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12 janvier, 2022

Le socialisme est incompatible avec la liberté

 Par Nicolas Jutzet.

Un article de Liber-Thé

Le socialisme conserve un grand pouvoir de séduction et il bénéficie actuellement d’un retour à la mode particulier sous le couvert de diverses revendications sociales, écologiques et économiques. Entre plan de relance, mesures collectivistes et toute-puissance de l’État, il prend différentes formes.

Pourtant, cette idéologie a échoué dans le passé et continuera de le faire, pour deux raisons principales : c’est un système immoral et irréaliste. C’est sa nature qui explique ses échecs et non l’intensité de son application.

Le socialisme dont nous parlons – qui poursuit les idéaux de justice sociale et d’égalité – n’est pas affaire de parti et les questions que nous traiterons ici n’ont que peu de choses en commun avec celles qui font l’objet des conflits entre familles politiques.

Nous allons clarifier en quoi le socialisme et les idées qui le sous-tendent sont incompatibles avec les principes d’une société libre.

Le socialisme et sa volonté de modifier la nature humaine

Pour différencier le socialisme et le libéralisme, on peut faire la distinction entre le collectivisme d’une part et l’individualisme d’autre part.

L’attitude du collectiviste consiste à penser qu’on peut « modeler » une société selon ses propres vœux, qu’on peut la conduire comme on le ferait d’une machine. C’est l’approche adoptée par le socialisme, dans laquelle on veut imposer sa vision de la société idéale aux autres.

À l’opposé, l’individualiste ou le libéral laisse la société évoluer librement, même si cette réalité est liée à une certaine imprévisibilité des résultats. Le libéral souhaite respecter l’individu en tant que tel, reconnaître que ses opinions et ses goûts n’appartiennent qu’à lui, dans sa sphère. L’égalitarisme est une forme connue d’application concrète de projet collectiviste.

Il existe deux visions différentes de l’égalité : l’égalité face à la loi et l’égalité des résultats. Ces revendications sont antinomiques. La première approche constitue l’un des fondements du libéralisme, car elle postule que tous les individus sont égaux devant la loi. La seconde école, qui vise l’égalité des résultats défend une vision de la société qui nécessite un interventionnisme fort dans les processus naturels de vie en commun.

La différence entre les deux types de vision est fondamentale. C’est la même qu’entre poser des panneaux indicateurs et imposer aux gens la route à prendre. En interférant dans le cours des choses, pour imposer des résultats conformes au modèle défendu par les détenteurs du pouvoir, cette approche est en réalité extrêmement injuste, car elle place sur un pied d’égalité ceux qui souhaitent vivre de leurs efforts et s’en donner les moyens, et ceux qui profitent du fait que chacun a droit à la même récompense, et qui vivent sur le dos des efforts d’autrui.

Le socialisme est par nature immoral

Comme nous avons pu le voir, le socialisme place l’entité collective (la nation, la classe, le groupe etc.) avant l’individu et ses droits. Au nom d’un but commun, le groupe peut le sacrifier à son gré, car l’intérêt collectif est supérieur.

Le libéralisme rejette la substitution de l’individu par le groupe et réfute la notion d’un « intérêt général », tout simplement car il ne peut pas exister. Car comme tous les individus sont uniques et ont des préférences diverses et variées, il est impossible d’affirmer qu’il existe un « intérêt général ». Prétendre le contraire, c’est faire preuve d’une arrogance et d’une ambition aussi vertigineuses qu’illusoires.

En affirmant et en imposant un but collectif au nom d’une destinée prétendument d’intérêt général, on nie le fait que chaque individu peut avoir des préférences différentes qui sont elles aussi légitimes et qui méritent d’être respectées. Le socialisme s’attaque donc au fondement de nos sociétés libres et fait preuve d’un profond mépris pour l’individu.

Comme l’affirme Alain Laurent, « ce qui caractérise les systèmes qui portent le nom de socialisme, c’est une tentative continue, variée, incessante, pour mutiler, pour écourter, pour gêner la liberté humaine de toutes les manières ; c’est l’idée que l’État ne doit pas seulement être le directeur de la société, mais doit être, pour ainsi dire, le maître de chaque homme[…]son maître, son précepteur, son pédagogue ; que de peur de le laisser faillir, il doit se placer sans cesse à côté de lui, au-dessus de lui, autour de lui, pour le guider, le garantir, le retenir, le maintenir ; en un mot, c’est la confiscation de la liberté humaine ».

Pour toutes ces raisons, le socialisme est avant tout, immoral.

Le planisme est avant tout un échec économique

En plus d’être une doctrine immorale, le socialisme a toujours échoué dans son application. Sa principale erreur étant sa volonté de planifier de façon centralisée les actions d’une communauté.

Le fait de vouloir anticiper les activités d’un groupe, ou à l’échelle individuelle, n’est pas en soi une démarche problématique. Elle répond même à une volonté somme toute raisonnable de gérer des ressources de façon rationnelle. La controverse porte sur le meilleur moyen de le faire.

Pour les collectivistes, il ne suffit pas de mettre en place des institutions et un cadre légal qui offrent aux individus et aux groupes la possibilité de prévoir de façon rationnelle leurs activités.

Car cette approche libérale ne permet pas de viser un objectif préalablement défini sur le plan politique. Ils appellent de leurs vœux une direction centralisée de toute l’activité économique, avec un but à atteindre.

L’échec du planisme centralisé est explicable par son absence de mécanisme transparent de fixation des prix. Sans concurrence ni processus de remise en question des prix, il est impossible de déterminer le coût et le rendement d’une activité et de s’appuyer sur cette réalité pour décider de la pertinence de son idée.

Cette seule raison suffirait déjà à montrer que le socialisme est irréalisable et qu’il mènera à des inefficacités. Car sans « signal prix » qui peut indiquer à quel point un produit est désiré par autrui, il est impossible de définir l’utilité réelle qu’il représente aux yeux des consommateurs.

Arbitraire et pouvoir politique

Dans un tel système, tout est arbitraire et donc sujet à une lutte de pouvoir politique.

Dans les systèmes d’économie de marché libéraux, la rencontre entre l’offre et la demande permet de régler de façon décentralisée les échanges entre les individus. Ces échanges spontanés se basent sur la libre variation des prix. Leur fixation autoritaire par la collectivité entraîne toujours une conséquence économique.

Si le prix fixé est trop élevé : une surproduction est inévitable, car l’incitatif est clair. Il faut produire davantage, car le niveau de prix est garanti, même au-delà de l’utilité réelle pour les gens.

Dans l’autre sens, en cas de prix fixé de manière centralisée à un niveau trop bas, la demande excèdera l’offre. Ici, une pénurie surviendra. Car personne n’aura une incitation à fournir d’autres produits à un tel prix.

Ce genre de situation est inévitable dans des économies planifiées.

L’économie de marché ne fonctionne donc pas sous le socialisme, car la collectivité se substitue de façon rigide aux individus et à la fixation décentralisée des prix. Donner ce pouvoir exorbitant à la collectivité, c’est confier une tâche irréaliste à une petite minorité privilégiée qui peut fixer des prix pour tous, sans être capable de prendre en compte les sensibilités de chaque personne du groupe.

En résumé : l’économie de marché décentralise le pouvoir de décision, en le donnant à chaque individu, le socialisme le centralise et laisse la porte ouverte à une dérive clientéliste qui est, en définitive, tout sauf sociale, puisqu’elle bénéficie à une partie de la population déjà favorisée : les groupes qui ont un accès privilégié au pouvoir politique.

Malgré son immoralité intrinsèque et son absence de réalisme sur le plan économique, ce courant de pensée continue de trouver des adeptes. Ce que disait Ludwig von Mises « le socialisme n’a pas échoué en raison de résistances idéologiques, il reste l’idéologie dominante. Il a échoué car il est irréalisable » est toujours d’actualité.

Plus que jamais ? Combattre le socialisme n’est pas qu’une affaire d’économie, mais avant tout une question morale.

26 juin, 2021

L’incroyable histoire de l’île de la Rose : un petit conte libéral sur Netflix

 Basé sur une histoire vraie, « L’incroyable histoire de l’Île de la Rose » nous fait découvrir un aventurier audacieux, Giorgio Rosa, et son île artificielle. Une sorte de John Galt moderne.

Par Nicolas Jutzet.
Un article de Liber-thé

Aujourd’hui encore, selon certains, La Grève, le roman culte d’Ayn Rand fait partie des livres qui ont le plus d’influence aux États-Unis. Son impact a largement dépassé les frontières américaines et fait office de véritable soft-power en faveur de la liberté, en mettant en valeur les entrepreneurs dans leur rôle de force motrice des économies libérales.

En expliquant parfaitement la dynamique négative qui s’installe dans une société qui se collectivise, Ayn Rand a sans doute fait beaucoup plus pour la liberté que la plupart des politiciens se disant libéraux. On lui doit une sorte de pop culture libérale.

IL MANQUE DES HÉROS DE LA LIBERTÉ

Depuis, d’autres histoires et valeurs ont remplacé John Galt – le héros du roman – dans l’imaginaire collectif et la liberté semble parfois souffrir d’un déficit d’image. Il manque des héros de la liberté qui parviennent à convaincre le grand public par l’exemple de ses bienfaits.

Publiée en octobre 2020 sur Netflix, L’incroyable histoire de l’Île de la Rose semble avoir le potentiel pour combler au moins partiellement cette lacune. Basé sur une histoire vraie, le film nous fait découvrir un aventurier audacieux, Giorgio Rosa et son île artificielle. Une sorte de John Galt moderne.

Dans les années soixante, lassé par la bureaucratie italienne qui étouffe sa créativité, il est face à un dilemme : quitter son pays et trouver refuge dans un pays plus libre, ou mettre en place son utopie. Il finira par créer une île artificielle au large de Rimini, dans les eaux internationales.

En se plaçant en dehors des eaux territoriales, il sait que la juridiction de l’Italie n’est pas applicable. L’Île de la Rose – qu’il imagine comme un territoire libre et indépendant – est née, et devient rapidement une attraction touristique, avec son bureau de poste, ses timbres, son drapeau et même une langue, l’espéranto, la langue « internationale ».

LES ÉTATS DÉTESTENT LA CONCURRENCE

Cette petite sensation ne durera pas. Les États ne supportent que très mal les alternatives qui émergent et la mise en concurrence. Pour le gouvernement italien, l’île de la Rose devient un problème politique qu’il faut mater.

Pour mieux comprendre cette réaction épidermique, il faut inscrire l’aventure de Giorgio Rosa dans son époque, celle de Mai 68 et de l’évolution des mœurs. Cette île libre incarne tout ce qui énerve l’élite politique d’alors. À peine 55 jours après la déclaration de son indépendance, la marine italienne met un terme brutal au projet, en prenant possession de l’île. Giorgio Rosa et ses compagnons d’aventure dénoncent un coup d’État. Rien n’y fera, c’est terminé.

Des plongeurs de la marine italienne finiront par faire exploser la plateforme, petit havre de liberté au milieu de l’eau. L’île de la Rose disparaîtra presque aussi vite qu’elle est apparue… Elle est tombée dans l’oubli et plus de 50 ans plus tard c’est Netflix qui fait revivre avec son film l’épopée de Giorgio Rosa, le John Galt italien.

Face à des institutions moralement disqualifiées, quoi de plus libéral que de prendre ses responsabilités et de créer sa propre aventure, avec ses propres règles ? Une série – Passeport pour la liberté – s’intéresse à ces différentes alternatives aux États modernes qui existent.

Dans le roman d’Ayn Rand, les personnes créatives finissent par se retirer de la société et se regroupent dans un endroit secret, quasiment inaccessible, pour y créer une nouvelle communauté, qui correspond à leur idéal. Le temps de passer aux actes ?

Ce mois-ci, Liber-thé fait gagner le livre « La petite Bédéthèque des Savoirs. Le Libéralisme, enquête sur une galaxie floue ». Pour participer au concours : cliquez-ici.

05 mars, 2021

« Pourquoi je ne suis pas conservateur »

Qu’est-ce qui différencie le libéralisme du conservatisme ? Petite réflexion à partir d’un texte classique de Friedrich Hayek.


Parmi les reproches faits au libéralisme par le grand public, revient souvent l’idée qu’il serait conservateur, qu’il souhaite freiner le progrès, notamment social. En bref, qu’il défendrait les intérêts du statu quo.

Pour répondre à cette accusation, il s’avère nécessaire d’en comprendre les fondements. Dans Pourquoi je ne suis pas un conservateurFriedrich Hayek identifiait déjà parfaitement le problème :

En une époque où presque tous les mouvements réputés progressistes recommandent des empiétements supplémentaires sur la liberté individuelle, ceux qui chérissent la liberté consacrent logiquement leur énergie à l’opposition. En cela, ils se trouvent la plupart du temps dans le même camp que ceux qui d’habitude résistent aux changements.

Il serait de fait simpliste de réfuter sans autre argument ce reproche, car il s’appuie sur une part de vérité incontestable. Rappelons d’abord qu’un libéral ne se positionne pas pour ou contre le conservatisme : il peut à la fois être conservateur sous un certain plan, ce qui peut être résumé par l’affirmation de Mathieu Laine selon laquelle « le libéralisme est la seule idéologie qui n’aspire pas à changer l’Homme mais à le respecter », et progressiste sous un autre, car comme le rappelle Hayek « le libéralisme n’est hostile ni à l’évolution ni au changement ; et là où l’évolution spontanée a été étouffée par des contrôles gouvernementaux, il réclame une profonde révision des mesures prises ».

Ce qui unit les libéraux, c’est d’abord le primat de la liberté et de l’ordre spontané qui en jaillit. Tant les conservateurs que les socialistes abhorrent les conséquences de cette spontanéité et tentent d’y remédier.

CONSERVATISME VERSUS LIBÉRALISME

Le premier point qui différencie les libéraux et les conservateurs est leur approche du changement.

Selon Hayek :

L’un des traits fondamentaux de l’attitude conservatrice est la peur du changement, la méfiance envers la nouveauté en tant que telle, alors que l’attitude libérale est imprégnée d’audace et de confiance, disposée à laisser les évolutions suivre leur cours même si on ne peut prévoir où elles conduisent.

Dans son analyse, il admet volontiers que cette prudence face au changement, notamment des institutions, peut parfois être légitime. L’opposition devient problématique quand elle justifie un usage des pouvoirs politiques pour y remédier. Les conservateurs souhaitent mettre les institutions au service de leur vision sociétale.

L’usage de la force est un deuxième élément qui oppose libéraux et conservateurs.

Pour Hayek :

[Il existe]une complaisance typique du conservateur envers l’action de l’autorité établie, et sa préférence pour le fait que celle-ci ne soit pas affaiblie par le traçage de limites définies. Cela est difficilement compatible avec la protection de la liberté. En général, on peut sans doute dire que le conservateur ne voit rien à redire à l’usage de la contrainte ou au recours à l’arbitraire, dès lors que l’intention est de servir ce qu’il considère comme des buts louables.

Ce penchant indique que comme les socialistes, les conservateurs combattent en premier lieu pour le pouvoir et non pour le limiter.

Hayek ajoute :

Comme le socialiste, le conservateur se considère autorisé à imposer aux autres par la force les valeurs qu’il révère.

Cette réalité permet de mettre en lumière ce qui différencie fondamentalement le libéralisme du conservatisme mais aussi du socialisme : son humilité.

Cette dernière se révèle dans le fait que pour Hayek :

Le libéral admet son ignorance et reconnaît que nous savons bien peu de choses sans pour autant invoquer l’autorité de sources surnaturelles de connaissance lorsque sa raison se révèle impuissante.

En décidant de laisser faire, le libéral fait preuve de tolérance, car il prend un risque, contrairement aux autres, qui souhaitent tordre la nature humaine par la loi, pour atteindre leur but sociétal.

De fait, toujours selon Hayek :

On pourrait dire qu’il lui faut un certain degré d’humilité pour laisser les autres chercher leur bonheur à leur guise, et pour adhérer de façon constante à cette tolérance qui caractérise essentiellement le libéralisme.

Certes, certains conservateurs reconnaissent en partie des mérites au libéralisme, comme le fait Roger Scruton dans son livre De l’urgence d’être conservateur, où il affirme que « le grand cadeau du libéralisme politique à la civilisation occidentale est d’avoir trouvé les conditions dans lesquelles le dissident est protégé et l’unité religieuse remplacée par une discussion rationnelle entre adversaires ».

Mais rapidement, ils prennent leurs distances, en rappelant que « le rôle de l’État doit être à la fois moins que ce que les socialistes requièrent et plus que ce que les libéraux classiques acceptent. » Car, toujours selon Scruton, « l’État a un rôle, celui de protéger la société civile de ses premiers ennemis externes et de ses désordres internes ».

Cette affirmation nous ramène à la bienveillance pour l’autorité et à l’acceptation de l’ingérence politique dans la vie des individus, dénoncée par Hayek.

On voit ainsi que leur différence avec les collectivistes de gauche n’est qu’une différence de degré et non de principe. Ils tirent sur la même corde, juste pas dans le même sens. Ce qui irrite le conservateur dans le changement n’est bien souvent pas le fond, mais le rythme. On peut ainsi dire que le conservateur est un socialiste qui roule moins vite sur l’autoroute du progrès. Il croit, comme lui, à l’utilité de l’État et au primat du collectif sur l’individu. Les deux sont dangereux pour la liberté.

Le libéral, lui, souhaite dépolitiser les relations humaines en assumant les conséquences et les tensions que cette liberté peut créer.

Hayek en conclut :

La caractéristique la plus frappante du libéralisme, celle qui le distingue tout autant du conservatisme que du socialisme, est l’idée que les convictions morales qui concernent des aspects du comportement personnel n’affectant pas directement la sphère protégée des autres personnes, ne justifient aucune intervention coercitive.

De son côté, Deirdre McCloskey présente le libéralisme comme étant un autre mot pour « l’adultisme », car ce courant de pensée affirme qu’il faut traiter tout le monde comme des adultes libres, à égalité en termes de droits.

À la lecture traditionnelle gauche-droite de l’échiquier politique, il faudrait opposer un système à trois pôles, car le libéralisme évolue en dehors de cette grille de lecture.

Pendant que les conservateurs et les socialistes s’engagent pour la liberté économique ou sociétale, les libéraux font la jonction entre les deux, jugeant que toutes les libertés sont à défendre, et qu’elles n’ont pas à faire l’objet d’arbitrage politique. Au lieu de se battre pour restreindre partiellement la liberté selon leurs envies, les libéraux s’engagent pour lui donner un maximum de place pour respirer.

Concours du mois – Gagnez le livre de Friedrich Hayek Droit, législation et liberté

05 octobre, 2020

Le socialisme est incompatible avec la liberté

 Combattre le socialisme n’est pas qu’une affaire d’économie, mais avant tout une question morale.

Un article de Liber-Thé

Le socialisme conserve un grand pouvoir de séduction et il bénéficie actuellement d’un retour à la mode particulier sous le couvert de diverses revendications sociales, écologiques et économiques. Entre plan de relance, mesures collectivistes et toute-puissance de l’État, il prend différentes formes.

Pourtant, cette idéologie a échoué dans le passé et continuera de le faire, pour deux raisons principales : c’est un système immoral et irréaliste. C’est sa nature qui explique ses échecs et non l’intensité de son application.

Le socialisme dont nous parlons – qui poursuit les idéaux de justice sociale et d’égalité – n’est pas affaire de parti et les questions que nous traiterons ici n’ont que peu de choses en commun avec celles qui font l’objet des conflits entre familles politiques.

Nous allons clarifier en quoi le socialisme et les idées qui le sous-tendent sont incompatibles avec les principes d’une société libre.

LE SOCIALISME ET SA VOLONTÉ DE MODIFIER LA NATURE HUMAINE

Pour différencier le socialisme et le libéralisme, on peut faire la distinction entre le collectivisme d’une part et l’individualisme d’autre part.

L’attitude du collectiviste consiste à penser qu’on peut « modeler » une société selon ses propres vœux, qu’on peut la conduire comme on le ferait d’une machine. C’est l’approche adoptée par le socialisme, dans laquelle on veut imposer sa vision de la société idéale aux autres.

À l’opposé, l’individualiste ou le libéral laisse la société évoluer librement, même si cette réalité est liée à une certaine imprévisibilité des résultats. Le libéral souhaite respecter l’individu en tant que tel, reconnaître que ses opinions et ses goûts n’appartiennent qu’à lui, dans sa sphère. L’égalitarisme est une forme connue d’application concrète de projet collectiviste.

Il existe deux visions différentes de l’égalité : l’égalité face à la loi et l’égalité des résultats. Ces revendications sont antinomiques. La première approche constitue l’un des fondements du libéralisme, car elle postule que tous les individus sont égaux devant la loi. La seconde école, qui vise l’égalité des résultats défend une vision de la société qui nécessite un interventionnisme fort dans les processus naturels de vie en commun.

La différence entre les deux types de vision est fondamentale. C’est la même qu’entre poser des panneaux indicateurs et imposer aux gens la route à prendre. En interférant dans le cours des choses, pour imposer des résultats conformes au modèle défendu par les détenteurs du pouvoir, cette approche est en réalité extrêmement injuste, car elle place sur un pied d’égalité ceux qui souhaitent vivre de leurs efforts et s’en donner les moyens, et ceux qui profitent du fait que chacun a droit à la même récompense, et qui vivent sur le dos des efforts d’autrui.

LE SOCIALISME EST PAR NATURE IMMORAL

Comme nous avons pu le voir, le socialisme place l’entité collective (la nation, la classe, le groupe etc.) avant l’individu et ses droits. Au nom d’un but commun, le groupe peut le sacrifier à son gré, car l’intérêt collectif est supérieur.

Le libéralisme rejette la substitution de l’individu par le groupe et réfute la notion d’un « intérêt général », tout simplement car il ne peut pas exister. Car comme tous les individus sont uniques et ont des préférences diverses et variées, il est impossible d’affirmer qu’il existe un « intérêt général ». Prétendre le contraire, c’est faire preuve d’une arrogance et d’une ambition aussi vertigineuses qu’illusoires.

En affirmant et en imposant un but collectif au nom d’une destinée prétendument d’intérêt général, on nie le fait que chaque individu peut avoir des préférences différentes qui sont elles aussi légitimes et qui méritent d’être respectées. Le socialisme s’attaque donc au fondement de nos sociétés libres et fait preuve d’un profond mépris pour l’individu.

Comme l’affirme Alain Laurent, « ce qui caractérise les systèmes qui portent le nom de socialisme, c’est une tentative continue, variée, incessante, pour mutiler, pour écourter, pour gêner la liberté humaine de toutes les manières ; c’est l’idée que l’État ne doit pas seulement être le directeur de la société, mais doit être, pour ainsi dire, le maître de chaque homme[…]son maître, son précepteur, son pédagogue ; que de peur de le laisser faillir, il doit se placer sans cesse à côté de lui, au-dessus de lui, autour de lui, pour le guider, le garantir, le retenir, le maintenir ; en un mot, c’est la confiscation de la liberté humaine ».

Pour toutes ces raisons, le socialisme est avant tout, immoral.

LE PLANISME EST AVANT TOUT UN ÉCHEC ÉCONOMIQUE

En plus d’être une doctrine immorale, le socialisme a toujours échoué dans son application. Sa principale erreur étant sa volonté de planifier de façon centralisée les actions d’une communauté.

Le fait de vouloir anticiper les activités d’un groupe, ou à l’échelle individuelle, n’est pas en soi une démarche problématique. Elle répond même à une volonté somme toute raisonnable de gérer des ressources de façon rationnelle. La controverse porte sur le meilleur moyen de le faire.

Pour les collectivistes, il ne suffit pas de mettre en place des institutions et un cadre légal qui offrent aux individus et aux groupes la possibilité de prévoir de façon rationnelle leurs activités.

Car cette approche libérale ne permet pas de viser un objectif préalablement défini sur le plan politique. Ils appellent de leurs vœux une direction centralisée de toute l’activité économique, avec un but à atteindre.

L’échec du planisme centralisé est explicable par son absence de mécanisme transparent de fixation des prix. Sans concurrence ni processus de remise en question des prix, il est impossible de déterminer le coût et le rendement d’une activité et de s’appuyer sur cette réalité pour décider de la pertinence de son idée.

Cette seule raison suffirait déjà à montrer que le socialisme est irréalisable et qu’il mènera à des inefficacités. Car sans « signal prix » qui peut indiquer à quel point un produit est désiré par autrui, il est impossible de définir l’utilité réelle qu’il représente aux yeux des consommateurs.

ARBITRAIRE ET POUVOIR POLITIQUE

Dans un tel système, tout est arbitraire et donc sujet à une lutte de pouvoir politique.

Dans les systèmes d’économie de marché libéraux, la rencontre entre l’offre et la demande permet de régler de façon décentralisée les échanges entre les individus. Ces échanges spontanés se basent sur la libre variation des prix. Leur fixation autoritaire par la collectivité entraîne toujours une conséquence économique.

Si le prix fixé est trop élevé : une surproduction est inévitable, car l’incitatif est clair. Il faut produire davantage, car le niveau de prix est garanti, même au-delà de l’utilité réelle pour les gens.

Dans l’autre sens, en cas de prix fixé de manière centralisée à un niveau trop bas, la demande excèdera l’offre. Ici, une pénurie surviendra. Car personne n’aura une incitation à fournir d’autres produits à un tel prix.

Ce genre de situation est inévitable dans des économies planifiées.

L’économie de marché ne fonctionne donc pas sous le socialisme, car la collectivité se substitue de façon rigide aux individus et à la fixation décentralisée des prix. Donner ce pouvoir exorbitant à la collectivité, c’est confier une tâche irréaliste à une petite minorité privilégiée qui peut fixer des prix pour tous, sans être capable de prendre en compte les sensibilités de chaque personne du groupe.

En résumé : l’économie de marché décentralise le pouvoir de décision, en le donnant à chaque individu, le socialisme le centralise et laisse la porte ouverte à une dérive clientéliste qui est, en définitive, tout sauf sociale, puisqu’elle bénéficie à une partie de la population déjà favorisée : les groupes qui ont un accès privilégié au pouvoir politique.

Malgré son immoralité intrinsèque et son absence de réalisme sur le plan économique, ce courant de pensée continue de trouver des adeptes. Ce que disait Ludwig von Mises « le socialisme n’a pas échoué en raison de résistances idéologiques, il reste l’idéologie dominante. Il a échoué car il est irréalisable » est toujours d’actualité.

Plus que jamais ? Combattre le socialisme n’est pas qu’une affaire d’économie, mais avant tout une question morale.