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09 juillet, 2020

Pourquoi le libéralisme n’est pas la défense du grand capital

Un malentendu, hélas fort répandu, assimile le libéralisme à une politique en faveur des grandes entreprises, en particulier celles du CAC 40. À tort. Quatrième partie de la série « Ce que le libéralisme n’est pas ».
Il est courant, depuis déjà longtemps, de considérer le libéralisme comme le danger suprême. On en fait un épouvantail bien commode pour exorciser toutes les peurs, les craintes liées au monde en particulier économique. Il est le coupable idéal face à des situations que l’on ne maîtrise pas ou plus, à toutes les erreurs qui peuvent être commises, dans tous les domaines.
C’est ainsi que, tentant de le diaboliser, certains tentent de l’apparenter au « grand capital », et tout ce que l’on peut trouver de péjoratif derrière cette expression, symbolisé par « le patronat » (sous-entendu des plus grandes entreprises, en particulier du CAC 40).
Or, non seulement le libéralisme n’a pas pour objet de défendre particulièrement ces grandes entreprises, plutôt un capitalisme de type entrepreneurial, contre toutes les caricatures, mais il condamne de surcroît les interventions et collusions intempestives qui visent à protéger certaines rentes au détriment du bien commun. À l’image de ce que David Spector met en avant dans son ouvrage La Gauche, la Droite et le marché  lorsqu’il montre qu’il existe
jusqu’à la caricature, une convergence entre un antilibéralisme de droite, mû par la défense ponctuelle d’intérêts bien compris, et un antilibéralisme de gauche rétif au marché par principe.

NE PAS CONFONDRE CAPITALISME ET LIBÉRALISME

Le capitalisme peut revêtir différentes formes et n’est pas toujours libéral, loin s’en faut.
Le capitalisme est un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’accumulation du capital, permettant de créer des outils de production, des biens de consommation et de la croissance.
Le libéralisme, quant à lui, est (définition reprise de Wikiberal)
un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple).
L’un peut ne pas être conforme à l’autre. Et c’est ainsi que lorsqu’on évoque une crise du capitalisme, elle peut être due à un excès d’intervention de l’État plus qu’à des effets présupposés d’un libéralisme généralement mal défini et aux contours très flous.
Selon Gérard Dréan, dans son article de référence sur « Qu’est-ce que le libéralisme ? » :
Ce que les libéraux refusent aussi, c’est le constructivisme : l’idée selon laquelle il serait légitime pour certains hommes investis d’un pouvoir particulier d’imposer des règles sociales qu’ils auraient préalablement définies par le raisonnement. Pour un libéral, tout acte social, quelque élémentaire qu’il soit, doit être soumis aux autres membres de la société, qui peuvent individuellement s’y associer ou le refuser.
Les structures sociales ne peuvent légitimement résulter que d’un « ordre spontané » où toutes les initiatives sont possibles, mais doivent être validées en permanence par les libres actions de l’ensemble des individus qui forment la société […]
L’essence même du libéralisme étant de contester le pouvoir de l’État, les libéraux authentiques ne cherchent pas à exercer ce pouvoir. C’est pourquoi ils sont si peu nombreux parmi les politiques. Quelques-uns ont tenté d’accéder au pouvoir dans le but de le détruire de l’intérieur, mais ils s’y sont trop souvent laissés engluer.
A contrario, les antilibéraux de tous bords sont souvent des aspirants dictateurs, convaincus qu’ils sont que l’action libre des êtres humains conduirait à la catastrophe et que la société doit être fermement gouvernée, par eux-mêmes et leurs amis bien entendu […]
Or il est impossible de condamner le libéralisme sans condamner en même temps le principe d’égale liberté dont il est l’expression. C’est pourquoi tant de gens qui aspirent à gouverner le monde s’évertuent à en fabriquer d’odieuses caricatures qui n’ont guère de commun avec lui que le nom et ne signifient que leur propre ignorance.

LE CAPITALISME DE CONNIVENCE

Charles Gave, dans un article intitulé « Capitalisme de connivence et libéralisme » évoque Éric Zemmour, dont on sait à quel point il exècre le libéralisme (à l’instar d’une Natacha Polony qui en fait également sa cible favorite, en dressant à l’occasion un tableau caricatural qui n’a rien à voir avec ce qu’elle entend dénoncer avec hargne).
En ajoutant qu’Éric Zemmour confond fâcheusement sa cible (le libéralisme) avec le capitalisme de connivence, qui lui est justement on ne peut plus étranger. Et c’est là tout le problème.
À l’inverse de ce que recherche le libéralisme, le capitalisme de connivence est :
Un système de défense et de création de rentes appuyé sur la capture de l’État par ceux qui bénéficient ou bénéficieront de ces rentes. Dans la rente, on gagne de l’argent parce que l’on a capturé l’État, tandis que le profit est la contrepartie d’un risque pris. Une rente ne disparait jamais, un profit peut s’évaporer du jour au lendemain. Le profit est légitime, la rente ne l’est pas.
Or, le libéralisme est par nature opposé aux immixtions intempestives de l’État dans le fonctionnement de la société, cantonnant celui-ci essentiellement aux fonctions régaliennes.
Il n’y a donc pas plus opposés que les libéraux à cette collusion, qui va à l’encontre de l’esprit d’entreprise tel qu’ils le défendent depuis toujours. Et c’est donc un bien mauvais procès qui est fait à une philosophie dont l’esprit est tout à fait contraire à ce que trop de contempteurs croient y voir.
Bien à l’inverse, les libéraux défendent une concurrence saine et non dévoyée par de quelconques mécanismes qui viennent en fausser la validité.
Jean-Marc Daniel, dans son ouvrage L’État de connivence, déplorant le népotisme et le conservatisme rentier du capitalisme de connivence, accuse des interventions telles que la « politique des champions nationaux » de venir fausser le libre-jeu du capitalisme de concurrence et d’engendrer ainsi un système pernicieux où un certain protectionnisme est défendu « en prétendant aider la partie la plus pauvre de la population dont il sauvegarderait les emplois tout en passant sous silence les prix élevés et les pertes de pouvoir d’achat subséquentes liés au refus de la concurrence internationale. »
Au prix d’une alliance étrange entre « conservateurs politiques, patronat bien en cour […] et survivance de l’ancienne extrême gauche marxisante qui ne supportent pas ce que peut représenter l’économie de marché en termes de modes de reconnaissance des compétences»

LA MÉCANIQUE PERVERSE DU SYSTÈME

La mécanique perverse du système, le clientélisme sous couvert toujours d’un « intérêt général » aux contours mal définis, un syndicalisme trop souvent complaisant et, par certains côtés complice de ce grand patronat qu’il entend dénoncer, sont autant de facteurs qui dévoient le système et l’éloignent justement complètement de ce qu’entend promouvoir le libéralisme, à savoir une véritable liberté d’entreprendre, de créer, d’innover, de jouer le libre-jeu de la concurrence, sans que des intérêts corporatistes, politiques, protectionnistes ou autres viennent interférer avec cette liberté et la restreindre.
David Descôteaux, dans un article intitulé « Le capitalisme de connivence, voilà l’ennemi », affirme ainsi que :
Nous vivons à l’ère du capitalisme de copinage (crony capitalism).
Celui où on privatise les profits des banques, tout en refilant les pertes aux contribuables. Celui où les grosses entreprises dépensent des millions en lobbyistes pour acheter les politiciens. Et pour faire jouer les règles en leur faveur (comme ériger des barrières aux produits concurrents étrangers, ou se partager des contrats gouvernementaux à prix gonflés…). Celui où syndicats, bureaucratie et autres groupes d’intérêt échangent des votes contre des privilèges et des subventions à la pelle.
C’est la capture de l’État par les groupes d’intérêt — qu’ils soient de droite ou de gauche. Et qui se foutent bien qu’on endette à mort la prochaine génération.

LE LIBÉRALISME CONTRE LES SUBVENTIONS AUX GRANDES ENTREPRISES

Les subventions aux entreprises sont accusées par les libéraux d’être l’un des pires maux en matière de dépenses publiques et de faire perdre de nombreux emplois à la société.
Eddie Willers, dans un article à l’esprit très proche du présent article, intitulé « Idée reçue : le libéralisme défend les grandes entreprises » écrit ceci :
Loin d’être le défenseur des grandes entreprises et même de l’entreprise en général, le libéralisme permet surtout à de nouveaux acteurs aux business-models originaux et disruptifs de tailler des croupières aux grands groupes.
Les grands groupes sont bien souvent les entreprises qui reçoivent le plus de subventions. À titre d’exemple les TPE-PME représentent 90 % des bénéficiaires du crédit impôt recherche en nombre mais 20 % en volume de créances (Le Monde). Or une subvention revient à taxer davantage Pierre pour reverser cette somme à Paul selon les préférences des hommes politiques du moment. C’est donc une atteinte à la propriété privée et au droit naturel de Pierre.
Une subvention n’est donc absolument pas un principe libéral. Pourtant, le MEDEF est le premier organe à réclamer des subventions à l’export, pour la recherche, pour le « Made In France » et que sais-je encore. Nous sommes donc bien loin d’un « libéralisme débridé ».
Les libéraux adhèrent d’ailleurs, ajoute-t-il à juste titre, aux principes de la destruction créatrice et défendent ainsi complètement la libre-entreprise, sans chercher à en fausser l’esprit. Et sans, non plus, défendre coûte que coûte l’entreprise quelle qu’elle soit, l’individu étant au centre de ses raisonnements et le libre-contrat le moyen de mettre en accord leurs intérêts communs.

LE LIBÉRALISME, AU SERVICE DE TOUS

Au final, rien ne permet d’affirmer, si ce n’est l’ignorance ou la mauvaise foi, que le libéralisme serait assimilable à la défense des grandes entreprises, ni même des entreprises quelles qu’elles soient par un a priori surgi de nulle part, si ce n’est des visions fantasmées de certains.
On peut même estimer que, bien loin de vouloir privilégier telle ou telle entité, le libéralisme demeure au service exclusif de l’individu et de sa liberté, loin de tout privilège indu. Et en ne défendant aucune position acquise. Ainsi peut-on affirmer avec Thierry Falissard, dans son opuscule Faut-il avoir peur de la liberté ? :
Le capitalisme de libre concurrence n’aboutit à aucune position définitivement acquise, car tout avantage peut être remis en question. Le plus compétent, c’est-à-dire celui qui apporte le plus aux autres, y a toutes ses chances. Entraver la concurrence est davantage dans l’intérêt du « fort » que du « faible » :
« Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui, ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. » (Ludwig von Mises, « L’action Humaine », 1949).

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