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Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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15 septembre, 2021

Laissons les policiers faire leur travail et les entrepreneurs s’occuper du reste

 Depuis quelque temps, le taux de criminalité est en hausse. En même temps, les pressions financières sur nos corps policiers se multiplient. Ce cahier de recherche propose une nouvelle façon de concevoir la répartition des tâches policières qui pourra générer des économies substantielles tout en améliorant la qualité des services à la population.

* * *

Ce Cahier de recherche a été préparé par Krystle Wittevrongel, analyste en politiques publiques à l’IEDM, et Olivier Rancourt, économiste à l’IEDM.

Les taux de criminalité au Canada ont connu une modeste remontée ces dernières années. Ce revirement, conjugué à l’augmentation des coûts, a nécessité un effort de conciliation entre la responsabilité financière et la nécessité de lutter contre la criminalité. Le moment est donc venu de se pencher sur le bien-fondé de l’exécution de certaines tâches par des effectifs policiers hautement qualifiés. Le recours à des professionnels de la sécurité titulaires d’un permis en complément aux forces policières permettrait d’alléger les pressions budgétaires, d’augmenter l’efficacité des services de police, de réduire la criminalité et d’augmenter la satisfaction professionnelle des policiers.

Chapitre 1 − Des agents de sécurité à la rescousse

  • Les tâches principales de la police exigent une combinaison de compétences physiques, cognitives, émotionnelles et interpersonnelles pour lesquelles les policiers reçoivent une formation approfondie. Pourtant, on estime que moins de 10 % des tâches effectuées par les policiers font appel à l’ensemble de ces compétences.
  • De plus en plus de ressources policières sont sollicitées pour des tâches secondaires, et les rôles et responsabilités des services de police dans les activités non criminelles se sont élargis, un exemple typique de glissement de mission.
  • Une analyse de 2005 portant sur trente ans de données relatives aux services de police en Colombie-Britannique a révélé qu’au total, les policiers consacrent 40 % de leur temps à des tâches administratives et à la rédaction de rapports, sans compter l’heure supplémentaire non rémunérée que chaque policier consacre quotidiennement à la paperasse.
  • Certains éléments secondaires du travail de la police ne nécessitent pas l’autorité, la formation spécialisée ou la crédibilité d’un policier et peuvent être pris en charge par des agents de sécurité. Ainsi, les policiers pourraient se consacrer davantage aux tâches principales et à la lutte contre la criminalité.
  • Les agents de sécurité sont en mesure d’offrir un certain nombre de services qui se prêtent bien à un soutien aux effectifs policiers dans quatre grandes catégories opérationnelles, soit les services administratifs, le soutien aux enquêtes, les services nécessitant des connaissances hautement spécialisées et techniques, et les services en uniforme assortis de pouvoirs policiers limités.
  • La sous-traitance de certaines tâches policières bénéficie de l’appui de la population. Dans un sondage réalisé en 2017, une majorité de Canadiens (59 %) était d’accord pour que des entreprises de sécurité privée effectuent des tâches de soutien qui sont présentement prises en charge par des policiers.

Chapitre 2 − Réformes potentielles : études de cas

  • Nous proposons plusieurs réformes en lien avec les éléments qui bénéficient de l’appui du public. Par le biais d’études de cas en Alberta et au Québec, nous illustrons la manière dont le personnel de sécurité peut être utilisé par les forces policières pour réduire les coûts sans compromettre la qualité des services.
  • L’Alberta compte un total de 7687 policiers, qui touchent une rémunération annuelle moyenne de plus de 133 000 $. Au Québec, la rémunération annuelle médiane des 15 622 policiers de la province s’élève à près de 117 000 $. En comparaison, un professionnel de la sécurité touche une rémunération annuelle d’un peu moins de 53 000 $ en Alberta et d’un peu plus de 49 000 $ au Québec.
  • Chaque année, ces policiers hautement qualifiés consacrent plus de six millions d’heures en Alberta et près de treize millions d’heures au Québec à la rédaction de rapports et à l’exécution d’autres tâches administratives chronophages, pour lesquelles ils sont généreusement rémunérés.
  • Des agents de sécurité peuvent également être employés comme auxiliaires pour diverses activités policières au Québec relevant de la catégorie « gendarmerie » sans complication majeure, du moins dans une certaine mesure.
  • Nous estimons une réduction possible du fardeau des contribuables québécois de 525 à 615 millions de dollars annuellement. Cela représente une réduction annuelle potentielle de 17 % à 20 % des dépenses de fonctionnement.
  • Les agents de sécurité peuvent aussi facilement appuyer les policiers albertains dans la gestion de la circulation en s’acquittant de tâches telles que la patrouille, diriger la circulation et les interventions sur les lieux d’une collision.
  • On peut prévoir un allégement du fardeau des contribuables albertains de 171 à 225 millions de dollars par année. Cela représente une réduction annuelle potentielle de 11 % à 14 % des dépenses de fonctionnement.

Chapitre 3 − Intégration progressive du personnel de sécurité

  • Le recours à des agents de sécurité au sein des forces policières en place se ferait de manière progressive, en remplaçant peu à peu certains policiers qui partent à la retraite ou qui quittent le service pour d’autres raisons. Par conséquent, les économies réalisées augmenteraient elles aussi de manière progressive.
  • À mesure que les policiers pourront se concentrer davantage sur les tâches principales de leur travail en raison du délestage de certaines tâches et de la réduction du glissement de mission, leur satisfaction professionnelle augmentera, tout comme leur motivation et la qualité de leur travail. Inversement, les taux d’absentéisme et de roulement devraient diminuer.
  • Une plus grande satisfaction au travail et une réduction du taux de roulement auront une incidence positive non seulement sur les communautés au sein desquelles ces policiers œuvrent, mais aussi sur les fonds publics, en raison de la réduction des dépenses liées à la formation et à la gestion.
  • Se tourner vers les entrepreneurs pour appuyer les effectifs policiers de manière complémentaire est une stratégie qui a été mise à l’essai dans un certain nombre d’endroits. L’exemple du Royaume-Uni démontre que ce type de sous-traitance permet effectivement aux policiers de se recentrer sur leurs tâches principales, augmentant ainsi la qualité des services offerts à la communauté.
  • En 2012, par exemple, la police du Lincolnshire a signé un contrat de 10 ans avec G4S, une entreprise de sécurité privée. En confiant les tâches administratives et certaines tâches secondaires à G4S, elle a pu économiser plus de 5 millions de livres sterling (6,8 millions de dollars canadiens) la première année, et le taux de criminalité a chuté de 14 %.
  • Alors que les pressions budgétaires continuent de croître, il est impératif de reconnaître et d’utiliser les ressources et le soutien disponibles par le biais d’un personnel de sécurité hautement formé et qualifié.

Lire le Cahier de recherche (Format PDF)

03 avril, 2021

Le commerce entre les provinces, «qu’ossa donne»?

Olivier Rancourt et Krystle Wittevrongel 

Le thème de la relance économique post-COVID-19 est sur toutes les lèvres et il alimente sans cesse les débats. Selon certains, le gouvernement devrait taxer davantage les riches, comme s’il s’agissait d’un plan pour la croissance. Pour d’autres, c’est l’occasion de précipiter une transition écologique, ce qui poserait un risque imminent pour l’économie canadienne. Il existe toutefois une solution plus simple et moins risquée pour en arriver à nos fins: faciliter une fois pour toutes le commerce entre les provinces.

Accord de libre-échange canadien

Depuis des décennies, le Canada multiplie les ententes commerciales, notamment avec les États-Unis, les pays asiatiques ou encore l’Union européenne. Suivant cette tendance, il était logique que l’Accord de libre-échange canadien (ALEC) voie le jour en 2017 afin d’encourager le commerce entre les provinces. Après tout, le Canada lui-même est né en bonne partie de la nécessité de créer un marché interne nous protégeant du protectionnisme américain.

L’ALEC s’avérait nécessaire étant donné les nombreuses entraves au commerce érigées entre les différentes provinces. Statistique Canada estimait qu’en 2017, ces entraves représentaient l’équivalent d’un tarif douanier de 6,9%. Malheureusement, bien peu de provinces ont profité de cette occasion pour améliorer leurs pratiques. Certaines provinces, comme l’Alberta et le Manitoba, ont fait des efforts importants afin d’encourager le commerce interprovincial, mais la majorité des autres n’ont pas suivi le pas. Pire encore, la Colombie-Britannique a même rajouté des embûches au commerce interprovincial.

Qu’est-ce qu’une entrave au commerce? Il peut s’agir tout simplement de normes qui diffèrent d’une province à l’autre concernant, par exemple, les pneus pouvant être utilisés sur des camions de transport. En effet, certains pneus très performants qui réduisent la consommation d’essence ne sont pas permis dans l’ensemble des provinces, ce qui force les camionneurs à changer de pneus en cours de route. Cela peut sembler anodin, mais il n’en demeure pas moins que le prix des marchandises augmente.

Augmenter le PIB

Selon des études économiques poussées, il serait possible d’augmenter le PIB par habitant du Canada de 3,8% simplement en éliminant les barrières au commerce interprovincial. Cela est encore plus vrai pour les provinces maritimes. En effet, selon nos calculs, l’élimination des barrières commerciales contribuerait grandement à combler l’écart économique qui les sépare du reste du pays.

À titre d’exemple, le Nouveau-Brunswick verrait son PIB par habitant augmenter de 6%, Terre-Neuve et Labrador de 13%, et l’Île-du-Prince-Édouard de 16%.

En fait, si les entraves commerciales avaient été abolies en 2000, une province comme le Manitoba aurait rattrapé l’Ontario en 2013 en matière de PIB par habitant. Cela démontre à quel point il s’agit d’un outil puissant pour améliorer le sort de la population.

Parmi les provinces plus peuplées, c’est le Québec qui aurait le plus à gagner d’un partenariat économique mieux harmonisé. En effet, le PIB par habitant de la province serait susceptible d’effectuer un bond de 4,6% simplement en retirant des entraves au commerce. Cela peut sembler pour le moins ironique quand l’on considère que c’est le Québec qui pose le plus d’embûches au commerce interprovincial.

Les politiciens canadiens ont la possibilité de s’asseoir et de négocier une fois pour toutes un véritable accord de libre-échange qui respecte l’esprit de la Confédération canadienne et qui nous permettra de prospérer. Il s’agit d’une façon simple et peu coûteuse de stimuler notre économie, d’améliorer notre productivité et, en fin de compte, d’augmenter notre niveau de vie.

Olivier Rancourt est chercheur associé senior à l’IEDM, Krystle Wittevrongel, analyste en politiques publiques à l’IEDM. Ils sont les auteurs de Indice du leadership provincial en matière de commerce intérieur – Édition 2021 et signent ce texte à titre personnel.

13 mars, 2021

L’effort de guerre des entrepreneurs

par Krystle Wittevrongel et Miguel Ouellette

Depuis les tout débuts de la pandémie, les yeux du grand public ont été rivés sur les points de presse gouvernementaux et les mesures visant à aider les travailleurs à joindre les deux bouts. C’est donc à l’abri des projecteurs que de nombreux entrepreneurs ont mis les bouchées doubles afin de faciliter la vie des Québécois et des Québécoises durant cette période difficile. Il s’agit d’un très bel exemple du potentiel de l’humain et des entreprises de relever les plus grands défis.

En fait, on peut véritablement parler d’un effort de guerre dans la mesure où la production de nos entreprises a été rapidement réaffectée afin de répondre à des besoins très pressants. On constate souvent en temps de crise que les barrières bureaucratiques cèdent le pas et que l’innovation s’accélère. La dernière année l’a démontré, notamment en ce qui concerne l’accès à la télémédecine.

Production de masques et visières

Faisons un petit retour en arrière : lorsque tout cela a commencé, nous nous inquiétions de l’absence d’équipement de protection et de masques pour le personnel médical de même que pour monsieur et madame Tout-le-Monde. Malgré toute leur bonne volonté, nos gouvernements étaient incapables de faire l’acquisition de ce matériel assez rapidement pour pallier la demande. Que s’est-il donc passé? Des entrepreneurs ont levé la main et ont répondu présents.

En effet, des entreprises comme Bauer se sont affairées illico à produire des visières de protection. De nombreux Québécois se sont également trouvé un engouement, voire une vocation, pour la confection de masques. En relativement peu de temps, nous avons tous été en mesure de nous procurer le matériel requis, même si cela pouvait sembler impossible quelques semaines auparavant.

Produits désinfectants

De la même façon, des distilleries québécoises ont produit du désinfectant pour les mains en quantité phénoménale. La demande pour le désinfectant avait augmenté de 345 % en avril dernier par rapport à l’année précédente. C’est tout dire du besoin qu’il y avait à combler. Bien entendu, c’est sans compter la production d’alcool en tant que tel. On peut donc dire qu’en plus de nous désinfecter, les distilleries ont contribué à nous garder sains d’esprit!

Ce sont également des entrepreneurs qui ont permis à plusieurs d’entre nous de continuer à travailler et à se réunir virtuellement avec nos proches. Des logiciels comme Zoom ou Microsoft Teams, que nous connaissions à peine l’an dernier à pareille date, sont devenus des compagnons essentiels. Comment pourrait-on sinon organiser une réunion de travail ou même un petit cinq à sept entre amis? Tout cela peut sembler facile, mais on ne doit pas occulter les efforts importants qui ont été consentis par les développeurs de ces plateformes afin de gérer la hausse très importante de l’achalandage.

Les applications nous permettant de nous faire livrer des repas ont également diversifié leur offre, et dans certains cas facilité la vie des restaurants en réduisant leur facture. Il s’agit d’une soupape essentielle tant pour les bonnes fourchettes que pour nos restaurateurs qui sont en manque de débouchés. Et que dire de la livraison d’articles non essentiels par des géants comme Amazon ou encore par de nouvelles entreprises locales qui ont émergé? Nous n’hésiterions pas à dire qu’ils ont sauvé Noël!

Tous ces exemples convergent vers la même conclusion : nos entrepreneurs sont fonceurs, déterminés et ils savent s’adapter à de nouvelles situations. L’agilité dont ils ont fait preuve mérite d’être saluée et reconnue. Lorsque nous nous désinfecterons les mains pour la huitième fois de la journée, levons notre chapeau à ces gens d’affaires qui ont su se montrer à la hauteur pour répondre à nos besoins.

Krystle Wittevrongel est analyste en politiques publiques à l’IEDM, Miguel Ouellette est directeur des opérations et économiste à l’IEDM. Ils sont les auteurs de « Les entrepreneurs se mobilisent en réponse à la COVID-19 » et signent ce texte à titre personnel.