Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

On est tellement taxés que lorsqu’il fait beau, j’ai peur de recevoir une facture. --- Michel Beaudry ________________________________________________________________________

30 septembre, 2020

Documentaire choc sur le GIEC

Enquête documentaire sur l’histoire de la théorie du réchauffement climatique anthropique et de l’organisme de l’ONU qui la promeut depuis 1988 : le GIEC (IPCC). Pourquoi les climatologues les plus réputés mondialement ne sont-ils pas d'accord — certains depuis 30 ans — avec les rapports de l'IPCC, la plupart s'en étant retiré ? Comment le politique est-il au cœur de la constitution du GIEC/IPCC, dont Margaret Thatcher puis Al Gore ainsi que Barak Obama ? Ce documentaire en archives, débute dans les années 70 et se conclue en 2020. Il tente de donner une vision historique et scientifique la plus complète de cette histoire très controversée du réchauffement climatique, devenu changement climatique ainsi que de l'institution qui milite pour changer la donne énergétique sur la planète, le GIEC.

29 septembre, 2020

Comment l’agro-écologie va affamer des millions de personnes

 L’agro-écologie est la solution lorsque les paysans n’ont pas d’autres moyens. Malheureusement pour elle, nous disposons de technologies qui peuvent facilement être appliquées pour résoudre les problèmes auxquels les petits exploitants sont confrontés.

Un article de Risk-Monger

Le monde est fait de soleil et de papillons, de roses et d’arcs-en-ciel. Si nous pouvons empêcher le Père Profit de violer Mère Nature, nous aurons ce monde dont nous avons rêvé… merveilleux, sans produits toxiques, plein d’amour, de paix, d’espoir et de bonheur.

C’est la maladie du rêveur qui sous-tend l’idéologie de l’agro-écologie. Tout ce que nous avons à faire est de nous débarrasser du mal, de l’humain, et la nature nous fournira en abondance toute la nourriture et la subsistance nécessaires. Cette rêverie se fonde uniquement sur la conviction que la nature est incontestablement bonne et que l’Homme… eh bien… l’Homme n’a rien fait d’autre que de détruire la nature de manière insensée.

Mais dans sa promesse de justice sociale (déguisée en science écologique), l’agro-écologie cache une sinistre faiblesse politique que le monde n’a pas vue depuis Lyssenko.

L’agro-écologie prétend être une science ; ce n’est pas le cas.

L’agro-écologie prétend qu’elle va nourrir le monde ; elle ne le peut pas.

L’agro-écologie prétend qu’elle a les solutions que l’agriculture conventionnelle n’a pas réussi à trouver ; ce n’est pas le cas.

Les atouts de l’agro-écologie sont l’activisme politique, des financements et un public qui veut croire à ses affirmations : trois éléments essentiels pour permettre aux zélotes imprégnés du dogme fondamentaliste de s’épanouir en dehors de la raison et des preuves.

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

QU’EST-CE QUE L’AGRO-ÉCOLOGIE ?

Il existe autant de définitions de l’agro-écologie que de militants qui revendiquent dans leurs biographies le titre d’« agro-écologue/iste » (NdT : ce sera « agro-écologiste » dans la suite du texte).

La version anglaise de Wikipedia la décrit comme « l’étude des processus écologiques appliqués aux systèmes de production agricole », ce qui est un peu tautologique.

L’IPES-Food, l’autorité autoproclamée sur la science de l’agro-écologie, la définit avec des termes plus nobles comme :

« L’agro-écologie représente un paradigme alimentaire et agricole alternatif, qui s’oppose à l’agriculture industrielle. L’agro-écologie est ancrée dans la reconstruction des relations entre l’agriculture et l’environnement, et entre les systèmes alimentaires et la société. Si les pratiques peuvent être très variées, l’agro-écologie se caractérise par la diversification des exploitations et des paysages agricoles, le remplacement des intrants chimiques par des matières et des processus organiques, l’optimisation de la biodiversité et la stimulation des interactions entre les différentes espèces, dans le cadre de stratégies holistiques visant à établir la fertilité des sols à long terme, des agro-écosystèmes sains et des moyens de subsistance sûrs et justes. »

L’agro-écologie est donc tout ce que l’agriculture conventionnelle n’est pas. C’est assez simple. Elle met en avant une sorte d’approche « bio plus » de l’agriculture, soucieuse de reconstruire une relation avec l’environnement que l’agriculture conventionnelle a supposément détruite. Ce « paradigme […] alternatif » se concentre sur la fertilité des sols (agriculture régénérative), la diversification des cultures et le développement d’exploitations agricoles biodiversifiées.

Mais en quoi ce « paradigme » est-il différent de ce que font actuellement de nombreux agriculteurs conventionnels ?

LES AGRICULTEURS CONVENTIONNELS PEUVENT-ILS ÊTRE AGRO-ÉCOLOGISTES ?

Selon la définition d’IPES-Food : non !

Pour être généreux, là où l’agriculture conventionnelle serait préoccupée par les rendements, l’agro-écologie adopte une approche plus globale, travaillant au sein de la nature pour équilibrer les rendements avec les conséquences écologiques et sociales de l’agriculture. Mais tous les agriculteurs savent très bien que pour améliorer les rendements, ils doivent protéger leurs sols et conserver l’eau ; tous les agriculteurs reconnaissent leur rôle dans la fourniture d’aliments sûrs et nutritifs, en abondance et à un prix abordable. En d’autres termes, tous les agriculteurs sont des agro-écologistes, de sorte que la tentative d’IPES-Food de dénormaliser des centaines de millions d’agriculteurs est à la fois ignorante et malveillante. Les agriculteurs sont constamment à la recherche de meilleures méthodes de culture et sont très conscients de la fragilité et de la menace de Mère Nature. Tous les agriculteurs travaillent dans le cadre de la nature (mais certains utilisent simplement de meilleurs outils pour gérer les menaces).

En effet, bon nombre des principes revendiqués par les agro-écologistes sont utilisés par les agriculteurs conventionnels depuis des décennies et en ce sens ne sont pas remarquables. Ce que les agro-écologistes appellent l’agriculture régénérative est communément appelée par les agriculteurs conventionnels « agriculture de conservation » (AC). Parmi les pratiques agricoles typiques de l’AC revendiquées comme agro-écologiques, mais très clairement conventionnelles, figurent : les rotations de cultures bien planifiées, les pratiques de semis direct, les cultures intercalaires, les cultures de couverture, les bandes de biodiversité et les jachères.

L’une des principales raisons pour lesquelles j’ai participé à la lutte pour maintenir le glyphosate sur le marché au cours des cinq dernières années (contre les attaques impitoyables et bien financées des agro-écologistes) est que l’herbicide permet à ces pratiques d’agriculture de conservation d’assurer efficacement une agriculture plus durable. Dans certains cas, les agriculteurs conventionnels sont tenus d’appliquer des techniques comme les cultures de couverture ou les rotations, mais c’est surtout une question de bon sens et cela permet d’obtenir de meilleurs rendements et, souvent, de réduire les coûts globaux.

Le fait que des militants pour la justice sociale qualifient d’« agro-écologie » ces pratiques conventionnelles qui développent les sols et protègent la biodiversité – et les qualifient ainsi tout en ignorant que les agriculteurs pratiquent la rotation des cultures, sèment des cultures de couvertures, évitent le travail du sol… depuis des décennies –, est révélateur d’un groupe de militants qui n’ont jamais cultivé ou même été en contact avec des agriculteurs. Le fait que ces militants urbains fassent campagne pour interdire les outils de protection des plantes comme le glyphosate qui rendent ces pratiques « agro-écologiques » efficaces et viables montre à quel point ils sont devenus ridicules. Il est incroyable que les gouvernements et les fondations leur accordent encore la moindre attention.

Cette hypocrisie ne devrait pas surprendre ; c’est ainsi que les fanatiques opèrent. Ma célèbre belle-sœur, Rachel, qui n’a pas d’enfants, n’hésite jamais à me prêcher comment je devrais élever les miens. Les citadins naturophiles ont dicté sans honte la façon dont nos systèmes alimentaires doivent être gérés. Mais devrions-nous planifier des programmes agricoles dans les pays en développement en nous basant sur les conseils de guerriers de la justice sociale qui n’ont aucune idée de l’agriculture et ne s’en préoccupent pas du tout ?

L’AGRO-ÉCOLOGIE N’EST-ELLE QU’UN CONCEPT DE JUSTICE SOCIALE ?

Selon une brochure de campagne non datée (!) de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), l’agro-écologie est unique en son genre :

« Plutôt que d’ajuster les pratiques des systèmes agricoles non durables, l’agroécologie vise à transformer les systèmes alimentaires et agricoles, en s’attaquant de manière intégrée aux causes profondes des problèmes et en fournissant des solutions globalistes qui s’inscrivent dans la durée. Il s’agit notamment de mettre explicitement l’accent sur les aspects sociaux et économiques des systèmes alimentaires. L’agroécologie accorde une place centrale aux droits des femmes, des jeunes et des peuples autochtones. »

Ainsi, selon la branche agricole des Nations Unies, l’agro-écologie est une question de justice sociale (et apparemment pas du tout une question d’agriculture)… Mais la FAO veut promouvoir l’agro-écologie en tant qu’outil de transition permettant d’apporter des changements aux systèmes agricoles.

Dire que l’agro-écologie est « un mécanisme de transition », « transformatrice » ou un « système alternatif » est une erreur d’appellation. Repousser l’agriculture à une époque antérieure au développement des outils de protection des plantes et des technologies de sélection des semences n’est guère transformateur. Ce n’est qu’une application de plus de la maladie du rêveur, rejetant la technologie et retardant l’horloge à des jours plus simples (bien qu’ils essaient de conditionner ce vieux vin dans de nouvelles bouteilles). Les agro-écologistes affirment ensuite qu’il s’agit simplement d’une question de bonne éducation (c’est dit comme par un vrai colonisateur).

Cet outil « de transition » améliorera-t-il l’agriculture dans les pays en développement ou nous ramènera-t-il à des pratiques anciennes et inefficaces ? Cette question est évaluée dans un excellent article du conseiller agricole ougandais, Nassib Mugwanya [en français ici]. Il conclut de son expérience que l’agro-écologie ne fera qu’asservir les agriculteurs africains à plus de lutte pour une vie décente et plus de pauvreté, alors que ce dont ils ont besoin, c’est de plus de choix et d’opportunités pour une vie meilleure. Mugwanya déclare :

« Cependant, plus je me suis immergé dans la vie et les difficultés des petits exploitants de semi-subsistance en tant qu’agent de vulgarisation, plus j’en suis venu à conclure que l’agro-écologie est une impasse pour l’Afrique, pour la raison plutôt évidente que la plupart des agriculteurs africains suivent déjà ses principes. Comme Daisy, les agriculteurs avec lesquels je travaille n’ont pas accès à des engrais de synthèse ni à des pesticides, ils ne sont pas en monoculture et n’ont pas les moyens d’acheter des tracteurs ou des pompes d’irrigation. Ainsi, les divers raffinements suggérés par les défenseurs de l’agro-écologie ne sont guère susceptibles de les aider à augmenter considérablement leurs rendements ou à réduire les pertes de récoltes, et encore moins de leur offrir une vie au-delà de l’agriculture s’ils choisissent de la pratiquer. »

Toutefois, Mugwanya évalue l’agro-écologie en fonction des normes de performance agricole, et conclut qu’elle n’offre rien de plus que le statu quo : la pauvreté et la misère.

Plutôt que de prétendre que les systèmes agricoles actuels sont injustes pour les pauvres, puis de bloquer les pratiques conventionnelles tout en laissant les agriculteurs plus vulnérables, ne faudrait-il pas améliorer le système progressivement ? Comment l’institutionnalisation des agriculteurs appauvris réduit-elle le risque d’accaparement des terres ? L’Afrique, en particulier, a désespérément besoin de plus que d’une simple augmentation de la même chose.

Ce qu’il est intéressant d’observer ici, c’est que, contrairement à d’autres campagnes anti-agro-techniques, l’astuce utilisée par les agro-écologistes dans les pays en développement n’est pas le principe de précaution. Ils ne jouent pas sur l’incertitude des OGM ou sur les risques inconnus des pesticides pour imposer des interdictions réglementaires – c’est le jeu des campagnes des riches en Occident. Ces militants rejettent les technologies agricoles sur la base de la justice sociale : nous devrions être en colère parce que les riches capitalistes blancs asservissent les paysans pauvres et de couleur. Bien que les agro-écologistes propagent des cas anecdotiques et massent les chiffres, les agriculteurs conventionnels ont des rendements plus élevés, et donc leur argument se déplace pour essayer de montrer que céder des droits et libertés à ces « sociétés néocoloniales » ne vaut pas la peine pour les agriculteurs.

« Vous ne pouvez pas faire confiance à l’homme blanc capitaliste ! » (dit l’homme blanc socialiste).

LES COÛTS SOCIAUX DE L’AGRO-ÉCOLOGIE

Ainsi donc, si elle n’améliore pas les conditions et les rendements, l’agro-écologie contribue néanmoins à la justice sociale pour les petits exploitants agricoles… en particulier les agriculteurs de subsistance dans les pays en développement, n’est-ce pas ?

Eh bien… non !

La pauvreté est peut-être la plus grande injustice sociale, et ne pas donner aux agriculteurs les moyens d’améliorer leurs rendements, de réduire le travail et la souffrance tout en faisant progresser leur vie sur le plan économique et financier n’est guère digne d’éloges. Si vous ne permettez pas aux agriculteurs d’avoir accès à des insecticides ou à des semences résistantes à des parasites et des maladies, vous condamnez davantage de femmes à passer de longues heures courbées, au soleil, à arracher les feuilles atteintes. Si vous refusez aux petits exploitants l’accès aux herbicides de base, le travail pénible du désherbage manuel sera confié à leurs enfants alors qu’ils devraient être scolarisés.

On dit souvent que les coûts de la protection des cultures en Ouganda sont mesurés en fonction du coût des jours de travail des femmes. Et si Vandana Shiva peut pépier sur le plaisir d’entendre « la joie » des voix des enfants qui travaillent dans les jardins, je pense que nous ne partageons tout simplement pas le même concept de justice sociale… ou de progrès et de développement.

En favorisant un système à forte intensité de main-d’œuvre, où les paysans travaillent sur des parcelles d’un demi-hectare, les agro-écologistes ignorent l’histoire du développement économique : la croissance se produit lorsque les rendements augmentent suffisamment pour libérer la main-d’œuvre pour d’autres activités lucratives, non agricoles. L’agro-écologie condamne les agriculteurs et leurs familles à une vie enchaînée à la terre, dans des sociétés soumises chaque année aux aléas de la récolte. Je suppose que j’ai une compréhension différente de ce que signifie une « approche holistique ».

De nombreuses sociétés occidentales de protection des cultures ne sont plus actives dans certains pays africains parce que les pratiques locales et corrompues vont à l’encontre de leurs codes de conduite éthique internes. Les agriculteurs risquent donc de se retrouver avec des produits de moins bonne qualité ou contrefaits, des intermédiaires opportunistes et de mauvais conseils agronomiques. Comme le dit à juste titre Mugwanya, on ne peut pas transformer l’agriculture africaine sans d’abord transformer/moderniser l’Afrique.

Les agro-écologistes ne parlent pas beaucoup de l’amélioration des infrastructures (routes, irrigation, marchés…) car c’est ce que font les colonisateurs. L’agro-écologie est une solution simpliste imposée aux pauvres par de riches activistes occidentaux avec des arrière-pensées. C’est le vrai colonialisme et il maintiendra les Africains dans la pauvreté.

Pire encore, les agro-écologistes semblent se concentrer sur les mots « juste » et « équitable », laissant entendre qu’ils soutiendraient le « commerce équitable ». Mais c’est tout le contraire. Pour se conformer aux exigences de certification du commerce équitable, les agriculteurs ont besoin d’une certaine masse critique, d’éducation et d’organisation. En mettant l’accent sur l’idéal des petits paysans qui essaient de se nourrir eux-mêmes, l’agro-écologie prive les agriculteurs de l’accès à de meilleurs marchés, à de meilleurs revenus et à un meilleur développement.

L’agro-écologie est tout sauf socialement juste.

DANSER AVEC LES CHARLATANS

Je n’ai jamais vraiment écrit sur l’agro-écologie jusqu’à présent parce que, franchement, je ne l’avais jamais prise au sérieux. Menée par d’ambitieux avocats, des militants écologistes, des naturophiles et des militants d’une seule cause, l’agro-écologie était devenue la panacée pour bien des militants politiques.

Pour l’écologiste, l’agro-écologie résoudra le problème du changement climatique. Pour le naturophile, elle supprimera la dépendance aux produits chimiques et fournira des ressources pour une production alimentaire plus biologique. Pour le défenseur de la justice sociale, elle contribuera à mettre fin au capitalisme, à l’industrie et à notre dépendance à l’égard des modèles de croissance économique. Pour les avocats militants, elle fournit un modèle alternatif qu’ils peuvent utiliser pour propager leur concept potentiellement lucratif d’écocide. Pour les végans et les mouvements de défense des droits des animaux, elle fournit les bases d’un changement de cap par rapport à la « viande industrielle ». Pour les néo-malthusiens, elle constitue le meilleur outil pour une stratégie de décroissance démographique. Avec toutes ces merveilleuses opportunités qui se présentent, est-ce que l’effet réel de l’agro-écologie sur les agriculteurs (en plus de leur donner plus de difficultés, d’incertitude et de pauvreté) est vraiment important ?

Les agro-écologistes affirment qu’ils mettront fin aux inégalités en se débarrassant des riches ; à l’agriculture industrielle en éliminant les technologies innovantes ; à la mondialisation et au développement international en encourageant les petits exploitants pratiquant une agriculture de subsistance. Aucune personne raisonnable ne voudrait de tout cela ; sauf si elle a d’autres intérêts qu’elle veut exploiter.

Mais récemment, la communauté agro-écologique a reçu de l’argent de quelques riches donateurs, elle a des alliés à la FAO et des soutiens d’acteurs peureux dans certains gouvernements occidentaux qui tentent d’apaiser cette faction du lobby vert. Ainsi, bien qu’ils jouent un jeu différent de celui des precautionistas qui tentent d’interdire toute agriculture conventionnelle, ils ont trouvé un grand nombre d’amis dans le monde de l’activisme qui seraient heureux de faire de l’agro-écologie la voix de leur conscience et de leur raison d’être.

L’agro-écologie a également attiré certains des acteurs de la justice sociale les moins crédibles. Prenez mon amie, Vandana Shiva, qui se définit comme une « agro-écologiste de la souveraineté alimentaire ». L’Université de la Terre de Shiva permet à des pèlerins activistes occidentaux de lui donner (beaucoup) d’argent en se rendant en Inde afin d’apprendre l’« agro-écologie » dans sa ferme pilote paradisiaque. J’aimerais bien fabuler ici, mais là-bas, elle enseigne à des citadins aisés les clés de l’agriculture biodynamique, qui consiste à ne faire qu’un avec la terre, à remplir des cornes de fumier et à se mettre dans la bonne direction mystique. (La biodynamie a été développée par Rudolf Steiner au début du XXe siècle, puis adoptée par les nazis dans les années 30 et il est donc parfaitement logique qu’elle soit aujourd’hui adoptée par un groupe d’agro-écologistes de l’extrême).

Au sein du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies a été créé un poste symbolique (rapporteur) pour parler du droit à l’alimentation. Depuis qu’Olivier De Schutter a assumé cette fonction cérémoniale, le poste offre une rampe de lancement aux militants de l’agro-écologie pour des campagnes se prévalant de la crédibilité de l’ONU. À la fin de son mandat, De Schutter a mis en place le Groupe International d’Experts sur les Systèmes Alimentaires Durables (IPES-Food, à ne pas confondre avec l’IPBES de nature intergouvernementale) – une sorte de talk-show agro-écologique des riches. Ils disposent d’un « panel d’experts de haut niveau » et d’un petit secrétariat composé de lobbyistes blancs privilégiés qui organisent des symposiums et publient des articles sur l’agro-écologie et la souveraineté alimentaire… mais ils ne font pas (encore) partie des Nations Unies.

L’AGRO-ÉCOLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE ?

Non.

Le professeur de Berkeley, Miguel Altieri (qui aurait inventé le terme), trace la voie scientifique de l’agro-écologie :

« Dans cette optique, une nouvelle approche technologique et de développement est nécessaire pour répondre aux besoins agricoles des générations actuelles et futures sans épuiser notre base de ressources naturelles. L’approche agro-écologique fait justement cela parce qu’elle est plus sensible aux complexités de l’agriculture locale et qu’elle a un large critère de performance qui inclut les propriétés de durabilité écologique, de sécurité alimentaire, de viabilité économique, de conservation des ressources et d’équité sociale, ainsi que l’augmentation de la production. »

Ce site est un peu dépassé et ne propose jamais réellement ces nouvelles technologies (je suppose que cette nouvelle approche holistique adopte la méthodologie scientifique). Dire que les chercheurs en agro-écologie sont « plus sensibles » à l’agriculture locale dénigre les agronomes conventionnels qui ne sont qu’une bande d’hommes blancs imposant une oppression coloniale à des pauvres parfaitement capables de se nourrir eux-mêmes. Comme nous l’avons vu, ces acteurs de la justice sociale non seulement n’interagissent pas avec les agriculteurs, mais encore ne parlent pas non plus aux agronomes locaux. Je ne suis pas sûr que Norman Borlaug se soit senti comme un oppresseur colonial lorsqu’il a déménagé au Mexique, mais les révisionnistes travaillent à « interroger » cette histoire.

Être une science implique d’adhérer à une méthode scientifique qui remet sans cesse en question ses théories, ses concepts et ses paradigmes. L’agro-écologie est basée sur le principe incontesté que l’agriculture doit suivre des solutions naturelles et non industrielles. C’est à peu près aussi scientifique que de dire que l’agriculture est libre d’utiliser n’importe quelle technologie tant qu’elle est écrite dans la Bible.

J’ai déjà écrit à ce sujet ailleurs. La science ne se soucie pas de savoir si la solution est naturelle ou synthétique, si elle a été développée dans un centre d’innovation industrielle à Saint Louis ou par un agronome dans une ferme kenyane, si elle a été financée par des actionnaires, des petits exploitants ou des détenteurs de brevets. La science se préoccupe uniquement de savoir si quelque chose fonctionne, permet à l’agriculture d’être plus durable et offre une vie meilleure aux agriculteurs et aux consommateurs. Dès que vous commencez à ajouter des réserves telles que : « Cela doit être naturel » ou : « Cela ne peut pas être lié au financement par des entreprises », vous abandonnez le domaine scientifique et embrassez la religion.

Cela ne veut pas dire que la religion est une mauvaise chose ou qu’elle n’apporte pas un certain réconfort, mais simplement que les gens ne peuvent pas prétendre que leur religion (par exemple, la naturophilie) est meilleure que les solutions scientifiques. Si elle est meilleure, alors la science, de par sa nature même, l’adoptera parmi ses pratiques. Si elle exige une humilité aveugle à genoux devant une Église de la Nature toute-puissante, alors la science se défera de ce dogme fondamentaliste.

Pourquoi devons-nous tolérer cette dichotomie en noir et blanc en matière d’agriculture ? Pourquoi doit-il s’agir uniquement d’agro-écologie (sans outils agricoles conventionnels) ? Si l’agro-écologie pouvait être améliorée avec des substances comme le glyphosate pour permettre des cultures de couverture plus complexes et une meilleure conservation des sols sans labour, alors il faudrait abandonner le dogme et utiliser les meilleurs outils disponibles. S’il ne s’agit que du label biologique, alors laissez tomber les revendications de justice sociale et de durabilité – vous n’y êtes que pour les prix plus élevés que vous pouvez obtenir de consommateurs inutilement effrayés. Certains agriculteurs comme « FarmingGeorge » au Royaume-Uni parlent avec passion d’agro-écologie et, bien que nous ayons besoin de ces pionniers, il continue à pratiquer l’agriculture conventionnelle (tout en admettant qu’il utilise encore du glyphosate). Cela ne devrait pas poser de problème et il ne devrait pas avoir à s’excuser.

Si l’agro-écologie pouvait être améliorée avec des substances comme le glyphosate pour permettre des cultures de couverture plus complexes et une meilleure conservation des sols sans labour, alors il faudrait abandonner ce dogme et utiliser les meilleurs outils disponibles. S’il ne s’agit que du label biologique, alors laissez tomber les revendications de justice sociale et de durabilité – vous n’y êtes que pour les prix plus élevés que vous pouvez obtenir de consommateurs inutilement effrayés.

Des scientifiques crédibles étudient-ils l’agro-écologie ? Oui, et on me dit souvent d’être poli avec eux. Compris ! Et bien qu’il existe un programme à l’université du Wyoming (qui se fond également dans de nombreuses pratiques agricoles conventionnelles), étant donné le nombre de dingues comme Shiva et De Schutter qui se prétendent « experts» en agro-écologie, tout universitaire crédible devrait trouver un autre nom pour son domaine d’étude.

L’agro-écologie utilise une équation plutôt perverse où les moyens justifient les fins. Rejeter les moyens conventionnels de produire des aliments (en faveur de pratiques basées sur la nature) entraînera des rendements plus faibles, des famines probables et des changements imposés dans les pratiques alimentaires. Et ces fins horribles sont acceptées pour propager une vision de justice sociale naturophile idéalisée dans l’Occident riche et bien nourri. Ne prétendez jamais que l’agro-écologie est scientifique.

L’AGRO-ÉCOLOGIE PEUT-ELLE NOURRIR LE MONDE ?

Non.

Mais pour être juste, cela n’a jamais été l’objectif.

Le but de l’agro-écologie n’a jamais été de nourrir les populations urbaines croissantes. Au mieux, son ambition est plus modeste : produire suffisamment de nourriture pour nourrir l’agriculteur qui a planté les graines. Vandana Shiva et son ONG, Navdanya, ont remporté le prix Midori en 2016 pour avoir enseigné l’agriculture agro-écologique, principalement à des femmes. Parmi ses réalisations, on peut citer le fait que 55 % d’entre elles ont pu produire un surplus. Malgré l’évidence – près de la moitié d’entre elles n’ont pas réussi à se nourrir –, il semble irresponsable d’encourager une mentalité paysanne-agricole au XXIe siècle alors que plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain.

Million Belay, le chef de l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique, un groupe de pression agro-écologique panafricain, définit la souveraineté alimentaire comme « la capacité des communautés à se nourrir elles-mêmes ». Cet abaissement de la barre pour les agriculteurs (juste assez pour se nourrir) à un moment où la population africaine augmente, s’urbanise et exige une meilleure qualité de vie est dangereusement myope.

Si les agriculteurs ne sont pas mis en capacité de produire plus, mieux et de manière plus fiable, si le seul objectif est la subsistance individuelle, si la justice sociale a la priorité sur un rendement adéquat, alors c’est la recette de la famine. Ne parlez pas de développement et d’agro-écologie dans la même phrase. Une mauvaise sécheresse, un essaim de criquets, une défaillance systémique et des millions de personnes en souffriront. L’agro-écologie, malgré sa prétention occidentale à la justice sociale, favorise la vulnérabilité, la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

L’HISTOIRE SE RÉPÈTE

Toute analyse de l’agro-écologie devrait s’appuyer sur les écrits et les conséquences tragiques de l’agronome soviétique Trofim Lyssenko, dont le mélange de recherches fondées sur des motifs politiques et une idéologie impitoyable a conduit à la mort et au déplacement de millions de personnes. La plupart de ses affirmations étaient davantage d’ordre social (soviétique) que scientifique, et reflétaient une ambition et une partialité politiques. Un article à venir comparera le lyssenkisme dogmatique (et le steinerisme) à certaines des affirmations que les agro-écologistes font aujourd’hui pour montrer comment l’histoire se répète (tragiquement).

Pour l’instant, retenons deux points fondamentaux : vous ne pouvez pas forcer une idéologie politique à s’opposer aux découvertes scientifiques pendant une période prolongée – le système échouera. Lorsque ce système défaillant concernera la production alimentaire, les gens mourront de faim.

Une chose est sûre : l’agro-écologie est plus proche du lyssenkisme que de la science. Les gouvernements devraient s’efforcer de donner aux agriculteurs des pays en développement de meilleures routes, de meilleurs marchés et une meilleure irrigation, et cesser de financer les agro-écologistes occidentaux qui ne font que promettre à ces agriculteurs davantage de pauvreté, de souffrance et d’incertitude.

Et avec les criquets qui pullulent dans la Corne de l’Afrique, la baisse des rendements agricoles en 2020 dans de nombreux pays occidentaux et l’effondrement économique qui a suivi la pandémie de Covid-19, la vulnérabilité économique et l’insécurité alimentaire n’ont pas été aussi élevées depuis des décennies. Les agro-écologistes sont-ils prêts à accepter les famines pour prix de la pérennité de leur dogme de justice sociale ? L’histoire n’est pas de bon augure à cet égard.

Comme la plupart des idéologies motivées par la maladie du rêveur, les conséquences sont généralement bien pires que leurs intentions (vertueuses). L’agro-écologie est la solution lorsque les paysans n’ont pas d’autres moyens, opportunités ou choix. Malheureusement pour elle, nous disposons de technologies qui peuvent facilement être appliquées pour résoudre les problèmes auxquels les petits exploitants sont confrontés (si seulement les lobbyistes agro-écologistes ne se mettaient pas en travers du chemin). L’agriculture deviendra plus difficile (plus rapidement), ce qui entraînera une demande accrue de solutions technologiques.

Je pense que j’ai eu raison de ne pas prendre au sérieux cette maladie de rêveur de la justice sociale.

Traduction par Wackes Seppi de The Dreamers disease, how agroecology will starve millions

28 septembre, 2020

Convention climat : chassez la réalité par la porte, elle rentre par la fenêtre

 Le gouvernement français avait cru réussir une très belle opération d’enfumage avec la Convention citoyenne pour le climat. Maintenant, tous ces braves citoyens vert(ueux) commencent à aller de déconvenue en déconvenue.

En ce mois de septembre 2020,  je suis en vacances en Ardèche et je n’ai pas la télévision : une vraie bénédiction, ça permet d’avancer plein de lectures en retard entre deux randonnées. Mais les nouvelles m’arrivent quand même, que ce soit par l’internet ou la radio (« France info = la voix de l’État français »…).

À côté du « virus chinois » qui occupe toujours la première place, quelques autres points de l’actualité récente m’ont démontré que quand on essaie de camoufler la réalité par les discours (on la chasse « par la porte »), celle-ci finit toujours par vous rattraper (elle rentre « par la fenêtre »).

Le gouvernement français avait cru réussir une très belle opération d’enfumage avec la Convention citoyenne pour le climat, cette assemblée censée représentative façon sondages, mais soigneusement coachée dans le sens du politically correct vert par tout un ensemble d’experts au service de cette idéologie.

Emmanuel Macron avait ensuite validé l’ensemble des propositions à l’exception de trois d’entre elles décidément trop délirantes.

Mais voilà que maintenant tous ces braves citoyens vert(ueux) commencent à aller de déconvenue en déconvenue. Ils doivent manger leur chapeau sur plusieurs de leurs magnifiques propositions.

Commençons par les abominables néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Ils devaient être bannis pour toujours de la surface de la Terre, du moins celle sur laquelle l’État français exerce sa juridiction. Oui, mais voilà que seul cet insecticide est capable d’endiguer la jaunisse de la betterave. Si on ne veut pas tuer toute la filière sucrière française et tous les emplois qu’elle procure à l’heure de relancer l’économie, il faudra bien l’utiliser et voter une petite dérogation.

Les vert(ueux) demandaient de bonnes grosses taxes supplémentaires sur le transport aérien, cette industrie pour « riches qui n’hésitent pas à se déplacer pour un oui ou pour un non, sans égard pour les émissions de CO2 ». Évidemment, on ignorait volontairement que la part du transport aérien dans la demande mondiale de fuel n’est que de 5,8 %, et que par ailleurs le boom du low cost a mis ce moyen à la portée d’un nombre croissant de ménages modestes. Une nouvelle taxe à l’heure où il faut ressusciter une industrie particulièrement mise à mal par la pandémie, ce n’est pas vraiment la meilleure des recettes. Avons-nous oublié que le mouvement des Gilets jaunes a commencé par une nouvelle taxe abusive sur les carburants ?

Les ver(tueux) voulaient un moratoire sur la 5G. Pas de chance, Macron « ne croit pas au modèle Amish ». Et il est vrai qu’il est temps pour la France de rattraper son retard en la matière pour ne pas une fois de plus mettre son industrie en mauvaise posture par rapport à la compétition internationale.

Ce qui adviendra de la centaine d’autres propositions plus ou moins farfelues avancées par cette convention, cela reste à voir. Il n’est pas exclu qu’au milieu de cette avalanche se soient glissées certaines propositions réalistes et bonnes à appliquer. Même les idéologues les plus radicaux ont parfois un éclair de bon sens…

Un autre événement récent vient enflammer les médias : la fermeture dans le nord de l’usine de pneumatiques de Bridgestone, une firme japonaise. C’est évidemment très malheureux pour les quelques 800 personnes qui vont perdre leur emploi, et ça déclenche chez les politiciens et tout ce que la France compte de grands experts en stratégie industrielle des commentaires indignés. La ministre déléguée à l’Industrie, madame Pannier-Runacher a réagi énergiquement, en déclarant qu’elle allait « faire du bruit ».

Il semble que tous ces thuriféraires de l’État-stratège n’ont toujours pas compris quel devrait être le véritable rôle de l’État. Ils ne se sont pas encore posé la question de savoir pourquoi, en l’espace de quelques années, quatre fabricants de pneumatiques : Goodyear, Continental, Michelin et maintenant Bridgestone, abandonnent la France ? Ne serait-ce pas parce que la fabrication de pneus dans l’environnement fiscal, social et réglementaire français est simplement devenue non rentable ? Et ce ne sont pas les subventions qui vont y changer grand-chose.

En fait, une industrie ou une filière subventionnée n’est par définition pas durable !

Un autre exemple relevé dans le livre de Samuel Furfari dont je viens de terminer la lecture.

Dans un rayon de 40 km autour de la ville de Maastricht, trois pays : la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne ; et quatre régions dont deux régions de Belgique souveraines pour une partie de leur politique économique, la Flandre et la Wallonie.

Le Boston Consulting Group a relevé en 2013 que, suivant la région où vous habitez, pour placer des panneaux photovoltaïques, vous pouvez percevoir une subvention variant sur une échelle de 0 à 325. Devinez quelle est la région qui subventionne le plus : la plus riche me direz-vous ? Je vous laisse juge :

  • Pays-Bas :                        0 eur/MWh
  • Région flamande :       21 eur/MWh
  • Allemagne :                170 eur/MWh
  • Région wallonne :     325 eur/MWh

Voilà les aberrations auxquelles arrivent les politiciens-stratèges désireux de plier la réalité à une idéologie, au lieu de laisser simplement fonctionner les mécanismes de marché.

L’État, où qu’il soit, devrait comprendre que son rôle est de créer le meilleur environnement possible (infrastructure, sécurité physique et juridique, level playing field pour la concurrence …) et ensuite laisser libre cours aux acteurs économiques. À ce jeu, la meilleure technologie finira toujours par émerger sans aucun besoin de subventions, ni de taxations qui en sont le corollaire.

26 septembre, 2020

Les entrepreneurs sont-ils motivés par l’avidité ? Retour sur un mythe…

 On ne peut encourager efficacement l’entrepreneuriat que si on comprend comment il fonctionne vraiment, ce qui implique de comprendre ce qui motive réellement les entrepreneurs.

« Greed is good » (l’avidité c’est bon). Vous vous souvenez certainement de cette expression proférée avec force par Michael Douglas, interprétant Gordon Gekkoun financier de haut-vol dans le film Wall Street.

Par une de ces caricatures qu’affectionne Hollywood et que nous prenons trop sérieusement comme souvent, Gekko en arrive à symboliser la mentalité du monde des affaires, du chef d’entreprise et par extension, celle de l’entrepreneur. L’entrepreneur est-il motivé par l’appât du gain ? Retour sur un modèle mental solide, mais largement faux.

Qu’est-ce qui motive un entrepreneur pour créer son entreprise ? Cette question obsède depuis longtemps les chercheurs. Pour beaucoup c’est évident : il est motivé par l’appât du gain, la maximisation de son profit, en bref par l’avidité. Or l’avidité est un trait aussi ancien que l’humanité à tel point qu’elle est condamnée dans les textes religieux les plus anciens.

Elle ne naît donc pas avec le capitalisme, elle n’est nullement le trait exclusif des entrepreneurs ou des marchands, mais bien de l’humanité tout entière. Presque tous les êtres humains souhaitent avoir davantage plutôt qu’avoir moins ; le désir d’accumulation est universel et éternel, aussi bien chez le pillard Viking que chez le chevalier du Moyen-Âge, le conquistador ou le gestionnaire de fonds.

Bien peu de gens refusent une augmentation de salaire et la plupart d’entre nous ont des économies, de l’argent accumulé dans une banque, ou essaient d’en avoir. Toutes choses égales par ailleurs, pour reprendre l’expression favorite des économistes, on préfère avoir plus d’argent que moins, mais toutes les choses ne sont pas égales par ailleurs.

CE QUE MONTRE LA RECHERCHE : DES MOTIVATIONS TRÈS DIVERSES

De façon étonnante, cette conception persiste alors que la recherche a montré depuis bien longtemps que la motivation des entrepreneurs était bien différente que le simple appât du gain.

Bien sûr, il peut exister. J’ai ainsi connu un entrepreneur qui m’a avoué n’être motivé que par cela : « Philippe, dans ma vie je ne veux qu’une seule chose, gagner beaucoup d’argent. » Mais c’est extrêmement rare, j’en ai rencontré très peu comme cela et le plus souvent ce type de motivation se réalise plus facilement et à moindre risque dans les milieux financiers qu’en entrepreneuriat.

Comme le remarquait le psychologue américain David McClelland, qui a étudié les chefs d’entreprise, imaginer l’entrepreneur comme étant conduit par l’avidité, la nécessité de faire de l’argent ou de maintenir son taux de profit est une simplification excessive typique.

En se référant aux études sur les entrepreneurs au XIXe siècle, il concluait : « Beaucoup de ces hommes ne semblaient pas être motivés principalement par un désir d’argent en tant que tel ou de ce qu’il permettrait d’acheter. »  Selon lui, la motivation première de l’entrepreneur est le besoin de réalisation, le plaisir de créer quelque chose, une motivation que l’on retrouve chez les artistes et les scientifiques.

Le fait qu’il faille nécessairement une motivation pour créer une entreprise correspond cependant à un modèle mental, une croyance qui n’est rien d’autre qu’une croyance. La question « Qu’est-ce qui motive un entrepreneur dans sa création d’entreprise » suppose en effet qu’il faut une motivation, et que celle-ci précède l’acte de création.

Le modèle mental ici est qu’une intention consciente est nécessaire à l’action, et qu’il existe une césure nette entre les deux. C’est très cartésien, et comme tout modèle mental, il n’est pas universel. Il y a de nombreux exemples où la création a résulté d’une série d’actions qui, initialement, n’avaient pas du tout pour objet cette création.

Comme le disait Lisa Shoen, cofondatrice de U-Haul, le plus grand réseau de location de véhicules utilitaires des États-Unis, « les premières semaines nous n’avions pas du tout conscience que nous étions en train de créer une entreprise. » Lisa et son mari prêtaient à leurs amis des remorques qu’ils avaient rafistolées, puis aux amis de leurs amis, et ils ont mis pas mal de temps à se rendre compte que les gens seraient prêts à payer pour ça.

L’effectuation, la logique d’action des entrepreneurs, montre elle aussi au travers de nombreuses études que la motivation pour créer des entreprises n’est pas nécessairement le gain escompté. Par cela l’effectuation n’induit pas que c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Elle ne dit pas « les entrepreneurs ne sont pas motivés par le gain. » Elle dit simplement que d’après ce que l’on observe, ce n’est pas toujours, voire pas souvent, une motivation première. Elle va d’ailleurs plus loin en définissant une théorie de l’entrepreneuriat qui ne présuppose aucune motivation particulière, si ce n’est celle d’agir pour diverses raisons.

Elle montre que certains entrepreneurs sont motivés par la passion pour leur projet, tandis que d’autres le sont pour une noble cause. D’autres n’ont pas de passion, mais veulent résoudre un problème sans aucune idée d’en faire un business. D’autres entreprennent sans vraiment en avoir conscience au début, agissant de proche en proche.

D’autres démarrent pour aider un ami ou se réalisent dans l’action collective et goûtent le plaisir de faire des choses, ou de gagner des contrats, d’autres enfin démarrent simplement parce que, en effet… et bien pourquoi pas ?

Enfin bref, chacun semble avoir une motivation particulière, et aucune n’est nécessaire, et parfois il n’y a pas de motivation explicite du tout. Bill Hewlett et David Packard ont créé HP simplement parce qu’ils avaient envie de travailler ensemble. Après la création, ils ont mis cinq ans à trouver quoi faire exactement et l’entreprise est devenue un géant mondial de la technologie.

Ce faisant, l’effectuation questionne la vision dominante de l’entrepreneuriat, et de l’action humaine en général, basée sur un objectif de maximisation. Cette vision est celle des économistes classiques comme Paul Samuelson dont la théorie met en scène un monsieur Max U, homo œconomicus motivé par la maximisation de son gain ou de son utilité. Un agent purement économique pour qui rien ne compterait d’autre que son gain. Il traduit une vision du monde qui serait une sorte de distributeur de boissons géant.

Je paie, j’obtiens ce que je voulais et je m’en vais. Cette conception a été poussée à l’extrême par Jeremy Bentham pour qui l’acteur économique n’a qu’une ambition double : maximiser son plaisir et minimiser sa douleur. Nous sommes bien là dans un paradigme de la maximisation : de l’utilité pour les individus, du profit pour les firmes et du bien-être pour les États.

D’autres recherches, et au-delà, notre expérience quotidienne, montrent cependant que les individus raisonnent très différemment en se contentant souvent de solutions satisfaisantes, plutôt qu’optimales, et ont une vision beaucoup plus large de leur action économique.

On ne peut encourager efficacement l’entrepreneuriat que si on comprend comment il fonctionne vraiment, ce qui implique de comprendre ce qui motive réellement les entrepreneurs, non pas seulement de démarrer mais surtout de continuer. Admettre qu’ils ne poursuivent pas une logique d’optimisation de leur profit, et qu’ils ne sont pas tous motivés par le gain, loin s’en faut, mais que leur motivation est bien plus diverse, est un premier pas indispensable à cette compréhension.

25 septembre, 2020

Les écologistes tombent le masque

 Les élus écologistes sont en train de se montrer sous leur vrai jour : intolérants et pas toujours préoccupés par l’avenir de la planète.

Aux dernières élections municipales en France, plusieurs grandes villes ont élu un maire écologiste. Un des commentaires les plus intelligents que j’ai entendu et de nature à tempérer l’enthousiasme de la gent  médiatique célébrant une « vague écolo » était le suivant : « Oui mais, c’est une  vaguelette dans un petit ruisseau », car on peut douter que ces personnes eussent été élues s’il n’y avait eu un taux d’abstention sans précédent.

LES ÉCOLOGISTES TOMBENT LE MASQUE

Néanmoins les sondages montraient alors que le parti censé représenter l’écologie  bénéficiait chez les Français d’une image positive, du moins comparé aux autres  partis, sans doute parce qu’encore beaucoup assimilent ce parti à la défense de l’environnement. Et franchement, qui n’est pas pour défendre et protéger  l’environnement ?

Mais voilà que ces derniers jours le masque de ces personnes, qui croyaient être  portées par cette vague populaire en trompe-l’œil, a un peu bougé, découvrant ne fût-ce qu’un instant leur vrai visage, celui d’idéologues intransigeants et de totalitaires en devenir, pour qui la défense de l’environnement n’est qu’un prétexte.

Oh, c’est peu de chose, et ils ont bien tenté de minimiser leurs sorties, qui n’étaient  pas seulement maladroites mais franchement imbéciles, qui « contre le Tour de  France », qui « contre les sapins de Noël »…, et de dire « oublions ça, passons aux  choses sérieuses ».

Mais ces brefs moments de vérité ont été édifiants : les derniers sondages montrent que le parti écologiste a enregistré une belle dégringolade dans l’opinion des Français.

LES CONTRADICTIONS DE L’ÉCOLOGISME

Depuis longtemps, on peut relever les contradictions de l’écologisme.

  • Alors que parmi les énergies dites renouvelables, la plus importante et aussi la plus  propre, l’hydroélectricité (en 2014 : 7 % de la demande mondiale, 78 % du total des énergies renouvelables1 , les écolos n’aiment pas du tout cette énergie. Soit ils n’en parlent pas, soit ils la dénigrent.

Voyez notamment leur opposition farouche et leur lobbying effréné qui a réussi à empêcher les organisations internationales d’aide au développement de financer l’Éthiopie dans son projet de construire un barrage sur le Nil bleu2. Ce projet sera un pas décisif dans le développement de ce pays d’Afrique, l’un des rares dont la  gouvernance s’est fortement améliorée. Heureusement, comme ce projet a du sens,  l’Éthiopie le réalisera quand même avec l’aide d’investisseurs privés et en comptant aussi sur ses propres forces ;

  • Alors que le développement des pays pauvres d’Afrique ne peut être que bénéfique,  non seulement pour ces pays, mais aussi pour résoudre des problèmes tels que la  surpopulation et l’immigration incontrôlée vers l’Europe, ces messieurs « écolos » leur dénient le droit de s’électrifier en exploitant leurs propres ressources bon  marché (hydroélectricité, charbon, hydrocarbures…).

Au contraire, s’ils stagnent dans leur situation de pauvreté, ces pays reçoivent de très bonnes notes dans la fumisterie que constitue « l’empreinte écologique », grâce notamment au fait que ces pauvres gens n’utilisent que de l’énergie renouvelable pour cuisiner ou se chauffer, à savoir de la « biomasse », entendez par là du bois ou du charbon de bois, au grand dam de leur santé, mais aussi en provoquant une déforestation désastreuse pour ces pays. Il faut avouer que pour des adorateurs des arbres c’est pour le moins paradoxal ;

  • Enfin, ces messieurs « écolos » s’opposent frontalement à une autre énergie non émettrice de CO2 : le nucléaire, dont les émissions sont du même niveau, si pas  moindres, que celles du solaire et des éoliennes. Pour eux, c’est religieux, il s’agit de  l’énergie du diable.

Pourtant, si on croit aux effets du CO2 sur le réchauffement climatique, ce qui est le dogme proclamé par les écolos, même le GIEC a admis que pour combattre le réchauffement climatique le nucléaire ferait partie de la solution, sans oublier les nombreux avantages de cette source d’énergie pour produire une électricité stable et bon marché.

En 2014, au niveau mondial elle satisfait 4 % de la demande brute en énergie, et certainement bien davantage pour ce qui est de la génération d’électricité. Dans l’Union européenne c’est 14 % de la demande  brute en énergie et 28 % de la génération d’électricité)3.

Les géants de ce monde, États-Unis, Chine, Russie poursuivent activement le développement de cette énergie et la recherche progresse à pas de géants dans le domaine de l’accroissement de la sécurité, de l’efficience et de la déployabilité : small modular reactors, retraitement des combustibles usés ; improprement nommés déchets, alors que ce sont en fait des spent fuels dont la réutilisation, non seulement conforme au principe de durabilité, permet aussi de diminuer drastiquement la demi-vie.

ÉCOLOGISTES OU DÉCIDEURS D’UN NOUVEAU MONDE ?

Mais sans aller plus loin dans la liste de ces contradictions, voyons simplement un  petit historique de ce qu’ont dit quelques personnalités à la racine de l’écologisme4.

Maurice Strong, initiateur de toute l’organisation de l’ONU dans le domaine de  l’environnement, qui a organisé la première rencontre internationale à Stockholm en  1972, et plus tard le Sommet de la Terre sur le Climat à Rio de Janeiro en 1992 : « Nous pourrions en arriver au point où le seul moyen de sauver le monde
sera l’effondrement de la civilisation industrielle. »

Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la conférence cadre de l’ONU sur le changement climatique, avouant platement que le but de l’activisme  environnemental n’est pas de sauver la planète d’une calamité écologique, mais de  détruire le capitalisme : « Ceci est la première fois dans l’histoire de l’humanité que  nous nous fixons la tâche, dans une période de temps finie, de changer intentionnellement le modèle de développement économique qui a régné pour au  moins 150 ans, depuis la révolution industrielle. »

Ottmar Edenhofer, un directeur du GIEC dans un discours en novembre
2010 : « … nous devons nous affranchir de l’illusion que la politique climatique internationale soit une politique environnementale. En lieu de cela, la politique du  changement climatique s’occupe de comment nous redistribuons de facto la richesse dans le monde… »

Christine Stewart, ancienne ministre canadienne de l’Environnement et négociatrice de l’accord de Kyoto en 1988 : « Peu importe si la science du  réchauffement climatique se révèle fausse […] le changement climatique nous fournit la plus grande des opportunités pour apporter la justice et l’égalité dans le monde »

Arrêtons la liste ici, cela suffit pour voir que derrière l’environnement se cachent de  tout autres objectifs. Encore ceux-ci sont-ils ici clairement affichés.

Les maires écologistes, bien conscients qu’ils n’auraient pas été élus s’ils se démasquaient, vont maintenant sournoisement faire avaler à leurs administrés des politiques qui n’auront que peu de rapport réel avec l’environnement. Ils seront bien sûr toujours aidés par la captation du discours médiatique politically correct qu’ils ont réussi à imposer .

Peut-être devraient-ils méditer avec La Fontaine la fable du Loup devenu berger :

« … Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre
Quiconque est loup agisse en loup :
C’est le plus certain de beaucoup.

  1. The changing world of energy and the geopolitical challenges. Tome 1. Understanding energy developments, Samuele Furfari, 2017,
    CreateSpace.(p.62). ↩
  2. The changing world of energy and the geopolitical challenges. Tome 2. Shifting sands : The Geopolotics of Energy, Samuele Furfari, 2017, CreateSpace. (p.472) ↩
  3. The changing world of energy and the geopolitical challenges. Tome 2. Shifting sands : The Geopolotics of Energy, Samuele Furfari,
    2017, CreateSpace. (p 62-67). ↩
  4.   The changing world of energy and the geopolitical challenges. Tome 2. Shifting sands : The Geopolotics of Energy, Samuele Furfari, 2017, CreateSpace.( p554 à 557). ↩