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11 juin, 2021

Impact économique de la crise covid : la créativité de l’entrepreneur (5)

 Une société libre dans une économie de marché est le meilleur moyen d’arriver au succès, qu’il soit d’entreprise ou individuel.

Vous pouvez retrouver ici la première partie de l’article, la secondela troisième et la quatrième.

On ne peut pas savoir a priori comment une société libre, non soumise à la coercition systématique de l’interventionnisme étatique, affronterait une Pandémie de la même gravité que celle d’aujourd’hui et qui, sans aucun doute, l’affecterait profondément du point de vue économique et sanitaire1.

Mais il est clair que la réaction du corps social se fonderait sur la créativité entrepreneuriale et sur la solution, d’efficience dynamique, consistant à détecter et surmonter les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présenteraient.

PANDÉMIES : SOCIÉTÉ LIBRE ET ÉCONOMIE DE MARCHÉ

Et c’est justement cet élan de la créativité entrepreneuriale qui nous empêche de connaître en détail les solutions qui seraient adoptées, car l’information entrepreneuriale non encore créée à cause de la coercition étatique monopoliste, ne peut pas être connue aujourd’hui, bien qu’elle nous donne en même temps l’assurance que les problèmes tendront à être détectés et résolus de façon habile et efficiente2.

Autrement dit, juste le contraire de ce qui se passe avec l’Etat et l’action combinée de ses politiciens et bureaucrates, quels que soient la bonne foi et le travail qui accompagnent leurs efforts.

Nous ne pouvons pas imaginer l’immense variété, richesse et génie qui s’emploieraient à faire face aux problèmes d’une pandémie dans une société libre, mais nous disposons de multiples indices qui nous permettent d’avoir une idée approximative de la situation totalement différente qui se présenterait dans un contexte libre de coercition étatique.

Ainsi, par exemple, face aux confinements absolus et omnicompréhensifs -et la pause économique forcée et simultanée- (qui trouvent leur origine, ne l’oublions pas, dans la Chine communiste), on aurait dans une société libre des mesures beaucoup plus décentralisées et de type désagrégé et « micro », tels les confinements sélectifs de lotissements (privés), quartiers, communautés, entreprises, résidences, etc.

Face à la censure durant les semaines décisives du début de la Pandémie (et persécution de ceux qui la dévoilèrent), l’information se filtrerait très rapidement et d’une manière libre et efficiente. Face à la lenteur des contrôles lors de la réalisation de tests sur les éventuels contaminés, les entrepreneurs et propriétaires d’hôpitaux, de résidences, d’aéroports, de gares, de moyens de transport, etc., dans leur propre intérêt et celui de leurs clients, les utiliseraient tout de suite et de façon très efficace.

Dans une société et un marché libres il n’y aurait, sauf dans des cas ponctuels, ni problèmes graves de désapprovisionnement ni goulots d’étranglement. On ne déconseillerait pas l’usage de masques, alors que leur port donne partout ailleurs de bons résultats, et on n’imposerait pas ensuite leur utilisation délirante dans toutes les circonstances.

L’esprit d’entreprise s’attacherait à essayer et à découvrir des solutions, de manière polycentrique et compétitive et non pas comme aujourd’hui où la planification centrale et monopoliste de l’Etat bloque la plus grande partie du potentiel créatif de l’humanité3.

Sans parler de l’énorme avantage et de la différence en matière de recherche et de découverte de remèdes et vaccins que présentent l’initiative individuelle et l’entreprise privée, car, même dans les circonstances actuelles, les Etats ont été obligés de s’adresser à elles pour s’en procurer rapidement, face à l’échec cuisant de leurs instituts publics de recherche aussi prétentieux que bien payés, quand il s’est agi de fournir des solutions effectives4.

On peut en dire autant de l’efficience très supérieure des réseaux privés de santé (compagnies d’assurances sanitaires, hôpitaux privés, institutions religieuses, fondations de toutes sortes, etc.) qui ont la possibilité supplémentaire de s’étendre de façon beaucoup plus souple et rapide en période de crise (rappelons, par exemple, que presque 80 pour cent des fonctionnaires de l’Etat espagnol -y compris la vice-présidente du gouvernement socialiste- choisissent librement la santé privée et non la publique, alors que cette possibilité est injustement refusée au reste de leurs concitoyens espagnols; malgré cela un quart d’entre eux, au moins, ont fait le sacrifice du coût supplémentaire que représente une assurance maladie privée). Et ainsi de suite, etc., etc5.

SERVILISME ET OBÉISSANCE DES CITOYENS

Pour conclure ce point, il convient probablement de se demander pourquoi, malgré toutes les insuffisances, carences et contradictions qui caractérisent la gestion publique et que démontre l’analyse économique6, la plupart des gens, séduits par les politiciens et autorités publiques, continuent à leur obéir avec autant de résignation que de discipline.

Etienne de La Boétie7 identifiait déjà en 1574, dans son Discours de la servitude volontaire, quatre facteurs qui expliquent la servilité des citoyens vis-à-vis des gouvernants et autorités et sont toujours d’actualité :

  • l’habitude d’obéir à quelqu’un qui, même d’origine tribale et familiale, vaut pour toute la société ;
  • l’éternelle auto-présentation du pouvoir public avec un sceau « sacré » (désignation divine par le passé, souveraineté populaire et appui démocratique aujourd’hui) qui légitimerait la prétendue obligation d’obéir ;
  • la constante création d’un groupe important d’inconditionnels (autrefois « gardes prétoriennes », aujourd’hui experts, fonctionnaires, etc.) dont la subsistance dépend du pouvoir public et qui l’appuient, l’encouragent et le soutiennent ;
  • l’achat, enfin, du soutien populaire par la concession continuelle de subventions (autrefois rentes et récompenses, aujourd’hui, par exemple, prestations de l’Etat intentionnellement appelé « Providence »), qui rendent les citoyens progressivement et irréversiblement dépendants du pouvoir public.

Si on ajoute à cela la peur (qu’inspire l’Etat lui-même) qui pousse à demander au gouvernant d’agir, en particulier en période de crise grave (guerre, pandémie), on s’explique que le servilisme des citoyens s’accentue et se consolide, surtout dans ce genre de situations.

Mais, pour peu qu’on réfléchisse à la question d’un point de vue théorique et philosophique, on constate le défaut de légitimité morale et éthique de l’autorité spéciale qui est attribué à l’Etat. Ainsi l’a démontré, par exemple, Michael Huemer dans son livre The Problem of Political Authority8.

Nous ne pouvons pas, bien sûr, développer ici ce grave problème qui est, sans nul doute, la base de la principale crise sociale de notre époque (et, dans un certain sens, de tous les temps).

Mais dans le contexte de l’analyse économique des pandémies que nous faisons, nous pouvons constater qu’il existe un « virus » encore plus létal que celui de la Pandémie actuelle, et qui n’est autre que l’étatisme « qui infecte l’âme humaine et nous a tous contaminés »9.

  1. Israel Kirzner, Discovery and the Capitalist Process, The University of Chicago Press, Chicago y Londres 1985, p. 168. ↩
  2. Par exemple, l’utilisation par l’entreprise privée INDITEX de ses centres de logistique et de transport concernant la Chine ont permis d’apporter en Espagne en un temps record plus de 35 millions d’unités de protection sanitaire (outre 1200 respirateurs) qui seraient arrivés beaucoup plus tard et dans de bien plus mauvaises conditions si on avait utilisé les canaux publics habituels. Ou dans le cas du restaurant Coque, avec deux étoiles au guide Michelin, qui prépara et réparti à Madrid des milliers de repas aux nécessiteux et personnes affectées pour la pandémie, etc., etc. ↩
  3. Voir, entre autres, l’article classique de F. A. Hayek “Competition as a Discovery Procedure”, dans New Studies in Philosophy, Politics, Economics and the History of Ideas, Routledge, Londres 1978. ↩
  4. Les gouvernements, appliquant deux poids deux mesures, dénoncent immédiatement toute erreur, si petite soit-elle, du secteur privé, alors que les fautes, beaucoup plus importantes et scandaleuses du secteur public sont considérées comme la preuve définitive qu’on ne dépense pas suffisamment et qu’il faut accroître ses dimensions, la dépense publique et les impôts. ↩
  5. Naturellement, les autorités publiques qui ont un peu moins contrôlé et brimé leurs citoyens, comme c’est le cas de Hong Kong, de la Corée, de Singapour ou, plus près de nous, de la Communauté Autonome de Madrid, même si elles ne peuvent pas se défaire complètement des problèmes irrésolubles de l’interventionnisme d’Etat, tendent à obtenir des résultats plus positifs, ce qui constitue aussi une illustration supplémentaire de ce dont nous avons parlé dans le texte principal. L’aphorisme selon lequel “la moitié de l’Espagne s’occupe de contrôler, inspecter ou sanctionner l’autre moitié”, qui contient un grand fond de vérité, indique qu’au moins un effet positif du confinement et de la pause radicale a justement consisté dans la trêve de la pression que la société civile a pu percevoir, au moins partiellement et pendant quelques mois, dans ce domaine. ↩
  6. Nous n’avons pas parlé dans le texte principal des contributions de l’”Ecole du Choix Public” (Public Choice School)qui, au sujet des défaillances de la gestion publique  démocratique (spécialement les effets de la rationalité de l’ignorance de l’électeur, le rôle pervers des groupes d’intérêts privilégiés, la myopie et court-termisme gouvernementaux et le caractère mégalomane et inefficient des bureaucraties), a obtenu tant de succès à partir des années 1980 (quand son principal promoteur James Buchanam obtint le Prix Nobel d’Economie en 1986); contributions qu’il faut considérer comme reproduites ici (voir aussi la bibliographie citée à la note 25 de la p. 121 de mon livre Socialisme, calcul économique et fonction entrepreneuriale, op. cit.). ↩
  7. La Boétie, Discours de la servitude volontaire, Présentation de Simone Goyard-Fabre, Flammarion, Paris 2015. ↩
  8. Michael Huemer, The Problem of Political Authorithy : An examination of the right to coerce and the duty to obey, Palgrave Macmillan, New York 2013. ↩
  9. Jesús Huerta de Soto « Le virus le plus mortel », L’Opinion, Paris, 9 juin 2020, p. 5. ↩

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