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17 novembre, 2020

Nos Églises * Notre Histoire : Hubert LaRue au cimetière de Saint-Jean



Par Louise V. Labrecque

Au beau cimetière marin de Saint-Jean, il y a un arbrisseau un peu chétif, poussant tant bien que mal auprès du monument d’un personnage illustre, mais laissé à l’abandon, car tout le monde ignore, de nos jours, son importance.  Cet arbre prouve qu’une seule parcelle de vie est capable de miracle. C’est dans cet esprit que j’écris ce papier, car le monument d’Hubert LaRue et de ses enfants, Hubert fils et Alphonsine, sont laissés dans un état déplorable, ce qui est pour le moins choquant. Le lettrage de celui d’Hubert père est presque entièrement effacé, lui qui fut pourtant un éveilleur culturel de notre nation. De plus, les monuments de ses deux chers enfants sont là, eux aussi en piteux état, cassés en deux morceaux. Difficile à comprendre, cette négligence et cet oubli d’un compatriote ayant autant fait pour la renommée de l’Île et pour l’éveil intellectuel du Québec entier. De par ses talents d’abord, puis par son œuvre. En effet, Hubert LaRue avait à cœur son terroir, sa robuste sève nationale, et il possédait des ambitions patriotiques débordantes. Toute sa vie fut orientée à stimuler ses compatriotes afin qu’ils soient le plus heureux peuple de la terre.

Particulièrement pour l’île d’Orléans, ses écrits font appel à notre mémoire collective, car Hubert LaRue a produit un récit, vibrant hommage à l’Île, publié pour la première fois en 1861 dans la revue littéraire Les Soirées canadiennes : « Voyage autour de l’ile d’Orléans », véritable trésor oublié de notre littérature nationale qui relate d’une plume captivante l’histoire et les légendes de l’Île.  Ainsi, Hubert LaRue nous amène à méditer l’histoire de notre passé, comme l’a si bien rappelé son ami, l’écrivain Faucher de Saint-Maurice, car c’est ainsi, disait-il, que « nous apprenons le respect, l’attachement dû à notre religion, à notre langue, à nos lois. » Pour en arriver à ces buts multiples, tout fut bon, à LaRue : conférences, livres, brochures, inventions utiles, articles de journaux, causeries.

Hubert LaRue fut écrivain, professeur et médecin. Né à Saint-Jean-de-l'île d'Orléans le 24 mars 1833 : il porta toute sa vie en lui son coin de pays natal. Et cette vie, il la communiquait, il savait la faire goûter. Homme de lettres et d’idées, ses œuvres méritent également d’être connues, lues et méditées. Comment oublier qu’il participa également à la fondation de l’École Patriotique de Québec, un courant littéraire ancré au fond de notre âme nationale, contribuant ainsi à la renaissance littéraire du peuple héritier de la Nouvelle France.

Homme de foi, cette juste expression se retrouve chez LaRue, encore plus humble, plus touchante, indice certain que dans son âme, la souffrance avait travaillé sa profession de médecin, mais surtout la perte de ses enfants. De la douleur croyante, de ce champ de la mort où reposaient les chers débris de son cœur, jamais plus il ne réussit à se distraire. Un soir de pleine lune, il entraîna vers les deux pierres tombales de ses enfants, Hubert et Alphonsine, son ami Faucher de Saint-Maurice et s’y agenouilla en pleurant plus d’une heure, sanglotant comme un enfant. C’est à ce lieu qu’il songeait lorsqu’il répétait souvent : « La maison natale : l’église; le cimetière, c’est la patrie. « Cette scène, si bien décrite par Faucher de Saint-Maurice, mériterait un panneau d’interprétation près des tombes d’Hubert LaRue et de ses enfants : « Toujours, il avait un mot d’esprit bien personnel qui en faisait un écrivain tellement original et à l’esprit si vif et pétillant. Oui, la perte de ses enfants fut sans aucun doute la plus grande douleur de sa vie. Dès lors, la pensée du savant se tourna vers les mystères de la tombe. Il ne souriait plus. »

Au milieu de ces départs, raconta son ami Faucher de Saint-Maurice, il ne faut pas s’étonner que le père s’en fusse retrouver bien vite ses petits; huit jours de maladie suffirent. Et maintenant, dans le vieux cimetière de Saint-Jean-de-l’Île d’Orléans, au bord du Saint-Laurent qu’il aimait tant, il repose aux pieds de son père, avec ses enfants, « au bruit de ce mugissement vague, sourd, indéfinissable dans sa grandiose splendeur, qui s’élève du grand fleuve. » Un arbrisseau est là, et se souvient donc, près des pierres cassées en deux des enfants LaRue. Mais nous, nous souviendrons-nous assez pour nous décider à restaurer les petits monuments des enfants LaRue ? Ces quelques lignes que vous lisez en ce moment, peuvent-elles donner l’idée des paternelles émotions ressenties, témoins si émouvants de la douleur d’un père, qui était aussi l’un des plus illustres et méritants fils de l’Île, et qui demeure le lieu de l’un des plus beaux, des plus poignants et des plus sincères passages de notre littérature nationale.   

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