Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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07 août, 2010

La pensée du jour

Avancez en arrière. Montréal retourne dans le passé. On s'y promène en Bixi entre les poules. Je sais, dans la nouvelle réalité écolo, c'est ça, le progrès. On devrait labourer dans la rue Sainte-Catherine. On devrait transformer le Stade olympique en grand bac à fleurs. On devrait faire sauter les ponts et accéder à l'île en chaloupe. Montréal converti en lieu de tournage de l'émission Survivor. Vert et sauvage. --- Stéphane Laporte

04 mai, 2008

L’art d’être politicien

Stéphane Laporte conclut son texte humoristique en disant : « Au fond, le meilleur des politiciens, et je le dis sans aucun cynisme, c'est quelqu'un qui travaillerait très fort en ayant l'air de ne rien faire. Bref, c'est le contraire d'un fonctionnaire. »

Malheureusement, au Québec c’est tout le contraire. Les politiciens font peu tout en ayant l’air de travailler fort. Comment pourrait-on expliquer autrement l’immobilisme du Québec alors que les ministres émettent entre 40 et 50 communiqués de presse quotidiennement? Les nombreux communiqués de presse servent à donner l’impression qu’ils sont très occupés alors que les vrais problèmes demeurent entiers.


Le dimanche 04 mai 2008
La politique de ne rien faire
Stéphane Laporte, La Presse, Collaboration spéciale

Les politiciens semblent avoir enfin compris. Rappelez-vous le Jean Charest du premier mandat. Le Jean Charest qui était prêt. Trop prêt. Il est arrivé au pouvoir en hyperactif. Coupe ici, coupe là. Change ci, change ça. Développe ci, développe ça. Wo! Wo! Wo! Non, non! On n'aime pas ça, se faire déranger de même. O.K., on l'a élu, mais c'est pas une raison pour qu'il fasse quelque chose! Relaxe, Johnny! Nous, la politique, c'est comme les révolutions: on aime ça tranquille.

Même quand Charest a parlé de baisser les impôts, on s'est rebiffé. Trouvez un autre peuple sur la planète qui refuse des baisses d'impôts? Les Québécois, oui. On est habitué à en payer plus que tout le monde, c'est parfait de même. Faut pas changer nos habitudes. La poutine, Pierre Bruneau, pis payer trop d'impôts. On aime ça comme ça. Depuis qu'on est né que c'est ainsi. On barre ça là.

Pour que l'énervé Charest comprenne bien, on l'a réélu, mais minoritaire. En le remettant au pouvoir, on n'avait pas de changement. Excellent. On haït le changement. Et en le mettant minoritaire, on s'assurait qu'il ne puisse rien faire. Car les deux autres partis pourraient le renverser dès sa première tentative de s'activer. On aurait enfin la paix.

Et ça fonctionne. Depuis que le gouvernement Charest est élu, il ne fait absolument rien. A-rien! Et on est ben. Et on est content. Tellement satisfait que Charest triomphe dans les sondages. Jean n'est pas fou. Il a tout saisi. Less is more. Moins, c'est plus. Je dirais même: rien, c'est tout. Il ne se passera rien jusqu'à la fin de son mandat. Et il va sûrement nous promettre qu'il ne se passera rien durant son prochain. Et on va le réélire. Huit ans de rien, ça ne se refuse pas!

Pauline aussi vient de comprendre. L'indépendance du Québec? On tient ça mort. C'est ben trop radical, comme changement. Un référendum? Oubliez ça! Répondre à une question, c'est trop d'effort. Le PQ aussi est capable de ne rien faire. Pauline va nous le prouver. Même si elle a quand même un peu de difficulté à atteindre le niveau coma, à ne rien proposer du tout. C'est plus fort qu'elle. C'est sa déformation de socialiste engagée. Elle a donc osé vouloir entreprendre une conversation nationale. On ne fait rien, mais on jase. On lui a fermé la boîte assez vite. Elle s'est rapidement rendu compte que les Québécois ne veulent pas jaser. À moins que ce soit de Carey Price.

Pauline n'a pas appris complètement sa leçon. Elle a encore, parfois, des réflexes de militante. Elle veut faire une nouvelle loi 101. Franchement! On en a déjà une. Pas besoin d'une nouvelle. Si on voulait du nouveau, Boisclair serait encore là. Pauline, c'est une ancienne, et c'est pour ça qu'on l'aime. Mais qu'elle garde ses anciennes affaires. Et ses anciennes lois.

Mario, c'est plus complexe. Il ne propose pas vraiment des changements, mais un retour en arrière. Sauf que même revenir en arrière, le peuple trouve ça fatigant. On ne veut pas bouger. Ni avancer, ni reculer, on veut rester là. Alors plutôt que de nous ramener en arrière, il faut que l'ADQ trouve une façon d'apporter l'en arrière où on est. Livrer le passé à domicile. Faisons-leur confiance, ils vont trouver. Après tout, ne pas bouger, c'est la meilleure façon d'être dépassé.

Il était temps que les politiciens comprennent qu'on les aime quand ils ne font rien. C'est comme les animaux. Un chien qui dort, c'est merveilleux. Un gouvernement aussi. Il n'y a rien de plus rassurant pour la nation que le ronflement de son premier ministre. On a déjà assez de préoccupations comme ça.

D'abord, les Québécois célibataires n'ont qu'une volonté, c'est de se matcher. Venez pas les achaler avec une réforme du fédéral ou un nouveau système de santé. Ce qu'ils veulent savoir, c'est si le docteur est cute ou si l'infirmière est bien roulée.

Et les Québécois en couple ont aussi une seule préoccupation: c'est essayer de le rester. Entre les chicanes, les réconciliations et les enfants, il ne leur reste plus de temps pour envisager l'avenir du Québec de façon lucide. Ils ont des courses à faire. Tout ce qu'ils veulent, c'est que tout ait l'air d'aller ben. Or, le changement crée de la turbulence, des mécontents, un débat. No way!

On est chanceux au Québec, parce qu'on a plein d'observateurs et de critiques qui veillent à notre tranquillité. Les chiens de garde de l'immobilisme. Dès que quelqu'un tente de faire quelque chose, dès que quelqu'un sort des sentiers battus, dès que quelqu'un ose une fantaisie, on lui tape dessus. Un nouveau projet? Une nouvelle réforme? Une nouvelle vision? Ça ne passe pas. On le pourfend. On le ridiculise. Les lobbies s'organisent. Et tout avorte. Ce qui fait qu'on réagit plus qu'on agit. On est un peuple de réaction. Mais pas d'action.

Alors pour innover, pour bouger l'immobilité, il faut autant de force que de subtilité.

Au fond, le meilleur des politiciens, et je le dis sans aucun cynisme, c'est quelqu'un qui travaillerait très fort en ayant l'air de ne rien faire. Bref, c'est le contraire d'un fonctionnaire.

03 février, 2008

Le secret du succès des Patriots : l’organisation du travail

Stéphane Laporte dans le texte qui suit oppose l’efficacité des Patriots à l’ineptie des cols bleus. Le « canyon » qui sépare l’organisation du travail des deux équipes explique leur performance respective.

Si le football était un monopole d’État et que les joueurs étaient syndiqués, quelle serait la fiche de Bill Belichick? Probablement 0 – 19. Les Patriots serait la risée du monde entier.

L’efficacité d’une équipe résulte de l’utilisation optimale de chacun des joueurs. Si les joueurs de Bill Belichik choisissaient leur position selon l’ancienneté qu’arriverait-il? Si les politiciens dictaient au club les heures de pratiques, le menu des joueurs, les conditions d’emplois, etc. croyez-vous vraiment que Bill aurait une fiche de 19-0?


Le dimanche 03 fév 2008
Si les Patriots étaient les cols bleus
Stéphane Laporte
La Presse

Dix-huit victoires, aucune défaite. C’est la fiche des Patriots de la Nouvelle-Angleterre en ce moment. S’ils gagnent le Super Bowl, ils auront une fiche parfaite. 19-0. Qui a dit que la perfection n’était pas de ce monde ? Un paresseux.

Imaginez, si les Patriots étaient les cols bleus de Montréal, il n’y aurait plus un seul nid-de-poule dans toute la ville de Montréal. La neige qui tombe aujourd’hui serait déjà ramassée. La ville serait nickel. On pourrait manger sur les trottoirs.

Bien sûr, la perfection en groupe n’est pas facile à atteindre. Des petits parfaits isolés, c’est plus courant : Nadia Comaneci, Tiger Woods, Mario Dumont. C’est rare, mais ça se peut. Un ensemble parfait, c’est un miracle.

Supposons que Tom Brady est un col bleu. Son quart de travail débute à 9 h. Il est là à 8 h. Il a posé tous les cônes orange autour du trou. Il a nettoyé le trou, commencé à briser la chaussée abîmée. Il attend les gars pour couler le nouveau revêtement. Les gars arrivent à 10 h. 9 h, c’était l’heure pour aller chercher le camion. Ils sont arrêtés au Tim Horton pour la pause de 9 h 30. Ils ont mangé leurs Timbits. Ils sont prêts à bosser. Ils aperçoivent Brady qui a presque terminé l’ouvrage. Il est allé chez Rona acheter du ciment et une chaudière et il est en train de le poser à la spatule. Tout est égal. Tout est lisse. La rue a l’air d’une fresque de Michel-Ange. Les boys ne sont pas contents :

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Ben je répare le nid-de-poule...

— Ça presse pas...

— Celui-là est presque terminé, on va pouvoir aller faire ceux sur Papineau.

— Wô le casque ! On avait calculé trois jours pour faire ce nid-de-poule-là. La rue Papineau, on n’est pas censé être là avant la semaine prochaine.

— Voyons les gars ! Vous ne voulez pas être les meilleurs cols bleus au monde ? ! Que votre ville soit la plus belle ville au monde ? ! Être fiers de votre travail ? ! Être des exemples pour la société ? ! Que les parents disent à leurs enfants : « Un jour, si tu travailles fort, tu deviendras un col bleu de Montréal » ? ! Et les enfants s’endormiront en serrant leur figurine de col bleu ! Allez les amis, donnez-moi un C ! Donnez-moi un O !

— Donnez-moi un N... Comme dans con ! Les nerfs, le jeune ! Tu vas apprendre à travailler en équipe. Et l’équipe a prend un break.

— Et la rue Papineau ?

Dans six mois, Tom Brady sera semblable aux autres. Ça lui prendra deux jours pour placer les cônes. Un groupe, ç’a toujours tendance à pousser vers le bas. La chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible. C’est pour ça qu’il y a tant de chaînes à réparer.

Pour élever un groupe vers le haut, ça ne prend pas un leader. Il faut que chaque membre du groupe soit un leader. Il faut que chaque membre du groupe veuille se dépasser. Tom Brady a beau être un génial quart-arrière, si sa ligne offensive ne le protège pas, il sera transformé en pouding par la ligne défensive des Giants.

Pour réveiller le meilleur en chaque individu, ça prend un grand coach. Si Bill Belichick était le président du syndicat des cols bleus, tout serait différent. Il aurait fait réaliser à sa gang que la meilleure façon d’être augmentés, d’être estimés, d’être heureux au travail, c’est en travaillant. Donner moins et vouloir plus, c’est fatigant. C’est déprimant.

Les joueurs qui jouent pour toutes les équipes éliminées de la NFL font autant d’argent que les joueurs de la Nouvelle-Angleterre. Ils ont les mêmes Ferrari, les mêmes grosses maisons, les mêmes jets privés. Et aujourd’hui, au lieu de se faire casser en deux en Arizona, ils sont en vacances aux Bermudes. Qu’ont-ils à envier aux Patriots ?

Une seule chose. Qui n’est même pas une chose. Qui ne se touche pas. Qui ne flashe pas. Un sentiment qui vaut plus que toutes les bébelles. Le sentiment du devoir accompli. Le sentiment d’avoir réussi quelque chose en gang. D’avoir réussi à faire fonctionner un groupe d’hommes ensemble. Depuis Adam, c’est la plus périlleuse des tâches. Aussitôt qu’ils ont été deux au paradis, le paradis n’en était plus un. Et le monde depuis, ce n’est que ça, des gens qui n’arrivent pas à faire de quoi ensemble. Ils se jalousent, s’envient, se déchirent, se blessent, se tuent.

C’est pour ça que je prends pour les Patriots aujourd’hui. Les underdogs sont toujours bien séduisants. Mais aujourd’hui les superdogs sont à trois heures de réussir un exploit trop monumental, trop rare, trop contre toute attente, pour ne pas être de leur côté.

Les Giants sont les underdogs face aux Patriots. Mais les Patriots sont les underdogs face au destin. On n’est pas censé se rendre là où ils sont presque arrivés. Il y a toujours une malchance, un ballon qui glisse, un botté raté qui fait que l’on perd dans la vie. Tout est une question de moyenne. Tout s’égalise. Sauf la saison 2007-2008 des Patriots. Elle peut faire partie des exceptions dont on parlera encore dans 30 ans.

Dans ce monde imparfait, ce serait bien, ce soir, d’avoir une vision de perfection. Mais si ce n’est qu’une illusion. Mais si ce n’est que du football. Avoir un exemple que lorsque des hommes travaillent ensemble, même l’impossible est atteignable.

Go Pats go ! Et go cols bleus go !

08 octobre, 2007

Le "gros bon sens" ça sert à quoi, bordel!

Voilà où on en est rendu. Au Québec il y a un règlement pour tout que vous le sachiez ou non. La plupart de ces règlements servent à éviter aux fonctionnaires la tâche ingrate de faire appel à leur « gros bon sens ».

Stéphane Laporte, Cyberpresse, le lundi 08 oct 2007

Ma sœur arrêtée par la police !

Il est autour de 13 heures, ma sœur a une entrevue pour le travail. Elle vient de sortir du métro. Elle traverse la rue Pierre-de-Coubertin au coin de Pie IX. La lumière est verte. Elle atteint le terre-plein, la lumière est toujours verte.

Elle traverse la dernière moitié de la rue, rendue au trois quart, la lumière vire au rouge, elle se met à courir et rejoint le trottoir.


Elle poursuit sa marche. Soudain, elle entend une voix : « Arrêtez-vous, madame ! ». Elle s’arrête. Deux policières s’approchent d’elle :

« - Vous avez traversé dans l’illégalité…
- La lumière était verte…
- Oui mais elle est tombée rouge.
- J’étais déjà en plein milieu de la rue, fallait que je continue…
- Vous auriez dû revenir sur le terre-plein.- Quoi ? »

Saviez-vous ça, si vous traversez la rue sur un feu vert et qu’au milieu de votre course, le feu devient rouge, vous devez revenir où vous étiez ?! Vous avez pourtant autant de chances de vous faire écraser en revenant sur vos pas qu’en allant où vous voulez aller.


Vaut mieux mourir en reculant qu'en avançant. Et après, on se plaint que notre peuple manque d'ambition...

Un travailleur de la construction, témoin de la très grave infraction de ma sœur (!) est venu plaider sa cause auprès des deux polices : « La petite madame a traversé la rue sur la verte, quand la lumière est devenue rouge, elle était rendue presque l’autre bord. » Pas grave. Le règlement, c’est le règlement.

Ma sœur a reçu un billet. 47 piastres ! 47 piastres pour ne pas avoir traverser la rue selon des normes que personne ne connaît.


Et pendant ce temps, les gangs de rues…