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24 juillet, 2021

Vers une société à risque zéro ?

 Par Sergio Beraldo

On pourrait penser que "Vers une société à risque zéro" est le manifeste d’un politicien malhonnête qui tente de gagner le soutien des électeurs en promettant de les libérer de tout risque possible. Un manifeste trompeur, cependant : bien qu’il puisse attirer beaucoup de monde et recueillir un large consensus, la promesse serait absurde.

La question est apparue lors du débat public concernant l’utilisation des vaccins Covid-19, en particulier celui d’Astra-Zeneca. Un vaccin peut-il être sans risque ?, qui est actuellement le premier en termes de portée mondiale. Ce débat a fait les gros titres dans les pays développés. Il a probablement été alimenté par la façon dont les individus perçoivent (mal) les risques et par un désir (vrai) d’éviter ces risques.

Quelles sont les raisons qui sous-tendent l’aspiration à une société à risque zéro ?

Les individus comme les sociétés sont toujours exposés à des situations qui peuvent avoir des conséquences négatives. Pendant des siècles, cette simple réalité a conduit les êtres humains à concevoir des moyens acceptables de faire face au risque. Ces derniers temps, cependant, les gens croient qu’ils peuvent avoir une vie sans risque. La promesse de construire une société à risque zéro pourrait donc être la promesse gagnante de politiciens sans scrupules.

Les efforts continus pour éradiquer les risques inhérents à toute vie s’expliquent de multiples façons. Tout d’abord, il est fort probable que, dans les sociétés riches, le vieillissement de la population aille de pair avec une augmentation générale de l’aversion pour le risque. Les personnes âgées, plus vulnérables aux chocs de tous ordres, détestent les risques plus que le reste de la population. Ensuite, les développements technologiques rapides ont favorisé la croyance (erronée) que tout peut être maîtrisé. Ce n’est évidemment pas toujours le cas. Dans le célèbre film Armageddon, un astéroïde en route vers la terre est brisé par une arme nucléaire. Mais tous les problèmes ne peuvent être résolus en recourant aux armes nucléaires. La lutte contre les virus ou contre les bactéries résistantes aux antibiotiques en sont deux exemples. Autre facteur, les individus sont exposés à une quantité croissante d’informations, ce qui peut être une bonne comme une mauvaise chose, des annonces, incomplètes ou inexactes conduisant souvent à des croyances erronées sur la manière de conjurer les périls. En outre, être bombardé d’avis divers revient à brouiller la juste appréciation qu’il faudrait avoir sur l’ampleur - et donc la pertinence - des risques. Enfin, notre cerveau a tendance à réagir de manière excessive. Il y a des raisons de penser que ces mécanismes étaient actifs lors des récents débats sur l’utilisation du vaccin covid-19.

Comment notre cerveau perçoit le risque

Les êtres humains utilisent des méthodes de pensée qui tendent à générer des réponses rapides et approximatives. Ces réponses sont bonnes dans la plupart des cas. Mais elles peuvent comporter des erreurs systématiques appelées biais. Les biais affectent l’évaluation du risque.

Des études, dans le domaine de la psychologie, montrent que bien des personnes connaissent l’origine d’un certain nombre d’événements indésirables, par exemple la mort. Pourtant, lorsqu’on leur demande de quantifier plus précisément les risques, elles surestiment considérablement la fréquence des causes de décès les moins probables et sous-estiment celle des causes courantes. Plus généralement, les informations sur l’occurrence d’un événement nuisible donné peuvent modifier la perception du risque. Après avoir appris qu’un événement donné s’est effectivement produit, les individus donnent une estimation relativement élevée à la probabilité qu’il se reproduise, plus élevée que l’estimation attribuée par ceux qui ignorent que le résultat s’est déjà produit. C’est ce qu’on appelle le « biais de rétrospection » communément traduit par la phrase « je le savais depuis le début ».

Il est clair que ce mécanisme a des conséquences potentiellement négatives sur la façon dont les sociétés humaines gèrent les risques. Reprenons le cas du vaccin d’AstraZénéca, approuvé par les autorités réglementaires selon des règles très rigoureuses. Quelques cas suspects ont cependant suffi à surestimer dans d’énormes proportions les risques d’effets indésirables, malgré une très faible probabilité. Or, ils étaient infiniment moindres que le danger d’être infecté si l’on n’était pas vacciné. Mais l’opinion publique n’a pas raisonné ainsi.

Deux leçons peuvent être tirées de ce phénomène. Premièrement, il arrive que les autorités soient conditionnées par le même mécanisme d’évaluation biaisé qui affecte le point de vue et les décisions des individus, comme l’a montré la brusque interruption de la campagne d’inoculation d’Astrazeneca. Il est difficile, pour les politiciens, de trouver une manière claire d’expliquer la question au grand public, et plus gratifiant de suivre l’instinct des électeurs. À leur tour, et c’est la deuxième leçon, les individus sont des proies faciles pour ceux qui promettent des solutions sans risque, même lorsqu’elles n’existent pas.

 

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