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11 septembre, 2022

La technologie pour s’adapter au réchauffement climatique

 Par Pierre Brisson.

En cette fin d’été boréal particulièrement chaud et sec, la Chine, comme le rapporte CNN, a « employé les grands moyens », en ensemençant des nuages au-dessus du Hubei avec de l’iodure d’argent pour amorcer la pluie. Cela pose la question du danger éventuel de cette molécule chimique et bien sûr de la nécessité d’intervenir sur l’environnement, mais aussi de la possibilité que nous avons de le faire précisément sur le climat.

Pour traiter le premier point il faut d’abord dire que cette pratique de forçage de la pluie est effectivement prouvée comme efficace, pourvu bien sûr qu’il y ait des nuages. Les particules d’iodure d’argent ont une structure cristalline très proche de celle de la glace d’eau. À leur contact, les gouttelettes d’eau surfondues (refroidies en dessous du niveau de congélation mais encore liquides) contenues dans l’air qui s’élève en altitude parce que chaud, se congèlent.

Le contraire n’est évidemment pas possible car la particule d’iodure d’argent, elle, ne peut pas fondre. Les gouttelettes agglomèrent, toujours en la congelant, la vapeur d’eau qui les environne et grossissent ainsi par coalescence jusqu’à atteindre la masse d’une goutte, c’est-à-dire une masse telle que, par gravité, elle sera conduite à précipiter vers le sol (et y parvenant après s’être éventuellement liquéfiée, si elle a atteint une température suffisante). Il est reconnu que par sa stabilité chimique et par la quantité/densité que l’on en utilise (elle est très efficace), l’iodure d’argent n’a pas d’effet négatif notable sur les êtres vivants.

Mais il faut qu’il y ait des nuages ! Les nuages font partie du cycle de l’eau de notre planète et résultent de l’évaporation à partir de surfaces d’eau (mer ou lac) ou d’humidité (forêt) chauffées par le Soleil. Il y a évidemment d’autant plus d’eau qui s’évapore que la mer et la température de l’atmosphère sont plus chaudes. Mais quand il n’y a pas d’eau ou pas d’évaporation parce que l’eau est trop froide (notamment le long des terres désertiques), il n’y a pas de nuage, sous réserve bien sûr que les vents ne les aient pas apportés de plus loin !

Chacun le sait bien, les nuages sont portés par les vents. Ces flux naissent naturellement du différentiel des vitesses de rotation entre le solide (la masse de la planète Terre) et le fluide (l’atmosphère), différentiel qui crée un mouvement apparent d’Ouest en Est (le plus évident dans les jet-streams car ils sont peu perturbés en altitude).

Mais ils sont aussi générés par les mouvements de convection qui animent l’atmosphère (densification ou détente) et ils sont modifiés par toutes sortes de facteurs : la différence de températures entre le jour et la nuit ou le sol et l’altitude ; les différences de latitudes (plus on va vers le Nord, moins le rayonnement du Soleil est vertical et traverse moins d’épaisseur d’atmosphère), sans oublier que ces différences de latitudes changent en fonction des saisons, donc de l’évolution de la position de la Terre par rapport au Soleil puisque notre axe de rotation est incliné sur l’écliptique (plan défini par l’orbite de la planète).

L’orientation générale est, comme mentionnée, d’Ouest en Est mais comme la Terre n’est pas plate et que l’attraction gravitationnelle est orthogonale par rapport à la surface, les mouvements de l’atmosphère sont déviés vers le Sud ou vers le Nord, avec l’équateur comme ligne de partage, selon des trajectoires qui ne sont pas totalement parallèles à ce dernier puisque l’équateur forme un angle avec l’écliptique.

Si on observe de plus près, les vents étant des courants de fluide génèrent par la densité et l’interférence de leurs différentes masses animées par différentes vitesses, des tourbillons chaotiques autour de masses plus chaudes ou plus froides, que l’on nomme « dépressions » (air chaud, léger) ou « anticyclones » (air froid, lourd), génératrices elles-mêmes de mouvements, attirants/condensants (froids) ou repoussants/diffusants (chauds).

Une fois créés, les nuages connaissent une évolution qui résulte de phénomènes complexes qui sont, dans un contexte de mobilité créé par les vents, la densité de l’atmosphère, la différence de température en fonction de l’altitude, les différences de hauteur du relief. Le saupoudrage d’iodure d’argent ne fait que catalyser un phénomène qui devrait se produire naturellement si les conditions étaient plus favorables.

Donc l’intervention humaine dans le fonctionnement du climat, ça commence à marcher. Il n’y a aucune raison de s’en priver puisqu’il vaut mieux qu’il pleuve là où la pluie est utile plutôt que là où elle ne l’est pas.

 

La technologie pour des solutions plus globales

Ceci dit la pluie sur commande ne changera rien à la hausse des températures si elle résulte de l’augmentation de l’effet de serre qui résulte lui-même de la pollution de l’atmosphère (augmentation du CO2 et augmentation des poussières). Elle ne changera donc rien à la fonte des inlandsis (Groenland et Antarctique) et à la hausse du niveau général des mers. Elle ne changera rien au lessivage des sols qui ont été privés de leur couvert végétal et qui ainsi s’appauvrissent. Elle ne changera probablement rien non plus à l’accroissement des déserts car pour qu’il y ait pluie, même forcée artificiellement, il faut qu’il y ait au moins des nuages dans ces régions particulières où il y en a déjà très peu.

Une solution pour les quelques déserts au-dessus desquels passent des nuages, c’est de tenter de capter l’humidité avec des filets comme on le fait notamment dans le désert d’Atacama. Il suffit de choisir une matière qui soit plus froide que l’air environnant ou dont le réchauffement soit moins rapide au lever du jour que celui de l’air ambiant. Le filet laisse passer l’air mais se mouille par condensation et les gouttes d’eau qui en résultent peuvent être recueillies dans une rigole à son pied. Bien entendu on ne peut s’attendre à capter des quantités énormes mais seulement ce qui est nécessaire à la survie des quelques hommes qui se trouvent dans ces conditions.

Une solution, théorique, pour lutter contre la montée de température à un endroit donné (une grande ville par exemple), pourrait être de déployer dans l’espace, au-dessus de la région considérée, de grands écrans réfléchissants, occultant partiellement la lumière solaire. Cela permettrait de réduire l’irradiance solaire reçue au sol et accessoirement de capter l’énergie solaire si ces écrans étaient composés de panneaux photovoltaïques. Cependant plusieurs problèmes se posent du fait de la taille de ces écrans, de leur positionnement dans le ciel et de leur masse sinon de leur stabilité.

Pour le premier point, il faut savoir que le diamètre-angulaire (la taille du disque) de notre Soleil est d’environ 32°carrés, soit 1920’’(secondes) carrés. Lorsque Vénus est au plus près de nous, à 41 millions de km, son diamètre-angulaire ou diamètre-apparent est de 65’’ (diamètre réel 12 104 km). On peut difficilement imaginer qu’une occultation inférieure à ces 65’’ ait une influence quelconque sur le rayonnement solaire reçu au sol de la Terre. Or pour qu’un écran satellisé sur l’orbite géostationnaire (36 000 km d’altitude) ait la même taille apparente, il devrait avoir un peu plus de 10 km de diamètre-réel.

Par ailleurs, une telle occultation n’aurait d’intérêt que si elle était permanente. Or sur une orbite géostationnaire, un satellite est en permanence au-dessus du même point géographique mais ne se trouve qu’une fois toutes les 24 heures (et seulement le temps du passage) dans la même position par rapport au Soleil. Il faudrait beaucoup plus d’énergie que nous pourrions lui en fournir pour qu’il puisse suivre le Soleil dans sa course. Cela, ajouté à la masse et au volume de ce disque de 10 km rend le concept totalement irréalisable. Seul bémol, pour opérer comme un panneau photovoltaïque, le disque du côté soleil devrait absorber la lumière et non la réfléchir. La poussée exercée par le rayonnement ne serait donc pas trop importante même si elle ne serait sans doute pas nulle (sauf si le disque ne génère absolument aucun reflet, comme le parallélépipède de 2001 Odyssée de l’espace !).

Donc si certains moyens technologiques existent (comme aussi le dessalement de l’eau de mer), il ne faut pas envisager n’importe quoi. La solution au problème du réchauffement climatique reste essentiellement le choix des meilleures sources d’énergie possibles (le nucléaire), la construction intelligente (en nous référant à la circulation de l’air aménagée depuis l’antiquité dans les villes du désert, comme aujourd’hui Masdar dans l’Émirat d’Abou Dhabi), l’utilisation économe de nos ressources rares et surtout le recyclage de tout ce que nous pouvons produire.

Enfin il est grand temps d’être raisonnable sur le plan démographique. L’accroissement de la population mondiale (nous allons vers les 10 milliards alors que nous n’étions qu’un peu plus de deux milliards quand je suis né !) ne devrait pas être une fin en soi. Il n’est aujourd’hui pas raisonnable, avec les progrès de la médecine, qu’une famille ait plus de deux enfants, surtout quand les parents n’ont pas une activité économique qui leur permet de les nourrir et de les élever. Nous sommes partis dans une course folle qui pourrait bien se terminer dans le mur.

30 mars, 2021

Terres rares indispensables aux nouvelles technologies… et pas très écologiques

 Les écolos férus de moteurs électriques ou hybrides devraient s’intéresser au bilan écologique total de ces merveilles prétendument propres avant de condamner les moteurs à combustion. Les plus pollueurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Dans la compétition mondiale pour la suprématie technologique, les semi- conducteurs sont essentiels. L’Asie est leader sur le marché, ce qui promet de faire basculer le monde du côté de la Chine plus rapidement.

Pour faire face à cette menace géopolitique, la relance de la conquête spatiale ne prendrait-elle pas tout son sens avec la présence de terres rares sur certains astéroïdes pour rattraper notre retard en Occident ?

Les terres rares (15 métaux de la famille des lanthanides auxquels ajoutés le scandium et l’yttrium) sont devenues un problème en même temps qu’elles sont devenues cruciales pour la vie moderne. Il y en a un peu partout à la surface de la Terre, en Chine surtout mais aussi au Brésil, au Vietnam, en Russie, en Inde, en Australie, en Malaisie, aux États-Unis ou même en Bretagne ou en Guyane.

Mais partout elles sont en quantités très faibles et toujours combinées à d’autres éléments aussi bien qu’entre elles. Il est très difficile de les purifier et de les séparer.

Leur raffinage est extrêmement polluant et il n’y a guère que la Chine qui se permet de les exploiter (en Mongolie intérieure) parce qu’elle se soucie assez peu (euphémisme) des dégâts collatéraux, fussent-ils humains et aussi parce qu’elle a « cassé les prix » pour conquérir les marchés (technique employée dans d’autres industries !).

Malheureusement dans notre environnement moderne, nous avons absolument besoin de ces terres rares pour leurs propriétés magnétiques, catalytiques et électrochimiques. Il nous en faut pour les véhicules électriques ou hybrides, les batteries, les panneaux solaires, les éoliennes, les téléphones portables, les téléviseurs…

Depuis quelques temps, certains esprits audacieux ont l’idée d’aller les chercher en dehors de la Terre. Pour le réalisateur David Cameron, c’était sur Pandora, cette grosse lune supposée très riche en unobtanium, orbitant l’hypothétique planète géante gazeuse Polyphème dans le système d’Alpha Centauri ; que nos télescopes n’ont pu encore percevoir bien qu’Alpha Centauri appartienne au système stellaire le plus proche !

Pour d’autres, ce serait sur les astéroïdes. Le raisonnement doit venir de ce que ces derniers contiennent tous les éléments chimiques dont nous sommes faits. En pensant cela, ces esprits fertiles se voient déjà engagés dans une nouvelle ruée vers l’or, chevauchant leur monture volante. Ce n’est pas si simple.

Il faudrait d’abord trouver le bon astéroïde. Le moins que l’on puisse dire c’est que dans notre voisinage, les astéroïdes ne courent pas les rues. Il y a bien ce qu’on appelle les géocroiseurs ou NEA (Near Earth Asteroids) mais ils sont peu nombreux et il n’est pas du tout sûr que l’on ait la chance d’en croiser un qui soit suffisamment riche en terres rares.

Parmi eux, il faudrait accéder à l’un des astéroïdes M supposés être métalliques (en fait des noyaux de planétoïdes, débarrassés de leurs manteaux et non fusionnés avec leurs congénères au cours des vicissitudes de l’histoire) qui sont encore plus rares que rares.

Il y a une région de l’espace pas trop lointain à l’échelle du système solaire où il y a beaucoup plus d’astéroïdes et sans doute davantage d’astéroïdes-M, la Ceinture du même nom mais cette Ceinture est quand même lointaine selon nos critères (surtout en raison de nos capacités limitées de propulsion), entre Mars et Jupiter, au moins une année de voyage avec nos vaisseaux actuels.

À une époque où nous n’avons pas encore de vaisseaux aptes à transporter de lourds équipements dans l’espace profond (le Starship d’Elon Musk n’a pas encore franchi ses premiers 100 km en altitude pour accéder à ce qu’on appelle officiellement l’espace) c’est un peu tôt pour penser y aller pour chercher des terres rares.

Surtout que celles-ci ne se ramassent pas à la pelle comme les feuilles mortes en automne. Il faut se saisir des minéraux intéressants (bastnäsite, monazite, xénotime), les broyer et en extraire la substantifique moëlle (enrichissement), quelques tout petits pourcentages des minéraux d’origine, les traiter par flottation avec produits chimiques déprimants et produits chimiques collecteurs tous très toxiques.

Ensuite on déshydrate les boues et on obtient un mélange comprenant 90 % de terres rares… dans le désordre, c’est-à-dire qu’on est au milieu du processus et que le traitement donc la pollution ne sont pas terminés. Il faut encore traiter les poussières avec d’autres produits chimiques très toxiques (comme les acides sulfurique,  chlorhydrique, nitrique, la soude caustique) pour obtenir ces fameuses terres rares… et en cadeau pas mal de déchets radioactifs, très radioactifs, notamment des composés de thorium et d’uranium.

Cerise sur le gâteau, le traitement de la bastnäsite par l’acide sulfurique donne des composés fluorés comme l’acide fluorhydrique extrêmement agressif pour tout ce qui contient du calcium…

Bon, j’imagine que les petits futés qui veulent se procurer les terres rares dans les astéroïdes, rapporteraient sur Terre les minéraux après broyage et tri et avant traitement chimique. Mais rien qu’effectuer cette manipulation suppose une installation industrielle lourde et de la gravité (artificielle ?).

Ce serait très difficile à faire dans un vaisseau spatial et qui plus est dans un vaisseau spatial robotisé sans aucune présence humaine ; car n’oublions pas que la distance qui nous sépare de la Ceinture d’astéroïdes induit un décalage de temps qui empêcherait toute commande en direct de nos robots.

L’alternative serait de rapporter des minéraux très mal dégrossis et un autre facteur entrerait en compte, le coût du transport. Il faudrait que le coût des terres rares vendues par la Chine devienne totalement prohibitif pour que ces terres rares  célestes soient compétitives. Cela ne serait pas du tout dans l’intérêt de la Chine car les ventes de produits les incorporant deviendraient totalement prohibitifs pour les clients espérés.

À noter en passant que le traitement de ces terres rares, qui devrait toujours se faire sur Terre, serait toujours aussi polluant pour les sols et pour les personnes où et avec lesquelles ce traitement se pratiquerait.

Nous n’avons ni les vaisseaux spatiaux, ni les lanceurs de ces vaisseaux, ni les robots pour grignoter les astéroïdes et nous ne savons même pas précisément où aller les chercher car nous ne pouvons pas nous permettre de partir à l’aventure sans destination précise, dans un espace aussi vaste.

Il vaut mieux oublier pour le moment ces idées totalement du domaine de la science-fiction et rechercher d’abord à limiter autant que possible la pollution inhérente à l’obtention de ces terres et ensuite plutôt à recycler les produits industriels les incorporant. Ce n’est pas du tout évident non plus mais plus réaliste que d’aller à la chasse aux astéroïdes qui est purement et simplement une fuite en avant, quand elle sera possible et si elle l’est un jour.

En tout cas les écolos qui nous bassinent avec les moteurs électriques et/ou hybrides, devraient s’intéresser au bilan écologique total de ces merveilles soi-disant propres avant de condamner les moteurs fonctionnant avec la combustion de matière organique. Les plus pollueurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit. La solution est comme toujours la recherche, le contrôle de ce que l’on fait et la durabilité des produits finis, couplée avec leur recyclage.

10 septembre, 2020

Un autre monde (libéral) est possible !

 Opinion : je rêve d’un monde ou les Bill Gates, les Jeff Bezos ou les Elon Musk, quel que soit leur pays auraient carte blanche, c’est-à-dire où ils n’auraient pas à payer d’impôts pour toutes sortes de causes inutiles.

Imaginons que dans le contexte actuel, un gouvernement propose ou décide (selon le degré de démocratie des institutions du pays) que des ressources publiques importantes seront affectées à l’implantation de l’homme sur Mars. Ce serait un tollé dans une bonne partie du monde politique et dans les médias !2

Mais que nos opposants se rassurent, cela n’arrivera pas et c’est bien cela qui personnellement me désole et m’inquiète car les États ponctionnent de plus en plus leurs résidents et disposent de plus en plus des richesses qu’ils produisent, les empêchant de développer librement et en responsabilité leur propre projet (comme par exemple celui que j’évoque) puisque dans la plupart des pays, ils ne peuvent plus le réaliser avec leurs seuls moyens.

UNE COMMUNAUTÉ REPLIÉE SUR ELLE-MÊME

Le problème c’est que notre communauté humaine est devenue dans son ensemble, frileuse, repliée sur elle-même et plus intéressée par son nombril que par les grands espaces.

Ce qui prime aujourd’hui, c’est la défense de la vie à tout prix (jusqu’à l’absurde), la protection sanitaire (la santé) et sociale (la solidarité), l’égalité à tous crins (à chacun selon ses besoins), le ruminement d’un passé apparemment non digéré car mal connu ou compris (la destruction des statues par nos contemporains !), le principe de précaution (la peur). Pour résumer nous ne sommes plus à l’époque de John Kennedy !

Je n’aime pas ces nouveaux principes. Je suis personnellement partisan d’un autre système de valeurs et en particulier de l’inégalité financière, conservée3 ou construite par la capacité et le travail, pourvu qu’elle soit assortie au départ de l’égalité des chances de chacun assurée par l’éducation obligatoire pour les enfants et adolescents et qu’elle s’exprime dans le cadre d’une compétition loyale c’est à dire de l’égalité des droits ; y compris celui à l’information.

LA LIBERTÉ PLUS QUE TOUT

Le corollaire est de cantonner la solidarité, et donc l’assistance, certes indispensable, à son minimum nécessaire. Je chéris la liberté plus que tout ; l’État ne devrait exister que pour faciliter son expression, collecter les quelques impôts proportionnels et non progressifs utiles au fonctionnement des services publics indispensables, et faire respecter l’ordre et la loi.

L’inégalité n’est pas une supériorité ni une infériorité mais une différence, c’est la vie même, c’est ce qui force à changer, à échanger, à apprendre, à se comparer, à progresser. L’inégalité financière c’est de fait la possibilité d’initiatives individuelles consistantes pour ceux qui disposent des moyens susceptibles d’en permettre la réalisation.

C’est aussi la possibilité pour un individu ou un groupe d’individus librement associés de faire des choix différents de ceux d’une collectivité représentée imparfaitement par une administration au service d’un pouvoir politique souvent démagogique, et de pouvoir mener à bien ces choix en en prenant seul(s) la responsabilité, donc le risque de perte ou la chance de succès et le droit de disposer de ses fruits pour continuer ou recommencer.

Malheureusement l’État moderne ou plutôt le groupe de ceux qui l’incarnent, « ces Messieurs de l’État » comme disait Frédéric Bastiat, prélève de plus en plus d’impôts et il le fait inéquitablement en ponctionnant toujours davantage « les plus riches », c’est-à-dire ceux qui pourraient investir indépendamment du groupe4.

Son premier objectif est en effet de réduire les inégalités puisque la masse des électeurs, dont certains ne payent même pas d’impôts directs et ne vivent que d’aides ou de subvention, croit à tort que contraindre tout le monde à l’égalité est dans son intérêt. Son second objectif, qui découle du premier, est de gérer collectivement la richesse créée par tous selon la fiction d’un gouvernement démocratique agissant pour le bien commun puisque élu par une majorité de la population, et incarné par des fonctionnaires désintéressés.

Or laisser l’affectation du capital produit aux décisions d’une administration sous le contrôle d’un pouvoir politique démagogique (pente naturelle de la démocratie, comme le dit très bien Tocqueville), c’est le gage de la continuité dans la médiocrité.

Cette caste d’individus qui n’ont rien gagné mais simplement prélevé, ne veulent que répartir sans construire (ou au mieux ne pas plus construire que répartir). Leurs projets sont par nature principalement consensuels, curatifs, palliatifs, très peu innovants.

Et lorsqu’ils tentent d’être innovants, ils se préoccupent d’abord de ce qu’ils appellent le bien commun, l’emploi, la sécurité pour tous, toutes préoccupations tièdes, peu créatrices de richesses mais débilitantes et appauvrissantes, non seulement pour les personnes ponctionnées mais pour l’ensemble de la population.

En effet tous ne peuvent bénéficier suffisamment de la création de ces nouvelles richesses forcément limitées au niveau de chacun, du fait d’une dynamique trop faible car sans perspective séduisante ou trop diluée.

Les fonctionnaires non seulement n’aiment pas les projets audacieux (pour ne pas utiliser le terme fou qu’ils emploieraient volontiers), mais ils n’ont pas davantage le souci de la fructification (i.e. de la rentabilité) puisqu’ils savent que par leur capacité à prélever ils disposeront toujours des ressources nécessaires et que personnellement ils resteront rémunérés. Ni le goût de l’aventure, ni l’espoir de gain pas plus que le risque de perte ne sont des motivations, au contraire du souci de plaire5 qui reste constant.

Tout au contraire, la personne privée qui s’est enrichie par son travail et/ou qui veut préserver un capital acquis ou hérité, ne va pas chercher à en faire profiter tous les autres indistinctement. Elle va s’efforcer de le préserver ou de l’augmenter et, pour le maintenir au moins à son niveau, de le faire fructifier par l’investissement tout en satisfaisant souvent une passion ou un désir de création.

Mais l’investissement va être pesé avant d’être réalisé, en fonction des risques et de l’intérêt qu’il présente, financiers mais pas seulement. Dans cet esprit, la personne privée ne va en faire profiter avec précaution et attention que ceux qui contribuent efficacement à ses côtés à son projet car elle sait que celui-ci ne sera validé ou sanctionné que par le succès ou par l’échec qu’il recueillera sur le marché.

Un mauvais projet meurt s’il ne recueille pas l’adhésion d’une demande. Une personne riche perd sa richesse et, tout aussi grave, elle ne peut réaliser son rêve si elle ne sait pas la gérer.

Le système capitaliste ainsi décrit est un gage d’efficacité (gestion du risque pour le moindre coût), de justice (échec des mauvais projets, récompense des bons) et in fine d’avantages pour tous : les gens productifs qui travaillent avec perspicacité sont recherchés et récompensés par les détenteurs de capitaux, les autres sont incités à faire aussi bien qu’eux.

Je rêve d’un monde ou les Bill Gates, les Jeff Bezos ou les Elon Musk, quel que soit leur pays (car il est certain qu’il y en a potentiellement ailleurs qu’aux États-Unis), auraient carte blanche, c’est-à-dire où ils n’auraient pas à payer d’impôts pour toutes sortes de causes inutiles.

Je rêve d’un monde où l’État ne s’occuperait que des fonctions régaliennes et que pour le reste, il laisserait faire ! Je rêve d’un monde d’initiatives et de responsabilité.

Dans ce monde je paierais un GAFA parce qu’il me rend service, plutôt qu’un État qui se goinfre sans contrepartie. Dans ce monde, la recherche, l’astronautique, l’exploration, mais aussi le soin des autres ou de l’environnement, toutes les passions humaines auraient toute leur place pour s’épanouir pour autant qu’elles soient portées par des individus, un monde où il suffirait de vouloir pour décider de faire.

  1. Cet article a été écrit à titre strictement personnel et ne peut absolument faire présumer l’adhésion des autres membres de la Mars Society Switzerland aux idées exposées. ↩
  2. J’ajoute évidemment un bémol pour les États-Unis, à retirer ou à introduire selon la présidence, et je ne parle pas de la Chine ! ↩
  3. Je ne critique pas les héritiers. Ils bénéficient certes d’avantages de départ mais quels parents ne souhaitent pas aider leurs enfants ? Par ailleurs, dans le courant d’une vie, les avantages hérités sont rapidement remis en cause par la compétition et maintenir une fortune est presque aussi difficile que de l’acquérir. On le constate dans les familles. La troisième génération n’a le plus souvent plus beaucoup d’avantages par rapport à ses contemporains qui n’ont pas eu la même chance, même dans les pays libéraux où les impôts sur les successions sont moins lourds qu’ailleurs. Vouloir persécuter les héritiers relève plus de la jalousie que du souci de l’efficacité économique d’autant que certaines dynasties (celle des Rockefeller par exemple) ont eu un impact économique et social remarquablement positif pour tous. ↩
  4. Bien entendu tous les hommes politiques ne sont pas égalitaristes donc totalitaristes mais les tendances à toujours plus d’étatisme et de socialisme qui conduisent à un État obèse, véritable cancer qui pompe toute la substance de l’être social, sont extrêmement lourdes. Les vrais libéraux sont extrêmement rares, surtout en France mais même en Suisse et surtout en Romandie, ces jours. ↩
  5. À leurs supérieurs hiérarchiques ou aux dirigeants politiques, eux-mêmes et indirectement à la masse de leurs électeurs. Cela est d’autant plus vrai me semble-t-il, que la structure étatique est hiérarchisée et centralisée et que les hommes politiques n’exercent aucune profession en dehors de la poursuite de leur carrière politique, comme en France (ce qui n’est pas le cas en Suisse) et sont donc coupés des réalités. ↩