Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Nouvelle devise du dollar canadien : Un de perdu, dix d’empruntés. - Michel Beaudry

________________________________________________________________________

17 juin, 2021

Les écolos veulent nous forcer à changer de vie

 La Loi climat et résilience est un arsenal de mesures coercitives pour nous forcer à adopter le mode de vie écolo. Vélos, menus vegan… Tous les fantasmes des bobos urbains financés par la dette et l’impôt.

Il n’a pas échappé à votre sens aigu de l’observation que le mois de mai fut très frais. Avec tout ce que nous payons en impôts pour la lutte contre le changement climatique, nous voilà enfin récompensés, face à un résultat tangible ! Et ce n’est pas fini, vous allez voir ce que vous allez voir. La Loi climat et résilience (peut-on rêver d’une appellation plus stupide ?) va encore accélérer la marche dans le bon sens, nous promet la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Le texte voté par l’Assemblée nationale le 4 mai, est actuellement en transit vers le Sénat où il sera examiné en juin.La ministre se rengorge

Dans un discours décoiffant la ministre se rengorge :

Cette loi, c’est une véritable bascule culturelle globale, qui fera de l’écologie une réalité du quotidien […] En s’attelant à ce qu’il y a de plus ordinaire, de plus basique mais aussi de plus crucial : nos modes de vie.

COMMENT ALLEZ-VOUS DEVENIR ÉCOLOS POUR SAUVER LA PLANÈTE GRÂCE À POMPILI

Sur la route

D’ici le premier janvier 2030, les voitures neuves commercialisées en France devront émettre moins de 123 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre. Pas grave, pensez-vous peut-être, tant qu’on ne m’oblige pas à changer de voiture… Mais dans les faits, si ! Il y aura des restrictions de circulation pour les voitures polluantes dans les métropoles de plus de 150 000 habitants comme c’est déjà le cas à Paris, Grenoble, Lyon.

Pour les poids lourds (600 000 véhicules diesel), les dispositions sont plus drastiques. Ils devront avoir disparu en 2040. En attendant, l’industrie logistique devra payer. C’est le retour à mots voilés de l’éco-taxe « dans le but de permettre une meilleure prise en compte des coûts liés à l’utilisation des infrastructures routières et des externalités négatives de ce mode de transport ».

C’est la fin du gazole moins taxé que les autres carburants pour tout le monde (poids lourds et autres véhicules). Voilà qui ne va pas augmenter votre pouvoir d’achat mais ne parlons pas d’un passé sordide ! La planète est en jeu, scrogneugneu. Élevons le débat.

Dans l’air

Si, à défaut de trajet en automobile, vous optez pour les vols intérieurs, ceux-ci vont se renchérir car d’ici à 2024 il faudra compenser totalement les émissions carbone. Concrètement, cela signifie que les compagnies aériennes vont devoir mettre la main à la poche pour investir dans des projets tels que le « renouvellement forestier, l’agroforesterie, l’agro-sylvo-pastoralisme ainsi que les prairies et tout autre forme d’agriculture régénérative », en France ou dans des États de l’Union européenne.

Les aéroports ne pourront plus être agrandis. Bientôt vous pourrez prendre votre monture qui broutera en route pour vous déplacer en France et en Europe ! En revanche, la loi ne précise pas comment compenser les émissions des ruminants herbivores paissant dans les prairies et les bois dédiés à l’agrosylvopastoralisme. Un vide juridique bien regrettable car voyez-vous, une flatulence ou un rot de bovin ou d’ovin, ce n’est pas neutre.

À la maison

Un propriétaire ne pourra plus louer des « passoires thermiques ». 1,8 million de logements seraient concernés, ce qui ne va pas dans le sens de la modération des loyers puisque le propriétaire voudra amortir ses travaux ou que des logements vont disparaître de l’offre locative.

Mais on s’en fout parce que :

  • il s’agit de la planète
  • peu importe le pouvoir d’achat des locataires
  • le propriétaire bailleur appartient à une sale engeance qui doit disparaître
  • l’idéal c’est 100 % de logements sociaux afin d’acheter des électeurs reconnaissants logés dans un vrai souci de justice sociale.

Si la passoire thermique est la vôtre vous pourrez obtenir des aides financières pour combattre vos courants d’air (comprendre : on va pressurer des malheureux contribuables afin de vous donner de l’argent pour quelque chose que vous ne jugiez pas utile).

Pour les courses

  • Étiquetage spécial du score carbone des produits ; une ligne de plus en caractères illisibles sur des liasses d’étiquettes et des frais supplémentaires qui apparaîtront sur le prix final.
  • Développement de la vente en vrac ; sans prendre l’avion, vous retrouverez l’ambiance des souks et des marchés des pays en voie de développement.
  • Aide à l’achat d’un vélo et même de cargo-vélo !
  • Obligation pour les fabricants d’assurer la fourniture de pièces détachées cinq ans après la commercialisation d’un produit ; aucun bricoleur ne semble siéger à l’Assemblée. Il existe des sites où vous trouvez des pièces détachées pour des appareils vieux de vingt ans. Personne n’a attendu la Loi climat et résilience pour les produire et les distribuer.

Je passe sur les autres idées qui vont sauver la planète comme par exemple : la lutte contre les prospectus et les échantillons, la végétalisation des toitures, les menus végétariens quotidiens dans les cantines scolaires.

COMMENT ALLEZ-VOUS PAYER ?

Quel effet de tout ce galimatias sur le CO2 ? Dérisoire.

Dérisoire. En premier lieu, nous produisons en France moins de 1% des émissions mondiales de dioxyde de carbone liées à l’activité humaine. En supposant que la loi « climat et résilience » supprime 10% de nos 1% nous aurons vaincu tout seuls avec nos petits bras musclés de Gaulois-qui-ont-peur-que-le-ciel-leur-tombe-sur-la-tête 0,1% des émissions mondiales de CO2 d’origine anthropique (soit 0,033 milliards de tonnes sur 33 milliards de tonnes).

Combien y a-t-il de CO2 naturel dans l’atmosphère ? 3 200 milliards de tonnes. Combien font 0,033 milliards de tonnes rapportées à 3 200 milliards de tonnes ? Environ 0,001%.

En revanche, cela représente beaucoup de milliards d’euro qui vont aller arroser le capitalisme de connivence qui tourne autour de l’industrie verte.

Le dernier livre de François Gervais, professeur émérite de l’Université de Tours, ancien rapporteur au GIEC s’intitule Merci au CO2.

Il s’ouvre sur cette citation de Machiavel :

Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes.

Signalons aussi un nouveau coming out chez les climatosceptiques : l’ancien conseiller climat d’Obama, Steven Koonin. Ce scientifique au pedigree solide vient lui aussi de publier un livre (en langue anglaise seulement et au format numérique depuis la France) exposant ses doutes scientifiques.

Comme je l’explique dans Non, l’État ne nous protège plus : si le danger climatique est très probablement irréel, le racket fiscal, lui, est bien réel comme en témoigne déjà votre facture d’électricité.

La Loi climat et résilience est prétexte à de nouveaux impôts et taxes dont on aura l’impression qu’ils sont levés pour une bonne cause. Pour que ce racket soit durable, les prébendes sont délibérément orientées vers des objectifs mondiaux et surtout non mesurables. Elles engraissent aussi des entreprises bien vues du pouvoir. C’est ce que certains appellent sans rire l’ultralibéralisme.

16 juin, 2021

« L’économie du diable » d’Alfred Sauvy

 « Un ouvrage qui n’a pas pris une ride » (Jean-Marc Daniel). Alfred Sauvy dénonce les lâchetés qui conduisent les gouvernants à avoir « peur d’agir, peur de dire, peur de voir et même peur de penser ».

Fidèle à l’esprit qui le caractérise, Alfred Sauvy dénonce les lâchetés qui conduisent gouvernants, experts et ensemble de la société à avoir « peur d’agir, peur de dire, peur de voir et même peur de penser ».

Les uns (les experts) sont bien informés mais préfèrent cacher les faits rebutants plutôt qu’en assumer la responsabilité, les autres (les gouvernants) sont mal informés, ne voient que la surface des choses et évitent de prendre les décisions déplaisantes, tandis que les derniers (l’opinion) se laissent submerger par l’ignorance et les croyances.

OÙ MÈNENT LE DÉFICIT DE CONNAISSANCE OU DE RIGUEUR INTELLECTUELLE

À travers cet essai le propos d’Alfred Sauvy est de tenter d’expliquer le cheminement qui a conduit de l’opposition qui était faite entre inflation et chômage, à leur concomitance devenue évidente à l’époque où il écrit ce livre (1976). Ce que, déjà, on appelait la stagflation.

Dans son style incisif, parsemé de pointes d’ironie, il dresse quelques grands rappels historiques, montrant comment les prévisionnistes se sont bien souvent égarés et dénonçant les « usines à légendes » ou autres rumeurs qui, trop souvent, tiennent lieu de vérité, comme les idées reçues, encore aujourd’hui, sur les effets supposés du New Deal ; qui ne tiennent pas compte des faits et des observations les plus élémentaires, conduisant ainsi à de pures illusions.

Par simple négligence, pas un seul historien ne se donne la peine d’observer et de décrire fidèlement les faits, constat qu’il établissait plus en détail encore dans De la rumeur à l’Histoire. Il rejoint en cela ce qu’un autre grand esprit du XXe siècle, Jean-François Revel, montrait dans son ouvrage La connaissance inutile.

Mythologie, simplismes, croyances, dogmes malins sont une seconde nature. Il n’y a aucun domaine, aucun, où une étude sérieuse des réalités éloigne autant le chercheur, à sa grande surprise, du reste des hommes. La réalité n’est pas simplement éloignée des apparences, elle est souvent à l’opposé.

C’est en ce sens que le livre d’Alfred Sauvy offre une vraie leçon d’économie, mais aussi une belle démonstration des liens à établir entre les choses. Ce qui pourrait relever du bon sens mais confine plutôt à la propension à n’avoir le regard rivé que sur ce qui se voit, beaucoup trop rarement hélas sur ce qui ne se voit pas (sans que l’auteur fasse référence à Frédéric Bastiat, qu’il n’avait probablement pas en tête lorsqu’il écrivait, empruntant le même chemin et partageant des constats similaires à cet égard).

Ce qui mène à pléthore d’idées reçues et illusions communément répandues, dont il tente ici d’en démonter quelques-unes. Ce pourquoi Jean-Marc Daniel, comme je le cite en préambule, dit à juste titre que ce livre « n’a pas pris une ride ». Et ce qui justifie cette présentation, vous invitant vivement à vous procurer cet ouvrage si vous le pouvez.

ALFRED SAUVY DÉMONTE LES MIRAGES SUR LE CHÔMAGE ET L’EMPLOI

C’est ainsi qu’Alfred Sauvy démonte un certain nombre d’idées reçues qui ont (toujours) la vie dure. Au sujet du présumé nombre limité des emplois possibles, de la destruction supposée (depuis l’aube des temps) des emplois par les machines, des effets mésestimés du progrès technique, du caractère très largement sous-évalué des besoins non assouvis, etc.

C’est parce que depuis deux siècles nous cherchons à supprimer des emplois que leur nombre a augmenté. Sans ces efforts, nous serions encore derrière nos charrues ou battoirs à linge en main.

Sur chacun des sujets, la démonstration est à la fois simple (mais en aucun cas simpliste) et implacable, pleine de pertinence et de bon sens, à la portée de chacun, Alfred Sauvy étant un excellent pédagogue.

Mais comme le bon sens est loin d’être une chose unanimement partagée, ces mécanismes simples qu’il décrit, et qui apparaissent pourtant assez évidents à la lecture (sans être exempts de nuances fondamentales), sont très souvent perdus de vue, y compris par des esprits parmi les plus brillants.

C’est ainsi qu’une société s’enfonce dans le contresens. Le diable qui dirige, ou inspire, notre économie trouve des avocats partout.

D’autant plus qu’en matière d’études et de moyens de lutter contre le chômage, là encore les propos convenus, visions manichéennes, recettes malthusiennes ou affirmations péremptoires répétées à l’envi, y compris par de nombreux économistes la plupart ignorants des faits, ne permettent ni d’aller dans le fond des choses, ni d’imaginer des remèdes adaptés (nous sommes en 1976 et on le verra superbement durant les années qui vont suivre la sortie de cet ouvrage).

Questions taboues, a priori et conformisme ambiant permettent peu de sortir des sentiers battus sur ces questions, l’ignorance régnant en maître, aux côtés de l’opinion.

L’ignorance de la population, à tous les niveaux, est considérable. Ne pas savoir est partout bien admissible, à condition toutefois de ne pas croire que l’on sait. Or, chacun affirme avec autorité, en prenant ses intérêts pour guide et son sentiment pour lumière. Au-dessus même des intérêts, il y a une optique commune, à l’opposé des réalités. Dès lors, nous ne savons pas mieux soigner notre corps social qu’au temps de Molière notre corps physique.

LE POINT DE VUE D’ALFRED SAUVY SUR LA QUESTION DE L’INFLATION

Là encore, le visible et l’invisible se côtoient, de même que les illusions, parfois le jeu de dupes. Et les interprétations sur la question de l’inflation sont souvent erronées, conduisant à ce que les remèdes contre l’inflation se révèlent… inflationnistes. S’appuyant sur l’histoire économique, Alfred Sauvy montre les difficultés spécifiques de la France en la matière et analyse la période qui se déroule.

Ici aussi, nous sommes avant les années 1980 et le grand virage qui va permettre de changer d’optique en la matière, mais relire les pages de ce livre pourrait peut-être retrouver une certaine actualité dans les années qui viennent, la question de l’inflation commençant à revenir sur le devant de la scène.

De manière générale, qu’il s’agisse de l’inflation ou de l’emploi, et a fortiori des mécanismes tentant de réguler l’un à travers l’autre, Alfred Sauvy critique les rigidités et les raisonnements statiques, mettant en avant à la fois l’énorme potentiel des besoins, ainsi que des progrès techniques souvent inassouvis en raison simplement des inadaptations et des rigidités qui perdurent.

KEYNES le prophète, Keynes le sauveur, a fait beaucoup pour augmenter le chômage. Le concept de demande globale, admissible pour une approche très grossière, devient vite un contresens et un faux guide […] Penser, comme le gouvernement français et la presque totalité de l’opinion, que la montée des jeunes générations pleines annonce autant de chômeurs supplémentaires est une idée d’enfant. C’est seulement du fait de leur non-adaptation aux besoins que leur arrivée sur le marché du travail pose un problème. Que l’on s’en rapporte, par exemple, Au Japon après la guerre, ou aux deux millions de travailleurs étrangers introduits en France en 20 ans.

CE QUI SE VOIT, CE QUI NE SE VOIT PAS

Par ailleurs, il offre de multiples exemples des conséquences néfastes de la primauté du visible sur l’invisible qui entraînent des erreurs graves de politique économique. Il y consacre même tout un chapitre.

Et déjà il mettait en avant ce qui n’est que plus criant encore aujourd’hui : le problème de la rigidité et de l’inadaptation de l’école aux besoins réels, par « refus de voir ». C’est bien là l’une des premières causes du chômage. Au lieu de prévoir, notamment en formant à des métiers manuels, on a préféré ignorer et, sous des prétextes égalitaires, face aux revendications des syndicats étudiants et à l’idéalisme de certains cercles enseignants allergiques au mot « technique », le refus de la sélection a desservi des générations entières, faisant de beaucoup des « diplômés chômeurs ». Avec des implications à la fois en matière de chômage et d’inflation.

Premier temps : l’excédent des non-manuels détruit l’ajustement et le plein-emploi. Deuxième temps : pour réduire le chômage, le gouvernement recourt à la stimulation de la demande, laquelle s’avère inflationniste, du fait même du non-ajustement. Troisième temps : lorsque l’inflation est jugée trop rapide, le gouvernement serre vigoureusement les freins et crée du chômage partout. En outre, les entreprises, obligées en 1975 à garder du personnel en surnombre, hésitent aujourd’hui à embaucher de peur de se trouver dans le même cas, si les commandes diminuent.

Il critique ensuite les contre-remèdes tels que les « grands travaux » ou la réduction du temps de travail, dont là encore on ne veut considérer que la partie visible – les emplois créés par simple transfert (emprunts, impôts) – mais pas celle invisible, à savoir les emplois supprimés qui en résultent.

L’erreur fondamentale reste la même : action directe sur les résultats, sans agir sur les causes. L’emploi est considéré comme un objectif en soi, comme si le but de l’existence était le travail, ce qui, à l’échelle nationale, est un contresens […] Un emploi de plus pour une même production, c’est un gain, pensent l’opinion, les syndicats et, derrière eux, les gouvernants. Comme ils négligent l’invisible, cette « bonne pensée » conduit à un peu plus de chômage.

Même logique sur la question des retraites (rappelons qu’Alfred Sauvy était démographe, et à ce titre anticipait mieux que beaucoup le futur effondrement du système par répartition) :

Cette question provoque, comme la précédente, une irritation chargée d’affectivité, parce que le dogme est ennemi de la réflexion et que la férocité chez ceux qui veulent « faire partir les vieux » ne parvient pas à s’enterrer bien au fond. Une fois de plus, l’arithmétisme est simpliste : le nombre des emplois étant supposé limité, un homme retiré de la population active, c’est, juge-t-on, un chômeur de moins.

De manière générale, plus on avance dans le livre, plus on est surpris de voir que sur de nombreux plans Alfred Sauvy avait parfaitement anticipé toutes les décisions, conséquences de ces décisions et effets boomerang qui se sont avérées dans les faits au cours des presque quatre décennies nous séparant de l’écriture de l’ouvrage. Décidément, Jean-Marc Daniel a bien raison : ce livre n’a pas pris une ride…

REVOIR NOTRE MANIÈRE D’AGIR

La seconde partie du livre est consacrée aux solutions, qui s’inscrivent en cohérence avec ce qui précède.

Loin des solutions préconisées par des Comités de sages ou autres instances officielles, notamment de planification, la réflexion d’Alfred Sauvy porte plutôt sur des politiques tournées davantage vers les hommes que vers l’injection de sommes d’argent, vers une étude plus fine des réels besoins de main-d’œuvre et de formation que de grands principes plus ou moins théoriques ou des fausses recettes, généralement perverses, du type avancement de l’âge de la retraite (qui devrait d’ailleurs être davantage choisi que subi dans les propositions concrètes qu’il établit, des formes de transition douces pouvant être imaginées).

En particulier une meilleure valorisation des métiers manuels et moins de bureaucratie. Vers plus de souplesse, d’adaptation, et moins de rigidités ou de contraintes (comme par exemple le SMIC et ses effets pervers). De meilleures rémunérations et une plus grande dignité pour ce qui concerne des métiers manuels trop souvent négligés ou sous-valorisés, en revoyant notre manière de les aborder.

Des politiques plus offensives plutôt que des politiques défensives et malthusiennes le plus souvent inefficaces et appauvrissantes. Il détaille notamment le gisement considérable d’emplois potentiels que la France néglige, en établissant une comparaison avec nos pays voisins (Allemagne, Suisse, en particulier, ou même Italie dans le domaine de la production de machines-outils), qui ont de bien meilleurs résultats que nous en la matière.

Mon objet n’est pas de présenter ici l’ensemble des propositions concrètes d’Alfred Sauvy – trop nombreuses pour que je les détaille – mais de souligner le caractère incroyablement actuel de l’ouvrage qui mérite d’être redécouvert. Et surtout l’esprit qui s’en dégage, plus tourné vers des formes de rationalité et de bon sens que vers les schémas stéréotypés et préconçus habituels que nous connaissons, et s’éloignant de la servitude induite par l’obsession égalitaire.

Problématiques démographiques, de vieillissement, de migrations, de pauvreté, d’éducation, de développement, de progrès technique, d’industrie, d’information, etc. Rien n’est laissé de côté. Tout est analysé à l’aune de l’observation et de la réflexion. De manière très fine, et loin des idées reçues.

 

À lire aussi :

15 juin, 2021

Plan de relance : pourquoi l’État n’y arrivera pas

 Plutôt que de se prétendre chef d’orchestre sans savoir jouer de la musique ni lire une partition, l’État ferait mieux de supprimer les obstacles qu’il impose déjà à la bonne marche de l’économie française.

Celui qui n’est pas apte à servir son prochain cherche à le commander – Bureaucracy (1944)Ludwig von Mises.

Après la chute symbolique du mur de Berlin et l’échec tragique des grandes économies planifiées du XXe siècle (la Chine et l’Union soviétique), on aurait pu penser que les leçons de l’histoire contemporaine auraient atteint les plus hautes sphères de la haute administration française.

On a même failli le croire en 2006, quand le Commissariat au Plan a été supprimé après quelques 60 ans d’existence. Les dernières annonces sur sa résurrection semblent finalement indiquer le contraire.

Peu importe que le gouvernement français actuel ait encore récemment montré son incompétence en matière d’organisation – en l’occurrence de l’approvisionnement d’un produit simple comme les masques sanitaires – il se prévaut désormais de pouvoir coordonner l’économie dans son ensemble et de prendre sur lui de diriger sa relance.

LES ENTREPRISES N’ONT PAS LE LOISIR DE PERSISTER DANS L’ERREUR

Le fait de s’entêter autant dans l’erreur – voire de surenchérir aveuglément – n’est pas un luxe que les entreprises privées peuvent se permettre. C’est sûrement pour cela qu’elles s’adaptent mieux et plus vite que les gouvernements aux changements rapides de leur environnement.

Nul besoin d’être économiste pour observer que chaque jour, des milliers de produits fabriqués par des centaines de producteurs arrivent sur les marchés et sur les étagères des magasins de nos quartiers. Ces producteurs ne se concertent pas, ne sont pas au courant de leurs plans respectifs et ne se parlent même pas.

Comment savent-ils ce que veulent les consommateurs, où acheminer leurs produits, en quelle quantité et à quel prix ? Cette prouesse constante émerveille certains et en dérange d’autres qui croient nécessaire de devoir tout coordonner à partir d’un grand plan général.

Force est de constater que la pénurie est rare dans les économies développées et intégrées au marché mondial. Elle demeure principalement accidentelle, par exemple dans le cas de mauvaises récoltes ou de catastrophes naturelles.

Sinon, quand la demande pour un produit s’intensifie, son prix augmente à court terme, envoyant ainsi un signal à ses producteurs d’augmenter leur volume afin de satisfaire cette nouvelle demande, ce qui fait alors baisser le prix du produit.

De la même manière, quand leurs stocks s’écoulent plus lentement que prévu, les producteurs comprennent qu’ils devront bientôt baisser les prix de leurs produits et ralentir leur cadence de production. Ces effets de balancier, ces ajustements concernent chaque jour des dizaines de produits.

LES PRIX ADMINISTRÉS NE SONT PAS DES SOLUTIONS À LA PÉNURIE

En absence d’un système de prix libres, c’est-à-dire de signaux clairs et rapides, il est impossible pour les entrepreneurs d’anticiper quelle quantité produire et de s’organiser en conséquence.

Comme le cas des masques l’a d’ailleurs rappelé, un prix administré ou un rationnement imposé par la force ne résout aucunement la pénurie mais au contraire la pérennise, en créant de surcroît – avec l’apparition du marché noir – du chaos là où régnait l’ordre souple et transparent des ajustements de prix.

La même logique s’applique à la relance générale de l’économie : les produits et services dont les Français manquent le plus actuellement et dont la disponibilité tarde à revenir à un niveau pré-pandémique verront leur prix augmenter dans un premier temps avant de baisser quand leurs producteurs auront rattrapé leur retard de volume.

Le gouvernement ne peut pas se substituer au système de prix relatifs et découvrir par lui-même quel service devrait être fabriqué, ni quand, ni à quel prix1.

À chaque fois qu’il s’y essaye, il échoue car il ne dispose pas de l’information pertinente concernant chaque produit (stocks, files d’attente, produits complémentaires et substituables, profits etc.) qui est disséminée dans la population et en constante évolution.

L’ILLUSION SYNOPTIQUE

L’idée que parce qu’ils sont au sommet de l’organisation politique, ils disposent d’une vue d’ensemble leur permettant d’intervenir positivement dans l’économie est une complète illusion, que le prix Nobel Friedrich Hayek nomma illusion synoptique.

C’est au contraire leur absence d’intervention arbitraire, leur renoncement à vouloir à tout prix se mettre en valeur et se montrer « à la tâche » qui permettrait aux véritables acteurs de l’économie, et en premier lieu aux entrepreneurs, de fournir au plus vite les services dont le besoin est le plus pressant dans la communauté.

Plutôt que de se prétendre chef d’orchestre sans savoir jouer de la musique ni lire une partition, plutôt que de planifier le chaos avec des fonctionnaires sans expérience, l’État ferait mieux de supprimer les obstacles qu’il impose déjà à la bonne marche de l’économie française, en particulier ceux qu’il contrôle vraiment et directement, à commencer par le boulet de son propre poids fiscal et administratif qui est depuis longtemps déjà le plus élevé de l’OCDE.

Article initialement publié le 5 septembre 2020.

  1. Il est connu que les Soviétiques empruntaient les catalogues de produits étrangers pour estimer les prix relatifs des produits sortant de leurs usines. ↩

14 juin, 2021

Impact économique de la crise covid : des dépenses publiques nuisibles (8)

 Dernier article et conclusion de notre mini série d’analyses économiques de la crise sanitaire du point de vue libéral de l’école autrichienne d’économie.

Les premiers articles de notre mini-série sur l’impact économique de la crise covid se trouvent iciiciiciiciiciici, et ici.

LE « CLOU » DE LA DÉPENSE PUBLIQUE

Nous en arrivons ainsi à la dernière recette proposée fondamentalement pour sortir de la crise issue de la pandémie et revenir à la normalité : pas question d’assainir les comptes publics, ni de réduire la dépense publique improductive ; pas question de réduire la pression fiscale ni d’alléger les contraintes administratives et réglementaires pour les entrepreneurs afin qu’ils reprennent confiance et se décident à investir.

Rien de tout cela, mais tout le contraire : recourir le plus possible à la politique fiscale en augmentant la dépense publique de façon exorbitante, tout en prétendant donner priorité aux investissements environnementaux et à ceux concernant la numérisation et les infrastructures.

Mais ce nouveau sursaut de la politique fiscale est procyclique et sérieusement nuisible. Ainsi, par exemple, lorsqu’à partir de l’été 2021 la “manne” des 140 milliards d’euros accordés par l’Union Européenne à fond perdu (sur un programme total de 750 milliards organisé par les autorités de l’Union et extensible jusqu’à 1,85 billion sous forme de prêts) arrivera en Espagne, il est plus que probable que l’économie espagnole et celle du reste de l’Union Européenne auront déjà commencé d’elles-mêmes à se remettre, de sorte que ces fonds absorberont et dévieront des ressources limitées, indispensables pour que le secteur privé puisse entreprendre et mener à bien les projets d’investissement qui, par leur rentabilité véritable, peuvent générer à eux seuls, et sans aides publiques, un volume important d’emploi durable à court, moyen et long terme ; emploi durable qui contraste avec l’emploi toujours précaire et dépendant de décisions politiques qu’engendre la dépense publique de consommation même s’il s’agit de projets pharaoniques de « transition » écologique et numérique.

Tout cela sans qu’il soit besoin d’évoquer l’inefficience caractéristique du secteur public s’agissant de canaliser les ressources reçues et la politisation inévitable de leur distribution, toujours liée à la recherche et au maintien du clientélisme politique.

Tout le monde se rappelle, par exemple, l’échec retentissant du fameux “Plan E” d’injection de dépense publique lancé par l’administration du gouvernement socialiste de Zapatero pour faire face à la Grande Récession de 2008.

Ou le lamentable résultat de la politique fiscale d’accroissement considérable des dépenses publiques au Japon, qui s’est limitée à faire de ce pays le plus endetté du monde. En définitive, l’histoire se répète.

IMPACT ÉCONOMIQUE DE LA CRISE COVID : CONCLUSION

Il n’existe pas de raccourcis miraculeux pour sortir d’une crise aussi grave que celle née de la pandémie actuelle. Même si les gouvernements et autorités monétaires s’efforcent de se présenter au pays comme ses indispensables « sauveurs« , grâce à leur effort et à leur activité frénétique dans la réalisation de choses apparemment bénéfiques.

Même si les uns et les autres cachent systématiquement, comme l’a démontré l’Ecole Autrichienne, leur incapacité intrinsèque à trouver et à obtenir l’information nécessaire pour donner un contenu coordinateur à leurs ordres.

Même si leurs actions sont systématiquement irresponsables et contre-productives parce qu’elles dilapident les faibles ressources de la société et empêchent  l’assignation correcte des ressources et le calcul économique rationnel dans les projets d’investissement.

Malgré tout cela, c’est-à-dire malgré les gouvernements et les banques centrales, la pandémie de Covid-19 ne sera d’ici peu d’années qu’un triste souvenir historique promptement oublié par les générations futures, de la même manière que personne ne se rappelait les ravages sanitaires et économiques beaucoup plus importants produits par la « Grippe espagnole » il y a un siècle.

Aujourd’hui, comme alors, nous nous en sortirons grâce à notre effort individuel et collectif ; nous tâcherons de mener à bien, avec créativité, nos projets vitaux dans les espaces de liberté d’entreprise et de marché non contrôlé qui, malgré tout, restent ouverts.

13 juin, 2021

Impact économique de la crise covid : les banques centrales s’emballent (7)

 Un nouvel épisode de notre mini-série consacrée à l’analyse économique de la crise du point de vue libéral de l’école autrichienne d’économie.

Les articles précédents de cette mini-série sur l’école autrichienne d’économie se trouve iciiciiciiciici, et ici.

RÉACTION DES BANQUES CENTRALES FACE À L’APPARITION SOUDAINE DE LA PANDÉMIE

C’est dans cette situation économique préoccupante, alors que les banques centrales avaient pratiquement épuisé leur arsenal d’ »armes non conventionnelles » de politique monétaire ultra-laxiste, qu’apparaît soudainement la pandémie de Covid-19, en janvier 2020.

La réaction des autorités monétaires a consisté, simplement, à suivre le même chemin consistant à redoubler l’injection monétaire : non seulement leurs programmes d’achats d’actifs financiers (dont le prix, à la grande joie des gros investisseurs comme les fonds d’investissement, hedge funds, etc. n’a cessé d’augmenter alors que les banques centrales accroissent ainsi davantage la fortune de quelques-uns et que l’économie de la grande masse se contracte et entre en phase de récession) s’amplifient, mais la monnaie nouvelle commence à se distribuer de plus en plus, sous la forme d’aides et d’allocations directes financées par le déficit public monétisé, de sorte qu’une bonne part de la nouvelle monnaie créée arrive directement dans les poches des économies domestiques.

Mais nous savons, au moins depuis 1752 et grâce à Hume1, que la simple distribution uniforme d’unités monétaires entre les citoyens n’a pas d’effets réels2.

C’est pourquoi les autorités monétaires ne veulent pas, dans le fond, entendre parler du fameux « hélicoptère de Friedman » comme instrument de leur politique monétaire ; car celle-ci ne produit que des effets apparents d’expansion, alors que seuls quelques secteurs, entreprises et agents économiques reçoivent dans un premier temps la monnaie nouvelle, avec toutes les conséquences collatérales, qui consistent en une augmentation de l’inégalité dans la distribution du revenu en faveur de quelques-uns et dont nous avons déjà parlé à propos des effets des politiques de « quantitative easing » en tant que facteur déterminant de l’enrichissement des acteurs sur les marchés financiers.

Il est, en tout cas certain que, tôt ou tard, et dans la mesure où elle n’est pas stérilisée3 par des banques privées et des secteurs entrepreneuriaux démotivés, la monnaie nouvelle finit par arriver dans les poches des consommateurs, au fur et à mesure que se manifeste l’effet de perte inexorable du pouvoir d’achat de l’unité monétaire décrit par Hume.

Cet effet sera de plus en plus évident lorsque les économies domestiques surmonteront leur incertitude et estimeront inutile de maintenir des soldes de trésorerie aussi élevés, ou simplement seront obligées de dépenser l’argent reçu sous forme d’allocations de subsistance alors que leurs membres sont au chômage et ne peuvent pas produire : une demande croissante de monnaie sur une production contractée à cause de la pandémie entraîne inexorablement une pression constante à la hausse des prix4.

Et c’est justement ce que l’on commence à observer en ce moment (janvier 2021). Le prix des produits agricoles, par exemple, ne cesse d’augmenter et a atteint son maximum en trois ans ; il en va de même pour les frets et beaucoup de matières premières (minéraux, pétrole, gaz naturel, etc.) qui atteignent des prix très élevés et même records.

L’IMPASSE DANS LAQUELLE SE TROUVENT LES BANQUES CENTRALES

La conclusion est on ne peut plus claire. Les banques centrales se sont engagées dans une impasse.

Si elles choisissent la fuite en avant et accentuent leur politique d’expansion monétaire et de monétisation d’un déficit public qui ne cesse d’augmenter, elles risquent de générer une grave crise de dette publique et d’inflation.

Mais si, craignant de passer de la « japonisation » antérieure à la pandémie à une situation proche de la « vénézualisation » une fois celle-ci passée, ils stoppent leur politique monétaire ultra-laxiste, la survalorisation des marchés de dette publique deviendra immédiatement évidente et il se produira une importante crise financière et une récession économique aussi douloureuse que salutaire à moyen et long terme.

Comme le démontre le “Théorème de l’impossibilité du socialisme”, les banques centrales (véritables organes de planification centrale financière) n’ont pas la possibilité de bien choisir la politique monétaire la mieux adaptée à chaque occasion.

Devant l’évidence de la difficile conjoncture actuelle, il est illustratif d’observer les recommandations et réactions qui, trahissant une nervosité et une inquiétude (je dirais même une “hystérie”) croissantes, proviennent des investisseurs, “experts”, commentateurs et même des responsables économiques et des autorités monétaires les plus connues.

Ainsi, par exemple, de nouveaux articles et commentaires sont continuellement publiés, en particulier dans les journaux “rose saumoné”, comme le Financial Times, pour essayer de tranquilliser les marchés.

Ils annoncent invariablement que les taux d’intérêt nuls (et même négatifs) vont le rester pendant plusieurs années car les banques centrales ne vont pas abandonner leurs politiques monétaires ultra-laxistes ; les investisseurs peuvent donc être tranquilles et continuer à s’enrichir en opérant et en achetant sur les marchés obligataires.

Les banques centrales, quant à elles, annoncent prudemment la révision de leurs objectifs d’inflation, dans le but de les “flexibiliser” (à la hausse, naturellement), sous prétexte de compenser ainsi les années durant lesquelles elles n’ont pas su les atteindre, et pour justifier le fait de ne pas prendre de mesures de contrôle monétaire même si l’inflation monte en flèche5.

D’autres assesseurs des autorités monétaires proposent même d’abandonner l’objectif d’inflation pour introduire directement le maintien d’une certaine courbe des taux particulièrement réduite (taux nuls et même négatifs pendant plusieurs années de la courbe des taux ; on réaliserait à cette fin toutes les opérations nécessaires de “marché ouvert”).

Tout cela est encouragé par les leaders de la “Modern Monetary Theory” qui, malgré son nom, n’est une théorie ni moderne ni monétaire, mais un mélange de vieilles recettes Keynésiennes et mercantilistes qui sont le propre d’arbitristes de siècles passés (ils soutiennent que le déficit est sans importance car il peut être financé sans limite en émettant de la dette et en la monétisant) plus que de véritables théoriciens de notre discipline ; théorie qui fait des ravages parmi nos responsables en matière économique et monétaire6.

Nous arrivons ainsi à la dernière des « idées géniales » qui gagne énormément en popularité : l’annulation de la dette publique acquise par les banques centrales (et qui, nous l’avons vu, représente presque un tiers de la dette totale).

Avant tout, il est évident que ceux qui se sont manifestés en faveur de cette annulation ont montré leur jeu car si, comme ils l’affirment, les banques centrales vont toujours racheter la dette émise pour faire face aux échéances qui se présentent à un taux d’intérêt nul, aucune annulation de leur part ne serait nécessaire.

Le simple fait de demander justement aujourd’hui cette annulation prouve leur nervosité devant les nombreux signes de poussée inflationniste, et leur crainte de voir les marchés obligataires s’effondrer et les taux d’intérêt remonter.

Dans ces circonstances, il serait crucial pour eux que la pression sur les gouvernements prodigues soit adoucie par une annulation qui équivaudrait à une remise proche du tiers de la dette totale émise par eux et qui ne nuirait qu’à une institution aussi abstraite et lointaine pour le public que la banque centrale. Mais les choses ne sont pas aussi faciles qu’il y paraît.

Si on procède à une annulation comme celle que l’on demande, il apparaîtra ce qui suit. En premier lieu, que les banques centrales se sont contentées de créer de la monnaie et de l’injecter dans le système à travers les marchés financiers, enrichissant considérablement quelques personnes sans obtenir à la longue d’effets réels appréciables (mis à part la réduction artificielle des taux d’intérêt et la destruction simultanée de l’assignation efficiente des ressources productives7.).

Si cette annulation avait lieu, le tollé général contre cette politique serait tel qu’en second lieu, les banques centrales perdraient non seulement toute leur crédibilité8 mais aussi la possibilité de renouveler dans le futur leurs politiques d’achats sur le marché libre (“quantitative easing”), les circonstances les obligeant à effectuer des injections monétaires allant directement aux citoyens (« hélicoptère de Friedman »), les seules équitables du point de vue de leurs effets sur la distribution du revenu ; mais celles-ci, manquant d’effets réels d’expansion constatables à court terme, supposeraient l’incapacité définitive des banques centrales à exercer avec leur politique monétaire une influence appréciable sur les économies du futur.

Dans ce contexte, la seule recommandation sensée à donner aux investisseurs est de vendre le plus vite possible toutes leurs positions à revenu fixe, car on ne sait pas combien de temps les banques continueront à maintenir artificiellement un prix aussi exorbitant, tel qu’on n’en a jamais vu dans l’histoire.

Il existe, de fait, des indices plus que suffisants pour montrer que les investisseurs les plus lucides, tels que Hedge Funds et d’autres, utilisant des dérivés et autres techniques sophistiquées, misent déjà sur l’effondrement des marchés obligataires, tout en filtrant officiellement dans les médias et par l’intermédiaire de commentateurs prestigieux9 des messages et des recommandations tranquillisants, car ils veulent “sortir” des marchés de la dette sans faire de bruit et au prix le plus élevé possible.

  1. David Hume “Of Money”, dans Essays, Moral, Political and Lieterary, E. F. Miller (éd.), Liberty Classics, Indianapolis, 1985, p. 281 et s. Hume évoque le fait que si, par miracle, chaque individu de Grande-Bretagne trouvait cinq livres de plus dans sa poche pendant la nuit, cela n’aurait aucun effet réel sauf celui de diminuer le pouvoir d’achat de la monnaie -c’est-à-dire hausser les prix nominaux-, car la capacité productive du Royaume-Uni resterait inchangée (p. 299). Avec son fameux ”hélicoptère”, Friedman se limita à copier et actualiser cet exemple de Hume -sans le citer-. ↩
  2. Par exemple, Mervyn King, ex Gouverneur de la Banque d’Angleterre, a été obligé de reconnaître ceci : « On dit que la combinaison de stimulants fiscaux et monétaires a représenté une réussite contre la pandémie, mais je n’arrive pas à voir maintenant le bénéfice de l’activisme des banques centrales. Depuis plusieurs jours je me demande avec ma femme si c’est le moment d’aller dîner dans notre restaurant favori : le fait  que les taux d’intérêt continuent à baisser ne va pas changer la teneur de cette discussion »El País, Madrid, dimanche 17 janvier 2021, p. 38. ↩
  3. La relation des autorités monétaires avec les banques privées tient de la “schizophrénie”: d’une part, elles les inondent de liquidité pour qu’elles prêtent, tout en les menaçant d’exiger d’elles plus de capital et de surveiller de très près à qui elles prêtent. ↩
  4. Voir, entre autres, Michael D. Bordo et Mickey D. Levy “The Short March Back to Inflation”, The Wall Street Journal, 4 février 2021, p. A17. ↩
  5. L’adoption de cette politique soumettrait à une telle contrainte la gouvernance de l’euro qu’il serait probablement en passe de disparaître. ↩
  6. Voir, par exemple, Patrick Newman, “Modern Monetary Theory: An Austrian Interpretation of Recrudescent Keynesianism”, Atlantic Economic Journal, nº 48, 2020, pp. 23-31 et les articles critiques de Mark Skousen et Gordon L. Brady, publiés dans le même numéro de cette revue. Parmi les plus enthousiastes de la “Modern Monetary Theory” se trouve Mario Draghi : voir, par exemple, “Las claves del plan Draghi” pour sauver l’Italie, ABC, 4 février 2021, p. 30. ↩
  7. Il est tragique de constater que des experts, politiciens et citoyens oublient que le plus  important de tous les prix et, donc, celui qui a le plus besoin d’être fixé par le marché libre, le taux d’intérêt, ou prix des biens présents en fonction des biens futurs, ne peut pas être manipulé impunément par les gouvernements et banques centrales sans que se bloquent le calcul économique et l’assignation intertemporelle correcte des ressources productives. ↩
  8. Entre autres choses, sans actifs à vendre, pour les avoir annulés, elles ne pourraient pas drainer de réserves du système si cela s’avérait nécessaire dans l’avenir à cause d’une reprise de l’inflation. Ce n’est que dans le cas d’un passage irrévocable à un système bancaire à coefficient de caisse de 100 pour cent, tel que je l’expose dans mon livre Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, op. cit., p. 494 et s. qu’une annulation de la dette publique au pouvoir de la banque centrale aurait un sens, afin d’éviter que celle-ci ne devienne titulaire d’une partie significative de l’économie réelle, lorsque, comme je le propose, la dette s’échangerait contre les actifs bancaires qui contrebalancent aujourd’hui les dépôts à vue. ↩
  9. Voir, par exemple, la série de commentaires et de recommandations en matière de politique monétaire et fiscale du prestigieux Martin Wolf dans le Financial Times, ou de Paul Krugman lui-même dans le supplément économique de El País : ils ne cessent de recommander, pratiquement toutes les semaines, plus d’injection monétaire et plus de dépense publique. ↩