Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Nouvelle devise du dollar canadien : Un de perdu, dix d’empruntés. - Michel Beaudry

________________________________________________________________________

31 juillet, 2007

Éducation, liberté et responsabilité

La responsabilisation des individus est un pré requis essentiel à une véritable solidarité sociale. Comme l’explique Louise Labrecque, il est important d’inculquer les concepts de responsabilité aux enfants dès leur plus jeune âge.

Louise Labrecque

Renforcement positif : pour la discipline et l’affirmation de soi en continuum avec la liberté et la démocratie, au cœur de la construction de l’autonomie de l’enfant.


« J’ai tout à découvrir! » semble dire Anita, petite fille de 3 ans. En effet, son exploration est sans limite : elle court partout, curieuse, s’émerveille; elle explore et fait mille et une folies !
« je dois souvent répéter et même la gronder » explique sa maman visiblement fatiguée devant la somme d’énergie qu’il faut et faudra déployer, visiblement maintenant et pour les années à venir. En effet, certains enfants ont des besoins importants d’exploration, de quête d’eux-mêmes au travers l’expérimentation concrète des phénomènes et des choses ambiantes. « C’est parfois carrément dangereux et il me faut intervenir sans cesse » explique encore la maman d’Anita.

En réalité, l’enfant a besoin de limites claires. En grandissant, Anita aura à effectuer des choix et gérer sa vie. Une bonne discipline s’acquiert très tôt, et une première étape en ce sens est d’expliquer à l’enfant, avec des mots simples, ce que l’on attends de lui. Le couple doit faire équipe pour établir une saine discipline, car cela ne se fera pas tout seul. Il y aura inévitablement des hauts et des bas, voire même des conflits qui exigeront une bonne méthodologie de résolution de problèmes. Toutefois, inculquer de bons principes d’autodiscipline en vaut la peine et servira de socle pour les années à venir. Plus tard, l’enfant arrivera graduellement à se forger une méthode d’autodiscipline personnelle efficace en partant de ces notions de base. Mais nous n’en sommes pas là! La discipline et l’autodiscipline est un défi de taille, et l’inculquer aux enfants exige beaucoup de délicatesse, de respect et de fermeté. Je le vois chaque jour autour de moi et je constate la somme de patience, d’amour, et de souplesse que les parents doivent déployer pour arriver à créer un bon partenariat avec l’enfant, l’enseignant et la famille. En fait, tout le milieu se mobilise en équipe pour y parvenir : les ami(es), la garderie, l’école, la famille d’origine et élargie, bref, tous vont main dans la main pour éduquer progressivement l’enfant aux règles de la vie en société.


Parfois les enfants savent ce qui est bien dans leurs comportements. Cependant, il arrive qu’ils ne savent pas que ce qu’ils sont en train de faire est inacceptable, donc ils ont parfois des comportements inadéquats. L’acquisition de l’autodiscipline est une habileté qui exige une expérimentation de la part de l’enfant, et comme l’expression et l’affirmation de soi est au cœur du développement de l’autonomie, il faut faire très attention dans l’application des interventions disciplinaires. Par exemple, pour les parents de Yaniv, 8 ans, la période de devoirs et leçons se transforme systématiquement en champs de bataille. Il est important de présenter cette activité comme plaisante et enrichissante; aménager un coin-étude agréable et adapté aux besoins de l’enfant et prendre le temps d’expliquer – voire répéter- à l’enfant l’utilité de la tâche importante que constitue son travail scolaire. Pour David, 12 ans, c’est différent, « il aime son coin-étude et s’applique beaucoup à la tâche, mais c’est très long avant qu’il débute réellement son travail » explique sa mère. En réalité, David éprouve beaucoup de mal à recevoir des ordres stricts et il a besoin d’élaborer lui-même un horaire en ce qui a trait au moment où il fera ses devoirs, avec un temps prédéfini à l’avance. Aussi, ne pas oublier que lorsqu’on demande à un enfant de fournir des efforts importants pour une tâche qu’il ne se sent pas apte à remplir, cela le démotive et forcément il en découle des difficultés de comportements et d’apprentissages. Il faut savoir doser et trouver un juste milieu pour aider l’enfant à atteindre un sain équilibre entre affirmation de soi et discipline.

En somme, inculquer de la discipline chez un enfant exige beaucoup de constance et de fermeté de la part des parents, des éducateurs et des enseignants. Une fermeté rassurante passe nécessairement par un respect de ses besoins, par exemple en pratiquant une écoute active, en posant des questions à développement et non tout bêtement répondre par oui, non ou parce que. L’enfant est très sensible à ce que l’adulte perçoit de lui, il est facile de le blesser profondément dans son estime de lui-même en lui faisant sentir que ses questionnements sont futiles. En ce sens, s’il y a maladresses de la part du parent, ne pas hésiter à s’excuser auprès de l’enfant. Jean-Charles à 8 ans comprends lorsqu’il y a eu injustice à son égard. Il faut donc favoriser un reflet direct en lui expliquant que parfois les adultes aussi font des erreurs. Ce simple aveu est très formateur pour l’enfant. De plus, les punitions ne sont pas nécessaires, ne responsabilisent pas l’enfant et sont à la limite, un acte barbare et humiliant dont les vertus pédagogiques sont discutables. Les renforcements positifs, au lieu de la punition, permettent de responsabiliser l’enfant en lui faisant prendre conscience de son action[1]. Au lieu de crier à Yaniv de cesser de courir alors qu’il s’énerve « comme un fou » partout dans le corridor avant de rentrer en classe, son enseignante peut simplement lui dire de marcher lentement dans le corridor aller-retour trois fois en réfléchissant au pourquoi de ne pas courir. S’il en est incapable, ou a besoin davantage de temps pour comprendre, lui suggérer de s’asseoir sur un banc cinq minutes pour réfléchir. Un renforcement positif mets l’enfant face à son comportement inadéquat pour l’obliger à faire émerger en lui de nouvelles solutions. Il est actif, au pouvoir, il devient véritablement responsable de ses comportements. En même temps, toujours se souvenir qu’il est facile d’opérer un conditionnement de la pensée de l’enfant, selon ce qui nous semble positif ou acceptable, donc nos propres valeurs doivent être passées au peigne fin. À titre d’exemple, le temps alloué à la télévision ou aux ordinateurs à la maison doit être revu et corrigé. L’enfant observe et imite l’adulte et il aura du mal à comprendre la pertinence de l’autodiscipline si la logique de la théorie à la pratique n’est pas appliquée avec rigueur. Il faut expliquer à David, par exemple, que « l’ordinateur est l’outil de travail de papa », et démontrer cela par des exemples simples et concrets. Il peut ainsi comprendre pourquoi il est allumé durant de longues heures, et ce fait ne sera pas interprété comme une injustice à son égard. Aussi, on ne répètera jamais assez combien l’impact d’Internet dans le quotidien n’a pas que des aspects positifs. Dans ses aspects négatifs, il donne une ouverture différente sur le rapport au temps, donc l’espace-temps s’en trouve modifié, cela fait que quelques jeunes peuvent franchir allègrement la zone de toxicité et dépasser ainsi les limites du déséquilibre intrapsychique et social. Qu’on se le dise : l’ordinateur est un outil formidable, mais il demande une discipline de tous les instants de la part des parents! Marc-Antoine a 13 ans et n’arrive tout simplement pas à respecter les consignes, tant à l’école qu’à la maison : « c’est désespérant » affirme sa maman, qui est à bout de ressources. En réalité, il faut aider l’enfant à se concentrer sur les priorités, socle par excellence d’une bonne autodiscipline. La fréquentation des écrans, phénomène moderne et enrichissant, entraînent cependant un déséquilibre lorsque la discipline n’est pas appliquée adéquatement à la maison.

L’école a aussi un rôle majeur à jouer dans l’acquisition des fondements de l’autodiscipline. En ce sens, créer une zone neutre où l’enfant peut et doit prendre ses propres décisions pour gérer les inévitables manquements et difficultés que cela suppose, par exemple avec un carnet de route, où il pourra observer et commenter ses expériences, avec une liberté qui le responsabilise par rapport à ce qu’il fait et doit faire à l’école. Rendre l’individu libre est un des fondement de l’éducation et cela est impossible sans l’autodiscipline, car être libre c’est complètement l’inverse que de faire tout et n’importe quoi. Le mot « citoyen » que les socialistes ont mis à la mode ne devrait pas être associé à l’école, non seulement par sa facture politique, mais surtout parce que la liberté, au cœur de l’apprentissage, doit être et demeurer fondamental. La mission de l’école : « apprendre à lire, écrire et compter » n’est toutefois possible que par la discipline. Discipliner, comme l’affirme Durkheim, c’est assurer le passage à l’état social[2]. Quel modèle adopter avec les enfants? Une éducation conformiste, autoritaire? Certes, il existe des conformismes nécessaires à la cohésion des groupes humains, mais le conformisme érigé en systèmes renvoie à une sorte de domestication, idée de troupeau humain qui est la conséquence naturelle d’un système d’éducation autoritaire. La répétition, mécanisation des gestes et standardisation des idées, est bien subtil et conduit à une culture de masse, un homme mécanisé. Bref, la discipline, qui prépare l’enfant « pour la société » est un modèle de discipline significatif, mais qu’il faut dépasser. Les Jésuites, grands précurseurs de ce type de discipline, ont développé ce modèle qui convenait bien à une époque baroque. Ils ont par la suite construit des collèges autour des Humanités Classiques, ce qui a conduit à une vision autonome de l’éducation et de la discipline[3]. L’enfant, dans un modèle de discipline tel que le prônait les Jésuites, avait un savoir organisé, une pensée structurée et un esprit autonome. La tâche de l’éducation est, selon Kant, « d’élever chacun au-delà de son animalité pour toucher son humanité [4]», bref amener l’enfant à penser par lui-même et à se servir de sa raison, de son cœur et de son esprit. Le dépassement de soi doit être au cœur de la discipline et de l’autodiscipline. Il ne peut s’accomplir sans effort et rigueur intellectuelle. Lorsque nous pourrons aider l’enfant à se dépasser, nous pourrons dire alors que « la pédagogie de l’élan humain[5] » est bien réelle. L’enfant a besoin de règles et il a le goût de l’ordre. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la satisfaction capricieuse de ses désirs ne le rassure pas du tout et il sait qu’un jour, il sera un adulte, et que cela va nécessairement de pair avec une discipline intérieure (« la dure loi de la vie »); il observe le monde qui l’entoure et comprends que l’affirmation de soi passe nécessairement par un passage, « un triomphe de l’obstacle ». L’importance d’un modèle fort pour l’enfant est essentiel. L’enfant porte un idéal de grandeur en lui, une sorte d’idéalisme universel qui développe sa pensée, instruit, favorise le retranchement des idées et l’abstraction. Ce type de discipline centrée sur l’autonomie l’amène à voir le monde et surtout à dépasser son milieu immédiat pour se donner son propre monde, dans toutes ses dimensions, à devenir un être à part, unique, significatif, pour élaborer une force, une liberté qui fait croître, une grandeur qui deviendront des conditions de créativité. Comme affirme Hegel « éveiller chez l’individu son désir de devenir grand » passe nécessairement par des efforts, un travail de discipline intérieur par lequel l’enfant surmonte lui-même les obstacles. Le courage d’être humain, cet honneur d’être soi, affirmation essentielle de l’individu, amène l’enfant à une découverte de soi et à l’établissement de son autonomie. Par l’autodiscipline, il se crée cet espace solide, ouvert à tous les possibles, et invente son chemin à suivre, une voie pour la vie.

[1] Revue Sciences et comportements. « Attributions, autocontrôle et contrats comportementaux à l’école », volume 20, numéro 1, Rodrigue William, Magerotte, Gyslain, 1990, Association scientifique pour la modification du comportement.
[2] Durkheim, Émile, « Personne et sacré chez Durkheim »,Paris, Centre national de recherche scientifique, volume 69, 1990
[3] « Des Jésuites » De Bonald, Louis, in Œuvres complètes, tome III, Paris, 1859
[4] «Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique », Muglioni, Jean-Michel, Bordas, Paris,1988
[5] « Traité de pédagogie générale », Reeves, Hubert, 1965

Aucun commentaire: