Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
Aucun message portant le libellé Mondialisation. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Mondialisation. Afficher tous les messages

29 novembre, 2022

Mondialisation et mondialisme, il ne faut pas confondre

Par Yves Ronsse. 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » (Albert Camus).

Dans un article précédent, j’avais déjà souligné qu’il ne fallait pas confondre écologie et écologisme. Aujourd’hui on accuse souvent la mondialisation de maux qui en fait relèvent du mondialisme.

La mondialisation est un phénomène essentiellement économique : ce terme désigne l’extension des échanges internationaux à l’échelle de la planète, dépassant donc celle d’un pays, d’un groupement de pays, d’un continent. Il est synonyme de globalisation. Ce phénomène fait partie de l’histoire évolutive de l’humanité et résulte des progrès incessants des communications et contacts entre groupes humains.

Le mondialisme est une idéologie purement politique dont le but est d’uniformiser et homogénéiser le monde, d’effacer les différences civilisationnelles, les us et coutumes, les particularités des différents peuples de la Terre et in fine d’aboutir à leur réduction à un troupeau d’individus indifférenciés qu’il serait facile de gouverner en leur imposant des règles bureaucratiques identiques à l’aide de dispositifs contraignants plus ou moins automatisés : carte crédit social à la chinoise, carte empreinte carbone individuelle, pass vaccinal etc.

S’il est vrai que la mondialisation rend possible le mondialisme, il n’est pas du tout inéluctable que ce dernier triomphe. On peut parfaitement profiter de la mondialisation en conservant la diversité des pays, leur richesse propre, les particularités des uns et des autres, notamment culturelles : échanger ne veut pas dire se couler dans un moule uniforme.

 

La mondialisation est bénéfique

Les échanges ont été un moteur du progrès de l’humanité depuis la nuit des temps : copier chez le voisin ce qui marche mieux que chez nous, l’échange des techniques les plus efficaces, le commerce des biens et des services, le passage du « sauvage » au « civilisé », du plus sommaire au plus complexe, du moins développé au plus développé… tout cela est une évolution naturelle qui s’épanouit aujourd’hui dans la mondialisation.

Dans l’histoire récente, la mondialisation a en moyenne enrichi tout le monde et réduit significativement les inégalités entre pays riches du Nord et pays pauvres du Sud. Le taux de pauvreté a dégringolé, passant en moins de 20 ans de 70 % à 45 % sous le seuil absolu de 5,5 dollars par jour. Le PIB par habitant des pays développés (OCDE) a grimpé et le rapport entre les PIB par habitant des pays riches (OCDE) et celui des autres (non-OCDE) a baissé spectaculairement : de 20 en 1999, il est passé à 7,5 en 2018.

À côté des effets indubitablement bénéfiques de la mondialisation pour l’humanité dans son ensemble, elle peut aussi avoir des effets négatifs pour certains groupes humains. Mais elle est un fait contre lequel certains groupes peuvent s’insurger, mener des combats de retardement, mais qu’ils ne peuvent pas arrêter, pas plus qu’on ne peut vider la mer avec une cuillère.

Il est parfois tentant pour un pays de s’isoler, mais ce sera à son détriment. À titre d’exemple, il suffit de comparer les évolutions au XXe siècle de l’Argentine d’une part et d’autre part des pays du sud-est asiatique tels que la Corée du Sud, Singapour ou Taïwan.

« Les politiques autarciques sont d’autant plus catastrophiques que ces économies en voie de développement sont petites. Le PIB total de l’Argentine [en 1998] correspondait à peu près à celui de la ville de Philadelphie. Imaginez ce qui arriverait si le conseil municipal décidait d’interrompre toute relation avec l’extérieur de la ville : les habitants de Philadelphie devraient alors produire l’ensemble des biens et services qu’ils consomment, fournir la totalité des capitaux nécessaires à leur développement, etc. Le niveau de vie des habitants s’effondrerait rapidement. C’est exactement ce qui s’est passé en Argentine; qui a vécu repliée sur elle-même pendant la majorité du XXe siècle, alors que les pays ouverts sur le monde, comme la Corée du Sud, Singapour et Taiwan ont enregistré des taux de croissance parmi les plus élevés du monde. » Nicholas Gregory Mankiw – Principes de l’Économie

Il y a cependant, au sein des différents pays (notamment les plus développés) des groupes perdants  dans la mondialisation, comme aujourd’hui les classes moyennes européennes et américaines, ce qui explique largement qu’une mauvaise opinion sur la mondialisation se répande dans ces pays. Ces conséquences sont aggravées lorsque l’étatisme qui règne dans ces pays ne permet pas aux individus de développer librement leurs capacités naturelles et les handicapent dans la concurrence mondiale (voir la conclusion).

L’idéologie du mondialisme s’est répandue dans les classes dirigeantes occidentales en dépit du fait que la civilisation occidentale avait jusqu’ici privilégié la liberté de l’individu et combattu victorieusement, mais au prix fort, les idéologies précurseuses du mondialisme : fascisme, nazisme, communisme.

Cette victoire encore précaire est aujourd’hui menacée par le dernier avatar de ces idéologies, l’écologisme, lequel a trouvé dans le « réchauffement » climatique la reine des excuses pour imposer ses vues. Derrière toutes ces idéologies collectivistes se tient en embuscade le malthusianisme, un antihumanisme qui prône sous le nom de décroissance le génocide d’une bonne partie de l’humanité, en agitant la peur du manque de ressources face à la « surpopulation »1.

Il est d’ailleurs curieux de constater comment cet antihumanisme renaît perpétuellement de ses cendres (Club de Rome, Ehrlich…) malgré les démentis que lui apporte la réalité, et arrive toujours à se greffer sur les nouvelles modes intellectuelles quelles qu’elles soient.

Mais rassurez-vous bonnes gens, l’objectif de l’écologisme malthusien, c’est-à-dire l’attrition de la masse humaine, sera obtenu progressivement et « humainement » – une « euthanasie » en quelque sorte – par des moyens « doux » : arrêt des soins coûteux qualifiés d’acharnement médical, abandon des recherches médicales, promotion de l’avortement, désincitation à la natalité, retour de la mortalité infantile ; tout cela autant que possible en obtenant le consentement volontaire des victimes et sinon par coercition à la chinoise (« nécessité fait loi » : c’est pour votre bien, c’est pour sauver la planète…).

 

Les démocraties peuvent-elles réagir ?

Si l’on suit les philosophes de l’École machiavélienne qui ont beaucoup à nous apprendre sur les conditions de gouvernance des peuples, il est patent qu’aucun pays, même une démocratie, ne peut être gouverné directement par une majorité. C’est une simple impossibilité pratique.

Il en résulte que ce sera toujours une minorité qui tiendra les rênes du pouvoir après avoir été élue par une majorité. La tentation permanente de la minorité gouvernante est de se transformer en oligarchie et de se maintenir au pouvoir, souvent en s’octroyant tous les moyens d’influencer le peuple. Dans un pays vraiment démocratique avec une bonne Constitution, le peuple est protégé par des contre-pouvoirs (d’où la séparation du législatif, de l’exécutif et du judiciaire) et il se produit régulièrement une alternance qui gêne la perpétuation d’une oligarchie.

Mais l’évolution de la deuxième moitié du XXe siècle dans les États-nations a entraîné un gonflement de plus en plus important de l’État, sous le nom d’État-providence, ce qui a résulté d’un côté dans une inefficacité croissante (l’État veut tout faire mais n’arrive plus à le faire bien), d’un autre côté dans la mise à disposition des oligarchies au pouvoir de moyens de plus en plus importants pour imposer leurs vues et éviter d’être remplacées. Quand un grand nombre de citoyens dépendent matériellement des pouvoirs publics pour gagner leur vie, il devient très difficile de se révolter.

Une des conditions pour le maintien de l’oligarchie est la diminution de la liberté d’expression et la généralisation d’une bien-pensance politiquement correcte imprégnant les médias de masse subventionnés par l’État aux mains de l’oligarchie. Cela finit par rendre la propagande dans ce genre de démocratie assez semblable dans ses effets, sinon dans ses moyens, à celle qui règne dans les régimes collectivistes autoritaires.

Cette évolution largement avancée au niveau de l’État-nation se poursuit naturellement au niveau international en donnant naissance à une sorte de caste supranationale qui englobe les oligarchies nationales et leurs délégués dans les organismes internationaux et qui vise la gouvernance mondiale. Elle s’empresse d’adopter l’idéologie mondialiste qui offre la plus magnifique justification pour imposer son pouvoir : « les problèmes sont mondiaux, donc nous devons trouver des solutions mondiales ». L’exemple des COP est emblématique : des personnes non élues forment des délégations pléthoriques qui décident pour toute la population.

La liberté individuelle se trouve ainsi face à sa plus grande menace : une sorte de dictature universelle qui verrait une alliance de fait entre les pays dits démocratiques et les dictatures collectivistes, bref l’État mondial.

Nous en voyons déjà les prémisses dans l’Union européenne dont l’évolution négative est très inquiétante ; cette union à qui, justement, les États-nations d’Europe ont confié de plus en plus de prérogatives et qui, depuis quelques décennies, promeut et impose des politiques contre-productives nuisibles à l’intérêt de ses citoyens, à l’opposé des objectifs du projet européen initial, allant jusqu’à remettre en cause les précieux acquis de celui-ci.

 

À l’origine le projet européen était enthousiasmant

Il ne s’agissait que de coopérations entre un nombre réduit d’États-nations pour des bénéfices économiques clairs. Il a apporté à l’Europe paix et prospérité2. Mais progressivement, il s’est transformé en s’appuyant sur des institutions à l’apparence démocratique, Commission et Parlement, qui tentent de vider les États-nations de leur pouvoir d’action. Ceci au profit d’une caste supranationale de décideurs hors-sol, largement détachée de tout véritable contrôle démocratique, avec la complicité des oligarchies nationales au pouvoir dans les États-membres.

La guerre en Ukraine avec les sanctions à l’encontre de la Russie fournit actuellement aux dirigeants des pays européens une belle excuse pour justifier et masquer les résultats catastrophiques de leurs décisions passées, notamment en matière de politique énergétique, laquelle conditionne tout le reste. La situation en Europe ne serait guère meilleure s’il n’y avait pas de guerre, tellement les stratégies (ou non-stratégies) appliquées ont été désastreuses pour les citoyens européens.

Quand on considère un certain nombre de décisions (liste non exhaustive) que l’UE tente d’imposer, soit par réglementation, soit par pressions économiques et financières, on ne peut manquer d’être abasourdi et de se poser la question : pourquoi diable continuellement se tirer une balle dans le pied ?

Sabotage de l’industrie nucléaire

Sous l’impulsion de l’Allemagne et en corollaire, c’est un gaspillage éhonté de moyens financiers pour promouvoir des énergies intermittentes inefficaces et somme toute inutiles.

Désindustrialisation accélérée

Elle est due notamment aux réglementations étouffantes et encore plus à l’augmentation insupportable du prix de l’énergie, entraînant une perte générale de compétitivité et une multiplication des délocalisations.

Suicide annoncé de l’industrie automobile européenne

L’Europe abandonne son avantage compétitif dans les moteurs thermiques pour laisser la place à la Chine. Celle-ci devient incontournable pour les véhicules électriques et ne dédaigne pas non plus de prendre la place des Européens dans les moteurs thermiques pour lesquels il y aura toujours une clientèle ailleurs qu’en Europe.

Suicide annoncé du secteur agricole 

Une attaque vicieuse contre les paysans leur enjoint d’abandonner les techniques efficientes d’agriculture et d’élevage qui ont fait leurs preuves au profit de (non-)techniques biologiques. Certes sympathiques mais incapables de nourrir non seulement les Européens mais aussi le reste du monde, elles mettent en danger non seulement les exportations mais aussi la sécurité alimentaire de l’Europe.

Nous pourrions aussi évoquer l’interdiction imbécile des recherches sur les OGM, mais n’en jetons plus, ces errements ont déjà été amplement dénoncés dans Contrepoints et ailleurs.

 

Mondialisme : que faire ?

La question de Lénine (adaptable à toutes les circonstances) mérite d’être posée.

La population de nos pays se révoltera-t-elle contre la caste alors que c’est elle-même qui l’a mise au pouvoir ?

Restera-t-elle anesthésiée par la propagande politiquement correcte des médias aux ordres ?

Avant d’agir, il faut comprendre. Qu’est-ce qui motive la caste, pourquoi agit-elle ainsi ? Comment s’est-elle ralliée au mondialisme comme un seul homme ?

Dans son excellent livre Knowledge and decision, dont on doit regretter l’absence de traduction en français, Thomas Sowell montre qu’on commet souvent l’erreur d’analyser les processus de décision sur la base des résultats espérés ; si ceux-ci ne sont pas conformes à ce qu’on attend, on en rejette la faute soit sur les décideurs soit sur les circonstances extérieures, soit les deux.

Il faut au contraire analyser les processus de décision sur base de leurs caractéristiques intrinsèques, c’est-à-dire à partir des contraintes qu’ils imposent aux décideurs et des incitants qui animent ceux-ci, autrement dit une analyse systémique du mécanisme, indépendamment du contenu.

« … Par exemple, on souligne souvent l’inefficience ou la stupidité d’une bureaucratie en présupposant que les bureaucrates poursuivent les buts assignés par la législation qui a autorisé leur existence, mais on voit qu’ils répondent en fait aux incitants qui prévalent dans leur hiérarchie et qu’ils poursuivent leurs propres buts personnels ou organisationnels, ce faisant ils ne sont pas du tout inefficients, encore moins stupides […] Il s’ensuit que remplacer les personnes supposées inefficientes ou stupides par des personnes plus intelligentes […] ne permettra pas d’améliorer la réalisation des buts sociaux visés par la législation, tant que la structure des incitants et contraintes reste la même. »

Il est donc manifeste que le système démocratique tel qu’il fonctionne actuellement en Europe et en Occident est vicié et inefficace. La cause est principalement le gonflement des structures étatiques, nationales comme supranationales.

Il nous faut combattre pour revenir à une société authentiquement libérale, autrement dit libérée des chaînes mises en place par « ceux qui savent », faire confiance à la créativité et au bon sens des citoyens pour engendrer « l’ordre spontané » dont parlent les économistes de l’École autrichienne, tout en conservant un État minimal concentré sur ses véritables fonctions régaliennes.

En paraphrasant Ronald Reagan, on peut dire :

« L’État tel qu’il est devenu, hypertrophié, inefficace et tyrannique, n’est pas la solution, c’est le problème ».

  1. Ropert Zubrin –  « Merchants of despair », Encounter Books, 2013 ↩
  2. Herman Van Rompuy, Président du conseil européen – conférence à l’asbl « Belgium For Success » le 5/3/2015 ↩

26 avril, 2021

Tout comprendre des métaux rares : la géopolitique des métaux (2/3)

 La géopolitique des métaux rares. Études de cas sur les moteurs, les batteries et l’électronique.

La réalité des métaux rares est loin des idées reçues ! Ils sont d’une étonnante complexité dans notre société. Or on assiste plus à une simplification voire une confusion dans la presse. Nous allons donc tenter d’y remettre de l’ordre avec ce dossier en trois parties :

Les métaux rares sont devenus indispensables à notre industrie. À mesure que l’on embrasse le numérique et l’électrique, on accroît notre besoin en ces métaux. Ils sont présents dans nos batteries, nos éoliennes, nos voitures, nos smartphones ou notre télé. Leur approvisionnement est maintenant au centre d’un combat géopolitique mondial.

On aimerait tout simplifier comme on l’entend souvent : « La Chine détient tous les métaux rares. Ils sont méchants et très chanceux. » C’est beau, simple, ça a le mérite de créer une sensation d’injustice et de peur dans la population.

Il n’en est rien. Chaque métal a sa géopolitique, car il a sa répartition géographique, sa rareté, ses usages, son industrie. La Chine n’a pas la main sur tous les métaux rares. Elle est certes partie en bonne position grâce à ses ressources naturelles, mais sa domination actuelle est le fait de patience.

Nous allons donc analyser trois marchés différents pour comprendre la stratégie chinoise.

MÉTAUX RARES ET MOTEUR ÉLECTRIQUE

Les moteurs électriques sont composés de cuivre et de fer, mais surtout de néodyme, une terre rare permettant la fabrication de super-aimants. Ce métal peut être vu comme un monopole chinois injuste : 80 % des réserves et de la production sont chinois. Dans ce cas, la Chine n’a pas eu besoin d’aller très loin. Elle a réalisé un coup à trois bandes parfaitement exécuté pour s’accaparer le marché et la valeur ajoutée.

Première étape : on casse les prix

La Chine a bradé sa production en réalisant un dumping économique et écologique pour extraire n’importe comment le minerai le moins cher possible. En 2002, le métal était tombé à 6,67 dollars/kg.

Deuxième étape : remonter la chaîne de valeur

Une fois les mines étrangères coulées par une concurrence déloyale. La Chine a freiné drastiquement l’exportation, le prix a atteint 467 dollars/kg en juillet 2011. Les industries qui veulent résister vont devoir délocaliser leurs usines en Chine. Il faut rendre cette délocalisation agréable en continuant le dumping sur le marché interne, conserver un marché du travail à bas coût et favoriser les joint-venture entre entreprises chinoises et étrangères.

Troisième étape : pillage

Une fois que l’entreprise chinoise a pillé les propriétés intellectuelles de l’étrangère, on fait émerger une entreprise concurrente 100 % chinoise.

C’est ainsi que les Américains, producteurs de néodyme et d’aimants ont détruit leur industrie. En 2002 la mine Moutain Pass, principal gisement américain de néodyme, ferme. Puis en 2006, l’usine du fleuron des aimants américains Magnecquench est délocalisée en Chine. C’est ainsi qu’en 2012, Lockheed Martin a dû reconnaître qu’il avait des super-aimants chinois dans son F-351.Les aimants provenaient de ChengDu Magnetics en Chine.

MÉTAUX RARES ET BATTERIES

Une batterie repose essentiellement sur le lithium, et dans un second temps sur le cobalt et le nickel. Tous ont quasiment la même abondance. Le nickel est bien reparti, la Chine détient 4 % de la production. Le lithium est concentré en Amérique latine (Argentine, Chili, Bolivie, Brésil), en Australie, la Chine dispose de 6 % des réserves. Actuellement l’Australie s’accapare la production avec 55 % de l’extraction. Le principal problème est donc le cobalt. La République Démocratique du Congo détient 72 % de la production et 50 % des ressources.

Dans ce cas, il faut aussi jouer des partenariats et remonter la chaîne de valeur. La Chine, par l’entreprise China Molybdenum, détient par exemple 80 % de Tenke Fungurume, principale mine de cobalt en RDC. Ensuite, elle est devenue leader dans le raffinage du cobalt avec 63 % de parts de marché (à noter que l’Europe à 19 %).

La Chine qui détenait déjà des ressources en lithium et nickel a ainsi récupéré une place stratégique sur le cobalt. Avec tous les métaux prêts à l’usage chez elle, il suffit de favoriser la délocalisation des industries par le dumping puis les restrictions d’exportations et enfin les partenariats. Et ainsi nous voyons des entreprises chinoises arriver sur le marché des batteries avec le meilleur de la technologie telle CATL en 2011 ou sVOLT.

LES CIRCUITS ÉLECTRONIQUES

Le silicium, métal semi-conducteur, à la base de toute l’électronique et l’informatique, est le matériau le plus abondant sur Terre après l’oxygène, il constitue 25 % de la croûte terrestre. Envisager une captation du marché est impossible.

Comme avec le cobalt, la Chine a récupéré le polluant raffinage que l’Occident ne souhaite pas avoir chez lui. Mais détenir du silicium raffiné ne vaut rien dans la chaîne de valeur. Entre le silicium pur et votre microprocesseur, il y a une technicité colossale détenue uniquement par quelques acteurs tels que Samsung, Qualcomm, Intel et le leader TSMC. Tous sont asiatiques à l’exception de Intel (qui envisage d’utiliser les usines de TSMC). Ces entreprises sont les seules capables de fabriquer des concentrés de technologies comme les microprocesseurs, les antennes 5G ou les écrans.

En plus de nécessiter une expertise technique rare en Europe, cette industrie consomme beaucoup de capitaux. Les composants sortent de méga-usines qui ne sont rentables qu’avec de grandes économies d’échelle. Comme l’usine de Samsung à Pyeongtaek en Corée du Sud pour un investissement de 14 milliards de dollars.

Un pays revient souvent : Taïwan. Cette petite île est d’une importance vitale pour le reste du monde. Elle dispose des entreprises les plus qualifiées telles que TSMC, mais aussi les usines les plus perfectionnées à Hsinchu, Tainan et Taichung. Devant cette place stratégique, la Chine compte bien agir et se l’accaparer. Elle s’entraîne au débarquement depuis des années pour récupérer Taïwan et son savoir-faire.

En attendant l’action militaire, comme toujours la Chine s’est gentiment dévouée comme usine de monde pour Samsung, Sony ou TSMC. Puis des concurrents 100 % chinois sont arrivés comme Huawei, Xiaomi ou ZTE.

BONUS PATRIOTIQUE : LE HAFNIUM

La France a son pré carré : le Hafnium. C’est une terre rare utilisée pour réguler les réactions physiques dans les centrales nucléaires. Elle est le premier producteur.

L’ARROGANCE OCCIDENTALE

L’Occident a préparé sa chute. Depuis la découverte du Nouveau Monde et ses mines de cuivre et d’argent, nous aimons chercher les ressources à bas prix chez les autres, puis réaliser la grosse valeur ajoutée de retour chez nous, avant de revendre nos produits au reste du monde. Nous avons transformé le coton en vêtement, les diamants en bijoux, l’uranium en électricité, le cacao en chocolat, le pétrole en essence et plastique.

Nous laissons aux autres le soin de polluer en minant, raffinant et fabriquant à bas coût. Nous nous concentrons sur la haute valeur ajoutée et la vente, ainsi résumé par Apple : Designed in California. Made in China. C’est un modèle qui a fonctionné parfaitement en Amérique du Sud, en Afrique et au Moyen-Orient. Nous pensions l’exporter en Asie, mais la Chine vient de sonner la fin.

Elle a vu dans notre mondialisation notre plus grande faiblesse. La haute technologie, joyau de l’Occident, nous rend vulnérables à la pénurie des métaux rares. La Chine vient de trouver le talon d’Achille de l’Occident, elle vient de nous faire passer de prédateur économique à proie.

À nous de contrecarrer dans le chapitre suivant.

Article mis à jour le 24/04/21 à 15h36

  1. La guerre des métaux rares, Guillaume Pitron. Chap. La course aux missiles intelligents. Sect. Déni d’accès en mer de Chine Méridionale. ↩

14 février, 2018

Comment la mondialisation a sauvé le monde


Un nouvel outil vient d’être créé pour faire comprendre aux nouvelles générations les aspects positifs de la mondialisation économique.

Un article de Human Progress
J’ai le grand plaisir d’annoncer un nouveau projet que nous avons développé à Human Progress, qui montre comment, d’après tous les indices de performance majeurs, la vie des gens s’est améliorée dans le monde entier au cours des 50 dernières années.
Il est nommé Your Life in Numbers, et permet aux utilisateurs de voir comment les pays ont changé au cours de leur vie, en termes d’espérance de vie, de mortalité infantile, de revenu par personne, d’approvisionnement en nourriture par personne, d’années de scolarisation et de niveau de démocratie.

POUR LES PLUS JEUNES GÉNÉRATIONS

Nos données commencent en 1960, mais nous nous attendons à ce que le site soit utilisé principalement par les générations les plus jeunes et habituées à l’outil informatique, qui ont grandi dans l’ombre de la grande récession. La morosité qui a caractérisé l’essentiel de la décennie précédente, avec une croissance faible, un chômage élevé, des déficits budgétaires des États élevés et un niveau de dette stratosphérique, doit être gardée à sa juste perspective.
L’histoire du progrès humain n’est ni linéaire ni ininterrompue – il y a toujours des retours en arrière. Malgré cela, en dépit de toutes les mauvaises nouvelles annoncées à la télévision chaque jour, la plus grande partie du monde continue de s’améliorer. Observez les changements qui ont eu lieu au cours des 50 dernières années :
  • Sur 1000 nouveaux-nés, 113 mouraient avant leur premier anniversaire. Aujourd’hui, ils ne sont seulement que 32. C’est une réduction de 72%.
  • Le revenu moyen par personne est passé de 6 000 $ à environ 16 000 $, soit une augmentation de 167%, ces chiffres étant ajustés en fonction de l’inflation et du pouvoir d’achat.
  • La longueur d’une scolarité typique était de 3,9 années. Aujourd’hui, elle est de 8,4 ans, soit une augmentation de 115%.
  • Le monde est devenu moins autoritaire, avec un niveau de démocratie passant de -0,97 à 4,23 sur une échelle de -10 à 10. C’est une amélioration de 536%.
Nous espérons qu’une meilleure compréhension de l’amélioration du sort de l’humanité rendra les jeunes plus reconnaissants envers les fondations sociales et économiques de notre société moderne : la démocratie libérale et la libre entreprise. Nous espérons également qu’ils reconnaîtront les améliorations immenses du bien-être humain dans les pays en développement.

LA DIMINUTION DES INÉGALITÉS MONDIALES

En fait, une des leçons principales que nous espérons que les utilisateurs retiendront après avoir visité et interagi avec Your Life in Numbers est que les inégalités mondiales ont diminué grâce à la croissance économique des pays en développement. Ceci étant, permettez-moi de vous expliquer comment Your Life in Numbers fonctionne : d’abord, entrez le pays et l’année de votre naissance – comme indiqué par la flèche rouge dans la capture d’écran ci-dessous.
humanprog1
La capture d’écran ci-dessous montre comment télécharger une image contenant vos résultats, qui peuvent être envoyés par mail ou insérés dans un article que vous écrivez. Notez également la seconde flèche, qui pointe sur une table contenant les valeurs absolues que nous avons utilisées pour calculer les changements sur la période de temps sélectionnée (par exemple, en 1976, l’espérance de vie moyenne en Grande-Bretagne était de 72,8 ans, contre 80,8 ans en 2015).
humanprog2
La capture d’écran ci-dessous montre comment comparer les résultats de la Grande-Bretagne avec ceux d’un autre pays (première flèche). Si vous sélectionnez un pays en développement, tel que l’Inde, vous observerez que l’Inde a fait encore mieux que la Grande-Bretagne sur de nombreux points. C’est le cas de la plupart des pays en développement, y compris en Afrique.
Historiquement, grâce à la révolution industrielle, qui a commencé en Grande-Bretagne et s’est ensuite répandue en Occident et dans ses rejetons, un écart du bien-être est apparu entre l’Occident et le reste du monde. Maintenant, grâce à l’intégration économique (mondialisation), les pays en développement tendent à grandir plus rapidement que les pays développés, réduisant ainsi les inégalités mondiales.
Encore une fois, vous pouvez télécharger votre comparaison du bien-être entre deux pays ou partager vos résultats sur les réseaux sociaux (deuxième flèche). Enfin, observez les changements dans la table des valeurs absolues, qui contient maintenant les résultats, non seulement de la Grande-Bretagne, mais aussi de l’Inde (troisième flèche).
humanprog3
J’espère que vous apprécierez votre visite de Your Life in Number et vos interactions avec les données. Peut-être même ensoleillera-t-elle votre journée.
Article initialement publié en octobre 2016.
—
Sur le web. Traduction Contrepoints.Cet article a été initialement publié dans CapX.

28 décembre, 2017

Grace à la mondialisation, l’Humanité se porte nettement mieux !



Éradication de la pauvreté, amélioration de la nutrition, hausse de l’espérance de vie, chute de la mortalité infantile et progrès en matière d’éducation : le bien-être de l’humanité s’améliore, y compris dans les pays les plus pauvres.

Par Marian L. Tupy
Dans un article récent, ma collègue Chelsea Follett a évoqué la baisse des taux de pauvreté absolue. Ces données sont en effet encourageantes, mais l’augmentation des revenus n’est qu’une façon de mesurer l’amélioration de l’état de l’humanité. N’oublions pas les autres indicateurs.
Parce qu’en matière de nutrition, d’espérance de vie, de mortalité infantile et d’éducation, de grands progrès sont réalisés dans le monde entier. C’est particulièrement vrai pour les pays pauvres. En Afrique subsaharienne, des améliorations absolues du bien-être humain sont en train de se produire, tandis que l’écart en matière de qualité de vie avec le reste du monde se réduit également.

UNE CHUTE DE L’EXTRÊME PAUVRETÉ SANS PRÉCÉDENT

Selon les données les plus récentes, la part de l’humanité vivant avec moins de 1,90 dollar par personne et par jour (données corrigées des évolutions de pouvoir d’achat) est passée de 42,2% en 1981 à 10,7% en 2013 (dernière année pour laquelle des données sont disponibles). Cela représente une réduction de 75% sur une période relativement courte de 32 ans. Selon les chercheurs de la Brookings Institution, « une réduction de la pauvreté d’une telle ampleur est sans précédent dans l’histoire : jamais autant de gens n’ont été sortis de la pauvreté en si peu de temps. »
Cette baisse de l’extrême pauvreté est d’autant plus remarquable que la population mondiale a augmenté de 59% au cours de la même période. Loin d’être un problème, comme on le croyait autrefois, cette population croissante va de pair avec une prospérité accrue. La spécialisation et le commerce, ou la mondialisation, ont fait en sorte qu’une augmentation de la population mondiale s’est traduite par une augmentation de la productivité mondiale. Ainsi, le revenu moyen réel par habitant a également augmenté de 59% entre 1981 et 2013.
La plus forte réduction de l’extrême pauvreté a été observée en Asie de l’Est (de 81% à 3,7%) et en Asie du Sud (de 55% à 15%). Les données pour l’Afrique subsaharienne sont incomplètes. En 1990, on estimait que 54% de la population vivait dans la pauvreté absolue. La pauvreté a culminé à 59% en 1993. Depuis, elle est tombé à 41%. Ainsi, en matière de réduction absolue de pauvreté, l’Afrique subsaharienne est à la traîne. Mais, pour d’autres indicateurs du bien-être humain, l’Afrique subsaharienne affiche des résultats supérieurs à la moyenne mondiale.

MÊME EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE, LES CHOSES S’AMÉLIORENT !

Par exemple, l’apport calorifique quotidien mondial par personne est passé d’une moyenne de 2 550 en 1981 à 2 850 en 2013, soit une augmentation de 12%. En Afrique subsaharienne, l’apport calorique est passé de 2 138 à 2 448 sur la même période. C’est une augmentation de 15%. Pour mettre ces chiffres en perspective, le ministère américain de l’Agriculture recommande que les hommes adultes modérément actifs consomment entre 2 200 et 2 800 calories par jour et que les femmes modérément actives consomment entre 1 800 et 2 000 calories par jour.
Entre 1981 et 2015, l’espérance de vie mondiale est passée de 63,2 ans à 71,9 ans, ce qui représente un bond remarquable de 12%, sans aucun doute lié à l’augmentation des revenus et, par conséquent, à l’amélioration de la nutrition. En Afrique subsaharienne, l’espérance de vie est passée de 48,5 à 59,9 ans. Il s’agit d’une amélioration de 24% (soit le double de la moyenne mondiale). La propagation du VIH/SIDA, qui menaçait de décimer la population africaine, a été arrêtée en grande partie grâce à la générosité des contribuables britanniques et américains, qui subventionnent la distribution de médicaments antirétroviraux en Afrique subsaharienne.
Passons maintenant aux Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies, qui mesurent les progrès humains sur une période plus courte. Selon l’ONU, le taux de mortalité infantile est passé de 64,8 pour 1 000 naissances vivantes en 1990 à 30,5 en 2016. C’est une réduction de 53%. En Afrique subsaharienne, il est tombé de 108 à 53, soit une réduction de 51%. Au cours de la même période, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est passé de 93,4 pour 1 000 à 40,8 pour 1 000. C’est une réduction de 56%. Mais en Afrique subsaharienne, le déclin a été encore plus marqué : de 180 pour 1 000 à 78 pour 1 000 (soit 57%).

DE GRANDS PROGRÈS EN MATIÈRE D’ÉDUCATION

Les inscriptions à tous les niveaux d’enseignement sont en hausse. Globalement, le taux d’achèvement du cycle primaire est passé de 80% en 1981 à 90% en 2015, soit une amélioration de 13%. En Afrique subsaharienne, il est passé de 55% à 69% au cours de la même période, soit une amélioration de 26% (soit le double de la moyenne mondiale).
Le taux d’achèvement du premier cycle du secondaire dans le monde est passé de 53% en 1986 à 77% en 2015, soit une augmentation de 42%. En Afrique subsaharienne, il est passé de 22% à 42%, c’est-à-dire une amélioration de 91% (soit plus du double de la moyenne mondiale).
Entre 1981 et 2014, la part de la population mondiale et subsaharienne inscrite dans les établissements d’enseignement supérieur est passée respectivement de 13% et 2% à 36% et 9%. Une fois de plus, l’amélioration en Afrique subsaharienne a été plus forte (350%) que la moyenne mondiale (177%).
Le 17 octobre dernier était la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Et en effet il y avait beaucoup à célébrer. La pauvreté absolue a été considérablement réduite dans une grande partie du monde en développement. Mais même dans les régions où la pauvreté absolue persiste à des niveaux inacceptables, comme l’Afrique subsaharienne, de nombreux progrès ont été réalisés dans d’autres domaines du bien-être humain. En fait, la région la plus pauvre du monde rattrape la moyenne mondiale à un rythme très rapide.
—
Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.