Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Nouvelle devise du dollar canadien : Un de perdu, dix d’empruntés. - Michel Beaudry

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30 avril, 2021

Le cercle vicieux de l’endettement au Canada

 Au-delà de la centaine de milliards de dollars en nouvelles dépenses, le gouvernement de Justin Trudeau n’envisage aucunement un retour à l’équilibre budgétaire.

Un article de l’Institut économique de Montréal

Le dernier budget présenté par le gouvernement social-démocrate2 de Justin Trudeau, ou son premier en deux ans, devrions-nous peut-être dire, représente un pas supplémentaire vers l’endettement irresponsable d’au moins toute une génération de Canadiens et de Canadiennes.

Au-delà de la centaine de milliards de dollars en nouvelles dépenses, le gouvernement n’envisage aucunement un retour à l’équilibre budgétaire. Aucun échéancier n’est prévu en ce sens et encore moins le début d’un plan d’action.

En revanche, les nouveaux chantiers et programmes sociaux sont nombreux. Sous le couvert d’une relance économique post-Covid-19, le gouvernement se permet des largesses et couvre de promesses un large éventail d’électeurs.

Pourtant, la reprise économique est déjà plus forte que prévu, et plusieurs de ces dépenses n’ont pas le caractère ponctuel auquel on s’attendrait pour résorber une crise temporaire. Les solutions permanentes aux problèmes passagers finissent souvent par faire plus de mal que de bien.

22 MILLIARDS DE DOLLARS EN INTÉRÊTS PAR AN POUR LA DETTE

Le Canada est désormais pris dans l’engrenage, condamné à voir son endettement augmenter de façon très importante. En fait, les intérêts que nous devons verser annuellement sur la dette s’élèvent présentement à 22 milliards de dollars par an, soit 6 % du budget total du gouvernement fédéral.

Considérant la hausse vertigineuse des dépenses, ce n’est pas moins de 9 % du budget, soit 39 milliards de dollars, qui servira à financer notre dette à compter de 2025-2026.

Bref, près d’un dollar sur dix dépensé par le gouvernement ira vers la dette. Et il ne s’agit là que de la portion des intérêts, sans verser le moindre montant pour le capital!

Que représentent 22 milliards de dollars ? C’est un chiffre énorme qui peut donner le vertige. Pour rendre cela un peu plus concret, on peut dire que c’est 187 fois ce que nous dépensons pour soutenir nos anciens combattants. Rien de moins.

Si l’on compare plutôt aux soins à domicile, à la santé mentale et à la prévention de l’itinérance pris ensemble, c’est près de sept fois plus de ressources qui sont allouées au paiement des intérêts de la dette.

En dépensant autant d’argent afin de rembourser les intérêts sur notre carte de crédit fédérale, il deviendra de plus en plus difficile de répondre à des besoins bien réels et tangibles.

Pire encore, les taux d’intérêt excessivement bas font en sorte que le montant consacré au service de la dette risque d’augmenter de façon importante. En effet, il y a fort à parier que les taux d’intérêt commenceront à grimper au cours des mois et des années à venir.

On voit déjà une pression inflationniste poindre aux États-Unis, et il serait étonnant que le Canada soit épargné. Une toute petite augmentation du taux d’intérêt pourra avoir un effet important, voire dévastateur, sur nos finances publiques et sur la capacité de l’État à accomplir ses fonctions essentielles.

RETOUR À L’ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE

Il est possible pour le gouvernement de sortir de ce cercle vicieux, mais cela nécessitera de la discipline et des cibles très claires. Un plan de retour à l’équilibre budgétaire est tout simplement essentiel. Malheureusement, tous les indicateurs sont présentement au rouge.

Sur le web

  1. Miguel Ouellette est directeur des opérations et économiste à l’IEDM, Maria Shaw est

29 avril, 2021

Impôt sur les sociétés : quand les taux baissent, les recettes augmentent

 L’impôt sur les sociétés est in fine bel et bien payé par les consommateurs.

Un article de l’Iref-Europe

Lorsque les taux d’imposition baissent, les sociétés augmentent leurs activités et déclarent davantage de revenus. De plus, il ne faut pas oublier : l’impôt sur les sociétés est in fine bel et bien payé par les consommateurs. Le baisser c’est donner aussi plus de pouvoir d’achat.

Il existe une règle économique de base que les politiques n’arrivent toujours pas à assimiler. Ou ils ne veulent pas le faire. Même entourés d’une armée de conseillers qui devraient la connaître par cœur, ils font le contraire de ce que cette règle a toujours montré : trop d’impôt tue l’impôt.

Et, ce qui l’accompagne : sous certaines réserves et jusqu’à un certain point, plus on baisse les impôts, plus l’économie s’accélère et les rentrées fiscales augmentent. En France, championne du monde des prélèvements obligatoires et des dépenses, nous en sommes loin.

Mais la quantité d’études économiques sur ce thème et les exemples concrets de ce qui se passe dans les autres pays pourraient au moins inciter nos politiques à se poser des questions.

L’IREF a publié plusieurs travaux sur le sujet et a même montré quels seraient les avantages en termes de rentrées fiscales et d’emplois pour la France dans les conditions d’une baisse de l’impôt sur les sociétés.

Le think tank américain Cato Institute vient de publier une nouvelle Note qui démontre, chiffres imparables à l’appui, que la baisse de l’impôt sur les sociétés dans les pays membres de l’OCDE a fait augmenter les recettes fiscales.

Dans les années 1980, le taux d’impôt sur les sociétés moyen dans une vingtaine de pays riches membres de l’OCDE était de 46,2 % et les rentrées fiscales représentaient environ 2,2 % du PIB.

Entre 2010 et 2020, le taux d’IS est tombé à 26,7 % en moyenne et les rentrées ont… augmenté à 3 % du PIB.

Le taux moyen d’imposition des sociétés était de 46,2 % dans les années 1980, 37,5 % dans les années 1990, 31,3 % dans les années 2000 et 26,7 % dans les années 2010.

Le graphique ci-joint montre clairement les effets de la fameuse courbe de Laffer.

Lorsque les taux d’impôt sur les sociétés baissent, l’assiette fiscale s’élargit à mesure que les sociétés augmentent leurs activités et déclarent davantage de revenus. La plupart des pays qui ont baissé leur IS ont également supprimé des niches fiscales et ont fait des modifications des assiettes fiscales des sociétés.

Enfin, l’IS est in fine bel et bien payé par les consommateurs. Le baisser c’est donner aussi plus de pouvoir d’achat.

28 avril, 2021

Le réseau québécois de la santé : le dindon de la farce

 Par Maria Lily Shaw

Dans un récent article, un chirurgien – parmi bien d’autres professionnels de la santé – partageait son honnête opinion de notre système de soins : « Le modèle québécois en santé est coincé dans une sempiternelle dichotomie de croyance populaire : public, c’est bon, et privé, c’est satanique. Le modèle public est maintenant tellement lourd que de dire qu’il est accessible est devenu une mauvaise blague ».

Malheureusement, ce n’est pas une simple exagération. Un système où plus de 1000 patients quittent chaque jour les salles d’urgence sans être soignés en raison des temps d’attente ne peut être qualifié d’accessible. Sachant que 47 milliards de dollars ont été dépensés en santé et en services sociaux l’année dernière, est-ce trop demander que la qualité des soins reflète le montant de la facture?

Les témoignages du personnel médical cités dans l’article en question brossent un tableau saisissant d’un système inefficace étouffé par la bureaucratie et le syndicalisme, et franchement décourageant pour les professionnels de la santé eux-mêmes.

Il existe toutefois des réformes réalistes et concrètes qui contribueraient grandement à améliorer l’efficacité du système public de santé de la province ainsi que la qualité des soins reçus, sans pour autant alourdir la facture pour les contribuables. Il s’agit notamment de permettre une plus grande flexibilité dans la prise de décision et l’affectation des ressources; de faire en sorte que le financement suive le patient; d’élargir le champ d’action des ressources existantes, comme les infirmières, les pharmaciens et la télémédecine; et d’éliminer les obstacles au développement de nouvelles capacités par les entrepreneurs.

D’autres systèmes universels ont déjà adopté de telles réformes, pour le plus grand bénéfice de leurs patients. Alors, qu’attendons-nous?

27 avril, 2021

Ne précipitons pas la transition énergétique

 par Miguel Ouellette

Dans un nouveau rapport paru la semaine dernière, Angela Carter de l’Université de Waterloo avançait que le secteur pétrolier canadien serait un obstacle majeur à l’atteinte des cibles mondiales de réduction de GES. Selon son analyse, alors que les Canadiens ne représentent que 0,5 % de la population mondiale, la production de pétrole du pays s’accaparerait de 16 % du  « budget mondial de carbone », à savoir les émissions de GES jugées acceptables pour que les changements climatiques ne soient pas hors de contrôle. Bien que le document contienne des faits intéressants, les hypothèses sont très strictes et on omet d’y mentionner quelques détails importants.

Un portrait incomplet

Tout d’abord, l’entièreté du rapport repose sur l’hypothèse que pour permettre au réchauffement climatique de demeurer inférieur à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, comme le prescrit l’accord de Paris, les émissions totales de GES de tous les pays réunis doivent se maintenir sous les 230 milliards de tonnes. Ainsi, selon les prédictions du gouvernement, le secteur pétrolier canadien émettrait 16 % de ce total, ce qui serait une « bombe à retardement » selon la chercheuse.

Prenons un moment pour bien évaluer la situation en comparant des pommes avec des pommes et en incluant d’autres variables dans l’analyse.

Le Canada est présentement responsable de seulement 1,5 % des émissions mondiales de GES. Le secteur pétrolier et gazier génère à ce jour 27 % des émissions totales de GES du Canada. En d’autres mots, cette industrie est directement responsable d’environ 0,4 % des émissions mondiales de GES. Pourtant, le Canada dessert plus de 5 % de la demande mondiale de pétrole. Pas mal pour une petite économie comme la nôtre!

Si notre pays a été en mesure de contenir ses émissions de GES dans ce secteur, c’est que l’intensité des émissions des sables bitumineux a diminué de plus de 36 % depuis 2000. Cette amélioration notable est attribuable, entre autres, aux innovations technologiques et à l’efficacité opérationnelle.

Outre le secteur pétrolier, les Canadiens ont aussi mis la main à la pâte. Les émissions de GES par habitant sont à leur plus faible niveau depuis 1990, et l’une des sources du rapport de la chercheuse contient un passage intéressant dont elle ne fait pas mention : la population canadienne est prévue d’augmenter de 15 % entre 2017 et 2030, alors que les émissions de GES devraient diminuer de 6 %, soit une baisse de plus de 18 % par habitant (de 19,6 à 16,0 tonnes par habitant). Le bilan canadien en matière de changement climatique s’améliore donc constamment.

La transition est déjà en cours

En dressant un portrait aussi sombre, la chercheuse nous donne l’impression que le Canada est le champion de l’inaction et que nous serons l’une des causes principales du dépassement potentiel de la cible déjà très serrée de l’accord de Paris.

Pourtant, que ce soit par secteur ou par habitant, la transition énergétique du Canada est déjà bien entamée. Nous avons réduit notre consommation de charbon de 26 % depuis 2000, l’efficacité énergétique du secteur résidentiel s’est améliorée de 51 % entre 1990 et 2017, les sources non émettrices de GES produisent maintenant 82 % de l’électricité au Canada et nous avons adopté de nombreuses politiques environnementales, dont une taxe sur le carbone.

S’entêter à accélérer dangereusement la transition énergétique comme le propose Mme Carter ne fera que nuire à notre économie, et ultimement aux familles canadiennes. Si demeurer passif face aux changements climatiques serait une erreur monumentale, précipiter les mesures de transition le serait tout autant.

Nous devons trouver un juste équilibre entre croissance économique et ralentissement du réchauffement climatique. Un extrême ou l’autre serait dommageable. Et pour arriver à cet équilibre, il importe de présenter les faits dans leur ensemble et de ne pas dépeindre le Canada comme un frein majeur à la transition énergétique. Nous devons continuer à innover et à nous améliorer, comme nous le faisons très bien depuis maintes années.

Miguel Ouellette est directeur des opérations et économiste à l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

26 avril, 2021

Tout comprendre des métaux rares : la géopolitique des métaux (2/3)

 La géopolitique des métaux rares. Études de cas sur les moteurs, les batteries et l’électronique.

La réalité des métaux rares est loin des idées reçues ! Ils sont d’une étonnante complexité dans notre société. Or on assiste plus à une simplification voire une confusion dans la presse. Nous allons donc tenter d’y remettre de l’ordre avec ce dossier en trois parties :

Les métaux rares sont devenus indispensables à notre industrie. À mesure que l’on embrasse le numérique et l’électrique, on accroît notre besoin en ces métaux. Ils sont présents dans nos batteries, nos éoliennes, nos voitures, nos smartphones ou notre télé. Leur approvisionnement est maintenant au centre d’un combat géopolitique mondial.

On aimerait tout simplifier comme on l’entend souvent : « La Chine détient tous les métaux rares. Ils sont méchants et très chanceux. » C’est beau, simple, ça a le mérite de créer une sensation d’injustice et de peur dans la population.

Il n’en est rien. Chaque métal a sa géopolitique, car il a sa répartition géographique, sa rareté, ses usages, son industrie. La Chine n’a pas la main sur tous les métaux rares. Elle est certes partie en bonne position grâce à ses ressources naturelles, mais sa domination actuelle est le fait de patience.

Nous allons donc analyser trois marchés différents pour comprendre la stratégie chinoise.

MÉTAUX RARES ET MOTEUR ÉLECTRIQUE

Les moteurs électriques sont composés de cuivre et de fer, mais surtout de néodyme, une terre rare permettant la fabrication de super-aimants. Ce métal peut être vu comme un monopole chinois injuste : 80 % des réserves et de la production sont chinois. Dans ce cas, la Chine n’a pas eu besoin d’aller très loin. Elle a réalisé un coup à trois bandes parfaitement exécuté pour s’accaparer le marché et la valeur ajoutée.

Première étape : on casse les prix

La Chine a bradé sa production en réalisant un dumping économique et écologique pour extraire n’importe comment le minerai le moins cher possible. En 2002, le métal était tombé à 6,67 dollars/kg.

Deuxième étape : remonter la chaîne de valeur

Une fois les mines étrangères coulées par une concurrence déloyale. La Chine a freiné drastiquement l’exportation, le prix a atteint 467 dollars/kg en juillet 2011. Les industries qui veulent résister vont devoir délocaliser leurs usines en Chine. Il faut rendre cette délocalisation agréable en continuant le dumping sur le marché interne, conserver un marché du travail à bas coût et favoriser les joint-venture entre entreprises chinoises et étrangères.

Troisième étape : pillage

Une fois que l’entreprise chinoise a pillé les propriétés intellectuelles de l’étrangère, on fait émerger une entreprise concurrente 100 % chinoise.

C’est ainsi que les Américains, producteurs de néodyme et d’aimants ont détruit leur industrie. En 2002 la mine Moutain Pass, principal gisement américain de néodyme, ferme. Puis en 2006, l’usine du fleuron des aimants américains Magnecquench est délocalisée en Chine. C’est ainsi qu’en 2012, Lockheed Martin a dû reconnaître qu’il avait des super-aimants chinois dans son F-351.Les aimants provenaient de ChengDu Magnetics en Chine.

MÉTAUX RARES ET BATTERIES

Une batterie repose essentiellement sur le lithium, et dans un second temps sur le cobalt et le nickel. Tous ont quasiment la même abondance. Le nickel est bien reparti, la Chine détient 4 % de la production. Le lithium est concentré en Amérique latine (Argentine, Chili, Bolivie, Brésil), en Australie, la Chine dispose de 6 % des réserves. Actuellement l’Australie s’accapare la production avec 55 % de l’extraction. Le principal problème est donc le cobalt. La République Démocratique du Congo détient 72 % de la production et 50 % des ressources.

Dans ce cas, il faut aussi jouer des partenariats et remonter la chaîne de valeur. La Chine, par l’entreprise China Molybdenum, détient par exemple 80 % de Tenke Fungurume, principale mine de cobalt en RDC. Ensuite, elle est devenue leader dans le raffinage du cobalt avec 63 % de parts de marché (à noter que l’Europe à 19 %).

La Chine qui détenait déjà des ressources en lithium et nickel a ainsi récupéré une place stratégique sur le cobalt. Avec tous les métaux prêts à l’usage chez elle, il suffit de favoriser la délocalisation des industries par le dumping puis les restrictions d’exportations et enfin les partenariats. Et ainsi nous voyons des entreprises chinoises arriver sur le marché des batteries avec le meilleur de la technologie telle CATL en 2011 ou sVOLT.

LES CIRCUITS ÉLECTRONIQUES

Le silicium, métal semi-conducteur, à la base de toute l’électronique et l’informatique, est le matériau le plus abondant sur Terre après l’oxygène, il constitue 25 % de la croûte terrestre. Envisager une captation du marché est impossible.

Comme avec le cobalt, la Chine a récupéré le polluant raffinage que l’Occident ne souhaite pas avoir chez lui. Mais détenir du silicium raffiné ne vaut rien dans la chaîne de valeur. Entre le silicium pur et votre microprocesseur, il y a une technicité colossale détenue uniquement par quelques acteurs tels que Samsung, Qualcomm, Intel et le leader TSMC. Tous sont asiatiques à l’exception de Intel (qui envisage d’utiliser les usines de TSMC). Ces entreprises sont les seules capables de fabriquer des concentrés de technologies comme les microprocesseurs, les antennes 5G ou les écrans.

En plus de nécessiter une expertise technique rare en Europe, cette industrie consomme beaucoup de capitaux. Les composants sortent de méga-usines qui ne sont rentables qu’avec de grandes économies d’échelle. Comme l’usine de Samsung à Pyeongtaek en Corée du Sud pour un investissement de 14 milliards de dollars.

Un pays revient souvent : Taïwan. Cette petite île est d’une importance vitale pour le reste du monde. Elle dispose des entreprises les plus qualifiées telles que TSMC, mais aussi les usines les plus perfectionnées à Hsinchu, Tainan et Taichung. Devant cette place stratégique, la Chine compte bien agir et se l’accaparer. Elle s’entraîne au débarquement depuis des années pour récupérer Taïwan et son savoir-faire.

En attendant l’action militaire, comme toujours la Chine s’est gentiment dévouée comme usine de monde pour Samsung, Sony ou TSMC. Puis des concurrents 100 % chinois sont arrivés comme Huawei, Xiaomi ou ZTE.

BONUS PATRIOTIQUE : LE HAFNIUM

La France a son pré carré : le Hafnium. C’est une terre rare utilisée pour réguler les réactions physiques dans les centrales nucléaires. Elle est le premier producteur.

L’ARROGANCE OCCIDENTALE

L’Occident a préparé sa chute. Depuis la découverte du Nouveau Monde et ses mines de cuivre et d’argent, nous aimons chercher les ressources à bas prix chez les autres, puis réaliser la grosse valeur ajoutée de retour chez nous, avant de revendre nos produits au reste du monde. Nous avons transformé le coton en vêtement, les diamants en bijoux, l’uranium en électricité, le cacao en chocolat, le pétrole en essence et plastique.

Nous laissons aux autres le soin de polluer en minant, raffinant et fabriquant à bas coût. Nous nous concentrons sur la haute valeur ajoutée et la vente, ainsi résumé par Apple : Designed in California. Made in China. C’est un modèle qui a fonctionné parfaitement en Amérique du Sud, en Afrique et au Moyen-Orient. Nous pensions l’exporter en Asie, mais la Chine vient de sonner la fin.

Elle a vu dans notre mondialisation notre plus grande faiblesse. La haute technologie, joyau de l’Occident, nous rend vulnérables à la pénurie des métaux rares. La Chine vient de trouver le talon d’Achille de l’Occident, elle vient de nous faire passer de prédateur économique à proie.

À nous de contrecarrer dans le chapitre suivant.

Article mis à jour le 24/04/21 à 15h36

  1. La guerre des métaux rares, Guillaume Pitron. Chap. La course aux missiles intelligents. Sect. Déni d’accès en mer de Chine Méridionale. ↩

25 avril, 2021

La démocratie est-elle un modèle universel ?

par Jean-Philippe Delsol

La démocratie a besoin de notre détermination. Elle n’est pas toujours bonne, mais nous savons que les tyrannies sont mauvaises. Ne les soutenons d’aucune manière. Ne leur donnons pas d’avantages préférentiels. Et faisons en sorte que notre démocratie puisse servir de modèle.

Il y eut un temps, où Rome crut pouvoir faire régner la paix sur toute la terre qu’il dominait. Il y en eut un autre, après la chute du mur, où le monde se mit à rêver que la démocratie représentait la fin de l’histoire. C’est ce que prophétisait alors Francis Fukuyama, même s’il expliqua ensuite qu’il utilisait ces termes au sens hégélien selon lequel l’histoire est un processus sans fin. Les révolutionnaires de 1789 se faisaient un devoir de faire partager leur idéal à tous les peuples. Ce qui a aussi sans doute guidé, du moins en partie, Napoléon, les colonisations et les guerres américaines dans le monde. Mais la démocratie reste l’exception et la liberté la part congrue des démocraties elles-mêmes. Partout le monde demeure ce qu’il est, à la merci des ambitions et des prétentions humaines, à la portée de toutes les tyrannies. Dans les continents qui se sont libérés de la colonisation occidentale totale ou larvée, le passé et la nature des peuples a repris le dessus pour se livrer à des régimes politiques qui renouent avec leur histoire, très loin de la démocratie même quand ils en portent encore le nom. Et tandis que le monde n’a jamais été aussi ouvert aux possibilités d’échange, par les facilités du transport et de la communication notamment, de nombreux pays ou régions du monde manifestent leur particularité et entendent la faire reconnaitre et accepter par la communauté internationale.

La légitimation impossible de la tyrannie

Au forum numérique de Davos de cette année, Xi Jinping a rappelé que chaque pays était unique dans son histoire, sa culture et son système social, ce que les Européens ne nient pas. Il en a conclu que les Occidentaux n’avaient pas à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine, notamment au regard de sa politique à Hong Kong ou avec les Ouïgours. Erdogan justifie ses exactions par les vertus de l’islam qui ne saurait dissocier religion et politique. Il fonde son populisme sur la nostalgie de l’empire ottoman et des dynasties qui l’ont précédé.

Cette marque impériale est celle de la Chine, mais peut-être aussi celle de la Russie poutinienne qui utilise les ancrages culturels de l’orthodoxie dans l’empire byzantin pendant un millénaire. Dans cette pseudo démocratie tout lien avec l’étranger sert de prétexte à condamnation, un rien permet d’empêcher les opposants, comme la députée municipale de Moscou Ioulia Galiamina, de se présenter aux élections, quand ils ne sont pas assassinés, les journalistes d’investigation sont suspectés et empêchés de faire leur travail. La religion est ailleurs instrumentalisée pour servir consolider un pouvoir populiste, comme en Inde où l’indouisme sert la propagande identitaire de Modi et la violence contre les chrétiens et les musulmans. Dans tous les cas, il s’agit de légitimer des sortes de « régimes impériaux ». Ces pays se moquent de l’état de droit et siègent à l’ONU dont ils ont approuvé sans vergogne la Charte qui leur interdit de se comporter comme ils le font.

La démocratie est le meilleur des régimes…

En fait, les nouveaux tyrans du monde veulent redéfinir le mot même de démocratie pour justifier leurs turpitudes. Ce que déjà le communisme avait fait en inventant la « démocratie populaire ». Il ne faut pas se laisser leurrer.

Avec Churchill, acceptons volontiers que « la démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres. » Mais le caractère universel de la démocratie, s’il existe, ne réside pas dans son système formel de représentation élective, même s’il est nécessaire, mais dans sa pratique de la séparation des pouvoirs, le respect des libertés humaines…, un état de droit. Ce qui fait la grandeur de la démocratie est précisément ce que ne veulent pas prendre en compte les régimes impériaux. La démocratie est ouverte et tolérante. Elle ne doit pas être idiote pour autant.

Chaque pays est libre d’adopter le système politique de son choix. Mais il est du devoir des démocraties de protester quand les droits humains élémentaires sont bafoués. Il ne faut pas se priver de commercer avec ces régimes, mais il ne faut pas les encourager, même quand ils sont en Europe, à poursuivre leurs forfaits. Il est regrettable par exemple que la France ait accordé dans sa promotion du 1er janvier 2021 la légion d’honneur à M. Ivanichvili, le président démissionnaire de la Géorgie, un oligarque sans foi ni loi : son ministre de l’intérieur était son ex garde du corps, son ministre de la défense était l’ancien agent de son fils rappeur, sa ministre de la santé était l’ancienne dentiste de sa femme et le procureur général, son avocat personnel… ! Et il ne faut pas être naïf : le président Xi avait annoncé publiquement en 2015 "vouloir étendre l’état de droit à tout le pays", convaincu qu’une justice effective est une nécessité pour la consolidation d’une économie et d’une société modernes en Chine. On sait ce qu’il en a fait : la Chine viole l’espace aérien et maritime de ses voisins, ment sur les vaccins, instaure une surveillance de tous, lave le cerveau des étudiants, poursuit sa politique de manipulation et répression religieuses….

Suivons plutôt l’exemple de Londres qui s’est opposé vigoureusement à la « barbarie » de Pékin à l’encontre des Ouïgours et a condamné durement les graves violations du statut de Hong Kong par Pékin. Après avoir à tort critiqué Trump à ce sujet, Biden a eu raison de manifester sa sympathie active à l’égard de Taïwan. Souhaitons que les Allemands n’achèvent pas le gazoduc NordStream 2 qui approvisionnerait l’Allemagne en gaz russe au bénéfice financier de la Russie d’un Poutine qui continue d’essayer d’assassiner Navalny.

La démocratie a besoin de notre détermination. Elle n’est pas toujours bonne, mais nous savons que les tyrannies sont mauvaises. Ne les soutenons d’aucune manière. Ne leur donnons pas d’avantages préférentiels. Et faisons en sorte que notre démocratie puisse servir de modèle. Ce qui exige que les pays occidentaux déjà respectent mieux nos libertés qu’ils bafouent eux-mêmes tous les jours dans une centralisation accrue aux niveaux national et européen, dans la multiplication insensée des règlementations, dans un conformisme sociétal qu’ils veulent imposer à tous, dans un égalitarisme qui fait disparaitre le particularisme personnel… Faire prévaloir la démocratie, c’est aussi et d’abord reconnaître que la société est faite pour les hommes et non l’inverse.

24 avril, 2021

Mesures anti-voiture : les écolos, en vert et contre tous

 Il faut cesser de penser l’écologie – cette noble cause qui nous concerne tous au quotidien – par le prisme de la contrainte, de la punition et de la taxe.

La prochaine élection présidentielle doit se tenir dans un an, et les différents partis politiques semblent déjà avoir sonné le début de la campagne. Il faut dire que le contexte économique, sanitaire et social se prête volontiers à la confrontation d’idées, aussi bien dans les médias qu’au sein des chambres parlementaires.

MESURES ANTI-VOITURE : LA PROPAGANDE ÉCOLOGISTE DÉCOMPLEXÉE

La question climatique est plus que jamais également au cœur des débats et à l’origine d’une agitation politique sans précédent. Surtout, l’arrivée à l’Assemblée nationale du projet de loi Climat et Résilience – composé d’une partie des préconisations émises en juin 2020 par les membres de la Convention citoyenne pour le Climat – semble être l’occasion pour les angoissés du changement climatique d’exposer les brillantes idées qui ont germé dans leur esprit pour sauver la planète.

Les écologistes ont abreuvé pendant des mois les 150 membres de la Convention de toutes sortes d’études tronquées, de prévisions alarmistes et de solutions inacceptables qui ont donné naissance aux mesures aberrantes soumises actuellement au vote des députés, comme par exemple :

Ils déploient maintenant leur propagande en vue du scrutin présidentiel qui aura lieu dans un an, quasiment jour pour jour.

C’est ainsi qu’Europe Écologie les Verts (EELV, pour les intimes) a récemment publié sur son site Internet des « notes d’intention » visant à présenter « avec des mots simples, des textes courts » (on appréciera d’être pris pour des imbéciles ou des illettrés) :

Le regard original que l’écologie politique porte sur les sujets fondamentaux de la République, et de tracer le chemin pour transformer la société.

Tout un programme…

Sans surprise, le groupement politique s’en prend encore largement au mode de transport privilégié des Français et détaille les propositions que le parti envisage de mettre en œuvre dans le domaine des transports.

En façade, celles-ci ont pour objectif de « donner la capacité à chacun de décarboner ses modes de déplacement ». En réalité, elles n’ont pour seul but que de tuer l’automobile et de mettre un coup de frein à la mobilité des usagers.

SUS AU SUV !

De façon prévisible, les écologistes s’en prennent particulièrement aux SUV, ces véhicules surélevés au gabarit généreux leur permettant d’être à la fois spacieux et confortables, qui ne sont en réalité ni plus ni moins que la version moderne de nos anciens monospaces familiaux.

Mais si ces voitures semblent parfaitement correspondre aux besoins des automobilistes d’aujourd’hui – pour preuve : elles ne représentaient pas moins de 38 % des parts de marché dans les ventes de véhicules neufs en France en 2019 – les militants écologistes voient en elles des armes de pollution massive et n’auront probablement de cesse d’en combattre la prolifération sur nos routes et de les remplacer par des vélo-cargo acquis par des familles enthousiastes grâce à la prime à conversion qu’elles auront obtenue suite à la mise au rebut de leur véhicule motorisé en parfait état de marche.

En tout état de cause, pour EELV, limiter l’achat de SUV passe nécessairement par le fait de dégoûter les automobilistes d’utiliser ce genre de véhicule pour leurs déplacements.

Aussi, la proposition du parti est simple :

Nous imposerons une réduction du poids des véhicules pour lutter contre les SUV (en considérant dans le Code de la route les véhicules de plus de 1500 kg comme des poids lourds, donc limités à 90 km/h sur autoroute).

Que n’y avons-nous pensé plus tôt ! Il est vrai que les précédentes propositions visant à abaisser les vitesses maximales autorisées sur les routes françaises ont si peu ébranlé l’opinion publique que l’on aurait tort de ne pas retenter l’expérience… De plus, cette fois, nul besoin de changer les panneaux de signalisation : une simple trace de tipex dans la section du Code de la route catégorisant les véhicules et le tour est joué !

Trêve de plaisanterie. Pourquoi cette proposition – au-delà de bien d’autres, dont le fond et la forme sont également totalement ineptes – retient notre attention et soulève à juste titre la colère des 40 millions d’automobilistes français ?

Une incroyable usine à gaz sur le plan juridique

Mais surtout, une telle modification du Code de la route aurait bien d’autres conséquences que la simple adaptation des vitesses maximales autorisées, car les poids lourds – eu égard à leur gabarit et à leurs conditions d’utilisation – répondent à une réglementation qui diffère de celle qui s’applique aux véhicules dits légers à bien des endroits.

On pense notamment au contrôle technique obligatoire chaque année pour les poids lourds, contre tous les deux années pour les voitures particulières. On pense aussi au permis de conduire, qui n’est pas de la même catégorie et nécessite donc une formation complémentaire spécifique, un renouvellement régulier, une visite périodique à la commission médicale… Et c’est sans parler des règles en matière d’immatriculation du véhicule, de l’écotaxe…

Bref, d’un point de vue strictement administratif, cette mesure est déjà du grand n’importe quoi et tout à fait symptomatique des partis écologistes, qui ont pour mauvaise habitude de lancer de grandes idées révolutionnaires pour sauver la planète sans se rendre compte des tenants et des aboutissants.

Une hérésie d’un point de vue technologique

Comme nous l’avons déjà dit, le SUV d’aujourd’hui n’est rien d’autre que la version moderne du monospace familial d’hier. Mais, différence notable avec son aïeul et en vertu de sa récente apparition sur le marché automobile, il a bénéficié des dernières innovations en matière de réduction des émissions polluantes et met donc en œuvre de biens meilleures performances environnementales que son ancêtre.

Rappelons à ce sujet qu’une voiture plus lourde n’est pas forcément une voiture plus polluante : la masse des véhicules particuliers tous segments confondus, et non exclusivement les SUV, augmente constamment depuis le début des années 1990, et cet alourdissement est principalement dû au fait qu’ils embarquent aujourd’hui davantage d’équipements de sécurité et de dispositifs de dépollution : catalyseur d’oxydation contre le monoxyde de carbone et les hydrocarbures, filtre à particules, SCR contre les oxydes d’azote, et autres pièges à Nox.

Ignorance totale du parc automobile moderne

Mais ce n’est pas très étonnant de la part de militants qui exècrent à ce point l’objet mouvant à quatre roues. Quoique pour combattre efficacement son ennemi, il est préférable de bien le connaître… Comme on l’a vu, les voitures ont pris un certain embonpoint avec le temps à la faveur des améliorations techniques en matière de sécurité et de dépollution.

Résultat : en s’attaquant aux SUV à travers leur poids, les écologistes clouent aussi au pilori non seulement bon nombre de véhicules appartenant à d’autres segments – puisque parmi les voitures de plus de 1500 kg, on trouve aussi de nombreux véhicules familiaux comme le Renault Grand Scénic, des véhicules break comme la Peugeot 508 SW, et des berlines comme la Ford Mondeo – mais aussi, et c’est bien le comble de l’ironie, les véhicules électriques et hybrides, que leurs batteries alourdissent considérablement par rapport aux voitures thermiques (1502 kg pour la Zoé de Renault, 1580 à 1731 kg pour la Nissan Leaf, et 1745 à 1844 kg pour la Tesla Model3).

PENSER L’ÉCOLOGIE POSITIVE

Définitivement, après l’épisode des Gilets jaunes et les périodes de privation que nous avons connues ces dernières années en raison des crises sociale, sanitaire et économique successives, la préservation du pouvoir d’achat et la mobilité figureront parmi les principaux enjeux pour la prochaine élection présidentielle.

Mesdames, messieurs qui faites de l’écologie politique, bonne nouvelle : il vous reste un an pour travailler vos dossiers et réfléchir à des propositions acceptables pour les 40 millions d’électeurs que sont les 40 millions d’automobilistes français.

Un petit conseil : cessez de penser l’écologie – cette noble cause qui nous concerne tous au quotidien – par le prisme de la contrainte, de la punition et de la taxe.

23 avril, 2021

10 leçons apprises de Margaret Thatcher, disparue il y a huit ans

 L’ère Thatcher est une histoire extraordinaire de changement à propos d’un pays parvenant à se sauver lui-même au sein d’un monde turbulent. Huit ans après sa mort, osons nous en inspirer.

Margaret Thatcher nous a laissé un héritage influent. Elle fut la personne ayant le plus longtemps occupé le poste de Premier ministre britannique au cours du XXe siècle et a donc eu onze ans et demi pour accomplir son travail. Mais quel travail !

  • Elle a tenu tête au mouvement syndical en entier, l’a ramené sous le régime de la primauté du droit et l’a redonné à ses membres.
  • Elle a transformé la perspective du pays quant aux avantages d’une économie de marché.
  • Elle a privatisé des industries clés au sein de l’économie, améliorant ainsi radicalement leur sort et a provoqué un mouvement similaire à l’échelle mondiale.
  • Elle nous a appris la nécessité de faire preuve de prudence sur le plan monétaire afin de maintenir l’inflation à un faible niveau.
  • Elle a permis à des millions de personnes de devenir indépendantes des administrations locales en leur donnant le droit d’acheter leur logement social.
  • Elle a permis aux Britanniques de garder la tête haute en adoptant une approche de principe, ferme et robuste en matière de relations internationales.
  • Elle a amorcé le processus qui a mené à la paix en Irlande du Nord.
  • Elle a aidé Ronald Reagan à démanteler le rideau de fer sans un coup de feu et à détruire « l’ Empire du mal ».
  • Elle a fait en sorte que tous les gouvernements britanniques à l’avenir soient bien plus favorables au capitalisme qu’ils ne l’avaient été avant 1979.

Aujourd’hui, trois décennies après son arrivée au pouvoir et deux après son départ, il est intéressant de se demander ce que devra accomplir la prochaine ou le prochain Thatcher pour rivaliser avec elle ? Voici une liste de suggestions :

  • Déréglementer et mettre un terme au tsunami de nouveaux règlements.
  • Renégocier la situation du pays par rapport à l’Union européenne.
  • Combattre la criminalité.
  • Réformer le système de santé.
  • Améliorer la qualité de l’éducation.
  • Réduire le recours à l’aide sociale.
  • Équilibrer le budget.

Un futur Premier ministre qui atteindrait ces objectifs mériterait la même réputation que celle de Margaret Thatcher.

Laissez-moi essayer de résumer les dix leçons stratégiques que Margaret Thatcher m’a permis de développer.

1. Avant tout, Margaret Thatcher possédait une boussole personnelle très forte sur les plans moral et politique. Elle pouvait s’adresser à une salle remplie d’hommes puissants et déclarer simplement : « Je sais que c’est la bonne chose à faire, vous savez que c’est la bonne chose à faire, il reste seulement à déterminer comment y arriver. »

Il ne s’agissait pas tant du caractère autoritaire dépeint par les caricatures que d’une conviction absolue. Cela aidait à bâtir l’esprit d’équipe. Si le chef a une série de principes clairs, bien articulés et cohérents, les petits Indiens savent exactement quoi faire… s’ils désirent rester dans le wigwam.

Elle a dit que « se discipliner à faire ce que vous savez juste et important, même si c’est difficile, est la voie royale vers la fierté, l’estime de soi et la satisfaction personnelle. » 

Une occasion d’appliquer cette philosophie s’est vite présentée à peine un an après son arrivée à Downing Street, en avril 1980. Un groupe de six terroristes iraniens a attaqué l’ambassade iranienne au centre de Londres, assiégé les lieux et pris 26 personnes en otage. Les terroristes ont réclamé la libération des prisonniers politiques en Iran. Thatcher a ordonné qu’ils soient maîtrisés et a demandé la participation des forces spéciales du Special Air Service (SAS). L’affaire s’est étirée pendant près d’une semaine jusqu’à ce que les terroristes abattent soudainement un otage et jettent son corps par la porte d’entrée.

Le Premier ministre a alors donné l’autorisation d’intervenir aux forces spéciales. En direct à la télévision, lors d’une heure de grande écoute, le pays a regardé les hommes du SAS descendre jusqu’aux fenêtres de la façade du bâtiment, jetant des grenades à percussion devant eux. Cinq des six terroristes ont été tués et 19 des 20 otages sauvés. Il n’y a eu aucun mort parmi les policiers ou les membres des forces spéciales.

2. Elle savait comment s’attaquer au cœur d’un enjeu, le simplifier et le communiquer, en écartant les sottises, les balivernes et les enjolivements frivoles. Plusieurs livres à propos d’elle ont été publiés et ils mentionnent tous une même chose : sa capacité de simplifier et de communiquer ses messages clairement et avec conviction. Je l’associe toujours à Newt Gingrich dans un sens, soit que ni l’un ni l’autre n’était du type « en ce moment-ci dans le temps », mais plutôt du type « maintenant ». De bons mots courts et anglo-saxons. Comme elle l’a déjà dit à mon ami Simon Jenkins : « Laissez-faire ? Laissez-faire ? Ne fais pas ton ton Français ! »

C’est une personne très brillante. Elle a étudié la chimie et travaillait comme chimiste dans l’industrie avant d’étudier le droit et de pratiquer en droit fiscal et en droit des brevets. Mais en plus de son intelligence, elle avait le don de savoir simplifier et communiquer efficacement ses messages, allant au fond des choses et s’exprimant avec des mots simples qui avaient du sens.

Certains affirment cruellement qu’elle n’a jamais eu d’idée originale de son propre chef. Ces personnes sous-estiment sa capacité de synthèse.

3. Elle dirigeait et s’attendait à beaucoup de la part de ceux qui l’entouraient, mais elle savait aussi écouter. Peu après l’élection générale de 1987, un député conservateur nouvellement élu marchait dans la Chambre des communes et a soudainement observé un vieil ami. Ce dernier avait été élu en 1983 et était désormais un ministre junior. Il courait, littéralement, échevelé et transportant non seulement sa mallette et une boîte, mais aussi un paquet de feuilles.

« Prends ton temps », lui dit le nouveau député. « Rome ne s’est pas construite en un jour ».
– En effet cria le jeune ministre par-dessus son épaule. « Mais Margaret Thatcher n’était pas le contremaître sur ce chantier ».

C’est une histoire vraie. La suite est 100 % non authentique, tout de même instructive.

L’histoire raconte qu’en 1989, son cabinet et les membres haut placés de son personnel aient organisé un souper privé à l’occasion du 10ème anniversaire de son élection comme Premier ministre. Au Café Royal, Margaret Thatcher était assise au bout de la table, accompagnée de chaque coté d’environ une vingtaine hommes en complet. Un serveur entre dans la salle et se dirige vers elle :

« Madame le Premier ministre, voudriez-vous un apéritif ?
 Cocktail de crevettes, s’il vous plaît
– Comme plat principal ?
– Un steak svp
– Quel genre de steak ?
– Une escalope, svp
– Quelle cuisson ?
– Saignant, svp
– Désirez-vous des pommes de terre ?
– Rôties, svp
– Et pour les légumes ?
– Oh, ils prendront du steak également ! »

Il s’agissait de la perception qu’on avait d’elle, dans ce cas fondée sur l’émission de télévision satirique Spitting Image. En réalité, elle était plus attentive à ce qu’on lui disait que ce qu’on reconnaît généralement.

Elle écoutait surtout ses ministres et ses bonnes idées ne vinrent pas toutes de ses collègues de droite, comme dans le cas de la vente des logements sociaux qui vint de collègues à sa gauche, comme Peter Walker et Michael Heseltine.

Et elle ne fut pas toujours radicalement en faveur du libre marché même si c’est souvent ainsi qu’on la dépeint aujourd’hui. Elle craignait les effets de l’abolition du contrôle des changes, hésitait à propos de la vente au rabais des logements sociaux de peur que les citoyens ayant déjà accédé à la propriété se rebellent, et certaines privatisations la rendaient un peu nerveuse.

Un autre aspect de sa vision du leadership est révélé dans cette citation : « Je gardais un contrôle personnel sur les décisions ayant trait à l’initiative de défense stratégique et à notre réaction face à celle-ci…  Je fus aussi passionnément intéressée par les développements techniques et les implications stratégiques. Il s’agissait d’un de ces domaines qui nécessitaient une solide compréhension des concepts scientifiques en jeu afin de prendre les bonnes décisions de politiques. On ne pouvait se fier ni sur les généralistes désinvoltes du ministère des Affaires étrangères, ni sur les esprits brouillons qui les supervisaient. Contrairement à eux, je me trouvais dans mon élément. »

4. Elle favorisait des politiques qui « flattaient la nature humaine dans le sens du poil » plutôt que le contraire. Elle a pu dire « le capitalisme populaire n’est rien de moins qu’une croisade pour libérer la majorité dans le cadre de la vie économique du pays. Nous les conservateurs, redonnons le pouvoir au peuple. »

À titre d’exemple, prenons les logements sociaux. À la fin des années 1970, je lui ai conseillé de les donner aux locataires actuels. Postez-leur les titres de propriété, lui dis-je. Elle me répondit « Non, les gens ne les valoriseront pas, à moins qu’ils paient quelque chose en échange ».

Quelques années plus tard, elle a mis en place le droit d’achat. Cette mesure a offert un rabais de 33 % à l’achat pour tout locataire d’un logement social, plus 1 % pour chaque année de location, jusqu’à un maximum de 50 % de la juste valeur marchande du logement. L’accession à la propriété a explosé : près de trois millions de logements ont été transférés en vertu de ce programme. Même chose pour les privatisations, les actions des anciennes sociétés d’État ayant été distribuées très largement et ayant rapidement pris de la valeur.

Le taux d’actionnariat parmi la population en général est passé de 7 à 23 %. Parmi les syndiqués, la proportion est passée de 6 à 29 %. Toutes les grandes privatisations comprenaient des offres spéciales pour le personnel, ce qui explique la hausse disproportionnée auprès des syndiqués.

Chacune fut différente, mais afin de contrer l’opposition et de générer des réactions globalement positives, elles comprenaient des offres d’actions gratuites, des programmes de récompense ( achetez-en une et recevez-en une autre gratuitement), des programmes réservant une certaine proportion des actions au personnel et aux retraités de l’entreprise, des rabais, des incitations à conserver les actions à long terme, et aucune limite au nombre d’actions préférentielles pouvant être achetées (sauf une exception).

De 19 à 99 % des employés ont acheté des actions, dépendamment de la société d’État privatisée. Cette proportion, comme on pouvait s’y attendre, fut fortement proportionnelle à la générosité de l’offre.

5. Beaucoup de réflexions stratégiques ont été effectuées longtemps à l’avance.

Ted Heath, lors de sa confrontation hivernale avec les mineurs en 1973-1974, a été mis au pied du mur en raison d’un manque de réserves de charbon. Il n’en restait pas assez pour que l’industrie puisse fonctionner plus de trois jours par semaine.

Étrangement, pour certains, la production globale n’a pas diminué, démontrant ainsi le manque d’efficacité du secteur industriel. Thatcher a accumulé des réserves très importantes de charbon avant de s’attaquer aux mineurs.

Prenez aussi l’exemple de la suspension du contrôle des changes. Guidé par une publication de l’Institute of Economic Affairs (IEA), Geoffrey Howe, le chancelier, a découvert qu’il n’avait pas besoin de l’approbation du Parlement. Il a donc décidé de le suspendre, tout simplement.

6. Elle pouvait compter sur les talents de personnes intelligentes, dévouées et engagées. Lord Donoghue avait l’habitude de souligner dans ses cours à la LSE que le Parti conservateur était le « parti stupide ». Il y avait un fond de vérité dans cette remarque, juste un fond.

Mais les conservateurs étaient rapidement contaminés par des idées et des intellectuels. Par exemple, des idées de l’IEA : les marchés fonctionnent, les gouvernement échouent, les réformes du marché du travail ; les privatisations et le combat contre l’inflation.

Pendant ce temps, des intellectuels, de l’industrie (John Hoskyns), du milieu universitaire (Alan Walters) et des jeunes hommes provenant d’universités comme Peter Lilley, John Redwood, Michael Forsyth, David Davis et Michael Portillo, changeaient le visage du Parti conservateur.

Un parti qui, dans les années d’après-guerre, avait accepté le butskellisme (une forme modérée de socialisme nommée parfois la troisième voie ) avait trouvé en Mme Thatcher sa base intellectuelle. Comme elle l’a dit elle-même, « se tenir entre deux voies est très dangereux, vous risquez d’être happé par la circulation des deux côtés. »

7. L’impression de se trouver dans le train de la dernière chance était très forte. L’hiver 1978-1979 avait été terrible. Mme Thatcher elle-même le reconnaissait :

« Peu de gens en Grande-Bretagne n’ont pas senti que notre société était malade, moralement, socialement et économiquement. Monsieur Bill Dunn, dirigeant syndical, a bien exprimé l’esprit qui régnait en janvier 1979, quand il affirma, à propos des exigences salariales des ambulanciers : si des vies doivent être perdues, eh bien c’est ainsi que les choses doivent être. »

Des grèves éclataient à profusion. Des montagnes de déchets s’accumulaient et on n’enterrait plus les défunts. Soit nous agissions maintenant, soit nous devenions, par exemple, la nouvelle Argentine, un pays autrefois prospère devenu arriéré ; et la quasi-totalité des économistes s’opposaient à elle.

Le pays avait besoin d’un redressement majeur, justement ce qu’elle offrait avec son leadership.

8. Nous ne devons pas oublier Ronald Reagan et leur partenariat. En effet, il fut exceptionnel, beaucoup plus que celui entre Bush et Blair.

Certaines personnes croyaient encore que le communisme constituait la voie de l’avenir, d’autres se fiaient encore aux statistiques soviétiques. Ronald Reagan et Margaret Thatcher sentaient instinctivement qu’il s’agissait d’un régime trompeur et malfaisant.

Dès 1950 elle disait : « Nous croyons au mode de vie démocratique. Si nous travaillons fidèlement au service de cette idée, avec ténacité, nous n’avons rien à craindre du communisme russe.»

Il semble qu’elle ait fait preuve d’une clairvoyance extraordinaire.

9. Les politiciens au pouvoir sont trop occupés pour penser, en plus d’être entourés de bureaucrates, et harcelés par ceux qui veulent défendre leurs propres intérêts. Margaret Thatcher a utilisé ses trois à quatre années dans l’opposition pour se préparer à diriger le gouvernement.

À ce sujet, consulter les ouvrages Just In Time de John Hoskyns et Thinking the Unthinkable de Richard Cockett.

Ses idées à propos du marché du travail, du contrôle des changes, de l’inflation, du droit d’acheter des logements sociaux, des privatisations, de la sous-traitance et des « zones d’entreprises » ont toutes été discutées avant 1979. Et elle faisait savoir assez clairement ce en quoi elle croyait à son personnel de recherche et de soutien.

10. Elle n’a pas essayé de tout faire en même temps. Elle s’attaquait à un problème une étape après l’autre, particulièrement en ce qui concerne les réformes du marché du travail et les privatisations. Chaque année, les syndicats furent lentement, mais sûrement ramenés sous le règne de la primauté du droit. Chaque année, des progrès furent réalisés en matière de privatisation et petit à petit une dynamique s’est créée.

  • dans le Employment Act de 1980 elle a aboli le processus de reconnaissance statutaire, étendu le droit de refuser de se joindre à un syndicat, et limité le piquetage.
  • dans le Employment Act de 1982 elle a interdit les actions visant à imposer des contrats avec des employés syndiqués, affaibli les clauses d’atelier fermé, et retiré certaines immunités syndicales.
  • dans le Employment Act de 1984, elle a affaibli les immunités syndicales, rendu obligatoire un vote des membres du syndicat préalablement à une grève, et renforcé le pouvoir des employeurs d’obtenir une injonction.
  • dans Employment Act de 1988, elle a retiré d’autres immunités syndicales, étendu le droit de travailler sans être syndiqué.

Bref, les leçons sont les suivantes :

  1. Posséder une boussole forte.
  2. Simplifier et communiquer.
  3. Diriger mais toujours écouter.
  4. Développer des politiques qui « flattent dans le sens du poil ».
  5. Réfléchir à sa stratégie d’avance.
  6. Bâtir une bonne équipe.
  7. Se servir des circonstances.
  8. Se trouver des alliés fidèles.
  9. Se préparer avant d’accéder au pouvoir.
  10. Être patient.

En conclusion, l’ère Thatcher (de 1979 à 1997 – elle partit en 1990, mais il n’y eut pas d’ère Major) est l’histoire extraordinaire de changement d’un pays parvenant à se sauver lui-même au sein d’un monde turbulent.

Nous ne devons pas non plus oublier son impact sur ses opposants. Mentionnons en particulier le Parti travailliste qui a abandonné la Clause 4 de son programme, soit l’engagement envers la nationalisation, ainsi que le Parti libéral-démocrate, au sein duquel certains jeunes hommes et femmes s’inspirent étonnamment, aujourd’hui, de politiques thatchériennes.

Sur la scène internationale, plusieurs développements positifs se sont produits : la propagation mondiale des privatisations ; le tournant capitaliste de la Chine ; les réformes en Europe centrale et en Europe de l’Est.

L’influence de Margaret Thatcher s’observe partout et mon institut, l’IEA, est très fier d’avoir contribué à une petite partie de son éducation !

Article initialement publié en avril 2016.


Sur le web : « Dix leçons apprises de Margaret Thatcher« , une publication hors série de l’Institut économique de Montréal.

Margaret Thatcher, notre dossier :

  1. John Blundell fut directeur général de l’Institute of Economic Affairs, considéré comme le laboratoire d’idées le plus prestigieux au Royaume-Uni, de 1993 à 2009. Il a participé à la création et au développement de nombreux organismes de recherche aux quatre coins du monde. Cet article est la traduction du chapitre 26 du livre Margaret Thatcher : A Portrait of the Iron Lady. L’auteur de ce livre, M. John Blundell, a été décrit par Mme Thatcher elle-même comme l’une des personnes les plus efficaces dans le monde de la diffusion des idées à la base du modèle économique de la libre entreprise. ↩