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03 juillet, 2013

L'or comme investissement public et privé

Par André Dorais

Depuis le début des années 2000, l'or constitue un des meilleurs investissements qui soit.  Au moment d'écrire ces lignes, je considère que cela demeure vrai.  J'entends ici par investissement une façon d'investir ses ressources dans le but de les faire fructifier.  Néanmoins, il y a lieu d'être prudent avant d'investir dans l'or.  D'abord, parce qu'il s'agit d'un marché relativement petit, donc sujet à une volatilité plutôt élevée.  Ensuite, parce qu'il est offert de différentes façons qui viennent accompagnées de risques tout aussi différents. 

On peut se procurer le métal lui-même et le laisser à la maison, à la banque ou dans des entrepôts expressément conçus à cet effet; on peut en être propriétaire via des fonds négociables en bourse ou des fonds mutuels, mais sans jamais pouvoir y toucher, ni même le voir; on peut en être actionnaire via des producteurs ou des explorateurs, etc.  En disant que l'or est un bon investissement, j'ai à l'esprit uniquement les diverses façons d'investir dans le métal lui-même.  Un investissement dans les producteurs et explorateurs d'or constitue un risque élevé où l'on s'aventure à ses risques et périls.  

La bonne performance de l'or depuis une douzaine d'années est principalement attribuable à l'augmentation de sa demande.  Celle-ci, à son tour, est attribuable à la mauvaise gestion gouvernementale de la monnaie, voire des finances publiques en général.  En d'autres mots, l’offre d’or des 12 dernières années ne constitue pas une variable explicative importante de la variation de son prix.  D’ailleurs peu importe la période choisie, l'offre d'or constitue rarement une variable explicative importante de son prix.  

Il y a essentiellement trois raisons à cela: l'or est peu consommé, presque indestructible et sa mise en marché est beaucoup plus stable que celle des autres monnaies.  Il sert surtout de valeur refuge, c'est-à-dire un investissement qui tend à maintenir son pouvoir d'achat sur une longue période.  Dans ces circonstances, pour établir la quantité d'or offerte, on doit considérer non seulement sa production périodique, mais historique.  Ainsi, que sa production annuelle soit bonne ou mauvaise a relativement peu d’impact sur son offre totale, par conséquent peu d’impact sur son prix. 

Cela ne signifie pas que le prix de l'or varie uniquement en fonction de sa demande, mais plutôt que son offre, pour autant qu'on s'en tienne aux périodes d'un an et moins, n'a qu'un rôle marginal dans la détermination de son prix.  Encore une fois, le principal facteur qui explique cette demande accrue est la mauvaise gestion de la monnaie, soit une augmentation beaucoup plus élevée de la masse monétaire relativement à la richesse produite.  On parle alors d'inflation monétaire ou de dépréciation monétaire.  En d'autres mots, il s'agit d'une dépréciation du pouvoir d'achat de la monnaie en raison de l'augmentation de la masse monétaire, de sa valeur nominale, sa «quantité». 

Une augmentation importante de la quantité de monnaie, d'une période à l'autre, n'annonce pas tant une augmentation des prix des biens de consommation qu'un bouleversement de l'activité économique, un cycle économique.   Dans ces circonstances, le prix de l'or tend à augmenter, toutes choses égales par ailleurs.  

Nonobstant une baisse de 35 % de son prix, en dollars américains, depuis son sommet atteint il y a 2 ans, relativement à la plupart des monnaies importantes utilisées dans le monde, l'or s'est apprécié de 150 % à 300 % depuis les 10 dernières années.  En d'autres mots, en seulement 10 ans la plupart des monnaies se sont dépréciées d'au moins 60 % par rapport à l'or.  Aux sceptiques qui pensent que la période choisie est avantageuse pour l'or, il suffit de préciser que plus la période choisie est longue, plus grande est la dépréciation des monnaies par rapport à l'or (Voir ici l'exemple illustré du dollar américain). 

L'or comme investissement collectif, c'est-à-dire comme monnaie

J'écris les «autres monnaies» sachant que l'or n'en est pas une, mais puisqu'il l'a été plus longtemps que toutes autres monnaies et qu'il pourrait agir à ce titre de nouveau, on se doit de le considérer comme une alternative viable.  Choisir l'or comme monnaie relève du domaine public, car il ne peut être établi à ce titre que si bon nombre d'individus le désirent.  Par conséquent, ce type d'investissement relève moins de la finance que de la politique et de l'économie.  À cette fin, l'or se veut moins une quête de profit comptable qu'un moyen efficace et avantageux d'échanger biens et services.  

On en aurait beaucoup plus pour son argent si l'on pouvait transiger avec l'or comme monnaie, car, comme on vient de le préciser, il maintient son pouvoir d'achat mieux que toutes autres monnaies.  Une perte du pouvoir d'achat encourage l'endettement et le court terme au détriment de l'épargne et du long terme.  Ce sont là deux raisons qui expliquent pourquoi les gouvernements préfèrent la monnaie fiduciaire à l'or; ils sont plus soucieux d'accroître leur pouvoir que d'établir le bien commun. 

Certes, plusieurs individus y travaillent avec sincérité, mais également avec beaucoup de naïveté.  Ils ne voient pas comment le bien commun peut advenir sans l'aide de l'État.  Or, les premiers moyens d'échange, c'est-à-dire les premières monnaies, ont vu le jour sans l'aide des autorités politiques.  Selon le lieu et l’époque, on a constaté l'usage de marchandises et de matière première comme monnaie.  Avec le temps, ces choix se sont arrêtés, plus souvent qu'autrement, à l'or et l'argent métallique et pour les échanges de moindre valeur, à quelques métaux de base.  Ces choix n'ont pas été ceux des autorités politiques, mais des individus agissants dans leur propre intérêt. 

La rareté de ces métaux constituait l'une des principales raisons de les utiliser comme monnaie, car cela évitait, ou à tout le moins réduisait, leur dépréciation.  Aujourd'hui, au contraire, la monnaie est reproductible à volonté.  L'immense majorité des experts n'y voient pas de problème, car ils se disent en mesure de la contrôler.  Cependant, ils l’évaluent, cette dépréciation, par l’entremise de différentes mesures d’inflation des prix.  En d'autres mots, ils déterminent s’il y a ou non dépréciation monétaire à partir d’une de ses conséquences, soit l’inflation des prix des biens de consommation.  Tant que ceux-ci sont stables, disent-ils, celle-là est sans importance.  

Ces experts, économistes, financiers et autres, demeurent sourds à l'idée que la dépréciation monétaire constitue la principale source d'inflation des prix.  Pis encore, ils ne semblent pas réaliser qu'elle est également à l'origine d'autres graves problèmes économiques.  Trop occupés à en tirer avantage ou à chiffrer l'inflation des prix, ils ne sont pas disposés à évaluer les autres conséquences de cette dépréciation sur l'ensemble de la population. 

Non seulement une dépréciation monétaire constitue la cause principale des cycles économiques, mais elle s'établit à l'avantage de certains individus et de certaines institutions au détriment des autres.  Autrement dit, une augmentation de la masse monétaire n'est jamais distribuée également à l'ensemble de la population, mais de manière à avantager ceux qui y ont accès en premier, soit notamment les gouvernements et certaines institutions financières.  Pour cette raison, les banques centrales vont assurément continuer de déprécier leur monnaie à la demande tacite des gouvernements, question de réduire sournoisement leur dette sur le dos de leur population endormie.

L'État ne travaille pas pour le bien commun, mais dans son propre intérêt.  Il aide les gens dans le besoin non pas par générosité, mais par intérêt.  Cela lui permet de mieux cacher l'aide qu'il apporte également au monde de la finance qui l'aide à son tour à garder le pouvoir.  Sans lui, l'État ne pourrait pas aider la «veuve et l'orphelin» comme il le fait présentement.  Pour corriger cette situation, il ne suffit pas de garder celle-ci et de rejeter celle-là, mais de réaliser que les gens sont généralement mieux servis dans un marché libre.  

Tant et aussi longtemps que l'État maintiendra le monopole de la monnaie, on doit s'attendre à d'autres crises économiques.  Au moment d'écrire ces lignes, la plupart des indices boursiers en Amérique du Nord et en Europe se situent approximativement au même niveau que celui atteint au début de l'an 2000.  Le bilan du Japon est pis encore.  Depuis cette date, ces trois puissances ont connu deux crises économiques et, à mon humble avis, elles subiront une troisième crise sous peu.  Elles chercheront, comme à l'habitude, des boucs émissaires, mais en réalité elles n'auront qu'elles-mêmes à blâmer. 

Pour sortir de ces crises à répétition, elles devront un jour ou l'autre faire confiance aux forces du marché.  Celles-ci mettront peu de temps à rétablir l'or comme monnaie, car elles servent la collectivité mieux que l'État ne pourra jamais le faire.  Par conséquent, si on a l'intérêt public à cœur, on doit leur laisser toute la place, et le plus tôt possible. 
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