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05 juillet, 2017

L’État-actionnaire : l’incompétence en matière de gestion d’entreprise (2)

(NDLR Ce qui est vrai pour la France, l'est tout autant pour le Québec.)
L'exemple de la Poste montre à quel point la gestion d'une entreprise par l'État peut être calamiteuse.
Par Étienne Henri.
L’immobilisme de l’État actionnaire est nuisible aux entreprises comme en témoignent les tristes péripéties de La Poste et Bpifrance.
Nous avons vu que l’État-actionnaire est souvent contraint de laisser la priorité à l’État-stratège dans la gouvernance de ses entreprises.

L’IMMOBILISME, POISON DE L’ÉTAT-ACTIONNAIRE

Aujourd’hui, nous nous intéressons à l’immobilisme, un poison qui tue à petit feu. Même si, dans ce cas, l’État ne détruit pas immédiatement la rentabilité des entreprises administrées, il diminue leur capacité d’adaptation.
Dans un monde où les progrès technologiques sont de plus en plus rapides, où la concurrence est devenue mondiale et les cycles croissance/récession sont de plus en plus courts, les entreprises doivent pouvoir réagir rapidement aux changements d’environnement et être capables de revoir leur business model.

L’EXEMPLE DE LA POSTE

L’immobilisme de l’Etat-actionnaire s’est particulièrement illustré dans le cas de La Poste. La Société Anonyme est détenue aux trois-quarts par l’État, et au quart par la Caisse des Dépôts et Consignations.
Avec l’essor des communications électroniques, elle est soumise à une baisse continue du volume de courrier. Sa réponse stratégique ? Une hausse continue du prix du timbre postal. Vous avez pu le constater : un envoi en lettre prioritaire est passé de 0,58€ en 2010 à 0,85€ cette année. Cela représente une hausse de 46% en moins de sept ans tandis que l’inflation était à sur un plancher historique.
Connaissez-vous beaucoup d’entreprises privées qui, face à une érosion de leur marché, font exploser leur prix à la hausse ?
La conséquence immédiate est que particuliers comme entreprises réduisent autant que possible leurs envois postaux.

UNE STRATÉGIE DOUTEUSE ET D’UN AUTRE ÂGE

Sans faire d’hypothèses hasardeuses sur le pourquoi du choix de cette stratégie, nous pouvons toutefois déplorer que la direction ait opté pour un cercle vicieux.
Si l’objectif n’est pas de fournir le meilleur service au meilleur prix, pourquoi ne pas simplement fixer le prix du timbre à 20€, voire 50€ ? Le groupe La Poste redeviendrait immédiatement rentable même avec un effondrement du trafic postal.
La Poste est également très peu compétitive sur l’envoi des petits colis, une activité en plein essor avec la démocratisation du e-commerce. Les achats en ligne sont en croissance continue ; le groupe aurait pu être un acteur de référence en mettant à profit son réseau de bureaux de Poste, sa flotte de véhicules et ses employés.
Au lieu de jouer sur ces atouts historiques, La Poste a multiplié les fermetures de guichets, réduit les horaires d’ouverture et a conservé une grille tarifaire d’un autre âge.
Moralité, ce sont les acteurs privés du transport qui se sont engouffrés dans la brèche de l’e-commerce en proposant des services moins chers et en transformant les magasins de quartiers en points de retrait ouverts soirs et week-end.
Voilà comment un fleuron national se retrouve has-been à force de ne pas évoluer.

BPI FRANCE OU LE SYMBOLE DES MAUVAISES HABITUDES

Ce tour d’horizon des investissements de l’État ne serait pas complet sans évoquer le cas de Bpifrance. Faisant suite à Oseo, la Banque publique d’investissement créée fin 2012 « favorise l’innovation, l’amorçage, le développement, l’internationalisation, la mutation et la transmission des entreprises ».
En pratique, elle entre au capital des entreprises de façon minoritaire pour une durée de sept à dix ans. Elle est devenue, très rapidement, le passage obligé des start-up dans les secteurs d’avenir (actuellement : innovation, santé).

L’ÉTAT ENTRE AU CAPITAL DES ENTREPRISES… MAIS LES TAXE FORTEMENT !

Dans un pays où les charges qui pèsent sur le travail et les entreprises sont fortes, ce type de fonctionnement pose problème. Pourquoi l’État, qui prend d’une main avec les divers prélèvements, financerait-il en parallèle certaines entreprises en priorité ? Pourquoi ne pas laisser le marché faire son travail de sélection des entreprises utiles ?
Pire encore : les financements publics se révèlent souvent être des cadeaux empoisonnés même pour les structures qui en bénéficient. Les chiffres montrent que les subventions d’État ont tendance à retarder les faillites des start-ups. Tant que les subventions et participations sont là, l’insolvabilité des entreprises est masquée par l’argent facile. Lorsque la source se tarit, le taux de défaut rejoint alors le taux de défaut habituel des entreprises.
Au final, la sanction finit toujours pas tomber pour les entreprises non rentables. Pour autant, elles ont pu engloutir force argent public durant leurs premières années de pseudo-activité.
Les derniers chiffres de performance des fonds dédiés à l’innovation et financés par Bpifrance font froid dans le dos. Les fonds en phase de maturité ont des multiples d’investissement de l’ordre de 0,4. Leur performance est donc très négative.
Ce n’est un secret pour personne, le financement de l’innovation est une activité risquée.
L’expérience prouve que Bpifrance a également de grandes difficultés à dénicher les pépites rentables et se retrouve à essuyer de larges pertes. Quelle différence avec les fonds privés ? Ses investissements hasardeux sont faits avec l’argent public…

LES ERREMENTS DE L’ÉTAT-ACTIONNAIRE : CONTRE-PRODUCTIFS

Considérer comme ambigu et souvent contre-productif le positionnement de l’État-actionnaire n’est pas qu’une marotte d’analyste libéral. La très sérieuse Cour des Comptes, dans son dernier rapport de janvier 2017 sur l’Etat-actionnaire, pose un diagnostic similaire.
Si vous avez un peu de temps devant vous, je vous conseille la lecture de cet excellent papier, disponible gratuitement sur le site Internet de la Cour. Il a été rédigé avec un pragmatisme bienvenu et trop rare en cette période électorale où les promesses en l’air rivalisent avec les idéologies les plus déconnectées de la réalité.
La mission de la Cour est de « s’assurer du bon emploi de l’argent public [et] en informer le citoyen ». Les analyses de ce contre-pouvoir salutaire sont souvent pertinentes et plutôt équilibrées dans leur conclusion. En tant que contribuables, nous pouvons nous féliciter que cette structure existe et mène avec sérieux sa mission de surveillance de l’usage des deniers publics.
Malgré la qualité de ses rapports, force est de constater que les gouvernements en place (quel que soit leur bord politique) ne se sentent pas particulièrement engagés par les conclusions qui y figurent. Il est difficile pour toute organisation de réduire volontairement sa voilure, et l’État ne fait pas exception à la règle.
Il faut nous rendre à l’évidence : le fonctionnement actuel de l’État-actionnaire n’a que peu de chances d’être bouleversé dans les prochaines années. Il serait illusoire de retenir notre souffle et d’espérer un quelconque revirement quel que soit le résultat des prochaines échéances électorales.
Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

17 mai, 2017

EDF, Areva et Cie… Les ravages de l’État-actionnaire (1)

(NDLR Ce qui est vrai pour la France, l'est tout autant pour le Québec.)
Les chiffres sont clairs : les entreprises dont l’État est actionnaire font toujours moins bien que les autres entreprises cotées… et ce n’est pas nécessairement parce que l’État utilise ces entreprises comme des armes politiques.
Par Étienne Henri. 
L’investissement public est une vieille tradition française. Qu’il s’agisse de mener à bien d’importants projets d’infrastructure (construction d’autoroutes, de centrales nucléaires ou de voies ferrées) ou de soutenir des entreprises en difficulté, l’État français a toujours eu l’habitude d’utiliser les deniers publics comme un moyen d’intervention de poids dans la vie économique du pays.
Si toutes les nations industrielles ont recours de manière plus ou moins directe à l’investissement centralisé, la France est championne en la matière.

DÉCLIN DE L’INVESTISSEMENT PUBLIC

Comme dans tous les domaines, l’investissement public est soumis à la loi du déclin de l’utilité marginale. Un peu d’investissement permet de bâtir une société industrielle et d’y installer les infrastructures vitales. Les investissements suivants offrent aux citoyens un confort supplémentaire dont le prix augmente rapidement. In fine, le retour sur investissement pour le pays devient nul, voire négatif…
L’intervention de l’État dans les entreprises est un mode de fonctionnement aujourd’hui considéré comme normal par nos administrations. Cette absence de remise en question fait que la France est le pays développé dans lequel la part des entreprises à participation publique est la plus importante : une personne sur dix est employée par une entreprise dont l’État est au capital !
Le poids de l’État dans notre économie ne se manifeste donc pas uniquement par un taux de prélèvement et de redistribution record. Sa présence au capital des entreprises a des effets mesurables sur la gouvernance de ces dernières.
Si vous investissez dans des sociétés françaises, les effets des participations étatiques sont non négligeables.
Il faut donc en tenir compte lorsque vous décidez d’acquérir des actions ou obligations des entreprises concernées, et elles sont nombreuses.

QUAND L’ÉTAT COLLECTIONNE LES PARTICIPATIONS

L’État français est un boulimique de l’investissement. Je vous disais en guise d’introduction qu’un salarié sur dix travaille pour une entreprise à participation publique. Même en ne considérant que les entreprises dans lesquelles l’État est majoritaire au capital, notre pays se paye le luxe d’employer plus de 800 000 personnes… soit plus que les États-Unis !
Ces chiffres, déjà impressionnants, en cachent un autre : le montant des participations totales de l’État-actionnaire. Le mille-feuille administratif fait que ses participations sont réparties dans une demi-douzaine de structures. Les plus importantes sont l’APE, la Caisse des Dépôts et Consignations
Ces trois structures totalisent plus de 1 700 participations pour un montant total de près de 100 Mds€.
La particularité française réside dans la répartition de ces investissements. Alors que nos voisins concentrent les participations dans l’énergie et les réseaux (transport, électricité, réseaux postaux et télécommunications), la France investit dans tous les secteurs. Industrie manufacturière, automobile, assurances, santé et logement : aucune activité n’échappe à l’intervention de l’État.

L’IMPOSSIBLE CONCILIATION DE L’INVESTISSEMENT ET DE LA POLITIQUE

Le problème est que la position d’investisseur est intrinsèquement conflictuelle pour l’État. Dans notre pays, l’État a pour mission d’organiser de la société et de mener à bien divers chantiers politiques.
Un actionnaire a pour mission de faire fructifier son capital.
Il est facile de trouver des exemples où ces objectifs sont contradictoires. Considérons le cas de la lutte contre le chômage qui est un sujet d’actualité. L’objectif de l’État-stratège est de faire baisser le nombre de demandeurs d’emplois. Son intérêt est donc d’utiliser les sociétés dans lesquelles il possède des participations (qui sont, rappelons-le, nombreuses) et de les inciter à mettre en place une politique de recrutement massive.

RENTABILITÉ DE L’AGENT PUBLIC

L’objectif de l’État-investisseur est d’assurer la rentabilité de l’agent public, ce qui revient à maximiser la rentabilité des entreprises dans lesquelles il a investi. Dans cette optique, la masse salariale doit être sous contrôle et les recrutements limités à leur strict nécessaire.
Ces deux positions sont clairement antagonistes. L’État doit donc arbitrer entre les deux stratégies, sachant que tout déplacement du curseur entre rentabilité et effet politique ne peut être qu’un changement gagnant/perdant. Les circonstances du moment font que l’État privilégie l’une ou l’autre des stratégies.
Cette situation schizophrène se retrouve à l’identique sur les problématiques de soutien à l’innovation ou aux industries stratégiques en perte de compétitivité.
Dans ces secteurs, la politique industrielle est en opposition avec un objectif de saine gestion patrimoniale.
Le casse-tête est complet lorsque l’État se retrouve également client des entreprises, comme c’est le cas dans le secteur de la défense. Tous les principes d’une saine économie de marché sont mis à mal.

UNE EFFICACITÉ CONTESTABLE

L’expérience de l’après-guerre l’a montré : hors des périodes de forte croissance, l’État-actionnaire a tendance à privilégier l’effet politique plutôt que l’effet économique. Les participations sont utilisées comme une arme pour mener à bien la politique du moment aux frais du contribuable.
Les entreprises dans lesquelles l’État est majoritaire au conseil d’administration se retrouvent finalement à suivre des stratégies contraires à leur intérêt !
Les dégâts peuvent être immenses. Pensez à EDF et Areva, pour ne citer qu’elles. Ces entreprises possèdent une excellence technologique que le monde nous a longtemps enviée. Elles ont de brillants techniciens, scientifiques et ingénieurs. Elles opèrent dans l’économie réelle et produisent des services utiles.
Pourtant, des années de gestion étatique en ont fait des entreprises-zombies qui ne parviennent pas à gérer leur capital en bon père de famille et vont de crise en crise. Quel gâchis !

DES CHIFFRES CLAIRS

Si vous avez le moindre doute quant à l’ampleur du problème, regardez plutôt le retour sur fonds propres des participations détenues par l’APE et la CDC, par opposition a celui des entreprises du SBF 120.
Les chiffres sont clairs : les entreprises dont l’État est actionnaire font toujours moins bien que les autres entreprises cotées… et ce n’est pas nécessairement parce que l’État utilise ces entreprises comme des armes politiques.
Parfois, c’est tout simplement l’immobilisme qui prime. Les différentes facettes de l’État-actionnaire étant représentées par différents interlocuteurs au sein de l’entreprise, les conflits d’intérêt deviennent des conflits de personne. Au final, l’État ne tire plus réellement l’entreprise dans telle ou telle direction, mais devient un poids dans la gestion courante des affaires.
Or, vous le savez, l’efficacité est la clé de la rentabilité d’une entreprise ; que l’on parle des activités opérationnelles ou stratégiques.
Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit