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26 août, 2020

La société est bien un marché


« La main invisible du marché » est le reproche constant adressé aux libéraux pour dénigrer cette philosophie du droit. Ce qui amène à s’interroger sur ce qu’est véritablement un marché, dont les incidences économiques comme géopolitique sont fortes. Attaquons d’abord une idée reçue : Adam Smith n’a jamais utilisé l’expression « main invisible du marché ». Il parle, dans son œuvre, de la main invisible de Dieu, qui ordonne les sociétés, mais sans faire de lien avec le marché. L’expression a été créée a posterioriet fait florès depuis. Par Jean-Baptiste Noé.
Ni l’État ni le marché n’existent
Le marché est attaqué de toute part, car pourvu de tous les maux : créateur d’inégalité, d’injustice, de pauvreté, etc. Il faudrait donc forcément réguler le marché, grâce à une intervention extérieure (l’État) qui serait nécessairement bonne. Ainsi, à un marché producteur de mal s’oppose l’État, par essence vecteur de bien. Demeure ancrée dans l’idée collective que si l’État fait quelque chose, il le fait nécessairement bien. L’État, par essence, est tourné vers le bien commun, vers l’intérêt général, vers l’amélioration de la société. L’État stratège est bon quand le marché libre est mauvais. Au regard de l’histoire économique, rien ne permet d’étayer une telle thèse. Aucune des entreprises gérées par l’État ou par une administration n’a jamais réussi. Aucune invention, aucun progrès technique, ne fut le fait de l’État ou de l’administration. Croire en la bonté innée et naturelle de l’État est un mythe. Tout comme croire en l’existence du marché. En réalité, ni l’État ni le marché n’existent. Ce sont au mieux des fictions juridiques, au pire des mythes oniriques.
Les adversaires des libertés cèdent bien souvent au panthéisme social. Ils parlent de l’État, des riches, des pauvres, du peuple, du marché, toutes choses qui n’existent pas. Ce qui existe, ce sont des personnes. Certaines de ces personnes travaillent dans des administrations, et cela contribue à créer une entité qui a une valeur juridique au niveau international et que l’on appelle l’État. D’autres personnes s’insèrent dans une organisation humaine de marché. Ces personnes ont des revenus différents et, selon les classements effectués, on va en déduire que certaines sont riches et d’autres pauvres. Ces personnes forment des groupes sociaux et culturels variés et hétérogènes, que l’on regroupe souvent sous le vocable unique de « peuple », alors que l’unicité n’est pas de mise. Le panthéisme social du socialisme fonctionne par synecdoque ; ses penseurs ayant tendance à projeter sur les groupes ainsi définis leurs propres pensées.
Il en va ainsi du marché, qui n’est ni invisible ni omniscient. Le marché n’existe pas. Ce qui existe, ce sont des personnes, qui font des échanges, qui développent des activités bénévoles ou lucratives et qui interagissent entre elles. Pour ordonner ces personnes et pour régler les conflits qui ne manquent pas de surgir, il est nécessaire de créer des règles et de nommer des arbitres chargées de les faire respecter. D’où la naissance du droit. C’est là le clivage principal qui existe entre les socialistes et les libéraux. Les premiers croient dans le panthéisme social et nient l’existence des personnes ; les seconds au contraire affirment la primauté de la personne et comprennent l’importance d’établir une société de droit, garante du bon fonctionnement du marché.

Les marchés urbains
Les marchés urbains sont de bons exemples de ce qu’est véritablement un marché. Ils sont organisés dans un lieu restreint, souvent central, pour faciliter la venue des acheteurs. Ils contribuent donc à façonner l’organisation spatiale des villes. Loin d’être uniformes, ils s’expriment dans la diversité. On y trouve des marchands de fruits, de viandes, de pain, des vendeurs d’outils, de vêtements, etc. Le marché permet l’épanouissement des qualités de chacun : les commerçants sont libres de vendre tels ou tels produits et ils le font en fonction de leurs appétences et de leurs goûts. Le marché est donc le reflet de la variété et de la diversité des personnes humaines. Loin de produire de l’uniformisation, il favorise au contraire l’éclosion de tous les talents et de toutes les expressions humaines.
Si le droit garantit le bon fonctionnement du marché, c’est sur la confiance qu’il repose. Un primeur pourra bien vendre une fois des fruits gâtés, l’information se propageant à partir des clients floués, il ne pourra pas voler une seconde fois ses clients ; l’image de marque étant beaucoup plus difficile à construire qu’à détruire. En permettant la concurrence et la compétition, le marché encourage le plein développement des personnes. Du fait de la concurrence et de la responsabilité, il tire les hommes vers le haut et donc contribue au développement des sociétés. Ce n’est pas un hasard si les régions les plus riches et les plus développées sont celles qui possèdent des marchés de grande valeur. Dans l’histoire, on retrouve les foires de Champagne, qui ont contribué au développement économique, matériel et culturel de Troyes et de Châlons-en-Champagne. Si Paris est devenue puis restée la capitale de la France, c’est entre autres grâce à la présence de lieux de marchés de premier plan : la foire du Lendit à Saint-Denis, le quartier des halles, Rungis aujourd’hui.

Le marché favorise la diversité
Le marché contribue ainsi à la mise en place de ce double phénomène, apparemment contradictoire, mais en réalité lié : l’ouverture vers des horizons de plus en plus larges et l’approfondissement des cultures locales. Plus un marché est important, plus il a des ramifications vers des zones géographiques éloignées. Les foires de Champagne étaient ainsi en contact avec la Lombardie et la région de Sienne, avec les Flandres et l’Angleterre, et même l’Orient avec les marchands de Gênes. Rungis est aujourd’hui en contact avec le monde entier, recevant des produits aussi bien d’Afrique que d’Amérique latine. Cette ouverture au monde n’éteint pas les terroirs locaux, au contraire. Ce qui fait la richesse des terroirs d’Île-de-France, c’est la présence du marché parisien. Pour satisfaire un marché de qualité, possédant l’avoir et le savoir, les producteurs ont dû et ont pu se surpasser dans la réalisation de leurs produits. D’où les vins de Champagne et du Val de Loire, les céréales de Beauce, les fromages de Normandie et de Brie et aujourd’hui les technologies de Saclay. Dans son Histoire de la vigne et du vin en France, le géographe Roger Dion a bien démontré comment la présence d’un centre urbain important, donc d’un marché, est primordial dans la naissance et le développement d’un grand cru. S’il n’y a personne pour acheter et consommer des vins de qualité, alors il n’y aura aucun vigneron pour en faire.
La diversité des personnes humaines regroupées en marché contribue donc à créer et à développer la diversité culturelle et sociale de la société. On voit bien comment, dans leurs typicités et organisations, les marchés de Provence sont différents de ceux de Bretagne et d’Auvergne. Le marché ne signifie pas la primauté de l’argent, comme le croient encore les socialistes de droite. Il assure la pleine expression des talents de chaque personne et les échanges entre elles. Pour fonctionner correctement, il a besoin de règles de droit claires, compréhensibles par tous et défendables par tous. S’il favorise l’inégalité des talents, il ne peut donc que promouvoir l’égalité juridique, condition sine qua nonde son existence et de son développement. C’est cela qui constitue la véritable justice.

Le trou noir de l’administration
Pourquoi est-ce qu’une administration ne peut, par essence, que faire moins bien qu’un marché ? Parce que dans un marché les personnes sont regroupées entre elles selon les principes du respect des libertés, de la responsabilité et de l’ordre juridique. Dans une administration, les libertés des personnes sont fortement réduites, la responsabilité est presque inexistante et l’ordre juridique est souvent bafoué. Dans l’Éducation nationale, par exemple, les professeurs ne peuvent pas choisir les villes et les établissements où ils souhaitent travailler, tout comme les chefs d’établissements ne peuvent pas choisir leurs personnels, contrevenant ainsi aux libertés de base de l’ordre social. La responsabilité est inexistante également puisque l’on progresse non en raison de ses talents, mais de son âge. Rien ne pousse à être meilleur, c’est même souvent l’inverse puisque les meilleurs se distinguent et une administration ne supporte pas la distinction. Une administration n’est donc pas une organisation optimale pour les personnes, contrairement à une organisation en marché. Il n’y a nulle main invisible du marché, il y a des personnes qui s’organisent et échangent entre elles, parfois dans la coopération, parfois dans la violence. Les étatistes croient au contraire en la main supérieure et infaillible de l’État stratège, sorte de dieu sauvage qui a toujours raison. Celui-ci bafoue souvent le droit et ne respecte pas ses propres lois. Il n’est donc pas étonnant que les États ou les villes qui refusent l’organisation humaine en marché soient les plus pauvres et les moins développés. Ce n’est pas un accident de l’histoire, c’est inhérent à leur structuration.
Il est donc curieux de reprocher à la société d’être un marché, c’est-à-dire un lieu d’échanges, d’innovations, de rencontres, de diversités. Il faut espérer, au contraire, que les personnes humaines puissent s’organiser en marché, car seule cette organisation permet de sortir des rivalités mimétiques de la tribu et d’assurer un ordre de paix et une concorde commune. L’organisation humaine en administration a plus à voir avec l’ordre tribal qu’avec l’ordre juridique. Refusant les libertés et les inégalités humaines (c’est-à-dire les différences humaines), elle ne peut que faire preuve de violence et de coercition pour contraindre les personnes à adopter les modes de vie imposés par ceux qui ont le pouvoir. C’est le propre du socialisme urbain d’aujourd’hui, qui a décidé de contrôler et de diriger les modes de vie en choisissant pour les personnes les lieux où elles doivent habiter, travailler et comment elles doivent vivre. Les imperfections du marché sont les imperfections des personnes. On n’améliore pas une société en transformant ses structures, mais en développant les vertus chez les personnes. Loin de la chimère dirigiste, c’est d’abord une œuvre d’éducation qu’il faut mener.

02 juillet, 2020

La mondialisation : le meilleur remède contre la crise sanitaire

La mondialisation doit être perçue comme une solution pour lutter contre la crise du coronavirus, et non comme une cause de l’ampleur qu’a pris celle-ci.
La mondialisation a souvent été accusée d’être la cause de la crise sanitaire, économique et sociale que l’humanité connaît aujourd’hui, plus particulièrement lorsque l’on parle de la rapidité de l’extension du virus, de la dépendance du monde envers la Chine, ou de l’incapacité du capitalisme à produire les équipements médicaux.
Les altermondialistes et autres écologistes ont pu également se réjouir de constater la baisse des émissions de dioxyde de carbone que les confinements et restrictions à travers le monde ont engendré. Implicitement, ce qui était en cause, c’est l’immense activité et le dense réseau d’échanges qui font circuler les hommes… et les maladies. La mondialisation est-elle pour autant une des causes de l’étendue qu’a pris la crise du coronavirus ?

NON, LA MONDIALISATION N’EST PAS UNE CAUSE DE LA CRISE

D’autres épidémies se sont répandues très rapidement avant la mondialisation que nous connaissons actuellement, avant que les marchés et le tourisme ne s’étendent à toute la planète. Cela a été le cas pour la peste bubonique au XIVe siècle par exemple. Les virus n’ont jamais attendu le capitalisme ou l’industrie pour ravager les populations humaines aux quatre coins du monde.
Quant à la dépendance du monde envers la Chine, même s’il est vrai que la Chine exporte des milliers de marchandises partout dans le monde et représente une puissance économique incontestable, elle est tout aussi dépendante des autres pays du monde. La mondialisation permet de mettre chaque secteur en concurrence pour offrir des services variés et abordables pour tous.
En ce qui concerne les lacunes en termes d’équipements médicaux, c’est précisément la mondialisation qui permettra la coopération de milliers de scientifiques et d’industries pharmaceutiques pour contrer l’épidémie. C’est grâce à la mondialisation et à la concurrence qu’elle organise que des vaccins ou traitements antiviraux pourront être trouvés et circuler dans le monde et que la recherche avance.
L’ouverture des économies nationales sur un marché mondial, qui entraîne une interdépendance croissante des pays tout autour du globe, doit être perçue comme une solution pour lutter contre la crise du coronavirus, et non comme une cause de l’ampleur qu’a pris celle-ci. C’est bien en mobilisant les ressources de la planète que nous pourrons lutter de manière sérieuse contre la crise.
Les initiatives se sont développées partout sur la planète grâce à la mondialisation pour lutter contre le virus, pour organiser l’entraide, et pour gérer au mieux les répercussions directes.
La théorie qui s’y oppose est celle de la priorité de la souveraineté nationale. Mais les États en général n’ont pas anticipé le choc de la crise. Les pénuries que nous avons connues, comme les pénuries de masques ou de gels hydroalcooliques, résultent notamment de la défiance envers un marché que nos édiles sont incapables de contrôler.

LES INNOVATIONS ET LA DÉCENTRALISATION DES PROCESSUS DE RECHERCHE GRÂCE À LA MONDIALISATION

Nous l’avons souvent entendu dernièrement : les pandémies ont touché le monde de tout temps. Si on nous laissait le choix de l’époque à laquelle nous aurions du subir une épidémie, nombreux d’entre nous choisiraient l’année 2020. Pourquoi ? Grâce aux innovations que la mondialisation a permis.
Certes, nous avons eu besoin de plus de respirateurs pour prendre en charge les malades et cela a eu des conséquences malheureuses, mais en 1950, le monde ne comptait qu’un seul respirateur en tout et pour tout. Nous pouvons lire le génome du virus en une semaine, ce qui n’avait jamais été fait avant 1995.
Les équipes de recherche, les entreprises pharmaceutiques et les autorités sanitaires, où qu’elles se trouvent dans le monde, ont pu entrer en contact, se concurrencer mais également collaborer et confronter leurs idées pour mettre au point notamment un test de dépistage en seulement six jours.
Il a fallu 3000 ans à l’humanité pour mettre au point des vaccins contre la variole et la poliomyélite, mais trois mois seulement après la découverte du Covid-19, la Bibliothèque nationale de médecine américaine a dressé une liste de 282 médicaments et vaccins potentiels.
Les avantages d’un monde ouvert sont nombreux, qu’il s’agisse de la recherche scientifique, de l’exportation de matériel ou de la communication entre les pays. Un autre exemple flagrant de ces bienfaits des économies ouvertes est la dépression économique causée par les fermetures de frontières, par le fait que nous ne nous rencontrons pas, que nous n’allons pas au travail, que nous ne commerçons plus ou moins, et que nous ne voyageons pas.

L’IMPORTANCE DES SOCIÉTÉS OUVERTES ET DES MARCHÉS LIBRES

La mondialisation est le fruit du progrès humain. C’est ce progrès qu’il faut continuer d’encourager et de soutenir.
Nous devons impérativement être libres d’explorer de nouvelles connaissances, de nouvelles sciences et de nouvelles technologies pour en échanger les résultats entre eux, par-delà les sociétés et les frontières. C’est ce qui permet à chaque secteur d’innover et d’être efficace tant en termes de production que de partage.
Même si depuis toujours les crises déclenchent des mécanismes de peur ou de fuite qui poussent les autorités à fermer des frontières et à chercher des boucs émissaires,  nous devons nous battre pour des sociétés ouvertes et des marchés libres, avec des gouvernements limités qui protègent l’État de droit.

11 juin, 2020

Libéralisme et pandémies

La pandémie rappelle aux libéraux la différence entre un État limité et un État incompétent. Elle devrait nous convaincre de la supériorité de la démocratie libérale sur l’autoritarisme et du marché sur le monopole étatique.

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Par Tom G. Palmer, depuis les États-Unis.
Les événements majeurs sont toujours l’occasion de confirmer la vision du monde de chacun. La présente pandémie n’échappe pas à cette règle. Le propagandiste du Parti communiste chinois Dong Yuzhen a conclu que « les avantages du système chinois ont une fois de plus été démontrés depuis l’apparition du coronavirus« .
Pour la congressiste américaine Alexandria Ocasio-Cortez la pandémie a montré que « nous avons besoin à la fois d’un moratoire sur la dette et d’un revenu de base universel dès maintenant ».
Et moi, en tant que libéral, devrais-je conclure que la pandémie prouve que nous avons besoin de marchés plus libres ?
Cela dépend des preuves. Et pour tout le monde, ce devrait être l’occasion de réfléchir au rôle que les États devraient et ne devraient pas jouer.

POUR UN ÉTAT LIMITÉ

Je suis pour un État limité. Parmi les fonctions d’un État limité figure la protection de la santé publique, c’est-à-dire les menaces pour la santé qui ont des retombées majeures, dans le cas présent une maladie contagieuse dangereuse.
Avoir un rôle légitime ne signifie pas pour autant que les gouvernants doivent entraver les initiatives de la société civile.
En Allemagne et en Corée du Sud, pour prendre deux pays démocratiques libéraux, des tests ont été disponibles en janvier et ont été produits en masse par des entreprises privées. L’administration américaine Trump a adopté une approche socialiste autoritaire lorsque la Food and Drug Administration (FDA) a refusé d’admettre les tests étrangers et a accordé un monopole à une autre agence gouvernementale, les Centers for Disease Control and Prevention, qui a alors procédé à la fabrication et à la distribution de tests contaminés et donc inutiles.
Selon le Dr. Anne Schuchat du CDC, ils ne pensaient pas « qu’il nous fallait le test de quelqu’un d’autre ». C’est seulement le 29 février que la FDA a finalement autorisé les laboratoires non gouvernementaux à commencer les tests. Cela a coûté du temps et des vies.
Aux États-Unis, nous avons assisté à un mélange de monopolisation, de suppression délibérée du secteur privé et d’incompétence à une échelle étonnante.
Maintenant, sur qui rejeter la faute ? Sur les entreprises privées qui n’étaient pas autorisées à produire des tests, ou sur les agences gouvernementales qui les monopolisaient et produisaient ensuite des tests inutiles ? Certains trouveront peut-être difficile de répondre à cette question.

ÉTAT LIMITÉ ET ÉTAT INCOMPÉTENT

Pour les libéraux comme moi – et c’est un rappel important pour ceux qui travaillent à limiter le pouvoir de l’État – il importe de distinguer un État limité d’un État incompétent. Le gouvernement doit s’acquitter de ses fonctions légitimes avec efficacité et efficience, et ne pas les outrepasser. Être pour un État limité n’est pas la même chose qu’être « anti-État ».
Cela nous montre également que, lorsque l’État s’endette massivement (des milliards de dollars par-ci, des milliards par-là, comme l’a dit le défunt sénateur américain Everett Dirksen il y a bien des années, à propos de millions « et bientôt, on parlera d’argent réel »), il lui est plus difficile de faire face à de véritables crises.
Le gouvernement néerlandais a passé des années à réduire les dépenses publiques pour rembourser la dette à environ 50 % du PIB. Cela les a mis dans une bien meilleure position pour faire face à la pandémie par rapport à l’Italie endettée, par exemple, comme l’a rappelé le Premier ministre Rutte au peuple néerlandais lorsque la pandémie a frappé.

LIBÉRER POUR SAUVER DES VIES

Nous avons également vu les gouvernements de nombreux pays lever – à titre de mesures d’urgence pour sauver des vies – des restrictions commerciales anciennes. Et il s’avère que les éliminer permet de sauver des vies. Elles n’ont jamais été nécessaires au départ1.
Les réponses à la pandémie ont été, dans certains cas, de faire appel à l’efficacité de l’État et des entreprises privées, et dans d’autres cas d’écarter les entreprises privées au profit d’un État incompétent.
En tant que libéral, je préfère le premier type de réponses. Je ne trouve aucune preuve que le socialisme, l’abolition de l’économie de marché, les systèmes de soins de santé monopolistiques de l’État, le protectionnisme ou d’autres régimes aient pu améliorer les choses.
Un sujet est particulièrement important : la liberté de commercer et de voyager. Des militants illibéraux de toutes sortes, de gauche comme de droite, ont fait valoir qu’il est temps de mettre fin au commerce international et aux voyages planétaires. Ils soulignent que les contagions voyagent plus rapidement lorsque le commerce et les voyages sont plus libres. C’est vrai.
Dans le même temps, nous sommes beaucoup, beaucoup plus riches et beaucoup, beaucoup mieux à même de lutter contre ces maladies contagieuses parce que le commerce et les voyages ont été considérablement libéralisés dans une grande partie du monde au cours des dernières décennies.

EN FINIR AVEC LES RESTRICTIONS COMMERCIALES

En fait, la tendance actuelle à la restriction du commerce et à la réduction des chaînes d’approvisionnement, si elle n’est pas stoppée, tuera presque certainement plus de personnes que le nouveau coronavirus ne le fera.
Comme le directeur du Programme alimentaire mondial des Nations-Unies l’a déclaré au Conseil de sécurité, en raison de l’augmentation des perturbations et des restrictions commerciales, « il existe également un réel danger que plus de personnes meurent potentiellement des conséquences économiques de Covid-19 que du virus lui-même ». La drogue des barrières commerciales rendrait-elle cela plus facile ? Non, ce qu’il faut pour éviter la privation et la famine, c’est une politique libérale de libre-échange.
La pandémie rappelle aux libéraux la différence entre un État limité et un État incompétent, mais elle devrait renforcer notre croyance dans la supériorité de la démocratie libérale sur l’autoritarisme et du libre marché sur le monopole étatique.
Traduction Contrepoints. Cet article a été publié une première fois en anglais sur Globes.
  1. Le Competitive Enterprise Institute, basé aux États-Unis, a fait la promotion du hashtag #neverneed pour décrire les restrictions sur la télémédecine, sur les licences restrictives interdisant aux médecins et aux infirmières de travailler dans les points chauds, sur la paperasserie idiote qui empêchait la production de masques et de ventilateurs N95, et ainsi de suite 

15 juillet, 2016

La réflexion du jour

Là où les droits de propriété et la liberté de choisir sont protégés, les marchés modérément libres et le fardeau réglementaire et fiscal léger, le taux de croissance est élevé et l’innovation florissante. Là où le fardeau fiscal, le poids réglementaire et l’instabilité politique sont grands, le progrès économique ralentit. --- Jean-Luc Migué

15 octobre, 2012

Les sécheresses, les famines et les marchés


Au cours des siècles, les famines ont décimé des populations entières, mais elles ont aujourd’hui pratiquement disparu.

Comment peut-on expliquer ce phénomène?

Dans le texte qui suit, l’économiste Steven Horwitz, argumente que c’est la mondialisation qui a mis fin à ce fléau.

Contrairement aux prétentions des écolos gauchistes, les bienfaits de la mondialisation dépassent largement les effets négatifs.
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Beaucoup de lycéens lisent Les Raisins de la Colère de John Steinbeck. Dans ce livre, l’auteur décrit le « Dust Bowl » des années 30 et les souffrances qu’ont dû endurer beaucoup d’américains  en raison de la violente sécheresse, de techniques agricoles primitives et de la tempête de poussière qui s’en est suivie au Texas, dans l’Oklahoma et dans d’autres états. Alors que le Midwest américain a été touché par la sécheresse cet été, il est intéressant d’étudier pourquoi les mauvaises récoltes n’ont pas, dans ce cas, conduit à des pénuries de nourriture et à d’autres problèmes graves.

Il est également intéressant de se pencher sur la question de savoir pourquoi les famines, qui se sont produites régulièrement au cours de l’histoire de l’humanité, ont presque disparu depuis à peu près un siècle. La réponse réside dans le marché et la mondialisation. Leur combinaison, pour les raisons explicitées ci-dessous, permet à l’humanité d’être beaucoup moins à la merci du climat et fait en sorte que la nourriture soit acheminée à l’endroit où il faut. Les marchés aident à combattre les famines de deux façons : d’abord, les innovations rendues possibles par la « recherche du profit » et la liberté relative sur les marchés dans le monde occidental ont largement augmenté la productivité agricole. Nous nourrissons avec succès une planète de 7 milliards d’hommes – même si nous voudrions la nourrir mieux encore – et nous le faisons en utilisant  sans cesse moins d’hectares et moins d’agriculteurs. Les Etats-Unis peuvent nourrir leur propre population et même exporter des céréales vers le reste du monde, en dépit du fait que les agriculteurs soient obligés de détourner leur maïs vers l’éthanol subventionné. Nous risquons moins les famines aujourd’hui parce que nous pouvons produire plus de nourriture avec moins de ressources. En cas de mauvaise récolte à un endroit, d’autres grandes récoltes ailleurs viendront compenser le manque.

Signaux de prix

Le deuxième intérêt des marchés en la matière, c’est que les signaux émis par les prix et les profits informent les producteurs sur les endroits où la nourriture manque, fournissant ainsi les incitations pour l’y acheminer. Les prix sont des incitations « enveloppées dans de la connaissance », ce qui leur permet de servir de signaux pour assurer que personne ne manque de nourriture. Certes, la nourriture peut être plus chère durant une sécheresse, mais cela est bien mieux que de n’avoir pas de nourriture du tout, comme c’était le cas fréquemment au cours de l’histoire de l’humanité.

Nous voyons ces processus opérer actuellement. La sécheresse au centre des Etats-Unis a détruit une grande partie des récoltes de maïs dans l’Indiana et dans l’Iowa. Dans le même temps, les agriculteurs des états de Washington et de Virginie n’ont pas été touchés. L’offre raréfiée dans le Midwest a augmenté les prix et signalé aux producteurs des autres états que des opportunités de profit existaient à ces endroits ; les incitations associées à ce signal ont conduit les fermiers à acheminer leurs récoltes où se trouvait la demande. Certes, les prix élevés dégraderont la situation de certains consommateurs, mais le maïs est en fait plus rare, donc les prix plus élevés ne résultent pas du fait que les agriculteurs « exploitent » la sécheresse, mais reflètent une réelle pénurie d’offre.

Les signaux prix peuvent également conduire les producteurs à détourner le maïs de la production non-alimentaire vers la production alimentaire.  Une telle substitution n’est possible que parce que les prix de marché fournissent la connaissance et les incitations nécessaires. Dans un monde sans marché, les producteurs ne pourraient pas avoir accès aussi facilement et efficacement l’information ; et ils n’auraient pas les incitations pour répondre de façon appropriée. Il en résulterait plus de famines.

Mondialisation

Enfin, la mondialisation a quasiment éradiqué les famines. Tous les mécanismes marchands identifiés ci-dessus sont d’autant plus efficaces que le commerce s’accroît. Quand les marchés de marchandises sont mondialisés, les pays faisant face à des sécheresses et à des mauvaises récoltes peuvent se ravitailler auprès du monde entier. Les habitants des Etats-Unis ne sont pas contraints de faire appel aux agriculteurs de l’état de Washington ou de Virginie. Ils peuvent  faire parvenir du maïs du monde entier. Les agriculteurs canadiens, qui ont connu une année plus clémente, voient le prix de leurs exportations vers les Etats-Unis augmenter. Les canadiens vont payer leurs céréales un peu plus cher, certes, mais les prix aux Etats-Unis vont être bien plus faibles qu’ils ne l’auraient été en l’absence d’importations canadiennes.

Comme Pierre Desrochers et Hiroko Shimizu l’ont montré dans leur merveilleux nouveau livre The Locavore’s Dilemma (« Le dilemme du locavore »), la croyance selon laquelle produire et distribuer localement la nourriture augmenterait la sécurité alimentaire est erronée. Le plus important que nous puissions faire pour assurer la sécurité alimentaire face à la sécheresse et aux autres menaces sur les récoltes, c’est de permettre aux marchés de fonctionner librement et d’étendre cette liberté au monde entier.

Nous ne pouvons pas contrôler la météo, la menace de sécheresse est donc toujours présente. Mais nous pouvons libérer le marché, et mondialiser la production de nourriture pour empêcher les désastres humains  que sont les famines quand les récoltes échouent. La victoire sur les famines constitue l’un des grands accomplissements de l’Homme au cours du dernier siècle. Le fait que personne ne meurt de faim aux USA en raison de la sécheresse de cet été est une preuve de cette victoire. Ne laissons pas les forces du « locavorisme » ruiner ces progrès.

Steven Horwitz est professeur d’économie à l’Université de St Lawrence aux États-Unis. Une version decet article a paru initialement en anglais sur www.thefreemanonline.org. Traduction www.UnMondeLibre.org.

24 août, 2012

La réflexion du jour

L’uniformité du tarif (ndlr : des garderies à 7 $) demandé aux parents nuit aussi à la souplesse du système en décourageant la diversité des arrangements de garde. Sa faiblesse génère une pression artificielle sur les coûts, et réduit l’incitation à l’innovation et à une gestion concurrentielle. Cela nuit aussi à la transparence des ressources qui sont investies par l’État dans les services de garde, et mène à une concurrence déloyale entre les places directement subventionnées et celles qui ne le sont pas.

Le chiffre du jour : 200 M$

Eh oui, le système actuel de financement des services de garde au Québec fait perdre annuellement près de 200 millions de dollars aux familles québécoises parce qu’il ne permet pas aux parents de déduire de leur revenu imposable fédéral le vrai coût de la garde de leurs enfants. (NDLR : voilà ce qui arrive quand les politiciens préfèrent une formule choc électoraliste (garderie à 7 $ c'est plus accrocheur que garderie à 55 $) à la réalité fiscale.)