Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Il devrait pleuvoir demain. Trudeau s’excuse --- Michel Beaudry ________________________________________________________________________

16 octobre, 2021

 Ce Point a été préparé par Krystle Wittevrongel, analyste en politiques publiques à l’IEDM, en collaboration avec Miguel Ouellette, directeur des opérations et économiste à l’IEDM. La Collection Environnement de l’IEDM vise à explorer les aspects économiques des politiques de protection de la nature dans le but d’encourager des réponses à nos défis environnementaux qui présentent le meilleur rapport coût-efficacité.

Les efforts mondiaux visant à réduire les gaz à effet de serre font de nouveau la une. À la fin septembre 2021, le Dialogue de haut niveau sur l’énergie de l’ONU a affirmé l’engagement de dizaines de gouvernements à atteindre les objectifs en matière d’énergie durable et de carboneutralité(1). De plus, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) arrive à grands pas et on s’attend à ce que ces engagements soient considérablement renforcés(2). Si les pays décident en effet d’aller de l’avant avec des objectifs de réduction plus ambitieux, il sera d’autant plus important pour les décideurs politiques d’adopter les politiques environnementales les plus efficaces. ​

En particulier, à mesure que nous nous dirigeons vers un avenir à faibles émissions de carbone, les bien-fondés du captage, de l’utilisation et du stockage de carbone (CUSC) deviennent plus apparents. Ces technologies peuvent jouer un rôle de premier plan pour protéger l’environnement, et cela, sans que soit mise de côté l’importance de l’énergie pour l’économie et pour le niveau de vie des familles canadiennes. De fait, le gouvernement fédéral a identifié le CUSC non seulement comme outil indispensable pour la réduction des émissions, mais aussi comme la seule technologie disponible à l’heure actuelle ayant le potentiel de générer des émissions négatives(3). Cela étant, afin que les entrepreneurs en énergie nous aident à mettre le cap sur les objectifs du Canada en matière de changements climatiques, l’émergence d’un marché de CUSC robuste et autonome est nécessaire.

Qu’est-ce que le CUSC?

Le CUSC englobe les technologies qui captent le carbone émis lors de la production d’électricité ou de divers procédés industriels, empêchant ainsi son rejet dans l’environnement. Ces technologies peuvent également capter le carbone déjà émis dans l’atmosphère, réduisant donc l’accumulation globale(4).

Lorsqu’elles sont captées à la source, les émissions sont séparées des autres gaz produits industriellement dans les centrales électriques, les aciéries et les raffineries de pétrole et de gaz, entre autres. Si les émissions ne sont pas utilisées sur place, elles sont alors transportées, souvent par pipeline, afin qu’elles soient utilisées ailleurs, par exemple dans la production de béton et de combustibles synthétiques(5), ou alors elles sont injectées dans des formations géologiques pour un stockage permanent(6) (voir la Figure 1). En effet, les mêmes formations d’où sont extraits le pétrole et le gaz peuvent stocker le CO2 en profondeur dans le sol(7).

Bien que la plupart des technologies de CUSC puissent absorber environ 85 % à 95 % du CO2 produit par une centrale électrique, une pénalité en matière d’efficacité énergétique résulte des exigences énergétiques supplémentaires nécessaires au bon fonctionnement des installations(8). Même en tenant compte des exigences énergétiques accrues, cependant, les technologies de CUSC enregistrent tout de même une réduction globale atmosphérique de plus de 85 %(9), et certains projets atteignent même 90 %(10), voire 100 %(11).

Le CUSC et la carboneutralité

Comme plus de 120 autres pays, le Canada s’est engagé à atteindre la carboneutralité d’ici 2050(12). Afin d’y parvenir, l’économie canadienne doit n’émettre presque aucun GES ou encore trouver un autre moyen de compenser les émissions. Des améliorations marquées ont certes été réalisées en matière d’efficacité énergétique, mais les industries à forte intensité d’émissions, comme l’acier et le ciment, ne disposent pas d’options viables pour la réduction d’émissions(13). Ainsi, afin d’enregistrer la réduction d’émissions nécessaire pour atteindre la carboneutralité, nous devons utiliser les technologies de captage de carbone. Non seulement sera-t-il impossible d’atteindre la carboneutralité sans ces technologies, mais tenter d’y parvenir pourrait avoir des répercussions néfastes sur la croissance économique, ce qui compromettrait grandement notre niveau de vie.

Sur le plan de la réduction des émissions, le CUSC s’inscrit dans un modèle plus large d’économie circulaire. Les quatre R de l’économie circulaire – réduire, réutiliser, recycler et retirer – ont été appuyés par les ministres de l’Énergie du G20 en 2020 comme étant « une approche holistique, intégrée, inclusive et pragmatique pour gérer les émissions »(14). Ainsi, le CUSC a un rôle à jouer dans un système résilient et durable. Le gouvernement fédéral reconnaît que le CUSC représente une occasion importante pour le Canada, non seulement sur le plan de la lutte contre les changements climatiques, mais également en matière de possibilités économiques(15). Les entrepreneurs du secteur de l’énergie reconnaissent également les possibilités offertes par le CUSC, tant pour l’industrie que pour l’environnement(16).

Le potentiel canadien en matière de CUSC

Dans les dernières années, certains des projets les plus ambitieux et les plus avancés au monde en matière de captage du carbone ont été réalisés dans l’Ouest canadien(17). Les quatre projets canadiens existants représentent 15 % des installations mondiales et captent, à l’heure actuelle, quatre millions de tonnes d’émissions de carbone annuellement, en plus des deux autres centres de captage de grande envergure qui sont planifiés(18). Grâce à un stockage géologique considérable permettant une séquestration permanente du carbone et à l’expertise et à la capacité technologique de l’industrie, le Canada a le potentiel de devenir un véritable chef de file en matière de CUSC(19).

Des défis subsistent toutefois, comme les coûts initiaux élevés. Pour permettre et développer le CUSC commercial, les mécanismes gouvernementaux doivent faire office de mesure incitative pour que les entrepreneurs fassent ce qu’ils font de mieux : innover. Il ne s’agit pas de choisir des gagnants ou des perdants, ou encore de favoriser des joueurs particuliers du secteur. Cependant, ces technologies de pointe requièrent un déploiement à grande échelle afin d’atteindre les objectifs d’atténuation des changements climatiques, et ceci ne peut être accompli sans la participation active du secteur privé.

À l’heure actuelle, plusieurs des mesures de la stratégie canadienne en matière de changements climatiques suscitent des incertitudes, des désavantages concurrentiels et des pertes d’emploi dans le secteur manufacturier ainsi que dans d’autres secteurs(20). En contrepartie, des mesures bien conçues pour encourager le captage, l’utilisation et le stockage des émissions de carbone pourraient être moins coûteuses dans l’ensemble, tout en contribuant quand même à l’atteinte des objectifs climatiques du Canada. Le gouvernement fédéral devrait accorder une attention particulière à l’élaboration et à la mise en œuvre des mesures qu’il adopte afin de s’assurer qu’elles soient aussi efficaces que possible.

Références

International Institute for Sustainable Development, Highlights and images of main proceedings for 24 September 2021, consulté le 30 septembre 2021.

UN Climate Change Conference UK 2021, « COP26 Explained », 2021, p. 9.

Gouvernement du Canada, Budget 2021: une relance axée sur les emplois, la croissance et la résilience, 19 avril 2021, p. 189.

International Energy Agency, About CCUS, avril 2021.

David Roberts, « These uses of CO2 could cut emissions – and make trillions of dollars », Vox, 27 novembre 2019.

International Energy Agency, op. cit., note 4.

Gouvernement du Canada, « Sables bitumineux: une ressource stratégique pour le Canada, l’Amérique du Nord et le marché mondial », Ressources naturelles Canada, mai 2016, p. 1.

Tabbi Wilberforce et al., « Progress in carbon capture technologies », Science of the Total Environment, vol. 761, 20 mars 2021, p. 2.

Mohamed Kanniche et al., « Pre-combustion, post-combustion and oxy-combustion in thermal power plant for CO2 capture », Applied Thermal Engineering, vol. 30, no 1, janvier 2010, p. 57.

NRG, Case Studies, Petra Nova, Carbon capture and the future of coal power, 2021, consulté le 30 septembre 2021; Center for Climate and Energy Solutions, Climate Solutions, Technology Solutions, Carbon Capture, consulté le 30 septembre 2021.

James Conca, « Net Zero Natural Gas Plant − The Game Changer », Forbes, 31 juillet 2019.

Gouvernement du Canada, Environnement et ressources naturelles, Changements climatiques, Plan climatique canadien, La carboneutralité d’ici 2050, 13 août 2021.

Chris Bataille, Low and zero emissions in the steel and cement industries, Issue Paper, OECD, 26-27 novembre 2019, p. 13.

G20 Research Group, « G20 Energy Ministerial Meeting », Communique, 28 septembre 2020, p. 2.

Gouvernement du Canada, Ressources naturelles Canada, Changements climatiques, L’avenir vert du Canada, Stratégie de captage, d’utilisation et de stockage de carbone, 7 septembre 2021.

Suncor Energy Inc., « Canada’s largest oil sands producers announce unprecedented alliance to achieve net zero greenhouse gas emissions », Communiqué de presse, 9 juin 2021.

David Coglon, « Canada’s carbon tech opportunity », Context: Energy Examined, Canadian Association of Petroleum Producers, 2 mars 2021.

Rod Nickel et Nia Williams, « Canada pushes to build 2 new carbon capture hubs – gov’t document », Reuters, 30 août 2021.

International CCS Knowledge Centre, « Canada’s Budget 2021: Carbon Capture & Storage », 29 avril 2021.

Miguel Ouellette, « La NCP: une mesure qui va nuire à la relance économique du Québec », Note économique, IEDM, 17 septembre 2020.

15 octobre, 2021

Politique économique : la méthode Touvabienovitch

 Derrière la reprise économique se trouvent des faillites. Il est impératif de faire de cette question un point central de la campagne à venir.

Dans Bagatelles pour un massacre, un de ses pamphlets maudits, Céline relate sa visite dans un hôpital complètement délabré de la banlieue de Leningrad, guidé par le camarade Touvabienovitch ne cessant de vociférer d’une voix de stentor : « Ici confrère, tout va très bien ! … Tous les malades vont très bien ! Nous sommes tous ici, très bien ! ».

Cette manie de la dissimulation illustrée par les simulacres de Potemkine voulant cacher à Catherine II l’état sinistré des villages de son empire n’est pas propre à la Russie.

Elle sévit plus que jamais en France où, relayés par les médias, les organismes officiels abreuvent l’opinion de nouvelles encourageantes.

TOUT VA TRÈS BIEN !

À ce titre l’INSEE souligne que le taux de chômage baisse significativement. De 8,5 % de la population active avant la crise sanitaire, il passe à 8 % au deuxième trimestre 2021 et devrait fléchir à 7,6 % au troisième pour rejoindre ses plus bas niveaux d’avant crise selon la dernière note de conjoncture de l’Institut.

La Banque de France n’est pas en reste. Elle s’attend désormais à ce que du fait d’un rebond bien plus rapide que ce qu’elle avait d’abord prévu, ce qui en dit long sur la qualité de ses prévisions, le PIB augmente de 6,3 % cette année, puis de 3,7 % en 2022 et de 1,9 % en 2023.

Si l’on en croit les statistiques étatiques, on se rapproche à grands pas de la situation idéale qualifiée de « carré magique » par l’économiste keynésien Nicolas Kaldor avec une inflation encore faible, une situation de l’emploi encourageante et une croissance vigoureuse. À condition toutefois de faire l’hypothèse bien hasardeuse que la hausse des prix n’est qu’un épisode transitoire et de mettre sous le tapis les mauvais résultats du commerce extérieur comme le font la plupart des économistes de cour.

De leur point de vue mieux vaut mettre l’accent sur le pouvoir d’achat qui aurait progressé de 8 % durant les cinq dernières années, soit deux fois plus vite que lors des deux quinquennats précédents.

ATTENTION, BOMBE À RETARDEMENT ÉCONOMIQUE !

Si on ne se laisse pas aveugler par cette poudre aux yeux macro-économique et que l’on observe avec lucidité le terrain micro-économique, il n’y a pourtant pas lieu de se réjouir. Les entreprises vivent de fait des réalités beaucoup plus sombres. En dépit de la manne dont elles ont bénéficié, leur vitalité a été gravement altérée par la crise sanitaire et par les décennies d’erreurs économiques cumulées par nos gouvernements constructivistes.

C’est ce que soulignent les économistes d’Euler Hermès. Leur dernière étude montre sans ambiguïté que la crise du Covid-19 et plus encore la manière dont elle a été amortie à coups de subventions en tous genres a créé une bombe à retardement en matière de défaut de paiement et de faillites.

Grâce à un soutien étatique d’envergure, les défaillances d’entreprises ont certes reculé en France de -38 % en 2020 et continueront de baisser en 2021 (-17 %). Mais cette période de calme avant la tempête va s’interrompre brutalement. En 2022 les faillites devraient bondir de 40 %, ce que les experts du leader mondial de l’assurance-crédit qualifient de « début de normalisation ».

Par la suite on peut donc s’attendre à la multiplication des cas d’insolvabilité comme le confirme Ana Boata, Directrice de la recherche économique de la filiale du groupe Allianz, estimant que ce rebond est annonciateur d’« une reprise durable de la recrudescence des défaillances d’entreprises en France ».

LES EFFETS PERVERS DU QUOI QU’IL EN COÛTE

On sait en effet d’ores et déjà que la stratégie du « quoi qu’il en coûte » a permis la survie d’un grand nombre d’« entreprises zombies » promises à la disparition avant la crise sanitaire et qui n’ont survécu que grâce aux mesures exceptionnelles de soutien dont elles ont bénéficié sans grand discernement de la part des autorités. Elles devraient bientôt tomber comme des mouches. On sait aussi que dans un environnement économique, fiscal et réglementaire toujours difficile, bien des entreprises viables vont avoir les plus grandes difficultés à rembourser les PGE (prêts garantis par l’État) qui leur ont été consentis en faisant exploser leur endettement.

Il faut de plus se méfier de l’effet domino que provoquerait la faillite prévisible de quelques entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros. En ne payant pas leurs fournisseurs, elles leur feront courir un sérieux risque financier. En outre cela perturbera fortement l’approvisionnement de leurs clients, les obligeant à trouver d’urgence des alternatives coûteuses.

De nombreux acteurs sont donc aujourd’hui en situation de grande fragilité réelle ou potentielle. Même progressif le retrait des dispositifs qui ont maintenu les uns et les autres à flot est inévitable et ne peut qu’engendrer une forte recrudescence des défauts de paiement.

Au passage le parachute financier déployé par l’État pour retarder la chute des plus fragiles aura fait grimper la dette publique à près de 120 % du PIB. À la détérioration de la santé financière des entreprises, s’ajoutent donc les problématiques de soutenabilité de la dette publique dont le poids croissant repousse à des échéances toujours plus lointaines le rééquilibrage de nos finances publiques.

VERS LA STAGFLATION ÉCONOMIQUE ?

Autre danger pour les entreprises, mais sans doute par pour l’État dont cela pourrait alléger le fardeau, on assiste manifestement à un retour en force de l’inflation, prévisible depuis longtemps, mais toujours nié. L’hypothèse d’un réamorçage de la boucle prix-salaires devient de plus en plus crédible si on considère la pénurie actuelle de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs essentiels de l’économie française.

Si on rapproche ce processus déjà bien enclenché de hausse des prix et la vague de faillites qui se profile avec ses effets de contention d’une offre déjà fortement perturbée par la multiplication de difficultés logistiques avec des pénuries de tous ordres, la stagflation devient une hypothèse de plus en plus crédible.

Ce que cache le paravent des statistiques officielles est donc peu réjouissant. Les bonnes performances actuelles ne sont qu’apparentes. Elles peuvent faire illusion jusqu’aux prochaines élections, mais il ne faut pas être dupe de ce tour de passe-passe.

UNE OPPORTUNITÉ DE REDRESSEMENT

Dans un contexte aussi sombre, le seul espoir réside dans la dynamique de redressement de notre économie que peuvent initier les débats qui vont précéder les élections présidentielles. Ils vont être l’occasion de braquer le projecteur sur les mesures permettant de desserrer les contraintes d’offre pesant sur les entreprises et de remettre de l’ordre dans les finances publiques en inscrivant à l’agenda des thèmes comme la réforme des retraitesl’imposition du capital et la fiscalité des entreprises. Il n’est toutefois pas non plus exclu qu’on cède à nouveau aux sirènes du retour de l’ISF et d’une augmentation massive des salaires qui à coup sûr provoqueraient une tornade inflationniste.

Pour écarter ce noir scénario, il est impératif de faire de la question des faillites et de la fragilité de notre tissu productif un point central de la campagne à venir. On tient peut-être là un moyen de mettre un terme à ce que l’auteur du Voyage au Bout de la Nuit aurait pu qualifier d’« immense insistance dans le navrant ».

Pierre Robert est l’auteur de Fâché comme un Français avec l’économie.

14 octobre, 2021

Pourquoi adorons-nous l’État tout en le détestant ? Avec Pierre Bentata

 Et si la place grandissante de l’État dans nos sociétés était plus le symptôme des maux de nos sociétés plutôt que sa cause ? Dans ce nouvel épisode de Contrepoints Podcast, Pierre Bentata nous explique pourquoi nous sommes finalement responsables de notre propre servitude en raison de notre désir de protection, de perfection, et de transcendance qui nous pousse à réclamer de l’État de réussir dans des missions impossibles, que nous serions d’ailleurs bien en peine de lui indiquer comment les accomplir ! Le tryptique « Sécurité, autorité, puérilité » pourrait remplacer la devise actuelle sur le fronton de nos bâtiments publics. Sommes-nous des « mutins de Panurge », adeptes de la « désobéissance servile » ?

Pierre Bentata est économiste, Maître de Conférences à Aix-Marseille Université au Laboratoire Interdisciplinaire de Droit des Médias et des Mutations Sociales. Il dirige également le cabinet d’études économiques Rinzen. Essayiste, il a écrit De l’Esprit de Servitude au XXIe siècle. Avec lui nous décortiquons son dernier ouvrage dans lequel il tente de comprendre pourquoi nous attendons toujours plus de l’État tout en n’étant jamais satisfaits de son intervention. Quels sont les ressorts philosophiques qui poussent des populations entières à renoncer volontairement à leur liberté ? Avec son éloquence habituelle, Pierre Bentata nous propose une réponse particulièrement intéressante.

Si le lecteur audio contenant l’épisode ne s’affiche pas dans l’article, rechargez la page ou cliquez directement ici pour l’écouter.

Programme :

0:00 – Introduction
3:54 – La genèse de l’Esprit de Servitude au XXIe siècle
5:50 – Comment ce dernier essai s’articule-t-il avec les précédents ?
7:57 – Quelles différences entre le serf du XVIe siècle et celui que décrit Pierre Bentata aujourd’hui ?
11:53 – La complexité juridique est-elle responsable de notre servitude ?
14:08 – Le désir de protection
20:10 – Le désir de perfection
28:40 – Le désir de transcendance
33:39 – Autocritique : les libéraux n’attendent-ils pas du libéralisme ce que les anti-libéraux attendent de l’État ?
37:53 – Faut-il et peut-on changer l’esprit de servitude qui s’est emparé de nos sociétés ?
41:16 – Les biais cognitifs sont-ils incompatibles avec le libre-arbitre ?
46:27 – Peut-on sortir du tout-État sans passer par une crise, un effondrement économique ou une révolution violente ?
50:10 – La survie de notre système fondé sur la dette continuelle ne valide-t-elle pas la toute-puissance de l’État ?
54:14 – Le monde change-t-il trop vite pour des humains habitués à des sociétés similaires à celles de leurs ancêtres ?

Liens mentionnés dans l’émission : 

Pierre Bentata sur Twitter : https://twitter.com/pierrebentata

13 octobre, 2021

Le libéralisme : un sens déformé

 Des sondages montrent que la jeunesse serait libérale. Néanmoins, on peut se poser la question de savoir comment le mot « libéralisme » est compris.

Tandis qu’un récent sondage (Harris Interactive) nous apprend que 54 % des Français souhaitent l’élection d’un « président libéral », un autre (vague IFOP 2021) révèle que pour 60 % des 18/30 ans le mot « libéralisme » est positivement connoté et le deuxième dans leurs préférences lexicales. Voici qui surprend heureusement, alors que de toutes parts est annoncé que « le libéralisme est une idée du passé qui va probablement connaître une longue éclipse » (François Lenglet) ou qu’il est victime d’un « krach idéologique » (Eugénie Bastié).

Mais est-il assuré que c’est là une bonne nouvelle, qui supposerait que nos concitoyens auraient pour le coup rompu avec leur légendaire addiction pour l’égalitarisme forcené, leur propension à tout attendre de l’État et leur complaisance envers réglementations et protectionnisme ? Car bien des faits montrent que le label libéral recouvre désormais tant de confusions conceptuelles, de brouillages sémantiques et de contrefaçons qu’il en a perdu tout sens rigoureux et son identité intellectuelle historique.

ENTRE IMPOSTURES ET INCOHÉRENCES DU MOT LIBÉRALISME

Ainsi, à en croire médias mainstream, réseaux sociaux, chroniqueurs en vue et autorités académiques, Macron serait un président typiquement libéral, voire l’incarnation même du libéralisme.

En conséquence de quoi, ce serait là être libéral que de :

Et sans compter un exercice solitaire, monarchique et dirigiste du pouvoir indigne d’une vraie démocratie libérale.

C’est pour le moins se payer de mots ! Derrière le social-libéral Macron se tient en réalité un social-démocrate comme l’assure son ex-socialiste ministre Le Drian :

La social-démocratie a changé d’adresse ! Elle est pleinement incarnée par Emmanuel Macron – Le Point du 16 septembre 2021.

Ladite social-démocratie serait-elle donc devenue l’incarnation du libéralisme ? On hallucine.

Ces impostures prennent racine dans la même doxa voulant que notre pays soit en proie à l’ultra-libéralisme. Avec un record mondial de la pression fiscale (47,4 % du PIB), une dette abyssale, une dépense publique en folie (dont un tiers pour la « dépense sociale »), des légions de fonctionnaires à vie, prétendre que la France se meurt d’un excès de libéralisme effréné est aussi hilarant que franchement débile. Mais c’est encore la qualification de libérale qui en pâtit.

Le pire est que l’emploi courant du terme libéralisme souffre par ailleurs d’une telle incohérence qu’il en prend des acceptions radicalement opposées.

C’est ainsi que récemment Luc Ferry a pu dans Le Figaro qualifier la discrimination positive d’« idée libérale » (pure absurdité !) et Eugénie Bastié évoquer le « libéral-conservatisme » de Zemmour (libéral, l’admirateur du tueur Poutine ?).

Par ailleurs, quoi de commun entre les progressistes « Libdem » britanniques ou le parti libéral canadien de Trudeau – et le FDP allemand de Christian Lindner ou le parti libéral australien de Scott Morisson ? Si l’on ajoute qu’au Parlement européen le groupe « libéral » Renew ne professe qu’un fade brouet centriste, il devient impossible de savoir de quoi vraiment il s’agit quand on parle de libéralisme.

ENTRE GAUCHISSEMENT ET POST-MODERNISATION

Mais le libéralisme ne souffre pas seulement de ce grand n’importe quoi qui caricature sa nécessaire et bienvenue diversité d’interprétation, il se trouve en outre carrément dénaturé par son gauchissement accentué dans le monde académique et éditorial. En effet, pour de plus en plus d’universitaires (Monique Canto-Sperber, Catherine Audard…), le libéralisme se serait « réinventé » en se socialisant et se recentrant à gauche. Supposé avoir été l’instigateur de l’État-providence (historiquement faux !), il se caractérise par un franc interventionnisme économique, fiscal et social fort de l’État.

Il romprait ainsi avec le libéralisme classique « canal historique » en s’inspirant du liberalism américain dont Dewey, Keynes, Rorty puis Rawls sont les prophètes : une contrefaçon idéologique et une perversion lexicale vertement dénoncées par Raymond Aron (Espoir et peur du siècle, 1957, p. 46) puis Jean-François Revel (La Grande parade, 2000, p. 34).

Or voici qu’avec l’acclimatation en France du culturalisme inhérent aux formes actuelles de ce liberalism, ce libéralisme de gauche tend à se muer en libéralisme post-moderne qui travestit la traditionnelle tolérance libérale en hypertolérance libertaire, la préoccupation des libéraux pour la sûreté en croisade anti-sécuritaire aveugle à l’ensauvagement de nos sociétés, le classique pluralisme libéral en multiculturalisme accueillant à l’islamisme soft, et la société ouverte en juxtaposition de communautés closes (du tribalisme, dixit Karl Popper et Ayn Rand), une dérive renforcée par la bienveillance envers l’inclusif et un wokismehostile au free speech et la liberté d’expression.

À se demander ce qui peut bien différencier un certain et « progressiste » libéralisme culturel du « gauchisme culturel » (Jean-Pierre Le Goff).

Pour remettre les pendules à l’heure et savoir ce que parler de libéralisme veut fondamentalement dire, il faut rappeler qu’il ne peut être le nom ni d’un grand n’importe quoi lexical et conceptuel, ni l’antichambre du laxisme et du relativisme.

Pourquoi alors ne pas se référer à Mario Vargas Llosa dans son récent L’Appel de la tribu (Gallimard) :

Le libéralisme n’est pas une doctrine qui a réponse à tout […] Il admet en son sein la divergence et la critique à partir d’un corpus restreint, mais indéniable de convictions. Par exemple que la liberté est la valeur suprême et qu’elle n’est pas divisible ou fragmentaire, qu’elle est unique et doit se manifester dans tous les domaines – l’économique, le politique, le social, le culturel – dans une société authentiquement démocratique […] Nous, libéraux, ne sommes pas des anarchistes et ne voulons pas supprimer l’État. Au contraire, nous voulons un État fort et efficace, ce qui ne signifie pas un grand État attaché à faire des choses que la société civile peut faire mieux que lui dans un régime de libre concurrence. L’État doit assurer la liberté, l’ordre public, le respect de la loi, l’égalité des chances. » (p.27)

Avec cette précision capitale et si politiquement incorrecte :

L’individualisme est un facteur central de la philosophie libérale.

12 octobre, 2021

Impôt sur les multinationales : une solution contre-productive

 Joseph Stiglitz propose un taux mondial de 25 % pour l’impôt sur les sociétés. Mais cette hausse sera surtout payée par les classes moyennes.

L’ouverture internationale des marchés au cours des quatre dernières décennies a définitivement rendu la vie des étatistes écœurante. Il est facile de fuir les pays où la pression fiscale est la plus importante et les États sont obligés de limiter leurs hausses d’impôts de peur de perdre des contribuables.

Bien sûr, les contribuables les plus mobiles sont d’une part les individus millionnaires – le segment de la population mondiale qui déménage le plus, statistiquement – et, d’autre part, les grandes entreprises multinationales.

Cet état de fait frustre nos étatistes depuis des lustres.

Cependant, le fait que tous les États occidentaux sont financièrement aux abois – à de très rares exceptions près – ouvre une opportunité sans précédent, celle d’harmoniser la fiscalité au niveau mondial.

JOSEPH STIGLITZ ET L’IMPÔT

Contrepoints a déjà ouvert ses colonnes à la critique d’un impôt sur les sociétés minimum de 15 % (ici et ), mais il convient de revenir sur cette question, car Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’économie de 2001, pense que l’accord trouvé par le G20 sur une taxation d’au moins 15 % des bénéfices des entreprises ne va pas assez loin.

Cet ancien économiste en chef de la Banque mondiale et 17e président du Conseil économique national des États-Unis sous le président Clinton prétend qu’un taux de 25 % « mettra fin au nivellement vers le bas des politiques fiscales [… et fera] face à l’urgence de la crise des inégalités qui traverse l’économie mondiale et fragilise nos sociétés démocratiques ».

Cette déclaration est importante à deux titres : tout d’abord, elle émane de quelqu’un qui a une réelle influence sur les élucubrations de l’administration du président Biden et ensuite, elle illustre, pour nous libéraux, la direction vers laquelle les étatistes nous engageront dès qu’ils auront obtenu leur taux mondial minimum de 15 % : ils comptent engager une fuite éperdue vers des taux toujours plus délétères pour l’activité économique.

QUELS EFFETS D’UN TAUX À 25 % ?

Comme nous l’avons rappelé dans une série d’articles (écrite en collaboration avec Pascal Salin), l’impôt sur les sociétés n’est pas payé par ces dernières (cf. ici et .)

Il est acquitté par les dirigeants d’entreprises et les actionnaires, bien sûr, mais aussi par leurs fournisseurs (qui font face à une moindre demande et donc des prix plus bas), par les clients (sur lesquels se reporte une partie de cet impôt via des prix plus élevés) et, enfin par les salariés.

Ces derniers paient très cher l’impôt sur les sociétés : selon une méta-étude du Congressional Budget Office (CBO) de 2011, « la majorité des études concluent que le travail supporte une charge substantielle de l’impôt sur les sociétés » (page 31).

En fait, selon pratiquement toutes les études économiques sur l’incidence de cet impôt, de tous les acteurs de l’entreprise – actionnaires, dirigeants, fournisseurs, clients et salariés – ce sont ces derniers sur lesquels se reporte la plus grosse part de cet impôt.

De plus, on peut se poser la question de savoir quels sont les effets à long terme de cet impôt. S’il abaisse la croissance future – et donc les futurs salaires – combien coûte un euro de cet impôt aujourd’hui aux salariés dans le futur ? L’OCDE a fait la synthèse de cette question dans une méta-étude de 2017 : dans le long terme, la levée d’un euro d’impôt sur les sociétés conduisait à une perte de pouvoir d’achat des salariés allant de 30 centimes à 22 euros selon les pays, leurs taux et les époques (cf. ici).

EFFET LAFFER ?

Si l’on accepte de tels chiffres, il est évident que l’effet Laffer – une baisse des recettes lorsque les taux d’imposition augmentent – est massif. En effet, dans les pays développés, l’impôt sur les sociétés représente environ dix fois moins de recettes fiscales que les différents prélèvements sur le travail. Augmenter un impôt dont les recettes sont faibles au risque de réduire considérablement l’assiette de prélèvements élevés est absurde.

Une étude américaine a montré que le taux qui maximise les recettes de l’impôt sur les sociétés se situerait aux alentours de 16 %. Au-delà, les assiettes fiscales se réduisent tellement que les taux élevés rapportent moins que les taux plus bas. Si ceci est vrai, la proposition d’un taux minimal mondial n’a pas de sens.

LUTTER CONTRE LES INÉGALITÉS ?

De plus, en poussant le raisonnement au-delà des études universitaires, il est bien évident que ces salariés sont aussi les clients et, pour partie, les actionnaires. Les classes moyennes paient donc la très large majorité de l’impôt sur les sociétés en tant que salariés, clients et actionnaires.

Plus on augmente l’impôt sur les sociétés et plus ce sera le cas.

Selon une étude récente, la baisse de l’impôt sur les sociétés de 35 à 21 % en 2017, aux États-Unis, aurait ainsi eu pour conséquence une baisse plutôt qu’une hausse des inégalités de revenus.

Même si on doutait d’une telle causalité, il est certain que durant la présidence Trump, les revenus des plus pauvres ont progressé plus rapidement que ceux des plus riches (ici), en partie grâce à la baisse drastique du chômage. Quelles furent les raisons de l’embellie de la situation de l’emploi ? La baisse de l’impôt sur les sociétés de 35 à 21 % en 2017 en fit-elle partie ?

CONCLUSION SUR L’IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS

Joseph Stiglitz propose un taux de 25 % pour « mettre fin au nivellement vers le bas des politiques fiscales », mais il n’est donc pas du tout certain qu’un tel taux engendre les recettes fiscales attendues.

De plus, cette hausse sera surtout payée par les classes moyennes. À supposer qu’il y ait une « urgence de la crise des inégalités qui traverse l’économie mondiale » comme il le prétend, faire payer une augmentation d’impôts par l’individu moyen n’est-il pas une solution irrationnelle à des problèmes imaginaires ?