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22 juillet, 2021

Créer et distribuer les richesses sont un même processus

 Il y a d’importants problèmes théoriques avec la notion du partage des richesses. Alors, comment les créer ? Faut-il les redistribuer ?

Le rapport Blanchard-Tirole, publié le 23 juin, appuie sur la nécessité d’accroître la redistribution pour réduire les inégalités économiques. C’est pour nous l’occasion de nous intéresser à un point soulevé par l’économiste Thomas Sowell : le fait est qu’une bonne partie des richesses ne sont pas distribuées, mais créées.

Il y a d’importants problèmes théoriques avec la notion du partage des richesses. Ces problèmes remontent au philosophe John Stuart Mill, car celui-ci séparait la formation des richesses de la distribution des richesses. Cette dichotomie a depuis longtemps été réfutée par Ludwig von Mises et la plupart des économistes néoclassiques.

COMMENT CRÉE-T-ON LES RICHESSES ?

La formation des richesses provient de l’acte des capitalistes-entrepreneurs à fournir des biens (matériels et non-matériels) appréciés par les consommateurs, selon leurs préférences diverses. Les biens de production, les capitaux, sont des « plans non finis », et leurs valeurs découlent de leurs capacités à produire des biens de premier ordre à destination des consommateurs.

C’est le rôle des entrepreneurs que de formuler des combinaisons de capital pour satisfaire les consommateurs. Chaque entrepreneur, comme chaque consommateur, cherche à passer d’un état de satisfaction moindre à un état de satisfaction supérieur (c’est le but de toute action économique dans un monde caractérisé par la rareté), jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le faire. Comme dit par John Bates Clark, cela entraîne que les facteurs de production sont évalués selon leur productivité marginale.

Ainsi, la distribution des richesses provient purement et simplement de la formation des richesses préalables (comme la perte de richesse provient de l’incapacité du capitaliste-entrepreneur à fournir un bien apprécié, impliquant la perte).

La formation et la distribution des richesses sont deux maillons de la même chaîne de raisonnement. La formation des richesses dépend donc fortement du mécanisme des pertes et profits, en fournissant des profits à ceux qui satisfont la demande des consommateurs, et des pertes à ceux qui n’y arrivent pas.

La fonction d’entrepreneur, la poursuite du profit par les entrepreneurs, telle est la force motrice de l’économie de marché. Profit et perte sont les instruments à travers lesquels les consommateurs exercent leur suprématie sur le marché. Le comportement des consommateurs fait apparaître des profits et des pertes, et par cette voie transfère la propriété des moyens de production des mains des moins efficaces aux mains des plus efficaces. Cela rend un individu d’autant plus influent dans la direction des activités économiques que cet individu réussit mieux en servant les consommateurs. S’il n’y avait pas de profits et de pertes, les entrepreneurs ne sauraient pas quels sont les besoins les plus urgents des consommateurs. En supposant que quelques entrepreneurs soient capables de le deviner, ils manqueraient des moyens d’adapter en conséquence leur production. Ludwig von Mises – L’Action Humaine, page 348

 

Détourner la distribution des richesses de celui qui les a créées vers d’autres groupes d’individus en vertu d’autres standards, c’est réduire l’efficacité et la portée de ce mécanisme de pertes et profits fondé sur la propriété privée des moyens de production, et donc décorréler la formation des richesses de leur distribution.

Il se pose un ensemble de problèmes bien défini par les économistes classiques d’abord, puis par les économistes de l’École autrichienne et de l’École du choix public et leurs descendants modernes (la robust political economy, et l’austro-libertarianism) :

Accroître le problème de connaissance (knowledge problem)

Le processus qui exprime l’arbitrage des différents consommateurs sur le marché via les prix et pratiques sur ce marché est biaisé. Comme suggéré par Leontieff, l’agrégation de l’information pour résoudre cette dispersion de la connaissance n’est pas une solution viable, car comme cela a été souligné par Michael Polanyi, une partie de la connaissance est tacite et inarticulée et ne se manifeste que par l’acte individuel.

De plus, la connaissance doit aussi être interprétée, et un seul schéma d’interprétation mis en place avec un politburo ou une agence gouvernementale réduira grandement la capacité épistémique de cette connaissance. Le processus de marché est un processus de découverte qui permet aux entrepreneurs d’être alertes à la découverte de nouvelles préférences, de nouvelles méthodes de production et donc à des opportunités de profit inexploitées.

Accroître le problème des incitations (incentive problem)

Croire que les individus produiront toujours autant si leurs richesses sont considérées comme un bien collectif à partager, et qu’ils vivent donc dans l’incertitude de voir leur revenu réduit, va à l’encontre d’une des lois les plus fondamentales de l’action humaine : la désutilité du travail.

Cette croyance est notamment partagée par John Rawls :

Il n’y a pas de lien essentiel entre l’utilisation des marchés libres et la propriété privée des instruments de production. (1971)

Dans ce cas précis, Rawls fait la même erreur que les socialistes de marché qui ont depuis lors été réfutés par Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Malheureusement, cette leçon est encore ignorée par une grande partie des néoclassiques ; et la théorie de Rawls est un équivalent éthique à la théorie néoclassique de l’équilibre général1.

De plus, dans un monde où les hommes politiques appliquent un schéma de redistribution à l’aide des processus politiques, les individus privés sont plus incités à obtenir des ressources économiques par la capture de rente politique et le copinage que par une production réelle.

En créant des incitations pour la capture de rente politique, les hommes politiques multiplient les conflits potentiels au sein de la société (étant donné que les échelles de préférence, et donc les valeurs, des citoyens sont toutes différentes), car chacun finit par vouloir vivre aux dépens d’autrui. Cela crée finalement des jeux à somme négative pour l’ensemble de la société, qu’il est difficile d’arrêter. Comme cela a bien été décrit par Viktor Vanberg, les conflits qui découlent de cette distribution entraînent la société dans un dilemme du prisonnier.

Les hommes politiques et les bureaucrates sont incités à répondre à cette demande politique, car cela leur permet d’obtenir une justification à leur rôle dans la formation des processus sociaux.

Problème totalitaire (totalitarian problem)

Ce dernier, défini par Don Lavoie, est issu des deux problèmes précédents.

Les hommes politiques, méconnaissant les problèmes posés par l’ignorance radicale due aux phénomènes sociaux complexes et les incitations nocives fournies par un système d’allocation des ressources dirigées politiquement, souffrent d’une prétention de connaissance (pretense of knowledge) : les hommes politiques se jugent aptes à comprendre et modeler la société comme ils l’entendent selon un code moral supérieur. C’est l’homme du système, déjà repéré par Adam Smith.

Le système de la propriété privée n’est certainement pas le système rêvé par ceux qui s’imaginent être des anges envoyés sur Terre pour corriger le péché originel de l’humanité. Cependant, dans le monde réel, peuplé par des hommes cupides, imparfaits et ignorants, ce système a montré qu’il avait des mécanismes permettant de rendre ces hommes inoffensifs pour leurs contemporains, permettant ainsi la coopération sociale et la vie en société, tout en se fondant sur le bien le plus précieux de l’homme : sa liberté.

  1. Sur ce sujet en particulier, voir Robust Political Economy : Classical Liberalism and the Future of Public Policy. ↩

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