Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry

17 février, 2021

La véritable nature du changement du monde

 Que ce soit dans le domaine politique, scientifique, économique ou social, le changement disruptif ou radical est souvent la résultante d’une accumulation de petits changements modestes au cours du temps.

Comment le monde se transforme-t-il ?

Lorsque Charles Darwin a proposé sa théorie de l’évolution des espèces, il a imposé l’idée pour longtemps d’une évolution continue, par petites touches. Un papillon noir devient un papillon jaune en passant par toutes les couleurs intermédiaires, au travers de multiples générations.

Les progrès de la science ont montré cependant que l’évolution se fait de façon beaucoup plus brutale que cela, avec des mutations très importantes d’une génération à l’autre. En fait, dans l’évolution des espèces, la majeure partie du changement se produit par sauts brutaux.

Cette opposition entre un changement continu et un changement brutal, entre un monde linéaire et un monde non linéaire, masque une réalité plus nuancée pour ce qui concerne les systèmes sociaux que sont les collectivités humaines, comme les marchés, les nations ou les organisations.

Lorsque le 26 novembre 1974 elle prend la parole devant le Parlement pour défendre son projet de loi de légalisation de l’avortement, Simone Veil, ministre de la Santé, sait que la partie ne sera pas facile. Les débats sont houleux : la ministre est durement attaquée, elle subit insultes, attaques personnelles et menaces de mort, mais la loi est finalement adoptée fin 1974 et promulguée début 1975.

Comme elle le remarque elle-même dans son discours, si elle peut présenter son projet c’est grâce à ceux qui ont œuvré pour une évolution de la législation depuis plusieurs années. Durant les mois qui précédent, la commission parlementaire a « entendu, pendant de longues heures, les représentants de toutes les familles d’esprit, ainsi que les principales personnalités compétentes en la matière. »

Entre 1956 et 1967, onze propositions de loi avaient été déposées par des formations de gauche pour modifier la loi de 1920, très restrictive. Toutes seront repoussées, mais en 1967, la loi Neuwirth marque un progrès, même s’il est limité, la majorité n’osant heurter son aile conservatrice, très hostile à une telle évolution. Le débat s’amplifie, relayé sur le terrain par une action militante ancienne qui s’accélère après les événements de 1968.

La plus marquante est le fameux Manifeste dit des 343 salopes (selon l’expression toute en finesse de Charlie Hebdo) : dans une tribune publiée par le Nouvel Observateur le 5 avril 1971, 343 femmes, dont beaucoup de personnalités, déclarent avoir avorté et réclament « le libre accès aux moyens anticonceptionnels et à l’avortement libre ». Aucune de ces femmes ne sera poursuivie, ce qui est le signe d’une évolution en profondeur des modèles mentaux du corps social. Le manifeste en inspire un autre en 1973, celui de 331 médecins se déclarant pour la liberté de l’avortement.

LE CHANGEMENT, LENT D’ABORD, PUIS TRÈS RAPIDE

Le vote de la loi en 1974 n’est donc pas un coup de tonnerre venu de nulle part, mais plutôt l’aboutissement d’un combat commencé de nombreuses années auparavant par des activistes et des anonymes qui, peu à peu, ont par leurs actions fait accepter l’idée et préparé le corps social à une évolution majeure et poussé les politiques à agir. Ce qu’on voit c’est le courage de la ministre face à une opposition violente. Ce qu’on ne voit pas, c’est ce microscopique travail de l’ombre par des anonymes. Il est pourtant essentiel.

Ce grand changement, concrétisé par une action décisive après une longue période de petites victoires qui le préparent et le rendent possible et effectif, n’a rien d’exceptionnel. Historiquement, au contraire, que ce soit dans le domaine politique, scientifique, économique ou social, le changement disruptif ou radical est souvent la résultante d’une accumulation de petits changements modestes au cours du temps. Le changement peut survenir brutalement, mais sa genèse est souvent très ancienne.

Ainsi, la révolution du low cost aérien débute en 1971 avec le lancement de SouthWest Airlines, une compagnie aérienne comptant seulement trois avions. Il faut attendre les années 1990 pour qu’elle ait un effet sur les compagnies aériennes traditionnelles et que celles-ci commencent à réagir.

De même, James Watt n’a pas inventé la machine à vapeur. Celle-ci est le produit du travail d’au moins une dizaine d’inventeurs, dont certains ont apporté de modestes contributions, et d’autres des contributions plus importantes. Watt a eu un apport décisif, et c’est pour cela qu’il est resté célèbre, mais il ne faut pas oublier tous les autres ni le fait que cette invention s’est déroulée sur plusieurs décennies. Ce n’est donc pas un éclair de génie survenu un jour particulier, mais le fruit d’un long processus plein de petites victoires et de pas mal de défaites.

Dans le domaine scientifique, Arthur Koestler relate, dans son ouvrage Les somnambules, comment les pionniers de la science – Copernic, Kepler, Brahé, Galilée – n’ont progressé que péniblement pendant près d’un siècle parmi le brouillard des thèses erronées pour pouvoir ouvrir la voie à la physique newtonienne, qui n’est donc pas née d’une simple pomme tombant d’un arbre.

« Nous sommes des nains sur des épaules de géants », disait d’ailleurs le philosophe Bernard de Chartres au XIIe siècle, soulignant ainsi l’importance pour ceux qui ont une ambition intellectuelle de s’appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé, y compris lorsqu’il s’agit de les démentir.

Dans le domaine industriel, plusieurs études sur la micro-innovation sont également compatibles avec l’idée de petites victoires.

Par exemple, l’étude très documentée du chercheur Samuel Hollander sur la diminution des coûts de production de la fabrication de fil de rayonne/viscose dans cinq usines de Dupont de Nemours sur une période de trente ans montre que ceux-ci résultent pour plus des deux tiers d’améliorations techniques mineures plutôt que de changements majeurs.

C’est d’ailleurs le grand enseignement de la révolution japonaise des systèmes de production à partir des années 1970 : vingt ans de petites victoires ont amené l’industrie automobile japonaise au sommet. Ces petites victoires sont venues de la base.

Ce que Toyota a construit est un système permettant des petites victoires, système qui repose sur l’engagement des collaborateurs, notamment des ouvriers. Cela allait à l’encontre du modèle mental manufacturier occidental façonné par Taylor, caractérisé par un changement uniforme synoptique dirigé par le haut, dans lequel le pouvoir créatif est retiré aux ouvriers et confié à l’encadrement. La véritable révolution japonaise est de mettre au point un système qui permet la petite victoire en bas et sa transmission à l’ensemble.

Le changement disruptif est donc non linéaire, c’est-à-dire qu’il commence par une période d’incubation parfois très longue sans effet visible suivie d’une période dans laquelle les effets finissent par se cumuler et ont un impact massif. Que l’on parle d’innovation, d’entrepreneuriat, de transformation organisationnelle ou sociétale, le phénomène est le même : il est non linéaire et, sauf en cas de crise majeure où la survie du système est en jeu à très court terme, il faut travailler longtemps avant que les effets tangibles se produisent.

On voit donc qu’il n’y a pas de contradiction avec une approche par petites victoires et la capacité, à travers cette approche, à changer un système de manière profonde, bien au contraire. Small is big comme disent les Américains.

UN DÉFI POUR L’ACTIVISTE

La nature cumulative et relativement lente du changement radical pose naturellement une double difficulté :

  • d’une part, les efforts de l’activiste seront pendant longtemps sans effet visible au niveau global, ce qui peut se révéler très frustrant en donnant l’impression que ses efforts ne servent à rien ;
  • d’autre part, l’impatience face à la lenteur des résultats peut susciter une demande d’accélération.

C’est ce qu’on observe souvent au sein des organisations où les dirigeants veulent des résultats rapides (« Je veux trois licornes d’ici l’année prochaine, déclarait ainsi l’un d’entre eux à sa nouvelle équipe disruption). Cette impatience est la principale source d’échec des programmes d’innovation et de transformation.

Elle existe en politique également où les candidats pensent en termes de la prochaine élection, et sont réticents à engager un travail de fond qui leur semble ingrat. C’est oublier que toutes les révolutions se sont d’abord construites dans les têtes, avant de se traduire politiquement, et que le changement collectif est de nature sociale ; il n’est donc pas rapide, du moins pas dans sa phase initiale ; il commence et se développe durant longtemps avant d’accélérer.

Le meilleur moment pour planter un arbre, dit l’adage populaire, c’était il y a dix ans. Hormis l’apprentissage de la patience, qui semble un objectif ambitieux pour ceux qui nous dirigent, il n’y a guère de solution. Pour ce qui est de l’activiste, en revanche, le meilleur remède contre la frustration et le sentiment d’inutilité est de faire en sorte que quelques petites qu’elles soient, ses actions aient un impact réel, même si il est limité. C’est le sens même de la notion de petite victoire.

Cet article est tiré de mon prochain ouvrage Petites victoires : Redéfinir l’échelle de l’action collective pour transformer le monde, à paraître le 25 mars aux Éditions Diateino.

16 février, 2021

Infantilisation, le pamphlet qui annonce le tournant libéral de 2022

 L’État doit tout faire pour que les individus restent le centre du jeu et des décisions qui y sont prises. Ainsi la route de la liberté peut se substituer à celle de la servitude.

Il est rare de voir sortir un pamphlet libéral à succès en France. La mode est plutôt aux essais nationalistes ou égalitaristes, pavant la route de la servitude par la droite ou par la gauche. Les restrictions récentes et croissantes liées au Covid-19 sont l’occasion pour Mathieu Laine de décliner à nouveau son refus de l’infantilisation par un État qui nous veut du bien, au-delà de nous vouloir tous égaux.

POINT DE VUE SUR L’OUVRAGE

Pour tous ceux qui ne s’habituent pas aux documents à compléter à chaque sortie ou voyage, voyant bien que ce contrôle est mal conçu et qu’il n’a pas fait grand-chose pour freiner l’épidémie de Covid-19 comme beaucoup d’autres mesures absurdes et peu copiées par d’autres pays, l’ouvrage de Mathieu Laine est à recommander.

Cette frustration initiale que constituent les petites immixtions de l’État dans la vie privée à l’occasion de la pandémie, et pour notre bien suprême, est un bon point de départ pour se rappeler que la liberté n’est pas un acquis irréversible et que la propension de l’État a faire le bien n’a de limite que celle que chaque citoyen veut bien lui accorder.

Ce livre pointe du doigt notre tendance générale à l’infantilisation, c’est-à-dire le besoin d’État sur tous les sujets nous apportant protection et précaution en temps de paix et a fortiori en temps de guerre, l’épidémie actuelle étant assimilée à une guerre. L’État, constitué d’hommes, ne pouvant répondre à toutes nos exigences en sort d’autant plus affaibli qu’il se disperse dans le détail, le micro, les contrôles plutôt que l’essentiel régalien qui le légitime pour promouvoir nos libertés.

Ce livre dénonce l’acceptation de moindres libertés, sorte de servitude volontaire moderne. Il évoque au passage l’impact de la pandémie sur la dette de la France, déjà en tête des prélèvements obligatoires et de l’interventionnisme social rapporté au PIB.

On peut imaginer ainsi l’enjeu des élections de 2022, ce qui requiert un prochain livre : en sortie de crise, espérons-le, comment devrons-nous à la fois reprendre l’habitude de nos libertés mises en veilleuse pendant la crise sanitaire tout en soldant nos comptes pour payer cette crise, non pas par davantage d’impôts mais par davantage de libertés économiques et de concurrence des domaines de l’État. Vaste programme. Libéral.

LA PANDÉMIE A RÉVEILLÉ NOTRE BESOIN DE MATERNAGE JUSQU’À L’ABSURDE

Au nom de la sauvegarde de la santé publique en période de pandémie, l’État s’est mis à réguler les repas de Noël, les déplacements dans la rue et même les motifs de déplacement ainsi que les distances parcourues, les biens de consommation tantôt essentiels tantôt proscrits comme non essentiels (dont les livres).

Il est naturel que la régulation augmente en période de crise extrême. Les citoyens sont demandeurs de ce durcissement des normes et contrôles afin de se prémunir d’un risque inconnu au point que les libertés peuvent même passer au second plan. Tel est le piège dont il faut attirer l’attention dès maintenant et encore plus en sortie de crise.

L’infantilisation rampante ne date pas d’aujourd’hui. Elle était déjà à l’œuvre pour nous protéger de nous-mêmes au sujet de la nourriture, des addictions ou de l’environnement. Avec la pandémie de Covid-19, elle est tout aussi visible dans les autres pays à des degrés divers.

L’INFANTILISATION EN PROGRESSION CONSTANTE A PROGRESSÉ ENCORE PLUS À L’OCCASION DE LA CRISE SANITAIRE

Un nouveau mouvement intellectuel de troisième voie entre libéralisme et socialisme, le nudge (paternalisme libéral), a été mis en avant par Obama, Cameron et la France n’a pas mis longtemps à se l’approprier. Il s’agit de promouvoir les bonnes décisions à la place des individus qui ne sont pas si rationnels que cela, non par la contrainte mais l’incitation.

C’est ainsi que l’État est devenu maternel, incitant préventivement à manger mieux, épargner plus, consommer moins d’énergie. Ni centralisateur ni naïf quant à la rationalité individuelle, ce mouvement prétend avoir trouvé l’optimum social qui pourrait un jour se transformer en société de contrôle.

Mais l’homme d’État obsédé par sa réélection ou le fonctionnaire inamovible sont irresponsables des décisions prises. Ils ne sont pas les mieux placés pour nous conseiller sur nos choix individuels quotidiens. Leurs décisions sont biaisées et pleines d’effets pervers inconnus et rarement analysés.

Les citoyens ont la tentation de l’addiction à l’État nounou. C’est là le cœur de l’infantilisation, régression volontaire des citoyens adultes acceptant leur dépendance multiple à l’État en échange de toutes ses promesses de protection et préventions. La peur alimentée par l’épidémie alimente cette tendance à l’infantilisation et au principe de précaution, néfaste pour la prise de risque nécessaire à une société innovante.

L’épidémie a libéré la machine bureaucratique française prompte aux contrôles en tout genre, y compris les plus loufoques. Aux restrictions déjà à l’œuvre pour protéger l’environnement ou la santé, les limites à la circulation des personnes sont venues renforcer cette tendance à tout surveiller. L’économie a ainsi été sacrifiée au confinement, négation de l’interaction sociale et de l’échange.

En réaction à ces excès, les citoyens perdent confiance en l’État qui s’empêtre dans le micro-contrôle sans pouvoir garantir l’essentiel comme la sécurité. De même, le bilan économique de l’infantilisation ne pourra être reporté puisque son coût a explosé avec la pandémie d’une manière inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. En attendant la dette française est désormais à 120 % du PIB et sa résolution par plus d’impôts devient un nouveau piège à éviter, au même titre que la propension naturelle de l’État à croître sans limite.

LA TYRANNIE EST UNE ROUTE QUI SE DÉPLOIE AU NOM DU BIEN, LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE EST UNE ROUTE ALTERNATIVE QUE NOUS DEVONS PROTÉGER

Sécurité, santé, pureté, bonheur, égalité sont les valeurs au nom desquelles le despotisme peut réapparaître à tout moment remettant en cause la conquête des libertés jamais acquises pour toujours et donc toujours à défendre.

La tyrannie du Bien est un danger à bien des égards pour la liberté individuelle. Les extrémismes s’en délectent pour progresser, surfant sur la déception inévitable envers l’État maternant ne tenant pas ses promesses, jetant en pâture les libertés fondamentales à une foule prête à y renoncer pour davantage de sécurité ou de morale.

L’ordre spontané est toujours menacé par l’ordre construit des hommes politiques qui, tout surhommes qu’ils se projettent, ne sont pas en mesure d’appréhender toute la complexité humaine et sociale pour prendre les bonnes décisions à la place des acteurs eux-mêmes, les mieux placés pour juger de ce qui est bon pour eux.

Les individus ne sont pas les pions d’un échiquier que seuls les hommes de l’État peuvent gérer rationnellement et centralement. Au contraire, l’État doit tout faire pour que les individus restent le centre du jeu et des décisions qui y sont prises. Ainsi la route de la liberté peut se substituer à celle de la servitude.

REMETTRE L’ÉTAT À SA PLACE EN SORTIE DE CRISE

En référence à des théories récentes américaines (Daron Acemoglu, James Robinson, Tyler Cowen), il est recommandé de limiter le pouvoir de l’État vis-à-vis des libertés individuelles dans un esprit de laissez-faire tout en évitant le chaos d’une absence de régulation et d’intervention pour promouvoir l’égalité des chances par l’éducation, le marché libre, la concurrence, l’innovation, les infrastructures structurantes.

Le programme est donc tout trouvé : réduire le fardeau des règlements bureaucratiques ubuesques, contractualiser les missions sociales de l’État avec obligation de résultats plutôt que de moyens, déployer des programmes en responsabilisant directement les citoyens, mettre en concurrence les administrations publiques avec des services privés.

Faire le pari de la personne humaine, de son autonomie de décision doit évidemment être le programme de sortie de crise, de retour à la normale accompagné du reflux de la dépendance à l’État non seulement du point de vue sanitaire mais aussi du point de vue économique.

15 février, 2021

La mouvance woke et cancel culture m’interpelle

Je suis le débat plus assidûment depuis le début de la nouvelle année (voir les références au bas de mon texte). Cette mouvance représente le côté extrême du politically correct. Je trouve la rhétorique puérile, les interventions agressives et parfois criminelles. Mais ce n’est pas le plus agaçant. Il existe de nombreux mouvements tout aussi superficiels et agressifs. C’est sain dans une démocratie qui se respecte.

Mais dans le cas de la mouvance woke et cancel culture, le discours en est un de sourd entre les dénonciateurs et les promoteurs. Il n’existe pas de compromis possible. La marge est trop grande entre « traiter quelqu’un de nègre » et mettre à l’index le livre « Nègres blancs d’Amérique » ; entre dénoncer l’inégalité des sexes et menacer un professeur qui utilise les mots « femme » et « homme » dans un cours intitulé « analyse différenciée selon les sexes » ; entre dénoncer les biais historiques et déboulonner les monuments. Etc. Les sujets sont importants, mais on ne semble pas trouver un juste milieu pour un débat constructif.

Je ne comprends pas pourquoi des points de vue très minoritaires deviennent pratiquement des vérités universelles. Il faudrait revenir à un peu plus d’équilibre et cesser d’écouter toutes les élucubrations d’anticonformistes qui ne se sentent pas bien dans leur peau et dans la société. Les micro-agressions, micro-assauts, micro-insultes, micro-tout ne justifient pas le bâillonnement des profs et des médias.

Le silence des autorités politiques, médiatiques et universitaires est sidérant. Ce silence invite inévitablement à l’autocensure les professionnels impliqués. Et que dire de la décision de Radio-Canada d’obliger ses employés à suivre une formation pour être plus inclusifs, reconnaître leurs biais inconscients, leurs privilèges et ne pas commettre de micro-agressions. Sous des apparences vertueuses de sensibilité envers les minorités, RC impose la vision woke à l’ensemble de ses employés.

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Les textes d’opinion se sont multipliés depuis le début de l’année.

Isabelle Hachey La Presse

Les mots tabous (29 janvier 2021)

Au-delà du mot qui commence par un N (6 février 2021)

On va bouger (8 février 2021)

La liberté universitaire en péril (9 février 2021)

 

Joseph Facal Journal de Montréal

Liberté académique : un droit réel ou pas? (16 janvier 2021)

Nos universités deviennent des églises (16 janvier 2021)

Sommes-nous en train de congédier le bon sens (28 janvier 2021)

Entre la peur et l’ignorance (30 janvier 2021)

Liberté académique : un droit réel ou pas ? (13 février 2021)

 

Mathieu Bock-Côté Journal de Montréal

François Legault contre la gauche woke (14 janvier 2021)

Payée pour trouver du racisme partout (14 janvier 2021)

Du racisme chez les racisés (16 janvier 2021)

Liberté académique : l’État doit s’en mêler (10 février 2021)

François Legault contre la gauche woke (14 février 2021)

14 février, 2021

In Vino Veritas : subventions et taxes ne sont jamais la solution

 Le protectionnisme ne nous protège pas, il nous rackette. Dans les modes de compensation qu’elle impose, l’OMC démontre qu’elle œuvre pour le capitalisme de connivence et non pas pour la défense des citoyens.

Les vignerons sont frappés par une nouvelle surtaxe à l’export vers les États-Unis. Ils sont victimes collatérales d’une guerre Airbus-Boeing au moment où le confinement les prive de débouchés commerciaux.

Tout commençait bien, il y a presque vingt ans. En 1992, un louable accord entre l’Union européenne et les États-Unis impose des limites aux subventions publiques que peut recevoir le secteur aéronautique des deux côtés de l’Atlantique. Hélas, nous vivons dans un monde cruel…

En 2004, Boeing accuse Airbus de bénéficier de prêts et subventions contraires à cet accord ; les États-Unis déposent une plainte à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et une enquête commence.

En 2005, l’Union européenne riposte en déposant à son tour une plainte pour les mêmes motifs : Boeing recevrait aussi des subventions et des aides.

En 2010, l’OMC rend son verdict dans le premier conflit Boeing contre Airbus, déclare l’Union européenne coupable et estime la compensation due à Boeing à 7,5 milliards de dollars.

En 2019, deuxième verdict de l’OMC sur la plainte d’Airbus examinée sur le fond à partir de 2006 ; à leur tour, les États-Unis sont déclarés fautifs et doivent une compensation de quatre milliards de dollars à l’Union européenne. Union européenne : 7,5 ; États-Unis : 4.

SOIGNER LE MAL PAR LE MAL : SUBVENTIONS, TAXATION

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si le remède administré par l’OMC n’était pas pire que le mal. Pour compenser les subventions illicites, l’OMC autorise les plaignants à taxer respectivement certains produits européens entrant aux États-Unis et certains produits américains entrant en Union Européenne.

Rappelons que toujours et partout, les subventions sont payées par les contribuables locaux, les droits de douanes sont payés par les consommateurs locaux. C’est donc double peine pour les contribuables et consommateurs de chaque côté de l’Atlantique qui ont financé par leurs impôts respectifs des subventions à leurs champions aéronautiques, puis devront payer plus cher de leur poche certains produits importés. Pour eux, les pénalités s’additionnent : 11,5 partout !

LE KETCHUP CONTRE LE PINARD

Deux nombreux bureaucrates de part et d’autre de l’Atlantique se sont ensuite attelés à la délicate tâche de déterminer les produits qui seraient surtaxés.

Tomato Ketchup, Boeing 737 Max et patate douce made in USA sont dans le viseur de Bruxelles. Équipements aéronautiques, vins tranquilles à degré d’alcool inférieur à 14°, cognacs français et allemands sont dans le collimateur américain.

LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE AU SECOURS DU VIN

Comble d’ironie, de nombreux producteurs viticoles avaient pu échapper à la surtaxe américaine en 2020 grâce à deux années particulièrement chaudes (2018 et 2019) qui ont permis de produire du vin naturellement supérieur à 14°, degré d’alcool qui n’était pas visé par les zélés bureaucrates yankees peut-être amateurs de vins charpentés.

Mais le tir a été rectifié pour 2021. D’où la colère du président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux en France qui se plaint d’une disparition des débouchés au moment même où les stocks sont gonflés par les confinements, couvre-feux et autres mesures supposées nous protéger.

LES FABRICANTS DE CHANDELLES ET L’ESCALADE DANS L’ABSURDE

Toutes ces lamentables affaires de subventions et droits de douane ne sont que le fruit de la croyance naïve en l’efficacité du protectionnisme. Pourtant, le capitalisme de connivence et le protectionnisme sont toujours nuisibles et coûteux.

Ceci a été dénoncée avec brio au XIXe siècle par Frédéric Bastiat dans sa Pétition au Parlement français de la part des fabricants de chandellesDans cette satire, des producteurs se plaignent de la concurrence ruineuse d’un étranger (qui n’est autre que le soleil) et demandent « une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes […] par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons ».

La prochaine fois que votre main se dirigera vers le Ketchup, ou que vous déboucherez une bonne bouteille, n’oubliez pas de penser à Airbus et Boeing et méditez Frédéric Bastiat :

Aujourd’hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d’autrui. Ce sentiment, on n’ose l’afficher, on se le dissimule à soi-même ; et alors que fait-on ? On imagine un intermédiaire, on s’adresse à l’État, et chaque classe tour à tour vient lui dire : « Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons. »

Le protectionnisme ne nous protège pas, il nous rackette. Dans les modes de compensation qu’elle impose, l’OMC démontre qu’elle œuvre pour le capitalisme de connivence et non pas pour la défense des citoyens et la promotion du libre-échange qui se passe très bien de toute bureaucratie.

13 février, 2021

Pénurie de logements : cessons les mesures qui pénalisent les investisseurs

 On ne règle pas une pénurie en instaurant un contrôle des prix, cela ne fait que l’amplifier. En diminuant le retour sur investissement des immeubles locatifs, on pousse plutôt l’offre à diminuer, accentuant la pénurie.

Un article de l’Institut économique de Montréal

Suite à la pénurie de logements abordables à Montréal, certaines voix se lèvent pour exiger un gel des loyers par le gouvernement. Bien que l’intention derrière cette demande soit noble, cette dernière rate la cible. Une telle mesure aurait des conséquences néfastes pour les foyers à faibles revenus et ne ferait qu’empirer la crise du logement à Montréal.

REVENONS AUX PRINCIPES ÉCONOMIQUES DE BASE

Lorsqu’il y a une pénurie, c’est que la quantité demandée excède la quantité offerte sur le marché. Il y a donc une pression à la hausse sur les prix pour venir rééquilibrer l’offre et la demande.

Le cas des logements à Montréal ne fait pas exception. S’il manque de logements, il faut se tourner vers des réformes qui vont augmenter les investissements en immeubles locatifs, donc l’offre.

On ne règle pas une pénurie en instaurant un contrôle des prix, cela ne fait que l’amplifier. En diminuant le retour sur investissement des immeubles locatifs, on  pousse plutôt l’offre à diminuer, accentuant ainsi la pénurie.

Il faut donc plutôt rendre l’investissement dans les immeubles locatifs plus intéressant face aux autres alternatives. Montréal devrait instaurer des mesures qui facilitent la vie des propriétaires et investisseurs potentiels.

Par exemple, les hausses de taxes à répétition dans les grandes villes diminuent les faibles marges de profits des propriétaires. Il faut y mettre un terme. Les permis de construction difficiles à obtenir sont aussi un exemple de mesures accentuant la pénurie de logements.

FAVORISER LES INVESTISSEMENTS

Il est grand temps que le gouvernement du Québec et la ville de Montréal agissent de façon concrète pour établir un cadre fiscal et réglementaire favorable aux investissements, afin de pouvoir minimiser de façon durable les dommages économiques liés à la pénurie de logements.

Ce n’est pas en exigeant des entrepreneurs de construire des logements sociaux dans les nouveaux développements, ou en limitant les expulsions en cas de non-paiements, que l’investissement dans l’immobilier deviendra plus intéressant.

Il faut arrêter l’hémorragie, en mettant fin aux mesures qui pénalisent les investisseurs et, indirectement, les locataires.

12 février, 2021

Le socialiste d’aujourd’hui n’est pas le socialiste d’antan

 Le socialiste d’aujourd’hui n’est pas le socialiste d’antan. Cette distinction est importante à garder en tête lors de l’élaboration d’une éducation libertarienne pour contrer cette évolution.

Les libertariens se demandent souvent pourquoi le socialisme continue à être si populaire, alors qu’il s’est avéré être un tel échec en tant qu’idéologie politique et système économique. Bien que l’idéologie de l’éducation publique et des médias traditionnels soient des raisons importantes qui expliquent cela, la persévérance obstinée du socialisme est aussi quelque peu fictive, car le socialisme a évolué : le socialiste d’aujourd’hui n’est pas le socialiste d’antan.

Cette distinction est importante à garder en tête lors de l’élaboration d’une éducation libertarienne pour contrer cette évolution.

LA DIFFÉRENCE ENTRE LE SOCIALISTE TRADITIONNEL ET LE SOCIALISTE MODERNE

La différence entre le socialiste traditionnel et le socialiste moderne correspond à la distinction que Ludwig von Mises a proposée entre le socialisme et l’intervention de l’État dans le libre marché. Les socialistes traditionnels, d’influence marxiste directe, ont presque disparu, en même temps que les expériences socialistes ont échoué, l’une après l’autre, au cours du XXe siècle. Personne se qualifiant aujourd’hui de socialiste ou de gauche ne pense que la nationalisation des moyens de production est la meilleure façon d’organiser la société. Aucun socialiste moderne ne justifie l’oppression politique et l’étouffement économique typiques de l’État socialiste.

Cependant, les socialistes modernes ferment toujours les yeux sur les preuves, maintenant irréfutables, montrant que le marché libre est le plus grand créateur de richesse de l’histoire, même quand il est entravé par l’intervention de l’État. Ils refusent toujours d’accepter que des milliards de personnes ont été sauvées de la pauvreté par le capitalisme – en version dégradée – et que des centaines de millions de personnes aient rejoint la classe moyenne grâce à la libéralisation du commerce international et à l’ouverture de larges pans des économies des pays en développement.

LE SOCIALISTE MODERNE EST DONC UNE CRÉATURE PARADOXALE

Il accepte le libre marché et en même temps le rejette. Croire au libre marché dans certains cas mais pas dans d’autres est une position idéologique pour le moins ambiguë, qui semble intellectuellement intenable et qui devrait au moins être défendue. Mais les socialistes modernes n’ont généralement pas cette incohérence intellectuelle. Ils considèrent plutôt, souvent sans donner de précisions, que le libre marché fonctionne dans une certaine mesure et qu’il doit être limité et contrôlé.

Ils sont convaincus que l’État doit jouer un rôle fondamental dans la société, pour protéger les travailleurs contre le capitalisme sauvage, qui autrement non seulement continuera à les opprimer, mais détruira la civilisation elle-même.

Parmi les socialistes modernes on trouve évidemment la gauche radicale et les sociaux-démocrates, ainsi que les élites libérales et la droite, mais aussi tous les conservateurs ayant abandonné le libéralisme classique pour s’adapter au temps. Les socialistes modernes représentent donc une grande et hétérogène majorité, mais ils ont une chose en commun : leur confiance dans l’État.

Suivant la dichotomie de Mises ci-dessus, les socialistes modernes peuvent donc aussi être appelés étatistes. Comme le nom l’indique, les étatistes estiment que l’État doit intervenir sur le marché pour corriger ses nombreux excès imaginés et fournir un cadre réglementaire sans lequel, ils sont convaincus, il partirait en vrille. De vastes secteurs de l’économie (comme l’éducation ou la santé) doivent être placés sous le contrôle de l’État, s’ils ne le sont pas déjà.

Les secteurs qui peuvent, selon eux, rester dans le domaine privé, doivent néanmoins être réglementés par l’État et protégés, si nécessaire, par des subventions, des tarifs, et d’autres types de redistribution. Les étatistes aimeraient souvent, même s’ils ne l’admettent pas toujours ouvertement, que les valeurs sociales et culturelles considérées comme inappropriées, comme le consumérisme ou le conservatisme, soient étouffées par l’État.

La popularité de ces idées a eu de graves conséquences économiques, politiques et sociales au cours des dernières décennies, en France comme ailleurs. La plupart des étatistes ont de bonnes intentions, mais ils ont été éduqués avec une idéologie souvent basée sur des convictions erronées, des malentendus, et franchement, de l’ignorance.

LE SOCIALISTE MODERNE ET LE CAPITALISME

L’erreur la plus fondamentale que font les étatistes, et qui trahit leur manque de connaissance libertarienne, est peut-être la façon dont ils définissent le capitalisme. Ce qu’ils nomment capitalisme est en fait capitalisme d’État. C’est le capitalisme en tant que corporatisme, avec ses abus de pouvoir, ses monopoles artificiels, ses stratégies industrielles, et sa capture réglementaire.

Les libertariens ont depuis longtemps dénoncé ces pratiques injustes et précisé qu’elles sont inévitables lorsque l’État s’immisce dans la vie économique de la société. En d’autres termes, ce que beaucoup d’étatistes pensent confusément être du capitalisme débridé, est en fait l’économie de marché bridée par l’État. Ils confondent cause et effet, puisque c’est l’implémentation de leurs propres idées étatiques qui ont créé les conditions politiques et économiques qu’ils critiquent aujourd’hui.

Autrement dit, ils sont convaincus que l’État doit intervenir dans la société pour corriger les problèmes dont il est lui-même largement responsable.

La plupart des étatistes ne sont pas conscients de cette contradiction, ni des conséquences néfastes de leurs convictions politiques. Ceci n’est pas surprenant, car ils n’ont pas appris comment fonctionne réellement l’économie de marché et les nombreuses façons dont l’intervention de l’État la déforme. Ils adhèrent simplement aux idées et valeurs étatistes qu’ils ont reçues dès leur très jeune âge par l’éducation publique, les médias, et souvent involontairement, par la famille et les amis.

L’écrasante majorité de la population n’a malheureusement jamais été initiée au libertarianisme, et ne possède donc pas les outils conceptuels pour comprendre pourquoi cette doctrine étatiste de la société est erronée.

UN BESOIN URGENT D’ÉDUCATION LIBERTARIENNE

Il y a donc un besoin criant pour un autre type d’éducation – une éducation aux piliers économiques et politiques du libertarianisme ; respectivement, l’économie autrichienne et le droit naturel. Il peut sembler présomptueux, voire condescendant, de suggérer que les socialistes modernes ont besoin d’être éduqués. Il serait en effet présomptueux de proposer une éducation alternative à celle que reçoit la grande majorité si la société moderne était libre, pacifique, harmonieuse et riche. Mais ceci n’est pas le cas, comme la plupart des étatistes le reconnaissent immédiatement.

En outre, les libertariens gardent souvent une certaine humilité, car la plupart étaient eux-mêmes étatistes avant de recevoir cette même éducation de la liberté. D’ailleurs, c’est peut-être pour cela que les libertariens comprennent si bien les étatistes, alors que l’inverse n’est presque jamais le cas.

La distinction entre les socialistes traditionnels et modernes est pertinente pour l’élaboration d’une telle éducation libertarienne. Puisque les socialistes modernes interprètent et expriment le socialisme différemment des socialistes traditionnels, l’éducation nécessaire pour convaincre les étatistes de la folie de leurs idées politiques et économiques ne peut pas être la même que celle utilisée dans le passé.

Les socialistes traditionnels devaient être sensibilisés avant tout à la définition de la liberté, aux conséquences désastreuses de la planification centralisée, et au rôle essentiel des prix dans la société. C’est pourquoi ils devaient apprendre la critique du marxisme de Böhm-Bawerk, la critique de Mises sur le calcul en économie socialiste, l’avertissement de Hayek contre le collectivisme, ainsi que sa théorie non moins connue sur l’utilisation de la connaissance dans la société.

Cette éducation, bien que toujours fondamentale, n’est plus aussi importante qu’elle ne l’était autrefois, car les socialistes modernes ont déjà implicitement appris ces leçons. Ils se rendent compte que la théorie de la plus-value de Marx est erronée, qu’une économie planifiée et la tentative d’abolir la propriété privée conduisent à l’effondrement de la société. Les étatistes ont plutôt besoin de recevoir une éducation aux causes et conséquences de l’intervention de l’État dans une société libre.

L’éducation du socialiste moderne devrait donc contenir des concepts clés tels que l’effet Cantillon, la loi de Say, le sophisme de la vitre cassée de Bastiat, l’analyse de l’État par Rothbard, et la critique de la taxation par Hoppe.

Ces lois économiques et ces principes libertariens sont essentiels pour comprendre pourquoi une société basée sur le capitalisme d’État devient insoutenable et instable à long terme. Une telle société ne peut plus s’améliorer et s’engage alors inévitablement dans un déclin économique, social et culturel.

L’éducation libertarienne est fondamentale pour renverser cette tendance, pour apprendre aux jeunes générations que le socialisme moderne est intrinsèquement décadent, car elle génère une diminution de l’épargne individuelle, un affaiblissement des liens familiaux, une disparition de la responsabilité personnelle, et une crise de confiance dans le système politique. Ce sont des conséquences prévisibles du socialisme moderne.

La faillite morale et économique du système politique actuel, et avec celle-ci la réalisation que ce système arrive maintenant au bout du rouleau, pourrait rendre de nombreux étatistes plus réceptifs qu’avant aux réponses que le libertarianisme propose. L’éducation du socialiste moderne devrait aussi être plus simple que la conversion d’un socialiste traditionnel au libertarianisme.

Ce dernier était souvent armé d’une dialectique solide basée sur les textes de Hegel, Marx, Engels et Lénine. Mais la plupart des socialistes modernes n’ont jamais lu ces auteurs et ne connaissent au mieux que vaguement leurs idées, aussi erronées et dangereuses soient-elles. Les étatistes n’ont pas réellement d’idéologie à proprement parler ; leurs convictions politiques sont souvent basées davantage sur des émotions que sur des principes. Un exemple typique est celui où payer ses impôts est fièrement considéré comme un acte de solidarité.

L’éducation du socialiste moderne doit donc aussi inclure la moralité. Les étatistes ont besoin d’être convaincus que l’adoption des idées libertariennes fera d’eux de meilleures personnes. S’ils s’embarquent dans cette éducation avec un esprit ouvert, s’ils prennent le temps de vraiment comprendre les arguments politiques et économiques du libertarianisme, ils verront que le capitalisme, correctement définie, conduit à la société la plus pacifique, stable et juste.

11 février, 2021

Pandémie : l’échec des États, pas de la liberté

 Si un monde globalisé accélère la propagation d’un virus, il ne faut pas oublier qu’il a surtout rendu les sociétés plus résilientes à travers la création de richesses qui a permis l’amélioration des systèmes de santé dans le monde entier.

Un article de Podcast Liber-thé

Dès les premières semaines de la pandémie, il y a bientôt un an, bon nombre de commentateurs, par conviction ou intérêt, ont vu dans ce virus la manifestation des « excès du néolibéralisme ». La croissance et le libre-échange auraient engendré le Covid, les frontières ouvertes favorisé sa prolifération et les coupes budgétaires et les politiques « d’austérité » mis à nu les systèmes de santé.

Un regard rapide en arrière confirme que les épidémies n’ont pas attendu la mondialisation pour sévir. Si un monde globalisé accélère la propagation d’un virus, il ne faut pas oublier qu’il a surtout rendu les sociétés plus résilientes à travers la création de richesses qui a permis l’amélioration des systèmes de santé dans le monde entier.

De plus, la circulation de l’information a par exemple catalysé le développement de tests et de vaccins à une vitesse record. Les pourfendeurs de la liberté et de l’échange se trompent sur les causes, mais ont toutefois raison quand ils affirment que cette crise met en évidence les limites du système. Non pas celles du libéralisme, mais celles des États, en particulier en Occident.

L’ÉCHEC DES ÉTATS, PAS DE LA LIBERTÉ

Une année après le début de l’épidémie le constat est clair : les États ont échoué. Tant l’absence de stocks de masques, l’échec systématique du traçage de contacts et les difficultés à mettre en place un processus de vaccination massif ont dévoilé les failles de l’État au grand jour.

Les confinements généralisés, qui ont été présentés comme une décision courageuse d’un « État qui protège », sont en fait la matérialisation de ses limites. Ils s’imposent comme solution de dernier recours quand on a perdu le contrôle de l’épidémie. C’est un aveu d’impuissance majeur.

C’est bien la faillite des États comme institution à laquelle nous assistons depuis bientôt une année. Bien qu’ils interviennent dans de plus en plus de domaines de notre vie, ils n’ont manifestement pas été à la hauteur de ce qu’on attendait d’eux. En effet, un État tentaculaire qui croit devoir s’occuper de tout, ne finit par s’occuper de rien. Cet échec met alors en exergue l’impossibilité structurelle pour une seule institution, aussi puissante et monopolistique soit-elle, de prévoir et d’organiser une société de manière centralisée.

Cet échec est encore plus frappant si l’on considère, à l’instar des mouvements collectivistes, que l’État serait capable de prévoir le temps long, car il serait indépendant des contraintes de court terme qui paralysent les individus et les entreprises. Il n’en est rien.

Par ailleurs, cette crise a permis de rappeler un problème de fond : les citoyens placent des attentes démesurées en l’État, alors que celui-ci est par essence incapable de remplir les missions en question, ou du moins pas de façon plus efficace qu’une entité privée. En mettant les différents aspects de leur vie (éducation, retraites ou encore santé) dans les mains de l’État, les citoyens ne peuvent qu’être déçus.

Dans sa critique du projet socialiste et centralisateur, Hayek mettait déjà en cause le principe de planification d’une société. Non pas seulement pour des aspects moraux ou politiques qui vont de soi pour toute personne attachée à la liberté, mais à cause des limites cognitives humaines.

Peut-on vraiment attendre qu’une poignée de hauts-fonctionnaires ou de ministres anticipe et planifie chaque événement qui pourrait potentiellement surgir ? Comment prétendre être capable d’appréhender l’information dans toute sa complexité ?

Après tout, les responsables politiques ne sont pas des surhommes éclairés, mais des individus comme les autres. Cette incapacité à réunir les informations nécessaires et représentatives des désirs individuels explique à elle seule pourquoi la préférence pour des solutions centralisées est une approche vouée à l’échec.

Ainsi, les limites de l’État sont avant tout des limites humaines ; l’arrogance de croire qu’un groupe d’individus est capable de rassembler tout le savoir et l’information qui circulent dans nos sociétés afin de pouvoir la diriger n’est que rarement pointé du doigt.

Or, comme l’explique Pierre Bentata dans un récent pamphlet, avec la débandade à laquelle on assiste, c’est le mythe de l’État omnipotent et protecteur qui s’effondre. Les responsables politiques ont échoué, car l’État ne peut pas tout.

LA LIBERTÉ A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE

À première vue, il serait légitime de craindre que la liberté soit toujours davantage remise en question à la suite de cette crise. Elle a en effet beaucoup été restreinte, noyée dans des états d’urgence exceptionnels qui semblent se prolonger sine die. Il est d’ailleurs frappant d’observer comment la liberté est désormais considérée comme un obstacle à la bonne gestion de crise, plutôt que comme la valeur cardinale de nos sociétés.

Nous subissons probablement les frais de notre lâcheté collective qui a consisté à abandonner la liberté comme projet et comme tradition durant les dernières décennies, comme le dit si bien François Sureau.

 

Toutefois, la liberté a de beaux jours devant elle, n’en déplaise à ses critiques. Il y a d’une part fort à parier qu’après avoir été privé de presque toutes nos libertés, nous assistions à un sursaut du désir de liberté que nous chérirons à nouveau à sa juste valeur.

Par ailleurs, l’événement qui était censé sonner le glas de la mondialisation et du « néolibéralisme », a prouvé son efficacité.

La course aux vaccins en est un exemple parlant : la mondialisation des échanges a accéléré la transmission des savoirs et la mobilisation des intelligences pour développer un vaccin en moins d’une année. C’est aussi la recherche du profit qui a poussé les entreprises à développer ce vaccin. Une belle illustration de la main invisible : des acteurs privés qui, en cherchant leur propre intérêt, agissent pour le bien de tous.

Il est alors essentiel de tirer les bonnes conclusions de cette crise. La liberté est au fondement des échanges et de l’esprit d’entreprise. Le « monde d’après » ne doit donc pas consacrer la subordination des individus au service du collectif. Ceux-ci doivent cesser de chercher le salut dans l’action de l’État, car la stratégie du plus d’État est vouée à l’échec.

Les États modernes doivent au contraire réapprendre à se recentrer sur leurs tâches essentielles de garants des libertés individuelles. Seul un État agile sera capable de faire face aux défis du XXIe siècle.

 

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