Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Hier, j’ai demandé au jeune pompiste de me mettre 50 $ d’essence. Quand je suis parti, il m’a dit : « À tantôt ! » --- Michel Beaudry ________________________________________________________________________

30 novembre, 2021

Jean-Marc Daniel se plonge dans l’histoire pour vérifier l’économie

 Dans Histoire de l’économie mondiale, Jean-Marc Daniel explique l’importance de l’histoire économique comme la « vérification expérimentale » des théories économiques.

Histoire de lire, le salon annuel du livre d’histoire de Versailles avait lieu ce week-end du 20 novembre. Contrairement à l’année dernière où il avait dû être réduit à des vidéos, il se tenait cette année dans les locaux prestigieux de Versailles et notamment l’hôtel de ville. Le public était présent en nombre.

Un participant avait retenu en particulier notre attention, Jean-Marc Daniel. Les lecteurs de Contrepoints le connaissent probablement comme une des rares voix libérales présente dans les grands médias avec notamment sa chronique dans la matinale de BFM Business, sa revue de livre dans La Librairie de l’Éco et sa chronique dans L’Express.

Il était invité au salon pour présenter son dernier livre Histoire de l’économie mondiale paru chez Tallandier. Il a répondu à des questions de Patrick Allard dans un format court de 25 minutes, bien trop court d’après les réactions du public.

Ce moment a néanmoins permis à Patrick Allard d’interroger Jean-Marc Daniel sur un certain nombre d’éléments historiques mentionnés dans ce livre.

En préambule, Jean-Marc Daniel explique l’importance de l’histoire économique comme la « vérification expérimentale » des théories économiques.

L’IMPORTANCE DE L’OR

La première question porte sur la raison de l’importance de l’or, fil conducteur de l’histoire économique et donc de ce livre. Jean-Marc Daniel détaille deux qualités et deux défauts à ce métal.

La première qualité est que ce métal est inaltérable, une propriété nécessaire à une bonne réserve de valeur. Il note la symbolique du nom donné au mélange d’acide chlorhydrique et d’acide nitrique capable de dissoudre l’or : eau régale (ou royale).

Une autre caractéristique de l’or, de par cette inaltérabilité et sa valeur, est que le stock extrait des mines depuis l’Antiquité est bien connu.

Un défaut majeur d’un point de vue pratique est la densité de l’or ralentissant son transport et le rendant souvent la cible de vol. Le voleur étant lui-même ralenti par le poids de son butin était donc incité à tuer ses victimes pour ne pas être rattrapé. L’or était donc une source de violence. Cet aspect fait partie des raisons du développement des banques pour proposer des solutions plus pratiques pour échanger de la valeur.

Un autre défaut est sa rareté, du moins du point de vue des États. Cette contrainte de aboutira à l’abandon l’étalon-or au XXe siècle puis à l’époque actuelle de l’argent magique, pour reprendre le terme d’un autre ouvrage récent de Daniel.

FRÉDÉRIC ANCILLON ET L’OR ESPAGNOL

Un événement majeur de l’histoire économique mondiale est la découverte de grandes mines d’or en Amérique du Sud par les Espagnols.

C’est l’occasion de présenter les trois formes d’économie identifiées par Frédéric Ancillon au XIXe siècle : chrysohédoniste, ponocratique et physiocratique.

Le chrysohédonisme (du grec chrysos, or) connu aujourd’hui sous le nom de mercantilisme. Cette doctrine fait l’erreur de croire que toute cet or arrivé en Espagne va en être le moteur économique. L’Espagne sera dépassée par deux autres nations : la France, physiocratique, donc centrée sur l’agriculture et dans une moindre mesure le charbon, et surtout par le Royaume-Uni, physiocratique aussi mais surtout ponocratique, c’est-à-dire encourageant le travail (du grep ponos, le travail).

C’est l’occasion de rappeler l’admiration de Jean-Marc Daniel pour le Royaume-Uni, ces îles pas particulièrement favorisées par le sort mais arrivées au rang de puissance mondiale par le travail et le commerce, avec son Bordelais natal en particulier. L’auteur fait remarquer que nous avons un chrysohédoniste au sommet de l’État pensant que Quoi qu’il en coûte est une politique viable.

BULLES ET RÉGULATIONS

La question suivante nous fait avancer jusqu’au XVIIIe siècle.

Des événements comme la tulipomanie, le système de John Law et la faillite de la Compagnie de la Mer du Sud marquent le début de la spéculation, des bulles et des arnaques financières.

Le développement des mathématiques financières permet des avancées dans l’anticipation économique mais même l’extraordinaire intelligence d’Isaac Newton ne lui permet pas d’éviter de perdre beaucoup dans son investissement dans la Compagnie de la Mer du Sud. Il aurait déclaré « Je peux prévoir le mouvement des corps célestes, mais pas la folie des gens. »

L’ARRIVÉE DES MACHINES

Au XIXe siècle, la révolution industrielle fait avancer à toute vitesse l’économie mais crée aussi la crainte de la machine.

Heureusement certains visionnaires comme Ada Byron anticipent l’impact positif de la machine capable d’aider ou remplacer toutes les activités humaines. Cette époque est aussi celle de William Gladstone qui défend un État minimal au Royaume-Uni et le libre commerce.

Paraphrasant Marx, Jean-Marc Daniel affirme :

L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes fiscales.

Après avoir expliqué l’impact négatif de la fin du rôle central de l’or de nos jours, Jean-Marc Daniel a conclu :

Sortons de l’or éventuellement, mais réhabilitons le travail !

29 novembre, 2021

John Stuart Mill et la liberté d’expression -Les Héros du progrès (41)

 Voici John Stuart Mill, penseur anglais tout à fait d’actualité, qui a milité pour une plus grande liberté d’expression.

Un article de HumanProgress

Voici le quarante-et-unième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique est une courte présentation des héros qui ont apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Notre héros de la semaine est John Stuart Mill, un philosophe, parlementaire et économiste politique anglais du XIXe siècle. Tout au long de sa vie, il a milité pour une plus grande liberté d’expression et pour l’abolition de l’esclavage.

Alors qu’il est membre du parlement britannique, il présente à la Chambre des Communes la première pétition de masse en faveur du vote des femmes. Elle est à l’origine de nombreuses campagnes de suffragettes partout dans le monde.

L’une de ses plus importantes contributions philosophiques est son principe de préjudice, selon lequel les actes d’une personne ne devraient être légalement prohibés que s’ils causent du tort à quelqu’un d’autre.

La Stanford Encyclopedia of Philosophy a qualifié John Stuart Mill de « philosophe anglophone le plus influent du XIXe siècle ».

John Stuart Mill est né le 20 mai 1806 à Londres. Son père, James Mill, est un ami proche de notre quarantième héros du progrès, Jeremy Bentham. Il bénéficie d’une éducation extraordinaire, son père l’élevant dans l’intention de créer un génie intellectuel à même de conduire la génération à venir de penseurs radicaux et utilitaristes.

À trois ans, le jeune Mill commence à apprendre le grec ancien, à huit, le latin. On raconte qu’arrivé à l’âge de douze ans, il avait lu la plupart des œuvres classiques. On l’empêche délibérément de côtoyer des enfants de son âge, en dehors de ses frères et sœurs. Il semble que par amusement, il lise souvent des traités de sciences expérimentales.

En 1820, il fait un voyage d’un an en France, où il séjourne dans la famille de Samuel Bentham, le frère de Jeremy. Les extraits du journal qu’il tenait à l’époque montrent qu’il passait son temps là-bas à étudier avec rigueur la chimie, les mathématiques et la langue française.

À son retour en Angleterre en 1821, il commence à étudier le droit romain avec le célèbre théoricien juridique anglais John Austin. Puis il attaque l’économie politique avec David Ricardo, l’un des plus influents économistes classiques de l’Histoire.

Étant non-conformiste (c’est-à-dire protestant n’appartenant pas à l’Église d’Angleterre), il n’est pas admissible à l’université d’Oxford ou à celle de Cambridge.

En 1823, âgé de 17 ans, il décide de suivre les traces de son père et se met à travailler pour la Compagnie des Indes Orientales. Il y restera plus de 35 ans, d’abord  inspecteur adjoint, puis, après la mort de son père en 1836, responsable des relations avec les États indiens.

Si ses tâches journalières n’ont pas marqué l’histoire de façon significative, ses attributions lui ont laissé beaucoup de temps libre pour écrire.

Après 21 années de relations amicales, il épouse en 1851 Harriet Taylor, une philosophe et militante des droits des femmes.

En 1858, la Compagnie des Indes Orientales est dissoute. Notre jeune Mill alors sans emploi part pour Avignon où il continue à écrire à temps plein. En 1859, il publie une de ses œuvres les plus connues, De la liberté. Il dédie son livre à son épouse, décédée l’année précédente. Il lui a reconnu une énorme influence quant à ses réflexions, en particulier à propos des droits des femmes.

De la liberté s’attache plus spécifiquement à la nature et aux limites du pouvoir que les États peuvent légitimement exercer sur les individus. Selon lui, l’étendue de ce pouvoir devrait reposer sur le principe de préjudice, selon lequel « la seule justification de l’exercice légitime du pouvoir envers qui que ce soit, contre son gré, dans une société civilisée est d’éviter un préjudice à autrui ».

Dans le même ouvrage, il avance également que la liberté d’expression est une condition nécessaire pour qu’une société progresse intellectuellement et socialement.

Il est persuadé qu’une société ne peut jamais être certaine qu’une opinion interdite ne contient pas au moins quelques parcelles de vérité. De ce fait, chacun devrait être libre d’exprimer toute opinion de son choix.

Il prétend que même si un point de vue est erroné, il est très probable qu’il sera abandonné à la faveur d’une discussion éclairée. Il remarque que les individus peuvent mieux comprendre la vérité elle-même et l’empêcher de devenir un simple dogme s’ils reconsidèrent continuellement leurs idées.

Le livre rencontre un énorme succès et Mill devient rapidement un intellectuel célèbre.

En 1861, il termine un essai intitulé De l’assujettissement des femmes qui sera publié en 1869 dans lequel il plaide pour une complète égalité entre les sexes. Il est convaincu que l’oppression des femmes est un vestige du passé et « l’un des principaux freins à l’amélioration de la condition humaine ». L’ouvrage a fait de lui un des premiers hommes à s’élever en faveur de l’égalité des sexes. Il y exprime aussi son opposition à l’esclavage et son soutien à son abolition aux États-Unis.

La même année, il publie Considérations sur le gouvernement représentatif, où il plaide pour une représentation proportionnelle, le vote unique transférable et le droit de vote pour les femmes.

En 1863, il publie L’utilitarisme où il défend avec force l’éthique utilitariste, une philosophie qui, selon lui, suggère « que les actes sont justes en tant qu’ils tendent à promouvoir le bonheur, infondés s’ils tendent à produire le contraire ».

Tout comme Bentham, il soutient qu’il devrait y avoir des lois en faveur du bien-être animal et que le système économique des marchés libres est préférable à une économie planifiée.

En 1865, le parti libéral lui demande d’être candidat à la députation pour Westminster. Il accepte à la condition qu’il ne fasse pas de démarchage ni ne finance lui-même sa campagne. Il déclare aussi que s’il est élu, il ne soutiendra pas d’intérêts particuliers et utilisera plutôt sa position de parlementaire pour « agir comme la conscience de sa société ». Il affirme qu’il continuera à militer pour le droit de vote des femmes.

Malgré son manque d’implication dans sa campagne, il est élu et utilise son temps de présence au Parlement pour plaider en faveur de la réforme agraire en Irlande, l’éducation obligatoire pour tous et, peut-être le plus important, les droits des femmes. En 1866, il présente au Parlement une pétition de plus de 1500 signatures collectées par le Women’s Suffrage Committee en faveur de leur émancipation.

La même année, le Second Reform Act (un projet de loi destiné à élargir la base électorale en assouplissant les conditions de propriété) est discuté au Parlement. Mill s’en sert pour tenter d’introduire l’égalité des droits de vote pour les hommes et les femmes en proposant un amendement qui remplacerait toutes les occurrences d’homme par personne. Cette simple modification aurait émancipé des femmes propriétaires de biens.

Malheureusement, l’amendement est rejeté. Néanmoins, son plaidoyer suscite un intense débat autour du vote des femmes et inspire le lancement de plusieurs campagnes pour obtenir leur émancipation. Par la suite, il décrira cet amendement comme « peut-être le seul service public vraiment important qu'[il ait] accompli en tant que député ».

Lors des élections générales de 1868, il n’est pas ré-élu et retourne étudier et écrire en France. Le 8 mai 1873, il meurt d’érysipèle en Avignon et est inhumé auprès de son épouse.

On se souvient de John Stuart Mill comme de l’un des plus importants et influents philosophes du XIXe siècle. Son œuvre considérable façonne toujours la pensée et le discours politique.

Son plaidoyer pour les droits des femmes, le principe de préjudice et la liberté d’expression ont permis que des lois moins tyranniques et plus égalitaires soient promulguées de par le monde. C’est pour ces raisons que John Stuart Mill est notre quarante-et-unième héros du progrès.

Publié initialement le 1 novembre 2020.

Les Héros du progrès, c’est aussi :

28 novembre, 2021

La nouvelle imposture « Piketty »

 par Jean-Philippe Delsol

Thomas Piketty s’est trompé. Il ne veut pas l’avouer, mais il lui faut bien se dédouaner. Il le fait en publiant une Brève histoire de l’égalité (Paris, Éditions du Seuil, 2021, environ 350 pages) présentée explicitement par l’auteur comme un résumé de ses œuvres antérieures, notamment Le capital au XXIe siècle (2013) dont la thèse principale était que le capitalisme conduisait inéluctablement à toujours plus d’inégalité.

La tentative de démontrer que r est supérieur à g occupait une grande partie du Capital au XXIe siècle. »

Piketty théorisait jusque-là que le monde allait sans cesse, et depuis Jésus Christ, vers plus d’accroissement du capital entre les mains des plus riches et vers plus d’inégalité. Comme le rappelle Philippe Baccou dans une récente lettre de l’IRDEME-EPLF, dans Le capital au XXIe siècle, il notait ainsi « l’existence d’une « force de divergence fondamentale : r > g » (p. 53), où r est le taux de rendement du capital -tous revenus compris- et g le taux de croissance. Cette « inégalité fondamentale », nous expliquait-il sans craindre le pléonasme, « va jouer un rôle essentiel dans ce livre. D’une certaine façon, elle en résume la logique d’ensemble » (p. 55). La tentative de démontrer que r est supérieur à g, et que ce serait la source d’une loi tendancielle du capitalisme vers plus d’inégalité des revenus et des patrimoines, occupait une grande partie du Capital au XXIe siècle. »
Les critiques de cette thèse s’étaient multipliées. Dans notre ouvrage Anti-Piketty, mieux reçu aux Etats-Unis qu’en France, l’IREF avait, avec le concours d’une vingtaine d’universitaires du monde entier, dénoncé ardemment les erreurs économiques graves qui entachaient le raisonnement de Piketty dépravé par son idéologie égalitariste. Il lui était notamment reproché de raisonner sur vingt siècles sans avoir de données fiables pour la majorité d’entre eux et surtout de faire reposer sa thèse tout entière sur l’idée fausse que le taux de rendement du capital puisse être durablement plus élevé que le taux de croissance et que certains puissent s’enrichir sans fin.

Dans tout son nouvel ouvrage, Piketty ne fait pas une seule référence à sa formule « r > g ».

Mais désormais la thèse change : « Il existe, écrit-il, un mouvement historique vers l’égalité, au moins depuis la fin du XVIIIème siècle. Le monde du début des années 2020, aussi injuste puisse-t-il sembler, est plus égalitaire que celui de 1950 ou celui de 1900, qui étaient eux-mêmes par de multiples aspects plus égalitaires que ceux de 1850 ou 1780 » (p. 9). Dans tout son nouvel ouvrage, Piketty ne fait pas une seule référence à sa formule « r > g ». Il renonce, mais sans le dire, à cette thèse fumeuse dont il faisait le pilier central et quasi-unique de son argumentation. Plus de formule magique, plus de dérive fatale dans une hausse séculaire de l’inégalité. Le Piketty 2021 renie le Piketty 2013 et le proscrit. Il nous donne raison, mais ne le dit pas. Il ne reconnaît pas sa tromperie et c’est une manière de tromper plus encore ceux qu’il a abusés. Ce nouveau Lyssenko de l’économie laisse le monde continuer à lire ses anciens ouvrages fallacieux. La duperie devient alors imposture. Au demeurant, ses nouvelles théories ne semblent pas plus pertinentes.
Il reste un militant plus qu’un universitaire. Il veut poursuivre les luttes et révoltes sociales « qui ont permis de transformer les rapports de force et de renverser les institutions soutenues par les classes dominantes » (p.20/21). Il reporte son combat sur les champs médiatiques et chausse les bottes de l’anticolonialisme et de la lutte pour le climat qui « demandent une transformation d’ensemble du système économique et de la répartition des richesses, ce qui passe par le développement de nouvelles coalitions politiques et sociales à l’échelle du monde » (p. 330).

Comme dans ses précédents ouvrages, il se fonde sur des exemples historiques qu’il travestit volontiers.

Il en reste à son obsession égalitariste : « Sans une action résolue visant à comprimer drastiquement les inégalités socio-économiques, il n’existe pas de solution à la crise environnementale et climatique » (p. 43). Il prolonge des courbes pour prévenir des catastrophes climatiques sans avoir retenu les leçons des erreurs de Malthus, Mansholt et autres cavaliers de l’apocalypse. Comme dans ses précédents ouvrages, il se fonde sur des exemples historiques qu’il travestit volontiers, que ce soit sur le communisme léniniste (dont il dit les immenses avancées sociales !), l’indépendance de Haïti [1], l’importance des armées européennes [2], la surexploitation de la planète… Et bien sûr, il refuse de reconnaître le rôle fondamental de la liberté dans le développement économique et social du monde depuis la fin du XVIIIème siècle. Constatant que la Chine n’était pas beaucoup moins développée que l’Occident avant 1800, il accuse la semi colonisation occidentale d’en avoir entravé le développement quand c’est sans doute le manque d’esprit de liberté qui l’a empêché.
Une fois de plus, et là il n’a pas changé, tout son raisonnement ne vise qu’à « montrer en quoi l’Etat social et l’impôt progressif constituent bel et bien une transformation systématique du capitalisme ». Une transformation qu’il souhaite faire advenir avec des impôts allant jusqu’à 90% des tranches supérieures du revenu et du capital pour distribuer un revenu de base, donner un capital de départ à tous les jeunes, assurer une garantie d’emploi à tous dans une sorte de nouveaux « ateliers nationaux » dont on sait l’échec en 1848. Il veut « démarchandiser » la société en supprimant la propriété privée, sauf peut-être pour les petites entreprises tolérées dans un statut hybride de « propriété sociale », en souvenir sans doute de la NEP par laquelle Lénine avait sauvé l’Union soviétique de la famine totale en rétablissant le droit aux petits paysans de négocier une partie de leur production. Les grandes entreprises seraient pour leur part progressivement transférées majoritairement aux mains des salariés. Il réfléchit à l’idée « d’étendre à l’ensemble de l’organisation socio-économique le modèle des caisses de Sécurité sociale ». Chacun connaît bien entendu l’efficacité des coopératives et de la Sécu ! Mais l’idéologie refuse la réalité pour vivre d’utopie, ce qui en fait le danger devant son inéluctable insuccès dont elle accuse le monde entier jusqu’à lui faire subir des purges staliniennes.

 

27 novembre, 2021

Les bienfaits cachés de la flat tax

 La flat tax, ou impôt à taux unique, peut être une solution pour améliorer notre fiscalité. Voici pourquoi.

La flat tax s’invite à l’occasion des débats pour la présidentielle 2022 et plus particulièrement chez Éric Ciotti.

Cet impôt à taux fixe modéré qui s’applique à tous est le gage d’une incontestable efficacité.

Pour ceux qui l’ignoreraient, il s’agit d’un impôt à taux unique, voire à deux taux, qui remplacerait l’impôt sur l’ensemble des revenus (travail et autres sources) devenu lourd à gérer et trop souvent l’objet de contournements.

La flat tax éviterait également de nombreuses fraudes ou montages plus ou moins sophistiqués pour échapper à une contribution qui reste indispensable au bon fonctionnement du pays.

Elle est généralement proposée aux alentours de 15 %, voire 30 % si on y inclut les prélèvements sociaux de type CSG. Une réflexion devrait avoir lieu préalablement pour en définir le périmètre d’application et le taux en découlant.

Elle est déjà adoptée par 24 pays et proposée par l’IREF en décembre 2009. Elle présente le double avantage d’être simple et efficace.

TRÈS SIMPLE À METTRE EN PLACE

Avec le prélèvement à la source imposé par Gérald Darmanin, le système est déjà en place et ne nécessiterait aucune autre modification que le remplacement du taux actuel par celui unique qui rendrait encore plus simple son fonctionnement, surtout pour le chef d’entreprise.

La flat tax serait bien entendu individuelle et le quotient familial supprimé avec l’avantage de garantir la confidentialité auprès de l’employeur.

Évidemment cela implique de réajuster et de globaliser les prestations d’allocations familiales afin de rendre plus juste la prise en compte de la situation familiale de chaque ménage.

Cette flat tax devrait s’appliquer au-delà d’un revenu mensuel qui pourrait être de 1000 euros. Ainsi, le smicard paierait un impôt très faible, de l’ordre de 450 euros par an, l’équivalent de ce qu’il paye aujourd’hui. Il participerait donc quand même à l’effort national.

Cette flat tax ne pénaliserait donc pas les bas salaires.

EFFICACITÉ RECONNUE DE LA FLAT TAX

Un faible impôt sur un base importante est reconnu par les économistes comme l’impôt le plus rentable. En continuant cette démonstration et en extrapolant sur l’ensemble des revenus, avec cette taxe unique à 15 %, la rentrée fiscale peut facilement s’estimer :

Environ 30 millions d’actifs (salariés + fonctionnaires) perçoivent un revenu net mensuel moyen de 2238 euros (source Insee) dont sont déduits 1000 euros, soit : 1238 euros x 12 = 14 856 euros imposable à 15 % soit 2228 euros par actif pour un total donc de 66, 84 milliards.

Environ 20 millions de retraités pour un revenu moyen de 1297 euros : en faisant le même calcul nous arrivons à un total de 10,7 milliards.

L’impôt sur le revenu total serait alors de 77,54 milliards, très proche des 80 milliards encaissés aujourd’hui.

Ce calcul ne tient pas compte des niches fiscales qui doivent donc disparaître. Puisque ce sont les plus gros revenus qui en profitent leur baisse du niveau d’impôt le compenserait largement.

Pour les revenus inférieurs, la niche fiscale la plus importante est celle de la garde d’enfant. La CAF devrait pouvoir compenser.

LA FLAT TAX : UN ATOUT POUR L’ENTREPRISE

Pour les bas salaires, le coût salarial pour l’entreprise n’est plus guère éloigné de nos concurrents étrangers, l’Allemagne précisément. Ce n’est pas le cas des hauts salaires, ceux que l’on doit impérativement retenir en France.

Pour cela les cadres demandent un revenu net d’impôt (leur véritable pouvoir d’achat) équivalent à ce qui leur est offert à l’étranger, avec une base imposable à 15 % au lieu des 45 % actuels pour la tranche supérieure. Le problème est donc largement résolu, y compris pour nos footballeurs vedettes. On peut même envisager une baisse sensible de leur salaire brut, de l’ordre de 20 %. Ils percevraient encore un net d’impôt 20 % plus élevé qu’actuellement.

Ce serait alors une économie importante pour le chef d’entreprise dont le salaire diminuerait mais également les charges sociales afférentes.

C’est du gagnant/gagnant, même pour l’État qui ne verrait plus ses élites et ses entreprises s’expatrier.

Il ne resterait alors plus que l’alignement des charges sur les hauts salaires sur l’Allemagne où elles sont, rappelons-le, deux fois supérieures pour un salaire de 4000 euros et trois fois supérieures pour un salaire de 8000 euros.

UN PROJET DE CAMPAGNE 2022

Pour nos candidats en mal d’idées pour la campagne présidentielle c’en est une à développer et à mettre dans leur programme avec engagement de l’appliquer dans les 100 premiers jours de leur quinquennat.

26 novembre, 2021

À quoi servent les libéraux s’ils ne défendent pas la liberté ?

 Où sont les libéraux quand il s’agit de retrouver l’État de droit, la pièce indispensable au déploiement du marché et de la coopération pacifique des individus ?

Alors que partout en Occident, au nom de la crise sanitaire, les États normalisent des mesures d’exception aux antipodes de la tradition libérale et démocratique européenne, certains de ses défenseurs autoproclamés se font plutôt discrets, ou pire, acceptent la sinisation du monde occidental comme une évolution politique nécessaire et inévitable.

De l’Autriche à l’Australie, la crise covid a enflammé les esprits et provoqué une flambée autoritaire et étatiste sans précédent. En France, à l’État d’urgence sanitaire a succédé les lois intégrant ses dispositions pour restreindre les libertés de commercer, circuler et punir les récalcitrants face au nouvel ordre sanitaire.

Les confinements ont détruit une partie de l’économie du pays, actuellement maintenue artificiellement en vie par l’argent public, et légitimé la transformation de l’État de droit en État de surveillance sanitaire dans lequel tout le monde surveille tout le monde au détriment des principes fondamentaux de la liberté d’expression, de la vie privée, du secret médical, de la propriété privée des données médicales. Ajoutez une loi sécurité globale et la contestation du secret des avocats, et vous avez la France d’aujourd’hui. Vous vouliez des médecins et une justice qui fonctionnent correctement ? Vous aurez des pass sanitaires, des drones et des cerfas.

Partout dans le monde, la liberté a du plomb dans l’aile.

LE DÉSERT CROÎT

On attendait donc les libéraux au tournant pour dénoncer dans les médias la glaciation collectiviste, la dérive monarchique d’un Macron claquemuré dans son conseil de défense, l’incroyable initiative du pass sanitaire qui ouvre la voie au contrôle social généralisé, la socialisation postcovid des économies par l’explosion de la dette, la folie nationaliste-protectionniste et le vent de panique bureaucratique partout en Occident sur fond de crony capitalism et… Et rien. Ou pratiquement rien, en dehors de quelques voix courageuses, finalement assez rares sur les plateaux.

Certains se sont alignés sans se poser de questions sur la narration sanitaire des États bureaucratiques, par peur ou par intérêt, se cantonnant à l’expertise probusiness, le tout en espérant que ça ne se voit pas trop.

Débiter le libéralisme en petits morceaux sans trop insister sur ses principes fondamentaux est une tentation qui revient souvent dans l’histoire de France sous les espèces du « libéralisme physiocratique », qu’on oppose en général au « libéralisme aristocratique ».

Nous reprenons ici les deux sensibilités politico-philosophiques libérales qui dominent historiquement en France selon Pierre Rosanvallon :

  • Le libéralisme physiocratique est plus technocratique et renvoie à une tradition, de Quesnay à Turgot, qui se veut auxiliaire du pouvoir.
  • le libéralisme aristocratique s’appuie sur la noblesse et les corps intermédiaires pour entraver la dynamique de centralisation monarchique puis républicaine, de Montesquieu à Tocqueville.

Dans un pays où ils sont incapables de voir triompher l’intégralité, certains libéraux préfèrent en défendre certains aspects acceptables par le Prince, en général des conseils économiques, pour corriger à la marge son fonctionnement.

Que le gouvernement soit démocratique, monarchique ou tyrannique importe peu, l’expert « libéral » pourrait conseiller les élites à Paris, Pékin ou Moscou.

LA LIBERTÉ, C’EST L’ESCLAVAGE

D’autres ont même défendu avec véhémence les mesures liberticides de l’exécutif en les repeignant aux couleurs de la liberté. Le pass sanitaire, d’outil censitaire et discriminatoire, est devenu pour certains, par la magie de la communication publique, le « pass de la liberté » (celle encadrée comme en URSS sans doute, où les laissez-passer étaient légion).

Pour d’autres, les confinements à la chinoise et les mesures pénales pour les faire respecter, sont une stratégie acceptable dans un État de droit, le tout au nom de l’exceptionnalité de la situation. L’obligation vaccinale de fait pour un virus à la létalité variant entre 0,5 et 0,7 % a trouvé des avocats chez les libertariens les mieux disposés à défendre la liberté… sur le papier.

Certains autres se sont même joints au chœur des supplétifs du gouvernement dans leur dénonciation théâtralisée et ritualisée du complotisme et de tout ce qui pouvait s’apparenter au scepticisme quant aux restrictions sanitaires et sa déferlante sécuritaire. Ici l’influenceur « libéral » sait que sa carrière dépend du bon vouloir du Prince et de sa cour, la classe médiatique. Il a donc tout intérêt à épouser la propagande de l’autoritarisme sanitaire qu’il se contente de relayer dans l’emballage libéral pour les vendre au plus grand nombre.

Il y a aussi pour une partie de ces libéraux la peur de ne pas être du bon côté de l’Histoire, cette superstition qui sent pourtant bon le marxisme des années 1970. Se retrouver dans le même camp que la droite radicale et la gauche de la gauche contre le centrisme autoritaire leur est tellement déplaisant qu’ils préfèrent sacrifier leur individualité au conformisme de groupe, celui du bloc élitaire. Sauf que le tribalisme n’est pas la justice.

L’élection présidentielle qui s’annonce ne fait que refléter l’état général de panique et de collectivisme qui s’est installé dans le débat public. Pas un seul candidat ne cherche à défendre le retour plein et entier à l’État de droit, au libre-échange et l’effacement de l’État bureaucratique par la décentralisation radicale du pays.

D’un côté, le presque candidat-troll Éric Zemmour sonne le tocsin face à l’invasion islamique au nom d’un jacobinisme teinté de socialisme, tandis que le centriste autoritaire Macron entretient la discorde civile en surjouant le chef de guerre au sein d’une tempête sanitaire qu’on exagère à dessein. À l’extrême gauche, c’est la menace climatique qui commande le socialisme généralisé et les pleins pouvoirs aux planistes de tout poil.

Dans les trois cas, panique migratoire, panique sanitaire et panique climatique, tout est bon pour éviter la question institutionnelle, c’est-à-dire le retour improbable à l’État de droit, au constitutionnalisme raisonné et raisonnable visant à limiter les pouvoirs des gouvernants sur les gouvernés et l’invasion étatique de la société civile.

LA QUESTION CENTRALE DES RÈGLES DU JEU CONSTITUTIONNELLES

La question institutionnelle est centrale car ce sont ces « règles du jeu » qui sont au cœur du bon fonctionnement du capitalisme1. Un système de droit efficace, des tribunaux impartiaux, des procédures protectrices de la propriété et des libertés individuelles dessinent cette longue tradition de la Rule of Law qui pour Samuel Huntington est au cœur de l’identité occidentale2.

Pour James Buchanan, la trame constitutionnelle de l’ordre social qui détermine et permet le déploiement de l’ordre spontané du marché est première et essentielle3, et ignorer cette étape conduit nécessairement à son effondrement positiviste.

Porter atteinte au cœur institutionnel du capitalisme par autoritarisme sanitaire et solutionnisme technocratique, c’est en affaiblir la dynamique et s’aligner sur les standards parasitaires du socialisme. Ceux qui imaginent que le coup de force des technocrates contre la démocratie libérale ne durera qu’un temps sont oublieux des leçons de l’Histoire du développement de l’État moderne, et devraient relire Jouvenel de toute urgence. Le libéralisme est un projet de société global, à la fois social, politique, constitutionnel et culturel qui ne souffre pas de mutilation au gré du vent politique.

  1. Geoffrey Hodgson, Conceptualizing Capitalism, Univ of Chicago Press, 2015. ↩
  2. Samuel Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob, 1997. ↩
  3. James Buchanan, Moral Science and Moral Order, Liberty Fund, 2001. ↩