Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

On est tellement taxés que lorsqu’il fait beau, j’ai peur de recevoir une facture. --- Michel Beaudry ________________________________________________________________________

30 juin, 2020

Le crime d’écocide justifiera-t-il nos prochaines interventions militaires ?

Cette décennie sera-t-elle celle de l’interventionnisme occidental au nom de l’écologie ou de l’urgence climatique ?
Parmi les trouvailles de la convention citoyenne sur le climat, ce nouveau comité Théodule poussé par l’exécutif pour défendre son agenda idéologique en prenant soin d’éviter la consultation des citoyens, on retrouve le « crime d’écocide », l’idée que les atteintes « graves » portées à l’environnement doivent être sanctionnées plus durement qu’elles ne le sont jusqu’à présent.
Aujourd’hui, les pénalités sont essentiellement destinées aux entreprises qui ne respecteraient pas les sacro-saintes normes écolos édictées par le régulateur lui-même, mais demain, rien ne dit que de tels crimes pourraient servir aux gouvernements pour justifier toutes les entreprises impérialistes à l’étranger.
Une exagération ? De la paranoïa ? Quelques rappels peuvent être formulés ici.
Certains politiques, théoriciens et intellectuels travaillent, depuis des années parfois, à faire du crime contre la nature une raison suffisante pour abaisser le principe d’indépendance des nations et du droit des peuples à l’autodétermination et justifier l’impérialisme occidental au nom de la protection de la nature.
Emmanuel Macron n’est, quant à lui, pas à sa première tentative d’élever l’écocide au rang de crime susceptible de justifier l’intervention militaire. Revenons quelques mois en arrière.

LES CRIMINELS CONTRE LE CLIMAT

Dans une tribune parue dans Libération le 10 décembre dernier, un « collectif de responsables politiques et d’intellectuels » a appelé à mettre l’écocide au même rang que le crime contre l’humanité.
Face à l’urgence climatique qui dégrade la planète, il devient urgent d’incriminer ses responsables et d’inventer une nouvelle catégorie de criminels.
L’écocide se définit, toujours à la lecture du texte, comme :
« l’ensemble des crimes les plus graves commis contre l’environnement en temps de paix comme en temps de conflits et qui portent directement atteinte à la sûreté de la planète ».
La tribune a été écrite pour soutenir une proposition de loi en discussion le 12 décembre.
Ce n’est pourtant pas la première fois que l’écocide est évoqué au sein des chambres. En mai 2019 déjà, le Sénat avait rejeté une demande d’inscription de l’écocide dans le droit pénal français portée par des sénateurs socialistes. Déjà à l’époque, la répression exigeait, selon ses défenseurs, une mise sur le même plan moral des « crimes » contre l’environnement que ceux contre l’Humanité.
À l’époque, la proposition surfait sur la panique climatique créée par une pétition intitulée « L’affaire du siècle ». Aujourd’hui, c’est la popularité de personnages comme Greta Thunberg, désignée personnalité de l’année par le Time, qui font de l’urgence climatique le nouveau discours politique à la mode.

INTERNATIONALISER L’AMAZONIE

En septembre 2019, Emmanuel Macron s’en prend à son homologue brésilien Bolsonaro pour son inaction supposée en matière de feux de forêt en Amazonie. Le président français propose d’« internationaliser » l’Amazonie, c’est-à-dire de la soustraire à la souveraineté de l’État brésilien pour la placer sous tutelle internationale.
La déclaration n’a pas vraiment entraîné l’enthousiasme des Brésiliens, qu’ils soient pro ou anti Bolsonaro. Comme l’a rappelé Renault Lambert dans Le Monde diplomatique, les tentatives d’intervention visant à « internationaliser » la zone masquent mal la compétition que se livrent les États pour s’approprier les ressources de la région, et toutes les raisons sont bonnes pour se les accaparer :
« Monsieur Macron, considérant que la destruction de l’Amazonie est un « problème mondial » et interdisant à quiconque de prétendre que « ça le concerne seul » (Twitter, 26 août 2019), projette de présenter à la conférence de Santiago de 2019 sur les changements climatiques (COP25) une « stratégie de long terme » visant à assurer le « bien-être des populations » amazoniennes et à garantir « un développement durable et écologique » dans la région. De sorte que réémerge l’idée d’un droit d’ingérence climatique calqué sur celui, humanitaire, qui avait justifié les interventions militaires occidentales en Somalie (1992), en Haïti (1994), en ex-Yougoslavie (1999) … »
Au sein de l’opinion publique européenne, c’était plutôt l’inverse. Les réactions positives se sont multipliées, en particulier en France, où le président de la République est encensé pour sa posture internationale contre un « méchant » idéal, d’extrême droite, trumpiste et climatosceptique.
Pour Nicolas Hulot par exemple :
« Quand on menace ou agit pour détruire la forêt amazonienne, quand on est complice de ça comme l’est Bolsonaro, on est complice d’un crime contre l’humanité »
et de fait, on est justifié à faire de l’Amazonie un bien commun de l’humanité.
Dans une tribune publiée dans Le Monde le 28 août 2019, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, le directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire, appuie lui aussi le propos du président, en suggérant une redéfinition de la souveraineté étatique, pour contraindre les États à sauvegarder certains biens communs de l’humanité.
En cas de défaillance, la communauté internationale aurait ainsi la responsabilité d’intervenir sous supervision onusienne. Là encore, l’écocide, désigné comme « crime contre l’humanité » commanderait la mise sous tutelle des récalcitrants. M. Vilmer propose plusieurs options possibles pour contraindre.
Sans surprise l’intervention militaire est évoquée, même si repoussée à un avenir plus ou moins proche :
« Si l’usage de la force – une intervention militaire pour établir un périmètre de protection et empêcher la déforestation par exemple – semble farfelue et dangereuse car certainement improductive, on ne peut exclure que, dans une situation similaire d’ici 10 ou 20 ans, si l’enjeu est perçu comme vital, la question finisse par se poser. »

LA NOUVELLE GUERRE HUMANITAIRE

Résumons-nous donc.
Au nom du réchauffement climatique et de la nécessité de protéger la planète, aux yeux de certains, il pourrait être légitime de passer au-dessus de la souveraineté des États et de transformer, une nouvelle fois, l’Occident en gendarme du monde.
Une telle perspective, si elle devait un jour se concrétiser, est vertigineuse. Tout comme les discours sur la guerre humanitaire ou démocratique, la criminalisation au nom de l’urgence climatique promet de justifier la guerre perpétuelle au nom de la morale occidentale, et d’exclure de l’humanité et donc de toute négociation possible, les criminels climatiques de demain.
Non seulement les populations locales sont considérées comme éternellement mineures, mais les gouvernements devront se plier aux désirs d’autres États dont les intentions ne sont pas du tout désintéressées.
Isabel Paterson nommait « Humanitarisme avec la guillotine » ce genre de moralisme guerrier, cherchant à reformater le monde par la conquête.
Il semblerait que chaque décennie, le parti de la guerre change de discours idéologique pour justifier les entreprises militaires les plus absurdes, les plus coûteuses à la fois en hommes, en argent public, et surtout en matière de stabilité internationale.
Dans les années 1990, le « devoir d’ingérence » professé par les démocraties occidentales reposait sur des justifications humanitaires. La décennie suivante fut celle de la guerre contre le terrorisme poussée par les « néoconservateurs ».
En démocratie, la nécessité de convaincre les populations pour partir en guerre a toujours suscité une intense propagande dont les ressorts reposent en général sur les thèmes qui occupent l’actualité médiatique du moment.
Cette décennie sera-t-elle celle de l’interventionnisme occidental au nom de l’écologie ou de l’urgence climatique ? Veillons à ce que ce que la tyrannie ne triomphe pas derrière le paravent des bonnes intentions.

29 juin, 2020

La Convention citoyenne pour le climat, un produit du marxisme écologique

À la pédagogie, la liberté et la responsabilité, la Convention citoyenne pour climat a clairement choisi la coercition.
Née de la crise des Gilets jaunes et du Grand Débat qui a suivi, la Convention Citoyenne sur le Climat a rendu ce week-end sa copie finale. Expérience inédite de démocratie participative, elle a réuni 150 citoyens ordinaires censés représenter la France dans toutes ses diversités. Débutée en octobre 2019 elle a formulé des propositions concrètes visant à réduire de 40 % les émissions françaises de GES et ce sur 5 thématiques : se nourrir, se loger, consommer, se déplacer, produire-travailler.
Dans un article publié en octobre 2019, nous avions émis des craintes quant au manque de diversité du comité de gouvernance et de ses garants. Pas de scientifiques, d’industriels du public ou du privé, aucun expert en questions énergétiques mais des membres majoritairement issus de la gauche de la gauche, tous très anti-libéraux avec un passé de syndicaliste ou de militant dans des organisations écologiques et altermondialistes.
On pouvait craindre, au vu de cette composition, qu’un débat « promis sans biais » véhicule insidieusement une pensée unique écrite à l’avance, les citoyens servant de caution à une cause qui n’est pas vraiment  la leur. Les propositions finales qui avaient déjà fuité dans la presse depuis quelques jours ont été publiées hier soir.
Elles confirment malheureusement nos craintes initiales.

L’ESSENTIEL VOLET ÉNERGÉTIQUE ESCAMOTÉ DU DÉBAT

Il est stupéfiant que le volet énergétique qui est à la base de la problématique climatique ait été totalement escamoté du débat. Vers quel mix énergétique la France devrait-elle s’orienter pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ?
Tel était le prérequis sur lequel le groupe aurait dû travailler. Sachant que l’électrification des transports, la production d’hydrogène vert ou l’introduction des pompes à chaleur augmenteront de façon significative la consommation d’électricité au cours des prochaines décennies, on aurait pu attendre de la Convention qu’elle fasse des propositions objectives et non partisanes sur l’équilibre futur entre le nucléaire et les renouvelables intermittents. Jugé… « trop clivant » par les organisateurs, le sujet n’a même pas été abordé
Aussi l’agenda a-t-il été « inversé », proposant des objectifs sans y mettre ni les solutions technologiques, ni les moyens financiers, ni les conséquences sociétales. Le débat s’est uniquement concentré sur la façon dont les Français pouvaient agir au quotidien pour améliorer leur efficacité énergétique et ce notamment en modifiant leurs comportements.
Les propositions concrètes retenues restent très générales et enfoncent bien souvent des portes ouvertes. Ainsi, rénover les passoires énergétiques, introduire des pompes à chaleur en lieu et place des chaudières au fuel, limiter la consommation de viande, réduire le poids des voitures, limiter leur vitesse ou préférer les véhicules profilés aux SUV sont des mesures séculaires faisant partie de tous les scénarios de transition écologique. La question n’est pas tellement de les énumérer mais de savoir comment les réaliser. 

LA COERCITION PLUTÔT QUE LA PÉDAGOGIE

À la pédagogie, la liberté et la responsabilité, la Convention citoyenne a clairement choisi la coercition.
Car derrière les objectifs généraux se cachent de multiples mesures idéologiques et autoritaires : contraindre propriétaires et bailleurs à rénover, obliger le changement des chaudières, limiter le recours au chauffage et à la climatisation, prendre des mesures coercitives pour stopper les aménagements de zones commerciales péri-urbaines, renforcer la loi Egalim en imposant des normes encore plus strictes à la restauration collective, contraindre les industriels à afficher sur des produits jugés persona non grata des messages incisifs du type « l’huile de palme contribue à la déforestation ». Même constat dans les transports où la Convention veut interdire les véhicules neufs les plus polluants ou obliger les transports routiers, via des nouvelles réglementions fiscales, à changer de mode de propulsion. Enfin « cerise sur le gâteau », la Convention invente le « crime d’écocide ». Peut-être le citoyen pourrait-il être jugé par un nouveau « comité de salut public » ?

LE ROUGE AU SECOURS DU VERT

À la lecture des propositions initiales on est également abasourdis quant aux libertés prises par la Convention pour sortir de son scope climatique, la pastèque verte dévoilant sans ambiguïté son « cœur rouge vif ».
Ainsi, dans un parfait discours de lutte des classes, on n’échappe pas aux requiem des pesticides et des OGM ou aux jérémiades altermondialistes réclamant de réviser l’accord CETA. La Convention propose également de taxer les dividendes des entreprises distribuant plus de 10 millions d’euros annuels et surtout (même si cette dernière recommandation n’a finalement pas été retenue), le passage de 35 heures à 28 heures avec un taux horaire du Smic horaire… augmenté de 20 %. On imagine les conséquences économiques d’une telle mesure dans une France quasi exsangue après deux mois de confinement. Il est d’ailleurs étonnant que le rétablissement d’une « ISF  écologique » n’ait pas fait partie des mesures proposées. 
De cette Convention ne ressort aucune stratégie énergétique, la plupart des actions proposées sont coercitives et nombre d’entre elles n’ont rien à voir avec la problématique climatique. Le comité de gouvernance composé pour l’essentiel d’écologistes marxistes et décroissantistes est donc parvenu sans difficulté à éluder tous les problèmes importants mais à inoculer insidieusement, sous couvert climatique, son agenda idéologique. Appliquées, ces mesures accéléreraient encore un peu plus la récession économique provoquée par la pandémie du Covid-19. Si elle veut se redresser tout en réduisant ses émissions, la France a aujourd’hui besoin de pragmatisme et non d’idéologie. 

LE PRÉSIDENT S’ÉGARE SUR UNE VOIE PÉRILLEUSE

Le plus affligeant dans cette affaire est l’égarement croissant du président. Pour appliquer son programme économique d’obédience libérale, il avait au début de son quinquennat donné quelques gages à sa gauche. Peu intéressé par les problèmes environnementaux, sa stratégie du « en même temps » l’avait notamment conduit à nommer Nicolas Hulot au ministère de l’Environnement.
Emmanuel Macron avait fait de la croissance économique la pierre angulaire de son mandat. Rattrapé par les mouvements « jeunistes » sur le climat, heurté par le mouvement des Gilets jaunes, vexé par le résultat des Verts aux élections européennes et traumatisé par la dernière pandémie, Emmanuel Macron s’engage sur une voie politique extrêmement périlleuse. Comme le montrera le résultat des municipales, son calcul électoral est suicidaire. Lâché par une partie verte de sa majorité, véhiculant l’image d’un mondialiste perverti par la société de croissance, il n’attirera jamais le « jeunisme vert ».
Par contre il est en train de se déconnecter progressivement de son électorat de centre droit acquis à son positionnement économique. Ses choix climatiques pourraient bien sonner le glas du macronisme.

26 juin, 2020

Contre le paternalisme, la liberté d’offenser et le droit de choquer

Sans outrage, sans provocation, sans subversion il n’y a pas de liberté d’expression, rendre celle-ci inoffensive c’est tout simplement la faire disparaître.
Vargas Llosa a raison d’affirmer que le coronavirus « ravit les ennemis de la liberté » y compris dans nos vieilles démocraties. La proposition de loi de madame Avia s’inscrit effectivement dans la longue liste d’atteintes aux libertés fondamentales auxquelles nous assistons impuissants.
Il suffit de lire « L’observatoire des libertés confinées » mis en place par GénérationLibre dans lequel on recense au moins 43 restrictions apportées aux libertés et droits fondamentaux pendant l’épidémie de Covid-19. Des libertés publiques aux libertés économiques, de l’État d’urgence sanitaire à la mise en place du traçage numérique, la réponse à la crise sanitaire passe par la restriction des libertés.
Mais le virus n’est que le révélateur d’une tendance politique paternaliste qui ne doit rien au marché de Wuhan.

LE PATERNALISME POLITIQUE, UNE TENDANCE DANGEREUSE

En effet, répondant à l’émotion et à la pression médiatique, le président Macron a mis en place en 2018 une Mission pour lutter contre la haine, le racisme et l’antisémitisme sur internet qui, dans un premier temps, a donné lieu à un rapport et, plus tard, à la proposition de loi « contre le contenu haineux sur Internet » portée par la députée LREM Laetitia Avia.
Aussi bien le rapport que la proposition de loi ont fait l’objet de vives critiques de la part de la Commission consultative des droits de l’Homme, le Conseil national du numérique, l’Ordre des avocats, le Rapporteur spécial de l’ONU, la Ligue des droits de l’Homme, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, la Commission européenne.
Un certain nombre d’associations LGBTI comme l’inter-LGBT ou AIDES ont manifesté leur inquiétude quant à l’utilisation du dispositif par des groupes ultraconservateurs contre le mariage pour tous et l’homoparentalité, notamment ou afin de censurer des campagnes de prévention contre le VIH considérées « pornographiques ».
De même, Parapluie Rouge, un collectif pour la santé et les droits des travailleurs du sexe a dénoncé le puritanisme de la proposition de loi qui aurait pour conséquence de « faire disparaître les travailleuses du sexe des réseaux sociaux qu’elles utilisent pour construire leur communications ».
Pour mieux appréhender la gravité de la situation, il faut situer la proposition de loi dans le contexte des nombreuses initiatives du gouvernement pour limiter le droit de la presse à commencer par la loi de 2018 sur les fakes news et le rapport Hoog proposant la création d’une instance d’autodiscipline des journalistes…
À la crise sanitaire, la proposition de loi a ajouté une crise démocratique, évitée in extremis par le Conseil constitutionnel lequel vient de considérer que « le législateur a porté à la liberté d’expression et de communication une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée au but poursuivi. »

L’ÉTAT NE DOIT PAS AVOIR D’OPINION

En ces temps chahutés par la démagogie et l’immédiateté, le Conseil constitutionnel nous rappelle l’importance d’un des principes fondateurs de la société démocratique : la liberté d’expression consacrée dans l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 et l’ensemble des Constitutions occidentales. Manifestation de la liberté de la pensée, la liberté d’expression est également consacrée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme.
Dans le célèbre arrêt Handyside c./Royaume-Uni, les juges de Strasbourg, en interprétant cet article, affirment que la liberté d’expression « vaut non seulement pour les ‘informations’ ou ‘idées’ accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population ».
Pavé de bonnes intentions, le chemin qui mène à la proposition de loi mettait en question le principe selon lequel l’État n’a pas d’opinion – et doit par conséquent les tolérer toutes – prétendant intervenir dans le contenu même des communications ! 
Bien évidemment, comme toute liberté, la liberté d’expression n’est pas absolue : la diffamation, l’injure, l’incitation à la haine, l’apologie du terrorisme  et la diffusion d’images pédopornographiques constituent des délits sanctionnés sévèrement par la loi pénale.
Les réseaux sociaux n’ont pas créé de nouvelles infractions mais ils les facilitent. L’anonymat favorise les risques d’abus, la virulence et la violence. C’est justement à cela qu’il aurait fallu s’attaquer. En revanche, le pouvoir de censure donné aux opérateurs de plateformes en ligne et la police de la liberté d’expression déléguée à l’administration sans aucun contrôle judiciaire, constituaient à ne pas en douter, comme l’affirme le Conseil constitutionnel, des véritables attaques à la liberté d’expression.
Jusqu’alors dans la recherche d’un équilibre entre liberté d’expression et offenses, la loi établissait un dispositif répressif (contrôle a posteriori de l’infraction) et non pas préventif comme le fait la proposition de loi par un contrôle a priori autrement dit, une censure de la parole. 
Il est certes compliqué de vivre avec la liberté de parole, elle peut effectivement faire du tort mais, comme le souligne John Durham Peters, il s’agit d’un « mal nécessaire » qu’on doit s’infliger en vue d’un plus grand bien. Puisque l’histoire de la liberté d’expression procède, pour ainsi dire, par nuisance que l’on doit toutefois tolérer, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.
Il a bien fallu que certains blessent le sentiment des chrétiens et des musulmans tels Diderot, Nietzsche, Marx ou Rushdie pour faire avancer la liberté d’expression.
Sans outrage, sans provocation, sans subversion il n’y a pas de liberté d’expression, rendre celle-ci inoffensive c’est tout simplement la faire disparaître. Comme l’a si bien démontré mon ami Ruwen Ogien, la démocratie est une discipline qui commence par le difficile exercice de supporter la parole d’autrui.

25 juin, 2020

Une philosophie pour vivre sur la Terre Ayn Rand, les belles lettres, 2020



Les Belles Lettres nous offrent avec bonheur une traduction de plusieurs textes philosophiques d’Ayn Rand. Très connue, surtout outre Atlantique, pour ses deux grands romans The Fountainhead (La source vive en français) et Atlas shrugged (La grève), le message qu’a voulu délivrer
Ayn Rand est en effet d’abord que la philosophie détermine les buts de l’homme et le choix de sa vie.
Ayn Rand fustige à juste titre ceux qui considèrent l’homme comme un moyen sacrificiel pour les fins d’autrui, et la société comme une fin en soi. Elle est contre tous ceux qui mettent la société au-dessus de l’homme, qui font du social la source, la norme et le critère éthique de la pensée et de l’action, qui partent du postulat que la société doit décider à la place des individus. Elle s’inquiète, s’indigne de la nouvelle doxa selon laquelle la raison, l’esprit et la réalité sont étrangers à la morale qui ne serait que subjective. Elle considère pour sa part que l’homme a besoin d’éthique pour déterminer les meilleurs moyens d’assurer sa vie : « tout ce dont il a besoin et ce qu’il désire doit être appris, découvert et produit par lui, par son propre choix, son propre effort et son propre esprit » (p.138). Il peut donc aussi faire le choix de ne pas prendre en charge sa vie, à ses risques et périls : « sa nature le place devant l’alternative suivante : [être] un être rationnel ou un animal suicidaire » (p. 139). Et « comme la raison est le moyen fondamental de survie de l’homme, est bon ce qui convient à la vie d’un être rationnel, et est mauvais ce qui va à son encontre » (p. 140).
Le droit à la vie est donc la base de tous les droits et « le droit de propriété est le seul moyen qui en permette la réalisation. Sans droits de propriété, aucun autre droit n’est possible. Puisque l’homme doit maintenir sa vie par son propre effort, l’homme qui n’a aucun droit ou produit de son effort n’a aucun moyen de maintenir sa vie. L’homme qui produit alors que d’autres disposent du fruit de son effort est un esclave » (p. 232). Il ne s’agit évidemment pas de demander que tous les hommes acquièrent de la propriété, mais que tous puissent la posséder s’ils l’acquièrent. C’est un droit à l’action qui appartient à chacun car le fondement des droits est dans la nature humaine. « La source des droits de l’homme, écrit-elle, n’est pas la loi divine ou la loi politique, mais la loi de l’identité... Les droits sont des conditions d’existence requises par la nature de l’homme pour sa propre survie. Si l’homme doit vivre ici-bas, il est en droit d’utiliser son esprit, il est en droit d’agir selon son propre jugement libre, il est en droit de travailler pour ses valeurs et de conserver le produit de son travail. Si la vie sur terre est son but, il a le droit de vivre comme un être rationnel : la nature lui interdit l’irrationnel » (p. 233).
Au lieu de cela, la société s’empare de la raison de l’homme et s’y substitue en lui accordant toujours plus de faux droits. Elle compare l’inflation monétaire, qui est toujours une sorte de vol des préteurs et des possédants au profit de l’Etat et des emprunteurs, au processus inflationniste des droits créance auquel on assiste : comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, ces nouveaux droits champignons, comme elle les nomme, nient les droits authentiques, les droits liberté. Les Pères Fondateurs américains, observe-t-elle, ne parlaient pas du droit au bonheur, mais du droit à la poursuite du bonheur qui impliquait la décision et l’engagement de chacun. Et le bonheur est précisément « cet état de conscience qui découle de l’accomplissement des valeurs d’un individu« (p. 148).
L’homme devient homme par son propre choix, par ses bons choix pour lui-même. Sa philosophie, qu’elle nomme l’objectivisme, est celle des possibles de la liberté intérieure, c’est à dire du libre arbitre bien plus que d’être et avant que d’être celle de libertés sociales, économiques ou politique. Celles- ci ne peuvent exister que parce que celle-là leur préexiste. Bien entendu, cette liberté ne peut s’exercer que dans un environnement, qu’elle appelle le donné métaphysique, que l’homme n’a pas choisi et doit prendre en compte. Il ne peut déclencher et maîtriser ses processus mentaux qu’en fonction de son identité et de sa conscience ; il ne peut utiliser ses facultés cognitives que dans le respect de leur nature. Mais il ne doit jamais accepter les constructions humaines sans exercer son esprit critique et il ne peut se soustraire aux conséquences nécessaires de ses mauvais choix. Il doit donc discerner, avec prudence car « l’homme n’est ni omniscient ni infaillible » ( p. 275).
La philosophie d’Ayn Rand est simple sans être simpliste. Elle est plus que jamais d’actualité car la société n’a pas cessé d’empiéter sur la sphère individuelle. Il me semble qu’elle pèche par excès en accordant à la seule raison la suprématie pour permettre à l’homme de percevoir la réalité et agir. Car l’homme n’est pas seulement un animal raisonnable. Toute pensée unidimensionnelle risque d’être partielle. Ayn Rand est profondément existentialiste, son objet d’étude est « la nature fondamentale de l’existence de l’homme, et du rapport que l’homme entretient avec l’existence » (p. 299). Mais pourquoi existons-nous ? La philosophie d’Ayn Rand ne répond pas à cette question et ses références à Aristote ne suffisent pas à combler cette faille. C’est peut-être son impasse. Mais sous ces réserves, non sans importance, la philosophie d’And Rand mérite d’être plus et mieux partagée pour résister à la gangrène du tout social qui tue la personne à petit feu.

24 juin, 2020

Le CO2 c’est la vie et la qualité de vie


par Samuel Furfari, 17 avril 2020

Professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles
Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriel.
Les activistes environnementaux et les médias sont parvenus à introduire dans l’imaginaire collectif l’idée que le CO2 est mauvais, que c’est un polluant, que c’est le symbole du mal. On assiste, presque impuissants, à une manipulation du monde objectif probablement jamais égalée.
Le cycle biologique de notre vie dépend du CO2
Le CO2 c’est la vie! Il fait partie du cycle de notre vie. Les deux équations chimiques qui vont suivre sont à la base de la vie sur Terre. La première explique que le monde végétal est généré par la photosynthèse : du CO2 réagit avec de l’eau en présence de photons (lumière) grâce à la chlorophylle présente dans les végétaux pour produire des hydrates de  carbone ou carbohydrates que constituent les sucres, la cellulose et l’amidon, tout ce qui est nécessaire à la vie des végétaux. Ils contiennent comme l’illustre la Figure 1 essentiellement des atomes de carbone, d’oxygène et d’hydrogène et leur formule globale est C6(H2O)ce qui justifie le nom d’hydrates de  carbone ou carbohydrates.




Figure 1 Structure de l’amidon et de la cellulose

Dans le cas spécifique du glucose (sucre) la réaction est :
6 CO2 + 6 H2O + énergie solaire = C6H12O6 + 6 O(1)
Lorsque nous mangeons ce sucre, les mitochondries de nos cellules, usines chimiques de notre organisme, transforment ce carbohydrate en… CO2 selon la réaction (2) inverse de celle de la photosynthèse (1):
C6H12O6 + 6 O2 = 6 H2O + 6 CO2 + énergie (2)
Ce CO2 produit dans nos cellules est transporté par le sang vers nos poumons et échangé avec l’oxygène que nous respirons (l’air contient 21% d’oxygène). Nous respirons de l’oxygène et nous exhalons du CO2. La photosynthèse génère donc de l’oxygène dont nous avons besoin pour respirer, brûler les aliments hydrocarbonés que nous absorbons à travers notre alimentation bien que la majorité de l’oxygène de l’atmosphère ne provienne pas du processus continu de la photosynthèse. C’est pour cela qu’il est inadmissible d’appeler le gaz de la vie un polluant. N’en déplaise à ceux qui ont oublié leur cours de biologie, le CO2 c’est la vie.


Mais c’est aussi la vie pour une autre raison.
La révolution énergétique a changé la vie

Figure 2 Tapisserie dans le Palais provincial de Gênes illustrant l’utilisation de la biomasse pour le chauffage (photo de l’auteur).

Avant la révolution industrielle, qui devrait plutôt être appelée la révolution énergétique, l’énergie dont l’homme a toujours eu besoin était l’énergie renouvelable (surtout le bois et un peu les moulins à vent ou à eau) et l’énergie animale (chevaux, bœufs, etc.) ou humaines (esclaves, enfants ou servant-e-s) [a]. Une tapisserie dans le palais provincial de la province de Gênes (Figure 2) illustre ce qui a été la réalité pendant des millénaires : on y voit un enfant transportant ce qu’on appelle aujourd’hui biomasse pour que des nantis puissent se chauffer, l’enfant-esclave tentant de bénéficier un peu de son travail. Se procurer l’indispensable énergie de chauffage était un véritable défi.
Par exemple, une « verrerie de moyenne importance en forêt vosgienne consommait dans les années 1780 environ 30 000 stères de bois par an, soit un peu plus de cent par jour ouvrable, et en 1744, pour six maîtres souffleurs et quatre ouvriers attiseurs et manœuvres, employait à temps plein huit bûcherons et quatre voituriers, sans compter leurs aides occasionnels et leurs familles »[1]. Le Roi Soleil dans toute sa splendeur à Versailles vivait bien mal par rapport à nous : il avait besoin d’un grand nombre de serviteurs pour mal chauffer son château à partir d’énergie renouvelable (le bois). Par rapport à ce type d’énergie du passé la puissance extraordinaire qui a été découverte d’abord dans le charbon et ensuite dans le pétrole et le gaz a révolutionné notre vie, notre espérance de vie, notre qualité de vie, nos relations sociales et, en fait, tout ce qui fait le monde. Depuis la révolution énergétique nous avons la chance de disposer d’énergies modernes, modulables à souhait, qui nous permettent de bénéficier dans les pays OCDE d’un confort inégalé.
Ce changement radical a eu des effets immédiats sur la pénibilité du travail. Ceux qui pensent que dans le temps la vie des agriculteurs était bucolique et naturelle n’ont jamais bêché leur jardin à la main. Je me souviens que dans mon village d’origine en Calabre beaucoup d’hommes avaient leur corps tordu, leur échine courbée par le travail agricole éreintant. Retourner la terre, même pour un animal, est un travail extrêmement pénible. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a créé par sélection les chevaux de trait que ce soit pour les travaux agricoles, les besoins militaires ou le halage de bateaux naviguant sur les canaux.
Dès que le moteur thermique fut disponible l’agriculture a été mécanisée précisément afin d’éviter cette pénibilité. Selon les dernières données de la Banque mondialeen 2000 il y avait 25 millions de tracteurs agricoles en exploitation dans le monde. 20 ans plus tard, on peut raisonnablement estimer qu’ils sont à présent 30 millions. En convertissant, largement par défaut, une puissance moyenne de 100 CV [b] en W et en attribuant à un travailleur une puissance de 100 W, on arrive à plus de 22 milliards d’équivalent homme. La puissance des tracteurs dans le monde représente au moins l’équivalent de la puissance de trois fois toute la population mondiale, seniors et enfants compris. Grâce aux produits pétroliers! L’élimination du dur labour a contribué nettement à l’amélioration de la santé des ouvriers agricoles et partant à l’augmentation de leur espérance de vie. La même conclusion peut être tirée pour tous les métiers manuels, comme le sidérurgiste ou le maçon [c].
Revenons au roi Soleil. Cette fois non pas pour chauffer son château, mais pour prendre son bain. Des bûcherons vont devoir abattre et débiter des arbres, des charroyeurs vont transporter ce bois jusqu’au château, des enfants vont probablement le couper en petit bois de chauffage, des servantes vont prélever une eau probablement peu potable à la fontaine, elles vont devoir chauffer l’eau en brûlant le bois tout en respirant la fumée nocive et ensuite transporter l’eau chaude jusque dans l’espace qui servait de salle de bain. Le roi avait de l’eau chaude mais grâce à de nombreux serviteurs. Aujourd’hui des pompes électriques transportent de l’eau qui a été rendue potable par des dispositifs énergivores, du gasoil ou du gaz naturel chauffe l’eau pour qu’on puisse prendre son bain dans une pièce bien chauffé sans effort. Qui est le serviteur virtuel qui permet cela ? L’énergie moderne. On calcule qu’en moyenne chaque européen dispose grâce à l’énergie moderne de quelques 150 serviteurs virtuels. Nous sommes tous devenus des Roi-Soleil. Cela conduit à une hygiène de vie inégalée qui a eu pour conséquence d’augmenter l’espérance de vie des Européens.
Cela se traduit par une augmentation de la consommation d’énergie proportionnelle au niveau de revenus. La Figure 3 illustre que la demande en énergie par habitant suit la croissance du PIB, à l’exception de certaines périodes de crise que l’on peut déceler dans les creux (voire aussi dans les retours) de la courbe. Ce sera le cas bien entendu avec la crise du Coronavirus Covid-19, mais bien qu’il y aura une chute du PIB, celle de la demande en énergie ne sera pas proportionnelle car la demande dans les hôpitaux, pour l’alimentation et le chauffage ne sera pas aussi impactée.

Figure 3 Consommation d’énergie par habitant (en tonnes d’équivalent pétrole, tep) depuis 1960 corrélée au PIB mondial (données de la Banque mondiale).

L’énergie fossile a augmenté l’espérance de vie
Pour paraphraser Thomas Hobbes, la vie sans énergie moderne est pauvre, désagréable et brève. La diminution de la pénibilité du travail, l’amélioration de l’hygiène, et en ces temps de Coronavirus ajoutons avec reconnaissance, l’amélioration extraordinaire des soins de santé ont contribué en grande partie à augmenter l’espérance de vie à la naissance.
Inversement, dans les pays peu développés ce confort qui nous est offert par l’énergie n’existe pas. Le travail agricole continue à être pénible on estime qu’en Afrique seulement 15 % du travail agricole est fourni par des tracteurs, le reste étant encore le travail de l’homme et des animaux comme au XIXe siècle en Europe. Souvent en Afrique l’électricité fait défaut. Seulement 35% de la population subsaharienne a accès à l’électricité, qui plus est un accès totalement aléatoire et à très faible puissance. Souvent les personnes privilégiées qui sont connectées au réseau électrique disposent également chez elles d’un générateur électrique fonctionnant au diesel pour pallier les fréquents délestages ; l’Agence internationale de l’énergie estime que ces groupes électrogènes sont en croissance. Quant à la cuisine elle se fait encore essentiellement avec du bois (Figure 4), souvent du bois vert et/ou des bouses d’animaux, quand ce n’est pas en brûlant des bouteilles en plastique, ce qui créé des maladies pulmonaires et abrège la vie. Tout cela parce qu’il n’y a pas d’utilisation comme dans les pays OCDE d’énergie abondante et bon marché.



Figure 4 Cuisine à l ‘énergie renouvelable (photo Orlando Furfari).

La Figure 5 compare l’évolution de la demande en énergie en Belgique (choisie comme exemple typique d’un État membre de l’UE) et en République Démocratique du Congo (RDC) (choisie comme exemple typique d’un pays africain). La demande en énergie par habitant n’a pas cessé de croître en Belgique, à l’exception de la période des crises pétrolières des années soixante-dix et de la crise post-subprimes. On observera à ce sujet qu’avant la crise pétrolière on gaspillait l’énergie de sorte que la demande était nettement plus élevée sans impact proportionnel sur l’espérance de vie. En Belgique on observe une assez bonne corrélation entre la consommation par habitant et l’espérance de vie.  Bien entendu ce n’est pas le seul élément, puisque c’est avant tout le progrès de la médecine qui le permet .
Inversement en RDC la demande est pratiquement restée stable depuis l’indépendance à l’exception d’un petite hausse ces dernières années. D’évidence le pays n’a pas su se développer. On observe toutefois une augmentation de l’espérance de vie à la naissance malgré la stagnation de la consommation d’énergie grâce aux soins de santé de base, grâce aux progrès de la médecine (le plateau des années 1990 est probablement dû aux massacres au Kasaï et à la « guerre de libération »[d]).

Figure 5 Évolution de la demande en énergie par habitant (en tonnes d’équivalent pétrole, tep) et de l’espérance de vie à la naissance (en années) en Belgique et en RDC (données de la Banque mondiale).

Des corrélations entre espérance de vie et consommation d’énergie
Nous venons d’illustrer que l’espérance de vie n’est pas uniquement corrélée avec la consommation d’énergie. Mais il n’en demeure pas moins que la corrélation entre ces deux indicateurs existe bel et bien. Les graphiques suivants le montrent de manière irréfragable. La Figure 6 ne comporte pas les points pour les pays les plus pauvres, notamment ceux d’Afrique Subsaharienne, car leurs données sur la consommation d’énergie ne sont pas disponibles sur la base de données des Nations Unies. Autrement il y aurait beaucoup plus de points sur le côté gauche de la figure. La figure montre clairement avec la courbe de régression qu’il y a un plafonnement dans l’espérance de vie bien entendu. On observe qu’une augmentation très forte de la consommation d’énergie ne contribue en rien à l’augmentation de l’espérance de vie : le gaspillage d’énergie ne rallonge pas la vie.

Figure 6 Espérance de vie en fonction de la consommation d’énergie (Données des NU).

Par contre pour le HDI on a de plus nombreuses données. L’indice de développement humain (IDH – HDI en anglais) créé par les Nations Unies est un indice composite mesurant les résultats moyens dans trois dimensions fondamentales du développement humain : une vie longue et saine, le niveau d’éducation et un niveau de vie décent. Ainsi la Figure 7 illustre bien l’impact de la consommation d’énergie sur une bonne qualité de vie.

Figure 7. HDI en fonction de la consommation d’énergie (Données des NU).

Puisque les énergies fossiles émettrices de CO2 représentent 80% de la demande en énergie mondiale, ces deux corrélations se déclinent également pour les émissions de CO2 (Figure 8 et Figure 9). De manière irréfutable il apparaît que l’augmentation de l’espérance de vie et de la qualité de vie exprimées selon l’indicateur des Nations unies s’accompagnent d’une augmentation des émissions de CO2Bien que, comme on l’a vu au début, on qualifie les émissions de CO2 de pollution, c’est bien le contraire qui est la réalité : les habitants des pays qui émettent peu de CO2 ont une vie pauvre, désagréable et brève. Inversement, pour améliorer nos conditions de vie il importe de consommer de l’énergie et partant d’émettre du CO2. C’est une lapalissade…

Figure 8. Espérance de vie en fonction des émissions de CO2.
Figure 9. Indice de qualité de vie en fonction des émissions de CO2.

L’électricité, un indicateur irréfutable de la qualité de vie
Nous avons mentionné au début la profonde transformation de l’arrivée du moteur thermique dans l’agriculture. C’est aussi vrai pour l’arrivée de l’électricité comme l’illustre la Figure 10. L’électricité a changé la vie et l’a prolongée. Nous allons le voir avec une autre série de graphiques (Figure 11 et Figure 12) qui corrèlent l’espérance de vie à la naissance et le HDI avec cette fois l’électrification en milieu rural. Les points très en dehors de la ligne de régression s’expliquent souvent à cause de circonstances particulières comme par exemple le Nigeria qui grâce à ses richesses en hydrocarbures électrifie le pays plus que d’autres.

Figure 10 Moteur électrique Pöge (Chemnitz) vers 1929 (archive RWE) [e]
Figure 11 Espérance de vie en fonction de l’électrification en milieu rural (données Nations unies).
Figure 12 Qualité de vie en fonction de l’électrification en milieu rural (données Nations unies).

On observe que l’espérance de vie et la qualité de vie sont nettement plus faibles dans les pays où l’électricité pénètre moins. D’après les courbes des deux graphiques on constate que les deux indicateurs varient énormément pour une électrification de 100% ; c’est normal car bien entendu l’électrification n’est qu’un des paramètres qui ont un impact sur la qualité de vie et l’ espérance de vie à la naissance.
Les 10 premiers pays ayant une espérance de vie élevée sont dans l’ordre Hong Kong, Chine, Japon, Suisse, Espagne, Singapour, Italie, Australie, Islande, France et Israël. De l’autre côté, les espérances de vies les plus brèves sont au Burundi, Guinée-Bissau, Sud Soudan, Lesotho, Côte d’Ivoire, Nigeria, Tchad, Centre Afrique et Sierra Leone.
Nous devons constater sur base des données des Nations Unies que contrairement à une idée très répandue dans certains pays de l’UE que l’utilisation de l’énergie, l’électrification et les émissions de CO2 qui en résultent sont sources de vie : ils procurent une longue vie et une vie de qualité. Vouloir à tout prix réduire les émissions de CO2 et dire aux peuples en développement qu’ils ne doivent pas suivre notre modèle de développement est d’évidence un objectif de certains Européens ; ce n’est certainement pas le cas des Africains.
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Le dernier ouvrage de Samuele Furfari est « Énergie 2019, Hystérie climatique et croissance des énergies fossiles »
Références
[a] Energy, Richard Rhodes, Simon & Schuster, May  2018
[b] Les motoculteurs amateurs ont une puissance de 5 à 10 CV tandis que les gros tracteurs utilisés dans les grandes propriétés agricoles, par exemple aux USA ou en Argentine, ont une puissance de 600 CV.
[c] Ces dernières années on a interdit les sacs de ciment et autres produits de la construction de 50 kg comme ils existaient depuis toujours ; on a limité leur poids à 25 kg parce que cela a moins d’impact sur la santé.
[d] En 1992, dans la province du Katanga, il y a eu une campagne d’épuration ethnique à l’encontre de l’ethnie baluba, originaire de la province du Kasaï. On estime le nombre de morts entre 50.000 à 100.000 et plusieurs milliers de déplacés. En 1996-97, Guerre dite de “libération par les troupes de Laurent Désiré Kabila” contre le régime de Mobutu a fait d’autres milliers de morts. 
[e] Dans « European Electricity – Flashback on a momentous era, spotlight on an exciting future, Eurelectric, 2007.
[1] Hémery Daniel, L’avenir du passé, La dépendance charbonnière de la société mondiale, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), Ecologie & politique, 2014/2 N°49 | pages 23 à 41