il n’aborde aucunement dans son article le fonctionnement des marchés financiers de produits dérivés (Options, Futures) mais fait de la philosophie autour de la spéculation financière. À aucun moment n’est évoquée l’utilité de ces marchés pour gérer des risques financiers.


Au-delà de cette illustration, la lecture des différentes revues françaises et internationales se réclamant des approches woke et du décolonialisme révèle un antilibéralisme qu’on n’ose pas qualifier de primaire tant ce qualificatif est réservé à tous ceux qui osent critiquer le communisme.

Aujourd’hui, le discours décolonialiste qui tend à se développer fragilise nos démocraties libérales parce qu’il entend « déconstruire », au sens de Pierre Bourdieu, ses institutions économiques et politiques à travers sa grille d’analyse de l’intersectionalisme.

26 juillet, 2021

Création, technologie, entrepreneuriat : je t’aime moi non plus ?

 L’une des sources les plus importantes de blocage dans une organisation, et dans la société en général, est l’enfermement dans des catégorisations stériles.

Lors de mes expériences récentes, j’ai rencontré un tel découpage entre créatifs, technologues et entrepreneurs, vus comme représentant en gros, et de façon évidemment caricaturale, le monde des idées, celui des outils et celui de l’argent.

Comme dans tout système de caste, chacun s’enferme dans une identité constituée en opposition à celle des autres en s’estimant supérieur, et ne travaille avec eux que contraint et forcé en essayant de garder sa pureté philosophique. Ces distinctions reposent sur des modèles mentaux, c’est-à-dire des croyances profondes. Elles sont contre-productives. C’est dommage, parce que les points communs sont beaucoup plus forts que les différences, et ce qui unit ces trois univers, c’est la notion de création.

Il y a de nombreuses années, dans une autre vie, j’écrivais des logiciels.

C’était d’abord un hobby, puis c’est devenu mon métier. J’ai découvert qu’il existe une esthétique du code informatique. Chaque programmeur a son propre style, il prend soin (quand l’éditeur de texte lui en laisse le loisir) d’agencer ses blocs fonctionnels sur la page. Il a sa façon à lui de nommer ses variables (quand la règle de nommage n’est pas imposée comme chez Microsoft). Une belle page de code possède une véritable réalité esthétique, et chaque langage a la sienne propre. Le C avait notamment une sobriété très séduisante, très Zen. L’agencement des parenthèses en Lisp était tout un art. Je me souviens que la première chose que je faisais lorsque je récupérais le travail d’un autre programmeur était de redonner la forme du code qui me convenait en réagençant les blocs et en renommant les variables. Alors seulement je pouvais regarder les aspects plus fonctionnels.

Cependant, la plus grande satisfaction lorsque j’écrivais du code n’était pas tant de réussir à ce que ce code produise le résultat escompté (ce qui était déjà difficile en soi) que de le voir fonctionner et utilisé par mon client. Le sentiment éprouvé est difficile à décrire mais il est proche de celui de donner la vie sans doute. Vous créez un programme et non seulement celui-ci mène ensuite sa propre vie mais il change celle de ses utilisateurs. Vous êtes un démiurge.

Je m’étais fait cette réflexion en particulier lorsque la mise en place de mon programme avait un jour nécessité le recrutement de plusieurs personnes et la création d’une équipe dédiée. Je regardais cette équipe travailler chaque jour et j’étais à la fois émerveillé d’en être à l’origine et terrifié de la responsabilité qui était la mienne.

Plus tard, en créant une entreprise, j’ai eu la même impression en observant mon équipe travailler : j’avais donné vie à quelque chose qui menait désormais sa propre vie et m’échappait en partie. Je ne suis pas le premier créateur à avoir éprouvé ce sentiment ambigu, je n’étais en cela que le très modeste successeur de Prométhée, le glorieux ancêtre de tous les créateurs grands et petits.

LE MYTHE PROMÉTHÉEN DE LA CRÉATION

Dans la mythologie grecque, Prométhée est celui qui transmet le feu aux Hommes, véhiculant ainsi les notions indo-européennes de feu civilisateur et de feu du culte, qui se retrouvent dans l’idée que par la transmission de cette technologie fondamentale, il est à l’origine de tous les arts et de toutes les techniques.

Le mythe de Prométhée reflète également la notion universelle de l’ambiguïté du feu « dangereux ami », à la fois prévoyant et imprudent, utile et dangereux, ambigu et paradoxal. Car si Prométhée donne le feu sacré aux Hommes, il l’a d’abord volé à Zeus et sera puni pour cela.

D’où le lourd soupçon qui continue encore aujourd’hui à peser dans notre société sur la technologie, qui reste moralement douteuse car toujours coupable de son péché originel.

En 1818, Mary Shelley sous-titre d’ailleurs son Frankenstein « Le Prométhée moderne ». Le roman relate la tentative d’un savant, le docteur Frankenstein, de créer artificiellement un être humain, conférant à ce personnage une dimension prométhéenne : Frankenstein agit comme un démiurge puis est pris de remords devant les conséquences catastrophiques de son acte créatif.

UN MONDE PROMÉTHÉEN : LES SCIENCES DE L’ARTIFICIEL

La civilisation humaine est un monde prométhéen, c’est-à-dire artificiel.

La majeure partie des objets qui constituent notre univers quotidien n’existent pas à l’état de nature, ce sont des artefacts (du latin factum, faire, et ars, artis pour artificiel). C’est vrai pour des objets tangibles comme les bâtiments, les habits et même des aliments (les animaux, fruits et légumes que nous consommons sont le produit de milliers d’années de modifications génétiques de notre part), mais c’est aussi et surtout vrai pour les artefacts sociaux, c’est-à-dire les objets intangibles qui n’existent que dans les esprits, comme une organisation, un marché, une monnaie ou un contrat d’assurance.

Et donc ce qui unit les univers apparemment opposés et hostiles des créatifs, des techniciens et des entrepreneurs, c’est bien la figure de Prométhée, qui offre une technologie permettant la création de mondes artificiels, c’est-à-dire de la civilisation. Ce sont des créateurs d’artefacts, physiques et sociaux.

Il y a cinquante ans, le chercheur Herbert Simon appelait à la création d’une nouvelle classe de sciences, les sciences de l’artificiel, dans son ouvrage éponyme paru en 1969.

Par science il faut entendre un corpus de connaissances théoriques et pratiques. Les sciences de l’artificiel se distingueraient des sciences naturelles (physique, chimie, biologie) et des sciences sociales (sociologie par exemple) pour prendre en compte l’intention humaine (purpose en anglais) propre à la démarche de création d’artefacts sociaux.

De ses travaux avec Saras Sarasvathy, une jeune chercheuse dont il supervisait le doctorat à la fin des années 1990, est notamment née l’effectuation, la logique d’action des entrepreneurs. Avec l’effectuation, l’entrepreneuriat est vu comme l’une de ces sciences de l’artificiel concernée par la création des artefacts sociaux : produits, firmes et marchés et modèles mentaux en général.

Comme le soulignent Sarasvathy et Simon dans le dernier article écrit ensemble juste avant la mort de ce dernier en 2001 :

L’expertise entrepreneuriale, comme l’expertise artistique ou scientifique, est essentiellement une forme d’expertise créative. En d’autres termes, la création d’une entreprise ou d’un marché est un cas particulier d’un phénomène plus large de création du nouveau (novelty).

On voit comment cette idée d’artefact unit des univers apparemment très différents comme l’art, la science, le design, la technologie ou l’entrepreneuriat.

TROIS MODÈLES MENTAUX BLOQUANTS À RECONSIDÉRER

Ces considérations nous permettent de revisiter les modèles mentaux dichotomiques et stériles que je rencontre fréquemment dans mes interventions.

Premier modèle mental

La technologie n’est qu’un outil au service de la création. Ce modèle est intrinsèquement cartésien. Il distingue le monde de l’esprit, noble, et celui de la matière, subalterne, et pose que l’acte créatif est premier et que l’outil est second. Le modèle alternatif est que la technologie est une source de création, que le travail technologique nécessite une créativité et que depuis Prométhée, toute nouvelle technologie ouvre de nouveaux possibles créatifs.

Second modèle mental

La création c’est la création de produits. Il s’agit d’une vision restrictive de ce qu’est la création, qui est un phénomène beaucoup plus vaste. La création c’est aussi la création d’entreprise, véritable processus créatif et la création de marchés, d’organisations, mais aussi de nouveaux concepts et de nouveaux modèles mentaux.

Josiah Wedgwood, potier du XVIIIe siècle, ne crée pas seulement des services à thé, il crée un nouveau modèle d’aspiration sociale dans une société en mouvement.

La Chinoise Cheung Yan crée un empire dans le recyclage de papier de façon incroyablement créative.

Troisième modèle mental

La création, c’est le job des créateurs. En fait, il ne peut y avoir création que s’il existe un système qui la permet. Le créatif dans une organisation n’est qu’un élément de ce système. Aucun grand chef, si brillant soit-il, ne peut être créatif sans une cuisine bien organisée et une équipe autour de lui. C’est le système qui est créatif, en permettant à des individus, même s’ils sont moyens, de produire des résultats extraordinaires. Il ne s’agit pas de dire que l’individu se fond dans la masse, mais que le véritable exploit est de créer un système qui sublime la capacité créative de chacun, du livreur au comptable en passant par le designer, l’ingénieur et le dirigeant. La création de ce système est le véritable acte créatif de l’entrepreneur, et son maintien son plus grand défi.

AU CŒUR DE L’ACTE CRÉATIF : LE MODÈLE MENTAL

Au travers du mythe de Prométhée, on voit que ce qui unit le créatif, le technicien et l’entrepreneur, mais aussi l’artiste et le scientifique, c’est que tous visent à créer de nouveaux artefacts, c’est-à-dire des objets sociaux construits à partir de nouveaux modèles mentaux.

25 juillet, 2021

Pourquoi le libéralisme n’est absolument pas assimilable au laxisme

 Voilà une bien drôle d’idée… Et pourtant révélatrice de ce que certains esprits, même bien intentionnés, semblent croire.

Je regardais tranquillement une intéressante séquence du Figaro live, lorsque tout à coup je sursaute : Quelle mouche a donc piqué le journaliste Vincent Roux (voir vers 11’10) lorsque, à propos de l’Éducation nationale et la mauvaise dérive du Baccalauréat il met dos à dos soudainement (pour ne pas faire de jaloux ?) la gauche, qui entretiendrait « le refus de l’exigence » et le libéralisme, qui s’assimilerait au « refus d’imposer et au refus de la verticalité dans la transmission, de peur d’opprimer la liberté d’apprendre ».

LIBÉRALISME : LES IDÉES REÇUES ONT LA VIE DURE

On nage en pleine confusion, en pleine incohérence. Heureusement, Sophie de Menthon, l’une des deux invités du débat, aussi ébahie que moi en entendant cela, réagit aussitôt en disant à un Vincent Roux alors un peu gêné qu’il se méprend complètement au sujet du libéralisme, qui ne s’apparente en aucun cas au laxisme. Rapporté au sujet du jour, il se caractérise au contraire par « une compétition d’exigence, avec des règles ».

Quant au troisième protagoniste, Hadrien Mathoux, journaliste à Marianne, il se réjouit de pouvoir mettre en cause à son tour le libéralisme, mais pour affirmer quant à lui qu’il serait « responsable du manque de moyens et de professeurs donnés à l’Education ». On connaît la chanson… (même si je le crois plus subtil que ceux qui sont habitués à la chanter depuis bien longtemps).

On pourrait faire remarquer qu’aucun gouvernement libéral – que je sache – n’a été à la conduite des affaires ni récemment, ni jamais d’ailleurs. Et là encore, Sophie de Menthon intervient aussitôt à propos pour affirmer que ce qui serait bien plus efficace serait de commencer déjà par avoir « des professeurs bien payés, au mérite, avec de vraies perspectives de carrière ». Ce qui est du pur bon sens lorsqu’on connaît le système égalitariste (et laxiste) français en vigueur (sans oublier le fait essentiel que sur 1 300 000 salariés de l’Education Nationale, seuls 800 000 sont des enseignants. Il y a probablement des questions à se poser à ce niveau-là).

Par ailleurs – nous l’avons déjà vu aussi – il conviendrait de reconsidérer le système actuel, en réhabilitant les métiers manuels notamment, plutôt que de tenter très maladroitement et stupidement de fondre tout le monde dans un moule unique. Car à quoi sert cette surenchère dans les diplômes (dévalorisés) si cela ne mène à rien de bon ?

LE LIBÉRALISME N’EST PAS LE LAISSER FAIRE

Bis repetita. Je ne vais pas me répéter stérilement, et je renvoie plutôt à ce que nous avions déjà montré : le libéralisme n’est ni le laisser-faire, ni le laisser-aller. En conclusion de ce volet, nous affirmions au contraire que c’est l’État qui brille justement par son laisser-aller. Nous donnions comme exemple les retraites. Nous pouvons en apporter ici un deuxième, avec l’Éducation nationale (mais nous aurions pu en développer encore bien d’autres, comme le laxisme budgétaire, notamment).

Car où, sinon dans l’Éducation nationale, ne cesse-t-on de répéter jusqu’à l’écœurement et l’exaspération désormais très forte chez une très grande majorité des professeurs, que nous nous devons de pratiquer la fameuse « bienveillance » ? Le laxisme dans toute sa splendeur. Avec tous les effets pervers que cela engendre ; et ce débat dont il est question sur « Le Baccalauréat a-t-il encore de la valeur ? »

Je ne souhaite pas trop m’étendre, car est-il bon de révéler tout ce que l’on peut observer en pratique ? Je peux cependant au moins faire référence à ce qui est maintenant de notoriété publique et insatisfait pratiquement tout le monde : des taux de réussite artificiels et nuisibles, des pourcentages de mentions qui n’ont plus aucun sens, des sessions de rattrapage (temporaires ?) là où il n’en existait pas jusqu’à présent, des points supplémentaires accordés à certains concours pour certaines catégories, l’instauration de nouveaux « droits à » la poursuite d’études, des réformes inquiétantes dans le recrutement des enseignants, etc.

Sans oublier, bien sûr, Affelnet et Parcoursup. Et leurs lots de scandales ahurissants. Car qui connaît Parcoursup, son mode de fonctionnement, ses quotas, ses algorithmes qui redistribuent les cartes après classement par ceux qui ont pris le soin de recruter méticuleusement et patiemment, ses candidats « Passerelle » qui passent devant tout le monde de manière incroyable et au grand désespoir des professeurs ? Là encore, je préfère ne pas m’étendre…

UNE PHILOSOPHIE DU DROIT ET DE LA RESPONSABILITÉ

En conclusion, le libéralisme ne saurait être vu pour ce qu’il n’est pas. Le laxisme est bien plutôt le trait saillant des systèmes où règnent l’irresponsabilité, les grandes machineries dans lesquelles chacun peut se réfugier derrière les règles, la bureaucratie, le caractère de ce qui est impersonnel.

Nous l’avons déjà développé largement dans les volets précédents, et vous trouverez des développements encore plus nombreux dans de multiples articles de Contrepoints : le libéralisme est une philosophie fondée sur le droit (et non la multiplication des textes ou des lois). Il fait appel au sens des responsabilités, à la conscience humaine, à la dignité. Par nature, donc, il conduit justement à rejeter toute forme de laxisme ou d’irresponsabilité. Il s’agit avant tout d’un état d’esprit. Très positif et pas du tout ce que l’on veut bien croire ou faire croire.

À lire aussi :

24 juillet, 2021

Enseigner l’économie politique est une nécessité

 S’il est une science devant faire partie de l’éducation de la jeunesse c’est à coup sûr l’économie politique. C’est en effet cette science de l’intérêt le plus général qui rend l’enfant apte à ses devoirs sociaux et privés.

Un article de l’Institut Coppet

Vers 1840, tenue encore éloignée des cursus officiels d’enseignement, la jeune science de l’économie politique apparaissait en retrait, incapable de provoquer les grands changements politiques, économiques et sociaux dont elle affirmait la nécessité.

Toutes les fortes intelligences étaient frappées par une même exigence : celle de multiplier les chaires d’économie politique pour vaincre le règne des préjugés économiques2.

S’il est une science devant faire partie de l’éducation de la jeunesse c’est à coup sûr l’économie politique.

POURQUOI L’ÉDUCATION À L’ÉCONOMIE POLITIQUE EST PRIMORDIALE

Pour la société, comme pour l’individu, il existe sans doute des besoins d’un ordre plus élevé que les besoins matériels, mais cette vérité n’empêche pas que la satisfaction de ceux-ci ne se présente en première ligne, qu’elle ne soit même la condition sans laquelle il ne pourrait en exister d’autres.

L’économie politique traite de la richesse sociale, laquelle n’est que l’agglomération des richesses individuelles, et envisage cette richesse dans ses trois phénomènes, si importants pour le monde de la production, de la distribution et de la consommation ; elle est donc par sa nature une science de l’intérêt le plus général, puisqu’elle a pour matière les besoins fondamentaux de l’humanité, et que ses principes ne tendent qu’à établir les moyens les plus propices à pourvoir aussi largement qu’il est possible à de tels besoins.

L’éducation, qui doit, avec un soin égal, rendre l’enfant apte à ses devoirs sociaux comme à ses devoirs privés, pourrait-elle donc former un citoyen utile, si elle ne lui enseignait, en même temps que la morale, la science des intérêts matériels de la société ?

Avec la forme de gouvernement qui nous régit, il n’est presque personne qui, sur un théâtre plus ou moins grand, ne doive être appelé au moins une fois, dans le cours de sa carrière à débattre des intérêts publics.

Dans cette position, l’amour du bien le plus sincère, les vues les plus pures ne suffisent pas pour émettre un avis éclairé, il faut encore des connaissances spéciales que la science de l’économie politique peut seule fournir.

Sans ces connaissances, on s’expose à prendre part à des mesures tout au moins ridicules, quand le hasard veut qu’elles ne soient pas désastreuses dans leurs effets.

L’ÉCONOMIE POLITIQUE, TROP ARDUE POUR LA JEUNESSE ?

On dira peut-être que l’économie politique est une science trop sérieuse, trop aride pour la jeunesse.

On aura raison à coup sûr, si dans ce mot on comprend l’enfance, au cœur et à l’imagination de laquelle l’éducateur doit parler, bien plus qu’au jugement.

Mais pour nous qui n’appliquons ce mot en général qu’à des élèves entrés dans leur seizième année, nous pensons qu’à cet âge aucune science n’est aride pour celui qui a le désir d’apprendre, et que si un cours d’économie politique paraissait tel aux auditeurs que nous désignons, ce serait uniquement la faute du professeur qui aurait été chargé de le faire.

Il faut le dire à la gloire de notre siècle : la jeunesse d’aujourd’hui ne ressemble guère à la jeunesse oisive et dissipée d’autrefois.

En faisant disparaître les derniers vestiges de la féodalité, la grande révolution de 1789 a fait disparaître aussi les dernières traces du préjugé honteux qui flétrissait le travail, préjugé dérivant de l’esclavage, et tellement enraciné dans les mœurs du monde ancien, que nous le voyons partagé par les esprits les plus éminents de la Grèce et de Rome.

L’émancipation complète du travail l’a relevé aux yeux de toutes les classes de la société, et s’il se rencontre encore dans les premières de ces classes quelques jeunes gens qui fassent parade de leur oisiveté, qui affectent un dédain superbe pour l’industrie, pour les arts, pour la littérature, qui rougissent de paraître occupés d’autres choses que de plaisirs, qui seraient tentés, en un mot, de renouveler les gentillesses aristocratiques du temps de Louis XIV, la masse, au contraire, se livre avec ardeur aux études les plus sérieuses, se mêle aux travaux de tous genres, témoignant ainsi du sentiment profond qu’elle a de la dignité de l’Homme et des devoirs du citoyen.

L’ÉTUDE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE POUR EMPÊCHER LE MAL

Loin d’être aride pour des jeunes gens de seize ans de nos jours, l’économie politique offrirait au contraire à leur esprit une nourriture intellectuelle dont ils se repaîtraient avec avidité. Cette science sans cesse en contact avec la morale et l’histoire permet au professeur de profiter des connaissances acquises déjà par les élèves, sous ce double rapport, pour leur en faire mieux comprendre l’utilité, pour jeter de bonne heure dans leur esprit, en présence du progrès incessant des connaissances humaines, la conviction de tous les efforts de travail réclamés désormais par l’étude, ainsi que du prix inestimable du temps.

L’étude de l’économie politique ne serait-elle nécessaire à personne pour réaliser le bien, qu’il faudrait encore, et peut-être plus que jamais, s’y livrer pour empêcher le mal.

L’histoire nous montre presqu’à chaque page que l’esprit humain va beaucoup plus vite dans les voies de l’erreur que dans le chemin de la vérité.

Comme il n’y a pas de branche des connaissances humaines à laquelle cette remarque ne puisse convenir, il ne faut pas s’étonner qu’on en puisse faire aussi l’application à la science de l’économie politique.

Mais ce n’est là qu’une raison de plus pour démontrer la nécessité d’approfondir cette science.

Or, c’est l’étude sérieuse de cette même science, et cette étude seule, qui peut préserver la jeunesse, surtout si elle lui est offerte à l’âge où les passions n’ont pas encore perverti le jugement, des écarts dans lesquels une imagination ardente, des intentions plus ou moins pures, ont entraîné même de nos jours une foule de prétendus réformateurs sociaux.

Opposant la réalité à l’apparence, les faits aux hypothèses, la science économique fournira des armes victorieuses contre toutes les théories passées et nouvelles, qui ne s’appuieraient pas sur la raison, et qui, au lieu de pousser la société dans la voie du progrès, n’auraient pour conséquence que de la faire reculer vers la barbarie, après avoir attiré toutefois, sur la génération présente, une série incalculable de malheurs.

LES APPORTS DU XVIIIE SIÈCLE

Le XVIIIe siècle revendique la gloire d’avoir jeté les premiers fondements de la science économique.

L’illustre auteur de la Richesse des nationsAdam Smith, lui a tout à coup fait faire un pas immense.

Ricardo, Malthus, l’ont enrichie de leurs précieux travaux.

Chez nous, MM. Destutt de Tracy, de Sismondi, et surtout Jean-Baptiste Say, lui ont élevé des monuments durables.

Un homme du plus grand mérite, d’une érudition prodigieuse (M. Rossi), la professe avec éclat depuis plusieurs années au collège de France, et vient de publier le premier volume d’un ouvrage aussi remarquable par le fond que par la forme.
C’est dire que l’élan est donné, et que la science est naturalisée à jamais chez nous, quelque répugnance qu’on ait eue d’abord à l’admettre.

C’est à ces maîtres divers que devront emprunter leurs principes, tous ceux qui se proposeront de guider la jeunesse dans cette nouvelle carrière.

Pleins d’une juste défiance de leurs propres forces, ils devront les étudier avec respect, mais non pas toutefois avec idolâtrie, car ce serait un culte qu’ils repousseraient eux-mêmes, une sorte de servage intellectuel qui n’est plus de nos jours, où la liberté est devenue le droit commun du corps savant, comme du corps politique.

Et s’il leur arrivait de tomber en désaccord avec les maîtres de la science, leur devoir sera, non de le dissimuler, mais d’éclairer assez la raison de leurs auditeurs pour qu’elle puisse prononcer en connaissance de cause.

Mettre dans l’examen des opinions la bonne foi la plus entière, n’avoir pour but que le progrès de la science, voilà le seul engagement qui puisse être pris par un professeur.

Article initialement publié en octobre 2019.

Sur le web

  1. Eugène Daire est professeur d’économie politique. ↩
  2. Extrait du Chroniqueur, feuilleton de l’Institut médical du 20 octobre 1839. ↩

Vers une société à risque zéro ?

 Par Sergio Beraldo

On pourrait penser que "Vers une société à risque zéro" est le manifeste d’un politicien malhonnête qui tente de gagner le soutien des électeurs en promettant de les libérer de tout risque possible. Un manifeste trompeur, cependant : bien qu’il puisse attirer beaucoup de monde et recueillir un large consensus, la promesse serait absurde.

La question est apparue lors du débat public concernant l’utilisation des vaccins Covid-19, en particulier celui d’Astra-Zeneca. Un vaccin peut-il être sans risque ?, qui est actuellement le premier en termes de portée mondiale. Ce débat a fait les gros titres dans les pays développés. Il a probablement été alimenté par la façon dont les individus perçoivent (mal) les risques et par un désir (vrai) d’éviter ces risques.

Quelles sont les raisons qui sous-tendent l’aspiration à une société à risque zéro ?

Les individus comme les sociétés sont toujours exposés à des situations qui peuvent avoir des conséquences négatives. Pendant des siècles, cette simple réalité a conduit les êtres humains à concevoir des moyens acceptables de faire face au risque. Ces derniers temps, cependant, les gens croient qu’ils peuvent avoir une vie sans risque. La promesse de construire une société à risque zéro pourrait donc être la promesse gagnante de politiciens sans scrupules.

Les efforts continus pour éradiquer les risques inhérents à toute vie s’expliquent de multiples façons. Tout d’abord, il est fort probable que, dans les sociétés riches, le vieillissement de la population aille de pair avec une augmentation générale de l’aversion pour le risque. Les personnes âgées, plus vulnérables aux chocs de tous ordres, détestent les risques plus que le reste de la population. Ensuite, les développements technologiques rapides ont favorisé la croyance (erronée) que tout peut être maîtrisé. Ce n’est évidemment pas toujours le cas. Dans le célèbre film Armageddon, un astéroïde en route vers la terre est brisé par une arme nucléaire. Mais tous les problèmes ne peuvent être résolus en recourant aux armes nucléaires. La lutte contre les virus ou contre les bactéries résistantes aux antibiotiques en sont deux exemples. Autre facteur, les individus sont exposés à une quantité croissante d’informations, ce qui peut être une bonne comme une mauvaise chose, des annonces, incomplètes ou inexactes conduisant souvent à des croyances erronées sur la manière de conjurer les périls. En outre, être bombardé d’avis divers revient à brouiller la juste appréciation qu’il faudrait avoir sur l’ampleur - et donc la pertinence - des risques. Enfin, notre cerveau a tendance à réagir de manière excessive. Il y a des raisons de penser que ces mécanismes étaient actifs lors des récents débats sur l’utilisation du vaccin covid-19.

Comment notre cerveau perçoit le risque

Les êtres humains utilisent des méthodes de pensée qui tendent à générer des réponses rapides et approximatives. Ces réponses sont bonnes dans la plupart des cas. Mais elles peuvent comporter des erreurs systématiques appelées biais. Les biais affectent l’évaluation du risque.

Des études, dans le domaine de la psychologie, montrent que bien des personnes connaissent l’origine d’un certain nombre d’événements indésirables, par exemple la mort. Pourtant, lorsqu’on leur demande de quantifier plus précisément les risques, elles surestiment considérablement la fréquence des causes de décès les moins probables et sous-estiment celle des causes courantes. Plus généralement, les informations sur l’occurrence d’un événement nuisible donné peuvent modifier la perception du risque. Après avoir appris qu’un événement donné s’est effectivement produit, les individus donnent une estimation relativement élevée à la probabilité qu’il se reproduise, plus élevée que l’estimation attribuée par ceux qui ignorent que le résultat s’est déjà produit. C’est ce qu’on appelle le « biais de rétrospection » communément traduit par la phrase « je le savais depuis le début ».

Il est clair que ce mécanisme a des conséquences potentiellement négatives sur la façon dont les sociétés humaines gèrent les risques. Reprenons le cas du vaccin d’AstraZénéca, approuvé par les autorités réglementaires selon des règles très rigoureuses. Quelques cas suspects ont cependant suffi à surestimer dans d’énormes proportions les risques d’effets indésirables, malgré une très faible probabilité. Or, ils étaient infiniment moindres que le danger d’être infecté si l’on n’était pas vacciné. Mais l’opinion publique n’a pas raisonné ainsi.

Deux leçons peuvent être tirées de ce phénomène. Premièrement, il arrive que les autorités soient conditionnées par le même mécanisme d’évaluation biaisé qui affecte le point de vue et les décisions des individus, comme l’a montré la brusque interruption de la campagne d’inoculation d’Astrazeneca. Il est difficile, pour les politiciens, de trouver une manière claire d’expliquer la question au grand public, et plus gratifiant de suivre l’instinct des électeurs. À leur tour, et c’est la deuxième leçon, les individus sont des proies faciles pour ceux qui promettent des solutions sans risque, même lorsqu’elles n’existent pas.