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29 décembre, 2022

La liberté est-elle un projet libéral ?

Par Christophe Didier.

Un des principes fondamentaux autour duquel se regroupent les libéraux est celui de la liberté individuelle.

Il serait donc logiquement en tête des arguments que porterait un candidat libéral à une élection. Ce serait pourtant une assez mauvaise idée.

 

Un principe assez difficile à expliquer et à défendre

On vous renverra souvent les objections suivantes.

Objection 1 : nous avons déjà la liberté individuelle. C’est vrai, si nous mettons de côté les confinements, contraintes administratives, codes et autres lois qui finalement ne donnent pas l’impression de briser cette liberté. Il suffit d’en parler autour de soi pour constater que la plupart de vos interlocuteurs n’y verront pas beaucoup d’inconvénients. Pas plus tard que ce midi, sur une chaîne de grande écoute (malheureusement), l’idée de couper l’électricité pendant deux heures était présentée comme « pas si grave ». Ce n’est d’ailleurs effectivement pas si grave.

Objection 2 : si on laisse un totale liberté individuelle, les gens feront n’importe quoi. Cet argument est appuyé par la désormais incontournable preuve par l’exemple devenue tellement utilisée qu’elle a remplacé l’enquête journalistique. Nous avons tous en mémoire des personnes faisant n’importe quoi malgré un cadre que l’on peut qualifier de « très présent », à tout le moins. Ces exemples n’ont pas d’autre objectif que de laisser penser : imaginez ce qui se passerait si nous réduisions les règles ?

Objection 3 : moi ça va, mais les autres… ce qui sous-entend que le Français moyen n’est pas très malin, il a besoin d’un cadre strict pour vivre, comme un enfant.

Ces objections sont difficiles à contrer mais il existe un concept plus simple à expliquer et plus intéressant d’un point de vue politique car beaucoup moins flou que celui de la liberté.

 

La liberté de choix

Ce concept est bien plus important qu’il n’y paraît.

La liberté n’est pas ce que je peux faire ou ne pas faire mais le choix qui s’offre à moi quand je dois prendre une décision.

Par exemple, vous préférez avoir le choix entre plusieurs médecins ou toujours le même qui vous est imposé, même s’il est mauvais ? Vous préférez choisir un établissement scolaire qui correspond aux attentes de votre enfant ou suivre la carte scolaire décidée… Par qui d’ailleurs ?

Restons d’abord au niveau du quotidien du citoyen lambda. Ma dernière conversation avec mes amis de gauche portait sur le libéralisme et sa promesse de liberté. Nous sommes en pleine crise énergétique et arrive sur la table le sujet du moment.

Je cite :

« Donc, d’après toi, les gens devraient avoir le choix de leur fournisseur d’énergie, d’eau, faire jouer la concurrence ? Pourtant l’eau est absolument indispensable, vitale et de très haute valeur sociétale. Moi je pense, dit mon ami de gauche, que l’eau et l’électricité devraient être un bien public, national, pour lequel tout le monde en France devrait payer le même prix. D’ailleurs, ajoute-t-il, il n’y a aucune raison objective à ce que le prix de l’eau ou de l’électricité soit différent d’une ville à l’autre. »

Je ne suis pas spécialiste mais il a sûrement raison. Globalement l’adduction et le traitement de l’eau, sauf cas particulier, me paraît être un processus technique reproductible à l’identique à peu près partout et donc facturable au même prix. Mais je laisserai les spécialistes venir éclairer notre lanterne.

L’intéressant de cette conversation c’est la position libérale face à cette situation. Doit-on laisser l’eau et l’énergie au marché ou les réguler nationalement pour que chacun en profite avec équité et égalité ?

La liberté de choix permet de répondre à cette question.

Avons-nous le choix de notre fournisseur d’eau ? Non. Il est impossible de brancher trois fournisseurs d’eau par maison et donc de laisser le choix au consommateur.

Même pour l’énergie, je ne crois pas que l’on soit un traître à la cause libérale si on décide que le marché de l’électricité n’est pas un marché libre. Les investissements à venir sont gigantesques, complexes à rentabiliser à des tarifs acceptables par tous. Et de toute manière nous obtiendrons un marché qui n’en sera pas vraiment un mais plutôt un partage des capacités de production. Partant du principe que l’électricité ne se stocke pas, difficile d’en faire un marché libre et non contraint.

Là encore, il n’y aura pas trois boutons à la maison pour chacun des fournisseurs. On se retrouve un peu dans la situation des transports publics théoriquement mis en concurrence mais qui ne sont en fait que délégués pour un temps donné. C’est assez logique d’ailleurs pour les lignes de TER ou les bus, je ne vais pas choisir mon TER entre trois fournisseurs, je prends celui en fonction de mon heure d’arrivée à destination, quel que soit le transporteur. A contrario, si je pars en vacances ou pour un voyage d’affaires aux USA, je peux modifier mes horaires de voyage pour profiter des services d’une compagnie aérienne plutôt qu’une autre. D’ailleurs ce système fonctionne très bien sur la ligne TGV Paris-Lyon. Dans ce cas, l’offre est effectivement équitable et un choix s’offre au client.
Pour rester sur le dossier énergie, on a laissé le sujet des éoliennes au secteur privé subventionné ce qui est un non-sens industriel. La localisation des éoliennes n’est pas liée à l’offre et la demande mais à la quantité de vent, ce qui en fait une utilité qui doit être implantée là où le vent souffle le plus.

La liberté de choix offre la liberté au client et au citoyen. Avoir le choix est un des éléments clés de la liberté individuelle. La vocation d’un gouvernement libéral sera de multiplier ces possibilités de choix et de les créer là où objectivement elles apporteront un confort nécessaire ; en redonnant le choix d’accès aux services publics par exemple. Arrêter la marche forcée vers les applications et offrir le choix du présentiel ou du distanciel.

 

Trop de choix peut réduire la liberté

Choisir, c’est faire le choix de la frustration, décider une direction plutôt qu’une autre et donc se priver de certaines possibilités offertes par l’autre solution. Apprendre à gérer ces frustrations, c’est grandir, devenir adulte et devenir libre. Sans ce processus, on reste éternellement insatisfait à moins d’imaginer un monde entièrement débarrassé de toute contrainte.

Alors un gouvernement libéral devra aussi limiter certains choix.

Par exemple, la double nationalité : on a une nationalité et pas deux. C’est trop facile de jouer sur les deux tableaux.

Le pantouflage : un fonctionnaire qui part pour le privé ne redevient pas fonctionnaire et inversement. Un conseiller politique du ministre part définitivement dans le privé. Sans billet retour. Au passage, un gouvernement libéral devra très sérieusement réduire le nombre de ces conseillers, très sérieusement étant un très sérieux euphémisme. Ça règlera le problème du pantouflage, il y aura beaucoup de pantoufles et peu de pieds.

Autre situation : un entrepreneur qui fait des choix ne peut pas venir réclamer de l’argent à l’État en cas d’erreur. Dans un monde libéral les décisions sont le seul fait des individus qui doivent donc en supporter les conséquences. Le seul moyen de compenser peut être l’assurance privée, pas l’argent du contribuable.

Pour parvenir à cette possibilité de choix l’éducation doit redevenir une priorité : pas en termes de moyens, car elle est déjà le plus gros budget de la nation mais en termes d’investissement du personnel, d’implication des établissements et de projets innovants. La liberté de décision doit être redonnée aux établissements. Même les classements aux résultats doivent être supprimés car ils conditionnent le comportement. Si l’État fait confiance à ses fonctionnaires pour assurer leur mission, le contrôle peut être réduit très fortement.

Pour choisir il faut être informé. Le rôle d’un gouvernement libéral n’est pas d’informer ses citoyens mais de garantir que cette information est équitable et disponible.

Sans le soutien permanent de l’État à « l’information », la recherche d’informations individuelle devient capitale. L’information du citoyen relève de sa propre responsabilité et l’autonomie de décision qu’entraîne l’autonomie de l’information lui redonne cette liberté. Avec les risques que cela comporte mais vivre libre c’est aussi vivre avec le risque de se tromper.

Cette manière de voir va à l’encontre des deux principaux systèmes actuellement proposés aux Français lors des élections : la social-démocratie macronienne qui propose de protéger les Français et le néocommunisme basé sur la planification d’État.

D’un côté un État nounou qui occupe le rôle d’adulte que la population souhaite lui déléguer.

De l’autre un État organisateur qui prend la place des citoyens et les relègue au rang d’exécutant.

Un État libéral devra redonner le pouvoir de décision au peuple. La période de transition sera longue tant l’opération d’infantilisation a été efficace mais elle est nécessaire. La croyance fondamentalement fausse des régimes dirigistes est de croire et faire croire que la centralisation fonctionne.

C’est faux. La centralisation fonctionne quand l’objectif et les solutions sont connus, éprouvés et simples. Pour tout le reste, le plus efficace est le bouillonnement créatif de la liberté, l’essai-erreur qui conduit à trouver une solution innovante.

On parle beaucoup en ce moment de quiet quitting, de démobilisation et de démotivation des Français. Ils seraient les effets des confinements et l’angoisse de la guerre en Ukraine. C’est faux. La démotivation française est l’effet collatéral de l’infantilisation et de la déresponsabilisation. Le retour de la décision individuelle permettra aussi le retour de la motivation.

Dans tous les cas, laisser la décision à l’individu réduira drastiquement la quantité de lois votées chaque année en réservant le travail législatif aux lois sociétales et en arrêtant d’utiliser le temps de débat pour des questions que chacun pourra prendre en charge. 

12 décembre, 2021

Comment faire un programme libéral

 OPINION : comment faire un programme libéral capable de se démarquer des programmes des politiciens actuels ? Voici quelques pistes.

Les enfants ont leur liste pour le père Noël, les grands ont leur programme politique. Un enfant ne cherche pas à construire son futur avec sa liste, il veut juste satisfaire ses envies du moment, poussé par la publicité omniprésente dans son environnement et sa difficulté à gérer la frustration de ne pas avoir la même chose que son camarade.

Un adulte raisonnable et responsable devrait s’être affranchi depuis longtemps de cet état puéril. Un adulte est capable de planifier un projet à long terme puis d’adapter son existence pour atteindre cet objectif.

LA DÉMAGOGIE DES POLITICIENS

Mais non, tous les 5 ans pourtant on nous sort le catalogue programme de l’un ou l’autre des responsables politiques visant la plus haute fonction, répondant à l’appel pressant de la France de venir à son secours. Ils doivent être doués d’un sixième sens car je n’ai pas entendu cet appel. Pourtant la France qui hurle, ça doit faire du bruit…

Et comme à chaque fois nous avons droit à une longue liste de probables, possibles, éventuelles, « on verra une fois sur place », futures décisions touchant à la liberté vie des uns et des autres, sans aucune vision d’ensemble, projet d’avenir ou stratégie de développement à 30 ans. Ce qui donne un fatras de propositions sans queue ni tête, parfois contradictoires et toujours déprimantes.

La question est donc de savoir à quoi devrait ressembler un programme libéral.

Hé bien certainement pas à ce qui existe actuellement. Le libéralisme n’est pas un catalogue, c’est une stratégie. D’ailleurs toute politique devrait être une stratégie. En aucune manière la politique n’est une liste de mesures en vrac destinée à régir chaque pan de la société et à satisfaire tel ou tel groupe.

Puisque le libéralisme doit redonner le pouvoir au peuple, il doit donc avoir pour mission principale de lui permettre de comprendre le monde dans lequel il évolue. Sinon, impossible de prendre des décisions éclairées.

Le libéralisme doit donc se donner pour mission principale la diffusion à grande échelle d’informations permettant de comprendre et développer une conviction personnelle sur les différents domaines qui constituent notre envrionnement.

Si tout le budget communication des ministères passait dans la production et la diffusion d’informations à destination du grand public, nous aurions la possibilité de transmettre des connaissances utiles à la population. Au moins aussi utiles que les informations transmises par une conférence de presse. Attention euphémisme.

QUEL PROGRAMME LIBÉRAL ?

Un programme de politique libérale devra respecter trois règles.

En réduisant le nombre de ministères à dix, nous aurions la possibilité de financer une magnifique grille des programmes de France 2, intéressante, informative et contradictoire et lancer de grandes campagnes de culture générale à destination de la population pour lui offrir la possibilité de choisir en toute connaissance de cause.

Avec une population informée, la plupart des propositions visant à protéger les citoyens seront inutiles puisqu’ils ne se mettront plus en danger. Le rôle d’un État libéral n’est pas de couver sa population mais de lui donner tous les moyens de vivre de manière autonome.

Pour poursuivre sa cure d’amaigrissement, un programme libéral ne devra comporter aucun des mots suivants :

Destin. Élargir. Permettre. Véritable. Revaloriser. Garantir. Défendre. Faire reculer. Assurer. Rétablir. Recentrer. Mettre en place. Appliquer. Lutter. Instaurer. Augmenter. Réduire. Abaisser. Interdire. Renforcer. Soutenir. Favoriser. Rehausser. Mettre en œuvre. Maintenir. Élargir. Promouvoir. Développer. Lancer. Reconstituer. Appliquer. Transformer. Accompagner…

Tous ces mots qui sonnent bien aux oreilles du peuple, déclenchent le biais cognitif adéquat et autorisent l’absence de chiffrage et de projet précis. Surtout, l’absence de chiffrage et de projet précis.

Les discours construits autour de ces mots ne veulent en fait pas dire grand-chose de concret et permettent à celui qui les reçoit de les interpréter dans le sens suivant : quelqu’un va s’occuper du problème et le régler. De quelle façon ? Personne ne le sait, et pour une bonne raison : le problème ne sera pas réglé.

Cette deuxième action va nous permettre d’éliminer au moins 50 % des propositions contenues dans les programmes habituels.

Enfin, toutes les propositions comportant une nouvelle agence, établissement, groupement, structure, conseil local, départemental, régional, national avec lesquels seront signés des conventions, chartes, partenariats, contrats multimachin ou accords intertruc seront elles aussi supprimées.

Si un programme libéral devait être créé en suivant ces trois règles, nous gagnerions un paquet de pages. La forêt nous dira merci.

Puisque nous en sommes à gagner du temps, éliminons la période de construction du gouvernement en présentant l’équipe gouvernementale dès le début de la campagne. Comme aurait pu le faire LR, par exemple.

On aurait gagné quatre fois trois heures de débat télé. Facile : Barnier président, Pécresse Premier ministre, Ciotti à l’Intérieur, Bertrand à l’Éducation, Juvin à la Santé et on peut même récupérer Le Maire à l’économie, c’est un ancien de la maison et son bilan parle pour lui (non, je déconne…).

Avec une telle équipe de personnalités politiques de premier plan, pas besoin de perdre du temps à organiser une primaire. Tout est clair pour les électeurs dès le début, pas de mauvaise surprise post élection. Par exemple la nomination de Manuel Valls à la jeunesse et aux sports. Et surtout l’électeur fait son choix en faveur d’une équipe et de ses compétences, pas d’une homme seul présenté comme le sauveur.

À supprimer également des programmes habituels : les incantations magiques ou religieuses.

Responsabiliser chacun dans le pacte républicain.
Assurer le respect du cadre républicain.
Relier tous les citoyens à la république.
Revivifier le droit de pétition.
Partage rapide et clair des informations entre scientifiques.
En finir avec les passoires thermiques.
Créer un million d’emplois verts.
Faire évoluer la politique de l’union européenne.
Décider d’une Grande Cause.
Développer une politique de pleine santé au travail.

Tous ces exemples sont évidemment un résumé de la situation et pas une liste exhaustive. En appliquant ces quelques règles le catalogue se transforme en projet résumé en quelques pages faciles à lire, à comprendre et à accepter (ou refuser).

Il fait aussi gagner du temps d’antenne, car il sera désormais inutile de passer des heures à comprendre, interpréter, expliquer la parole du candidat par des interviews, des analyses d’experts et des éditoriaux.

Je m’aperçois que nous allons créer un paquet de chômeurs dans l’audiovisuel et les intervenants médiatiques. Tant pis, ils iront participer au million d’emplois verts prévus.

Vous imaginez toutes ces connaissances que nous pourrions diffuser à la place de ces débats stériles et inutiles.

Tout ce temps de cerveau disponible gagné à ne plus écouter les questions des journalistes posées aux éventuels candidats.

Tout ce temps passé à apprendre, comprendre et contester en cas de désaccord.

Ce serait ça la France ! Lancez La Marseillaise sur Youtube juste à la fin de cette phrase et levez-vous.

23 octobre, 2021

Nutriscore : la logique étatiste en roue libre

 Le nutriscore est révélateur d’une délégation de responsabilité qui entraine nécessairement une perte de liberté. Ce n’est plus vous qui décidez, mais quelqu’un d’autre qui fixe les règles de la décision.

Dans notre magnifique pays, enfin débarrassé de tous ses problèmes structurels par l’action macronesque et purificatrice, « magique », dirait Mme Pannier-Runacher, nous cherchons désormais le moindre détail afin de rendre notre vie encore plus merveilleuse. Le dernier en date est l’inscription du Roquefort en catégorie E sur le nutriscore. Si vous ne comprenez rien à la phrase d’avant, je ne peux rien faire pour vous, retournez dans votre campagne, Homme de l’ancien monde.

LE DANGEREUX ROQUEFORT ET LE NUTRISCORE

Hé oui, depuis cette semaine l’ennemi est à nos portes.

Quelqu’un (mais qui ?), s’attaque à notre Roquefort national. Tollé dans la ruralité, débats enflammés sur les plateaux télé et actions journalistiques courageuses, c’est-à-dire déplacements dans le centre de la France pour interviewer un producteur ad hoc. D’ailleurs, je me demande toujours ce qu’il se passe dans la tête d’un journaliste à sa sortie d’école. Il a le choix entre deux directions : informer la société et aider les citoyens à comprendre le monde ou interviewer son voisin pour lui demander son avis sur tout et n’importe quoi. Pourquoi choisit-il la seconde option ? Bref, ce matin nous essayons de comprendre pourquoi le Roquefort n’est pas bon pour la santé.

Cher lecteur, devant vos yeux ébahis, sans filet et sans aucune formation scientifique, je vous l’affirme : oui le fromage est mauvais pour la santé. Et cette affirmation péremptoire est valable pour à peu près tout ce que nous mangeons.

Pas besoin de nutriscore. Parce que le problème dans tout ça, ce n’est pas le classement du fromage en A, B et Z mais le nutriscore lui-même. Il est l’aboutissement d’une logique étatiste en roue libre. Prenant acte d’une certaine fainéantise du consommateur qui ne veut plus réfléchir et attend des solutions packagées pour tout, l’État, toujours à l’affut d’une parcelle de pouvoir supplémentaire, saute sur cette demande en déclenchant le cocktail désormais bien rôdé de la décision publique stupide :

  • la volonté de faire votre bien contre votre gré
  • une solution toute faite à un problème complexe
  • une bonne pincée de tech en folie
  • des relais médiatiques pros jusqu’au bout des ongles, si l’on admet le fait que le journaliste est désormais un moyen de promotion plus qu’un moyen de compréhension
  • des cabinets de conseil privés grassement payés pour faire le travail à la place de fonctionnaires nombreux et, pour certains, eux aussi grassement payés

Le nutriscore, c’est la même démarche que l’obligation des chaînes et des pneus hiver, le masque obligatoire et parcoursup. La démission du consommateur/client/citoyen face à trop de… Trop de quoi d’ailleurs ? Et l’envahissement de cet espace laissé vacant par l’État.

L’exemple des pneus neiges obligatoires est encore plus dingue. Essentiellement, la panique sur les routes à lieu sur UNE route, celle de la Tarentaise, pendant deux samedis dans l’année, les deux départs au ski des Parisiens. Si ce jour-là la neige tombe à basse altitude les routes sont bloquées et les vacances commencent dans un gymnase. Du coup, solution de génie : équipements obligatoires.

LE NUTRISCORE : DÉRESPONSABILISATION DE L’INDIVIDU

C’est une autre caractéristique de la politique de guignols moderne : traiter un problème spécifique aux moyens d’une loi nationale. On aurait pu, par exemple, échelonner les arrivées sur cette période spécifique (vacances d’hiver) en divisant les logements en trois groupes : un avec arrivée le vendredi, un le samedi et un le dimanche. Ce qui n’aurait dérangé personne (il suffit de voir les bouchons dès le vendredi midi) et ne me parait pas très compliqué à organiser avec un petit coup de tech en folie par exemple.

On retrouve la même problématique sur internet : pour ne pas avoir à choisir de films ou par peur de se tromper, Netflix propose une sélection correspondant aux goûts de l’utilisateur.

Les réseaux sociaux ne donnent pas la totalité du fil d’actualité, parce que le consommateur ne veut pas prendre le temps de la recherche, du choix, de l’hésitation voire de l’erreur. Alors le fournisseur choisit pour lui.

Même la météo est aujourd’hui résumée en quatre couleurs, ce qui permet à tout le monde de s’étonner qu’il fasse chaud l’été.

En soi, ça ne pose pas de problème, sauf que toute délégation de responsabilité entraine nécessairement une perte de liberté. Ce n’est plus vous qui décidez, mais quelqu’un d’autre qui fixe les règles de la décision.

Pire, le fournisseur du système détient les variables, qu’il s’agisse de l’État ou d’une entreprise privée. S’il décide de les modifier sans vous le faire savoir, vous pensez utiliser le même outil alors que ses règles de fonctionnement ont été changées. Vous ne maitrisez donc plus totalement ni l’étendue du choix ni les règles du jeu.

Et arrive le jour où un événement, un virus par exemple, débarque au milieu d’une population habituée à se laisser guider dans ses choix, et qui décide aussi de se laisser guider dans sa vie quotidienne en acceptant un pass. Les règles étaient pourtant simples : port du masque quand la distanciation sociale n’est pas possible et lavage régulier des mains. Mais même avec des règles aussi simples, nous avons pensé ou quelqu’un a pensé pour nous que nous ne pourrions pas y arriver seuls. Et après le virus viendra le temps de l’écologie qui regarde déjà avec envie et passion cet outil formidable pour obliger les gens à rester chez eux, à commencer par les jours de pic de pollution. Les paramètres sont tellement nombreux qu’il sera très facile d’avoir toujours une bonne raison de maintenir l’outil en fonctionnement.

L’IMPORTANCE DE LA LIBERTÉ DE CHOIX

Un système libéral doit obligatoirement aller contre ce principe.

En aucune manière le libéralisme ne doit avoir pour objectif de faciliter la vie des citoyens ou de profiter de cette attente. Il doit au contraire redonner la responsabilité du choix à chacun et s’interdire de donner un avis qui risque de ressembler à un conflit d’intérêt, ces outils pouvant devenir très rapidement des instruments de propagande masquée.

Le rôle d’un État libéral est d’établir la règle du jeu, les normes qui l’encadre et d’assurer le contrôle de la bonne exécution de ces règles. Dans un deuxième temps, il doit s’assurer que le citoyen est suffisamment formé pour comprendre les règles du jeu. Et s’agissant de formation, il peut être intéressant de revenir sur la Convention citoyenne dont l’État à délégué l’organisation, mais aussi le déroulé pédagogique à une association militante dans le domaine du développement durable. Qui a parlé de conflits d’intérêts ?

Les règles sont compliquées car elles sont rendues compliquées. Mettre des chaînes est simple : s’il y a plus qu’une simple pellicule de neige sur la route, si l’avancement du véhicule est altéré par la neige, alors, on met des chaines. C’est simple et compréhensible. Il suffirait de dépenser un quart de l’argent utilisé pour créer des PLV à chaque nouveau plan, voire à chaque nouvelle communication. Tout politique qui se respecte ne peut annoncer une décision sans un logo, des graphiques et des panneaux en quadrichromie spécifiques. À croire que ce qu’un ministre ou un président français a à dire est si médiocre qu’il faut en faire la promotion comme pour une boite de haricots. Avec l’argent économisé, on peut communiquer simplement et efficacement.

Ceci obligera peut-être le gouvernement à réfléchir à ses idées au lieu de choisir la couleur du fond d’écran.

28 février, 2021

Et tous seront égaux, de gré ou de force

OPINION : Et si on évitait de créer des lois dont l’efficacité ne semble pas toujours la qualité première et de laisser le citoyen moyen penser qu’il n’en a pas pour son argent ?

Dans l’éternelle guerre française opposant libéralisme et étatisme, c’est ce dernier qui semblait avoir remporté la dernière bataille. L’improbable Covid est tombé du ciel pour redonner l’avantage à la machine étatique française.

Il était en effet vital en 2020 :

  1. Que chaque Français soit traité avec équité.
  2. Que la méchante hydre ultralibéralequivousveutdumal ne s’empare pas de ces nouveaux marchés juteux pour escroquer les pauvres consommateurs et/ou malades et/ou usagers français.
  3. Que, quoi qu’il en coûte, nous laissions notre pays dans l’état dans lequel nous l’avons trouvé en arrivant.

Un an après, il semble que le libéralisme reprenne du poil de la bête au vu des multiples errements, hésitations et autres incompétences dont la machine étatique semble avoir fait preuve ces douze derniers mois. En tout cas, mais je suis peut-être influencé par mon biais de confirmation, il semble que l’on entend moins fort les voix qui chuchotent à l’oreille de l’État et hurlent leur amour du collectivisme dans les médias.

Mais finalement, tout cela est-il bien le sujet de la discussion ? Trop ou pas assez d’État, c’est un peu comme trop ou pas assez de tests, trop ou pas assez de malades, de contraventions, de dette…

Le problème que l’on pose habituellement, à savoir : un État pour tous ou un État pour s’occuper de ceux qui en ont vraiment besoin, n’est peut-être pas le bon problème. Et si le problème est mal posé, la réponse ne peut être bonne.

ANECDOTE PERSONNELLE

Pour illustrer, voici une petite aventure personnelle du quotidien, autrement baptisée anecdote.

Je suis membre d’un club de théâtre. Comme toute association, nous devons faire preuve d’une transparence complète vis-à-vis de la préfecture, notamment en déposant notre procès-verbal d’assemblée générale sur le site ad hoc. Je dépose donc le document et me dit que l’affaire est pliée… Mais non.

Je reçois quelques semaines plus tard un courrier indiquant que la demande est refusée pour cause de cases non cochées. Je retourne cocher la bonne case qui permettra à un préposé assermenté de vérifier si notre association très petite et très amateure n’est pas en train de préparer… je ne sais quoi de dangereux.

Cette aventure passionnante soulève un certain nombre de questions.

Quelqu’un est-il VRAIMENT chargé de lire tous les procès verbaux de toutes les assemblées générales de France pour traquer les déviants ? Est-ce fait ? Dans quelles conditions ? Dans quel but ?

Et puis que cherche-t-il exactement ? Quel est le risque de laisser une association comme la nôtre gérer sa vie en toute autonomie ? Que mettons-nous en péril au point d’être contrôlés ainsi ?

La seule réponse crédible est que, parmi le maquis ahurissant qui compose l’asso-sphère française, ces millions d’organisations plus ou moins grosses, plus ou moins amicales, ont pu émerger quelques brebis galeuses : entreprise maquillée en association, détournement d’argent à des fins personnelles ou diffusion d’idées pas très républicaines. Certes.

Mais alors est-ce par le moyen qui nous est proposé, ce contrôle tatillon de toute modification, que nous allons remédier à cela ?

Ne serait-il pas plus efficace de mettre en place une vraie politique d’enquête et de traçage des contrevenants ? Vous savez : tester, tracer, isoler. Hein ? Ça vous parle ?

Ce qui m’amène à ma réflexion de départ : trop/pas assez d’État, est-ce le problème ?

LA SOLUTION DE LA PUNITION COLLECTIVE

Le problème n’est-il pas plutôt que nous traitons toujours des situations particulières de manière générale ? Autrement dit, plutôt que de trouver et condamner les fautifs, nous préférons faire subir à l’ensemble de la population une loi contraignante en espérant que le nombre de déviants restera limité.

Poussé par la curiosité et un peu de mauvaise foi, je vous propose ma liste des cas généraux censés traiter les cas particuliers.

Des foufous prennent la route pour un circuit ? C’est vrai. La réponse : le 80 km/h. Ou les ralentisseurs tous les 100 mètres ou les ronds-points à chaque carrefour même quand ce n’est pas un carrefour.

Il y a des malades ? Confinons toute la population.

Un problème d’emploi ou de stratégie industrielle ? Refabriquons un commissariat au plan et planifions sur dix ans l’ensemble de l’économie française.

Un problème de trafic de drogue dans les quartiers ? Jetons quelques milliards sur les tours.

Des élus peu scrupuleux s’en mettent plein les poches grâce à des marchés truqués ? Pas de problème : pourrissons la vie de l’ensemble des entreprises françaises qui voudraient commercer avec les administrations en les obligeant à remplir des dossiers épais, complexes et illisibles pour qu’au final seules les plus grosses d’entre elles aient les moyens et le temps nécessaires de s’y consacrer.

Certains abusent de la Sécurité sociale ? Ça roule : un parcours de soin général et global que tout le monde doit suivre sous peine de sanction financière.

Un problème de pollution en ville : supprimons les voitures.

Toutes ces décisions globales évidemment agrémentées de taxes, impôts et contraventions mitonnées aux petits oignons par nos énarques en liberté, eux.

TROP DE LOIS TUENT LA LOI

Quand je discute avec tout un chacun de libéralisme, la remarque qui m’est généralement faite est que l’on ne peut pas laisser les gens faire ce qu’il veulent.

Je suis d’accord, et d’ailleurs personne n’a jamais dit que le libéralisme consistait à supprimer toutes les lois pour laisser s’installer le laisser-faire généralisé.

Au contraire, l’un des objectifs du libéralisme étant de laisser aussi peu de lois que possible pour encadrer efficacement la vie en société, il est impératif que ces lois soient appliquées à la lettre. Et que le contrôle soit efficace.

Rêver à une instauration du libéralisme en France passe d’abord et avant tout par le recentrage de l’action de l’État sur l’application des règles telles qu’elles ont été décidées. Donc de déployer les moyens humains et techniques pour faire respecter ces règles. Et de sanctionner les contrevenants individuellement et systématiquement.

Ceci devrait éviter à l’avenir de créer des lois systémiques dont l’efficacité ne semble pas toujours la qualité première. Et de laisser le citoyen moyen penser qu’il n’en a pas pour son argent.

12 novembre, 2020

Un libéral est-il forcément « sans scrupules » et « pour les riches » ?

 Une idée reçue fréquente est qu’être libéral c’est être sans scrupules et défendre systématiquement les riches. Retour sur ce poncif dans ce court billet.

J’avais pourtant posté en toute bienveillance cet article mentionnant la résistance d’un libraire face à la fermeture administrative liée à l’épidémie de covid qu’il venait de subir.

Quand j’ai reçu ce commentaire :

« Toi qui te définis comme libéral sans scrupules à enrichir des milliardaires, pourquoi perds-tu ton temps à défendre des libraires indépendants… »

Je passe la suite, une agression gratuite sur Houellebecq.

Les partages sur Facebook étant souvent sujet au point Godwin, et particulièrement en ce moment, je m’attendais plutôt à une attaque du type : « soutenir les ouvertures de librairies, c’est vouloir la mort de ma grand-mère (ou de mon grand-père ou de toute autre personne âgée liée à l’agresseur par un lien familial quelconque).

Dans ce cas précis le point Godwin est à 3 étages :

  • étage 1 : libéral
  • étage 2 : sans scrupule
  • étage 3 : prêt à enrichir un milliardaire

Sans parler de la classique interrogation manichéenne : être pour Amazon et en même temps (tiens, ça me rappelle quelqu’un) client des libraires indépendants.

Détaillons donc ce chef-d’œuvre d’affirmation gratuite et d’idée préconçue en même temps (encore !).

LIBÉRAL

Oui, je me revendique ouvertement libéral. Et je n’ai même pas honte. Je jette régulièrement à la face de Facebook et de mes interlocuteurs quand ils sont devant moi (c’est dire mon courage) cette quasi insulte pour ceux habitant l’Hexagone.

Je mesure le niveau de violence ressenti par l’outragé, mais cela ne m’arrête pas. J’ai bien conscience qu’avoir pour objectif de faire confiance dans l’individu pour résoudre ses propres problèmes est un peu audacieux.

Surtout en ce moment où la résurgence de multiples boucs émissaires amène à penser que l’autre est toujours le responsable.

SANS SCRUPULES

L’association libéral/sans scrupules est un grand classique, une évidence, une lapalissade. Un libéral ne PEUT PAS avoir de scrupules. Surtout quand il est ultra.

Effectivement, je n’ai aucun scrupule à réclamer davantage de liberté, à réclamer moins de règlementations inutiles ou à avoir l’ambition que les individus bien formés et bien accompagnés pourraient vivre une vie plus indépendante et plus intéressante.

PRÊT À ENRICHIR UN MILLIARDAIRE

À la décharge de mon contradicteur, j’avais effectivement dû écrire que cela ne me dérangeait pas que Jeff Bezos soit riche. Comme je suis taquin, j’ai même sûrement ajouté, réflexe conditionné du libéral moyen, « tant mieux pour lui ».

Du coup la remarque porte-t-elle sur le fait qu’un libéral est forcément sans scrupules ? Ou qu’il faudrait avoir des scrupules à enrichir quelqu’un qui l’est déjà ? D’une part, je ne vois pas pourquoi un libéral serait forcément dénué de scrupules. D’autre part, il n’en a pas l’exclusivité. Il existe probablement quantité de communistes, d’écologistes ou d’automobilistes sans scrupules. Et on ne leur en fait pas la remarque.

Quant à enrichir un type déjà riche, ça va sérieusement compliquer le choix des fournisseurs. Entre la provenance des composants, le nutriscore, la quantité de plastique et la richesse du patron de la boîte, faire ses courses va prendre beaucoup, beaucoup de temps.

Moi qui suis simplement client Amazon parce que c’est pratique (j’habite à la campagne) et que j’ai un choix immense. Suis-je bête et naïf, je suis libéral, je n’avais donc pas compris qu’acheter ne sert plus à satisfaire un besoin personnel mais à satisfaire les besoins des autres.