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Recette de budget fédéral : Pouding aux chômeurs et carré aux dettes.- Michel Beaudry

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21 octobre, 2020

L’école autrichienne, la dynamique de l’économie

 L’école autrichienne d’économie adopte le point de vue de l’individualisme méthodologique. Inspirons-nous de L’Action Humaine de Mises pour comprendre son fonctionnement de base.

L’économie de marché est critiquée car elle considère que l’être humain maximise son profit. Certains vont même plus loin en soutenant qu’elle prône la maximisation du profit.

D’autre part, on lui reproche d’être individualiste. Ou encore, de même, de prôner l’individualisme. Il s’agit là d’une interprétation complètement fausse de l’économie de marché.

L’école autrichienne appelle la science économique la catallactique, car elle traite de l’échange.

Il n’y a jamais eu de doutes ni d’incertitudes quant au domaine de la science économique.

Depuis le moment où les gens ont souhaité une étude systématique de l’économie ou économie politique, tous ont été d’accord que la mission de cette branche du savoir est d’étudier les phénomènes de marché ; c’est-à-dire, la détermination des taux d’échange mutuels des biens et services négociés sur les marchés, leur source dans l’agir de l’homme et leurs répercussions sur ses actions ultérieures.

La méthode spécifique de l’économie est la méthode des modèles imaginaires. C’est la nature de l’économie qui l’impose. Elle ne peut pas être fondée sur des expériences de laboratoires, comme les sciences naturelles. Elle ne peut pas être fondée par l’observation de régularités visibles, comme la course des astres pour l’astronomie. Il a fallu une méthode différente, qui est celle des constructions imaginaires.

Un modèle théorique est l’image conceptuelle d’une suite d’événements logiquement tirée des éléments d’action qui y sont inclus. C’est un résultat déductif, dérivé ultimement de la catégorie fondamentale de l’agir, qui est l’acte de préférer et écarter. (…)

Leur rôle est de servir l’homme dans un examen qui ne peut s’en rapporter à ses sens. En confrontant les modèles théoriques avec la réalité nous ne pouvons nous demander s’ils correspondent à l’expérience et dépeignent correctement les données empiriques.

Il s’agit donc, en quelque sorte, d’isoler le comportement économique d’un individu. D’étudier ce comportement. D’en tirer toutes les conséquences logiques.

Or, dans l’échange, en matière économique, l’individu cherche à maximiser son profit. Il échange quelque chose pour en tirer le meilleur prix. C’est la logique économique. Notons également que celui qui achète en donne ce prix car il estime que le produit en vaut la peine pour lui même. C’est un échange gagnant-gagnant.

L’ÉCOLE AUTRICHIENNE ET LA PRAXÉOLOGIE

Mais le comportement d’un individu n’est pas qu’économique. C’est pourquoi l’école autrichienne considère que l’économie fait partie d’une discipline plus vaste, qui est celle qui étudie l’agir humain, et que l’on nomme la praxéologie.

L’être humain agit. C’est un axiome. Le simple fait de le dire, de l’écrire, de le penser, est une action. L’individu agit car il effectue consciemment et volontairement des actions qu’il veut réaliser. L’économie, ce sont des actions d’individus. L’économie fait donc partie de la praxéologie.

Toutes les actions ne sont pas, loin de là, des actions économiques. Et sous l’apparence économique peut se cacher d’autres motifs. Par exemple, aider un ami dans le besoin.

L’homme qui agit est une unité. L’homme d’affaires qui possède seul sa firme efface parfois la frontière entre les affaires et la charité.

S’il souhaite aider un ami dans le besoin, le tact peut lui suggérer un procédé qui évitera à ce dernier la gêne de vivre de charités. Il donne à l’ami un emploi dans son bureau bien qu’il n’ait pas besoin de son aide ou qu’il puisse embaucher quelqu’un d’équivalent pour un salaire moindre.

Alors le salaire convenu apparaît, dans la forme, comme une partie des dépenses de l’affaire. En fait il est la dépense d’une fraction du revenu de l’entrepreneur.

D’un point de vue strict, c’est une consommation et non une dépense destinée à augmenter les profits de la firme.

La science économique est comme la physique : elle ne préconise rien. Elle décrit des phénomènes, point. En économie, chacun maximise les termes de l’échange. Mais l’économie fait partie de la praxéologie. L’agir humain. Et les actions humaines obéissent à différentes raisons.

L’ÉCOLE AUTRICHIENNE ET L’INDIVIDUALISME

L’école autrichienne a adopté la méthode de l’individualisme méthodologique. Comme l’économie néoclassique. Et contrairement à la macroéconomie contemporaine, qui s’intéresse aux agrégats mathématiques, et non aux individus. Mais qu’est ce que c’est l’individualisme méthodologique ?

La praxéologie s’occupe des actions d’hommes en tant qu’individus. C’est seulement dans le cours ultérieur de ses investigations que la connaissance de la coopération humaine est atteinte, et que l’action en société est traitée comme un genre spécial de la catégorie plus universelle de l’agir humain comme tel.

La praxéologie conçoit que l’individu est soumis à diverses influences. Ses décisions dépendent de sa vie, de ses fréquentations, de son éducation. Mais là n’est pas son objet. Elle se préoccupe de l’agir humain. Pas des causes finales. Comme la physique ne recherche pas les causes de la pesanteur.

Les actions des individus peuvent être inspirées par des groupes. Elles peuvent s’inscrire dans un groupe. Mais même une action de groupe est composée des actions des individus qui constituent le groupe. Sans compter qu’un individu peut faire partie de plusieurs groupes.

Tout d’abord nous devons prendre acte du fait que toute action est accomplie par des individus. Une collectivité agit toujours par l’intermédiaire d’un ou plusieurs individus dont les actes sont rapportés à la collectivité comme à leur source secondaire.

C’est la signification que les individus agissants, et tous ceux qui sont touchés par leur action, attribuent à cette action, qui en détermine le caractère. C’est la signification qui fait que telle action est celle d’un individu, et telle autre action celle de l’État ou de la municipalité.

Le bourreau, et non l’État, exécute un criminel. C’est le sens attaché à l’acte, par ceux qui y sont impliqués, qui discerne dans l’action du bourreau l’action de l’État.

Un groupe d’hommes armés occupe un endroit. C’est l’interprétation des intéressés qui impute cette occupation non pas aux officiers et soldats sur place, mais à leur nation.

Si nous examinons la signification des diverses actions accomplies par des individus, nous devons nécessairement apprendre tout des actions de l’ensemble collectif.

Car une collectivité n’a pas d’existence et de réalité, autres que les actions des individus membres. La vie d’une collectivité est vécue dans les agissements des individus qui constituent son corps.

Il n’existe pas de collectif social concevable, qui ne soit opérant à travers les actions de quelque individu. La réalité d’une entité sociale consiste dans le fait qu’elle dirige et autorise des actions déterminées de la part d’individus.

Ainsi la route pour connaître les ensembles collectifs passe par l’analyse des actions des individus.

L’individualisme méthodologique n’est pas une préconisation. C’est une méthode d’analyse. Il s’agit de remonter au plus petit élément analysable, comme la physique qui décompose les éléments. C’est l’individu qui agit, même dans un groupe. D’ailleurs, un individu peut appartenir à plusieurs groupes. Par conséquent, l’analyse ne peut se faire qu’à travers l’individu.

C’est parce que l’économie est composée de l’action des individus, et que c’est donc une science sociale, que l’individualisme méthodologique s’impose. Contrairement à la plupart des écoles d’économie qui pratiquent ce qu’on appelle la macroéconomie. L’économie est appréhendée à travers des agrégats monétaires : PIB, consommation, investissement, etc.

L’économie est donc un domaine qui fait partie de la praxéologie, science de l’agir humain. Car l’individu a un comportement économique. Mais l’individu agit aussi hors économie. La catallactique isole le comportement économique de l’individu. L’individu cherche à maximiser les termes de l’échange. Mais l’individu agit aussi pour d’autres raisons, et un comportement peut être difficile à faire entrer dans une catégorie. Et la méthode de la praxéologie ne peut être que l’individualisme méthodologique car c’est l’individu qui agit.

Les citations sont extraites de L’Action Humaine, de Ludwig von Mises, traduction de Raoul Audouin.

20 octobre, 2020

Face au terrorisme, l’État doit assurer le régalien : police, défense, justice

 Quel doit être le rôle de l’État face aux actes terroristes meurtriers ? Redécouvrez notre analyse suite à l’assassinat d’un enseignant.

Le vrai rôle incontestable de l’État, la raison d’être du pouvoir et des autorités, hors pensée anarchiste, sont les fonctions régaliennes : police, défense et justice.

FACE AU TERRORISME, UN ÉTAT FORT DANS SES FONCTIONS RÉGALIENNES

Les fonctions régaliennes consistent à assurer la sécurité des biens et des personnes. Un État qui ne les assure pas est de facto dans une situation d’échec. Il ne s’agit pas de répression, il s’agit d’effectivement assurer ses missions fondamentales. Les pays les plus sûrs du monde ne sont pas nécessairement les plus répressifs.

Suite aux attaques suicides coordonnées en nombre jamais vues à Paris dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre 2015, la France se trouve en position de se demander à quel point le pouvoir et les autorités du pays remplissent leur mission régalienne.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le professionnalisme de nos forces de l’ordre. Il s’agit de savoir si les autorités ont bien leurs priorités dans le bon ordre.

L’ÉTAT VEUT TOUT FAIRE ET OUBLIE LE RÉGALIEN

Aujourd’hui, nous avons un État mesquin qui se mêle sans aucune restriction raisonnable de nos vies dans tous leurs aspects, même les plus intimes. Sa légitimité dans presque tous ces domaines est douteuse. Mais sa mission incontestable, avec quel sérieux la remplit-il ?

Au vu du bilan terrible des attaques de la nuit dernière, je pose deux questions :

Premièrement, en dehors de la Syrie et de l’Irak eux-mêmes, quels États au monde, aujourd’hui, protègent moins bien leurs habitants de la menace EI que le nôtre ?

Deuxièmement, la réponse officielle de nos autorités aux précédentes attaques de l’EI sur notre territoire est de surveiller et d’espionner tous les habitants honnêtes de ce pays.

Cette approche massive, inspirée de la NSA américaine, est-elle la plus efficace ? Étant donné la manière dont l’ennemi a pu coordonner dans notre capitale une attaque majeure, impliquant peut-être une logistique assez sommaire et un certain nombre de communications, on se demande ce qu’apporte la surveillance massive de tous les emails de chaque Français innocent.

Certainement, il existe des approches ciblées, de terrain, de vraies approches de professionnels du régalien, qui nous protégeraient mieux que le fantasme d’une population entière totalement espionnée.

Dans les jours qui viennent, un nombre immense de questions vont être posées.

Il faut bien choisir les questions : pour l’instant nous ne savons pas quand la prochaine attaque va avoir lieu. Au vu de la performance de notre État, on peut avoir des inquiétudes sur ce point.

Une question clé et urgente est de savoir maintenant si l’ingérence de l’État dans chaque aspect, même le plus privé et le plus intime de notre vie, ne le disperse pas au point de diminuer sa capacité à remplir sa vraie mission, le régalien : police, défense, justice.

19 octobre, 2020

Liberté d’expression : qui la menace aujourd’hui ?

 Le massacre de Charlie Hebdo nous rappelle tragiquement le coût de la liberté d’expression. Aujourd’hui, qui menace donc la liberté d’expression ?

Plusieurs titres de presse se sont unis à l’initiative du directeur de publication de Charlie Hebdo pour défendre la liberté d’expression dans une « lettre ouverte ». Le texte alerte sur les menaces totalitaires sans précédent qui pèse sur l’expression libre des idées en France, au moment où se déroule le procès des assassins de la rédaction de Charlie Hebdo :

« Aujourd’hui, en 2020, certains d’entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales. Des États exercent des pressions sur des journalistes français « coupables » d’avoir publié des articles critiques. »

Cet appel salutaire rappelle tragiquement que la liberté d’expression a un coût, et que ce coût est d’abord humain. Il pèse lourdement sur ceux qui prennent la responsabilité de parler sans fard. Les journalistes, les lanceurs d’alerte et les citoyens engagés qui prennent la parole ne craignent plus seulement pour leur réputation et leur carrière, mais aussi pour leur intégrité physique.

LE LOURD TRIBUT PAYÉ PAR LES JOURNALISTES ET LES DESSINATEURS POUR VOUS INFORMER

La tragédie de Charlie Hebdo nous rappelle tous les jours le tribut payé par les journalistes et les dessinateurs pour défendre la liberté contre les fanatiques et les censeurs. Ce ne sont pas seulement les morts sous les balles des terroristes, mais aussi des journalistes obligés de vivre quotidiennement sous protection policière depuis 5 ans pour éviter le pire.

Si les médias et les journalistes paient un lourd tribut pour défendre la liberté d’expression, cette lettre ouverte est aussi l’occasion d’un enseignement essentiel : il s’agit d’un droit naturel protégé par la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, et ce droit appartient à tout le monde.

Aucun citoyen ne devrait être inquiété pour ses opinions politiques ou religieuses, y compris et en particulier quand ces opinions ne font pas l’unanimité, qu’elles sont particulièrement controversées, abrasives ou stupides. Tout le monde est donc concerné par ce droit inaliénable.

En effet, le coût de la liberté d’expression ne pèse pas seulement sur les épaules de ceux qui émettent lesdites opinions. En régime libéral et pluraliste, le public doit pouvoir endurer les opinions les plus diverses, parfois même aux antipodes de ses convictions profondes au nom de la tolérance civile et de la libre circulation des idées.

D’OÙ VIENNENT LES MENACES ?

Les menaces qui pèsent sur la liberté d’expression viennent autant des factions qui divisent la société que d’un État qui cherche à contrôler et encadrer une parole publique qu’il juge anarchique et dangereuse pour ses propres intérêts. Les factions religieuses ou identitaires se sont réveillées, dans la rue comme sur les réseaux sociaux, pour appeler à la censure et l’intimidation physique des voix dissidentes.

L’affaire Mila, la cancel culture, la remise en question de la liberté de blasphémer, toutes ces pratiques de minorités tyranniques font désormais partie de notre quotidien et cherchent à éteindre par le bas le débat public.

Mais l’État et son personnel politique ne montrent pas l’exemple, bien au contraire. Sous la pression des groupes d’intérêts et des intérêts factieux, les lois liberticides et les pratiques autoritaires se multiplient dans l’indifférence générale.

Au Royaume-Uni, le procès de Julian Assange nous rappelle que la Chine n’est pas seule dans la course au contrôle des populations et à la punition des dissidents, et que les États-Unis et leurs alliés, au nom de la guerre contre le terrorisme, sont également prêts à criminaliser le journalisme d’investigation quand ils font leur travail. Chine, Biélorussie, Russie, Turquie, etc. Partout dans le monde, la liberté d’expression recule.

LIBERTÉ D’EXPRESSION MENACÉE PAR L’ÉTAT

En France, les lois qui encadrent la liberté d’expression au nom des meilleures intentions du monde, non seulement censurent, punissent et envoient en prison, mais génèrent une véritable armée de réserve de groupes d’intérêts spéciaux, de supplétifs de police et d’associations para-étatiques instrumentalisant la justice pour dresser et faire taire les voix discordantes par les procès divers et variés.

Dernièrement, la loi Avia devait autoriser la censure élargie des réseaux sociaux au nom de la lutte contre le racisme, le terrorisme et d’autres pathologies sociales que l’État se fait fort d’éliminer depuis des décennies et des décennies (sans succès évidemment). Heureusement, le Conseil constitutionnel en a retoqué les principales dispositions. Hélas, la loi mis à la porte nationale revient par la fenêtre européenne. Le gouvernement français est en train de demander à la commission européenne de faire adopter au niveau européen ce qu’elle n’a pas pu adopter au niveau français à cause de la censure du Conseil constitutionnel.

L’État se doit de protéger l’exercice de la liberté d’expression qui appartient à tout citoyen, parce que la contrainte ne peut pas convaincre les individus. Seuls le débat public, l’éducation et l’échange d’idées peuvent faire progresser les Hommes.

C’était déjà le sens des écrits de John Locke sur la tolérance (1689), qui défendait l’idée de la nécessité de protéger le pluralisme raisonnable au sein de la société. Protéger l’exercice de la liberté d’expression suppose aussi de protéger l’indépendance des médias, y compris du pouvoir politique, de ses lois liberticides comme de ses subventions ou de sa tutelle plus ou moins bienveillante.

LES ENNEMIS DE LA LIBERTÉ PERDRONT

En France, nous en sommes encore loin. Le régalien qui devrait assurer la sécurité de tous est en crise, et l’État-providence s’est perdu dans le clientélisme le plus démagogique et le plus irrationnel.

Le massacre de Charlie Hebdo nous rappelle tragiquement le coût de la liberté d’expression. Aujourd’hui, qui menace donc la liberté d’expression ? Les totalitarismes, le fanatisme religieux, les factions irrationnelles, mais aussi les États et les politiciens peu scrupuleux, tous unis pour tenter d’en finir avec la liberté individuelle qui en est le moteur essentiel. Ils perdront.

17 octobre, 2020

Greta Thunberg et l’écologie liberticide


Les travaux d’un futur ouvrage m’ont conduit à lire un opuscule que j’avais jusqu’alors délibérément délaissé : les quelques feuilles de l’« activiste » suédoise Greta Thunberg parues au mitan de 2019 (Rejoignez-nous. #grevepourleclimat, traduction Flore Vasseur, Kero, 2019, 33 p.). Elles se présentent comme l’expression et la défense des idées promues par la jeune ex-écolière en « grève pour le climat ».

Volontairement, j’ai écarté toute « pollution » extérieure – discours de l’auteur, commentaires divers, etc. – pour faire « comme si » je ne savais rien d’elle afin de me concentrer sur sa littérature. Je n’en ai pas moins été conduit à scruter la photographie de l’héroïne en page de couverture pour constater que son air revêche et obtus n’était guère engageant…

Les 25 pages utiles de l’ouvrage, écrites de manière simpliste de telle façon qu’un lecteur moyen puisse les comprendre, peuvent être résumées dans le schéma suivant, dont l’aspect scientifique ne pourra que faire plaisir à Greta. Il me suffira ensuite de le reprendre point par point :

peur >> catastrophe >> « écouter la science et les scientifiques »  >>   progrès technique   >>  arrêter les émissions carbone  >>  règlementer.

La peur

A la base de tout écologisme radical se trouve, larvée ou non, la peur. Ici, loin d’être obombrée, celle-ci est mise en avant : « Je veux que chaque jour vous ayez peur comme moi » (p. 20) ; « je veux que vous paniquiez » (p. 30). Cette peur s’explique aisément : la catastrophe écologique n’est pas un horizon, même proche, elle est déjà présente : « la crise environnementale est une menace existentielle », est-il affirmé dès les premières lignes (p. 8). « Sommes-nous en train d’engendrer une extinction de masse en toute connaissance de cause ? », demande ingénument Greta. Les conséquences de la crise s’affichent dans toute leur horreur : « des villes inondées, des dizaines de milliers de personnes décédées [seulement ?] et des nations entières réduites à des piles d’immeubles effondrés » (p. 10).

En effet, si nous ne maintenons pas le réchauffement climatique sous la barre des 2 degrés, nous allons plonger dans un « scénario cauchemardesque » (p. 14). Pour le dire autrement, « nous sommes face à un désastre de souffrances inimaginables pour d’immenses parties de la population » (p. 18).

La science

L’inconscience de la population ignorante, qui n’entend jamais parler de la catastrophe climatique – notre activiste n’a sans doute jamais écouté les médias français…-, et l’attentisme des hommes politiques apparaissent d’autant plus surprenants et inadmissibles que la vérité scientifique ne peut qu’éclater aux yeux de tous. Il faut « écouter » la science et les scientifiques (pp. 23 & 31), écrit naïvement notre activiste, selon laquelle tout est « blanc ou noir » (p. 8). Comme elle a pu déciller les yeux de ses parents (p. 29), Greta Thunberg entend faire prendre conscience aux inconscients que nous sommes ce qu’est la vérité scientifique. Après Marx et Engels démontant l’idéologie bourgeoise cachée, Greta nous ouvre les lumières du scientisme contemporain.

L’espoir

Comme chez tous les écologistes liberticides, il ne vient pas à l’idée de Greta Thunberg que le progrès technique, c’est-à-dire l’ingéniosité infinie des hommes, puisse survenir. Blanches ou noires, jamais grises, les réalités sont inscrites dans le marbre et la catastrophe, imminente, doit arriver.

Mais la « grève pour le climat » nous donne malgré tout un espoir. Même si « notre maison brûle » (p. 17), nous pouvons encore tout sauver. A la peur et au catastrophisme correspond une sorte de parousie : notre planète va renaître, du moins subsister. Comment ? La solution s’évince d’elle-même puisque « la science » nous a tout révélé : « il faut arrêter nos émissions carbone » (p. 18), il faut « maintenir le pétrole dans le sol » (p. 13).

Et là, Greta de se lamenter de l’absence de « règlementations » (p. 11) et de « législation » (p. 13). Car le type d’écologisme qu’elle promeut se dévoile comme une nouvelle mouture du constructivisme : « tout et chacun doit (sic) changer » (p. 22). Même si le terme n’est pas employé, Greta nous convie à une guerre pour sauver notre mère Terre. Même si l’expression n’est pas usitée, il s’agit bien de concentrer toutes les forces de la civilisation afin de mener ce combat. Or, il n’y a de but unique dans une société que dans deux situations : une guerre effectivement ou un régime de nature totalitaire. Ici, « les règles ont besoin d’être changées » car il s’agit ni plus ni moins que de « sauver le monde » (p. 13) : « Nous devons changer à peu près tout dans nos sociétés » (p. 20), projet révolutionnaire qui, puisque l’on nous parle de peur, ne peut qu’inquiéter.

La politique

Il ne faut pas croire pour autant que ces changements radicaux puissent se faire de manière spontanée ou même décentralisée. Fût-il vague, le projet ici défendu ne peut que mener directement à une politisation généralisée de la société : « nous avons besoin d’un nouveau projet politique ». Voilà qui intéressera un certain nombre d’hommes politiques démagogiques, voire autoritaires. Ce sont eux qui vont être chargés de sauvegarder notre monde à coup d’interdits, de législation et de règlementations. Les mots de capitalisme et de libéralisme sont absents du texte, mais lorsque l’auteur avance que « nous avons besoin d’une économie totalement repensée » – expression parlante car nous ne savions pas qu’elle avait jamais été pensée…-, c’est la civilisation naguère qualifiée d’occidentale qui est visée.

De programme il n’y en a pas, mais le lecteur attentif trouve tout de même les quelques lignes suivantes : « Nous devons coopérer et partager les ressources de la planète de façon équitable. Nous devons commencer à vivre dans les limites de ce que la planète propose » (p. 24). Lorsqu’un écologiste radical parle – avec un anthropomorphisme qui pourra faire sourire – des limites de l’univers, il faut traduire : il s’agit de brider l’initiative humaine sans limite, il faut plus précisément que les pays capitalistes, dont les habitants sont sortis de la pauvreté grâce à l’ordre spontané, partagent leurs richesses mal acquises – lire : sur le dos de Gaïa et des pays pauvres -, afin de sauver la planète.

L’opuscule de Greta Thunberg présente tout de même un immense mérite : concentrer en quelques pages les menaces que les écologistes liberticides font peser sur notre civilisation.

Jean-Philippe Feldman est professeur agrégé des facultés de droit, Maître de conférences à SciencesPo et avocat à la Cour de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont le dernier en date Transformer la France. En finir avec mille ans de mal français, Plon 2018 (avec M. Laine). Il publiera prochainement Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron (Odile Jacob)