Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry

13 janvier, 2018

LES CERTIFICATIONS RELIGIEUSES


Par Louise V. Labrecque


La viande halal est une viande dite « licite » pour le musulman. Elle est de plus en plus présente au Québec. Plusieurs de nos abattoirs (souvent des entreprises familiales) ont fait leurs choux gras de tous ces animaux abattus selon les rites religieux. Ensuite, des camions remplis à ras bord s’en vont dans les boucheries du Québec.  Ce livre audacieux, de la brillante intellectuelle québécoise Suzanne Bousquet,  aurait pu porter le titre La face cachée de nos paniers  d’épicerie , tant ce secteur est florissant et tellement la question se pose encore et toujours : mangeons-nous toutes et tous halal et/ou kascher, sans nous en rendre compte ? Avons-nous le choix de NE PAS acheter et consommer ces produits ? Ils sont présents partout, et nous n’avons pas les moyens de savoir, à moins de pouvoir décrypter tous les sigles, certains inscrits tel un symbole, ou une expression, et en si petits caractères qu’il demeure difficile, à première vue, de savoir de quoi il en retourne exactement. Ainsi, du savon à vaisselle au champagne, tout semble kascher  (près de 80% des produits alimentaires ou de première nécessité sont certifiés ainsi) ou halal (le nombre de produits halal s’accroît sans cesse). Il en va de même dans plusieurs autres secteurs non alimentaires, ainsi l’auteure nous livre les résultats de ses recherches, lesquels déboulonnent les mythes en nous mettant au parfum des secrets de Polichinelle,  dont plusieurs sont d’intérêt public, chez nous et ailleurs.   

Provocateur, comme souvent, profond et pénétrant, comme toujours, Suzanne Bousquet livre là un véritable brûlot, contre tout ce qui est caché aux consommateurs. Un livre à mettre impérativement entre toutes les mains. Mais, qu’est-ce que les certifications religieuses sous la plume de l’auteure ? Ouvrir cet ouvrage, c’est entrer dans un autre monde, lequel pourtant est le nôtre,-  incroyable mais vrai -, et cela au quotidien.  Ainsi, le sacro-saint «  pas de porc « et le «  ne pas manger de viande qui n’a pas reçue au préalable les prières et/ou les invocations (lire : abattage rituel) »,  principes religieux si chers à ceux-là, monsieur /madame tout le monde ne souhaitent pas s’en soucier lorsqu’ils vont faire les courses. Quoi de plus désagréable,  en effet,  que de consacrer un temps fou simplement pour effectuer l’épicerie et les courses de première nécessité, afin de pouvoir décoder tous les signes inscrits sur tous les produits. Cette situation absurde se poursuit même dans les restaurants, où là, il n’y a aucun moyen de savoir… ! Les clientèles visées dépassent ainsi la mission initiale; tant de laïques, en effet, dans ces commerces ! Pourquoi nous obliger à consommer à notre insu des produits halal ou kascher ? Au nom de quelles traditions ancestrales (lire : d’un autre âge) s’en réclamer ?  Bien sûr : l’argent coule à flot et c’est un véritable empire pour les industriels.  Ne soyons pas surpris : ce sont des centaines de milliers de ces industries, lesquelles  font dans les aliments de tous les jours, les boissons, les chocolats, les crayons, les parfums, les tapis…  ! En fait, TOUT peut devenir kascher ou  halal, (et tout le deviendra ?); c’est pourquoi il constitue un marché immensément important. Comment en sommes-nous arrivés là ? Que faire, sans nécessairement s’obliger à vivre de manière marginale et/ou comme un ermite ? Suzanne Bousquet en traite en long et en large dans son livre, ouvrage solide, d’une rigueur rare, et en même temps admirablement bien vulgarisé, ce qui en fait un moment de lecture plus qu’intéressant; cela se lit tout seul, et il captivera tout le monde, tant la mise en lumière de tout ce qu’on ne sait pas est foudroyante.  Oui, Suzanne Bousquet a réussi l’exploit d’un ouvrage informatif de haut niveau, sans être trop académique, et tout en étant facilement adapté à la compréhension de la plupart. Elle signe donc avec ce livre courageux le début d’une véritable prise de conscience individuelle et collective de ce «  business de la crédulité » et impose, de ce fait, une mise en lumière de réflexions salvatrices.

En effet, n’oublions pas que le mot «  islam «  cela veut dire «  soumission » (aveugle) ; ainsi, et tout en faisant attention à ne pas faire d’amalgames, il est facile de deviner que  les musulmans ne sont pas du tout dans une logique spirituelle telle que nous l’entendons en Occident.  Toutefois, ce dossier étant globalement si complexe qu’une chatte y perdrait ses petits,  ce livre arrive à point en permettant  l’éclosion d’une véritable pensée objective, limpide, servant réellement l’éducation et la bonne compréhension des  questions religieuses. Pour sûr, le silence éloquent entourant actuellement la publication de cet ouvrage important est l’indice évident que l’auteure a frappé dans le mille. De ce fait, ne soyons pas étonnés, et c’est pourquoi ce livre est à mettre entre toutes les mains, pour de pressantes raisons d’intérêt général. De plus, vous ressortirez de cette lecture comme si vous veniez de recevoir une véritable leçon de vie.  

En effet, qu’on le veuille ou non, nos paniers d’épicerie sont bel et bien au cœur de la bataille de la laïcité. Ensuite, la complexité du dossier des certifications religieuses amène des questionnements légitimes, tant il existe une véritable anarchie, de l’intérieur. Donc, que cela soit halal ou kascher, le terme demeure tout simplement «  vendeur « (lire : amène beaucoup d’imposture). En réalité, et sans vouloir entrer dans la polémique, l’auteure passe en revue les arguments avancés par les uns et par les autres.  En même temps, l’industrie souhaite satisfaire ses clientèles les plus exigeantes (lire : les intégristes) avec des normes telles que  «  glatt-kosher », « mehadrin », etc.  Mais, qu’est-ce, au juste, qu’une viande halal? C’est une viande qui est égorgée au nom d’Allah.  Ce sont souvent des moutons, mais aussi des poulets et des bœufs. Ils sont abattus vivants. C’est ce fait qui est et demeure insoutenable, pour la plupart des êtres humains dignes de ce nom. Les animaux sont littéralement pris au piège, avec des contentions, et le carnage dure de sept à dix minutes. C’est d’une tristesse et d’une barbarie sans nom.  De plus, les questions d’hygiène et de propreté suscitent, de ce fait, des questionnements  (l’animal se voit mourir et parfois il se débat de peine et de misère,  allant jusqu’à vomir, tout en essayer de continuer à respirer, ce qui fait parfois entrer, tandis qu’il est sous ces souffrances incroyables, des microbes dans son corps, dont la bactérie E. Coli). Qui sont les responsables de tant de dangerosité pour la santé publique, tant de cruauté animale, dont le nombre est tellement effrayant qu’il se chiffre par des tonnes et des tonnes de viande ainsi consommées, mais sans enrayer le flou autour de la viande halal et kascher, les taxes (ce seul sujet pourrait faire l’objet d’un article en entier tant la polémique est vive), l’étiquetage.  Un processus complexe et une démarche nécessitant des heures de recherche  de la part de celles et de ceux qui tentent courageusement de faire opposition à l’opacité de toute cette affaire, dont l’auteure Suzanne Bouquet, avec son livre  Les certifications religieuse – le business de la crédulité. Véritablement, nous sommes ici dans une logique opposée à la transparence. Dans ce continuum, le silence, le mépris, les coteries, et les tergiversations vont main dans la main. Toutefois, c’est l’indifférence, laquelle est présente partout, qui est la pire.  Comme d’habitude, ne soyons pas surpris : c’est une minorité agissante qui mène le bal sur une minorité silencieuse.  Aucun repli stratégique ici : il s’agit d’un dossier lucratif et obscur, lequel s’impose à notre insu, de manière plus ou moins subtile, afin de s’ancrer dans le quotidien de tout le monde; un scandale !

Mais, le pire scandale qui prévaut actuellement, et qui est au cœur de tous les débats, c’est précisément celui de la question de la dignité animale. L’abattage rituel, en fait, qu’est-ce que c’est ? C’est une méthode d’égorgement, sans étourdissement, la tête de l’animal devant être tournée vers la Mecque (condition sine qua non pour que la viande soit estampillée «  halal »). Celui qui préside à cet acte se nomme « purificateur »  ou  « sacrificateur » ; en tranchant les veines carotides situées dans le cou de la bête, il tue vivant l’animal,  lequel meurt au bout de son sang, avec des souffrances terribles. Comment pouvons-nous collectivement endurer cela, moralement parlant ? Évidemment, la transparence et la noblesse de l’esprit, cela n’est pas le fort des abattoirs, contrairement au livre de Suzanne Bousquet, qui l’est tellement,  qu’elle nous amène plus loin, non pas sur le terrain des affects, mais simplement dans le vif du sujet, de manière rationnelle. De ce fait, la somme de travail exigée afin de faire naître cet ouvrage important mérite d’être gravée en lettres d’or, tant elle révèle, sans commune mesure, une volonté d’apporter un juste éclairage sur nos paniers d’épicerie ; qui plus est, en décortiquant un dossier aussi compliqué, lequel réussit l’exploit d’être rendu limpide, par une écriture fluide, de tout ce qui est caché aux consommateurs, l’auteure fait réellement une œuvre d’éducation.

Une économie ? Plutôt : un nouvel eldorado !

Justement, ce droit aux consommateurs, voilà qu’il est véritablement mis  à rude épreuve et constitue, en somme, le cœur des questionnements soulevés par cet ouvrage magistral. De la même manière, nous réfléchissons ensemble à cette véritable folie sur les marchés, car le saviez-vous ? Déjà, arrivent de nouvelles épiceries, des supermarchés 100% halal, en France. Bientôt chez nous, au Québec ? Les lois (et l’esprit des lois) doivent tenir à la fois des droits des consommateurs et rendre des comptes également aux animaux, ce droit à la dignité et à la vie.  Or, tout est actuellement pensé pour les stratégies commerciales,  qu’importe  les sanctions, qu’importe les infractions. Or, nous devons protéger les animaux, et c’est si peu dire que de l’exprimer ainsi. En même temps, nous avons des devoirs envers  les consommateurs ; nous avons donc le droit de savoir ce que nous achetons et consommons !  Également, le rôle des pouvoirs publics doit demeurer cohérent, de même que les valeurs de santé publique. Souvenons-nous de cette histoire, fortement médiatisée, l’an passé, sur le fait de souhaiter servir des repas halal dans une cafétéria scolaire de chez nous, au Québec. Ces clivages idéologiques au sein même d’une école, cela interpelle directement la mission de l’éducation au Québec. C’est qu’au lieu de rassembler, voilà qu’elle divise; ce qui est le pire de ce que nous pouvons offrir aux enfants, dont l’éducation,  nous le savons, demeure un outil essentiel, servant la liberté, afin de rendre, justement, l’individu libre.  Avec de telles idées, voilà qu’elle passe tout droit son chemin. Ainsi, notre réflexion individuelle et collective doit s’alimenter, plus que jamais, sur le socle de la mission de l’éducation, car tant d’ignorance,  cela est trop.  

La réflexion du jour

Combien dépensent les gouvernements du Canada pour aider les entreprises à faire des affaires au pays? 29 milliards $, selon une étude de l'Université de Calgary tout juste publiée à ce propos. Selon cette étude, la moitié de cette somme est gaspillée, puisqu'elle n'apporte «aucune amélioration à la performance économique du pays», résume John Lester, qui a dirigé l'étude, au National Post.

12 janvier, 2018

La réflexion du jour

Les Québécois sont depuis longtemps les plus taxés en Amérique du Nord et l'année financière 2016 n'a pas fait exception à la règle, puisque c'est toujours au Québec que le poids de la fiscalité demeure le plus élevé.--- Luc Godbout

10 janvier, 2018

Le socialisme, pornographie de la solidarité


LE SOCIALISME, PORNOGRAPHIE DE LA SOLIDARITÉ [i]
Christian Michel

Question. – Que vient faire la pornographie là-dedans ?
Réponse. – Je n’ai pas pris le mot dans son sens étymologique. Pour moi, est pornographique ce qui se pratique sans amour. Et il y a beaucoup de ces gestes dénués d’amour qui appauvrissent notre quotidien : la nourriture ingurgitée sans la goûter et sans conscience qu’elle nous relie au cosmos, la musique-bruit de fond, et tant d’autres. Au même titre, je qualifie de pornographique le travail quand il devient la corvée salariée et répétitive, et le socialisme aussi.
Le socialisme promet une société généreuse. Pour lui, elle s’appelle redistribution forcée des revenus et mutilation des patrimoines. Passés quelques décrets et quelques dizaines d’années, l’apparence comptable et statistique du pays sera d’une société plus égalitaire. Mais entre les gens, les regards n’auront pas changé, on n’aura pas fait naître l’ombre d’un sentiment plus fraternel.
Car les gestes de la solidarité ne sont pas la solidarité. Pour te l’illustrer d’une histoire archi-connue, suppose qu’un général de la légion romaine ait ordonné au centurion Martin de partager son manteau. Le résultat matériel eût été le même, un pauvre à demi-réchauffé, un nanti à demi-grelottant. Mais où est la solidarité ? Chez le général, qui ne se découvre de rien ? Chez le centurion, qui ne peut qu’obéir ?
Une société n’est jamais solidaire. Seuls des hommes libres le sont. Une société peut être redistributive, coercitive… Certains individus ou groupes de pression peuvent imposer à d’autres individus de partager leurs biens. Ils modifient les comptes en banque, ils ne font qu’empoisonner les rapports humains. Ils changent le « niveau de vie », ils ne rendent pas les hommes plus solidaires.
La solidarité échappe au politique. Elle n’est pas imposable. Elle procède d’un mouvement intérieur, non calculé et imprévisible (spontanéité effrayante pour le socialisme qui ne se reconnaît que dans la planification et le contrôle). La solidarité comporte toujours un risque qui est sa condition même. Il fallait que le mendiant n’ait aucun « droit au » manteau pour que quelque chose se passe, un mouvement se porte vers lui (un geste qui n’a cure de reconstruire l’ordre économique du monde et se satisfait, lui, de bouleverser la vie). C’est dans le vide du règlement que naît la solidarité. C’est dans le respect des Droits, et donc l’absence d’impositions légales, que peuvent se densifier les relations humaines.
Q. – Est-ce que l’autre n’a pas de droits sur moi comme j’en ai sur lui ?
R. – En l’absence de contrats spécifiques que votre liberté aurait pu inventer, aucune personne physique n’a de droits sur toi. Le fait de partager la même humanité ou la même collectivité, voire le même sang, ne me permet pas de te rançonner. Je peux pleurer misère à tes pieds, je n’en deviendrai pas pour cela créancier d’un centime de ton salaire. Mais je crois aussi que je peux te faire confiance, tu m’aideras. Car, parce que nous sommes libres, nous avons des valeurs, et l’une d’entre elles s’appelle « solidarité ». Elle fonde notre vie collective d’hommes sur la terre. Je n’ai aucun droit à une partie de tes revenus, mais tu as le devoir moral de me soutenir. Aucun fonctionnaire ne saurait te l’imposer, car quel sens aurait un partage sous la menace ? On ne donne que ce qu’on a la liberté de donner.
Le socialisme a réussi ce paradoxe d’avoir détruit nos relations personnelles et de les avoir réduites à de tristes relations d’argent que nous n’avons pas contractées. Nous sommes devenus créanciers sans titres les uns des autres. Peut-être un reste de fraternité nous motive-t-il parfois, mais il est dur à discerner. Dur d’imaginer dans le chèque envoyé au percepteur une marque de connivence, dur d’entrevoir un sentiment d’amitié dans la «contribution sociale généralisée ».
Payer n’est pas être généreux. Ou alors, vénérons la bonté des milliardaires, qui seraient les plus saints des hommes puisqu’ils versent tant d’impôts ; c’est ridicule. Ils ne sont pas « justes » ni
« solidaires » tous ceux que la bureaucratie a pris dans ses filets (pas plus que n’étaient chrétiens les malheureux colonisés que les conquistadoresencadraient jusqu’aux églises). Il n’y a de morale que dans la liberté. Mais voilà, il est plus facile de commander que de convertir. Le travail dans les consciences est invisible, donc frustrant. Pourtant c’est le seul qui peut briser nos solitudes face aux bureaucraties. Si nous voulons édifier une cité quelque peu fraternelle, il faut commencer par éduquer longuement et patiemment le sens du devoir, la responsabilité de chacun d’entre nous envers ceux qu’il peut aider. Le socialisme choisit une autre voie, celle de la contrainte. La connivence, que l’homme de liberté veut apprendre à la société, l’État central socialiste la décrète – et la tue, en lui interdisant toute spontanéité. Ainsi l’homme de gauche n’annonce la société solidaire que comme la prostituée promet l’amour. L’un et l’autre ne peuvent offrir que des simulacres (ivresse passagère et frustration). Ils instaurent le règne du faire-semblant ou, si tu préfères une image plus forte, de la pornographie généralisée.
Les social-démocraties nous coûtent cher pour cette mission impossible d’éradiquer les misères. Faute d’y parvenir, bien sûr – on est toujours le pauvre de quelqu’un -, elles cachent ce qu’elles ne peuvent éliminer. Comme autrefois les Victoriens rendaient incompréhensible la sexualité en refusant de la nommer, les social-démocraties engendrent un « social » impraticable en le couvrant d’un voile de honte. Que le handicapé devienne une « personne à mobilité réduite », le chômeur un « travailleur en quête d’emploi », que le vieillard atteigne le « troisième âge », n’est pas qu’une tournure précieuse du langage bureaucratique. Cela traduit l’angoisse des planificateurs de la société de nommer les phénomènes que leur prétention à gérer les gens comme des choses ne prendra jamais en compte : tares physiques et fragilités, génie, déviations morales, idées nouvelles, caprices de foules et désenchantements… Hélas pour les programmes politiques, il y a les hommes ! Ils se dérouleraient tellement mieux si les hommes n’étaient pas là. (Le socialisme n’aime pas les hommes, éternels comploteurs et saboteurs. Les effusions entre camarades de la guerre des classes ne sont pas celles d’êtres qui se reconnaissent dans leur individualité, mais celles de bons serviteurs de la Cause qui n’ont de plaisir à se retrouver que pour la faire progresser).
Au moins les riches, autrefois, voyaient la pauvreté. Ils la côtoyaient sans cette honte qu’elle nous inspire de nos jours. D’innombrables gravures nous montrent la visite aux nécessiteux, aux hospitalisés, aux prisonniers. Et mendier au nom du Christ était peut-être moins humiliant que de faire semblant d’avoir « droit » à l’argent pris aux autres, en attendant d’un fonctionnaire l’allocation-chômage. Aujourd’hui, bien peu ont le courage de toucher la misère – sinon en professionnels -, et moins encore ont l’humanité d’accepter d’être surpris dans ce qu’ils appellent leur déchéance. Qui ose voir dans le plus fortuné son prochain ? Qui ose suggérer qu’il puisse souffrir en esprit autant qu’un pauvre hère dans son corps (pensée hérétique pour un pays qui a fait du partage des revenus son idéal) ? En fait, il n’y a plus de prochain. Le socialisme construit le monde sec des titulaires de faux-droits.
Il complète l’œuvre entreprise par l’idéologie technicienne au siècle dernier : éviter le face-à-face des hommes ; médiatiser leurs rapports par la bureaucratie. L’État-providence quadrille toujours plus serré ce qui appartient aux relations interpersonnelles. Sa morale méconnaît l’homme dans ses possibilités de créativité et de générosité. Increvable « voleur des énergies », il frustre l’éveil de tout sentiment fraternel, il nous déresponsabilise face au sort des autres. Quand les enfants cessent de plaire, nous les confions à ses éducateurs spécialisés ; si nos vieux ne sont plus raisonnables, nous les déposons dans ses asiles ; pour le voisin malade, nous comptons sur ses assistantes sociales, et sur l’ANPE pour le copain chômeur. La parenté, les amis sont là pour ma satisfaction ; que l’administration se charge de leurs difficultés. Après tout, je paie des impôts pour ne pas entendre geindre !
Je voudrais que tu t’inquiètes avec moi, quel « socius » de quel socialisme est donc en train de naître ?
Q. – Je m’inquiète, je m’inquiète. Mais ton discours ne me fait pas oublier ceux là-bas qui subissent quotidiennement la pauvreté, les poursuites pour dettes, les expulsions. Ils ont besoin de la sécurité que confèrent leurs droits. Leur survie ne peut dépendre de l’humeur plus ou moins généreuse de nos concitoyens.
R. – Contre qui ont-ils un droit ? Celui qui est sans abri réclame le droit au logement, l’agriculteur réclame le droit à des prix élevés pour ses produits, le malade le droit à la santé…, mais tous ces droits n’ont de valeur que si quelqu’un en face s’est engagé à les fournir.
Q. – C’est évidemment la société qui doit garantir ces droits.
R. – Ce qui ne veut rien dire. D’abord, me semble-t-il, agriculteurs et mal-logés font partie de la société. Comme ils ne vont pas se garantir eux-mêmes, c’est bien à des groupes précis et pas à la société toute entière que tu veux que cette responsabilité incombe.
Nous nous comprendrions mieux si nous réfléchissions à cette notion de « droit ». La société, par son gouvernement, peut me reconnaître le « droit de » réaliser certaines actions. Il lui suffit de ne pas les interdire. Mais si elle me donne le « droit à » certaines prestations, il faut qu’elle trouve quelqu’un qui me les fournisse. Pour que mon « droit au travail » soit autre chose qu’un slogan, il faut qu’une entreprise soit astreinte à m’embaucher. En d’autres termes, le « droit de… » est la simple levée d’une interdiction, le « droit à… » est la contrepartie d’une obligation. Cette obligation peut résulter d’un contrat volontaire, mais si elle est imposée par l’État, elle est liberticide. La puissance publique ne doit pas se mettre au service de certains citoyens pour contraindre d’autres.
Elle le fait pourtant. Elle se justifie en prétendant que la liberté formelle n’a pas de sens. Il faudrait aux citoyens la «liberté concrète ». Par exemple, le droit de se déplacer à l’étranger, formellement reconnu à la plupart des Occidentaux, fait sourire jaune le paysan tenu de traire ses vaches matin et soir, ou le manœuvre qui consacrerait un mois de salaire à passer deux jours en Suisse. Le rôle du gouvernement serait donc d’assurer aux plus démunis les moyens matériels de jouir de leurs droits. Mais si j’ai besoin de travail et que je réclame une loi qui m’en procurerait, ce que je veux vraiment, c’est que l’État désigne un employeur à qui échoirait, le malheureux, l’obligation de m’embaucher. Sinon je n’obtiendrai qu’un vœu pieux. Ma conception de la liberté concrète viole donc un principe absolu de la liberté tout court, qui veut qu’elle s’arrête là où commence celle des autres. Vouloir être « libre concrètement », dans ce sens, c’est aspirer à exercer un pouvoir qui porte atteinte aux droits des autres.
Seules les libertés « formelles » peuvent être reconnues également à tous les citoyens. Pas les libertés « concrètes ». Le gouvernement peut proclamer : n’importe qui est libre de produire un film. Il ne peut pas accorder à tout le monde les moyens techniques et financiers de le réaliser. Si le gouvernement ne peut pas aider tout le monde, plutôt que de privilégier quelques-uns (naturellement, ceux qui sont politiquement puissants), il ne doit aider personne. Les libertés « concrètes » ne pourraient être goûtées que par les habitants d’une planète où les ressources excéderaient les désirs. Comme les humains sur la Terre ne sont pas dans cette situation, c’est à l’État d’assurer à chacun également les droits d’agir et c’est aux gens de créer les moyens.
L’État-providence part du postulat qu’il lui incombe de satisfaire tous les « besoins » des hommes. Mais ceux qui bénéficient de ses largesses n’auraient envers la collectivité aucune obligation. Au plan économique, la proposition est insoutenable, l’État-providence est en banqueroute. En plus, je crois qu’elle est irrecevable moralement. Car la relation entre État et citoyens est tissée de droits et d’obligations réciproques. L’État nous garantit certaines sécurités ; en contrepartie, nous obéissons à ses lois, payons nos impôts, etc. La société politique se vit dans cet échange. À l’inverse, dans l’univers social démocrate, il ne se noue aucune relation. Tout y coule à sens unique. Le citoyen disparaît, réduit à la notion de mineur incapable.
Dans une relation adulte, chacun prend et donne tour à tour. Ce n’est pas ainsi que fonctionne notre système puisque nous affirmons à un grand nombre d’individus qu’ils ont le droit de toujours exiger plus et qu’il ne leur sera jamais rien demandé en retour. On attend d’enfants et pas de citoyens qu’ils soient dans cette situation de tutelle. Or cette infantilisation cache un réel danger, celui d’une emprise de l’État qui ne serait plus le fait de sa milice et de ses sbires, mais du sentiment de dépendance et d’irresponsabilité qu’il instille patiemment à ses administrés.
« Sans moi, nous souffle-t-il, vous vous égareriez dans la jungle économique et cruelle ; moi seul sais vous protéger et pourvoir à vos besoins ». La résistance à la sujétion, parfois les armes à la main, est un legs de notre histoire. Mais ici, qui parle d’oppression ? Le discours de nos maîtres est tout empreint de bienveillance. Nous les avons élus constitutionnellement. Ils nous promettent une société douce et ne demandent en échange – à mots couverts – qu’un peu de soumission. Nos sociétés ne sont pas prémunies contre un mal insidieux et qui en appelle précisément à leurs désirs inavoués. Car entre la liberté et l’étable, bien qu’ils se vantent du contraire, les hommes rarement choisissent la vie au large. Nos démocraties modernes sont viciées au plus profond d’elles-mêmes, car elles nous permettent de refuser le cadeau de la liberté qui nous est dû.
Q. – Et pourquoi cela ?
R. – Dans une démocratie, le parti politique qui veut se maintenir au pouvoir doit calmer les revendications. Celui qui brigue l’élection doit acheter des voix. Comment ? En offrant, ou en promettant d’offrir aux` électeurs toutes sortes de services. S’il n’y avait pas de concurrence entre les partis, 51 % de la population vivrait aux crochets des 49 % restants. Mais ceux qui sont dans l’opposition n’entendent pas y rester. Pour accéder au pouvoir, il leur suffit de détacher quelques pour cents des voix du bloc majoritaire. Ce n’est pas difficile si l’on peut faire miroiter à ce petit nombre des avantages substantiels. Il faudra bien payer ces avantages, mais la charge sera éparpillée sur l’ensemble de la population, surtout celle de l’autre camp. Les contribuables, nombreux et inorganisés, présenteront d’autant moins de résistance que chacun, dans son coin, espérera bien bénéficier de la prochaine tournée.
Ainsi, entre les riches et les pauvres, se structure une classe médiane qui organise à son profit la redistribution des revenus. C’est de son vote que dépend l’orientation des coalitions gagnantes. Si les pauvres veulent obtenir des transferts sociaux en leur faveur, il faut qu’ils s’attirent la bienveillance des classes moyennes. Si à l’inverse les classes les plus riches veulent éviter que ces transferts ne soient confiscatoires, il leur faut aussi acheter la complicité de cette population médiane. Tu as peut-être oublié, dans cette froide arithmétique électorale, que nous parlions de solidarité et de « justice sociale ». Nous y revenons. Car c’est au nom des déshérités, bien sûr, que s’opèrent les transferts sociaux. Mais les « plus pauvres », par définition, ne représentent jamais que, disons, 10 %-15 % de la population électorale, pas assez pour gouverner. Une alliance avec une partie de la classe moyenne leur est indispensable. Majoritaire, cette alliance pourra gaillardement taxer la minorité. Seulement, pour que disparaisse la pauvreté, les plus démunis devraient recevoir en moyenne plus que les autres membres de la coalition. Il n’en est rien évidemment, le sens de l’altruisme n’est pas nécessairement plus répandu dans les classes petites-bourgeoises qu’ailleurs (il faut voir comment elles se cramponnent aux « avantages acquis »). Si bien qu’après trente ans de redistribution, les riches sont toujours plus imposés, mais les pauvres sont toujours aussi pauvres. Entre les deux, s’est insérée une large classe de cadres, d’agriculteurs, de fonctionnaires, de techniciens, qui a capté à son plus grand profit l’effort de « solidarité ».
[….]
La tentation est irrésistible pour les politiciens d’un régime démocratique de mettre au service de leur clientèle les pouvoirs du gouvernement. De leur côté, les électeurs, pourvu qu’ils soient bien organisés, ont vite mesuré le chantage qu’ils pouvaient exercer sur des hommes ambitieux en mal d’élection. À l’État-arbitre succède l’État-enjeu. Je caricature à peine en suggérant qu’il est plus rentable pour un viticulteur de faire pression sur son ministre en barrant l’autoroute des vacances que de vendanger. Chacun se bat, non plus pour accroître la production totale de richesses, mais pour capter le fruit du travail d’autrui que l’État collecte et redistribue.
Dans une économie libre, nous ne pouvons prospérer que par la coopération, la vente et l’achat volontaire de biens et de services. L’économie administrée confère une prime à une activité totalement improductive pour la collectivité et même destructrice : la pression sur les décisions du gouvernement. L’interventionnisme des hommes de l’État oppose les citoyens entre eux : la manne publique sort des poches privées et elles ne sont pas insondables, les « droits » accordés aux uns le sont nécessairement au détriment des autres. « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde » écrivait Frédéric Bastiat en 1830 déjà. Comme toutes les fictions, celle de l’État-providence connaîtra une fin. Les services de l’État ne peuvent être étirés à l’infini et le jour viendra où le pays ne pourra plus les payer. Mais quel gouvernement se soucie du long terme quand il risque de ne pas être réélu demain ?
À notre comédie de la « justice sociale », il manque encore quelques rôles. Ce sont les professionnels de la solidarité. Ceux qui sont salariés par l’État pour fournir des prestations sociales n’ont pas le dévouement pour unique motivation. Enseignants, personnel hospitalier, travailleurs sociaux.., ne sont pas en retard d’une grève sur leurs collègues, employés du privé, pour défendre leurs avantages. D’être fonctionnaire, on n’en est pas moins homme. Les vertueux défenseurs du service public attendent, intéressés, chaque nouvelle enchère dans l’âpre marchandage entre politiciens et assistés pour se retrouver un peu plus nombreux, un peu plus payés et un peu mieux « défendus ».
Q. – Nous avons quand même besoin d’instituteurs et d’infirmières, tu ne crois pas ?
R. – Certainement. Mais avec tout le respect que je leur porte, ces professions, pas plus que celles de ministre, de député ou de syndicaliste, n’incarnent l’intérêt général. Ces gens n’oublient pas leur propre compte quand ils «défendent » la cause du public. Et, quoi qu’ils disent, ce qui est bon pour eux n’est pas forcément bon pour tout le monde. Quand bien même ils seraient parfois désintéressés, ils pourraient encore se tromper : le statut de fonctionnaire ne confère pas l’infaillibilité. Nous sommes trop souvent dupés. Lorsqu’une société privée veut diffuser des émissions de radio ou transporter des touristes en avion, on a tendance à supposer qu’elle nous exploite. Mais si des employés de l’État proposent ces mêmes services, ce n’est pas par dévouement pour le bien commun, malgré une illusion hypocritement entretenue. La SNCF, les Caisses d’Épargne, Air France…, ne sont pas gérées au profit d’actionnaires, c’est vrai, mais pas non plus avec l’intérêt du public en vue. L’exploiteur de telles entreprises est le personnel, aussi avide de gains qu’il retire sous forme d’avantages sociaux qu’un capitaliste qui les sortirait en dividendes.
De tant d’expériences, le public a tiré sa conclusion. Il ne prête pas plus de foi aux slogans de la « justice sociale » qu’à ceux qui vantent les lessives. Mais il ne peut pas confesser ouvertement son cynisme. Le jeu politique exige une tenue correcte et chacun n’y participe que drapé dans des mots. Celui de « justice sociale » est ample et recouvre chastement l’envie et le marchandage des biens d’autrui. Chacun sent que s’il se démasquait et réclamait un chèque à la collectivité, sans pudeur, sans l’invocation rituelle à la « justice sociale », il bouleverserait le mécanisme dont il espère profiter. Politiciens en campagne, syndicalistes et délégués de corporations en attente de nouveaux privilèges, la main dans la main, récitent des litanies dont le sens s’est enfui, mais dont l’usage, hélas, ne va pas sans dommage.
[…]
Opacifier le social, vanter les bénéfices d’une politique dont les coûts restent cachés, tromper les gens sur ce qu’ils paient, à qui ils donnent et de qui ils reçoivent, est la base même – et la faute première – de l’État-providence.
Nous la réparerons – est-ce encore possible ? – si nous distinguons formellement la société politique, celle que le citoyen construit avec son gouvernement, de la société civile, où les citoyens communiquent et échangent entre eux. Le gouvernement transgresse nuisiblement cette frontière chaque fois qu’il achète du politique (sa réélection) avec du social, comme le font les démagogies sociales-démocrates, ou chaque fois qu’il impose à la société une finalité, comme le pratiquent les socialismes.
C’est dans le silence du politique que le « social » prend sa véritable dimension. Le régime collectiviste ne rend pas ses administrés plus attentifs aux autres (au contraire, si l’État se mêle de tout, qu’il nous épargne donc la présence agaçante des pauvres !). Je donne à la solidarité sa chance seulement lorsqu’il appartient à moi, moi qui suis là, de soulager la détresse de cet homme, lorsque je me retrouve face à ma responsabilité parce que personne n’est payé pour intervenir à ma place.
Il faut cette séparation d’avec le social pour que la politique regagne la noblesse et l’intégrité qu’elle corrompt quand elle se fourvoie hors de son domaine. Il faut que la société civile soit transparente et autonome pour cesser d’être pornographique, pour que les hommes se rencontrent au risque de leur générosité et de leur indifférence, pour que leur justice soit fête.
Texte extrait de La Liberté, deux ou trois choses que je sais d’elle…
Editions de l’Institut Economique de Paris, 1986, ouvrage épuisé.
[i] Ce texte formait à l’origine un chapitre de mon livre La Liberté, deux ou trois choses que je sais d’elle, publié aux Editions de l’Institut Economique de Paris en 1986. L’ouvrage est épuisé. Je n’autoriserai pas de réimpression, car depuis ce premier ouvrage, je suis devenu réaliste. Je croyais en écrivant ce livre qu’un État minimum de type libéral était possible. Je m’aperçois aujourd’hui que cette vision est utopique, les hommes de l’État, quelque garde-fou constitutionnel qu’on leur impose, trouveront toujours une bonne raison pour étendre leur pouvoir. La seule position réaliste est de supprimer l’instrument de l’oppression, pas d’imaginer qu’on pourrait le limiter. Cependant, j’ai la faiblesse de croire que certains passages de ce livre ont encore un intérêt aujourd’hui, et je les fais circuler sous forme de tirés à part, photocopiés ou d’affichés sur la toile (voir en particulier www.liberalia.com).

La réflexion du jour

Au lieu de s’attaquer aux bâtisseurs, monsieur Boyer devrait cibler les vrais problèmes et prendre la mesure d’à quel point son mouvement contribue de moult manières à augmenter le prix de tout ce que nous payons. Services publics trop coûteux, prix gonflés de la construction, multiplications des unités syndicales, etc. Ce sont de grands pans du modèle québécois qu’il faut impérativement revoir. Et pour les leçons aux patrons, vous repasserez monsieur Boyer.--- Jonathan Trudeau

09 janvier, 2018

La réflexion du jour

Michel St-Germain secoue la tête lorsqu’il parle des politiciens. « Ça n’a aucun bon sens ! On dirait qu’ils ne font rien pour améliorer le sort des Québécois. » L’entrepreneur de 40 ans de Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie, est en colère. Il a l’impression que personne au gouvernement ne travaille pour lui, ainsi que pour sa femme et ses garçons de trois, huit et neuf ans, alors que lui se démène pour créer des emplois et faire grandir sa PME de 40 employés, active dans la gestion des matières résiduelles.--- Alec Castonguay

08 janvier, 2018

La réflexion du jour

Depuis le dépôt du budget 2017-2018 du gouvernement Couillard, en mars dernier, quelque 55 % de tous les emplois créés au Québec relèvent du secteur public. Le secteur privé, lui, fait piètre figure, avec seulement 16,9 % des emplois créés.--- Michel Girard

06 janvier, 2018

Éloge de la Fainéantise



ÉLOGE DE LA FAINÉANTISE
Par Louise V. Labrecque



Voici, pour compléter le tableau déjà riche d’un essai portant le titre Éloge de la fainéantise,  des petites notes toutes simples, presque musicales, afin de vous inviter à une critique-découverte des plus étonnantes (c’est-à-dire intéressantes) : un livre de langue française traitant de la fainéantise, sujet audacieux qui invite souvent à sourire et que l’on aborde rarement, souvent avec une telle désinvolture, hélas, qu’il est beau de s’y pencher un peu mieux. De ce fait, je vous invite également à découvrir l’un des écrivains les plus sensibles (donc, attachants), l’un des plus sûrement dédié à l’art (et à l’art de vivre), l’artiste Henri Gerardin, lequel nous ouvre, avec ce premier livre, un vaste horizon, un regard en quelque sorte « en amont «, s’inscrivant dans une fin de cycle d’un Québec qui peine à se doter d’un véritable projet national.

C’est que l’auteur a compris la dualité du malaise social actuel, comme dans l’écriture, soit la difficulté de lui donner la meilleure part de soi-même. La fainéantise devient, dans ce prisme, une force, pour une nouvelle annexion au monde, et cela se fait sans compromis, sans obsession, de manière naturelle, par notre conscience historique la plus intime. Ainsi, avec un style personnel, l’auteur est parfaitement d’équerre avec les nombreuses citations fleurissant son livre, ce qui ajoute à la beauté du sujet. D’une générosité rare, il ajoute même, souvent, des anecdotes, afin de sortir des mots, pour en comprendre l’essentiel. Évidemment, bien que trop souvent mal compris, le sujet de la fainéantise touche tout le monde, toutes les générations et toutes les classes sociales; si peu abordé, toutefois, je n’ai trouvé aucun livre traitant sérieusement de ce sujet, ce qui amène donc une fraîcheur certaine à cet ouvrage rigoureux, -et c’est précisément ce que la fainéantise apporte au monde-.   Ainsi, individuellement et collectivement, cette exigence s’est perdue, parce que plus personne n’a le courage d’y mettre vraiment toute sa vie, et de s’y perdre sans espoir même de retour; la fainéantise devient donc aussi l’exigence de ce qui, même dans le désespoir, est incapable de mourir. Cela est donc, en un sens, un outil de résistance.

Fé-né-an-ti-z : je recherche le sens étymologique de ce mot; je retrouve le mot «  paresse « ; ce n’est pas cela. Fainéanter;  je vois le mot « néant »,  je vois le mot «  hanter « ; je vois le mot «  enfanter  « ; nous y reviendrons.

Pour l’heure, Henri Gerardin traite avec son livre Éloge de la Fainéantise de la nécessité de vaincre la bêtise, celle de la bien-pensance. Elle est observable partout : dans les rues, dans les villes et les villages, dans les cafés, dans les bistros; oui, elle est réellement partout, et elle se laisse voir pour peu que nous soyons sensibles aux autres. La classe moyenne, la plus nombreuse, voit s’accumuler des dettes ; les travailleurs travaillent souvent sous pression, parfois dans un climat malsain. Et que dire de toutes ces familles endettées, ces chômeurs, ces vieillards, ces étudiants, ces immigrants, ces divorcés ? Certains n’en peuvent plus; ils vivent dans des conditions extrêmes, parfois ils habitent des taudis, que l’on tolère pour ne pas avoir à construire quelque chose de mieux;  les lenteurs administratives accentuent le contraste entre cette misère humaine et notre terre d’abondance.  Cette implacable inhumanité se frotte également aux interventions de la petite politique partisane, laquelle ne reculera jamais, capable sans doute d’affamer les gens si l’intérêt politique y trouve son profit. Mais, j’ai déjà parlé de toutes ces choses, et j’en ai, je crois, assez dit. Nous sommes tous capables de comprendre maintenant ; assez dit, donc, puisque nous voyons bien que nos déclarations de principes sur la valeur de notre capital humain ne cadrent pas toujours avec nos actes, tant nous sommes soumis aux faits. Ainsi,  vous serez sans doute fascinés, vous aussi, par cet exercice d’observation de notre prodigieux capital humain; ses grandeurs et ses misères.  Grand Corps Malade chante cela : tous ces esprits affamés.  Cela nous amène à parler de la grande pitié de nos universités et de nos institutions d’enseignement supérieur;  de la grande pitié de nos bibliothèques scolaires, de nos médias, de nos écoles publiques, et de la faillite générale de l’Éducation, au Québec. La grande pitié des belles choses «  faites pour durer «, trop souvent boudées devant toutes les nouvelles bébelles à la mode;  notre véritable Histoire, nos généalogies ignorées, nos arts méprisés, et/ou soumis à toutes sortes de coteries. Bref, la grande pitié des choses de l’esprit en général, qui non seulement marchent à  pas de tortue, mais dont les joyaux dorment, en quantité, et depuis longtemps, dans les oubliettes de l’Histoire. 

Donc, fainéanter : ne rien faire. Pendant plus d’une décennie, j’ai  publié des articles pour un magazine destiné aux parents de jeunes enfants; parallèlement, j’enseignais en classes spéciales et régulières et j’étais également assistante de recherche en psychoéducation, pour un centre de recherche de réputation internationale.  Mes conclusions vont vous paraître étonnantes ; par exemple, les renvois aux japonais et à la vision de l’éducation nippone ; pour eux, «  ne rien faire «,  cela n’est pas de la paresse; lorsqu’on ne fait rien, il se passe en réalité «  quelque chose « de très important : nous touchons précisément, par cet état d’esprit, à la source vitale de notre pouvoir créateur et ainsi, un nouveau paradigme se met en place, pour l’avènement d’un regard neuf, prédisposant à une capacité de concentration accrue. De cette expérience, «  élever l’élève «  prend ainsi tout son sens.
Cherchez l’erreur : c’est peut-être pour cela que certains hommes politiques ont jugés devoir préconiser des programmes du ministère remplis de tartufferie, des réformes et évaluations inutilement compliquées, pour une justice sociale discutable. Pourtant, l’éducation se fonde sur des principes simples, surtout pour un enfant, lequel aime apprendre dans la joie et la liberté, afin d’être heureux de se découvrir,  à chaque jour de sa vie. Mais, tous ces politiciens sont allés à la mauvaise école, puisque chaque dimanche, ils se retrouvent trop souvent à la télévision pour la messe de fin de soirée. À force d’en parler, tout le monde finira peut-être par se convaincre de penser tous de la même manière, à défaut d’être souverain dans sa façon d’être. Nous oublions, trop souvent, l’importance de cultiver la fainéantise comme rempart contre la bêtise, par exemple la nécessité de cultiver la préséance de l’humain sur le capitalisme sauvage. Peut-être faudra t’il, pour y arriver, une réorganisation sociale complète, ce qui amènerait, peut-être, à un genre de conversion chez nos dirigeants ?  Pour ce faire, il faudrait pouvoir jouir collectivement du luxe de la fainéantise, avec une action portée vers un idéal social et politique réaliste, mais encore faudrait-il que nos dirigeants cessent de donner leurs âmes aux dieux capitalistes, pour aller également à la bonne école de la vie, afin de rencontrer l’esprit humain, celui qui fait de nous, justement, des êtres humains digne de ce nom. Pour ce faire, je vous propose ce projet : (ré)enchanter le monde !

Personnellement, pour comprendre tout cela, il a fallu m’exiler de ma ville natale; j’y suis revenue des années plus tard, avant de repartir sans doute bientôt, ailleurs, afin de comprendre encore, comprendre autre chose qui manque; il manque toujours quelque chose. Ainsi, nous devons toujours tendre vers le meilleur de ce que nous portons en nous-mêmes, individuellement et collectivement. Cet exil intérieur, je ne m’en suis pas plainte outre mesure car chaque fois qu’on a voulu opprimer la vérité, tuer la beauté et chasser la liberté; elle a rejaillit plus forte.

«  Je suis une bête de la Nature
De corps et d’esprit sans chaîne
Le nez au flair de l’aventure
Le cœur léger sans nulle haine

Sur mon séant je néantise
Absent comme un loup solitaire
Parfois je hurle et poétise
J’exprime ma beauté héréditaire « [i]



[i] GERARDIN, Henri : Éloge de la Fainéantise, Québec, 2017

La réflexion du jour

À peine cinq jours d’écoulés en 2018, et le gouvernement à Québec a déjà dépensé plus de deux milliards $ de vos taxes et impôts ! Une grande partie de ceux-ci sera dépensée sans plan efficace, sans se demander s’il s’agit de dépenses justifiées, ou finira carrément en gaspillage.--- David Descôteaux

05 janvier, 2018

La réflexion du jour

Des scientifiques ont prouvé que d’attendre peu d’un individu le conduit à sous-performer, tandis que d’avoir des attentes élevées l’amène à se dépasser. Il s’agit des effets Golem et Pygmalion, deux formes de prophéties autoréalisatrices.--- Nathalie Elgrably-Lévy

04 janvier, 2018

La réflexion du jour

Plus que jamais, le contribuable a l'impression d'être le seul à faire des sacrifices. Le gouvernement ne réussit pas à prouver qu'il fait le ménage pour vrai dans sa propre soue à cochons.--- Jérôme Landry

03 janvier, 2018

Lénine, le petit père du totalitarisme du XXe siècle

La rupture, très tardive, entre Lénine et Staline ne doit pas abuser. En évoquant la grossièreté et la brutalité de Staline, le créateur de la Tchéka parlait en connaisseur.
Pour Lénine, fidèle marxiste, l’ordre nouveau exigeait la terreur révolutionnaire. Dès le 7 décembre 1917, il met en place une « commission extraordinaire panrusse pour lutter contre la contre-révolution, le sabotage et la spéculation ». Tout un programme. Son acronyme ? Tchéka. Derrière cette sinistre commission, un pur révolutionnaire, un fanatique cruel et manipulateur nommé Félix Dzerjinski. Le voilà l’homme nouveau impitoyable, le Fouquier-Tinville dont rêve depuis longtemps Lénine.
La peine de mort avait été abolie le 27 octobre 1917 ? La belle affaire. Comme si les chiffons de papier préoccupaient Lénine. « Comment faire une révolution sans fusiller ? » avait-il remarqué. Aucun texte ne régissait vraiment l’activité de Tchéka. Si le gouvernement est quasiment inexistant, la police politique va très vite pouvoir compter sur des dizaines de milliers de collaborateurs.

NON LE PAIN ET LA PAIX MAIS LA FAMINE ET LA GUERRE CIVILE

Les chiffons de papier, Lénine leur donne leur juste valeur : des concessions provisoires en position de faiblesse qui permettent de gagner du temps et de conserver le pouvoir. Va pour un décret sur la terre qui consacre la propriété paysanne et une situation de fait, les paysans se sont emparés des grandes propriétés. Ils ne perdent rien pour attendre mais en attendant Lénine fait mine de légaliser la situation.
Il en va de même du décret sur la paix qui prétend respecter le droit à l’autodétermination des nationalités de l’empire russe qui proclament leur indépendance. Seuls comptent les rapports de force pour Lénine.
Il avait promis la terre, le pain et la paix ? Les Russes auront en échange la famine et la guerre civile en attendant de perdre la terre.
En janvier 1918, Lénine avait fait comprendre clairement et publiquement sa volonté. Il s’agissait d’envoyer des commandos d’ouvriers et de soldats dans les campagnes et d’exécuter impitoyablement tous ceux qui résisteraient. Le leader Bolchevik sera toujours partisan de réquisitions brutales pour résoudre les problèmes d’approvisionnements. À ses yeux, les paysans sont soit des « spéculateurs » soit des « saboteurs ». De toute façon, pour Lénine, les paysans ne sont pas fiables, trop marqués par « l’esprit bourgeois ».

« PENDEZ ! FUSILLEZ ! »

Lénine savait même tirer profit  des attentats contre sa personne. En août 1918, il fut blessé, selon la version officielle, par Dora Kaplan, une ancienne anarchiste passée dans les rangs des socialistes-révolutionnaires. Quelques jours plus tard, dans un garage où un moteur de voiture tournait pour masquer le bruit des détonations, elle fut sommairement abattue par le commandant du Kremlin. L’occasion était trop belle, quel que soit l’auteur réel de l’attentat, pour se débarrasser des socialistes révolutionnaires.
Les campagnes résistent pourtant. Qu’a cela ne tienne. Le 11 août 1918, Lénine s’était montré très clair : pendre publiquement au moins une centaine de « koulaks », ces mythiques « paysans riches » du discours bolchevik ; enlever tout le blé qu’ils possèdent pour que leur famille crèvent de faim ; désigner des otages. La Terreur d’État peut se déchaîner sans frein.
Les terres deviennent propriétés d’État partagées entre kolkhozes et sovkhozes. Lénine n’a plus que deux mots à la bouche : pendez ! fusillez !
Entretemps, victimes du chômage, des épidémies, et de la famine, les prolétaires disparaissent. La dictature du prolétariat se fait sans prolétaires. Des cheminots et des ouvriers font grève : Lénine s’indigne qu’on s’en accommode et qu’on ne fasse pas d’exécutions massives pour sabotage.

UNE POLITIQUE CRIMINELLE SANS ÉTAT D’ÂME

Les ennemis du peuple remplissent eux les camps de concentration qui se sont multipliés depuis les îles Solovki. La Terreur rouge ne connaît plus de limite. La famille impériale est brutalement massacrée. Lénine y songeait depuis longtemps : il faut exterminer tous les Romanov. Tous ceux qui étaient à portée de main le furent, en effet. Mais Lénine masqua le massacre, tout comme il donnait les consignes les plus brutales dans le plus grand secret. Il importait d’entretenir l’image publique du bon Lénine. Les Romanov ne furent que les victimes les plus célèbres d’une politique criminelle sans état d’âme : paysans comme cosaques furent exterminés impitoyablement.
Il en fut de même de l’autodétermination des peuples. Polonais, Finlandais et Baltes purent par la force maintenir leur indépendance. En revanche, le reste de l’ancien empire fut méthodiquement reconquis au nom hypocrite de « l’autodétermination des travailleurs ».
L’hiver 1920-1921 vit croître l’agitation ouvrière contre les « nouveaux maitres ». À Cronstadt, les marins révoltés instaurèrent une Commune révolutionnaire résolument anticommuniste. Les anciens soutiens des bolcheviks rejetaient le pouvoir communiste. De vieux réflexes antisémites refirent surface avec le retour des pogroms.
Mais Lénine resta étrangement inactif face à l’émotion des juifs du Parti. N’avait-il pas écrit pour dicter la ligne de conduite en Ukraine reconquise : « Traiter les juifs et les citadins en Ukraine avec une baguette de fer » ? Mais qu’attendre d’un Lénine qui avait traité en 1911 Trotski de « petit Judas » ?

LES LIMITES DE LA NEP

Après avoir impitoyablement écrasé la révolte ouvrière, qualifiée de « mouvement petit-bourgeois, anarchiste et paysan » et expédié les survivants dans les camps, Lénine peut accorder  la NEP à un pays exsangue. Cette pause est toute relative. Au même moment, il fait gazer les paysans révoltés de Tambov.
Comme pour ses concessions précédentes, la NEP n’a jamais été autre chose dans l’esprit de Lénine qu’un répit provisoire, un repli tactique.
Aussi met-il en place dans le même temps le pouvoir absolu du Parti. Les syndicats sont placés sous le contrôle du Parti dont l’unité était assurée par l’interdiction des « fractions ». Lénine désignera lui-même, officieusement, le titulaire de la nouvelle fonction de secrétaire général : Staline. Enfin le parti fut soigneusement épuré : plus de 20 % des membres exclus.
Le sentiment réel de Lénine à l’égard de la NEP fut clairement démontré au moment de la plus grande famine ayant jusqu’alors touché le pays à l’été 1921. À ses yeux, la seule solution consistait à réquisitionner par la force la nourriture. Il n’éprouvera que méfiance et animosité à l’égard des Américains qui vont pourtant contribuer à sauver le pays de la faim.

« PLUS GRAND SERA LE NOMBRE DES EXÉCUTIONS, MIEUX CE SERA »

Il profite même de la mort en masse des Russes pour s’attaquer avec violence à l’église orthodoxe avec le cynisme qui l’a toujours caractérisé :
C’est précisément maintenant que, dans des régions affamées, les gens se nourrissent de chair humaine et [que] des centaines sinon des milliers de cadavres pourrissent sur les routes, que nous pouvons (et devons) réaliser la confiscation des trésors de l’Église avec l’énergie la plus sauvage et la plus impitoyable.
Il ordonne clairement par la même occasion « l’exécution du plus grand nombre possible de représentants du clergé réactionnaire et de la bourgeoisie réactionnaire. Plus grand sera le nombre des exécutions, mieux ce sera. »
Cette lettre accablante resta secrète pendant plusieurs décennies. Son authenticité fut même mise en doute. Non, pas le gentil Lénine tout de même…

LA MOMIFICATION FINALE DE LÉNINE

Cet homme de fer avait cependant les nerfs fragiles. De plus en plus irritable et fatigué, il est terrassé par une affection cérébrale dès mai 1922. À la fin de l’année, la diminution physique du grand homme paraît évidente. En mars 1923, il perd l’usage de la parole et retombe en enfance. Une de ses dernières préoccupations sera l’expulsion du pays d’intellectuels « contre-révolutionnaires ». Pour lui les intellectuels ne sont pas le « cerveau » mais la « merde » de la nation. Amer, il médite sur les échecs de la révolution.
Mais le pouvoir communiste était néanmoins sauvé. Et Lénine put léguer au monde ses trois merveilleux instruments : l’association étroite entre un parti unique et monolithique, une police politique toute puissante et un réseau de camps de concentration.
Comment ne pas comprendre l’admiration des nazis pour Lénine ?
Comment ne pas voir en Staline, l’héritier le plus fidèle de Lénine : aussi cynique, pragmatique et impitoyable que son mentor ? Staline sut donner toute leur mesure aux merveilleux instruments façonnés par le fondateur de l’URSS.
La rupture, très tardive, entre Lénine et Staline ne doit pas abuser. En évoquant la grossièreté et la brutalité de Staline, le créateur de la Tchéka parlait en connaisseur. On comprend que Staline ait fait embaumer le corps de celui qui fut l’inspirateur de de tous les régimes totalitaires du XXe siècle.

La réflexion du jour

Montréal est une ville superbe, où il fait bon vivre, jouissant de nombreux atouts pour attirer les investisseurs. Mais l'administration municipale plombe ces avantages par des taxes et des impôts parmi les plus élevés au Canada.--- Mathieu Bédard

02 janvier, 2018

Nos églises, notre histoire (3)



Église Saint-Léon-le-Grand, à Maskinongé



POUR DES SIÈCLES ET DES SIÈCLES
Nos Églises * Notre Histoire
Par Louise V. Labrecque

     Un retable en forme de baldaquin, un authentique chemin de croix en plâtre (Carli), des œuvres d’art partout ; des vitraux,  des tableaux, des chandeliers, dont celui de Pâques, sculpté en 1833 ; un centre d’interprétation (véritable petit musée, situé dans la sacristie de la chapelle) et la Chaire, l’ange aux trompettes, les bancs de bois, les corniches et balustrades,  avec mille et un détails architecturaux d’une grande beauté; nous voilà au cœur de la plus ancienne église du diocèse trifluvien, à Saint-Léon-le-Grand, municipalité régionale du comté de Maskinongé, située à vingt minutes  en voiture de Trois-Rivières.
Une Splendeur !

Pourrions-nous imaginer le Québec sans toutes ces constellations d’églises ? Parmi celles-ci, plusieurs sont emblématiques, certaines sont protégées et rénovées, mais tant d’autres tombées dans l’oubli, destinées à disparaître.  Que faire pour les sauver ? Telles les fleurs vivant de leurs racines, nous devons les nourrir, les protéger ; nous devons devenir toutes et tous des actrices et des acteurs pour la sauvegarde de notre patrimoine. Inspirons-nous des plus belles d’entre elles, comme celle de Saint-Léon-le-Grand, dont je vous livre aujourd’hui un aperçu, dans le cadre de cet article, et gardons à l’esprit la notion de restauration, d’étude, de révision des erreurs passées…  Sinon, il y aura une rupture désolante dans notre évolution historique. Notre patrimoine, c’est le témoin du temps passé, et bien que la ferveur religieuse ne soit plus aussi ardente (et c’est peu dire, quoi qu’on en dise), nous devons demeurer dans la grandeur, dans la noblesse de l’esprit, afin de nous consacrer à la gratification de ces lieux historiques et artistiques.  L’art sacré, en effet, est rempli de temps forts, et nous ne serons pas les derniers à refermer la porte, non, car tel un nouveau pèlerinage s’achemine déjà, une lumière nouvelle et nous continuerons cette belle aventure.
Notre patrimoine religieux n’est pas seulement dans un état lamentable, donc, mais globalement la situation est rendue à ce point problématique car nous n’avons pas acquis cette culture de la préservation. Avant d’arriver au constat de la catastrophe,  faute de moyens financiers, nous devrions être capables, individuellement et collectivement,  de savoir gérer efficacement les priorités : le temps faisant son travail, immense, il use lentement mais sûrement nos plus beaux châteaux. Or, comment pouvons-nous laisser faire cela ? Quoi faire et comment faire, sans tout détruire ? Où pouvons-nous puiser des idées originales, novatrices, intelligentes, sans dénaturer complètement les lieux ? L’art et la Pensée de l’art invitent plus que jamais à reconnaître les marques d’identité de notre culture, sans vente ou modifications destructrices. Regardez ce qui se passe autour de vous… ! Voyez les arts, le tourisme, certes, mais regardons aussi un peu plus loin. Nous voulons conserver ces havres de paix et les restaurer grâce à des mécènes. Si tant de sociétés philanthropiques existent, elles pourraient capter les lumières de toutes nos belles églises pour les faire renaître, et avoir l’exquise délicatesse de nous soutenir. Comment exprimer alors l’émerveillement, cette réappropriation  dans la population actuelle et, surtout, pour les générations futures, lesquelles pourront mesurer incontestablement l’ampleur de ses véritables musées d’art sacré. Vive nos églises se tenant debout !  Vive nos églises ouvertes, comme avant ! En effet, la pratique religieuse ayant changé, nous nous retrouvons plus souvent qu’autrement désolés devant des portes d’églises fermées à double tour. Or, nous souhaitons retrouver un lieu de réflexion, comme avant, un refuge urbain,  un lieu de visite, cela n’existe plus de nos jours, au Québec ; et pourquoi cela ? Il y va de la responsabilité de chacune et de chacun, sans nécessairement venir pour y prier, il n’en demeure pas moins que ces lieux invitent à retrouver la source en soi, à méditer, réfléchir.

L’Histoire, l’architecture, la peinture, la poterie, la céramique, le vitrail : tout cela dépasse les questions commerciales et invite à un véritable éveil ; véritable joyau.  Aussi, la ruralité, qui parfois agonise, appelle peu de visiteurs et/ou de touristes. Donc, organiser des concerts ou expositions ne suffira pas. Dans les grandes villes, c’est aussi triste et symptomatique d’un désenchantement du monde, d’une sorte de résignation. Pour devenir des espaces culturels, il faut sortir de notre bien-pensance et retrouver un lien qui fait du sens, pour retisser la frange d’un tissu résistant. En effet, notre identité culturelle est profonde et c’est ce que nous portons de plus beau. L’espoir, ici, doit renverser la tristesse, infusé par le religieux, certes, mais en rapport également avec la petite musique de nuit qui joue en chaque cœur ; voyez l’église Saint-Léon-le-Grand, à Maskinongé, et voyez comme elle est belle et vivante ! La richesse de son acoustique, avec son orgue magnifique, un Casavant  opus 72 datant de 1896. Comme une fleur immense sortie de terre, la splendeur de cette église inspire les plus grands élans ; l’on se sent en famille avec elle. Elle s’ancre donc ainsi dans le nouveau Québec, le Québec que j’aime, tel un symbole de notre pérennité, pour un voyage au long cours.  Quel grand maître également  le visage de cette nouvelle fraternité, expression multiforme de tous les artistes en communion qui y trouvent une réponse pour l’avenir, le bel avenir, telle une dédicace de toutes nos églises ; ainsi, cessons donc de nous relancer la balle et tous les jours, ici, maintenant, vivons-le ce grand enjeux, très concrètement, pour nous retrouver dans ces lieux ; tant d’entre eux ne sont pas utilisés actuellement ; c’est une chance, un levier, pour, qui sait, une nouvelle mission, un nouveau dialogue ? L’immobilisme en ce moment est la pire option ; nous devons avancer, reprendre position ; il s’agit de notre Histoire, de notre identité, de nos pères, de nos mères, et des pères de nos pères, des mères de nos mères. Notre force, elle est là ; nos fragilités aussi, mais nous devons faire avec ! La solution est d’évoluer, changer notre regard. Voilà, et c’est notre chance millénaire. Merci d’essayer vous aussi, bien humblement, d’ajouter votre pierre à l’édifice, d’essayer de porter secours, aussi peu que cela puisse être, à la sauvegarde de notre patrimoine et de nos racines communes.  

Mon âme a la candeur d'une chose étiolée, 
D'une neige de février 
Ah ! retournons au seuil de l'Enfance en allée, 
Viens-t-en prier 

Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie, 
Comme tu faisais autrefois 
Lorsqu'en ma chambre, aux soirs, vers la Vierge fleurie 
Montait ta voix. 

Ah ! la fatalité d'être une âme candide 
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers, 

D'avoir une âme ainsi qu'une neige aux hivers 
Que jamais ne souilla la volupté sordide ! 

D'avoir l'âme pareille à de la mousseline 
Que manie une soeur novice de couvent, 
Ou comme un luth empli des musiques du vent 
Qui chante et qui frémit le soir sur la colline ! 

D'avoir une âme douce et mystiquement tendre, 
Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir, 
Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir, 
Et d'espérer, de croire et de toujours attendre !


* NELLIGAN, Emile, Mon Âme (ou l’Âme du poète), 1903.

La réflexion du jour

Je récapitule. Une « méchante » compagnie pharmaceutique s’est entendue avec des « méchants » assureurs, tous des « méchants » capitalistes, pour que des malades soient soignés avec un médicament très coûteux, d’abord aux États-Unis, et maintenant au Canada. Mais notre « bon » gouvernement a dit non.--- Patrick Déry