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18 décembre, 2021

Piketty : les mêmes tromperies sur les riches même s’il reconnaît que les pauvres se sont enrichis

 par Nicolas Lecaussin

Le Rapport 2022 sur les inégalités dans le monde vient d’être rendu public par la Paris School of Economics que dirige Thomas Piketty. D’emblée, l’attention du lecteur est attirée – comme à chaque rapport d’ailleurs – sur l’accroissement des inégalités dans le monde. Mais une analyse plus fouillée du rapport démontre que certaines positions de Piketty, surtout celles concernant les pauvres, ont bien changé.

« Plus d’inégalités dans certains pays mais aussi moins d’inégalités entre les pays »

Selon les auteurs, les inégalités de revenus et de patrimoine seraient aujourd’hui très fortes. En 2021, un adulte gagne en moyenne 16 700 euros par an (23 380 dollars) et possède en moyenne 72 900 euros de patrimoine (102 600 dollars). Mais ces moyennes masqueraient des disparités considérables, à la fois à l’intérieur des pays et entre eux. Actuellement, les 10 % les plus riches de la planète gagneraient 52 % du revenu mondial, tandis que la moitié la plus pauvre n’en gagnerait que 8 %. Et un individu appartenant aux 10 % des plus hauts revenus gagnerait en moyenne 87 200 euros par an (122 100 dollars), tandis que celui qui appartient aux 50 % des revenus les plus bas en gagnerait 2 800 euros (3 920 dollars).

La moitié la plus pauvre de la population mondiale serait pratiquement dépourvue de patrimoine, puisqu’elle ne possèderait que 2 % du total. À l’inverse, les 10 % les plus riches en détiendraient 76 %. Le patrimoine moyen de la moitié la plus pauvre se monterait à 2 900 euros par adulte (soit 4 100 dollars), celui des 10 % les plus riches à 550 900 euros par adulte (771 300 dollars). Les causes de ces inégalités ? Selon le rapport, « depuis les années 1980, les inégalités de revenus et de patrimoine sont en augmentation presque partout, à la suite de programmes de dérégulation et de libéralisation qui ont pris des formes différentes d’un pays à l’autre.

Que le privé possède une part plus importante des richesses n’est-il pas une très bonne nouvelle ?

Cette augmentation n’a pas été uniforme : spectaculaire dans certains pays (notamment aux États-Unis, en Russie ou en Inde), elle a été plus modérée dans d’autres (en Europe, en Chine) ». Pourtant, on peut aussi lire que « si les inégalités se sont creusées dans la plupart des pays, les inégalités entre pays se sont quant à elles amoindries au cours des deux dernières décennies. ». Les auteurs reconnaissent donc que les pays se sont bien enrichis durant cette période : « Le monde reste aujourd’hui particulièrement inégalitaire, et ce malgré le rattrapage économique et la forte croissante des pays émergents. Cela signifie en outre que les inégalités intérieures pèsent aujourd’hui davantage que les inégalités entre pays (…) Ces quarante dernières années, les pays se sont nettement enrichis, mais les États nettement appauvris. La part de patrimoine détenue par des acteurs publics est proche de zéro ou négative dans les pays riches, ce qui signifie que la totalité de la richesse se trouve aux mains du privé ». Que le privé possède une part plus importante des richesses n’est-il pas une très bonne nouvelle ? Faut-il des économies comme en Chine et en Russie avec un Parti et des apparatchiks mafieux qui possèdent les entreprises et dirigent tout ?

L’une des plus importantes conclusions du rapport est que 2020, année de la pandémie, a été une excellente période pour devenir milliardaire, leur nombre ayant connu la plus forte augmentation jamais enregistrée. Les 0,01 %, un « club » comptant quelque 520 000 membres sur la planète, a vu sa part dans la richesse mondiale passer d’environ 10 % à 11 %, les autres grimpant à 3,5% contre environ 2% avant la pandémie. Les données et la méthodologie utilisées dans ce rapport posent quelques problèmes que l’IREF a déjà soulevés. Un autre réside dans le fait que les auteurs ne précisent pas assez le profil de ces riches : ce sont des entrepreneurs, parmi lesquels beaucoup de jeunes et de femmes, qui ont créé des centaines de milliers d’emplois. Ensuite, l’équipe de Piketty note que les confinements ont pesé sur les revenus, en particulier ceux des ménages les plus pauvres. Oui, nous l’avons souligné aussi à l’IREF et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons été contre ces mesures.

Piketty reconnaît, à mi-voix, que néanmoins les pauvres s’enrichissent.

Mais Piketty ne semble pas se soucier des politiques monétaires menées durant cette période, qui ont gonflé les prix et fait exploser l’inflation, la pire ennemie des pauvres.

Enfin, comme il l’a fait dans son dernier livre, Piketty reconnaît, à mi-voix, que néanmoins les pauvres s’enrichissent. Un graphique à la page 15 montre que depuis 1995, la richesse des 50 % les plus pauvres du monde a augmenté de 3 à 4 % par an. Un autre graphique à la page 61, intitulé « La courbe de l’éléphant des inégalités mondiales », montre que les 50 % des personnes les plus pauvres du monde ont vu leurs revenus augmenter de 50 % à 200 % entre 1980 et 2020 ! Piketty le sait très bien : la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (1,90 dollar par jour) selon les critères de la Banque mondiale, est tombée à près de 8% en 2019, la proportion la plus faible jamais atteinte.

(Voir tableau1)

On remarque donc que la situation des pauvres s’est bien améliorée depuis qu’il y a plus de privatisations et moins d’Etat. Au lieu d’en tirer les bons enseignements, Piketty&Co conseillent toujours les mêmes remèdes périmés qui traînent sur les étagères de leurs officines : plus de redistribution des richesses et mise en place d’un impôt progressif sur la fortune des multimillionnaires. « Étant donné le niveau atteint par la concentration des patrimoines, un impôt progressif léger serait susceptible de faire rentrer des recettes significatives dans les caisses des États. Les derniers développements en matière de taxation internationale montrent qu’il est bel et bien possible d’aller vers des politiques économiques plus justes, à l’échelle de la planète comme au niveau national ». On ne change pas de leurre quand il marche.

(Voir tableau2)


Tableau 1


Tableau 2



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