Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Il devrait pleuvoir demain. Trudeau s’excuse --- Michel Beaudry ________________________________________________________________________

31 août, 2021

Le rapport incohérent du GIEC

 

par Alain Mathieu

Une lecture attentive du rapport lui-même, qui est moins politique et plus scientifique que le « résumé pour les décideurs », donne des arguments à la thèse inverse, selon laquelle l’influence humaine sur le climat est faible.

Sous le titre « Changement climatique 2021 - la base de science physique », le GIEC (groupement intergouvernemental sur le changement climatique) a publié le 9 août un rapport de 3.949 pages consacré aux connaissances disponibles sur la science du climat.

La conclusion de son « résumé pour les décideurs » est évidemment conforme à la doctrine constante du GIEC depuis sa création par les Nations Unies en 1988 : l’humanité doit réduire ses émissions de CO2 pour éviter un réchauffement catastrophique du climat. « Le réchauffement global de 1,5°C à 2°C sera dépassé au cours du 21 me siècle sauf si de profondes réductions des émissions de CO2 ont lieu dans les décennies à venir ».

Mais une lecture attentive du rapport lui-même, qui est moins politique et plus scientifique que le « résumé pour les décideurs », donne des arguments à la thèse inverse, selon laquelle l’influence humaine est faible.

Les aérosols d’origine humaine font baisser la température de l’atmosphère

Le rapport indique que la température de l’atmosphère est accrue par l’accumulation de « gaz à effet de serre » émis par les océans et la végétation et par la combustion faite par l’humanité de combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz) mais en même temps est diminuée par les aérosols, particules en suspension dans l’air, dues notamment à la pollution humaine et à la combustion de certains combustibles fossiles. La balance entre les deux effets, actuellement favorable au réchauffement, pourrait s’inverser.

La science du climat est incertaine

Le rapport reconnaît des incertitudes dans la science du climat. Par exemple : « Les nuages restent les plus importants contributeurs à l’incertitude générale sur les rétroactions climatiques » ; « détecter les changements d’humidité de l’atmosphère suivant la latitude est compliqué par des erreurs des modèles dans la localisation des principaux traits des modèles de précipitations ».

Il est impossible de prévoir la température des deux prochaines décennies

« Les tendances actuelles du climat continueront pendant les deux prochaines décennies mais leur grandeur exacte ne peut pas être prédite, à cause de la variabilité naturelle ».

La variabilité naturelle du climat est essentielle

En contradiction avec l’accord intergouvernemental qui a créé le GIEC et qui limite ses compétences au seul réchauffement climatique « dû à l’homme », le rapport s’intéresse donc à la variabilité naturelle du climat. Ce qui est d’ailleurs raisonnable, puisque le climat de la terre a constamment varié, notamment lors des glaciations qui ont recouvert de glace le Nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique, ou lors de « l’optimum climatique médiéval », qui a réchauffé l’atmosphère de 1000 à 1300, ou du « petit âge glaciaire » qui l’a refroidie de 1600 à 1850. Le rapport précise : « C’est seulement après quelques décennies de réduction des émissions de CO2 que nous verrons clairement que les températures commencent à se stabiliser ».

Les températures pourraient baisser

Si l’humanité atteignait la « neutralité carbone », c’est-à-dire l’absence d’émissions de CO2 dues aux combustibles fossiles, une partie du CO2 atmosphérique serait alors absorbée par les océans et la végétation, à raison de 20 % par an, et le taux de CO2 de l’atmosphère baisserait. Mais si l’on croit à la corrélation « presque proportionnelle » entre le taux de CO2 de l’atmosphère et sa température, corrélation qu’affirme le rapport, la baisse du taux de CO2 entrainerait la baisse des températures, et non leur stabilisation.

Les modèles de calcul numérique du climat ne sont pas fiables

« Les incertitudes sur les taux de CO2 en 2100 sont dominées par les différences entre les scénarios d’émissions ». Autrement dit : les hypothèses faites pour le calcul des modèles numériques de prévision du climat déterminent les résultats de ces calculs.

Steven Koonin, éminent scientifique américain, conseiller de Barack Obama pour le climat, nommé par ce dernier sous-secrétaire pour la science du ministère de l’énergie, aboutit à la même conclusion dans le livre sur la science du climat, intitulé « non confirmée » (« unsettled »), qu’il a publié en mai 2021. Ce spécialiste des modèles numériques explique qu’il y a trop d’hypothèses à formuler pour les calculs de ces modèles, si bien que leurs résultats ne sont pas fiables. En constatant que « les différences entre les scénarios d’émissions » déterminent les résultats des modèles, le rapport du GIEC confirme cette affirmation de Steven Koonin.

Et donc la preuve de l’influence humaine sur le climat n’est pas fondée

« Le fait que les simulations (des modèles) incluant seulement les processus naturels montrent des hausses de température beaucoup plus petites indique que les processus naturels ne peuvent pas seuls expliquer le fort réchauffement observé ». Ce qui signifie : pour que les calculs des modèles donnent le réchauffement observé, l’influence humaine doit être prise en compte. Le GIEC fait ainsi des résultats des modèles la preuve principale de l’influence humaine sur le climat.

Mais puisque les résultats des modèles ne sont pas fiables, la preuve de l’influence humaine sur le climat ne l’est pas non plus.

L’influence minime du CO2 est ignorée

Pour Steven Koonin ajouter du CO2 à l’atmosphère n’a qu’un effet « minime » sur la température de l’atmosphère.

Le rapport du GIEC dit le contraire puisqu’il assure de la corrélation « presque proportionnelle » entre le taux de CO2 de l’atmosphère et sa température.

Qui détient la vérité ?

Aucun scientifique ne conteste que le CO2 et la vapeur d’eau (H2O) absorbent presque tout le rayonnement infrarouge de la surface de la terre, par excitation des molécules de CO2 et H2O, ni que quelques dizaines de mètres de l’atmosphère proches de la surface contiennent assez de CO2 et de H2O pour absorber (et réémettre) ce rayonnement et l’énergie qu’il transporte.

Pourquoi le rapport du GIEC l’ignore-t-il ?

Parce qu’il ne veut pas entrer dans une description précise de « l’effet de serre ».
Il faut attendre la page 3911 pour qu’il donne une description de « l’effet de serre » : « l’émission nette dans l’espace du rayonnement infrarouge de la terre est inférieure à ce qu’elle aurait été en l’absence des gaz à effet de serre qui l’absorbent » et : « une augmentation de la concentration de gaz à effet de serre accroît l’importance de cet effet ». On ne peut pas faire plus incomplet.

Pour être complet, le rapport devrait notamment reconnaître le rôle négligeable des émissions humaines de CO2. Mais ce serait contraire à sa mission.

3.949 pages pour une « base scientifique » aussi incomplète, et fournissant de sérieux arguments à ceux qui, comme Steven Koonin, considèrent que l’influence humaine sur le climat est « minime » !

La religion écologiste aura du souci à se faire le jour où ses adeptes commenceront à se rendre compte que leur Evangile est aussi gros qu’incohérent.

30 août, 2021

La macroéconomie, outil de l’interventionnisme étatique

 Comment l’information selon laquelle le PIB a augmenté de 4 % peut-elle aider un entrepreneur à réussir dans son entreprise ?

Un article de Mises.org

Il est courant pour les commentateurs et les économistes de parler de l’économie, aux performances parfois bonnes, parfois mauvaises. Elle est présentée comme une entité vivante, distincte des individus.

Par exemple, divers experts rapportent qu’elle a augmenté de tel ou tel pourcentage, ou qu’elle est menacée par l’accroissement du déficit.

Qu’entendent-ils par le terme économie ?

Existe-t-elle réellement ?

Dans ce cadre de pensée, l’économie se voit attribuer une importance primordiale tandis que les individus sont à peine mentionnés.

Selon ce mode de pensée, elle produit des biens et des services. Une fois cette production réalisée par l’économie, il faut la répartir entre les individus le plus équitablement possible.

En réalité, les biens et services ne sont pas produits en totalité et supervisés par un ordonnateur suprême. Chaque individu s’occupe de sa propre production de biens et de services. Par conséquent, la production nationale totale n’existe pas. En regroupant les valeurs des biens et services finaux, les statisticiens de l’État concrétisent la fiction d’une économie au moyen de la statistique du PIB et d’autres indicateurs économiques.

On considère qu’une fois l’économie concrétisée grâce aux divers indicateurs économiques, les décideurs politiques peuvent en orienter la croissance considérée par les experts comme souhaitable.

Encore une fois, grâce à des indicateurs économiques construits tels que le PIB, le gouvernement et la banque centrale, les décideurs peuvent désormais avoir le contrôle de la soi-disant économie.

Selon Murray Rothbard :

« Les bureaucrates comme les réformateurs étatistes […], afin de s’immerger dans la situation qu’ils essaient de planifier et de réformer, doivent obtenir des connaissances qui ne sont pas des expériences personnelles, quotidiennes ; la seule forme que ces connaissances peuvent prendre est la statistique. Les statistiques sont les yeux et les oreilles du bureaucrate, du politicien, du réformateur socialiste. Seules les statistiques leur permettent de savoir, ou du moins d’avoir une idée de ce qui se passe dans l’économie. »

Il ajoute par ailleurs :

« Il est vrai, bien sûr, que même sans connaissance statistique des affaires de la nation, l’État pourrait toujours essayer d’intervenir, de taxer et de subventionner, de réglementer et de contrôler. Il pourrait essayer de subventionner les personnes âgées sans même avoir la moindre idée de leur nombre et de leur localisation ; il pourrait essayer de réglementer une industrie sans même savoir combien d’entreprises il y a ou toute autre donnée de base de l’industrie ; il pourrait essayer de réglementer le cycle économique sans même savoir si les prix ou l’activité économique sont en hausse ou en baisse. Il pourrait essayer, mais il n’irait pas très loin. Le chaos total serait trop patent et trop évident, même pour la bureaucratie et certainement pour les citoyens. Et cela est d’autant plus vrai que l’une des principales raisons avancées pour justifier l’intervention de l’État est qu’elle corrige le marché et rend le marché et l’économie plus rationnels. Évidemment, si le gouvernement était privé de toute connaissance des affaires économiques, il ne pourrait même pas y avoir un semblant de rationalité dans l’intervention gouvernementale. Il est certain que l’absence de statistiques anéantirait absolument et immédiatement toute tentative de planification socialiste »1.

Une fois exprimée en termes de divers indicateurs économiques, tels que les statistiques du PIB, l’économie est censée suivre la trajectoire de croissance définie par les planificateurs gouvernementaux. Ainsi, lorsque le taux de croissance tombe en dessous de la trajectoire de croissance définie, les décideurs du gouvernement et de la banque centrale sont censés donner à l’économie une impulsion appropriée au moyen de politiques fiscales et monétaires.

Périodiquement, cependant, les responsables gouvernementaux avertissent également que l’économie est en surchauffe, c’est-à-dire qu’elle croît trop vite. Dans ce cas, les responsables du gouvernement et de la banque centrale déclarent qu’il est de leur devoir de prévenir l’inflation.

Il faut bien comprendre qu’à aucun moment ladite économie n’a une vie propre, indépendante des individus. En outre, il n’est pas possible d’établir la production réelle totale étant donné que, arithmétiquement, nous ne pouvons pas ajouter des pommes de terre aux tomates. L’emploi de divers indices de prix ne résout pas ce problème.

Cela signifie que les divers indicateurs macro-économiques compilés par les statisticiens du gouvernement sont détachés du monde réel. Par conséquent, les diverses politiques visant à influencer une entité inexistante – l’économie – par le biais d’indicateurs fictifs portent atteinte au bien-être des individus.

Même les statisticiens du gouvernement américain admettent que tout cela n’est pas réel.

Selon J. Steven Landefeld et Robert P. Parker du Bureau of Economic Analysis :

« En particulier, il est important de reconnaître que le PIB réel est un concept analytique. Malgré son nom, le PIB réel ne l’est pas au sens où il peut, même en principe, être observé ou collecté directement, de la même manière que le PIB en dollars courants ne peut pas en principe être observé ou collecté en tant que somme des dépenses réelles en biens et services finaux dans l’économie. Les quantités de pommes et d’oranges peuvent en principe être collectées, mais elles ne peuvent pas être additionnées pour obtenir la quantité totale de production de « fruits » dans l’économie2. »

ENVIRONNEMENT SOUS CONTRAINTES ET MACRO-ÉCONOMIE

Pour réussir dans un environnement de marché sous contraintes, les entrepreneurs ont tendance à réagir aux conditions dominantes qui sont influencées par les politiques de la banque centrale et de l’État. Un homme d’affaires ne peut se permettre d’ignorer l’évolution de divers indicateurs économiques tels que le PIB, étant donné que les responsables du gouvernement et de la banque centrale réagissent aux changements de ces indicateurs.

Par exemple, si l’on s’attend à ce que la banque centrale resserre sa position monétaire en réponse à un renforcement du PIB, l’entrepreneur doit en tenir compte pour réussir dans son entreprise.

Dans un environnement difficile, les hommes d’affaires doivent essayer d’interpréter les différents indicateurs économiques en fonction de la façon dont les autorités vont y répondre et comment cette réponse va affecter leur environnement économique dans les mois à venir.

Il faut savoir qu’afin de construire les différents indicateurs économiques, le gouvernement s’occupe de collecter les données auprès des entreprises qui allouent des ressources pour fournir les informations au gouvernement.

La construction de divers indicateurs économiques génère des opportunités d’emplois pour les économistes et les experts dans d’autres domaines tels que les mathématiques et les statistiques.

Ces experts sont employés non seulement pour compiler diverses données économiques, mais aussi pour interpréter ces données et fournir des conseils aux entreprises.

AVONS-NOUS VRAIMENT BESOIN DE L’ÉCONOMIE DANS UN MARCHÉ LIBRE ?

Dans un environnement de marché libre, sans interférence de l’État et de la banque centrale dans le commerce, il n’est pas très utile de mesurer et de publier ces divers indicateurs économiques. Ce type d’information est peu utile aux entrepreneurs.

Dans un environnement de marché libre, quel usage un entrepreneur peut-il faire des informations sur le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) ?

Comment l’information selon laquelle le PIB a augmenté de 4 % peut-elle aider un entrepreneur à réussir dans son entreprise ? Par ailleurs, que faire des données montrant que la balance nationale des paiements est devenue déficitaire ou excédentaire ?

Pour Rothbard :

« Le consommateur individuel, dans ses déplacements quotidiens, n’a guère besoin de statistiques ; par la publicité, par les informations de ses amis et par sa propre expérience, il découvre ce qui se passe sur les marchés qui l’entourent. Il en va de même pour l’entreprise commerciale. L’homme d’affaires doit également évaluer son marché particulier, déterminer les prix qu’il doit payer pour ce qu’il achète et facturer pour ce qu’il vend, s’engager dans la comptabilité analytique pour estimer ses coûts, et ainsi de suite3. »

Le seul indicateur auquel les entrepreneurs prêtent attention est le bénéfice de l’activité qui les concerne. Plus le bénéfice est élevé, plus une activité commerciale particulière est en phase avec les souhaits des consommateurs.

Prêter attention aux souhaits des consommateurs signifie que les entrepreneurs doivent organiser la structure de production la plus appropriée à cette fin. Les informations sur les différents indicateurs macro-économiques ne seront pas d’une grande aide à cet égard.

Ce dont un entrepreneur a besoin, ce ne sont pas des informations macro-économiques générales, mais plutôt des informations spécifiques sur la demande des consommateurs pour un produit ou une gamme de produits. Les macro-indicateurs agrégés par le gouvernement ne lui seront pas d’une grande aide.

L’entrepreneur devra établir son propre réseau d’informations concernant une entreprise particulière. Seul un entrepreneur saura de quel type d’information il a besoin pour réussir dans son entreprise. Si l’évaluation de la demande des consommateurs par un entrepreneur est correcte, il réalisera un bénéfice. Une évaluation incorrecte entraînera une perte.

Le cadre des pertes et profits pénalise les entreprises qui ont mal évalué les priorités des consommateurs et récompense celles qui ont fait une évaluation correcte.
Le cadre des pertes et profits permet de s’assurer que les ressources sont retirées aux entrepreneurs qui ne prêtent pas attention aux priorités des consommateurs pour être transférées à ceux qui le font.

Selon Ludwig von Mises :

« Ainsi, les profits et les pertes sont générés par le succès ou l’échec de l’ajustement du cours des activités de production à la demande la plus urgente des consommateurs4. »

Nous avons vu que la construction de divers indicateurs économiques génère des opportunités d’emplois pour les économistes et les experts dans d’autres domaines tels que les mathématiques et les statistiques.

Ces experts sont employés non seulement pour compiler diverses données économiques, mais aussi pour interpréter ces données et fournir des conseils aux entreprises. Nous avons vu que dans un marché libre et sans entraves, les hommes d’affaires n’ont pas besoin d’indicateurs macro-économiques pour atteindre leurs objectifs. Cela signifie qu’il y aura probablement peu d’intérêt pour les services des économistes, des statisticiens et des mathématiciens.

Les données macro-économiques sont les moyens utilisés par les décideurs de l’État et de la banque centrale pour diriger l’économie vers le chemin de croissance fixé par ces décideurs. En règle générale, cette navigation aboutit à la menace du cycle d’expansion et de récession et à l’affaiblissement du processus de création de richesse. Par conséquent, pour prévenir la menace du cycle d’expansion et de récession et l’appauvrissement économique, il faut envisager de ne pas compiler et publier diverses données dites économiques.

Comme nous l’avons vu, ces données sont détachées de la réalité et par conséquent la réponse continue des décideurs politiques à un mirage sape le processus de création de richesse et donc le bien-être des individus.

Sur ce point, Rothbard affirmait :

« Les statistiques, je le répète, sont les yeux et les oreilles des interventionnistes : du réformateur intellectuel, du politicien et du bureaucrate de l’État. Coupez ces yeux et ces oreilles, détruisez ces lignes directrices cruciales pour la connaissance, et toute menace d’intervention étatique est presque complètement éliminée5. »

Traduction Contrepoints

Sur le web

  1. Murray N. Rothbard, Economics Controversies, Auburn, AL: Ludwig von Mises Institute, 2011, p. 337. ↩
  2. J. Steven Landefeld and Robert P. Parker, « Preview of the Comprehensive Revision of the National Income and Product Accounts: BEA’s New Featured Measures of Output and Prices in BEA, » Survey of Current Business, July 1995. ↩
  3. Rothbard, Economic Controversies, p. 337. ↩
  4. Ludwig von Mises, Profit and Loss, Auburn, AL: Ludwig von Mises Institute, 2008, p. 8. ↩
  5. Rothbard, Economic Controversies, p. 337. ↩

29 août, 2021

Le christianisme, le marxisme et la société libre

 par Michael von Liechtenstein

Malgré les morts et les terribles destructions causées par les régimes communistes, le marxisme connaît une résurgence ces temps-ci. Aussi troublant que cela soit, peut-être encore plus choquante est la montée rapide du sentiment anti-chrétien. Les deux tendances sont un danger pour la liberté, mais ensemble, elles forment un mélange encore plus alarmant.

Le marxisme a conduit à plus de meurtres que toute autre idéologie dans l’histoire de l’humanité. Avec les famines provoquées en Union soviétique (en Ukraine en particulier) et en Chine (dans le cadre du « Grand Bond en avant »), le nombre de meurtres à motivation politique dépasse facilement les 100 millions. Les purges ordonnées par Staline et Mao Zedong étaient horribles, mais dans d’autres pays communistes, beaucoup de sang a été versé au nom du marxisme. On pense au régime barbare de Pol Pot au Cambodge, qui a massacré près d’un quart de la population du pays.

Le communisme et le national-socialisme sont tous deux des idéologies inhumaines. Outre toutes les morts qu’ils ont causées et leur utilisation du terme « socialiste » pour décrire leurs points de vue, ils partagent autre chose en commun : la haine du christianisme, en particulier de l’Église catholique.

On aurait pu espérer que l’Occident réaliserait que le marxisme était un échec total

Ici, il faut noter que bien que l’Église catholique ait eu des relations officielles avec l’Allemagne nazie, elle est restée fermement opposée à ses politiques, en particulier sur la race et l’ethnicité. De nombreux prêtres catholiques ont été emprisonnés dans des camps de concentration. La position officielle du parti et de sa direction était farouchement anticatholique. La seule raison pour laquelle les nazis n’ont pas plus persécuté les catholiques, c’est parce qu’ils craignaient que cela affaiblisse l’effort de guerre.

Heureusement, il est généralement admis que le national-socialisme était une aberration horrible. De même, avec l’effondrement de l’Union soviétique, on aurait pu espérer que la plupart des occidentaux se rendraient compte que le marxisme n’était pas seulement une idéologie meurtrière et cruelle, mais aussi un échec économique et social total. Pourtant, il semble maintenant que de tels espoirs sont vains.

Le marxisme est à la mode

Aujourd’hui, la bureaucratie limite de plus en plus la liberté personnelle et les droits de propriété. Les programmes gouvernementaux, la hausse des impôts et la politique monétaire laxiste conduisent à un système « doux » d’expropriation et de redistribution. Certains aspects du politiquement correct deviennent des dogmes, étouffant un débat libre et ouvert. Dans certaines universités, cet état d’esprit dogmatique influence les enseignements.

Rares sont les médias et la classe politique qui voient un problème à ce que des personnes qui épousent des opinions marxistes obtiennent des responsabilités politiques importantes. Bien sûr, tout le monde a le droit de croire aux théories marxistes tant qu’elles ne les imposent pas aux autres. Mais l’élan de ce sentiment a atteint des proportions stupéfiantes. Il y a tout juste deux ans, Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, participait à l’inauguration d’un monument de Karl Marx et faisait l’éloge de son idéologie.

M. Juncker n’a payé aucun prix politique pour cette gaffe et n’a présenté aucune excuse. Pourtant, le marxisme, dans son essence, est incompatible avec la liberté et la démocratie.

Les sociaux-démocrates allemands tentent de diffamer le candidat démocrate-chrétien Armin Laschet

En revanche, la haine à l’égard du christianisme en général et de l’Église catholique en particulier, est en hausse en Europe. Malheureusement, des méfaits ont été commis au nom de l’Église, et par certains de ses fidèles, qui en portent la responsabilité. L’Église s’attaque maintenant à ces problèmes. Mais le christianisme a permis à une société libérale et laïque de s’épanouir

Etre chrétien ne nuit pas à la démocratie ou à une société libre. Bien au contraire. Le christianisme, avec ses notions de choix personnel et de liberté de conscience, est l’un des fondements qui a permis à une société libérale et laïque de s’épanouir.
Néanmoins, il y a une sorte de chasse aux sorcières en cours dans la politique européenne. Cela est devenu clair en 2004, lorsque le gouvernement italien a proposé au ministre des Affaires européennes Rocco Buttiglioni de prendre en charge le portefeuille de la Justice et des Affaires intérieures à la Commission européenne. Le président de la Commission à l’époque, José Manuel Barroso, a accepté la nomination. Le Parlement européen a cependant rejeté sa candidature en raison de ses opinions catholiques.

Il y a des preuves plus frappantes de cette tendance, et on peut même le voir aujourd’hui. Dans la campagne électorale allemande, les sociaux-démocrates tentent de diffamer le candidat démocrate-chrétien Armin Laschet comme étant sous l’influence « dangereuse » de l’Église catholique.

La popularité croissante de l’idée que le catholicisme pourrait être une menace pour la société est préoccupante. C’est d’autant plus inquiétant que le marxisme apparaît comme un moindre danger. Le mouvement anticatholique fait partie d’une vague croissante de propagande dogmatique contre la religion en général. De telles attaques sont dangereuses pour une société libre.

28 août, 2021

Le libéralisme, le socialisme, et l’héritage divisé des Lumières

 Les libéraux et socialistes héritent d’un même corpus idéologique. Ce qui les divise sont les implications politiques exactes de ces idéaux, en particulier le périmètre de l’intervention de l’État et la place de la propriété privée et des rapports marchands.

À quelques exceptions près, les différentes manifestations des idéologies libérales et socialistes s’inscrivent dans le prolongement de la philosophie des Lumières. Inversement, le mouvement des Lumières ne semble pas avoir produit beaucoup d’autres courants politiques, sinon les tendances républicaines et démocratiques modernes, le sécularisme, ou encore certaines doctrines productivistes comme le saint-simonisme. Libéralisme et socialisme sont donc les deux faces de la modernité politique.

QU’EST-CE QUE LES LUMIÈRES ?

L’historien Antoine Lilti y voit un « courant intellectuel et polyphonique, articulé à un ensemble de pratiques sociales, dont le point commun est de promouvoir l’usage public de la raison, c’est-à-dire une discussion ouverte sur un grand nombre de sujets jusque-là réservés au secret de l’État ou de l’Église ». Cette volonté d’émancipation suppose une prise de conscience de soi qui constitue « l’intuition inaugurale d’un rapport critique d’une société à elle-même ».

La philosophie des Lumières est un humanisme, au plan épistémologique et moral. L’être humain est rehaussé dans sa capacité à comprendre, par la science, le fonctionnement du monde naturel et social. Doué de raison, aspirant au bonheur, il peut découvrir les conditions de son propre bien, et doit pouvoir interroger les institutions de sa société, les comparer avec d’autres (à une époque passée ou à l’étranger), et les réformer si besoin.

La légitimité du pouvoir politique, des institutions sociales, dépend de leur aptitude à promouvoir l’épanouissement terrestre des individus, ce qui implique de limiter le pouvoir au profit des droits individuels. Par la technique et la législation, les hommes ont le pouvoir d’améliorer la société. Le rationalisme et l’eudémonisme des Lumières fondent donc une espérance dans le progrès de l’humanité.

Dans leurs variantes radicales, les Lumières contestent les hiérarchies sociales, le principe monarchique, l’existence du surnaturel et la nécessité d’une religion.

Enfin, la raison humaine dégage de l’étude de l’univers des vérités et des normes de portée universelle. La diffusion des idéaux humanistes laisse entrevoir la possibilité d’une paix perpétuelle, d’une évolution pacifique des rapports entre États, fondée sur le respect du droit international. Le commerce et les échanges culturels tirent les nations de l’isolement, des préjugés locaux, et participent au mouvement vers l’universalité.

LIBÉRALISME ET SOCIALISME : UN MÊME BUT MAIS DES MOYENS DIFFÉRENTS

Les libéraux et socialistes héritent de ce corpus idéologique initial. Ce qui les divise sont les implications politiques exactes de ces idéaux, en particulier le périmètre de l’intervention de l’État et la place de la propriété privée et des rapports marchands.

Comme l’a écrit le philosophe et économiste libéral Ludwig von Mises :

Socialisme et libéralisme ne se distinguent point par le but qu’ils poursuivent, mais par les moyens qu’ils emploient pour y atteindre. – Le Socialisme – 1922.

Comment ces chefs-d’œuvre libéraux que sont la Déclaration d’Indépendance des USA et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen justifient-ils les droits inviolables et sacrés de l’individu, sa liberté dans la limite de l’égale liberté de son compatriote, sinon au nom du « bonheur de tous » ?

Mais lorsqu’en 1795 Babeuf, le premier communiste moderne, attaque le droit de propriété privée, il le fait tout pareillement au nom de l’instauration d’une « société paisible et vraiment heureuse ».

Outre ces points communs, il existe une certaine perméabilité sociale entre ces deux familles de pensée. De nombreux intellectuels socialistes ou communistes –Pierre LerouxKarl MarxJean Jaurès ou William Morris– ont été libéraux dans leur jeunesse.

Inversement, certains libéraux ou quasi-libéraux, comme Raymond Aron étaient d’anciens socialistes (par exemple le fameux Friedrich Hayek). Un libertarien comme Bruno Leoni était un ancien marxiste, tout comme François Furet.

On pourrait du reste ajouter qu’entre ceux qui acceptent et ceux qui refusent la propriété privée des moyens de production, il existe les gros bataillons (qui m’ont toujours paru intellectuellement incohérents) des sociaux-démocrates. Comme les libéraux, les sociaux-démocrates admettent le capitalisme, le rapport de subordination salarial et ne contestent pas la propriété privée.

Mais contrairement aux libéraux, et comme les socialistes, les sociaux-démocrates considèrent la santé et le bien-être comme des buts politiques pouvant primer sur la maximisation de la liberté individuelle, ce qui les conduit à favoriser des politiques sociales, des institutions publiques comme les hôpitaux, une redistribution économique entre les classes sociales et une législation du travail limitant le pouvoir des capitalistes sur les salariés.

Dans ces conditions, on pourrait s’attendre à ce que les débats entre libéraux et socialistes soient relativement cordiaux, puisqu’ils s’opèrent sur fond de convergences philosophiques fondamentales. On sait que ce n’est guère le cas.

Pire encore, il est arrivé régulièrement que l’un de ces courants préfère nuire à l’autre en s’alliant aux extrémismes politiques. Du côté libéral, l’historien Ralph Raico a baptisé de « syndrome de Pareto » les dérives autoritaires, anti-démocratiques et fascistes d’anciens intellectuels libéraux, comme Vilfredo ParetoEugen Richter ou Theodor Heuss.

Du côté socialiste, on ne peut pas dire que tous les militants anticapitalistes ont eu la clairvoyance d’esprit d’Otto Bauer, lorsque celui-ci a refusé de déclencher une insurrection en Autriche, qui aurait profité à l’extrême gauche bolchévisée.

Tout ceci nous confirme une triste loi de la politique : les groupes idéologiquement proches se détestent souvent davantage que les groupes qui, n’ayant rien en commun, ne risquent même pas de se côtoyer.

Post-scriptum : La continuité entre Lumières et socialisme a été notamment analysée et revendiquée par Friedrich Engels (Socialisme utopique et socialisme scientifique, 1880), par Jaurès (Unité doctrinale du socialisme, 1891) ; elle est flagrante dans la Morale anarchiste de Kropotkine.

On pourra aussi lire : Zeev Sternhell, Les anti-Lumières. Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide, Saint-Amand, Gallimard, coll. Folio histoire, 2010, 945 pages.

L’impossible décroissance de l’État ? Les leçons de l’Histoire

 Les leçons de l’histoire nous apprennent que la guerre est toujours « pour les gouvernements un moyen d’accroître leur autorité » (B. Constant).

Par Jean-Philippe Feldman.
Un article de l’Iref-Europe

Le chef de l’État a martelé ces dernières semaines que nous étions en guerre, non pas face à des hommes certes, mais contre un virus. Or, qui dit guerre dit accroissement des pouvoirs de la puissance publique. Historiquement, la légitimité d’un État se construit en fonction de son pouvoir de protection. En effet, hormis les anarchistes, nul ne conteste que les gouvernants soient alors en première ligne.

Il n’en demeure pas moins que la croissance de l’État lors d’une crise est inquiétante, non seulement à court terme, mais encore et surtout à moyen et long termes. Le doyen Carbonnier tirait ainsi les conséquences des deux conflits mondiaux du XXe siècle : « Faire la guerre, ce n’est pas seulement piller et être pillé, c’est s’accoutumer à préférer le droit de la nécessité actuelle au respect des droits antérieurement acquis. En fait ces deux guerres ont déposé dans le droit français des habitudes de communisme militaire ».

UNE CROISSANCE ÉTATIQUE VERTIGINEUSE DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

La croissance de l’État a été vertigineuse au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. La part des dépenses publiques dans le PIB a crû de 20,1 % en 1938 à 40,9 % en 1947, puis 51,8 % dix ans plus tard. Rien d’étonnant à cela puisque, aux yeux de la plupart des penseurs de la Résistance, la faillite de la France d’avant-guerre était imputée à l’échec de la bourgeoisie capitaliste. Le programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 prônait une « démocratie économique et sociale », et une « organisation rationnelle de l’économie » sous l’égide de la puissance publique.

Le prestige de l’URSS s’y ajoutant, de même que le soutien de nombre d’intellectuels, le principe des nationalisations massives et de la planification reçut une large approbation en 1944-1945. Les nationalisations aboutirent au passage de 1,2 million de salariés au secteur public, soit 10 % de la population active. Lors du plan Monnet pour la période 1945-1950, l’État financera entre la moitié et les deux tiers des investissements productifs.

Beaucoup plus intéressante, nous semble-t-il, est la période qui suit la Première Guerre mondiale car, alors, la liberté du commerce et de l’industrie avait encore de nombreux défenseurs. Le Bloc national remporta d’ailleurs les élections législatives de 1919 avec pour programme la fin de l’étatisme en matière industrielle. On aurait donc pu prédire que la baudruche étatique se dégonflerait massivement et rapidement.

Mais il y eut loin de la coupe aux lèvres. En effet, durant le conflit, l’État s’était doté de multiples bureaux d’achat et de répartition, de consortiums, administrés en majeure partie par des militaires. Or, début 1926, 16 offices subsistaient encore. Aucun grand monopole d’État ne fit retour au secteur privé après-guerre et lorsque Poincaré proposa au Parlement à deux reprises, en 1924 et 1927, la privatisation du monopole des allumettes, il échoua en dépit de son grand prestige.

TOUJOURS PLUS D’INTERVENTIONNISME

Les mesures interventionnistes ne cessèrent de pleuvoir dès la fin de la guerre. Voici comment un auteur énumère en 1921 les différents métiers exercés par les pouvoirs publics : assureur, banquier, boulanger, constructeur, éleveur, entrepreneur et architecte, exploitant, fabriquant, fournisseur, graveur et mouleur, imprimeur, métallurgiste. Cinq ans plus tard, on put écrire que l’État était passé de la formule « tout par moi » durant la guerre à « rien sans moi » après.

Pour ne donner que quelques exemples, l’État accrut son autorité sur plusieurs secteurs de l’industrie, développa ses participations directes et renforça la règlementation des concessions. Même Poincaré décida entre 1926 et 1928 de lancer une politique de grands travaux. La loi du 16 octobre 1919 donna à l’État la propriété de l’énergie des cours d’eaux, lacs et marées. Il ralentit en permanence la hausse des tarifs, quitte à fragiliser les entreprises électriques.

Il usa des techniques de gestion industrielle par les procédés de l’office ou du service public industriel et commercial, et il se servit de sociétés d’économie mixte pour marier fonds publics et capital privé. Il s’intéressa de plus en plus au service des transports et il sauva ainsi de la faillite en 1920 la Compagnie des messageries maritimes.

L’année suivante, une loi disposa que l’État comblerait les dettes des compagnies de chemins de fer… dont il était en partie à l’origine du fait d’un alourdissement du cahier des charges sans compensation tarifaire équivalente, à l’image du secteur électrique.

En substance, ainsi que l’écrivait Benjamin Constant, les leçons de l’histoire nous apprennent que la guerre est toujours « pour les gouvernements un moyen d’accroître leur autorité ». En effet, « si elle ne conduit pas tout à coup au despotisme, soulignait Alexis de Tocqueville, elle y amène doucement par les habitudes ». Prenons garde à nos habitudes, si nous ne voulons pas jouer avec l’histoire.

Jean-Philippe Feldman publiera prochainement Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron (préface de Mathieu Laine, Odile Jacob).