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Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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15 mai, 2023

La démocratie menacée par l’ignorance fiscale

 Par Jean-Baptiste Noé.

« En avoir pour son argent », telle est la demande des contribuables qui veulent savoir à quoi servent leurs impôts. Ce qui pose le problème du consentement à l’impôt, de la compréhension des systèmes fiscaux et des rapports entre les perceptions et les réalités. Un récent sondage Elabe démontre que l’ignorance fiscale est grande, ce qui est dangereux pour la démocratie.

L’impôt est au centre du processus démocratique. Il assure non seulement le fonctionnement des administrations, mais aussi celui du système social via la redistribution. Beaucoup de Français sont restés sur une vision classique de l’impôt : payer pour financer le fonctionnement de l’État (notamment l’armée et la police).

 

Les trois fonctions de l’impôt

C’est oublier que depuis un siècle, et sous le mouvement de l’État providence, à l’impôt classique se sont ajoutées deux fonctions nouvelles : redistribution et construction.

L’impôt, particulièrement en France, contribue à niveler les populations pour créer une société la plus égalitaire possible via la redistribution (prendre aux « riches » pour donner aux « pauvres »). Il sert aussi à modifier les comportements en contrôlant et orientant les choix des individus (taxes sur les voitures dites polluantes pour limiter leur achat, taxe soda pour en décourager la consommation, etc…).

Dans ces deux fonctions, récentes au regard de l’histoire fiscale, il ne s’agit pas « d’en avoir pour son argent » puisque l’impôt ne sert pas ici à financer, mais à construire la société. La philosophie qui sous-tend cette vision fiscale est une philosophie constructiviste qui, via l’impôt, construit l’homme pensé et voulu par l’État.

Le nouveau site internet mis en place par Bercy induit donc une première erreur : celle de faire croire que l’impôt sert uniquement le financement, en omettant ses deux autres fonctions que beaucoup de Français ne connaissent pas.

 

Ignorance fiscale

Le sondage réalisé par Elabe pour Les Échos et l’Institut Montaigne éclaire la grande ignorance fiscale de la population française.

Voici les résultats résumés :

« Impôts et taxes : plus de un Français sur deux estime qu’il contribue davantage au système qu’il n’en bénéficie.

De manière générale, quand ils pensent aux différents impôts et taxes qu’ils paient et aux services et aides dont ils peuvent bénéficier, plus de la moitié des Français estiment contribuer plus au système qu’ils n’en bénéficient (53 %, -2 par rapport à octobre 2022) ; un quart pense qu’ils contribuent autant qu’ils en bénéficient (24 %, -1) ; et seuls 8 % (+2) qu’ils bénéficient plus du système qu’ils n’y contribuent ; 15 % (+1) d’entre eux ne se prononcent pas sur le sujet. »

Cela témoigne d’une double ignorance : celle des trois fonctions de l’impôt et celle du système fiscal.

Il ne s’agit pas en effet de savoir si on reçoit plus qu’on ne paye puisque l’impôt a d’autres fonctions que celles de faire fonctionner l’administration. Quant au sujet de la redistribution et du fonctionnement, nombreux sont les Français qui n’en comprennent pas les mécanismes. Par exemple, avoir un enfant en crèche ou à l’école publique, c’est bénéficier de l’impôt puisque ces services sont financés par lui, ce qui n’est pas toujours compris par ceux qui pensent que l’école est « gratuite ».

Le reste du sondage est à cet égard très éloquent. Il est demandé quelles sont les dépenses publiques qu’il faudrait augmenter et celles qu’il faudrait diminuer.

Parmi les dépenses publiques à augmenter en priorité figurent, par ordre d’importance : la santé, l’éducation et les retraites. Parmi celles à diminuer : les allocations familiales, le numérique, l’armée.

 

Mythe de l’argent magique

On comprend le raisonnement qui sous-tend la volonté de faire croître certaines dépenses publiques : santé, éducation et retraites fonctionnent mal (ce qui est vrai), mettons davantage d’argent et cela ira mieux (ce qui est faux).

C’est ici l’affirmation du mythe de l’argent magique qui se décline sous deux volets :

  1. L’État peut créer de l’argent par la création monétaire
  2. L’État peut financer par l’impôt

 

L’argent résout tous les problèmes, sous-entendu : plus on met d’argent, meilleur est le service. Il appartient donc à l’État de créer cet argent et de faire payer les « riches » pour financer les dépenses sociales. Un raisonnement simpliste, erroné dans ses applications, mais partagé par le plus grand nombre.

Dans le cas des trois postes susmentionnés, la réalité contredit cette idéalisation.

Les dépenses d’éducation ont été multipliées par deux depuis 1980. Un élève coûte deux fois plus cher aujourd’hui qu’il y a 40 ans, et pourtant le service de l’éducation est dégradé. Or beaucoup sont ceux qui pensent que les dépenses éducatives ont diminué, ce qui est faux1. Pire même, un enfant scolarisé dans le secteur privé coûte deux fois moins cher que dans une école publique. Ce qui démontre que l’on peut à la fois dépenser moins et avoir un meilleur résultat.

Il en va exactement de même pour la santé, car le système de soin, via la sécurité sociale, fonctionne de la même façon que l’éducation nationale. Idem aussi pour les retraites. Le système de répartition est non seulement très coûteux, mais de plus très peu efficient. Là aussi, on peut dépenser moins et avoir mieux. Le mythe de l’argent magique (dépenser plus pour avoir plus) est bien un mythe. Ce qui témoigne du grand différentiel existant entre la perception de l’économie et sa réalité.

Or, cet écart de perception est une grande menace pour la démocratie.

On découvre ainsi que la diminution du budget de la Défense arrive en troisième position. Malgré la guerre en Ukraine, malgré le retour de la menace guerrière, nombreux sont les Français qui considèrent ces dépenses inutiles. Ainsi, 13 % des Français souhaitent augmenter les dépenses militaires contre 22 % qui aimeraient les diminuer. Alors même que nous sommes là au cœur des dépenses dites régaliennes et du rôle premier de l’impôt. Et alors même aussi que les dépenses militaires tirent vers le haut toute une partie de l’industrie, y compris civile, contribuant ainsi à l’essor de la croissance et à l’amélioration de l’industrie. Perdure encore le mythe des dividendes de la paix et la non-compréhension du fonctionnement des externalités positives. Encore une fois, les perceptions fiscales l’emportent sur la réalité fiscale.

 

Une perception inverse de la réalité

La partie du sondage qui détaille les réponses en fonction des catégories socio-professionnelles est des plus intéressantes, car elle montre que la perception de la question fiscale est très souvent l’exact inverse de la réalité.

Ainsi, les 50 ans et plus pensent qu’ils contribuent davantage au système fiscal qu’ils n’en bénéficient (59 % pour les 50-64 ans ; 54 % pour les 65 ans et plus). Or, c’est complètement faux. D’une part parce que la majeure partie de cette population est retraitée, donc elle bénéficie pleinement du système fiscal de redistribution via la retraite par répartition ; d’autre part parce que c’est la population qui consomme le plus de services de santé (compte tenu de son âge) et qui donc, là aussi, profite le plus de la redistribution.

Les réponses par région de résidence sont, elles aussi, éloquentes. 48 % des habitants de la région parisienne pensent donner plus qu’ils ne reçoivent contre 54 % des habitants de province. C’est l’exact inverse du système actuel. Les provinciaux pensent qu’ils payent pour l’Île-de-France alors que c’est l’Île-de-France, et Rhône-Alpes, via le système redistributif, qui financent les investissements et le fonctionnement de la province. Une réalité de la justice territoriale que j’ai analysée ici.

Les électeurs du RN pensent à 68 % qu’ils contribuent davantage qu’ils ne gagnent contre 41 % pour les électeurs LREM. Compte tenu de la sociologie professionnelle et résidentielle de ces populations électorales, la réalité est, là aussi, l’inverse de la perception.

 

Fin de la démocratie

Ce sondage est la parfaite illustration de l’aphorisme de Frédéric Bastiat :

« L’État, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

On l’aura compris à la lecture de ce sondage : chacun veut payer le moins possible et recevoir le plus possible ; et veut donc bien « en avoir pour son argent ». Les retraités veulent augmenter les dépenses pour les retraites, les plus jeunes augmenter les dépenses d’éducation. Rien de plus normal en somme que ces attitudes individualistes que chacun pourra camoufler sous le drap du « bien commun ».

Le sondage valide aussi la thèse de la théorie des choix publics qui démontre que les électeurs font leur choix en fonction de leurs intérêts catégoriels. En outre, ces résultats témoignent de la fin de la démocratie.

Une telle distorsion entre la perception et la réalité empêche tout débat public, serein et calme. Comment réfléchir à l’impôt, cœur du débat démocratique, quand autant de Français ignorent les bases de son système de fonctionnement, quand des choses apparemment aussi simples que la redistribution, la sécurité sociale et la retraite sont l’objet d’une totale ignorance de fonctionnement ?

Comment voter, c’est-à-dire poser un jugement et émettre un choix, quand les bases de la rationalité n’existent plus ? Au-delà de la question fiscale, ce sondage démontre qu’il ne peut pas y avoir de débats démocratiques, et donc de démocratie, tant que perdure une telle distorsion entre la perception et la réalité.

  1. Voir sur ce sujet, outre mes nombreux articles sur l’éducation, mon ouvrage Rebâtir l’école (2017) dont toutes les prévisions se sont avérées ↩

24 septembre, 2020

Socialisme urbain égal faillite des villes


En lisant ce texte remplacez Paris par Montréal et Anne Hidalgo par Valérie Plante.

Le socialisme est très prévisible : il assure la faillite de tous les systèmes où il est appliqué. Cela est valable pour un secteur économique, un pays, une ville. La ville est un objet d’étude géopolitique curieux. Elle est essentielle, puisque c’est là que se concentre la population, la richesse économique, les lieux de pouvoirs. Mais elle occupe un espace beaucoup plus restreint que les campagnes, donc moins visible au niveau de la cartographie. Un point a moins d’effet qu’un espace. Raison pour laquelle, entre autres, l’objet urbain est assez peu étudié. Paris fait de moins en moins rêver : prix du logement très élevé, insécurité, congestion des transports, risque d’attentat, etc. Longtemps, la capitale a été perçue comme un lieu de promotion humaine. Aujourd’hui, elle est vue par beaucoup comme un lieu répulsif que l’on souhaite quitter. Effet de mode ? Pas seulement. Cela est dû à la confrontation de deux réalités : l’amélioration des villes moyennes, la dégradation de Paris, sous l’effet du socialisme municipal. Par Jean-Baptiste Noé.

Paris perd son avantage comparatif

Dans les années 1960-1970, il y avait un vrai avantage comparatif à habiter à Paris. On y trouvait des emplois très qualifiés, un meilleur salaire, et un mode de vie plus qualitatif qu’en province et, a fortiori, à la campagne. À Paris, les films sortaient au cinéma plutôt qu’en banlieue. Les magasins étaient plus modernes, plus liés à la mode. On trouvait aussi des musées, des théâtres, des expositions qu’il n’y avait pas ailleurs. Un idiot à Paris, film de Serge Korber paru en 1967, illustre cet état de fait. Jean Lefebvre, dans l’un de ses meilleurs rôles, est débarqué de l’Allier aux Halles de Paris. Il découvre les feux tricolores, la vie parisienne et la Tour Eiffel. Le contraste entre sa vie provinciale et la vie parisienne est immense. Aujourd’hui, il y a assez peu de différences fondamentales entre une vie à Moulins et une vie à Paris. La technologie a permis d’araser l’espace et de réduire l’avantage comparatif de la capitale. Les films sortent au cinéma en même temps, les grandes villes de province ont presque toutes des zéniths qui reçoivent les tournées parisiennes, la télévision aplanit l’espace et raccourcis le temps de diffusion des modes entre la région capitale et les villes de province. L’équipement des maisons et appartements ne présente plus de différences fondamentales entre les villes, à l’inverse de ce qui existait encore dans les années 1970. Un autre film en témoigne, Le clan des Siciliens(1967) et l’appartement moderne en formica orange de Vittorio Manalese (Jean Gabin). Avec Netflix et Amazon, l’espace est effacé. À condition de disposer d’une bonne connexion internet, chacun a accès aux séries, aux livres et aux objets, sans nécessité d’habiter à proximité d’un cinéma, d’une librairie universitaire et d’un bazar de l’hôtel de ville. La capitale, onéreuse, congestionnée, bruyante, est donc dévalorisée.

 

Le socialisme urbain en action

Cette révolution technologique conduit à une redéfinition de l’espace et à une nouvelle organisation, qui se fait librement, selon les affinités des personnes. Ce que n’ont pas compris les tenants du socialisme urbain, qui veulent encore modeler les espaces selon leurs idées, par la violence et la coercition. Ainsi, il a été décidé que la voiture était indésirable. La façon la plus logique et la plus respectueuse de régler ce problème était de rendre inutile un certain nombre de déplacements. Par exemple en développant le travail à domicile. Tout le monde ne travaillera pas depuis chez soi, mais si ce nombre atteint 10% de la population, c’est toujours cela de moins dans les transports individuels et collectifs. La livraison à domicile, via Amazon ou Uber a aussi du bon : elle limite le nombre de transports. La solution consiste donc à rendre inutile un certain nombre de déplacements, ce que permet aujourd’hui de nombreuses innovations techniques.

Au lieu de cela, les socialistes urbains, qui ont toujours des attitudes opposées à la raison et à la technique, ont décidé d’interdire. Non pas rendre inutiles les déplacements, mais les rendre impossibles. Réduction du nombre de voies pour créer des bouchons (la joie des embouteillages à Paris à 1h du matin), création de pistes cyclables et de pistes de bus où peu de monde se presse. En toute bonne logique, si l’on voulait rendre la voiture inutile, il aurait fallu augmenter le nombre de bus en circulation, climatiser les transports en commun, et assurer la sécurité de ces moyens de transport, à toute heure du jour et de la nuit. Qui n’a pas voyagé debout et serré dans des rames de métro en période de canicule n’a pas connu la douceur de vivre sous le règne d’Anne Hidalgo. Le tout s’accompagne de la modification de la langue : on parle ainsi de « mobilité douce » pour le vélo, qui demande pourtant plus d’effort physique que la voiture.

Par mimétisme, on voit toute une série de villes de province, dirigées par des maires dit de gauche ou dit de droite, se livrer aux mêmes aberrations : empêcher la circulation dans les centres-villes. Cela passe par la piétonnisation, la réduction des voies de circulation, la création de tramways, très couteux à l’investissement et au fonctionnement. Et que se passe-t-il quand on empêche des personnes de venir dans un lieu ? Eh bien elles ne viennent pas. Ce qui signifie que les commerces et les activités culturelles n’ont plus assez de clients. Donc ils ferment. On apprend ainsi aux détours d’articles de presse que l’association des théâtres privés parisiens s’est plainte à Anne Hidalgo de la diminution de leur fréquentation du fait de la raréfaction des spectateurs franciliens. Les habitants de la première et seconde couronne parisienne ne peuvent plus venir dans les théâtres parisiens : l’accès en voiture leur est interdit et ils ne peuvent plus se garer. Il leur reste les transports en commun. Mais les RER s’arrêtent trop tôt par rapport à la sortie des théâtres et on apprend que les dames (les messieurs aussi) ne se sentent pas trop en sécurité à minuit dans le RER. À force de dresser des murs, Paris s’étonne de manquer d’attractivité.

 

Amélioration culturelle des villes moyennes

À cela s’ajoute le fait que les villes moyennes se sont équipées en salles culturelles. Les grandes villes de banlieues ont toute des programmations théâtrales qui font jeu égal avec les salles parisiennes. Le déplacement à Paris, déjà impossible, devient en plus inutile.

Or les salles ont un modèle économique qui repose sur un bassin de population de 12 millions d’habitants. Grâce au socialisme urbain, leur bassin se réduit pour rejoindre la taille de Paris, soit deux millions. Beaucoup vont donc fermer. Bien évidemment, au lieu de demander l’arrêt du socialisme qui le tue, le patient demande l’accélération de la maladie, c’est-à-dire des subventions.

Le même phénomène joue en province, dans les grandes et les petites villes. C’est charmant un centre piétonnier, mais les familles font les courses en voiture. Donc, chassées des centres-villes, elles se rendent dans les centres commerciaux, qui correspondent davantage à leur mode de vie. Les centres-villes se meurent. Sans être un grand devin, on peut être certain que les maires et les associations de commerçants vont demander la création d’une Taxe sur le commerce de périphérie afin de financer le commerce de centre-ville qu’ils ont tué.

 

La socialisation du logement

Quand on veut faire passer une mesure injuste qui nuit au plus faible, on y accole l’adjectif « social » et elle se pare ainsi de toutes les vertus. Résumons l’affaire : en certains lieux, le logement est très cher pour les revenus moyens, notamment à Paris. Deux solutions semblent donc nécessaires pour résoudre ce problème : accroître l’offre de logement et augmenter les salaires. Les rémunérations sont tellement ponctionnées par l’impôt qu’ensuite l’État revêt son armure de chevalier blanc en venant offrir un logement dit social. Outre que ce type de logement est souvent utilisé à des fins électoralistes, il n’a rien de social. C’est l’exemple parfait de la saignée : on ponctionne beaucoup, on redonne un peu. Diminuons les charges qui pèsent sur les salaires et les travailleurs auront davantage de moyens pour se loger. L’encadrement des loyers est la typique mesure socialiste qui conduit à l’inverse de l’effet recherché. Avec l’encadrement, il y aura de moins en moins de biens loués, et donc une pression sur les prix. Paris perd ainsi près de 10 000 habitants par an, ce qui donne une idée de la mauvaise santé humaine de cette ville.

Malheureusement, le socialisme urbain a encore bonne presse. Anne Hidalgo ne fait que poursuivre la politique mise en place par son prédécesseur, Bertrand Delanoë. Si Benjamin Grivaux venait à lui succéder, il suivrait la même politique sur le fond, quoique moins outrancier dans la forme. La rupture avec ce type de socialisme n’est pas arrivée.

 

Penser l’échange pour penser la ville

La conséquence, c’est que les gens vivent mal, que des territoires agraires sont détruits afin de permettre une urbanisation qui s’étend, au lieu de pratiquer une véritable valorisation des centres-villes. Penser la ville de demain, ce n’est pas remplacer les voitures par des vélos et faire des murs végétalisés. C’est penser un élément essentiel de la vie humaine, à savoir les conditions de l’échange. Si on empêche les échanges en bâtissant des murs (voies cyclables, bouchons, métro non climatisé), on détruit l’activité humaine. Amazon et ses confrères sont une chance pour les villes, car ils limitent les raisons de se déplacer et ils permettent d’accéder à des biens et des services innombrables et de qualité. Le chèque éducation permettrait de créer de nombreuses écoles de petite taille dans les villages et les petites villes, limitant ainsi les déplacements des personnes et permettant aux professeurs de venir s’installer dans les déserts éducatifs. Diminuer les charges pesant sur la rénovation urbaine rendrait plus profitable la rénovation des maisons de centre bourg et centre-ville, aujourd’hui beaucoup plus onéreuse que la construction d’un pavillon dans une zone extensive. L’architecture est le reflet d’une époque et la géopolitique urbaine est la conséquence d’une philosophie politique : socialiste ou libérale, elle conduit à détruire la qualité des espaces ou au contraire à les rendre plus agréables

26 août, 2020

La société est bien un marché


« La main invisible du marché » est le reproche constant adressé aux libéraux pour dénigrer cette philosophie du droit. Ce qui amène à s’interroger sur ce qu’est véritablement un marché, dont les incidences économiques comme géopolitique sont fortes. Attaquons d’abord une idée reçue : Adam Smith n’a jamais utilisé l’expression « main invisible du marché ». Il parle, dans son œuvre, de la main invisible de Dieu, qui ordonne les sociétés, mais sans faire de lien avec le marché. L’expression a été créée a posterioriet fait florès depuis. Par Jean-Baptiste Noé.
Ni l’État ni le marché n’existent
Le marché est attaqué de toute part, car pourvu de tous les maux : créateur d’inégalité, d’injustice, de pauvreté, etc. Il faudrait donc forcément réguler le marché, grâce à une intervention extérieure (l’État) qui serait nécessairement bonne. Ainsi, à un marché producteur de mal s’oppose l’État, par essence vecteur de bien. Demeure ancrée dans l’idée collective que si l’État fait quelque chose, il le fait nécessairement bien. L’État, par essence, est tourné vers le bien commun, vers l’intérêt général, vers l’amélioration de la société. L’État stratège est bon quand le marché libre est mauvais. Au regard de l’histoire économique, rien ne permet d’étayer une telle thèse. Aucune des entreprises gérées par l’État ou par une administration n’a jamais réussi. Aucune invention, aucun progrès technique, ne fut le fait de l’État ou de l’administration. Croire en la bonté innée et naturelle de l’État est un mythe. Tout comme croire en l’existence du marché. En réalité, ni l’État ni le marché n’existent. Ce sont au mieux des fictions juridiques, au pire des mythes oniriques.
Les adversaires des libertés cèdent bien souvent au panthéisme social. Ils parlent de l’État, des riches, des pauvres, du peuple, du marché, toutes choses qui n’existent pas. Ce qui existe, ce sont des personnes. Certaines de ces personnes travaillent dans des administrations, et cela contribue à créer une entité qui a une valeur juridique au niveau international et que l’on appelle l’État. D’autres personnes s’insèrent dans une organisation humaine de marché. Ces personnes ont des revenus différents et, selon les classements effectués, on va en déduire que certaines sont riches et d’autres pauvres. Ces personnes forment des groupes sociaux et culturels variés et hétérogènes, que l’on regroupe souvent sous le vocable unique de « peuple », alors que l’unicité n’est pas de mise. Le panthéisme social du socialisme fonctionne par synecdoque ; ses penseurs ayant tendance à projeter sur les groupes ainsi définis leurs propres pensées.
Il en va ainsi du marché, qui n’est ni invisible ni omniscient. Le marché n’existe pas. Ce qui existe, ce sont des personnes, qui font des échanges, qui développent des activités bénévoles ou lucratives et qui interagissent entre elles. Pour ordonner ces personnes et pour régler les conflits qui ne manquent pas de surgir, il est nécessaire de créer des règles et de nommer des arbitres chargées de les faire respecter. D’où la naissance du droit. C’est là le clivage principal qui existe entre les socialistes et les libéraux. Les premiers croient dans le panthéisme social et nient l’existence des personnes ; les seconds au contraire affirment la primauté de la personne et comprennent l’importance d’établir une société de droit, garante du bon fonctionnement du marché.

Les marchés urbains
Les marchés urbains sont de bons exemples de ce qu’est véritablement un marché. Ils sont organisés dans un lieu restreint, souvent central, pour faciliter la venue des acheteurs. Ils contribuent donc à façonner l’organisation spatiale des villes. Loin d’être uniformes, ils s’expriment dans la diversité. On y trouve des marchands de fruits, de viandes, de pain, des vendeurs d’outils, de vêtements, etc. Le marché permet l’épanouissement des qualités de chacun : les commerçants sont libres de vendre tels ou tels produits et ils le font en fonction de leurs appétences et de leurs goûts. Le marché est donc le reflet de la variété et de la diversité des personnes humaines. Loin de produire de l’uniformisation, il favorise au contraire l’éclosion de tous les talents et de toutes les expressions humaines.
Si le droit garantit le bon fonctionnement du marché, c’est sur la confiance qu’il repose. Un primeur pourra bien vendre une fois des fruits gâtés, l’information se propageant à partir des clients floués, il ne pourra pas voler une seconde fois ses clients ; l’image de marque étant beaucoup plus difficile à construire qu’à détruire. En permettant la concurrence et la compétition, le marché encourage le plein développement des personnes. Du fait de la concurrence et de la responsabilité, il tire les hommes vers le haut et donc contribue au développement des sociétés. Ce n’est pas un hasard si les régions les plus riches et les plus développées sont celles qui possèdent des marchés de grande valeur. Dans l’histoire, on retrouve les foires de Champagne, qui ont contribué au développement économique, matériel et culturel de Troyes et de Châlons-en-Champagne. Si Paris est devenue puis restée la capitale de la France, c’est entre autres grâce à la présence de lieux de marchés de premier plan : la foire du Lendit à Saint-Denis, le quartier des halles, Rungis aujourd’hui.

Le marché favorise la diversité
Le marché contribue ainsi à la mise en place de ce double phénomène, apparemment contradictoire, mais en réalité lié : l’ouverture vers des horizons de plus en plus larges et l’approfondissement des cultures locales. Plus un marché est important, plus il a des ramifications vers des zones géographiques éloignées. Les foires de Champagne étaient ainsi en contact avec la Lombardie et la région de Sienne, avec les Flandres et l’Angleterre, et même l’Orient avec les marchands de Gênes. Rungis est aujourd’hui en contact avec le monde entier, recevant des produits aussi bien d’Afrique que d’Amérique latine. Cette ouverture au monde n’éteint pas les terroirs locaux, au contraire. Ce qui fait la richesse des terroirs d’Île-de-France, c’est la présence du marché parisien. Pour satisfaire un marché de qualité, possédant l’avoir et le savoir, les producteurs ont dû et ont pu se surpasser dans la réalisation de leurs produits. D’où les vins de Champagne et du Val de Loire, les céréales de Beauce, les fromages de Normandie et de Brie et aujourd’hui les technologies de Saclay. Dans son Histoire de la vigne et du vin en France, le géographe Roger Dion a bien démontré comment la présence d’un centre urbain important, donc d’un marché, est primordial dans la naissance et le développement d’un grand cru. S’il n’y a personne pour acheter et consommer des vins de qualité, alors il n’y aura aucun vigneron pour en faire.
La diversité des personnes humaines regroupées en marché contribue donc à créer et à développer la diversité culturelle et sociale de la société. On voit bien comment, dans leurs typicités et organisations, les marchés de Provence sont différents de ceux de Bretagne et d’Auvergne. Le marché ne signifie pas la primauté de l’argent, comme le croient encore les socialistes de droite. Il assure la pleine expression des talents de chaque personne et les échanges entre elles. Pour fonctionner correctement, il a besoin de règles de droit claires, compréhensibles par tous et défendables par tous. S’il favorise l’inégalité des talents, il ne peut donc que promouvoir l’égalité juridique, condition sine qua nonde son existence et de son développement. C’est cela qui constitue la véritable justice.

Le trou noir de l’administration
Pourquoi est-ce qu’une administration ne peut, par essence, que faire moins bien qu’un marché ? Parce que dans un marché les personnes sont regroupées entre elles selon les principes du respect des libertés, de la responsabilité et de l’ordre juridique. Dans une administration, les libertés des personnes sont fortement réduites, la responsabilité est presque inexistante et l’ordre juridique est souvent bafoué. Dans l’Éducation nationale, par exemple, les professeurs ne peuvent pas choisir les villes et les établissements où ils souhaitent travailler, tout comme les chefs d’établissements ne peuvent pas choisir leurs personnels, contrevenant ainsi aux libertés de base de l’ordre social. La responsabilité est inexistante également puisque l’on progresse non en raison de ses talents, mais de son âge. Rien ne pousse à être meilleur, c’est même souvent l’inverse puisque les meilleurs se distinguent et une administration ne supporte pas la distinction. Une administration n’est donc pas une organisation optimale pour les personnes, contrairement à une organisation en marché. Il n’y a nulle main invisible du marché, il y a des personnes qui s’organisent et échangent entre elles, parfois dans la coopération, parfois dans la violence. Les étatistes croient au contraire en la main supérieure et infaillible de l’État stratège, sorte de dieu sauvage qui a toujours raison. Celui-ci bafoue souvent le droit et ne respecte pas ses propres lois. Il n’est donc pas étonnant que les États ou les villes qui refusent l’organisation humaine en marché soient les plus pauvres et les moins développés. Ce n’est pas un accident de l’histoire, c’est inhérent à leur structuration.
Il est donc curieux de reprocher à la société d’être un marché, c’est-à-dire un lieu d’échanges, d’innovations, de rencontres, de diversités. Il faut espérer, au contraire, que les personnes humaines puissent s’organiser en marché, car seule cette organisation permet de sortir des rivalités mimétiques de la tribu et d’assurer un ordre de paix et une concorde commune. L’organisation humaine en administration a plus à voir avec l’ordre tribal qu’avec l’ordre juridique. Refusant les libertés et les inégalités humaines (c’est-à-dire les différences humaines), elle ne peut que faire preuve de violence et de coercition pour contraindre les personnes à adopter les modes de vie imposés par ceux qui ont le pouvoir. C’est le propre du socialisme urbain d’aujourd’hui, qui a décidé de contrôler et de diriger les modes de vie en choisissant pour les personnes les lieux où elles doivent habiter, travailler et comment elles doivent vivre. Les imperfections du marché sont les imperfections des personnes. On n’améliore pas une société en transformant ses structures, mais en développant les vertus chez les personnes. Loin de la chimère dirigiste, c’est d’abord une œuvre d’éducation qu’il faut mener.

21 mars, 2018

Les complices du communisme

Pourquoi le communisme est-il encore bien vu aujourd’hui, avec de valeureux complices de ses crimes dont les noms ornent les écoles, les bibliothèques et les plaques des rues ?


Un système totalitaire ne peut pas exister sans des associés. Il y a certes les bourreaux, et donc les victimes, mais surtout des complices. Ce sont eux qu’étudie Thierry Wolton dans son troisième et dernier tome de sa monumentale étude sur le communisme. Si les complices arrivent à la fin, ils sont en réalité les plus importants. Ils ont soutenu Lénine puis Staline et Brejnev.
Ils ont vanté les mérites de Mao et d’Ho Chi Minh, ils ont défendu le communisme dans des poèmes, des articles de journaux, sur les planches et dans les salles obscures.
Partout, ils ont établi une terreur intellectuelle, et notamment dans la presse, les écoles, les universités, pour faire croire que le communisme était l’avenir des hommes et pour cacher les massacres et les tueries. C’est là un des grands mystères du XXe siècle.

ANATOMIE DE LA COMPLICITÉ

Comment des hommes censés être intelligents ont-ils pu soutenir une telle idée et de tels crimes ? Pourquoi le communisme est-il encore bien vu aujourd’hui, avec de valeureux complices de ses crimes dont les noms ornent les écoles, les bibliothèques et les plaques des rues ?
En 1 200 pages d’un livre grand format, Thierry Wolton ausculte ces complices. Ils ont soutenu le tropisme maoïste, ils ont fait preuve de cécité volontaire, ils ont camouflé et défendu les crimes de masse. Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, pour ne citer que les principaux Français.
Ils ont eu des ministères, des chaires universitaires, des chaires médiatiques. On se souvient de Jean Daniel pourfendant Alexandre Soljenitsyne sur le plateau de Bernard Pivot. Ou encore Jean Ferrat, dans une chanson, reprochant à Jean d’Ormesson d’avoir évoqué les crimes du Viet Minh lors de la prise de Saïgon. Ils étaient aux ordres de Moscou et de leur idéologie. Ils ont fait croire au stalinisme pour excuser le communisme.

LE MENSONGE CONTINUE

Le mensonge continue, la négation des crimes aussi. L’Obs trouve cette trilogie un peu trop anti-communiste et reproche à l’auteur de ne pas traiter du dévoiement du communisme ni de l’universalité de la censure et de la répression.
C’est le refrain bien connu : le communisme est bon mais il a été dévoyé, et les crimes sont à minimiser car cela s’inscrit dans le même registre que les autres répressions.
Que près de trente ans après la chute de l’URSS un journaliste de L’Obs se croit encore obligé de défendre le communisme et de minimiser ses crimes de masse en dit long sur l’état de complicité qui s’est emparé des esprits.
Ce monumental livre, fruit de dizaines d’années de recherche, est donc passé presque inaperçu. Le silence et l’oubli sont les meilleurs alliés de la réécriture mémorielle, exactement comme pour les massacres de Katyn.

L’HORREUR DU SOCIALISME RÉEL

L’auteur cite de nombreux textes et documents pour justifier ses analyses. Relire les poèmes d’Aragon à la gloire du Goulag et du Guépéou fait froid dans le dos.
Occultation, négation, minimisation, exonération, tels sont les quatre ressorts utilisés par les socialistes pour passer outre les crimes contre l’humanité du communisme. Le travail de l’historien est aujourd’hui un travail de la mémoire.
Il devient urgent et essentiel d’exhumer ces textes et ces documents pour rappeler l’horreur vécu par le socialisme réel, au-delà de la propagande et des belles images.
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Prélude au temps des cerises, Louis Aragon
Il s’agit de préparer le procès monstre
d’un monde monstrueux
Aiguisez demain sur la pierre
Préparez les conseils d’ouvriers et soldats
Constituez le tribunal révolutionnaire
J’appelle la Terreur du fond de mes poumons
Je chante le Guépéou qui se forme
en France à l’heure qu’il est
Je chante le Guépéou nécessaire de France
Je chante les Guépéous de nulle part et de partout
Je demande un Guépéou pour préparer la fin d’un monde
Demandez un Guépéou pour préparer la fin d’un monde
pour défendre ceux qui sont trahis
pour défendre ceux qui sont toujours trahis
Demandez un Guépéou vous qu’on plie et vous qu’on tue
Demandez un Guépéou
Il vous faut un Guépéou
Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste
Vive le Guépéou contre Dieu Chiappe et la Marseillaise
Vive le Guépéou contre le pape et les poux
Vive le Guépéou contre la résignation des banques
Vive le Guépéou contre les manoeuvres de l’Est
Vive le Guépéou contre la famille
Vive le Guépéou contre les lois scélérates
Vive le Guépéou contre le socialisme des assassins du type
Caballero Boncour Mac Donald Zoergibe
Vive le Guépéou contre tous les ennemis du prolétariat. »
Editions Denoël
1931
Thierry Wolton, Une histoire mondiale du communisme, tome 3, Les complices, Grasset, 2017, 1453 pages.