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10 juin, 2022

La Joconde victime de la folie de l’éco-anxiété

 Par Damien Conzelmann.

C’est avec stupeur que les visiteurs du musée du Louvre ont assisté ce dimanche à une scène hors du commun. Les différents témoins de celle-ci rapportent qu’un homme en fauteuil roulant et portant une perruque s’est levé, a tenté de briser la vitre de protection du tableau de La Joconde – installée après un premier incident en 1956 -, avant de jeter sur l’œuvre de De Vinci un gâteau à la crème. Il n’en fallait pas plus pour que cet étrange événement fasse la Une des médias et passionne les réseaux sociaux.

 

 

Un terrorisme culturel

Si le tableau a déjà fait l’objet de plusieurs tentatives de dégradations (la plus récente ayant eu lieu en 2009, une touriste russe avait lancé une tasse de thé en direction de Mona Lisa), ce n’est pas tant l’acte en lui-même que sa justification qui est intéressante. Peu de temps après avoir été arrêté, s’adressant aux caméras qui le filmaient, l’auteur s’exclama qu’il avait agi ainsi pour « la planète » (espérons que le gâteau était bio).

« Pensez à la Terre. Il y a des gens qui sont en train de détruire la Terre. Pensez-y. Les artistes, vous disent : pensez à la Terre. C’est pour ça que j’ai fait ça. Pensez à la planète », lança-t-il avec grandiloquence, comme si La Joconde était responsable du réchauffement climatique. Et c’est sans doute en cela que l’événement est novateur.

 

Un militantisme radicalisé

Ce n’est pas la première fois que le vandalisme se verdit pour paraître acceptable. Si les militants écologistes se sont longtemps vantés d’être non-violents, l’association Les Amis de la Terre faisant figurer ce principe dans sa charte des valeurs, l’accélération des dégradations climatiques (ou même plutôt la multiplication des discours anxiogènes) a mené certaines personnes à radicaliser leurs moyens d’action. Le mouvement « La Ronce », soutenu par le célèbre Youtubeur Partager C’est Sympa, appelait ainsi en octobre 2020 dans une tribune publiée sur le site Reporterre à multiplier les actions ciblées de sabotage à petite échelle : du débouchage de bouteilles dans les rayons de magasin jusqu’au fait de crever les pneus des malheureux propriétaires de SUV. Leur objectif affiché ? Mettre « un joyeux bordel ».

Plus récemment encore, c’est en juillet 2021 que le tristement connu collectif Extinction Rébellion revendiquait le sabotage de 300 trottinettes électriques à Lyon.

Si l’on pourrait se rassurer en se disant que ces militants se limitent pour le moment à de modestes atteintes aux biens, il faut noter que cela n’a pas toujours été le cas. On peut par exemple se souvenir de l’attentat terroriste à l’explosif qui avait visé, en 1977, Marcel Boiteux, alors directeur général d’EDF et responsable du déploiement de l’énergie nucléaire en France. Cet acte avait alors été revendiqué par le CACCA (Comité d’action contre les crapules atomiques) – ça ne s’invente pas. Deux années plus tôt, en 1975, la centrale nucléaire de Fessenheim avait déjà été l’objet d’un attentat à la bombe, tout comme la centrale nucléaire de Superphénix en 1982 qui avait été victime d’un tir au lance-roquettes.

Peut-être plus étonnant encore que lesdits événements est l’absence de médiatisation qui les entoure. Si l’on peut penser qu’un attentat contre un parc éolien ou une éolienne ou contre le président d’une association de défense de l’environnement ferait encore couler de l’encre aujourd’hui (et deviendrait vite le symbole de la résistance acharnée des suppôts du capitalisme contre les heureux défenseurs de Gaïa), relativement rares sont ceux qui ont connaissance des événements sus-énoncés. Comble de l’indécence, l’auteur de l’attaque au lance-roquettes a même été élu député (écologiste) en Suisse. Le lance-roquettes avait été fourni par la Fraction armée rouge, organisation terroriste allemande d’extrême gauche. De là à voir le symbole caricatural d’une alliance entre les nostalgiques du communisme et le fondamentalisme écologiste, il n’y a sans doute qu’un pas.

 

Des actes désespérés

Bien sûr, il ne faudrait pas résumer tout le militantisme écologiste – et la cause environnementale qui, une fois séparée de ses dérives, est noble – à ces quelques actes isolés. Néanmoins, si le marqueur noir, la crevaison de pneus et le blocage de la circulation sont des moyens davantage utilisés que le lance-roquettes et la bombe à retardement, tous ces éléments découlent d’une chose : la peur qui justifie tous les actes désespérés destinés à retarder la catastrophe à venir.

Et comment ne pas le comprendre ?

Face au risque (supposé, souvent fantasmé) d’un effondrement civilisationnel, défini par l’ancien ministre Yves Cochet comme « le processus irréversible à l’issue duquel les besoins élémentaires (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) sont rendus indisponibles du fait de leur coût déraisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi », avec tout ce que celui-ci implique, tous les moyens de nature à, littéralement, « sauver le monde » doivent être utilisés, comme un organisme luttant pour sa survie. Ces militants se croient investis d’une mission quasi-divine. Leurs intentions sont nobles, mais ils sont les victimes de discours pessimistes qui les poussent à tomber dans de telles errances. C’est ainsi que le planisme écologique autorise tout, justifie tout. Après tout, que valent les principes de la démocratie libérale face à un risque imminent d’extinction de notre espèce ?

Cette désespérance est un phénomène bien connu : l’éco-anxiété. Signe d’une angoisse contemporaine, l’éco-anxiété se manifeste par un sentiment de profonde préoccupation, d’angoisse voire même de terreur face aux menaces qui pèsent sur l’environnement. Une étude publiée dans la revue The Lancet Planetary Health montrait que 84 % des 16-25 ans se disent inquiets face au changement climatique, 59 % se disant même très inquiets. Plus parlant encore, 75 % de ces jeunes estiment qu’effrayant est le qualificatif qui convient le mieux pour évoquer l’avenir. Si l’inquiétude peut, dans certains cas, bien sûr se justifier, on parle dans le cadre de l’éco-anxiété d’une véritable panique qui pousse à la violence ou au désespoir.

La chercheuse responsable a ainsi commenté  :

« Cette étude brosse un tableau horrible de l’anxiété climatique généralisée chez nos enfants et nos jeunes. Il suggère pour la première fois que des niveaux élevés de détresse psychologique chez les jeunes sont liés à l’inaction du gouvernement. »

Cette peur irrationnelle et cette angoisse face à l’avenir sont le fruit de discours sans cesse plus anxiogènes. Un média très populaire chez les jeunes nous montre ainsi à quoi ressemblerait la Terre si la glace fondait entièrement (rappelons que les études prévoient, dans le pire des scénarios, une montée des eaux de deux mètres, loin des 65 mètres avancés par la vidéo). Si celle-ci précise à la toute fin que ce scénario est fictif, la lecture des commentaires suffira à constater que tel n’est pas le principal message retenu. De même, chaque année, médias, politiques et enseignants font la promotion du « jour du dépassement » (jour où les humains auraient épuisé les ressources que la Terre est capable de générer en une année), concept pourtant démontré comme frauduleux. Pensons à l’impact de ces discours apocalyptiques sur des enfants qui, parfois, sont encore en primaire ? Avec quelle sérénité envisageront-ils leur avenir après ça ?

 

Des ricanements à la compassion

À la lumière de cette analyse, des actes outranciers comme celui ayant visé La Joconde prennent un tout autre sens. S’ils suscitent – à juste titre – ricanements et moqueries, ils sont avant tout le cri désespéré d’une génération affolée car manipulée par des journaux en quête de clics, des politiques en quête de pouvoir et des associations en quête de financements. L’éco-anxiété découle directement des discours éco-anxieux qui pullulent partout. La lutte contre les adeptes de la planification écologique et pour la promotion des idées libérales passera avant tout par le fait d’offrir à la nouvelle génération un horizon souhaitable, enfin.

16 septembre, 2021

Pourquoi la décroissance n’est pas la solution

 La décroissance n’a jamais et ne sera jamais une solution sérieuse pour résoudre nos problèmes environnementaux. Pire, elle les aggraverait.

Sur les ondes de France Inter, Olivier Blanchard, ex-chef économiste du FMI, déclarait qu’il n’y a pas à sacrifier la croissance pour éviter le réchauffement climatique :

 

Il n’en fallait pas plus pour réveiller et indigner tous les partisans de l’idée de décroissance économique. Les insultes ont fusé. Gilles Raveaud a même parlé de « naufrage intellectuel ». Récemment, la publication d’un brouillon du GIEC a également relancé de nombreux débats.

En effet, le sujet que nous allons ici aborder est épineux, clivant et sujet à de nombreuses polémiques : il s’agit de la décroissance. Omniprésente dans les milieux écologiques, la décroissance est une idée qui gagne du terrain jours après jours et qui séduit de plus en plus, notamment parmi ceux qui voient en elle la seule solution viable pour échapper à un effondrement de notre civilisation. Mais qu’en est-il vraiment ?

LES LIMITES DE LA DÉCROISSANCE

Popularisée dans les années 1970, sous l’impulsion d’auteurs comme Nicholas Georgescu-Roegen et surtout du très médiatisé rapport Meadows, ou The Limits To Growth (Les Limites de la Croissance), la décroissance souffre de nombreuses limites.

Des problèmes se posent dès le début : comment pourrions-nous décroître ? La croissance n’est en effet pas un levier magique que l’on actionne. Basiquement, décroître c’est baisser le pouvoir d’achat de manière substantielle.

Pour ce faire, il n’y a pas des milliards de solutions.

Augmenter les impôts sur les ménages

Cette mesure ne semble pas réaliste du point de vue de l’acceptabilité sociale.

Augmenter les impôts sur les entreprises

De sorte à diminuer leur capacité productive et donc, in fine, à augmenter le prix de leurs productions, diminuant de fait le pouvoir d’achat des ménages. Là encore, cette solution semble peu réaliste. Cette mesure étant très coercitive, il serait très compliqué de la faire accepter et elle s’accompagnerait de nombreuses faillites, d’une hausse du chômage et d’une hausse de la pauvreté.

Rationner la consommation

Il s’agit d’une mesure autoritaire difficilement envisageable qui, là encore, se heurterait à de graves répercussions sociétales.

On le voit, la décroissance serait dans le cadre de notre système économique une catastrophe, s’accompagnant d’une hausse du chômage, de la pauvreté, de mouvements sociaux importants et de nombreuses faillites d’entreprises.

Des économistes ont essayé de bâtir des scénarios dans lesquels nous pourrions décroître tout en réduisant le chômage et la pauvreté. Ce fut notamment le cas de Peter Victor de l’université York au Canada dans une étude publiée dans la revue Ecological Economics. Ainsi l’auteur préconisait-il une réduction du temps de travail de 75 % en 2035.

Néanmoins, son modèle se heurte vite à de nombreuses impasses.

Tout d’abord, cette décroissance aurait pour impact une diminution drastique des dépenses gouvernementales. L’auteur n’explique pas comment cela pourrait se faire et pas davantage non plus à quoi, concrètement, un tel système ressemblerait.

Une économie en décroissance ne pourrait investir ni dans les services publics, ni dans la transition énergétique. Où donc se feraient ces coupes budgétaires ? Sur la santé ? La police ? La défense ? En parlant de santé, comment pourrions-nous maintenir notre système de sécurité sociale déjà hautement déficitaire que défendent pourtant tous les adeptes de la décroissance ? Notre modèle social très redistributif est massivement dépendant des rentrées fiscales.

Et pourtant, la transition énergétique va nécessiter de nombreux investissements publics : développement de notre infrastructure ferroviaire, de l’industrie du recyclage, électrification de notre industrie, développement des transports en commun, électrification de notre parc automobile, construction/entretien de centrales nucléaires, rénovation massive des logements, etc.

Dans ces conditions, il semble inconscient d’opter pour un système qui nous pousserait à diminuer drastiquement les dépenses publiques (presque de moitié, à en croire la simulation de Peter Victor). Freinant l’innovation et empêchant les investissements nécessaires, la décroissance nous empêcherait de développer une industrie bas-carbone.

Outre la question de la transition énergétique, se pose également la question de l’adaptation aux effets du réchauffement climatique. En effet, la protection des villes et cultures face aux catastrophes climatiques nécessitera de la croissance.

Il en est de même pour la construction de digues, nécessaires à la protection des côtes face à la montée des eaux. Enfin, l’adaptation des cultures au réchauffement climatique (irrigation, intrants, gestion de la sécheresse, de l’aridification…) là encore supposera que nous ayons de quoi investir et produire. La décroissance serait alors une mise à nu dans un monde qui deviendrait de plus en plus dangereux.

UN CHANGEMENT AUTORITAIRE DE SYSTÈME, IRRÉALISTE ET LIBERTICIDE

Les partisans de la décroissance objecteront que, bien sûr, rechercher la décroissance au sein de notre modèle économique actuel est une hérésie. Pour cette raison, ils préconisent un changement de système.

La décroissance serait donc à traiter dans le cadre d’un système totalement différent du nôtre. Évidemment, ils sont également partisans d’une économie massivement planifiée qui concentrerait les ressources sur les biens considérés comme essentiels, délaissant les biens non nécessaires, ou inutiles.

Se pose alors une autre question, celle de décider de ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas. Là encore, ce genre de calculs risque de se heurter à de sérieuses levées de boucliers. Comment différencier ce qui est une production essentielle de ce qui n’en est pas ? Un vote ? Cela ne semble guère réaliste.

Adopter la décroissance ne nécessiterait pas seulement un changement complet et radical de notre modèle économique, mais également un changement de culture. Ce qui, assurément, semble plus relever de l’utopie… et à l’heure où 74% des Français se déclarent opposés à la limitation de vitesse à 110km/h sur toutes les autoroutes, autant dire que le jour où ils accepteraient de baisser massivement leur niveau de vie et leur confort est encore loin (et heureusement)…

Enfin, imposer une réduction de son niveau de vie à toute la population serait terriblement liberticide : de nombreux commerçants devraient mettre la clé sous la porte, de nombreuses personnes ne pourraient plus consommer les biens qu’elles souhaitent si tant est que ces derniers soient considérés comme inutiles…

Enfin, pour être efficace, la décroissance devrait se faire à un niveau mondial. Or, les pays pauvres et en développement aspirent à des horizons radicalement différents. Ils rêvent justement d’accéder à un confort de vie comparable au nôtre. Et qui pourrait le leur reprocher ?

Les partisans de la décroissance répondent que cette dernière pourrait justement être vue comme un facteur d’équilibrage des rapports de forces géopolitiques. Ainsi, les pays riches pourraient décroître tandis que les pays pauvres auraient la liberté de continuer à se développer.

Cela semble recevable sur le papier, mais c’est omettre un élément majeur : la plupart des pays pauvres tirent une grande partie de leur croissance de leurs exportations vers les pays riches. La décroissance des pays riches entraînerait une crise majeure au niveau mondial et, in fine, la décroissance subie des pays pauvres.

Pour toutes ces raisons, on ne peut pas croire que la décroissance puisse être sérieusement envisagée comme une solution crédible et durable aux problèmes environnementaux.

Si elle était mise en œuvre elle ne permettrait même pas de réellement diminuer nos émissions. Au contraire, elle aggraverait notre situation tout en poussant les populations les plus pauvres de la planète vers une misère totale. Plus que jamais, il serait temps d’en finir avec ce mythe.

08 juillet, 2021

Pourquoi la décroissance n’est pas la solution

 La décroissance n’a jamais et ne sera jamais une solution sérieuse pour résoudre nos problèmes environnementaux. Pire, elle les aggraverait.

Par Damien Conzelmann.

Sur les ondes de France Inter, Olivier Blanchard, ex-chef économiste du FMI, déclarait qu’il n’y a pas à sacrifier la croissance pour éviter le réchauffement climatique :

 

Il n’en fallait pas plus pour réveiller et indigner tous les partisans de l’idée de décroissance économique. Les insultes ont fusé. Gilles Raveaud a même parlé de « naufrage intellectuel ». Récemment, la publication d’un brouillon du GIEC a également relancé de nombreux débats.

En effet, le sujet que nous allons ici aborder est épineux, clivant et sujet à de nombreuses polémiques : il s’agit de la décroissance. Omniprésente dans les milieux écologiques, la décroissance est une idée qui gagne du terrain jours après jours et qui séduit de plus en plus, notamment parmi ceux qui voient en elle la seule solution viable pour échapper à un effondrement de notre civilisation. Mais qu’en est-il vraiment ?

LES LIMITES DE LA DÉCROISSANCE

Popularisée dans les années 1970, sous l’impulsion d’auteurs comme Nicholas Georgescu-Roegen et surtout du très médiatisé rapport Meadows, ou The Limits To Growth (Les Limites de la Croissance), la décroissance souffre de nombreuses limites.

Des problèmes se posent dès le début : comment pourrions-nous décroître ? La croissance n’est en effet pas un levier magique que l’on actionne. Basiquement, décroître c’est baisser le pouvoir d’achat de manière substantielle.

Pour ce faire, il n’y a pas des milliards de solutions.

Augmenter les impôts sur les ménages

Cette mesure ne semble pas réaliste du point de vue de l’acceptabilité sociale.

Augmenter les impôts sur les entreprises

De sorte à diminuer leur capacité productive et donc, in fine, à augmenter le prix de leurs productions, diminuant de fait le pouvoir d’achat des ménages. Là encore, cette solution semble peu réaliste. Cette mesure étant très coercitive, il serait très compliqué de la faire accepter et elle s’accompagnerait de nombreuses faillites, d’une hausse du chômage et d’une hausse de la pauvreté.

Rationner la consommation

Il s’agit d’une mesure autoritaire difficilement envisageable qui, là encore, se heurterait à de graves répercussions sociétales.

On le voit, la décroissance serait dans le cadre de notre système économique une catastrophe, s’accompagnant d’une hausse du chômage, de la pauvreté, de mouvements sociaux importants et de nombreuses faillites d’entreprises.

Des économistes ont essayé de bâtir des scénarios dans lesquels nous pourrions décroître tout en réduisant le chômage et la pauvreté. Ce fut notamment le cas de Peter Victor de l’université York au Canada dans une étude publiée dans la revue Ecological Economics. Ainsi l’auteur préconisait-il une réduction du temps de travail de 75 % en 2035.

Néanmoins, son modèle se heurte vite à de nombreuses impasses.

Tout d’abord, cette décroissance aurait pour impact une diminution drastique des dépenses gouvernementales. L’auteur n’explique pas comment cela pourrait se faire et pas davantage non plus à quoi, concrètement, un tel système ressemblerait.

Une économie en décroissance ne pourrait investir ni dans les services publics, ni dans la transition énergétique. Où donc se feraient ces coupes budgétaires ? Sur la santé ? La police ? La défense ? En parlant de santé, comment pourrions-nous maintenir notre système de sécurité sociale déjà hautement déficitaire que défendent pourtant tous les adeptes de la décroissance ? Notre modèle social très redistributif est massivement dépendant des rentrées fiscales.

Et pourtant, la transition énergétique va nécessiter de nombreux investissements publics : développement de notre infrastructure ferroviaire, de l’industrie du recyclage, électrification de notre industrie, développement des transports en commun, électrification de notre parc automobile, construction/entretien de centrales nucléaires, rénovation massive des logements, etc.

Dans ces conditions, il semble inconscient d’opter pour un système qui nous pousserait à diminuer drastiquement les dépenses publiques (presque de moitié, à en croire la simulation de Peter Victor). Freinant l’innovation et empêchant les investissements nécessaires, la décroissance nous empêcherait de développer une industrie bas-carbone.

Outre la question de la transition énergétique, se pose également la question de l’adaptation aux effets du réchauffement climatique. En effet, la protection des villes et cultures face aux catastrophes climatiques nécessitera de la croissance.

Il en est de même pour la construction de digues, nécessaires à la protection des côtes face à la montée des eaux. Enfin, l’adaptation des cultures au réchauffement climatique (irrigation, intrants, gestion de la sécheresse, de l’aridification…) là encore supposera que nous ayons de quoi investir et produire. La décroissance serait alors une mise à nu dans un monde qui deviendrait de plus en plus dangereux.

UN CHANGEMENT AUTORITAIRE DE SYSTÈME, IRRÉALISTE ET LIBERTICIDE

Les partisans de la décroissance objecteront que, bien sûr, rechercher la décroissance au sein de notre modèle économique actuel est une hérésie. Pour cette raison, ils préconisent un changement de système.

La décroissance serait donc à traiter dans le cadre d’un système totalement différent du nôtre. Évidemment, ils sont également partisans d’une économie massivement planifiée qui concentrerait les ressources sur les biens considérés comme essentiels, délaissant les biens non nécessaires, ou inutiles.

Se pose alors une autre question, celle de décider de ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas. Là encore, ce genre de calculs risque de se heurter à de sérieuses levées de boucliers. Comment différencier ce qui est une production essentielle de ce qui n’en est pas ? Un vote ? Cela ne semble guère réaliste.

Adopter la décroissance ne nécessiterait pas seulement un changement complet et radical de notre modèle économique, mais également un changement de culture. Ce qui, assurément, semble plus relever de l’utopie… et à l’heure où 74% des Français se déclarent opposés à la limitation de vitesse à 110km/h sur toutes les autoroutes, autant dire que le jour où ils accepteraient de baisser massivement leur niveau de vie et leur confort est encore loin (et heureusement)…

Enfin, imposer une réduction de son niveau de vie à toute la population serait terriblement liberticide : de nombreux commerçants devraient mettre la clé sous la porte, de nombreuses personnes ne pourraient plus consommer les biens qu’elles souhaitent si tant est que ces derniers soient considérés comme inutiles…

Enfin, pour être efficace, la décroissance devrait se faire à un niveau mondial. Or, les pays pauvres et en développement aspirent à des horizons radicalement différents. Ils rêvent justement d’accéder à un confort de vie comparable au nôtre. Et qui pourrait le leur reprocher ?

Les partisans de la décroissance répondent que cette dernière pourrait justement être vue comme un facteur d’équilibrage des rapports de forces géopolitiques. Ainsi, les pays riches pourraient décroître tandis que les pays pauvres auraient la liberté de continuer à se développer.

Cela semble recevable sur le papier, mais c’est omettre un élément majeur : la plupart des pays pauvres tirent une grande partie de leur croissance de leurs exportations vers les pays riches. La décroissance des pays riches entraînerait une crise majeure au niveau mondial et, in fine, la décroissance subie des pays pauvres.

Pour toutes ces raisons, on ne peut pas croire que la décroissance puisse être sérieusement envisagée comme une solution crédible et durable aux problèmes environnementaux.

Si elle était mise en œuvre elle ne permettrait même pas de réellement diminuer nos émissions. Au contraire, elle aggraverait notre situation tout en poussant les populations les plus pauvres de la planète vers une misère totale. Plus que jamais, il serait temps d’en finir avec ce mythe.