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25 avril, 2021

La démocratie est-elle un modèle universel ?

par Jean-Philippe Delsol

La démocratie a besoin de notre détermination. Elle n’est pas toujours bonne, mais nous savons que les tyrannies sont mauvaises. Ne les soutenons d’aucune manière. Ne leur donnons pas d’avantages préférentiels. Et faisons en sorte que notre démocratie puisse servir de modèle.

Il y eut un temps, où Rome crut pouvoir faire régner la paix sur toute la terre qu’il dominait. Il y en eut un autre, après la chute du mur, où le monde se mit à rêver que la démocratie représentait la fin de l’histoire. C’est ce que prophétisait alors Francis Fukuyama, même s’il expliqua ensuite qu’il utilisait ces termes au sens hégélien selon lequel l’histoire est un processus sans fin. Les révolutionnaires de 1789 se faisaient un devoir de faire partager leur idéal à tous les peuples. Ce qui a aussi sans doute guidé, du moins en partie, Napoléon, les colonisations et les guerres américaines dans le monde. Mais la démocratie reste l’exception et la liberté la part congrue des démocraties elles-mêmes. Partout le monde demeure ce qu’il est, à la merci des ambitions et des prétentions humaines, à la portée de toutes les tyrannies. Dans les continents qui se sont libérés de la colonisation occidentale totale ou larvée, le passé et la nature des peuples a repris le dessus pour se livrer à des régimes politiques qui renouent avec leur histoire, très loin de la démocratie même quand ils en portent encore le nom. Et tandis que le monde n’a jamais été aussi ouvert aux possibilités d’échange, par les facilités du transport et de la communication notamment, de nombreux pays ou régions du monde manifestent leur particularité et entendent la faire reconnaitre et accepter par la communauté internationale.

La légitimation impossible de la tyrannie

Au forum numérique de Davos de cette année, Xi Jinping a rappelé que chaque pays était unique dans son histoire, sa culture et son système social, ce que les Européens ne nient pas. Il en a conclu que les Occidentaux n’avaient pas à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine, notamment au regard de sa politique à Hong Kong ou avec les Ouïgours. Erdogan justifie ses exactions par les vertus de l’islam qui ne saurait dissocier religion et politique. Il fonde son populisme sur la nostalgie de l’empire ottoman et des dynasties qui l’ont précédé.

Cette marque impériale est celle de la Chine, mais peut-être aussi celle de la Russie poutinienne qui utilise les ancrages culturels de l’orthodoxie dans l’empire byzantin pendant un millénaire. Dans cette pseudo démocratie tout lien avec l’étranger sert de prétexte à condamnation, un rien permet d’empêcher les opposants, comme la députée municipale de Moscou Ioulia Galiamina, de se présenter aux élections, quand ils ne sont pas assassinés, les journalistes d’investigation sont suspectés et empêchés de faire leur travail. La religion est ailleurs instrumentalisée pour servir consolider un pouvoir populiste, comme en Inde où l’indouisme sert la propagande identitaire de Modi et la violence contre les chrétiens et les musulmans. Dans tous les cas, il s’agit de légitimer des sortes de « régimes impériaux ». Ces pays se moquent de l’état de droit et siègent à l’ONU dont ils ont approuvé sans vergogne la Charte qui leur interdit de se comporter comme ils le font.

La démocratie est le meilleur des régimes…

En fait, les nouveaux tyrans du monde veulent redéfinir le mot même de démocratie pour justifier leurs turpitudes. Ce que déjà le communisme avait fait en inventant la « démocratie populaire ». Il ne faut pas se laisser leurrer.

Avec Churchill, acceptons volontiers que « la démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres. » Mais le caractère universel de la démocratie, s’il existe, ne réside pas dans son système formel de représentation élective, même s’il est nécessaire, mais dans sa pratique de la séparation des pouvoirs, le respect des libertés humaines…, un état de droit. Ce qui fait la grandeur de la démocratie est précisément ce que ne veulent pas prendre en compte les régimes impériaux. La démocratie est ouverte et tolérante. Elle ne doit pas être idiote pour autant.

Chaque pays est libre d’adopter le système politique de son choix. Mais il est du devoir des démocraties de protester quand les droits humains élémentaires sont bafoués. Il ne faut pas se priver de commercer avec ces régimes, mais il ne faut pas les encourager, même quand ils sont en Europe, à poursuivre leurs forfaits. Il est regrettable par exemple que la France ait accordé dans sa promotion du 1er janvier 2021 la légion d’honneur à M. Ivanichvili, le président démissionnaire de la Géorgie, un oligarque sans foi ni loi : son ministre de l’intérieur était son ex garde du corps, son ministre de la défense était l’ancien agent de son fils rappeur, sa ministre de la santé était l’ancienne dentiste de sa femme et le procureur général, son avocat personnel… ! Et il ne faut pas être naïf : le président Xi avait annoncé publiquement en 2015 "vouloir étendre l’état de droit à tout le pays", convaincu qu’une justice effective est une nécessité pour la consolidation d’une économie et d’une société modernes en Chine. On sait ce qu’il en a fait : la Chine viole l’espace aérien et maritime de ses voisins, ment sur les vaccins, instaure une surveillance de tous, lave le cerveau des étudiants, poursuit sa politique de manipulation et répression religieuses….

Suivons plutôt l’exemple de Londres qui s’est opposé vigoureusement à la « barbarie » de Pékin à l’encontre des Ouïgours et a condamné durement les graves violations du statut de Hong Kong par Pékin. Après avoir à tort critiqué Trump à ce sujet, Biden a eu raison de manifester sa sympathie active à l’égard de Taïwan. Souhaitons que les Allemands n’achèvent pas le gazoduc NordStream 2 qui approvisionnerait l’Allemagne en gaz russe au bénéfice financier de la Russie d’un Poutine qui continue d’essayer d’assassiner Navalny.

La démocratie a besoin de notre détermination. Elle n’est pas toujours bonne, mais nous savons que les tyrannies sont mauvaises. Ne les soutenons d’aucune manière. Ne leur donnons pas d’avantages préférentiels. Et faisons en sorte que notre démocratie puisse servir de modèle. Ce qui exige que les pays occidentaux déjà respectent mieux nos libertés qu’ils bafouent eux-mêmes tous les jours dans une centralisation accrue aux niveaux national et européen, dans la multiplication insensée des règlementations, dans un conformisme sociétal qu’ils veulent imposer à tous, dans un égalitarisme qui fait disparaitre le particularisme personnel… Faire prévaloir la démocratie, c’est aussi et d’abord reconnaître que la société est faite pour les hommes et non l’inverse.

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