Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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20 novembre, 2011

La réflexion du jour

Ceux qui fréquentent l'université en ce moment n'ont pas seulement la chance de payer moins que tous les autres Canadiens; ils paient moins cher que leurs parents et leurs grands-parents - s'ils ont eu la chance d'y accéder.--- Yves Boisvert

Le chiffre du jour : 6 %

On accuse souvent les entreprises de ne pas donner assez, et sans doute pourraient-elles en faire plus.


Mais considérez un instant cette statistique: dans l'ensemble du Canada, les dons des individus représentent 42% du financement privé des universités - c'est même 46% en Ontario.

Au Québec? Une maigre part de 6% des dons provient des particuliers. Le reste vient d'entreprises.

(NDLR : Conséquence naturelle de la pauvreté relative des Québécois.)

02 octobre, 2011

La réflexion du jour

Montréal, dans l’état actuel des choses, est surgouvernée et ingouvernable.

Trop d’arrondissements, trop de maires, trop d’élus. C’est indéfendable et insupportable. --- Yves Boisvert

07 novembre, 2010

La réflexion du jour

Et pourtant, c'est arrivé. C'est arrivé par un grand phénomène: le vote (élections municipales à Toronto) de ceux qui ne votaient plus. Le taux de participation est passé de 39% à 53%, une augmentation de plus du tiers.

Les absents sont venus dire qu'ils en avaient marre des hausses de taxes et des toits verts et des foutues pistes cyclables.

(NDLR : Les Torontois sont la preuve qu'il est possible de se débarrasser des interventionnistes.)

28 avril, 2010

Les élucubrations des élus montréalais


On ne peut pas rayer le tiers de la circulation d'un coup de crayon. Où iront ces véhicules? Vont-ils se déplacer pour encombrer les voies locales (dont il faut augmenter le nombre de manière importante, pour relier les parties de la ville)? Vont-ils aller en banlieue, pour déplacer leurs activités, une fois qu'on les aura chassés?

Mais non! Ils vont disparaître, grâce aux transports en commun!

Les fruits et légumes, moteurs, ordinateurs et autres marchandises qu'on peut déplacer en camion sont rarement vus avec un ticket d'autobus à la main. Mais bon, il n'y aura plus de voitures, alors les camions auront la voie libre, n'est-ce pas?
--- Yves Boisvert

08 mars, 2010

Le chiffre du jour : 25 %

On nous dit maintenant qu'après un redressement certain, les listes d'attente en chirurgie cardiaque se sont remises à gonfler. Si bien qu'à Montréal, 25% des gens sont opérés hors délai. Hors du délai médical acceptable tel que défini par le Ministère. Ces délais ont aussi des conséquences pour des gens atteints d'un cancer, qui subissent une attente insupportable entre un diagnostic et une opération.

22 février, 2010

La réflexion du jour

Mais comme nous vivons dans une culture de la gratuité des services publics, on préfère apparemment ne pas voir le coût des services, en pensant qu'on ne les paiera pas. Tant et si bien que les impôts, nous dit le rapport Montmarquette, sont ici des tarifs qui n'osent pas dire leur nom. --- Yves Boisvert

28 septembre, 2009

La concurrence, le meilleur agent de régulation

Dans le texte qui suit Yves Boisvert conclut que la concurrence est un excellent moyen de limiter la corruption tout en réduisant les coûts.

Les bienfaits de la concurrence est un thème cher aux économistes. Que ce thème soit repris par un chroniqueur étranger à l’économie me permet de nourrir une lueur d’espoir.

Est-ce possible que les « faiseurs d’opinion » commencent finalement à comprendre que les monopoles, à plus forte raison les monopoles d’État, sont une source majeure de corruption et d’inefficacité?

J’espère que ce n’est pas seulement un égarement momentané d’un seul chroniqueur et que cela fera boule de neige.
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Yves Boisvert, Cyberpresse, Publié le 25 septembre 2009

Éloge de la concurrence
Le problème de la Ville de Montréal n'est pas qu'on a tout balancé au secteur privé. C'est qu'on a tout balancé à un très petit nombre d'entrepreneurs.
En même temps, on a affaibli la capacité de surveillance de la fonction publique. Donc, le champ est maintenant libre non pas à une privatisation, mais à une appropriation pure et simple des contrats de la Ville.
En d'autres termes, ce n'est pas nécessairement moins cher dans le privé. Et ce n'est pas nécessairement moins cher non plus dans le public. Mais c'est nécessairement plus cher quand il n'y a pas de concurrence.
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Le déficit de concurrence. Voilà le coeur du rapport du vérificateur général Jacques Bergeron sur le très humide scandale aquatique que l'on sait.

Voilà ce qui fait qu'on paie trop cher pour les services municipaux. Voilà ce qui fait qu'on paie trop cher pour les routes. Voilà ce qui fait qu'on achète des bébelles dont on n'a pas besoin (un contrat trop gros, rappelez-vous).
Les recommandations du vérificateur vont loin : il suggère que, pour des contrats importants, un appel d'offres soit lancé aussi bien au Québec qu'à l'extérieur. Quand on magasine toujours au même coin de rue, on obtient rarement ce qu'il y a de mieux au meilleur prix.
Mais voilà, les entreprises n'ayant pas déjà fait affaire avec la Ville sont systématiquement défavorisées dans les appels d'offres, car on y retrouve toujours le critère de la « connaissance du milieu ».
Cela restreint le libre marché et pénalise les entreprises de l'extérieur - des entrepreneurs de Québec ou de Gatineau, par exemple, sans même parler de concurrents des autres provinces.
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Pas assez de compétition, donc. Mais la petitesse d'un milieu a un autre effet : moins il y a de participants aux appels d'offres, plus il y a de risques de collusion. Entre les entrepreneurs, qui s'arrangent pour fixer les prix. Et entre les entrepreneurs et certaines personnes clés dans l'administration, pour truquer les appels d'offres et cadenasser le système.

«J'ai passé des mois dans un bureau d'avocats pour analyser des offres d'entrepreneurs et trouver des failles, pour qu'elles soient légalement rejetées et que le candidat de la Ville soit retenu», me confiait hier un avocat. Cela ne se passait pas à Montréal, mais dans une ville pas très loin de chez vous.
Le vérificateur note avec approbation que, depuis le mois d'août, la Ville exige « un formulaire attestant l'absence de collusion » de la part des entrepreneurs. Les entreprises ayant été déjà condamnées pour complot en vue de réduire indûment la concurrence devraient être écartées pour une période de temps. C'est un bon début.
Mais pour qu'un grand ménage soit fait à l'hôtel de ville, on n'a pas besoin d'attendre une commission d'enquête. Il faut un système beaucoup plus transparent et beaucoup plus ouvert à la concurrence.
***
Il est intéressant de noter que le vérificateur recommande de faire une évaluation interne des travaux avant de les donner au privé. Ou à tout le moins pour «étalonner» les prix.

Il y a des cas où les cols bleus peuvent faire le même travail pour aussi bien et pour moins cher.

Ils sont sûrement contents de lire ça dans le rapport. Accepteront-ils pour autant le principe de la concurrence ? Quand on a un plancher d'emplois, on est rarement un adepte féroce de la concurrence. Pourtant, il ne fait pas de doute que les employés municipaux connaissent la ville mieux que quiconque.
En Grande-Bretagne, dans les années 1980, on a implanté un régime de concurrence pour les contrats dans les municipalités, auquel même les employés municipaux étaient soumis. Les syndicats ont protesté, mais plus de 70% des contrats ont été obtenus par les employés municipaux, justement parce qu'ils sont par définition des experts dans le domaine.
En ce moment, les Montréalais paient pour le manque de concurrence dans leur ville, dans le privé comme dans le public.
Et comme on a laissé la fonction publique montréalaise s'affaiblir, comme on n'a pas su développer sa compétence (c'est aussi dans le rapport), personne n'est en mesure de surveiller et de dire non. On a contourné ceux qui ne sont pas des yes men, on a contourné et contrôlé le contentieux, les finances, tout ce qui est embêtant. Et tout était en place pour le désastre administratif que vous voyez.
On peut se demander où étaient les 102 élus du conseil municipal (un record nord-américain de gaspillage: Toronto en a 44!). Comment se fait-il qu'on ait pu leur cacher l'information si facilement? Quelle est donc cette petite clique qui contrôlait tout ? Comment se fait-il que les élus aient laissé l'administration soustraire de son contrôle toutes sortes de dossiers, dont l'ensemble des propriétés immobilières de la Ville?
Quoiqu'il advienne des enquêtes policières et des élections, le nettoyage passera par des outils classiques: transparence rigoureuse, circulation pleine de l'information, ouverture à la concurrence véritable.

29 mars, 2009

La crise profite aux magouilleurs

Dans son texte Yves Boisvert dit ne pas comprendre que les gouvernements soient aussi pressés de garrocher des milliards qu'ils n'ont pas sous prétexte de relancer l'économie.

C’est pourtant simple. Depuis plusieurs mois les chroniqueurs économiques réclament l’intervention des gouvernements et le retour aux déficits. Même si cela n’a jamais été démontré, ils font la profession de foi que c’est la seule façon de sauver l’économie. Les politiciens, tant à Québec qu’à Ottawa n’en demandaient pas tant. Dépenser sans compter, ni même se justifier auprès de la population puisque les chroniqueurs le font pour eux, c’est une situation de rêve pour tout politicien.

La phrase qui est répétée ad nauseam depuis trois mois : « Bien entendu, le brusque freinage de l'économie mondiale entraîne celle du Québec dans son sillage. Dans une telle situation, un déficit budgétaire est non seulement inévitable, mais il est souhaitable ».

Aucun magouilleur, qu’il soit en politique, en affaire ou syndicaliste, ne peut résister à une demande aussi pressante. Pour eux, une crise économique c’est l’occasion de profiter au maximum de l’argent des contribuables.
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Publié le 27 mars 2009 à 04h43
Comprenez-vous?
Yves Boisvert, La Presse

Au début de la crise financière, je faisais semblant de comprendre. Mais là, je suis bien obligé de l'avouer, je suis totalement dépassé par les événements.

Pas tant la crise, remarquez bien. La crise, c'est assez simple: pour faire trop d'argent, des banquiers américains véreux (pardonnez le pléonasme) ont trop prêté à trop de gens trop pauvres.

Les banquiers ont confortablement adossé ces gens-là par milliers à des actifs bien moelleux. Et puis un beau matin, comme ils n'étaient pas capables de rembourser, on leur a ôté leur actif. Et tous ces gens adossés sont tombés. Et plein de choses sont tombées ensuite, y compris les banquiers véreux pléonastiques - mais eux on les a aussitôt adossés à des subventions gouvernementales.

Ont suivi les autres chutes. Chute de l'emploi, chute des Bourses, chute du pétrole, chute de l'auto, chute de l'immobilier. On a même retrouvé un type nageant en bas des chutes du Niagara la semaine dernière.

Ça tombe de partout.

Ce bout-là, comme vous voyez, je le comprends très bien. C'est tout ce qu'on fait après, pour arrêter ces chutes en cascade... Ça, je n'y comprends rien.

J'observe tous les gouvernements qui empilent les plans de relance à coups de milliards. Tous! Et tous les économistes disent que c'est la chose à faire. Presque tous!

Eh bien moi, ça ne me rassure pas du tout. Une question métaphysique me hante: qui est-ce qui nous prête tous ces milliards quand plus personne n'en a?

Pas les banques américaines, il a fallu les renflouer. La caisse populaire de La Pocatière? Impossible, Desjardins coupe ses ristournes. Pas les citoyens non plus, ils sont déjà surendettés.
À la fin, il doit bien y avoir quelqu'un qui prête tous ces milliards... C'est qui, au juste, ce Chinois milliardaire? Et où met-il tout cet argent? Et quel est son numéro de téléphone?

Subventionner la pub?

J'en étais là de mes interrogations quand j'ai lu l'article de Maxime Bergeron, dans La Presse Affaires de lundi. Figurez-vous que les agences de publicité veulent profiter de l'occasion pour aller téter leurs millions aux mamelles de l'État.

Quelle occasion? Mais la crise, voyons. Jamais n'y a-t-il eu autant de gouvernements aussi pressés de garrocher des milliards qu'ils n'ont pas sous prétexte de relancer l'économie.

Alors les gens de la pub, ces grands arrangeurs de vérité, se sont commandé une belle petite étude de chez Secor pour montrer comment ils sont importants et formidables économiquement parlant.

Qu'importe: en se déguisant en industrie et en pompant de l'air dans leurs chiffres, ils veulent obtenir des subventions, des crédits d'impôt et toutes ces choses que les gouvernements donnent parfois pour créer des « grappes » industrielles, comme le multimédia.

C'est la meilleure. L'association des dépanneurs devrait aussi demander des subventions. En fait, toutes les entreprises devraient être subventionnées, puisqu'elles créent de l'emploi.

Si le gouvernement du Québec verse un sou à cette industrie, je me fais naturaliser Acadien et je m'en vais vivre à Caraquet.

Quoi? C'est déjà fait? Dites-moi que je rêve. Le ministère des Affaires municipales a déjà versé 200 000 $ à l'Association des agences de publicité du Québec pour faire un site internet. Il y a là-dedans des millionnaires de la pub, mais ils ne peuvent pas se payer un site internet!

Je signale que 200 000$, c'est plus qu'on a payé le Canadien pour ses dépliants scolaires. On en a fait un scandale, mais, au moins, ils ont servi à quelque chose!

C'est incroyable comme il reste toujours de l'argent pour des niaiseries dans ce pays où les plafonds coulent dans les écoles.

Allez voir où va votre argent, le site s'appelle montreal.ad et on vous explique à quoi il sert: c'est « un lieu de rencontre où l'on peut discuter des enjeux de l'industrie, comme l'impact de la technologie et la globalisation des médias, des questions récurrentes de normalisation vs la régionalisation (...) »

Enfin une place pour parler des questions récurrentes de normalisation vs la régionalisation, depuis le temps que le peuple en réclamait une!

Je ne sais pas s'il y a un seul autre regroupement humain qui fabrique plus de boulechite à l'heure que les gens de la pub.

Toute l'opération sent la fumisterie à plein nez. On est en train de faire croire à quelque sous-ministre qu'on peut attirer ici des grandes agences à coups de crédits d'impôt, et envoye donc.

Et quand on sait la proximité de certains publicitaires avec le milieu politique, on n'est pas rassuré. Cette boulechite-là traverse les lignes partisanes.

Eux autres ont compris, n'en doutez pas.

Et vous, vous comprenez?

10 septembre, 2008

Coup de gueule

..... et dire qu’il y a encore des gens qui croient que le gouvernement va les protéger.

Malheureusement, le premier objectif du fonctionnaire c’est celui de se protéger « les fesses », tant pis pour les producteurs. On peut difficilement blâmer les fonctionnaires.  Leur instinct de survie les pousse à prendre toutes les mesures raisonnables ou non pour éviter de devenir les boucs émissaires des politiciens.

Si la responsabilité de surveiller la salubrité des aliments était confié à des laboratoires privés, le public serait bien mieux protégé et à moindre coût.

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Le mercredi 10 septembre 2008

Les abus commis au nom de la santé

Yves Boisvert

La Presse

Coup de fil de Max Dubois, de l'Échoppe des fromages, samedi après-midi. Il est paniqué. Les inspecteurs sont dans la boutique et vident les comptoirs du fromager de Saint-Lambert.

«Ils vont nous mettre dans la rue! Il faut que tu viennes! Ils sont en train de jeter tous mes fromages!»

Il faut dire que Max n'est pas un grand consommateur d'euphémismes. Entre deux exagérations, il ne choisit pas toujours la moindre.

Je me rends sur place pour apprendre qu'un compromis a été trouvé, et que les inspecteurs se contenteront de placer les fromages entamés dans un sac scellé, jusqu'à ce qu'on finisse les analyses.

Ça paraît raisonnable: on retire des points de vente ce qui pourrait être contaminé à la
 Listeria, et au bout d'une semaine, quand les analyses biologiques sont terminées, ou bien on détruit les lots parce qu'ils pourraient être contaminés, ou bien on est rassuré, et alors on peut les remettre en vente.

Tu vois, Max, ils ne sont pas si fous, ces gens du Ministère

Sauf qu'une heure plus tard, le patron des inspecteurs change d'idée: on décide de jeter les 220 kg saisis. Allez hop, dans l'eau de Javel. Il y en a pour 10 000$ facilement.

Et jusqu'à maintenant, tout porte à croire qu'ils ont été détruits totalement pour rien, comme probablement tout ce qu'on a détruit dans les 300 points de vente visités par une armée d'inspecteurs samedi. Certains en ont perdu bien plus que 220 kg.

Ce n'est pas Max qui exagère, c'est le Ministère. On voudrait mettre à terre l'artisanat fromager québécois qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

La manière inutilement brutale dont les inspecteurs sont intervenus est un bel abus de droit commis au nom de la santé publique.

On le fait pour sauver des vies, vous dira-t-on. Allez donc répliquer à ça! Entre une vie humaine et quelques milliers de kilos de fromage, le choix est facile, n'est-ce pas?

Sauf que c'est mal poser le problème. On pouvait très bien protéger la santé publique sans tout saccager.

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Récapitulons. Samedi, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) annonce le retrait des produits de deux fromageries québécoises. On a trouvé de la
 Listeria sur certains produits des Fromagiers de la Table ronde et de la fromagerie Médard.

D'où provient la bactérie? Peut-être d'un papier d'emballage, peut-être d'un couteau, on l'ignore. On analyse le fromage chez les producteurs, mais en attendant de savoir, on joue de prudence: si la souche est dans la fromagerie, la bactérie a pu être envoyée partout avec les meules.

On envoie donc samedi 264 inspecteurs dans les 300 points de vente de ces fromages partout au Québec. On saisit bien sûr les fromages incriminés, mais aussi tous les fromages coupés, d'où qu'ils viennent.

On craint qu'un couteau ou une planche en contact avec un des fromages visés ait contaminé les autres fromages.

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La Loi sur les produits alimentaires donne aux inspecteurs le pouvoir de saisir et de disposer des produits s'ils ont des motifs de croire qu'ils peuvent être contaminés.

Depuis le 18 juillet, 22 personnes au Québec ont été infectées par la bactérie, la plupart d'une souche reliée au fromage. Un homme âgé est mort, des femmes enceintes ont été atteintes, trois ayant accouché prématurément.

La listériose est à prendre au sérieux, on en convient.

Mais est-on devant une épidémie? Pas vraiment. Dans les cinq dernières années, on a compté au Québec entre 32 et 63 cas de listériose, causant de deux à sept décès par année. On en est à 56 cette année, une année où l'on a attiré l'attention du public comme jamais. Neuf personnes sont mortes, dont huit avant qu'on s'inquiète du fromage.

Même si l'année n'est pas exceptionnelle, on n'a pas à attendre qu'elle le soit pour intervenir. S'il avait fallu qu'on assiste à un Maple Leaf québécois, on aurait évidemment blâmé les inspecteurs pour leur inaction.

Disons, donc, que la découverte de
 Listeria sur deux fromages justifiait de lancer ces inspecteurs dans 40 fromageries et 300 points de vente.

Il n'en reste pas moins que le MAPAQ a aussi une obligation d'agir de manière raisonnable pour protéger les commerçants et les fabricants. Il ne l'a pas fait.

On aurait fort bien pu prendre des mesures de conservation temporaire tout en rassurant le public.

La destruction du fromage n'élimine pas seulement la bactérie, mais aussi la preuve que les fromagers auraient pu conserver. Car n'excluons pas un recours en dommages contre le gouvernement pour abus de droit, quand les poussières bactériennes seront retombées.

Comme par hasard, c'est quand le représentant du Ministère a compris que l'Échoppe prévoyait se rendre en Cour supérieure lundi pour obtenir une injonction qu'il a décidé de faire détruire le fromage. Quelques heures plus tôt, pourtant, il acceptait de laisser le fromage sous scellé, hors vente jusqu'à l'obtention des résultats d'analyse.

Résultat net, on a non seulement détruit pour des milliers de dollars de fromage et ébranlé plein de petits artisans et de petits commerçants; on a fait peur à tout le monde, y compris les détaillants, qui n'achètent à peu près rien en attendant.

On nous a tous plus ou moins convaincus que les fromages d'ici sont dangereux, en particulier ceux au lait cru - alors que, bien faits, ils chassent la
 Listeria!

Vous sentez-vous plus en sécurité? Le public est protégé, mesdames et messieurs.
Le ministre aussi.

 

27 août, 2008

Coup de gueule (2)

Dans son texte Yves Boisvert fait un excellent résumé de la saga du CHUM.

Les études, les changements de plan, les délais, les commissions ont jusqu’à présent coûté des centaines de millions aux contribuables québécois.

Après plus de douze ans de tergiversation pourquoi n’arrive-t-on pas à exécuter ce projet?

C’est d’un ridicule inqualifiable. Après cela peut-on reprocher aux québécois d'être cynique?
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Le mercredi 27 août 2008
Y a-t-il une pelle dans la salle?
Yves Boisvert
La Presse

Veuillez m'excuser de revenir de vacances avec une si mauvaise nouvelle, mais il faut que j'en parle à quelqu'un: ça ne va pas bien du tout au CHUM.

Vous le saviez? Je vous l'accorde, ce n'est pas absolument nouveau. En effet, ne lisait-on pas dans La Presse, en 1999, cette phrase prophétique dans un texte de Jean-François Bégin: «Un nouveau chapitre de l'interminable saga du CHUM s'ouvre aujourd'hui» ?

C'était au temps où l'on commençait à peine à évoquer la possibilité d'un mégahôpital, comme celui qu'avait proposé McGill.

Cinq ans plus tard, en novembre 2004: «Une saga qui a trop duré», écrivait André Pratte.

Décembre 2004, un avocat perspicace écrit au Devoir: «Se pourrait-il que l'on soit dans l'erreur?»

Voilà, en trois temps, le cycle apparemment éternel du CHUM: 1. On palabre sur le pour et le contre (Méga ou pas? deux étages ou sept? Outremont? Petite-Patrie? Centre-ville? Un parking? Des chambres à deux?); 2. Quelqu'un s'écrie «Ça va faire!» et on tranche. 3. Un doute surgit On n'est plus tout à fait sûr Et on recommence! Re-palabres, re-études, re-ça va faire, re-décision, re-doute

Lundi, on a pu voir le Dr Gaétan Barrette, au nom des médecins spécialistes, tel un Brian Mulroney déchirant la Constitution, déchirer la photo du CHUM devant les médias. Impossible, infaisable, pas bon, les médecins n'y croient pas.

Remarquez bien, les médecins ont l'air aussi divisés que la photo déchirée, sauf quant à leur pessimisme. Même le directeur du CHUM est parti, au mois de juillet.

Pour le profane que je suis, le projet de la gare de triage était bien plus attrayant. Mais il a été mis de côté très officiellement et définitivement il y a trois ans et demi, faute d'avoir convaincu le gouvernement. On a dépensé des millions pour faire les plans du CHUM à Saint-Luc. L'appel d'offres du centre de recherche (première phase) est lancé.Combien de fois va-t-il falloir réexaminer la même question? Refaire le projet?

Combien de fois peut-on coudre et rouvrir et recoudre le patient, docteur?

Je rappelle en accéléré la séquence des événements. 1996: fusion des hôpitaux francophones du centre-ville pour former le Centre hospitalier universitaire de Montréal. Débuts difficiles dans un contexte de compressions budgétaires et de guerres de pouvoir. Deux ans plus tard, McGill présente son projet consistant à fermer trois hôpitaux anglophones pour en faire un nouveau, le CUSM. Magnifique projet qui inspire le gouvernement de Lucien Bouchard: il en faut un pour les francophones, c'est l'avenir de la médecine montréalaise qui en dépend.

En 2000, Pauline Marois décrète après «études exhaustives de cinq sites potentiels» que ce sera au 6000 Saint-Denis. On se met à l'ouvrage, mais au bout de trois ans, il ne s'est rien passé de concret. 2003: les libéraux arrivent au pouvoir et nomment Brian Mulroney et Daniel Johnson pour réévaluer tout ça.

Je suis peut-être fou, mais j'ai assisté à une rencontre de presse avec ces deux hommes qui concluaient, en 2004, qu'il fallait tout faire à Saint-Luc. Plus près des grands axes routiers, loin du chemin de fer, plus sécuritaire, pas de décontamination à faire, etc.

Bon, d'accord. Pourquoi pas Saint-Luc? Si les experts le disent

Puis, le recteur de l'UdeM, Robert Lacroix, arrive avec un projet beaucoup plus ambitieux, sur des terrains qui jusque-là n'avaient pas été examinés pour la bonne raison qu'ils étaient une gare de triage ferroviaire. Mais l'Université de Montréal les a acquis. On y aménagerait de nouvelles facultés de sciences et de médecine et tout à côté un hôpital entièrement neuf.

Projet plus cher (là, on ne sait plus remarquez bien) mais plus beau. On se souvient du débat furieux qui a suivi. Mais le fait est que Mulroney-Johnson venaient d'écarter un site jouxtant la gare de triage après consultation avec les experts

Tout ça s'est réglé en 2005, en commission parlementaire, où le gouvernement libéral a réaffirmé le choix de Saint-Luc. Motifs invoqués: les coûts, la sécurité, le centre-ville à régénérer, etc. On remet ça?

Les problèmes, depuis, se multiplient. Ils étaient tous prévisibles: quand on bâtit sur du vieux, sans terrain, en enjambant des rues, on rencontre des difficultés.

Enfin, pas tous: il était difficile de voir venir l'épisode sublime des héritiers de Louis-Joseph Papineau, qui ont exigé que l'on ne touche pas le square Viger, où trône le patriote Chénier, mort au combat en 1837, et médecin de son état. Le legs de Papineau à la Ville a forcé le CHUM à redessiner son centre de recherche.

Mais quoi qu'il en soit, le train est lancé. Faut-il l'arrêter une quatrième fois? Ça n'a plus de sens. Les motifs de la décision de 2005 n'étaient pas bons? Peut-être, mais cela s'appelle décider.

Si on veut que la construction «proprement dite» commence effectivement en 2010, comme le dit poétiquement le communiqué du CHUM, on ne peut pas tout reprendre sans arrêt.

Quelqu'un a-t-il une pelle?

18 février, 2008

Le système a perdu la raison

Dans son texte Yves Boisvert dénonce le système de gestion de l’industrie laitière. Ce système, dépassé depuis belle lurette, est aussi dénoncé par le rapport Pronovost.

Comment en est-on arrivé à créer un système ingérable qui nuit à ses membres en gonflant artificiellement le prix des fermes et aux consommateurs en gonflant artificiellement le prix des produits agricoles? Simplement parce que l’industrie agricole est un monopole. La priorité numéro un d’un monopole est d’assurer sa pérennité quel qu’en soit le prix.

Combien de nouveaux produits n’ont jamais vu le jour parce que des règlements qui visent à protéger le monopole empêche les agriculteurs d’innover? Combien de jeunes abandonnent leur rêve de pratiquer le métier d’agriculteurs parce que le prix des fermes est hors d’atteinte? Combien d’enfants ne consomment pas les quantités de lait dont ils ont besoin parce que son prix est artificiellement gonflé?

Mettre fin au monopole de l’UPA comme le recommande le rapport Pronovost est nécessaire mais, insuffisant. Il faut aussi mettre fin au système de gestion de l’offre.

Le lundi 18 fév 2008
Un « criminel du lait » à Bordeaux
Yves Boisvert
La Presse

Depuis 10 jours, le fermier Yves Desrosiers est enfermé à la prison de Bordeaux. Son crime ? Ne pas avoir suivi scrupuleusement les règlements de fabrication du lait, avoir été mis à l’amende et ne pas avoir payé ses amendes.

Avec son frère André, M. Desrosiers faisait un produit acclamé partout, le lait d’Antan. Quiconque a goûté la crème naturelle épaisse des Desrosiers ne peut que retourner en braillant aux crèmes 35 épaissies artificiellement qui ne goûtent rien. Leur lait biologique non homogénéisé était issu de vaches nourries au soya.

Le lait d’Antan porte mieux son nom que jamais. Il n’existe plus. L’an dernier, les Desrosiers ont été acculés à la faillite. Avant d’être arrêté, Yves était concierge dans une usine. André, contre qui pèse également un mandat, travaille dans une cour à bois en attendant que la faillite se règle.

« C’est épouvantable, c’est tellement injuste », dit Daniel Dubuc, d’Horizon Nature, qui distribuait le lait d’Antan. M. Dubuc organise une collecte pour sortir Yves Desrosiers de prison.

« Vous ne pouvez pas rencontrer des gens plus travaillants et honnêtes que les Desrosiers, dit-il. Pour moi, ce qui arrive est la preuve vivante de ce qui ne va pas dans l’agriculture au Québec. Ces gens-là faisaient un produit exceptionnel, santé, que les gens avec une intolérance au lait pouvaient consommer. »

Amendes vitaminées

Évidemment, M. Desrosiers n’est pas en prison pour avoir produit du lait. Il est en prison parce qu’il s’est fait imposer des amendes et qu’il ne les a pas payées.


En tout, six infractions ont été retenues par les inspecteurs du ministère de l’Agriculture (MAPAQ). En avril 2003, par deux fois, les inspecteurs ont détecté un trop grand nombre de bactéries dans le lait pasteurisé à basse température des frères Desrosiers. Le procédé conserve le goût nature et plusieurs caractéristiques du lait. Personne n’a jamais rapporté le moindre problème. Mais ces deux fois-là, apparemment, les normes réglementaires n’étaient pas respectées : deux amendes de 900 $.

La troisième infraction : on a trouvé des excréments de rongeurs en mai 2003. Amende de 250 $.

Puis, trois autres infractions : en mars, mai et décembre 2004, leur lait n’avait pas tout à fait assez de vitamine D : 750 $ d’amende chaque fois.

Il faut savoir que la loi oblige les producteurs de lait à ajouter de la vitamine D dans leur produit. Il faut qu’il y en ait assez, mais pas trop. Au MAPAQ, impossible de savoir quel était l’écart coupable dans ce cas-ci. Mais André Desrosiers nous dit qu’il était forcément infime. « Je produisais 3000 à 4000 litres de lait par semaine et je mettais 3 ml de vitamine en tout ; ma bouteille de 500 ml (de vitamine) n’était pas finie au bout de six mois. C’est des toutes petites quantités, mais ils voulaient m’attraper. »

Huissier désolé

Les Desrosiers ont reçu des avis, mais ils ne s’en sont pas occupés. Menacé de prison l’an dernier, André affirme avoir payé certaines amendes. Mais il ignorait que son frère devait les payer aussi, et qu’il pendait une peine de prison contre lui aussi.


Ils l’ont appris le vendredi 8 février, quand Yves Desrosiers a reçu la visite d’un huissier qui lui a réclamé le paiement des amendes. Il n’a plus un sou et a donc été obligé de le suivre à son bureau, puis à la prison de Sorel, qui déborde de prisonniers. Il a été transféré à Bordeaux, tout aussi pleine.

« Ç’a pas de bon sens… notre seul but, c’était de nourrir les gens, m’a-t-il dit depuis Bordeaux, hier. Depuis 1994, si j’ai pris 10 jours de congé, c’est beau, et pas des journées complètes. C’est comme si j’avais fait un crime », dit-il, manifestement sonné. Ses codétenus ont peine à croire son histoire.

L’huissier confiait jeudi qu’il était un peu désolé d’embarquer cet homme de 48 ans, qu’il sait vaillant et honnête, pour l’envoyer avec des criminels. Mais il n’est pas payé pour avoir des états d’âme.

Dura lex

Il y a deux manières de voir cette histoire. Du point de vue du ministère de l’Agriculture, c’est simplement l’histoire de gens têtus qui se sont fait avertir, qui n’ont pas écouté, qui ont été mis à l’amende (4150 $ en tout), qui n’ont pas payé et qui, comme n’importe qui ne payant pas une amende, ont pris le risque d’aller la payer en séjournant en prison.


Que voulez-vous, c’est la loi. À la Fédération des producteurs laitiers, plusieurs pensent que les Desrosiers ont voulu contourner les règles et qu’ils ont couru après.

L’autre façon de voir cette affaire, c’est que des fermiers dissidents, inspectés et surinspectés, se sont fait prendre en défaut pour des infractions mineures. Et pendant ce temps, croulant sous une réglementation qui écrase les innovateurs, incapables d’avoir un statut particulier pour s’en tirer financièrement, ils ont fini par déposer leur bilan.

Sans le sou, il n’y avait évidemment pas moyen pour eux de payer ces amendes. Et voilà comment, au bout du compte, on en arrive à cette absurdité : la prison.

Il n’est donc pas totalement exagéré de prétendre qu’on a emprisonné Yves Desrosiers parce qu’il a commis le péché ne pas faire son lait comme tout le monde.

Un modèle désuet

Il faudrait trois autres chroniques pour expliquer le système des « quotas » de lait et montrer ses effets pervers. En ce moment, les gros producteurs de lait détenant des quotas sont assis sur une mine d’or. Les industriels de la transformation, qui achètent ce lait, sont bien servis par le système. Mais ceux qui veulent faire du lait et le transformer, et qui donc doivent investir dans l’achat de droits de produire (l’équivalent d’environ 30 000 $ par vache) en plus de l’équipement de transformation, ceux-là ont toutes les misères à survivre, sans parler de croissance. L’opération devient vite prohibitive.


Si vous parlez aux gens de la Fédération des producteurs de lait, on vous dira que tout va pour le mieux et que le Québec regorge de transformateurs heureux et prospères. Interrogez les petits, ceux qui veulent démarrer dans le lait bio, par exemple, et vous aurez un autre portrait. Celui d’un système hostile au changement, incapable de travailler à plusieurs vitesses. Tout le monde dans le même moule.

C’est, comme par hasard, le constat de la commission Pronovost sur l’avenir de l’agriculture : « Le secteur agricole et agroalimentaire est en train de se refermer sur lui-même. Les systèmes qu’il a mis en place créent des obstacles à l’émergence de nouveaux types d’agriculture, au développement de produits originaux et à l’exploration de nouvelles possibilités commerciales. »

Gâchis complet

Pourquoi ces amendes ne sont pas simplement des dettes, portées au passif de deux fermiers ? Comment il se fait qu’on emprisonne encore des gens dont, à la limite, on aurait pu saisir des biens ? Au moment où les prisons débordent, que fait un fermier honnête à Bordeaux ?


Une amende est une amende, vous dira-t-on, et quand elle n’est pas payée, elle est envoyée aux gens de la Justice, qui font suivre avec les moyens usuels de recouvrement. Quelle que soit la raison de l’amende, infraction agricole ou criminelle.

Et voilà comment Yves Desrosiers s’est retrouvé dans un corridor de l’aile G de la prison de Bordeaux, à payer « sa dette à la société ».

« Je repense à ce qu’on a fait depuis 1980, avec mon père, et je trouve qu’on ne méritait pas ça ; j’ai une grosse rage en dedans, m’a dit André Desrosiers hier après-midi, en sortant de la prison où il a rendu visite à son frère. On ne voulait pas s’enrichir, on est juste des gens qui voulaient humaniser l’agriculture. »

Ils avaient réalisé leur rêve, leur production était unique, mais apparemment, elle ne pouvait pas survivre dans le carcan du lait québécois. La ferme est en faillite, le produit n’existe plus, M. Desrosiers est en prison. Le gâchis est complet.

Il y en a qui diront que les Desrosiers, des gens pas toujours raisonnables, sont les seuls responsables. Je réponds que c’est ce système qui a perdu la raison.

23 mai, 2007

Enfin on pose les vrais questions

Yves Boisvert
La Presse, le 23 mai 2007

En apparence, ce n'est toujours qu'une autre grève des transports en commun à Montréal. L'éternel retour du même conflit.

Mais peut-être est-ce au contraire une grève historique. Dans 20 ans, peut-être pourra-t-on voir que c'était la grève de trop. La grève suicide. Celle où le syndicat des employés d'entretien a poussé juste une petite affaire trop loin. Et où on pourra dater ce qu'on appelle «le début de la fin». Début de la fin du vieux modèle.

Vous souvient-il du temps où la Place des Arts avait ses techniciens, dont certains étaient payés en heures supplémentaires quand ils travaillaient le soir (maudit problème, les shows sont souvent le soir)?

N'a pu.

Un moment donné, à force d'écoeurer le monde, on l'oblige à se poser des questions plates qu'il ne se posait pas.

Comme: est-il vrai qu'en Grande-Bretagne, quand ils ont privatisé certains services dans les transports en commun, ils ont économisé 42% entre 1986 et 1998?

La semaine dernière, ça n'empêchait pas les gens de dormir. Ce n'est pas si intéressant que ça, d'ailleurs.

C'est juste qu'en attendant l'autobus deux heures, le monde a le temps de jaser

Jaser d'affaires pas agréables comme: avec les économies, on a amélioré le service à Londres. Paraît que dans plusieurs pays scandinaves, on a donné en sous-traitance des contrats d'entretien et des routes de transport.

Ben cout' donc.

Là, quelqu'un dans la file dit: c'est l'économiste Marcel Boyer qui écrivait ça l'autre jour, mais c'est le président de l'Institut économique de Montréal! Un «think tank» full de droite!

Un autre plus loin dit qu'il est allé en Suède l'année dernière.

Ah, la Suède, ça se glisse toujours bien dans la conversation. Qui dit social-démocratie dit Suède, pas vrai?

Le type qui est allé en Suède explique qu'à Stockholm, l'entretien des métros et autobus est donné par soumission à différents sous-traitants.

En Suède? Êtes-vous certain?

Parfaitement madame, en Suède.

Où est-ce qu'on s'en va, je vous le demande!

Berri-UQAM, v'là les grilles qui rouvrent...

Sur le site Internet de la société de transport de Stockholm (sl.se), on met les choses au clair.

«La Société de transport (SL) est responsable d'assurer des choix de transports en commun de qualité dans le comté de Stockholm, et de faire en sorte que nos passagers reçoivent le meilleur service possible au meilleur coût possible» (je traduis une traduction anglaise du suédois).

On nous dit que la SL négocie pour cela avec divers fournisseurs dans le monde entier pour ce qui concerne l'achat et l'exploitation de tous les autobus, trains et métros, pour le soutien technique, le système de communication, l'entretien, le nettoyage, la billetterie, le financement, etc.

La concurrence internationale dans une société publique?

Eh oui!

Le site nous précise qu'on ne donne pas nécessairement le contrat au plus bas soumissionnaire, mais généralement à celui qui a le plus d'expérience et de succès passés à faire valoir.

La société de transport de Stockholm emploie 500 personnes. Elle donne de l'ouvrage en sous-traitance à 10 000 personnes.

Le but est bien sûr de donner le meilleur service possible et de rendre les transports publics non seulement efficaces et abordables, mais attrayants pour le plus grand nombre. Attrayant est un mot clé.

«Ceci bénéficie aux gens, aux animaux et à la nature de Stockholm», ajoute le site.

Les gens, les animaux et la nature. J'adore ça. Non pas l'environnement ou l'écologie ou un autre concept sympathique mais un peu abstrait. Non. Les gens, les animaux, la nature.

Alors, en attendant le métro ce matin, ou tantôt, ou en ne l'attendant pas, posez-vous cette question que nous ne nous posons pas: si c'est bon pour Stockholm, une ville à la conscience sociale élevée, si c'est bon pour Copenhague, si c'est bon pour plein de villes dans le monde, pourquoi pas pour nous? Le comté de Stockholm abrite près de deux millions de personnes (750 000 pour la ville proprement dite). Ça se compare à Montréal.

Qui a écrit dans le ciel que l'entretien devait se faire à une seule place par des employés de la société qui foutent le bordel à périodes fixes?

Au moment même où le maire de Montréal nous présente un plan ambitieux pour augmenter l'offre de transports en commun, il est temps de chercher des moyens originaux de l'améliorer, de le rendre plus intéressant, plus efficace, plus souple. Et viables financièrement.

Il est aussi temps de se demander si on en a pour notre argent, vu qu'il faudra beaucoup, beaucoup d'argent. Et que tout le Québec va devoir casquer.

Quelle merveilleuse occasion nous est donnée ces jours-ci, n'est-ce pas?

05 mai, 2007

Immobilisme et règlementation

L’immobilisme du Québec est en partie dû à une règlementation excessive. L’élimination des règlements inutiles et une gestion moins tatillonne des règlements essentiels permettraient de :

  • Réduire le nombre de fonctionnaires ;
  • Réduire les coûts pour les entrepreneurs et les citoyens ;
  • Dynamiser l’économie.

Ce n’est qu’un exemple où moins de gouvernement profiterait à tous.

Le vendredi 04 mai 2007
CHRONIQUE
Yves Boisvert: Avez-vous un permis?
Yves Boisvert


Attention citoyens : cette chronique contient un appel à tous. Zet à toutes.Loin de moi l'idée d'encourager la délinquance. Mes voisins de bureau vous le diront, moi, c'est la Loi et l'Ordre - pas nécessairement dans l'ordre, et surtout la loi, finalement.

Mais regardons les choses en face. S'il fallait que tous les citoyens appliquent à la lettre les règlements municipaux concernant la construction et la rénovation, l'industrie du clou s'effondrerait instantanément.

Bang.

La vérité? Plus vous êtes honnête, plus votre projet est beau, plus on vous emmerdera.

Hier, je lisais l'article de mon collègue Éric Clément sur le promoteur David Owen, qui construit des condos dans l'arrondissement de Ville-Marie sans permis. Son projet a été refusé? Pas grave, il a 72 condos à livrer, alors il fonce. Il est rendu à trois étages.

Cow-boy, dites-vous? Bien sûr. La Ville lui a envoyé des constats d'infraction pour une valeur totale de 18 000 $. Attendre lui coûterait bien plus cher, peut-on penser. C'est le même M. Owen à qui on a ordonné de démolir un étage illégal sur une construction cet hiver.

Mais c'est aussi le même qui attend depuis deux ans (DEUX ANS) pour qu'on fasse passer son projet de pharmacie, angle Ontario et Champlain. Une pharmacie. Pas un méga-hôpital.

La raison? L'immeuble projeté a 71 centimètres de trop en hauteur (la Ville a accepté cet écart, finalement), le parking est trop près de la rue, l'édifice trop loin, etc. Et des citoyens du coin se battent contre le projet.

Nous comprenons tous qu'il doit y avoir des normes d'urbanisme. Mais pourquoi faut-il deux ans pour qu'un projet se règle?

Voilà un promoteur qui n'attirera la sympathie de personne. Il construit sans permis, et des condos, en plus, imaginez!

Sauf que dans bien des arrondissements de la Ville, même avec un superbe projet, correct, respectueux de tout ce qu'il y a à respecter, plus vous êtes transparent, et plus on vous fera des misères.

Essayez, par exemple, de changer une fenêtre en aluminium ou, mieux, en PVC sur le Plateau. Présentez un projet de fenêtre faite à la main par un artisan, un beau truc, en acajou, tiens.

Première réaction : Non! Si vous voulez changer, il faut faire comme à l'origine! On parle de 1911, disons. Il vous faudra vous battre avec les gens des permis jusqu'à ce qu'on finisse par dire, OK, d'abord.

Pendant ce temps-là, il y a un artisan et toutes sortes de gens qui attendent. Ils n'attendent pas toujours, ils ont d'autres contrats. Les gens de la construction ont toujours d'autres contrats.

Par exemple, ils vont poser des fenêtres chez quelqu'un qui n'a pas demandé de permis.

S'ils se font pincer par les mandarins, ils leur répondent en cantonnais : Su Mi, ce qui se traduit à NDG par «Sue me!» et dans Rosemont par «Nous nous reverrons en Cour!» Une amende, si on vous attrape, coûtera parfois moins cher en plans, en demandes, en heures d'attente, en rage, en désespoir et en immobilisme.

Vous êtes un sympathique citoyen qui aime le patrimoine? Vous refaites la façade affreuse de votre maison du Plateau, du Mile End, de la Petite-Patrie? Hé! Tout n'est pas magnifique dans ces quartiers à la mode!

Vous apportez vos briques, vos plans, vous êtes fier de votre architecte. Ils vous donneront un permis illico!

Vous êtes sympathique mais un peu twit. Ça ne se passera pas comme ça.

Première réaction du fonctionnaire municipal : «Hum c'est pas tout à fait la bonne teinte de rouge, ça»

Vous aurez beau lui dire que le voisin a des briques blanches avec des colonnes gréco-hawaïennes, rien n'y fera : il faut se comparer avec l'original ou n'importe quel modèle avec lequel vous n'êtes pas en conformité.

Comme disait John Locke, quand une loi est absurde, ou que l'application de la loi devient absurde, le citoyen a le droit et même le devoir de se révolter.

Mais la révolte, c'est ben de l'ouvrage. Alors le citoyen se contente de contourner la loi. Et de risquer une amende : Su Mi, Ville.

C'est vrai dans le résidentiel, c'est vrai dans le commercial, dans l'institutionnel, c'est vrai partout.

Alors voici l'appel à tous. Envoyez-moi un résumé de vos démêlés avec votre arrondissement de la Ville de Montréal côté permis et travaux. Des dates, des faits, mais ramassez-vous, ne me faites pas 20 pages. Discrétion assurée si nécessaire.

Et quand nous aurons recueilli suffisamment d'absurdités, on fera un beau portrait en forme de bilan. Et ensuite, on posera des questions. Des questions compliquées et dures - on nous paie pour poser des questions compliquées et dures.

Comme par exemple : pourquoi?