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15 septembre, 2022

5 idées reçues sur le capitalisme

 Par Élie Blanc.

En France, le capitalisme n’a pas bonne presse. S’il est aisé de trouver des dizaines d’articles expliquant comment il détruit l’environnement ou comment il enrichit sans cesse les plus riches, il est plus difficile d’en trouver qui expliquent comment il a sorti l’Occident (et maintenant une partie de l’Orient) de la misère agricole et permis une progression des niveaux de vie absolument inédite dans l’histoire de l’humanité.

Une partie de ces critiques provient d’une mauvaise compréhension de ce qu’est le capitalisme, qui est assimilé à la recherche maladive de profits, alors qu’il n’est rien de plus qu’un système économique qui respecte la propriété privée et le libre-échange. Le capitalisme ne condamne donc pas par principe la recherche de profit mais il ne l’érige pas non plus en objectif à poursuivre.

Le capitalisme n’est en rien une forme de pouvoir invisible qui s’exercerait sur les individus pour les pousser à agir de manière toujours plus avide et égoïste, ce n’est qu’un système économique qui respecte les libertés et les droits naturels de l’individu.

Partant de cette définition je vous propose de revenir sur quelques reproches qu’on lui fait généralement pour montrer pourquoi ces critiques sont à discutables.

 

Le capitalisme détruirait l’environnement

L’hypothèse qui sous-tend cette idée que le capitalisme détruirait l’environnement est que celui-ci a marqué une rupture avec un passé dans lequel nous vivions en parfaite harmonie avec la nature.

Pourtant, comme l’a montré par exemple Ferghane Azihari dans son dernier ouvrage, cette représentation du passé est très largement idéalisée. Les problèmes environnementaux et de gestion des ressources se posaient au moins autant avant la Révolution industrielle que de nos jours.

Les historiens estiment d’ailleurs que si la Révolution industrielle a débuté en Angleterre et non en France (pourtant a priori en avance sur son voisin d’outre-Manche), c’est parce que le bois commençait à manquer chez nos amis anglais. Cette pénurie les a incités à trouver une autre source d’énergie, et ils se sont aperçus que le charbon constituait une bien meilleure alternative. Ainsi, le capitalisme n’est pas la cause de la surexploitation des ressources naturelles, il est en fait la solution la plus efficace à un problème ayant toujours existé.

En effet, le capitalisme constitue un progrès considérable en cela que le respect de la propriété privée permet une gestion bien plus durable des ressources. Aristote notait déjà que ce qui appartient à tout le monde faisait l’objet de peu d’attention et de précautions, alors qu’un propriétaire ou un groupe de propriétaires sont fortement incités à prendre soin de ce qui leur appartient, surtout s’ils en tirent un revenu.

C’est cette idée qui a inspiré le célèbre livre de Garett Hardin La tragédie des communs, qui montre bien que ce n’est pas l’existence, mais l’absence de droits de propriété privée qui conduit à la surexploitation des ressources naturelles. Pour prendre un exemple concret, le problème de la surpêche se pose bien parce qu’il n’y a pas de droits de propriété privée sur les zones de pêche et les stocks de poissons (ou qu’il est difficile de faire appliquer ces droits).

Notons au passage que le concept de « ressource naturelle » est parfaitement subjectif, et que c’est le capitalisme et son système de prix qui permettent de révéler les ressources qui ont de la valeur.

De manière empirique, il est aujourd’hui très difficile d’avancer que les pays les plus libéraux sont ceux qui détruisent le plus l’environnement, tant les chiffres tendent à montrer l’inverse. J’avais réalisé il y a quelques mois un graphique qui tentait de faire la synthèse entre degré de libéralisme économique et performance environnementale, et voici ce qu’il donnait :

 

 

 

De manière générale, on constate bien que plus un pays se rapproche d’un capitalisme « pur » (score élevé de liberté économique), meilleures sont ses performances environnementales.

Le capitalisme creuse les inégalités

Un reproche qui revient régulièrement concernant le capitalisme serait sa propension à enrichir les plus riches beaucoup plus rapidement que les plus pauvres (voire à les appauvrir). La difficulté avec la question des inégalités est qu’elle repose forcément sur un choix arbitraire de mesure.

Faut-il mesurer les inégalités de revenu ou de patrimoine ? Quelles tranches de la population faut-il comparer ? Sur quelle période ?

En fonction des réponses à ces questions, les conclusions peuvent être radicalement différentes. Si par exemple on choisit de retenir le coefficient de Gini, on observera qu’il y a eu une forte réduction des inégalités entre les années 1960 à 1980, puis une stabilisation après les années 1980 :

 

 

En prenant d’autres indicateurs (comme l’étude des rapports inter-déciles sur les cinquante dernières années), on pourrait montrer que les inégalités n’ont pas explosé comme on l’entend souvent, mais il est vrai qu’elles ont cessé de se réduire.

Des économistes comme Thomas Piketty affirment à l’inverse que les inégalités sont bien en train de se renforcer, et que nous serions même sur le point de voir revenir une société de rentiers comme sous l’Ancien Régime.

Pour cela, il fait des choix méthodologiques différents qui se concentrent davantage sur les inégalités de patrimoine et sur le « top 1 % » des plus riches. Mais une récente étude d’économistes met en évidence que les résultats des travaux de Piketty comportent un grand nombre d’erreurs qui l’ont amené à surestimer l’accroissement des inégalités.

Contrairement à ce qu’ils avancent, l’évolution inégalités n’a pas la forme d’un U, mais plutôt une forme relativement plate.

 

Le capitalisme, c’est la société sans solidarité

Pour beaucoup de personnes, le capitalisme n’est pas compatible avec la solidarité.

Le libre jeu du marché conduirait certains à s’enrichir énormément pendant que d’autres devraient se contenter du minimum (comme nous l’avons vu, cette idée est au minimum à nuancer) et cela justifierait que soit mis en place un système de redistribution des revenus.

Typiquement, il serait en France inconcevable de passer à un système de retraite par capitalisation car ce système est jugé égoïste là où le système par répartition est associé à l’idée de solidarité.

Cette représentation est critiquable pour au moins deux raisons.

Premièrement, parler de solidarité n’a de sens que pour décrire un acte spontané, généralement un don. Or, tous les modes de redistributions s’appuient sur la taxation, qui est collectée par la force, sans le consentement du contribuable. Il est donc beaucoup plus juste de parler de vol maquillé par de bonnes intentions pour décrire le système de redistribution par l’impôt que de solidarité.

Deuxièmement, non seulement rien dans le capitalisme ne l’oppose a priori à la solidarité. C’est même le seul système qui la rend possible. En effet, si la solidarité est un don spontané, alors on ne peut faire preuve de solidarité que dans une société qui respecte le droit de propriété, qui prouve que vous donnez bien quelque chose qui vous appartient.

Il est inévitable qu’une société libre donne naissance à des inégalités entre individus, qui peuvent subjectivement paraître trop élevées.

Comme le résumait avec élégance Soljenitsyne :

« Les hommes n’étant pas dotés des mêmes capacités, s’ils sont libres ils ne seront pas égaux, et s’ils sont égaux c’est qu’ils ne sont pas libres.»

Le capitalisme ne permet pas d’atteindre une société parfaite (en tous cas pas sur le plan de l’égalité), d’où le désir pour certains d’aller vers davantage de « justice sociale ».

Mais cette notion de justice sociale est subjective et arbitraire, et par conséquent elle ne justifie pas qu’on porte atteinte aux droits de propriété.

Par exemple, nombreux sont ceux qui pensent que les footballeurs gagnent trop d’argent, mais vous ne trouverez pas deux personnes différentes s’accordant sur le montant de la juste rémunération d’un footballeur. Dès lors, comment déterminer la juste rémunération d’une personne, si cette appréciation diffère d’une personne à l’autre ? Le système capitaliste répond à ce paradoxe, puisqu’il permet de faire l’agrégation de ces différentes considérations subjectives par le jeu du marché.

Et si le résultat du marché donne des différences de rémunérations jugées inacceptables par certains individus, ils ont toujours la possibilité d’y remédier par le don, puisque dans un système capitaliste leurs droits de propriété sont respectés.

 

Le capitalisme appauvrit les pays du tiers monde

L’idée selon laquelle le capitalisme et la mondialisation appauvriraient les pays pauvres est difficilement défendable.

Concernant la mondialisation, si l’on compare une carte présentant l’IDH des pays du monde avec une carte faisant figurer leur degré d’intégration à la mondialisation, on s’aperçoit rapidement que plus un pays est intégré à la mondialisation plus il a de chance d’avoir un IDH élevé.

À part quelques néo-marxistes, l’écrasante majorité des économistes s’accorde à dire que la mondialisation a des effets positifs sur le niveau de développement des pays qui l’intègrent. Sur le plan historique, les phases de forte croissance sont souvent précédées d’une accélération des échanges internationaux et le décollage économique des pays asiatiques coïncide avec leur entrée dans la mondialisation.

Le respect des droits de propriété qui caractérisent le capitalisme est tellement important pour le développement des pays pauvres que l’économiste Hernando De Soto a montré que c’était précisément l’absence de registres et de systèmes de protection de la propriété privée qui freinait le développement des pays pauvres. Ainsi, si les raisons du sous-développement de certaines régions du monde sont multifactorielles, elles s’expliquent bien davantage par l’absence de capitalisme que par un excès de ce dernier.

 

Le capitalisme, c’est l’exploitation des plus faibles

Cette idée reçue est directement issue de la théorie marxiste, selon laquelle ceux qui détiennent les moyens de productions exploitent les prolétaires (ceux qui ne disposent que de leur force de travail) par le salariat. Aujourd’hui les « riches » (dont on se garde souvent de donner une définition précise) exploiteraient les plus démunis par de nouvelles formes d’esclavage, comme les contrats précaires ou l’ubérisation de l’économie.

S’il me paraît indéniable qu’il existe encore aujourd’hui des personnes dont les conditions de vie et de travail restent très difficiles, il n’en demeure pas moins que la part de personnes vivant dans de telles conditions a fortement diminué depuis la mise en place d’un ordre économique capitaliste.

Avant la Révolution industrielle, plus de 90 % de la population travaillait dans les champs, 7 jours sur 7 et sans vacances, le tout pour un revenu de subsistance. La mobilité sociale était inexistante et le moindre aléa climatique pouvait provoquer des famines. Aujourd’hui, même s’il reste des personnes dont le quotidien est très difficile, aucun travailleur ne doit faire face à une telle précarité.

Et surtout, parler d’exploitation est malhonnête, car elle suppose que des personnes travaillent contre leur gré, ce qui n’est pas le cas. Le système capitalisme repose sur une base contractualiste et de respects des droits individuels.

Il est donc celui qui est par nature le plus éloigné de toute forme d’exploitation.

22 avril, 2022

Pass climatique, vous reprendrez bien une dose d’autoritarisme

 Par Élie Blanc.

Alors que le printemps et les élections présidentielles arrivent à grands pas, les propositions les plus navrantes fleurissent à une fréquence telle qu’il est difficile de savoir quel candidat affichera le programme le plus liberticide pour 2022.

Le pass climatique de la WWF

Et comme si ce brouhaha n’était pas déjà suffisamment pénible, voilà maintenant que les ONG s’ajoutent à la cacophonie et s’imaginent pour des raisons obscures avoir un droit de regard sur la vie des Français. On apprend ainsi avec consternation que WWF propose l’instauration d’un pass climatique et appelle chaque candidat à « prendre l’engagement de soumettre chacune des décisions de votre mandat présidentiel à l’obtention d’un pass climatique. »

Mais ne vous y méprenez pas, cette exigence n’est pas un pur caprice d’une organisation déconnectée de la réalité ne concevant pas que le Français moyen ne soit pas obnubilé comme elle par la question du réchauffement climatique, si bien que « en 2019, seuls 3% des articles de loi promulgués étaient évalués à l’aune de leur impact sur le climat ». Non, il ne s’agit que du simple constat de l’inefficacité de la démocratie en matière environnementale :

« Les précédents présidents n’ont pas eu la main assez verte pour réduire l’empreinte écologique de la France», […] Tout simplement parce que rien ne les y oblige. »

Voilà qui est tout de suite plus convainquant.

S’il est certes évident que la démocratie est à la liberté ce que la pornographie est à l’amour, les démocraties occidentales avaient jusqu’à peu au moins le mérite de prétendre être le reflet de la volonté des peuples. Aujourd’hui, face au constat implacable que le citoyen de base est bien trop stupide pour élire des représentants se souciant suffisamment du climat, il n’est plus question pour certains de s’embarrasser d’un processus démocratique un peu encombrant, mais d’imposer par la force une autorité pour assurer le bien commun.

Et d’une façon si prévisible qu’elle en serait comique si les dérives totalitaires n’étaient pas aussi évidentes, l’organisation suggère d’utiliser la méthode forte avec un zèle indéfectible.

Elle rappelle que « l’État a exigé des Français une discipline de fer dans la lutte contre une crise sanitaire exceptionnelle et rien ne peut plus justifier aujourd’hui qu’un chef d’État ne s’impose pas la même discipline dans la lutte contre la crise écologique ».

Comme on dit, en politique il ne faut jamais rater une bonne crise.

Toujours plus de bureaucratie et d’étatisme

Comme toujours, une analyse unidimensionnelle consistant à prétendre qu’il n’existe qu’un seul problème et qu’une seule manière d’y répondre (et qui caractérise généralement la pensée des enfants et des névrosés) ne peut conduire qu’à la tyrannie. Avec l’instauration du passe sanitaire, nombreux sont ceux qui ont été raillés pour avoir soulevé que ces mesures ouvraient une boîte de Pandore dangereuse, en particulier dans un pays constamment en état d’urgence.

Aujourd’hui, le plus inquiétant n’est pas de constater que l’avenir commence à leur donner raison, mais que la demande de mesures toujours plus liberticides n’émane pas du gouvernement mais d’une partie des Français eux-mêmes. À la manière de l’amatrice de sado-masochisme, la population semble attendre avec impatience le prochain coup de fouet de son maître, prête à hurler de plaisir et à redemander un coup plus fort encore.

Espérons seulement qu’ils apprécient autant le fouet que le bâillon, car au train où vont les choses, ils se retrouveront si vite muselés qu’ils ne pourront plus exprimer le moindre désaccord sans risquer de terribles représailles judiciaires. Chaque jour qui passe est ainsi la triste confirmation que la démocratie est l’autoroute la plus sûre vers le totalitarisme, pavée par les citoyens eux-mêmes.

Qu’ils creusent leurs tombes seuls, nous prendrons notre propre chemin.

13 avril, 2022

Inflation, dette publique : vers la crise économique

 Par Élie Blanc.

En septembre dernier, j’avais écrit un article qui dénonçait le discours de la BCE qui affirmait que l’inflation était transitoire alors que tout portait à croire qu’elle était partie pour durer. J’expliquais notamment qu’elle était contrainte de tenir ce discours car admettre le retour de l’inflation la contraindrait à remonter ses taux d’intérêts directeurs, ce qui pourrait porter un coup fatal aux finances publiques de pays comme la France.

Nous voilà maintenant quelques mois plus tard, et non seulement la situation n’a pas changé mais elle a été aggravée par la guerre en Ukraine, et les prix ont tellement monté qu’il est devenu impossible pour la BCE de continuer de prétendre que l’inflation est passagère. Début mars, elle a même fait savoir qu’une remontée des taux était possible courant 2022. La question qui se pose est donc de savoir comment les gouvernements européens et la BCE vont gérer cette nouvelle crise qui s’annonce, et quelles seront les conséquences pour les Français.

S’il est toujours compliqué de faire des prévisions en économie, il est possible malgré tout d’envisager les grandes tendances qui pourraient se dégager.

Une situation inquiétante

Le premier constat qui semble sauter aux yeux c’est que d’une manière ou d’une autre les Français vont devoir supporter des baisses du pouvoir d’achat.

Encore aujourd’hui, les indices de prix à la production (qui constituent généralement un bon indicateur de l’inflation à venir) continuent de progresser et il n’y a donc aucune raison de penser que l’inflation ralentira à court terme. Comme les revenus des Français ne sont pour l’essentiel pas indexés sur l’inflation et relativement rigides (par exemple on ne renégocie pas son salaire tous les mois), cette situation se traduira nécessairement par une perte de pouvoir d’achat.

Évolution mensuelle des indices des prix à la production dans quelques pays de l’OCDE.

 

Parallèlement, la BCE se verra contrainte de réagir en augmentant ses taux pour tenter de contenir l’inflation et de garder un semblant de crédibilité. Mais cette hausse ne sera pas indolore non plus, puisqu’elle détermine directement le prix de la dette publique. Concrètement, toute hausse de seulement 1 % des taux d’intérêt sur la dette publique entraîne un surcoût de près de 25 milliards d’euros. À titre de comparaison, cela représente quasiment le budget du ministère de la Défense, et si ce coût était directement compensé en impôts, il représenterait une somme de plus de 400 euros par Français et par an. Or, comme l’inflation est aujourd’hui autour de 5 %, on peut s’attendre à ce que les taux augmentent à terme non pas de 1 %, mais de 5 %. On peut donc probablement multiplier les montants précédents par cinq.

Le plus inquiétant est que cette hausse des taux sur le marché obligataire a déjà commencé, alors même que la BCE n’a toujours pas remonté ses taux d’intérêts directeurs :

Évidemment, la très probable remontée des taux sera aussi une mauvaise nouvelle pour les entreprises, pour qui investir va devenir plus onéreux. Quand on sait qu’il existe en France un grand nombre d’entreprises dites zombies, des entreprises qui auraient dû faire faillite mais qui ont profité des aides de l’État pour survivre pendant la pandémie, un tel changement de conjoncture économique pourrait précipiter leur faillite et porter un coup fatal au tissu industriel français.

Si tel devait être le cas, il faut s’attendre à une hausse significative du chômage et un ralentissement de la croissance. Nous serions alors confrontés à un scénario inquiétant où d’un côté les dépenses de l’État augmenteraient significativement (hausse du chômage, charge de la dette, faible croissance) alors que ses recettes diminueraient. Et pour faire face à ces problèmes, l’État ne pourrait pas avoir recours aux solutions utilisées pendant la crise sanitaire (politique monétaire accommodante pour financer des dépenses publiques incontrôlées).

Encore une fois, il est toujours un peu prétentieux de se risquer à des prévisions en économie, et le but de mon propos n’est pas de tomber dans un catastrophisme un peu facile. Mais il me semble qu’à l’heure actuelle l’essentiel des voyants sont au rouge et qu’il est important de comprendre que ni la BCE ni les gouvernements européens ne sont prêts à admettre la gravité de la situation dans laquelle ils ont plongé les pays européens.

Il faut en effet rappeler que la situation qui s’annonce est la conséquence directe de la politique menée par les gouvernements occidentaux durant la pandémie en vidant les caisses des États et inondant les marchés de monnaies dont la valeur s’effondre de jour en jour. En bref, on nous a promis de lutter contre le virus « quoi qu’il en coûte », mais maintenant on voudrait nous cacher le montant de la facture.

Le prix du quoi qu’il en coûte

Emmanuel Macron nous avait assuré que son choix de privilégier la santé sur l’économie était un choix « humaniste ». Aujourd’hui, un nombre croissant de personnes font les frais de ce choix en rencontrant des difficultés pour satisfaire des besoins élémentaires comme se chauffer, s’alimenter ou se déplacer du fait de l’explosion des prix de l’énergie et du blé. Demain, les finances publiques pourraient être dans un état si critique qu’il faudra peut-être choisir entre payer les médecins ou payer les policiers.

Est-ce vraiment cela l’humanisme ? Même si nous ne parvenons pas à des situations si extrêmes, il est évident que d’une manière ou d’une autre ces difficultés économiques se traduiront elles aussi en malades et en morts supplémentaires, car nous manquerons d’argent pour investir dans du matériel médical, former des médecins, financer la recherche…

Il est donc évident que la séparation entre économie et santé faite par Emmanuel Macron était un sophisme grossier. Non seulement les diverses restrictions de liberté au profit d’une illusoire sécurité sanitaire n’auront pas sauvé des vies, mais la mise sous perfusion de l’économie qui en a découlé en coûtera à l’avenir. Finalement, cette crise sanitaire aura été l’illustration parfaite du célèbre avertissement de Benjamin Franklin :

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ».

19 janvier, 2022

Covid : comment l’utilitarisme conduit toujours à la dictature

 

Par Élie Blanc

S’il faut en passer par le passe sanitaire pour enrayer l’épidémie, moi je dis allons-y !

Par ces mots, un homme interviewé par CNews résumait bien l’état d’esprit de bon nombre de Français, prêts à accepter à peu près n’importe quoi tant que cela permet d’entretenir l’espoir d’un illusoire retour à la normale. Cette citation est une illustration parfaite du concept d’utilitarisme, cette pensée qui considère que la recherche d’un but jugé collectivement souhaitable (ici mettre un terme à l’épidémie) justifie que l’on y mette les moyens nécessaires, quitte à porter atteinte aux libertés individuelles.

L’objectif du présent article est de montrer que tout utilitarisme ne peut conduire qu’à la tyrannie.

L’utilitarisme est un aveuglement idéologique

Premièrement notons qu’une telle pensée porte déjà en elle le germe de la tyrannie, puisqu’elle considère que la fin justifie les moyens. De plus, l’utilitarisme est une négation de la nature humaine, puisqu’il est extrêmement rare qu’une population soit entièrement acquise à une cause d’une part, et sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir d’autre part. Dans le cas du covid, certains auraient très certainement préféré que tous ces efforts aient été consentis pour une autre cause plus importante à leurs yeux (une autre maladie, la lutte contre la précarité, la lutte contre le chômage…) et les mesures à sanitaires à prendre (ou non) font l’objet de débats quotidiens.

En outre, la pensée utilitariste se perd toujours dans une forme d’aveuglement qui refuse de voir les dommages collatéraux qu’elle entraîne inévitablement.

À titre d’exemple, la psychologue Marie-Estelle Dupont a fait parler d’elle récemment en montrant que les confinements et mesures sanitaires ont provoqué et continuent de provoquer une multitude d’effets extrêmement néfastes sur la santé des enfants et des adolescents.

Alors qu’elle prétend défendre une cause universellement désirable, la pensée utilitariste condamne en fait toujours une partie de la population au profit d’une autre.

Pour reprendre les mots de Bastiat, l’utilitarisme est obnubilé par ce que l’on voit et passe à côté de ce que l’on ne voit pas.

Ce que l’on voit c’est le risque de voir les hôpitaux saturés et ces morts du covid qui alimentent les statistiques de manière bien visible.

Ce que l’on ne voit pas c’est tout ce que nous coûtent tous ses efforts que nous mettons en œuvre pour éviter d’arriver à cette situation, qu’il s’agisse d’un coût purement financier (la fameuse dette covid que nous paierons tôt ou tard), mais aussi sanitaire, comme tous les suicides découlant des confinements et autres privations de liberté, ou tous ces investissements dans la santé qui ne pourrons être menés à force de maintenir l’économie à l’arrêt, et qui se traduiront nécessairement un jour en vies humaines. Mais ces vies perdues, à la différence des morts du covid, n’apparaissent jamais dans les statistiques et n’ont par conséquent aucun poids politique.

Pour que les Français évitent de remettre en question cette approche utilitariste, il est donc capital pour le gouvernement d’éviter toute réflexion sur la gestion de la crise sanitaire et ses conséquences dans son ensemble.

Pour cela, il a entretenu la peur du virus. Cette méthode permet d’activer le système limbique du cerveau, la zone responsable des émotions et qui a la particularité de bloquer l’émergence d’une pensée rationnelle, qui elle seule aurait permis à la population de mieux prendre en considération tous ces « coûts cachés » que nous venons d’évoquer. C’est ainsi que chaque fois que quelqu’un s’indignait des mesures liberticides, il s’est vu rétorquer quelque chose comme : « Mais qu’est-ce que vous voulez ? Que des milliers de personnes supplémentaires meurent du covid ? ». Comme si aucune autre gestion (moins liberticide) de la crise était possible, et comme si la gestion de la crise n’avait pas elle-même fait d’autres victimes, simplement moins visibles.

Les anti-pass ont aussi toujours été assimilés à des antivax, car lorsque la peur bloque la pensée rationnelle il est impossible de faire des distinctions, de faire preuve de nuances. Pire encore, cette communication par la peur a conduit à considérer les restrictions de liberté non plus comme un mal nécessaire, mais comme une mesure désirable, puisqu’autrui est toujours considéré comme une menace potentielle dont le gouvernement se chargerait de nous protéger.

L’utilitarisme covid pave le chemin du totalitarisme

Cette peur qui a inhibé toute pensée rationnelle aura aussi facilité une réécriture permanente du réel et une inversion des normes et valeurs. Ainsi, dans une perversion terrifiante, on aura convaincu les Français qu’il était égoïste de ne pas vouloir se faire vacciner, mais qu’il ne l’était pas de contraindre quelqu’un d’autre à le faire par peur de contracter soi-même le virus. Et peu importe que cette peur soit injustifiée, puisqu’être vacciné n’empêche en rien de transmettre le virus, au mieux il en diminue la probabilité.

Certes, on me rétorquera que les non-vaccinés sont sur-représentés parmi les patients nécessitant des soins intensifs, mais on oublie toujours de mettre ces chiffres en balance avec d’autres variables explicatives au moins aussi pertinente (âge, état de santé…), et l’on fait comme si un jeune sportif de 20 ans non vacciné représentait le même risque de finir en réanimation qu’un senior souffrant d’obésité. Cette objection rejoint d’ailleurs un autre travers de l’utilitarisme, qui est la recherche permanentes d’externalités, qui, comme je l’avais souligné dans un précédent article, ne peut mener qu’à une surveillance généralisée de la population.

Dans le cas du covid, on dénonce en permanence ceux qui sont jugés responsables d’accélérer l’épidémie, des inconscients qui se promènent sans masques ou ne se vaccinent pas, aux jeunes impertinents qui s’adonnent à de scandaleuses rave party. Pour éviter de telles dérives, on surveille toute la population par le passe sanitaire et l’on traque les dangereux délinquants par des contrôles de police jusque dans les cinémas ou les bars.

On entend ainsi de plus en plus de personnes se dire favorables au durcissement des restrictions à l’égard des non-vaccinés, oubliant un peu facilement qu’on peut difficilement reprocher à un individu de faire un choix personnel qui pèse sur un système de santé collectif si on ne lui accorde pas la possibilité de quitter ce même système de santé pour se tourner vers des assurances privées. Et surtout, ces personnes oublient un peu vite que disposer librement de son corps est un droit inaliénable.

Après un échec inévitable, l’utilitarisme désigne des boucs émissaires.

On pourrait enfin soulever qu’avec 90 % de vaccinés, on comprend mal comment 10 % de la population pourrait mettre à elle seule en péril tout le système de santé comme on l’entend régulièrement. C’est là encore un travers courant de l’utilitarisme, qui, puisqu’il est condamné à échouer (car il est contraire à la nature humaine) doit en permanence désigner des coupables à son propre échec.

À partir du moment où l’on a érigé un virus en ennemi à abattre quel qu’en soit le prix, et que même les pires restrictions de liberté n’ont absolument pas permis d’atteindre cet objectif, disposer d’une partie de la population peu encline à se soumettre à toutes ces restrictions est très pratique pour lui faire porter le chapeau de cet échec. Comme l’avait montré René Girard, ces non-vaccinés incarnent parfaitement le rôle du bouc émissaire, puisqu’ils sont à la fois semblables aux autres Français tout en conservant une différence bien visible (le fait d’être non-vacciné).

Ils jouent donc le rôle de bouc émissaire qui permet au groupe, fatigué et excédé par deux ans de pandémie et de décisions liberticides, d’exorciser sa violence en le tuant (symboliquement ou juridiquement en l’excluant progressivement des activités de loisir ou de travail, et de manière générale de la société). Une fois de plus, une terrible perversion est à l’œuvre, puisque le non-vacciné devient le responsable de tous les maux de la société, alors que le gouvernement est celui qui est censé nous en protéger.

Toutes proportions gardées, c’est exactement ainsi que se sont construites les rhétoriques et les politiques des totalitarismes au XXe siècle. Avons-nous réellement envie de poursuivre sur cette voie et de vérifier si elle peut nous conduire aux mêmes atrocités ?

Le libéralisme contre l’utilitarisme covid

On présente souvent le libéralisme comme un utilitarisme aveuglé par la recherche de croissance économique, mais rien n’est plus faux. La pensée libérale est hostile à l’utilitarisme puisqu’elle est une philosophie du droit qui considère que la fin ne justifie jamais les moyens.

Ou pour être plus exact, qu’aucune fin ne saurait être imposée à un individu en violation de ses droits. Le libéralisme est donc un humanisme, qui reconnaît que tous les hommes poursuivent des desseins qui leur sont propres et qu’ils ne sont pas toujours d’accord sur le meilleur moyen pour y parvenir.

Ainsi, si le libéral se méfie des discours qui commencent par « Il faut » (« Il faut sauver la biodiversité », « il faut lutter contre le covid »…), ce n’est pas parce qu’il rêve d’une planète privée de sa faune et sa flore ou que des gens meurent du covid, mais parce qu’il reconnaît que ces objectifs peuvent être contradictoires entre eux et parce qu’ils ne sauraient justifier que l’on porte atteinte aux libertés individuelles.

Il a aussi conscience que des arbitrages sont toujours nécessaires (du capital investi dans la préservation de l’environnement ne l’est pas dans la recherche médicale) et qu’il est donc indispensable de laisser les individus libres de poursuivre les fins qu’ils jugent désirables.

19 décembre, 2021

Économie : les externalités, ces idées vagues et dangereuses

 Le danger du concept d’externalité réside surtout dans son application à de plus en plus de domaines de la vie économique et quotidienne.

Tout lycéen qui étudie l’économie doit en apprendre la définition par cœur : une externalité est une « conséquence positive ou négative de l’action économique d’un agent qui ne s’accompagne pas de compensation financière ». L’exemple généralement donné est celui d’une usine qui rejette de la pollution pour produire.

Les externalités feraient partie des « défaillances de marché », c’est-à-dire des situations pour lesquelles l’intervention de l’État (généralement par la mise en place d’une taxe) est absolument indispensable pour se rapprocher du « bien commun » (ou optimum de Pareto en économie). Ce raisonnement qui peut sembler logique de prime abord, repose en réalité sur des fondements très discutables et fait courir le risque de justifier l’intervention de l’État tous azimuts.

DES FONDEMENTS THÉORIQUES FRAGILES

L’idée même qu’une activité économique entraîne une conséquence universellement et indiscutablement positive ou négative est déjà problématique. Si vous décidez d’installer une ruche dans votre jardin, les abeilles risquent tout aussi bien de déranger vos voisins durant leurs barbecues que de bénéficier au verger le plus proche en pollinisant les arbres fruitiers.

Une même activité peut donc très bien être à l’origine à la fois d’externalités positives et négatives. Et même pour des cas qui peuvent sembler universellement néfastes, comme la pollution, l’ampleur du dommage est éminemment subjective. Le jeune collégien qui souffre d’une pathologie respiratoire aura une aversion à la pollution de l’air bien plus importante que le vieillard qui se fiche éperdument des conséquences à long terme de la pollution sur sa santé.

Pour évaluer le montant du préjudice, et par suite celui de la taxe, il faudrait donc parvenir à mesurer et faire la somme de tous ces préjudices individuels, ce qui est évidemment impossible. Notons au passage que même si cela était possible, ça n’en légitimerait pas pour autant l’introduction d’une taxe, l’argent collecté par la taxe n’étant pas redistribué à hauteur du préjudice subi à ceux qui supportent le dommage, mais dépensé par l’État.

LES EXTERNALITÉS, UN PRÉTEXTE BIEN PRATIQUE

Mais par-delà ces considérations techniques, le danger du concept d’externalité réside surtout dans son application à de plus en plus de domaines de la vie économique et quotidienne.

En effet, avec une définition aussi large, à peu près tout peut être considéré comme une activité générant des externalités, puisqu’il est en fait très rare qu’une activité humaine n’entraîne aucune conséquence sur autrui. À titre d’exemple, quelque chose d’aussi banal que la décision de quitter un réseau social provoque une externalité négative pour les autres utilisateurs du réseau social, puisque  celui-ci est d’autant plus intéressant qu’un grand nombre de personnes l’utilise.

Faut-il pour autant taxer les personnes qui font ce choix ?

Dans sa volonté d’internaliser les externalités, l’État se trouve donc face au dilemme suivant :

  • soit il décide de ne corriger que certaines externalités (généralement selon des considérations politiques), et il exerce de ce fait son pouvoir de manière parfaitement arbitraire ;
  • soit il cherche à corriger absolument toutes les externalités, auquel cas il doit se résoudre à adopter des méthodes totalitaires, à commencer par la surveillance généralisée des citoyens et le contrôle complet de l’économie.

La volonté de lutter contre les externalités risque aussi d’enclencher un processus auto-entretenu, puisque les solutions proposées par l’État entraînent bien souvent de nouvelles externalités qu’il conviendrait en toute logique de corriger à nouveau.

Par exemple, lorsque l’État décide de subventionner l’énergie éolienne pour ses prétendues externalités positives en matière environnementale, il favorise l’implantation de champs d’éoliennes qui provoquent à leur tour un certain nombre d’externalités négatives, comme le bruit, la détérioration du paysage ou encore la mort d’oiseaux.

La lutte contre les externalités est donc une fuite en avant ne pouvant aboutir qu’à un contrôle complet de l’État sur l’économie s’il est appliqué avec cohérence, car l’État cherche en permanence des remèdes aux maux qu’il a lui-même causé.

Malheureusement, en France, ce pouvoir croissant de l’État se met en place d’autant plus facilement que notre pays a choisi de limiter au maximum la responsabilité individuelle pour lui préférer la collectivisation des risques, ce qui multiplie les cas de possibles externalités et les justifications au contrôle des citoyens.

Par exemple, si je décide de passer le samedi à regarder la télévision plutôt que d’aller courir, j’augmente statistiquement mon risque de maladies cardiaques, que d’autres paieront pour moi par leurs cotisations à la sécurité sociale.

De même, si je choisis de suivre une formation avec de faibles perspectives d’emplois, j’augmente la probabilité d’être au chômage dans le futur, qui sera essentiellement financé par les autres travailleurs. Faut-il, au nom de la lutte contre les externalités négatives sur le système de santé ou l’assurance chômage, limiter les choix des études et surveiller l’alimentation des citoyens, voire imposer des régimes alimentaires ? La perspective paraît dystopique, et pourtant c’est bien ce type de raisonnement qui nous a conduit à la situation actuelle avec le covid.

LIBERTÉ, RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE ET MARCHÉ

En effet, tout l’argumentaire favorable à la mise en place du pass sanitaire et des restrictions de liberté, notamment à l’égard des non-vaccinés, s’appuie implicitement sur cette notion d’externalité négative.

On nous explique ainsi que les non-vaccinés ne supporteraient pas le coût de leur décision, qu’ils seraient plus susceptibles de contaminer autrui ou qu’ils mettraient en péril le système de santé, et qu’il est donc légitime de limiter leur liberté tant il est évident que leur choix nuit à d’autres.

Dans une schizophrénie bien française, on a donc déresponsabilisé les individus par un système d’assurance publique et obligatoire, avant de les désigner coupables des externalités qu’ils exerceraient sur ce même système qu’ils ne peuvent pourtant pas quitter.

Ce triste épisode épidémique aura au moins le mérite d’illustrer que chaque velléité de contrôler avec zèle les externalités ne peut s’effectuer sans maintenir un haut niveau de contrôle et de surveillance des citoyens. Ainsi, plus l’acceptation du concept d’externalité est vaste, plus celle de liberté est étroite. Pire encore peut-être, avec lui c’est l’idée même de liberté s’efface, puisqu’elle se conjugue désormais au pluriel, alors que la liberté est individuelle ou elle n’est pas.

Pour sortir de ce carcan, il nous faut impérativement abolir tous les systèmes d’assurance publique obligatoires (à commencer par la Sécurité sociale et les retraites) pour laisser les Français rejoindre des assurances privées, grâce auxquelles chacun est véritablement responsable de ses choix.

Quant au reste des externalités, il convient de faire confiance au marché. Comme l’a montré Ronald Coase, les problèmes d’externalités disparaissent dès lors que les droits de propriété sont correctement attribués et que l’on laisse les individus les échanger librement.1. Si ce n’est pas ce chemin qui est suivi, il faut s’attendre à des mesures toujours plus liberticides dans toujours plus de domaines de la vie quotidienne.

 

  1. En toute rigueur, il faudrait rappeler que Coase fait l’hypothèse de faibles coûts de transactions. ↩

06 décembre, 2021

L’écologisme politique, gouffre intellectuel et moral

 L’écologisme politique n’est rien d’autre que la croyance arrogante d’être investi d’un savoir inaccessible face des contemporains aveuglés par des considérations tristement matérielles.

Il y a quelques jours, un article publié dans le quotidien Les Échos relayait une étude du Crédit Suisse qui présentait les principales mesures à prendre pour adopter un « mode de vie durable ». Parmi les changements, l’étude préconise de limiter le nombre de déplacement en avion à un par an, la quantité de poulet consommé à 100 grammes par semaine et le nombre de jeans achetés à deux par an.

L’ ÉCOLOGISME POLITIQUE : AVEUGLEMENT ET HAINE DU CAPITALISME

J’épargne au lecteur les mesures les plus loufoques concernant le nombre de douches autorisées par semaine ou encore l’interdiction de jouer aux jeux-vidéo suggérée par l’étude, qui serait presque amusante s’il n’était pas probable qu’elle inspire bientôt un dirigeant politique, voire la mise en œuvre d’un « passe environnemental ». Après tout, maintenant que la voie avec le pass sanitaire, difficile d’imaginer qu’un outil aussi pratique ne sera pas recyclé pour d’autres fins.

Cette étude aura au moins le mérite de bien mettre en évidence que l’écologie politique ne peut mener qu’à un contrôle généralisé de la population, dont on surveillera chaque acte de la vie quotidienne, des plus anodins jusqu’aux plus intimes comme le respect de l’hygiène la plus élémentaire. On serait alors peut-être tentés de penser que le problème vient simplement d’un manque d’information sur les questions environnementales, et qu’il suffirait de montrer que liberté et environnement ne sont pas incompatibles.

Après tout, lorsqu’on observe les performances environnementales des pays les plus libres, on s’aperçoit très vite qu’ils font beaucoup mieux que leurs homologues qui respectent moins les libertés individuelles :

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Malheureusement, un échange entre Ferghane Azihari et Sandrine Rousseau montre rapidement qu’une telle position est coupable de beaucoup trop d’optimisme. En effet, lorsque Ferghane Azihari démontre, argument après argument, que la décroissance n’est pas une fin souhaitable et qu’elle serait même contreproductive, cette dernière balaye ces critiques et rétorque non sans un certain mépris : « Mais on peut continuer notre système comme ça ad vitam, mais il faudra juste expliquer à nos enfants pourquoi on leur a laissé une Terre invivable. »

Il apparaît donc clairement que ces écologistes ne sont d’abord pas habités par une volonté de lutter contre le réchauffement climatique mais par un rejet irrationnel du capitalisme et du mode de vie confortable qu’il a apporté aux sociétés occidentales. Face au dogmatisme de personnes qui s’estiment être les seules à comprendre Gaïa et les menaces qui pèsent sur elle, les arguments rationnels ont souvent bien peu de valeur.

Pire encore, la morale devient bien accessoire quand on a un projet aussi essentiel « sauver la planète ». Ainsi, Sandrine Rousseau n’a pas été troublée par son contradicteur qu’il lui faisait remarquer que le « choc de productivité négative sur l’agriculture » qu’elle préconise ne peut conduire qu’à des famines. Mais après tout, pourquoi s’arrêter sur ce genre de détails, que valent ces quelques vies humaines quand on a pour mission de sauver le monde ?

Cet aveuglement qui ne peut mener qu’au totalitarisme, Hannah Arendt l’avait déjà bien saisi lorsqu’elle écrivait :

Le Bien absolu est à peine moins dangereux que le Mal absolu. On ne discute pas avec le Bien absolu.

Ce qui était vrai hier pour le communisme l’est aujourd’hui pour la lutte contre le covid et le sera peut-être demain pour l’environnement.

LA SCIENCE AU SERVICE DU TOTALITARISME

Mais le plus grand danger ne vient probablement pas de personnes comme Sandrine Rousseau, que certaines prises de positions étonnantes (comme lorsqu’elle croit tenir l’idée géniale en suggérant de mettre des éoliennes pour produire de l’énergie à la place des pylônes… qui ne font que la distribuer) ont discrédité même auprès des écologistes convaincus, qui lui ont d’ailleurs préféré Yannick Jadot. La menace la plus dangereuse qui se profile vient de ceux dont les discours se parent d’arguments scientifiques pour mieux camoufler leur idéologie liberticide.

Alors certes, le discours scientifique est tantôt érigé en argument incontestable, et tantôt rejeté en bloc dès lors qu’il n’est pas tout à fait aligné avec le discours décroissantiste, mais en politique la cohérence n’est pas nécessaire. Jean-Marc Jancovici en est un excellent exemple, lui qui fustige (à raison) les détracteurs du nucléaire en se basant sur des arguments scientifiques et techniques, mais rejette complètement les travaux du prix Nobel de William Nordhaus et son modèle DICE, qui ont le vilain défaut de ne pas adhérer aveuglément aux bienfaits de la décroissance et méritent donc d’être qualifiés de « bonne grosse rigolade ».

Dans certaines de ses conférences, il rejette tout bonnement la science économique dans son ensemble (pour laquelle il admet pourtant lui-même ne pas comprendre certains concepts de base comme le marginalisme). Si certaines critiques de Jancovici ne sont pas complètement dénuées de pertinence (du moins à mon humble avis), il n’en demeure pas moins qu’il passe selon moi à côté de l’essentiel : aucun modèle, tout aussi scientifique soit-il être, ne saurait jamais justifier qu’on impose à toute une population de changer drastiquement son mode de vie.

La science est là pour nous aider à mieux appréhender le monde qui nous entoure et nous éclairer dans nos décisions, mais pas pour les prendre à notre place et encore moins pour nous imposer une façon de vivre, sinon quoi et elle bascule dans la religion et la tyrannie du scientisme.

Les écologistes oublient d’ailleurs bien souvent qu’il n’y a pas d’un côté des gens éclairés par la science qui voudraient sauver Gaïa et ses habitants, et de l’autre des affreux capitalistes bien trop occupés à consommer pour sortir de leur obscurantisme.

Le fait est que nous voudrions tous à la fois protéger la biodiversité, vivre dans un monde sans pollution et sans risque environnemental futur. Mais puisque répondre aux besoin humains (nourriture, logement, loisirs…) passe nécessairement par une contrainte plus ou moins marquée sur la nature, nous sommes contraints de réaliser un arbitrage entre ces deux besoins. Même le plus radical des écologistes ne peut remettre en question l’existence de cet arbitrage, sauf à affirmer qu’il serait préférable de ne plus répondre à aucun besoin humain (y compris se nourrir) et donc qu’il vaudrait mieux que l’Humanité soit rayée de la carte.

Or, chaque individu aura une position différente face à cet arbitrage, chacun attachant une importance plus ou moins marquée pour la préservation de l’environnement, mais aussi une préférence temporelle différente. De manière caricaturale, une personne âgée, un malade dont la survie dépend des avancées de la recherche médicale accorderont très certainement une importance beaucoup plus significative à la satisfaction des besoins humains immédiat (en matière de santé notamment) qu’un jeune militant écologique en pleine santé.

Ce sont d’ailleurs bien ces considérations subjectives qui font l’objet d’ardents débats sur les modèles dont nous parlions précédemment, les controverses autour de la fonction de dommages du réchauffement climatique (modèle DICE) ou du taux d’actualisation (rapport Stern) ne sont que le reflet du fait qu’il est impossible de partir d’une norme universelle en matière de préférence environnementale ou temporelle. Pour reprendre notre exemple, faut-il dans les hypothèses de départ partir des préférences du militant écologiste en pleine santé ou de celles du malade dont les jours sont peut-être comptés ?

Qu’ils suggèrent de mettre en place des politiques environnementales très contraignantes ou non, ces modèles reposent donc sur des bases parfaitement arbitraires et ils ne devraient par conséquent jamais servir de prétexte à la mise en place de la moindre politique imposée à tous. Ils présentent le défaut de vouloir mettre des chiffres sur un ensemble de considérations subjectives, comme si nous avions tous des besoins identiques et comme si nous avions tous la même aversion face au risque qu’il soit environnemental ou non d’ailleurs. Ils illustrent ainsi exactement les travers que dénonçaient des économistes comme Ludwig Von Mises, qui s’opposait à l’utilisation des statistiques en économie.

Utiliser ces modèles à des fins politiques nous condamne nécessairement à prendre des décisions particulièrement immorales puisqu’elles négligent volontairement une partie de la population dont on aura décidé arbitrairement et unilatéralement que ses aspirations étaient sans importance.

Imaginons qu’une politique soit appliquée sur le fondement d’un modèle reposant sur des hypothèses de faible préférence pour le présent (celle de notre étudiant en pleine santé), et qu’elles aient pour conséquence de nous priver des ressources nécessaires à la recherche médicale, comment expliquer à l’étudiant malade que ses chances de guérison se sont envolées le jour où cette décision a été prise ? Dès lors, qui peut affirmer avec certitude qu’il est moral de sacrifier la satisfaction de besoins humains sur l’autel de l’environnement ?

L’écologie politique n’est donc rien d’autre que la croyance arrogante d’être investi d’un savoir inaccessible à des contemporains aveuglés par des considérations tristement matérielles. Elle ne peut conduire qu’à la volonté de détenir un pouvoir absolu sur la vie des autres.

En réalité, il serait bien plus prudent de reconnaître que nous avons tous des aspirations et des préférences différentes, et que nous ne sommes pas tous d’accord sur les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à nos fins. De cet constat très simple on peut tirer une conclusion radicale : les politiques environnementales ne peuvent être qu’injustes et nuisibles.

Credit photo : Sandrine Rousseau par Europe 1
Sandrine Rousseau sur le voile : « Jamais on ne force les femmes à s’émanciper »
https://www.youtube.com/watch?v=aZruOuntalc

  1. J’ai effectué ce graphique en exprimant les indices de performances environnementales de 182 pays en fonction de leur classement dans l’indice de liberté économique. J’ai créé un un ggsheet qui permettra au lecteur curieux d’aller voir par lui-même les données : https://docs.google.com/spreadsheets/d/1Q3r4OsXONuX13ME37FvZI37utnvNuTHGifVNskbzB08/edit?usp=sharing ↩