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Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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14 avril, 2023

LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE VA PRODUIRE DU CHÔMAGE

 

Des étudiants, présents dans les défilés contre la réforme des retraites, interrogés par le magazine Marianne, faisaient le lien entre la « casse sociale » et la « cause environnementale ». Pour eux, la réforme du Gouvernement est une « hérésie, tout comme l’immobilisme dans la lutte contre le changement climatique ». Ils ont raison de rapprocher « casse sociale » et politique écologique, mais le lien entre les deux n’est pas celui qu’ils croient. Une étude montre que « La transition écologique pourrait avoir un coût social important ».

 

Le coût exorbitant des politiques écologiques

Nous savions que la transition écologique, imposée à marche forcée, allait nous coûter très cher. Le célèbre militant écologiste Jean-Marc Jancovici n’a-t-il pas calculé que, si nous passions à 100 % d’énergie renouvelable, l’électricité coûterait six à huit fois plus cher qu’avec le nucléaire ? Elle pourrait ainsi peser jusqu’à 30 % du budget des ménages français, voire davantage si l’on prend en compte le coût de l’électricité pour les entreprises qui sera inclus dans le prix des produits et services.

La Bank of America a, de son côté, estimé que la neutralité carbone coûterait 130 000 milliards d’euros d’ici 2050 (une année et demi de PIB mondial), soit 17 000 euros par habitant de la Terre ! Une somme proprement astronomique dont on se demande qui va, et surtout qui pourra, la payer. D’autant plus que, toujours selon la Bank of America, l’inflation devrait se maintenir à un niveau élevé afin de financer l’augmentation du bilan des banques centrales.

Mais la transition écologique n’a pas qu’un coût économique, elle a aussi un coût social. Le passage au tout électrique dans l’automobile pourrait supprimer 500 000 emplois en Europe. Rien qu’en France, 100 000 emplois seraient concernés. Pour mémoire, rappelons que la restructuration de la sidérurgie française, entre 1975 et 1987, a entraîné la suppression de plus de 80 000 emplois et a englouti, à l’époque, 100 milliards de francs (soit 46 milliards d’euros d’aujourd’hui) de subventions publiques, dont 80 milliards de francs (37 milliards d’euros) pour l’accompagnement social des licenciements.

La crise qui se profile dans l’automobile serait donc plus importante que la restructuration de la sidérurgie des années 1980. Cependant le pire n’est jamais sûr : les constructeurs allemands, qui défendent le carburant de synthèse, sauveront peut-être en partie le moteur thermique.

Bien sûr, les partisans de la voiture électrique nous promettent des créations d’emplois, en particulier dans les « giga-usines » de batteries. Pour l’instant, les trois usines prévues en France (largement subventionnées) ne créeraient que 7 500 emplois directs et 15 000 indirects selon les prévisions les plus favorables. Pas de quoi compenser les emplois détruits. Surtout que, selon la Commission européenne, entre 35 et 40 % de l’ensemble des emplois pourraient être touchés par la transition écologique.

Pour apprécier les conséquences sociales de cette transition, il est intéressant de se pencher sur les restructurations industrielles récentes. C’est ce qu’a fait le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), un organisme dépendant du Premier ministre, avec une note intitulée « Vingt ans de plans sociaux dans l’industrie : quels enseignements pour la transition écologique ? ».

Les restructurations ont des conséquences sociales importantes

Les auteurs de la note, Axelle Arquié et Thomas Grjebine, affirment que « la transition écologique constitue un nouveau défi pour le tissu industriel et pour le marché du travail. Elle bouleversera à la fois les modes de production et les rapports de force commerciaux. […] Une insuffisante adaptation à la transition, ou une mauvaise spécialisation, pourrait déstabiliser l’industrie française, déjà mise à l’épreuve par la désindustrialisation. Les effets sur le marché du travail dépendront de ses capacités à s’ajuster, et les plans sociaux intervenus dans l’industrie entre 1997 et 2019 permettent d’anticiper ce qui pourrait advenir. »

Quels ont été les effets des plans sociaux ? La note du Cepii en relève trois principaux, relatifs à l’emploi, au salaire et au tissu économique local.

Tout d’abord, il s’avère que les salariés licenciés ont des difficultés à retrouver un emploi : « Une part importante des salariés rencontre des difficultés à retrouver un emploi stable. En France, près de 40 % des salariés licenciés dans le cadre d’un plan social dans l’industrie ne sont plus en emploi (“véritable emploi” au sens de l’Insee) un an après le licenciement, et plus de la moitié six ans après ».

Ensuite, les auteurs de l’étude ont également observé que les salariés peu qualifiés ont un salaire inférieur de 38 % un an après le plan social et de 10 % inférieur six ans après, là où les qualifiés ne subissent quasiment aucune perte de salaire. Si un salarié retrouve un emploi dans le secteur des services, son salaire est, en moyenne, 58 % inférieur à celui d’un salarié non licencié du même secteur, dans une entreprise de même taille et ayant des caractéristiques professionnelles (salaire, ancienneté, CSP) semblables aux siennes avant le plan social.

Enfin, les établissements dans lesquels les salariés retrouvent un emploi ont une valeur ajoutée plus faible, emploient moins de salariés, avec une forte proportion de CDD, et le taux d’investissement y est en moyenne, sur les six années après le plan social, 36 % inférieur à celui des établissements des salariés non licenciés. Or, nous disent Axelle Arquié et Thomas Grjebine, « un moindre investissement aujourd’hui risque de conduire à moins de croissance demain. Par ailleurs, dans la zone d’emploi après un licenciement massif, les parts d’intérimaires et de CDD dans l’emploi total sont respectivement 21 % et 47 % plus élevées six ans après le plan social. Le taux de chômage y est, quant à lui, supérieur de 12 % à celui d’une zone non touchée ».

Pour les auteurs de la note, « L’expérience de la désindustrialisation montre que les salariés et les territoires sont durablement affectés par un choc négatif sur le marché du travail et qu’il a été très difficile, voire impossible, pour les politiques publiques de réellement cibler les personnes touchées. En conséquence, compenser les “perdants” de la transition écologique, comme on espérait pouvoir le faire dans les années 2000 pour les “perdants” de la mondialisation, ne peut suffire ». Par conséquent, il n’y aurait pas d’autre solution que « de développer des politiques permettant de concilier décarbonation et renforcement des tissus industriels », autrement dit de déverser toujours plus d’argent public.

Pour réindustrialiser, il faut commencer par libéraliser

L’étude est intéressante, mais il nous semble qu’elle passe à côté de l’essentiel. Les auteurs, en effet, y critiquent la destruction créatrice schumpétérienne qui ne serait qu’une hypothèse fausse puisque les plans sociaux « n’ont pas permis de réallocations de main-d’œuvre bénéfiques pour l’économie locale ».

Cette vision découle d’un diagnostic erroné des raisons qui ont poussé les entreprises à licencier, voire à fermer des usines. Pour les auteurs, les restructurations sont principalement le fait du progrès technique, notamment de l’automatisation, et de la concurrence internationale.

Balayons très vite l’argument de l’automatisation qui ne tient pas. Comme l’ont rappelé Aghion, Antonin et Bunel dans « Le pouvoir de la destruction créatrice », « une hausse de 1 % de l’automatisation dans une usine augmente l’emploi de 0,25 % au bout de deux ans et de 0,4 % au bout de dix ans… même pour les travailleurs industriels non qualifiés ». L’automatisation entraîne aussi une augmentation des ventes et une baisse des prix. Aucune révolution technologique, écrivent-ils, « n’a produit le chômage de masse que certains avaient anticipé ». L’Iref a d’ailleurs souvent montré que les pays les plus robotisés étaient ceux qui avaient le moins de chômeurs.

L’argument de la concurrence internationale est plus pertinent. Mais si « entre 1970 et 2021 la part, en France, du secteur manufacturier dans le PIB a chuté de 23 % à 10 %, et celle dans l’emploi de 29 % à 11 % », c’est surtout parce que la France avait – et a encore largement – une fiscalité et un coût global du travail trop élevés, une bureaucratie tentaculaire, des normes et des réglementations envahissantes, qui entravent l’entreprenariat et corsètent l’innovation.

Les auteurs oublient également de mentionner le coût et la durée des restructurations – en moyenne un an dans une grande entreprise en France pour un coût de 200 000 € par personne – qui sont de véritables repoussoirs pour les investisseurs et les entrepreneurs. On pourrait aussi citer l’attitude de certains salariés qui, sous la houlette des syndicats, manifestent violemment et parfois dégradent l’outil de travail, séquestrent les dirigeants de l’entreprise, voire menacent de faire sauter l’usine. Comment, dans ces conditions, espérer séduire un nouvel employeur ?

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la destruction créatrice schumpétérienne ne peut se produire tant que nous n’aurons pas changé de politique. Plutôt que de distribuer des subventions qui ne créeront que peu d’emplois, allégeons les contraintes réglementaires et fiscales qui pèsent sur les entreprises. Bref, opérons un choc de compétitivité. C’est à ce prix que nous pourrons espérer, un jour, par exemple dépasser l’Estonie, le Luxembourg, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, la Suisse et les Pays-Bas en nombre de « licornes » (les grandes entreprises de demain) par million d’habitants.

21 mars, 2023

Les villes dirigées par les écologistes : un enfer !

 Par Philbert Carbon.

 

En 2020, Europe Écologie-Les Verts (EELV) a remporté les élections dans huit grandes villes : Annecy, Besançon, Bordeaux, Grenoble, Lyon, Poitiers, Tours et Strasbourg – sans compter celles où le parti appartient à la majorité municipale comme à Marseille, Montpellier, Nancy ou Paris. Presque trois ans après leur installation, leur bilan n’est guère brillant.

À peine élus, les maires écologistes ont défrayé la chronique avec des déclarations à l’emporte-pièce. On se souvient de Pierre Hurmic (Bordeaux) annonçant qu’on « ne mettra pas des arbres morts [i.e. des sapins] sur les places de la ville » au moment de Noël ; de Léonore Moncond’huy (Poitiers) affirmant que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants d’aujourd’hui » pour justifier la réduction des subventions municipales aux deux aéroclubs de la ville ; ou encore de Grégory Doucet (Lyon) s’en prenant au Tour de France qui véhiculerait « une image machiste du sport » et ne serait pas « écoresponsable » avec tous ses véhicules, ses déchets et tous « les petits objets, les goodies, les machins qui sont jetés par la caravane ».

 

Une gestion idéologique

Mais les édiles verts ne se contentent pas de parler. Ils agissent en ne perdant jamais de vue qu’ils mènent un combat idéologique.

À Grenoble, par exemple, le maire Éric Piolle (élu depuis 2014) a souhaité autoriser le burkini dans les piscines municipales et imposé le menu végétarien dans les cantines scolaires.

À Lyon, le menu sans viande est également préconisé, ainsi que le budget genré qui permettra de vérifier que les dépenses municipales bénéficient autant aux femmes qu’aux hommes.

À Bordeaux, la municipalité a mis en place un plan de prévention et de lutte contre les « LGBTphobies » prévoyant, entre autres, des passages piétons arc-en-ciel, l’illumination de la porte de Bourgogne aux couleurs arc-en-ciel chaque 17 mai (Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie), l’organisation d’un « Mois des fiertés » en juin.

À Tours, le maire Emmanuel Denis a prévu de bâtir une Maison de l’Hospitalité dédiée à l’accueil des migrants.

Dans le magazine municipal Poitiers Mag, Léonore Moncond’huy a fait la promotion de la manifestation publique organisée, les 17 et 18 septembre 2022, par l’association Alternatiba, au cours de laquelle les extrémistes d’Extinction Rébellion ont organisé des ateliers de désobéissance civile.

À Annecy, la mairie a installé des distributeurs de protections périodiques gratuites et biologiques, et se targue d’être la première ville de France à avoir porté et mis en place ce dispositif à l’échelle communale.

Quant à Anne Vignot, maire de Besançon, elle a introduit une clause de « bien-être animal » dans les marchés publics et a réalisé des travaux dans une des écoles de la ville en vue de désimperméabiliser la cour de la récréation et, par la même occasion, de la « dégenrer. »

On pourrait passer des pages et des pages à lister les actions de ces maires qui essaient tous, semble-t-il, d’être plus écolo-progressistes les uns que les autres. Deux sujets concentrent cependant leurs attaques : l’automobile et le logement.

 

Automobilistes et propriétaires dans le collimateur des édiles verts

Sans grande surprise, les maires écologistes s’en prennent aux automobilistes.

Tous construisent des pistes cyclables à tout-va comme à Tours, où le maire Emmanuel Denis, a fermé le pont Wilson aux voitures, un axe stratégique en plein centre-ville, au grand dam des commerçants qui voient l’accès à leur boutique compliqué. La ville reste cependant l’une des moins embouteillées de France.

Ce qui n’est pas le cas de Bordeaux qui vient de gagner deux places dans le TomTom Traffic Index 2023 pour s’installer au deuxième rang des villes comptant le plus d’heures de bouchons.

Ces embouteillages augmentent la pollution et le taux de CO2 que les écologistes disent vouloir combattre. TomTom a calculé qu’à Paris les bouchons sont responsables de plus de 13 % des émissions de CO2 liées au trafic routier.

Des villes polluées et congestionnées, voilà donc à ce jour le résultat des politiques municipales en faveur des « mobilité douces ». La mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) va peut-être régler le problème, au prix de l’exclusion de la plupart des Français des centres-villes.

L’autre ennemi du maire vert, c’est le propriétaire foncier.

Ainsi l’encadrement des loyers (limitation des augmentations) est appliqué à Paris, Lyon et Bordeaux et leur banlieue proche. D’autres agglomérations ont demandé à rejoindre ce club en 2023 comme Grenoble et Marseille. À Paris et Lyon, on applique aussi le plafonnement des loyers (fixation d’un montant maximal). Des mesures dont les effets néfastes apparaîtront bientôt au grand jour : pénurie de logements, augmentation de la fraude et de la délinquance, ségrégation sociale, mauvaise allocation des ressources, etc., comme l’a montré une étude du think tank suédois Timbro.

Les écologistes n’aiment pas non plus les locations touristiques de type Airbnb. Annecy, Bordeaux, Lyon, Marseille, Paris ont mis en place des restrictions pour les locations de courte durée. À Annecy, par exemple, le maire François Astorg a décidé de supprimer 52 % des meublés de tourisme (2200 au lieu de 4598 aujourd’hui).

Par ailleurs, sur les 1136 communes autorisées par le gouvernement à appliquer une majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, 255 l’ont effectivement mise en place. Parmi elles, Bordeaux, Grenoble, Lyon, Marseille et Paris ont décidé d’appliquer le taux maximal de majoration de 60 %. Ce sera bientôt le cas à Annecy.

Le matraquage des propriétaires se concrétise aussi par des taux de taxe foncière élevés. Alors qu’en 2021, le taux moyen (taxe foncière + taxe d’enlèvement des ordures ménagères) dans les cinquante plus grandes villes de France était de 52,02 %, il s’établissait à 64,62 % à Poitiers, à 63,02 % à Grenoble, à 55,87 % à Bordeaux.

Avec respectivement 50,29 % et 50,13 %, Strasbourg et Tours étaient dans la moyenne, quand Annecy, Besançon et Lyon pratiquaient des taux inférieurs à celle-ci. Mais cela risque de ne pas durer ! En 2022, la hausse moyenne de la taxe foncière était de 4,7 % dans les 200 plus grandes villes de France. Elle était de 16,3 % à Marseille, de 16 % à Tours, de 12,6 % à Strasbourg, de 8,8 % à Annecy. En 2023, la hausse sera de 52 % à Paris, de 25 % à Grenoble, de 14 % à Marseille, de 11,6 % à Tours, de 9 % à Lyon, de 5,3 % à Annecy, de 4,53 % à Bordeaux.

Les propriétaires n’ont pas fini de payer les lubies des maires écologistes et les locataires en subiront aussi les conséquences en voyant l’offre de logements à la location se raréfier.

 

La sécurité est oubliée

En matière de délinquance, c’est également la hausse qui prévaut.

Certes, les maires ne sont pas seuls responsables de la situation mais leur inaction dans ce domaine entraîne immanquablement une hausse de la délinquance. Hostiles aux polices municipales et à la vidéosurveillance au début de leur mandat, beaucoup d’entre eux sont en train de réviser leur jugement.

Il faut dire que Lyon, Bordeaux, Paris, Grenoble sont dans le top 10 des villes les plus dangereuses de France. Marseille et Montpellier ne sont pas loin. La délinquance a augmenté de 26,5 % à Lyon en 2021, de 7 % à Bordeaux, de 6 % à Strasbourg. Annecy, Besançon, Tours et Poitiers, de taille plus modeste, sont plus paisibles, mais la criminalité y progresse aussi : + 27,4 % à Tours ; + 15 % à Annecy ; + 7,8 % à Poitiers.

Ce sont notamment les questions de sécurité qui ont fait chuter Lori Lightfoot à Chicago. La maire n’a pas réussi à se faire réélire pour un second mandat. C’est la première fois qu’une telle chose arrive depuis 1983. C’est aussi la première fois que les Démocrates perdent la ville depuis 1931. Les électeurs ont sanctionné celle qui n’a pas empêché les homicides de progresser de 51 % et les carjackings de 204 % ! Peut-être ont-ils aussi voulu de se séparer d’une wokiste indécrottable : noire, féministe et homosexuelle, elle avait exigé, par exemple, en mai 2021, n’être interviewée que par des journalistes issus des minorités.

 

Les entreprises fuient les villes écolos

Lori Lightfoot menait également une politique écologiste déterminée. Le site internet de la ville indique que « Chicago est chef de file en matière d’initiatives environnementales innovantes, et le développement durable est au cœur de ses politiques. Du plan d’action climatique de Chicago aux investissements ciblés de la ville en matière d’efficacité énergétique, Chicago intègre le développement durable dans les lieux de travail, de vie, d’apprentissage et de loisirs de ses habitants, tout en se préparant à un avenir résilient ».

Politiques environnementalistes offensives, augmentation de l’insécurité, difficultés à se loger et à se déplacer… tout cela fait fuir les entreprises. Le milliardaire Kenneth Griffin, fondateur du hegde fund Citadel a ainsi annoncé qu’il transférait son siège social de Chicago à Miami en raison de l’augmentation de la criminalité et de la mauvaise gestion de l’État de l’Illinois. Caterpillar, Boeing et Tyson Foods ont, elles aussi, déjà quitté Chicago.

À Barcelone, la maire écologiste Ada Colau entend réduire le tourisme de masse et lutter contre la spéculation. Elle refuse d’agrandir l’aéroport, ferme certains lieux touristiques, sanctionne les entreprises pour mauvaise gestion des déchets. Airbnb est quasiment interdit. Des immeubles résidentiels appartenant à des banques ont été expropriés pour en faire des logements sociaux. Tout cela sur fond de velléités séparatistes au niveau régional.

Plus de 7000 entreprises ont ainsi quitté la Catalogne, dont la moitié pour la région de Madrid où les impôts sont moins élevés et le climat plus favorable aux affaires.

Il est encore trop tôt pour savoir si les villes françaises dirigées par les écologistes perdent leurs entreprises. Mais il n’est pas exclu que les effets observés à Barcelone et Chicago se produisent aussi à Grenoble, Tours ou Lyon.

28 février, 2022

Non, les actionnaires ne se gavent pas !

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Un article de l’IREF Europe.

Les entreprises du CAC 40 ont commencé à publier leurs résultats pour l’exercice 2021. Les premières annonces laissent croire que pour la première fois, les profits des 40 premières entreprises françaises vont dépasser, en cumul, les 100 milliards d’euros nets, un chiffre qui avait été frôlé en 2018. 

Le 10 février 2002, TotalEnergies a annoncé un résultat net de 13,5 milliards d’euros (multiplié par 4,4 par rapport à 2020) ; ArcelorMittal, plus de 13 milliards (contre plus de 640 millions de pertes en 2020) ; BNP Paribas, 9,5 milliards (+ 34,3 % par rapport à 2020) ; L’Oréal, 6,16 milliards (en hausse de 18,2 %) ; etc. 

La cuvée pourrait donc bien être exceptionnelle. 

Une bonne nouvelle… qui n’est pas partagée par tout le monde

Bien évidemment, il faut se réjouir de la bonne santé retrouvée des fleurons français après une année 2020 difficile à bien des points de vue. Tous ces bénéfices vont profiter à l’État qui va engranger une belle moisson d’impôts sur les sociétés et de taxes sur les dividendes. TotalEnergies a ainsi rappelé que le groupe reversait 30 % de sa valeur ajoutée aux États, et qu’il payait près de deux milliards d’euros de contributions diverses en France.  

Mais la gauche s’est déchaînée face à ces profits record. Le candidat écologiste Yannick Jadot a dénoncé, toujours à propos de TotalEnergies, ces bénéfices réalisés « sur le dos des Françaises et des Français » tandis que « les factures de gaz et d’essence qui augmentent, c’est au profit des actionnaires ». 

Les députés de La France Insoumise se sont lâchés : François Ruffin sur BFMTV a appelé à « stopper le gavage » des actionnaires pendant que son collègue Adrien Quatennens sur France Info dénonçait « la foire aux dividendes ». En meeting à Montpellier, dimanche 13 février 2022, Jean-Luc Mélenchon a critiqué le « parasitisme du capital ».  

Quelques jours avant, le 6 février, le communiste Fabien Roussel affirmait que la « France était la championne du monde de versement des dividendes ». C’est sans doute pour y remédier que, dans son programme présidentiel, il propose de rétablir l’impôt sur la fortune (ISF), tout comme ses camarades Mélenchon, Jadot, Hidalgo et… Le Pen. Certains veulent aussi créer un impôt progressif sur les sociétés en fonction du chiffre d’affaires et des résultats (Roussel et Mélenchon), supprimer la flat tax et imposer les revenus du capital comme ceux du travail (Mélenchon). 

À ces dividendes « scandaleux », dénoncés également par par Oxfam, Attac, Alternatives Économiques et les autres officines gauchistes – comme Libération qui titrait le 10 février : « 317 milliards, on partage ? Largement aidées par l’État, les plus grandes entreprises cotées en Bourse ont réalisé en 2021 des profits historiques qu’elles ont majoritairement reversés aux seuls actionnaires » –, s’ajoute la hausse des actions. En effet, le CAC 40 a progressé de 28,85 % en 2021, dépassant son plus haut historique vieux de 21 ans.  

Bref, tout concourt à accréditer l’idée que les actionnaires se gavent. Ce n’est pourtant pas vraiment le cas. 

Petite leçon d’économie pour les démagogues de la gauche

Rappelons qu’une entreprise peut réaliser des bénéfices une fois qu’elle a payé les salaires de ses collaborateurs, les factures de ses fournisseurs et sous-traitants, ses intérêts d’emprunt, les impôts et taxes divers. Si elle a trop dépensé – en tout cas davantage que ne lui a rapporté la vente de ses produits ou services – elle réalise des pertes. Les profits ne sont jamais certains. Un jour, ils sont élevés ; à d’autres moments, ils sont faibles, voire inexistants. Leur absence prolongée peut même conduire à la faillite.  

Avec ses profits, l’entreprise peut rémunérer les actionnaires, c’est-à-dire les détenteurs du capital. Ceux-ci sont rémunérés en dernier ressort. Par conséquent, ils ne sont jamais assurés que leur investissement leur rapportera quelque chose.  

Si les actionnaires perçoivent des dividendes, ce n’est pas pour autant que la richesse leur est assurée. En 2019, avant la crise, le rendement moyen des actions du CAC 40 était de 3,2 %. Il est encore trop tôt pour avoir une idée du rendement de 2021 (il faut attendre les assemblées générales des mois d’avril et mai), mais les premiers résultats laissent penser que celui-ci sera du même ordre. 

Par exemple, TotalEnergies a prévu de distribuer un dividende de 2,64 euros par action. Celle-ci cotait 51,29 euros la veille de l’annonce des résultats. Le rendement de l’action TotalEnergies est donc de 5,14 %. Pour BNP Paribas, le rendement est de 5,56 % (dividende de 3,67 euros et action à 66 euros). Pour ArcelorMittal, le coupon sera de 0,33 euros. Avec une action à 29,14 euros, le rendement est de 1,13 %. Et pour L’Oréal, il est de 1,30 %.  

Des rendements relativement faibles donc, à peine plus élevés pour certaines actions que celui du Livret A, alors que l’inflation fait son retour. Dans ces conditions, difficile d’affirmer que les actionnaires se gavent.  

Ils se gavent d’autant moins que le cours de l’action à la bourse chute du montant du dividende le jour où celui-ci est versé. Ainsi, si vous détenez une action cotée 100 euros et que vous recevez un coupon de 5 euros, votre action va automatiquement baisser à 95 euros. Le versement des dividendes fait toujours baisser l’action. L’actionnaire ne s’est donc pas enrichi : son patrimoine a la même valeur avant le détachement du coupon qu’après.  

Certes, le cours de l’action peut monter en bourse. Mais il peut baisser. Si, comme nous l’avons dit, le CAC 40 a progressé de 28,85 % en 2021, il n’a fait que retrouver son niveau de l’année 2000 ! En 2020, il a baissé de 7,14 % ; en 2018, de 10,95 % ; en 2011, de 16,95 % ; en 2008, de 42,68 %.  

Si on considère que le rendement moyen d’une action (dividende/cours) est de 3 %, il suffit d’une baisse de 3 % de son cours pour que sa rentabilité globale soit nulle. Et quand le marché plonge de plus de 42 %, il n’y a plus de rentabilité. 

Derrière la moyenne du CAC 40 se cachent aussi bien des disparités. Si l’action Hermès fait largement mieux que l’indice avec une progression de son cours de 74,7 % en 2021, il ne faut pas oublier que Vivendi a baissé de 56,9 %, Worldline de 37,7 %, Alstom de 15,2 %, Renault de 14,9 % ; Bouygues de 6,7 %, etc.  

Le mythe des 15 % de rentabilité des actionnaires

Derrière l’idée que les actionnaires se gavent, on retrouve une opinion largement répandue, notamment dans les médias, celle que les actionnaires exigeraient des entreprises une rentabilité de 15 % minimum.  

C’est une croyance qui s’est largement répandue chez les Français dont les connaissances économiques et financières sont très médiocres pour ne pas dire nulles et qui, de ce fait, cultivent une hostilité certaine envers l’économie de marché.  

Michel Albouy et Christophe Bonnet, professeurs à Grenoble École de Management, expliquent l’apparition de cette croyance dans les années 1990 par le contexte économique et institutionnel de l’époque : libéralisation des marchés financiers, arrivée massive de fonds d’investissement étrangers.  

Albouy et Bonnet ont analysé « les articles de la presse économique mentionnant la norme de 15 % de rentabilité et parus sur la période 1995-2016 dans six médias français (Le Monde, Le Figaro, Les Échos, L’Agefi quotidien, Alternatives Économiques et L’Expansion) et quatre journaux de langue anglaise (The Economist, Forbes, The Financial Times et The Wall Street Journal) ». Ils ont constaté que « les références à cette norme sont fréquentes dans les médias français mais absentes dans la presse anglo-saxonne ». 

Comme l’indiquent Michel Albouy et Christophe Bonnet dans un article de la revue Finance Contrôle Stratégie, le mythe a été renforcé par un rapport de 2002 du Commissariat général du Plan, intitulé « Rentabilité et risque dans le nouveau régime de croissance ».

L’auteur, Dominique Plihon « martèle l’existence d’une norme de 15 % de ROE (ndlr : return on equity ou rentabilité des capitaux propres) fixée par les actionnaires (29 fois au total, dont 6 dans l’introduction !), sans que, sur ce point précis, aucune référence (déclaration de dirigeant ou d’actionnaire, enquête, article académique…) ne soit indiquée. L’existence de la norme y est affirmée sans aucun élément de preuve. Le mythe des 15 % est ensuite peu remis en cause et devient un outil de la critique du capitalisme, un symbole de l’avidité supposée des actionnaires ». 

Certes, il est vrai que les fonds d’investissement fixent souvent un objectif de gain de 15 % par an dans les investissements qu’ils accompagnent, mais les objectifs sont loin d’être toujours réalisés et ce rendement rémunère aussi leur assistance à la société dans laquelle ils ont investi. 

Malheureusement, les Français croient en de nombreux autres mythes économiques.

Albouy et Bonnet écrivent :

La recherche nous montre que ces fausses croyances ont des conséquences négatives : décisions non optimales par les investisseurs, mise en place de régulations inadaptées. Plus généralement, elles contribuent à l’inculture économique et financière qui nuit à l’innovation et à la qualité du dialogue social.  

Décidément, la baisse continue de la qualité de l’enseignement français n’a pas fini de faire des ravages… et le lit du gauchisme. 

19 janvier, 2021

Les pays les plus libres connaissent des crises économiques moins graves

 Les pays qui subiront le moins fortement la crise en 2020 sont ceux qui présentent les indices de liberté économique les plus élevés.

Un article de l’Iref-Europe

Il y a quelques semaines, en rapprochant les prévisions de l’OCDE en termes de croissance et l’indice de liberté économique (Index of economic freedom) publié chaque année par Heritage Foundation, nous affirmions que les pays qui subiront le moins fortement la crise en 2020 sont ceux qui présentent les indices de liberté économique les plus élevés.

Christian Bjørnskov, professeur d’économie à l’université d’Aarhus au Danemark, confirme nos propos dans une étude1 qu’il vient de réaliser pour notre confrère Timbro, un think tank suédois.

L’ÉTAT À L’ORIGINE DE LA CRISE

Bjørnskov rappelle d’abord que dans la plupart des pays, les gouvernements ont augmenté les dépenses publiques pour soutenir les entreprises à l’occasion de la pandémie de Covid-19 et de ses suites, il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont aussi à l’origine des entraves à la liberté de commercer que nous connaissons encore actuellement.

La plupart des politiciens et de nombreux économistes plaident pour un renforcement accru du rôle de l’État dans l’économie pour dépasser la crise. D’autres économistes et des politiciens peu nombreux, tel Stephen Harper, ancien Premier ministre canadien, soutiennent que la puissance publique devrait jouer un rôle beaucoup plus restreint dans l’économie afin de ne pas faire obstacle à la création de nouvelles entreprises et au dynamisme économique.

Le débat est bien entre une grande liberté économique ou une liberté économique restreinte par les interventions étatiques. Pour les keynésiens, certaines crises peuvent être dues à des défaillances du marché et les interventions politiques et le contrôle de l’économie permettent d’y faire face.

De l’autre côté, les économistes libéraux (par exemple Buchanan et Tullock) affirment que les gouvernements ne disposent pas des informations nécessaires pour agir car de nombreux intérêts particuliers leur fournissent des informations biaisées dans le but d’obtenir des réglementations à leur avantage immédiat. Ces réglementations réduisent les investissements et faussent l’allocation des ressources, et donc peuvent conduire à des crises plus profondes et à une reprise plus lente.

Autre effet pervers : des groupes d’intérêts – composés d’entreprises, mais aussi de syndicats, par exemple s’opposant aux licenciements – se forment pour empêcher des réformes qui les pénaliseraient. Mais l’absence de réformes, ou des réformes incomplètes, contribue à maintenir en vie des entreprises qui deviennent de plus en plus fragiles et de moins en moins rentables. Celles-ci, en cas de crise, disparaissent et rendent la crise beaucoup plus profonde encore.

Enfin la réglementation et le manque de liberté économique ne favorisent pas l’activité entrepreneuriale. Or les entrepreneurs sont essentiels après une crise car ce sont eux qui créent des emplois et permettent de réduire le chômage. Un tissu entrepreneurial insuffisant peut prolonger et accentuer la crise.

LA LIBERTÉ ÉCONOMIQUE LIMITE LES CRISES

Mais Bjørnskov, préfère s’en remettre à ce qu’il appelle « la petite littérature empirique » plutôt qu’aux théories économiques. Cette littérature montre que « la liberté économique est systématiquement associée de manière négative au risque de crise ainsi qu’à sa gravité ».

Christian Bjørnskov (2016) a comparé 212 crises entre 1993 et 2008 et a constaté que les sociétés économiquement moins libres connaissent généralement des crises économiques plus profondes avec des reprises plus lentes.

Ses travaux rejoignent ceux de Baier (2012) qui a observé que des niveaux plus élevés de liberté économique rendent les crises bancaires générales moins probables, et l’étude de Shehzad et Haan (2009) qui a montré comment une liberté économique accrue sur les marchés financiers est associée à un risque réduit de crise systémique.

L’étude réalisée pour Timbro actualise les travaux précédents de Bjørnskov en s’appuyant sur 389 crises survenues entre 1993 et 2017, et confirme que « la liberté économique a des effets négatifs à la fois sur le risque de crise et la profondeur de la crise ».

Précisons que Bjørnskov définit la crise comme « un événement où la croissance annuelle tombe en dessous de -0,2 % ». Indiquons également qu’il se concentre sur quatre aspects de la crise :

  • le risque d’entrer en crise ;
  • le nombre d’années pendant lesquelles le PIB réel par habitant diminue ;
  • la profondeur de la crise (écart entre le pic et le creux du PIB par habitant) ;
  • le temps de reprise (nombre d’années nécessaires pour retrouver le PIB d’avant-crise).

Ces données sont ensuite comparées à l’indice de liberté économique développé par Heritage Foundation.

Le professeur Bjørnskov, après avoir examiné l’ensemble des données recueillies (2653 observations par pays et par année pour 389 crises distinctes), en conclut que les pays situés en dessous du niveau médian de liberté économique ont connu en moyenne une année supplémentaire de croissance négative au cours de la période 1993-2017 par rapport à ceux situés au-dessus de la médiane de liberté économique.

De même, pendant les crises, le premier groupe a connu une baisse moyenne des revenus réels de 8,3 %, alors que la perte de revenus dans les pays plus libres s’élevait en moyenne à 5,4 %.

Le graphique ci-dessous résume les travaux de Bjørnskov. En moyenne, tous pays confondus, le risque de crise est de 15 %. Les pays ayant un niveau de liberté économique inférieur de dix points à la moyenne ont un risque de crise de 18,4 %, tandis que ceux ayant un niveau de liberté économique supérieur de dix points à la moyenne sont confrontés à un risque moyen de 12,7 %.

Estimation du risque de crise et de la profondeur de la crise par degré de liberté économique

Lorsque la crise survient, la perte moyenne de revenus est de 10 % du PIB. Les pays ayant un niveau de liberté économique inférieur de dix points à la moyenne sont susceptibles de connaître une baisse de 12 %, tandis que ceux ayant un niveau de liberté économique supérieur de dix points à la moyenne connaît une baisse de 8 %.

Pour illustrer ses propos, Christian Bjørnskov prend l’exemple de l’Autriche, pays classé parmi les plus libres. Si l’Autriche descendait dans l’indice de liberté économique de Heritage Foundation pour rejoindre l’Argentine, classée parmi les moins libres, le risque qu’elle connaisse une crise augmenterait de près de 50 %. Et la survenue d’une crise entraînerait une chute du PIB autrichien par habitant de 2000 dollars (alors qu’il est aujourd’hui d’environ 50 000 dollars). Réglementer conduit bien à davantage de crises qui, lorsqu’elles surviennent, sont plus graves et plus coûteuses.

La conclusion s’impose donc d’elle-même : les gouvernements devraient cesser de réglementer l’économie et arrêter de s’illusionner sur ce qu’eux et leur administration sont capables de faire.

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Sur le web

  1. Christian Bjørnskov, « Economically free countries have fewer and less severe economic crises », Timbro Briefing Paper n°29, 11 novembre 2020. ↩