Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
Aucun message portant le libellé Élodie Keyah. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Élodie Keyah. Afficher tous les messages

29 septembre, 2022

Les écologistes contre le pouvoir d’achat

 Par Élodie Keyah.

Dans un entretien au Nouvelobs, l’économiste Éloi Laurent s’étonne que la défense du pouvoir d’achat fasse consensus à l’heure des crises écologiques qui ne seraient, selon lui, que « le fruit empoisonné de notre pouvoir de tout acheter ». De la même manière, c’est dans une tribune de Reporterre que le pouvoir d’achat est accusé d’être un concept anti-écolo, voire même une forme de réductionnisme stérile pour l’être humain.

Cette vision animiste de la nature couplée à une rhétorique chrétienne culpabilisante n’est pas nouvelle. Dans le passé, les grandes crises ont souvent été accompagnées d’une intensification du phénomène religieux. Ainsi, c’est au XIVe siècle, en pleine peste noire, que le mouvement des flagellants prit de l’ampleur. Face aux maux qui accablaient les populations, des fidèles se flagellaient publiquement en guise d’expiation – persuadés que leur malheur était la conséquence d’un châtiment divin.

Faut-il donc voir les dernières sécheresses, incendies massifs et pénuries d’eau potable en France comme la résurgence du même phénomène ?

En réalité, ces critiques ne sont pas tant animées par le désir de protection environnementale que par la haine récurrente de la société de consommation – notion péjorative pour désigner l’abondance et le confort de vie caractéristique des sociétés occidentales. La conception communément admise consiste simplement à dire que le niveau de revenu moyen est suffisamment élevé pour satisfaire une marge toujours plus grande de besoins – que certains jugeront superflus selon leurs critères subjectifs, à l’instar du philosophe Ivan Illich.

Figure de l’écologie politique, ce dernier fait la promotion de « l’austérité joyeuse » : la paupérisation est jugée davantage souhaitable à un niveau de vie plus élevé dans une société libérale – quitte à ce que les plus démunis meurent de faim. Empreint d’une vision platonicienne à l’image d’une société idéale décrétée par une élite savante, Illich fait preuve d’une prétention toute socialiste à connaître les besoins des individus mieux qu’eux-mêmes, au nom d’un mode de vie qu’il faudrait imposer à tous.

Nous pouvons au moins nous réjouir sur deux points :

Premièrement, une certaine frange des écologistes est de plus en plus honnête sur ses intentions. Si les extrémistes assument leur volonté d’aboutir à une société paupérisée, cela a le mérite de lever le voile hypocrite du souci officiel d’une plus grande protection de la nature. Autrement, il n’y aurait ni cette haine de l’ordre libéral qui caractérise nos sociétés modernes, ni le rejet des solutions qui nous permettent de réduire notre impact environnemental – comme les pesticidesles OGM ou encore l’énergie nucléaire.

Deuxièmement, l’écologie politique conduit systématiquement à la révolte populaire. En effet, ce sont bien les classes les moins favorisées qui s’insurgent le plus contre les politiques décroissantes qui s’attaquent à leur pouvoir d’achat. Ces mouvements de contestation – à l’instar des Gilets jaunes – ont le mérite de mettre en suspens certaines politiques des écologistes. À moins d’avoir déjà fait des ravages humains comme au Sri Lanka, où le pays s’est enfoncé dans la planification du tout bio sous la pression de militants anti OGM… avec des conséquences désastreuses pour la population.

Taxe sur les carburants, interdiction des voitures neuves à moteur thermique, projets d’interdiction des engrais de synthèse vers une agriculture 100 % bio… Le fossé sociologique est tel que le mouvement écologiste souffre autant d’un faible niveau de représentativité politique – 4,63 % de vote aux élections présidentielles de 2022 -, que d’une forte impopularité dans les territoires ruraux – symptomatique d’une incapacité à concilier l’intérêt des citadins conscientisés avec celui des classes populaires.

Le pouvoir d’achat ne serait-il donc qu’un « tour de passe-passe idéologique pour domestiquer les classes populaires », comme le prétend l’écologiste Aurélien Berlan ? Ou, au contraire, la condition sine qua non pour leur permettre de s’élever socialement et s’extraire de leur milieu d’origine ? Ce qui est sûr, c’est que son rejet ressemble de plus en plus à un éventail pour la justification des extrémismes.

15 août, 2022

Grande distribution : le capitalisme, meilleur rempart face à l’inflation

 Par Élodie Keyah.

Une nouvelle étude de la Fondation Jean Jaurès s’intéresse au rôle de la grande distribution dans la protection du pouvoir d’achat des Français.

Depuis son émergence dans les années 1960, la grande distribution n’a pas seulement transformé notre modèle de consommation. Elle représente également un nouveau symbole pour la classe moyenne, et incarne même un contrepoids à certaines politiques étatiques.

Pourtant vivement critiquée dès le départ, son mode d’organisation et ses méthodes n’ont jamais cessé de prouver leur succès malgré les échecs successifs qu’on lui promettait.

 

Un rôle historique dans la défense du pouvoir d’achat

C’est en effet par un processus de désintermédiation et de réduction des coûts que la grande distribution est parvenue à introduire plus de concurrence, et donc des prix plus compétitifs au bénéfice du portefeuille des consommateurs.

Ainsi, les entreprises comme Leclerc, Liddle et Carrefour endossent un rôle historique de défenseurs du pouvoir d‘achat. Lors du choc pétrolier de 1973, les auteurs de l’étude soulignent que la grande distribution a représenté un bon moyen pour juguler l’inflation. En 2022, ce sont les supermarchés Leclerc qui provoquent un tollé pour le blocage du prix de la baguette de pain à 0,29 centimes – pendant que leurs principaux concurrents crient à la « concurrence déloyale » en pleine crise inflationniste.

 

Le capitalisme est un jeu à somme positive

Cela est vrai en temps de crise économique, mais également en temps de crise sanitaire : les grandes surfaces alimentaires ont joué un rôle essentiel pour approvisionner la population de biens rares (masques, autotests, gels hydroalcooliques) – quand ces derniers n’étaient tout simplement pas interdits à la vente pour des motifs arbitraires. L’État bureaucratique n’a jamais été d’aucune aide pour personne – si ce n’est un obstacle permanent.

Certes, à court terme, le plafonnement de la hausse des loyers, le blocage des prix de l’électricité, ou encore les primes de rentrée peuvent être un soulagement. Mais la nouvelle Loi pouvoir d’achat adoptée la semaine dernière s’inscrit dans un énième paquet de mesures  – pour la plupart – fortement dépensières. À long terme, elles ne font que creuser un déficit public d’ores et déjà colossal et dangereux pour les ménages, qui finiront tôt ou tard par régler la note.

À titre comparatif, les magasins Leclerc ont instauré dès mai 2022 un bouclier tarifaire sur 120 produits les plus achetés par les consommateurs. Sans contrainte, ni coût pour la collectivité. La « violence économique » ne revêt strictement aucune réalité tangible ici, si ce n’est la crainte d’être battu par un acteur économique plus compétitif que soi. Personne n’est obligé de s’approvisionner chez Carrefour au lieu du petit commerçant du coin.

Finalement, cette étude suggère que la grande distribution aurait progressivement endossé le rôle traditionnellement dévolu à l’État providence. Les défaillances de la puissance publique seraient telles que ces « entreprises providence » bénéficient désormais d’une plus grande légitimité que l’État bureaucratique pour préserver le pouvoir d’achat des Français. Il faut avouer que ce dernier s’arroge un rôle qui sort de ses compétences.

21 juin, 2022

Alimentation : le secteur privé plus grand défenseur des consommateurs

 Par Élodie Keyah.

Récemment, la Commission européenne a annoncé des propositions de révision de la réglementation sur le tabac. Il semblerait que les taxes en vigueur n’aient pas été révisées depuis… 2010, et qu’elles ne prennent donc aucunement en compte ni l’évolution du marché, ni les niveaux d’inflation ces dernières années.

Ce projet de réforme n’est que la pointe de l’iceberg en ce qui concerne les restrictions de consommation à échelle nationale et européenne. Que ce soit en termes d’alimentation, d’alcool ou encore de tabac, ce paternalisme pose tout d’abord des questions de principe.

Au nom de la protection des consommateurs, le législateur prend des décisions à leur place, impose un mode de vie particulier, et décrète arbitrairement ce qui constitue un niveau de risque acceptable. Mais à l’ère de l’information accessible en quantité illimitée, ces derniers ne sont-ils pas capables d’assumer les conséquences de leurs propres décisions personnelles ? Selon une dernière étude IFOP, 8 Français sur 10 se déclarent pourtant intéressés par les questions liées à l’alimentation – dont 32 % déclarent l’être beaucoup et 51 % assez.

 

Des politiques inefficaces et coûteuses

Rappelons tout d’abord qu’au cours de l’histoire, la moralisation des habitudes des consommateurs a débouché sur le chaos social. Ainsi, la « gabelle du sel », instaurée au Moyen-Âge, est à l’origine de nombreux soulèvements populaires. Véritable loi somptuaire, la « taxe whisky » aux États-Unis, censée alerter sur les effets indésirables de l’alcool, a débouché sur une violente rébellion à la fin du XVIIIe siècle. Là où les taxes représentent une aubaine, la protection de la santé est une excuse traditionnelle pour mieux piéger le contribuable.

Ensuite, l’État échoue la plupart du temps à atteindre ses objectifs. Selon un rapport du Sénat, l’introduction de la « taxe soda » en 2012 n’a eu des effets que très incertains sur l’obésité. Sans surprise : une taxe ne distingue pas les consommateurs effrénés des plus modérés… Mais une chose est sûre : ces politiques impactent grandement le pouvoir d’achat des ménages modestes. Toujours selon le même rapport, certaines marques de boissons ont même vu leur prix de vente augmenter jusqu’à 25 %. En plus d’être inefficace, l’État s’attaque donc, en pratique, au portefeuille des plus défavorisés.

 

Le privé plus efficace que l’État

En réalité, les initiatives privées et coalition de consommateurs sont beaucoup plus efficaces pour améliorer la santé des individus. Plus proches des consommateurs, les entreprises peuvent s’adapter plus rapidement à l’évolution constante de leurs attentes – au risque de perdre des parts de marché. Donnée essentielle, la perte de profit se révèle être une sanction beaucoup plus efficace que n’importe quelle mesure coercitive.

Récemment, l’entreprise Pepsi s’est engagée à réduire la teneur moyenne en sucre de ses boissons à hauteur de 25 % d’ici 2025, et 50 % d’ici 2030. En Suisse, la Déclaration de Milan, créée en 2015, a débouché sur l’engagement de dix entreprises pour la réduction de la teneur en sucre des yaourts et céréales. De la même manière, l’entreprise Yuka est une énième illustration d’initiative privée pour une plus grande information des consommateurs sur la composition des produits.

En attendant, l’État prétend lutter contre l’obésité, mais subventionne la filière du sucre à hauteur de 133 millions d’euros par an. Il prétend lutter contre le cancer, mais subventionne allègrement les débits de tabac. Il prétend lutter contre les méfaits de l’alcool, mais ne voit aucune contradiction à taxer et en même temps subventionner la filière viti-vinicole.

Au fond, l’idée même d’un « intérêt » commun aux consommateurs n’a pas beaucoup de sens. Cet holisme étriqué suggère qu’il y aurait un objectif unique vers lequel devrait tendre chaque individu, et rejette la possibilité de préférences individuelles multiples. Et si nous étions libres de devenir obèse ?