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10 avril, 2021

James Donnelly, le poète oublié de Saint-Laurent-de-l’Ile-d’Orléans nous offre un poème

 par Louise V. Labrecque


  Il a dormi deux jours ! Un silence sublime

   Enveloppe et sa mort et l'indicible crime

            Dont l'homme s'est couvert.

   Mais, à la voix de Dieu, la pierre est renversée ;

   Les soldats sont vaincus ; la garde est dispersée ;

            Le sépulcre est ouvert ! 

 

   Quand l'aurore a paru, quelques femmes pieuses

   Se rendent au saint lieu, tristes, silencieuses,

            Pour embaumer le corps. 

   Mais celui qu'on a vu chargé d'ignominie,

   Rachetant l'univers même au prix de sa vie,

            N'est plus parmi les morts ! 

 

   Un messager du ciel annonce son absence ;

   Pourtant, on doute encore ; on hésite, on avance,

            En effet, l'ange est seul ! 

   Assis, calme et serein, rayonnant de lumière,

   Et tout vêtu de blanc, il est là sur la pierre,

            ... Près de lui, le linceul !

 

   Ô mort, c'en est donc fait ! L'innocente victime

   Que tu vis immoler même à côté du crime

             A brisé ton pouvoir.

   Fuis devant ce vainqueur que l'amour seul anime !

   Hâte-toi de rentrer au fond du noir abîme

             Cacher ton désespoir. 

 

   N'as-tu pas entendu ce lugubre murmure,

   Lorsque le Créateur a vu sa créature

             Le vendre et le trahir ?

   N'as-tu pas entendu la plainte de la terre

   S'élever contre toi quand ta main sanguinaire

             Venait pour le saisir ?

 

   N'as-tu pas vu le ciel refuser sa lumière,

   Quand ton pied décharné montait sur le calvaire

             Où tu devais finir ?

   Tu contemplas le Christ de ton regard livide,

   Et tu crus un moment que ton bras déicide 

             Pouvait le retenir ?

 

   Et là, tu lui donnas ton baiser de vampire,

   Et tu pensas pouvoir prolonger ton empire

             Par un dernier effort ;

   Tu voulus te glisser avec lui dans la tombe ;

   Mais ici, plus d'espoir, car ta puissance tombe ;

             Le Christ est le plus fort !

 

   N'as-tu pas entendu des voix dans la vallée,

   Depuis le Golgotha jusques en Galilée,

             Proclamer sa grandeur ?

   Ô mort ! ne vois-tu point les gardes effrayés

             Fuyant de toutes parts ou tombant foudroyés

             À l'aspect du Sauveur ?

 

   Le Seigneur s'est levé comme une jeune aurore,

   Mais plus resplendissant et plus brillant encore

             Et bien plus radieux ! 

   Comme on voit un soleil dominer la colline,

   L'Homme-Dieu s'est levé dans sa gloire divine

             Mais plus majestueux ! 

 

   Il est ressuscité ! Puis, selon sa parole,

   Ses disciples l'ont vu ; lui-même les console

             Et leur parle longtemps.

   Il leur dit l'avenir, il leur dit les tempêtes

   Qui devront s'élever et gronder sur leurs têtes

             Dans la suite des temps !

 

   Il est ressuscité ! Voilà que son Église

   Se trouve pour toujours sur son pouvoir assise

             Et brave les enfers ! 

   Comme un aigle qu'on voit s'élancer dans l'espace,

   Elle prend son essor et jamais ne se lasse

             De remplir l'univers.

 

   Il est ressuscité ! C'est pour montrer à l'homme

   Que jamais ne pourra s'écrouler un royaume

             Sous son sceptre divin ! 

   Et de sa propre bouche il abandonne à Pierre

   L'édifice sacré dont la première pierre

             Fut mise de sa main ! 

 

   Il est ressuscité ! Des voix dans la vallée,

   Depuis le Golgotha jusques en Galilée,

             Redisent dans leur chant : 

   Ô mort ! Fuis du vainqueur la victoire sublime,

   Hâte-toi de rentrer au fond du noir abîme,

             Jésus est triomphant ! 

 


                            James Donnelly


26 février, 2021


 Par Louise V. Labrecque

L’histoire commence avec un bon cultivateur de chez nous, Amable Gosselin, qui était également forgeron et commerçant à Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans. Sans se préoccuper des bouches à nourrir déjà nombreuses dans sa famille, il réclama un petit orphelin irlandais, en 1847, alors qu’une épidémie de typhus dévastatrice avait obligé la mise en quarantaine d’immigrants irlandais par milliers, à la Grosse-Île, située entre l’Île aux coudres et l’Île d’Orléans. Grâce à la générosité d’Amable Gosselin, laquelle est encore de nos jours la caractéristique des gens de l’Île, comme en atteste la devise « J’accueille et je nourris », James Donnelly connut l’amour et la sécurité d’un foyer nourricier accueillant. Nous pouvons imaginer combien la perte tragique de son père et de sa mère le marqua, alors qu’il n’avait que trois ans. Grâce au ciel, Amable Gosselin en fit son protégé et le fit instruire, d’abord à la petite école modèle de Saint-Laurent, puis plus tard à Québec, où il fréquenta l’école normale Laval. Il obtint son premier emploi d’enseignant à l’institut Juneau, dans le quartier Saint-Roch.

 

Amable, qui décidément portait bien son nom, adopta plus tard William, le frère de James, qui avait fini par déserter sa famille adoptive où il vivait malheureux, des Irlandais des environs de Québec. Ainsi, Amable Gosselin offrit deux fois plutôt qu’une un avenir radieux, notamment par l’encouragement dans les études, qui aboutit en l’éclosion du génie littéraire de James Donnelly, qui devint un poète remarqué en son temps. Ses poèmes sont d’ailleurs inclus dans la deuxième anthologie de la poésie canadienne-française, parue en 1881. Partout sur l’Île, tout le monde le surnommait « Jimmy » et sa plume s’inspirait de la nature et des beautés de l’île d’Orléans.

 

On le retrouve plus tard, en 1871, membre d’un cercle littéraire de Québec, « la Chambre de discussion du Faubourg Saint-Jean », puis il se lança dans le journalisme, collaborant à plusieurs journaux et périodiques, en ayant même dirigé quelques-uns. Après avoir papillonné à Montréal, en Outaouais et en Montérégie, où il enseigna et travailla comme journaliste, il entre en 1888, à 49 ans, au noviciat des Frères des écoles chrétiennes à Montréal. Il y prit le nom de Frère Romus Joseph. De tempérament un peu bohème, il fut renvoyé quatre ans après avoir prononcé ses vœux, le 14 juin 1892, tandis qu’il enseignait au Collège Mont Saint-Louis, à Montréal, pour cause de « disparition pendant plusieurs jours ». Nous perdons ensuite sa trace un bon moment pour découvrir qu’il est décédé, en 1900, à Baltimore, sans nouvelle à sa famille adoptive même si celle-ci, selon l’historien de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans le chanoine Gosselin, l’a toujours aimé comme l’un des siens : « Je dois tout ce que je possède aux Canadiens-français – ma vie, mon instruction, et même mon pain quotidien- et ne serait-ce que par reconnaissance, si j’ai quelque chose à léguer à mon pays, je veux que la littérature canadienne-française en soit l’héritière ».

 

Ardent défenseur de la langue française, Donnelly savait aussi écrire et traduire les textes avec mille et une nuances et subtilités. Du grand art, qui s’est hélas perdu dans les oubliettes de l’Histoire. De nos jours, d’ailleurs, c’est bien la première fois depuis plus d’un siècle qu’un article est imprimé à son sujet !  Les recherches sur le poète de Saint-Laurent se poursuivent toujours, au moment où vous lisez ces lignes. Aucune photo n’a été trouvée à ce jour, comme plusieurs pans de son parcours qui restent inconnus. Quant à son père adoptif, Amable Gosselin, on sait qu’il repose dans l’église de Saint-Laurent, ce qui est un incontestable signe de reconnaissance, car un tel mode d’inhumation était en effet un honneur, réservé aux bienfaiteurs de la paroisse.

 

Pensez donc au cher Amable, ainsi qu’à son protégé James Donnelly, lorsque vous passerez par le Chemin Royal, spécialement en traversant la paroisse Saint-Laurent, notamment à la vue de l’église et de la maison qu’Amable Gosselin a construit de ses mains en 1892; elle est située au 130, Chemin Ferland. Nous savons également que la sœur de James Donnelly, dont le nom demeure à ce jour inconnu, fut adoptée par la famille de Louis Fréchette, donc qu’elle fut la sœur adoptive de celui qui fut connu en tant que notre « poète national ». Finalement, nous pouvons penser également qu’Amable Gosselin, c’est sûrement l’histoire d’un québécois heureux. Il est difficile, sinon impossible, d’offrir à autrui ce que nous n’incarnons pas nous-mêmes. Ainsi, James Donnelly, un petit garçon malheureux fut sûrement à son tour un homme heureux. Son petit frère William également. Bref, que son influence soit de nos jours consciente ou non, il y a dans la beauté et la générosité de ce don comme une perle, un petit bijou, lequel signa pour James Donnelly de nouveaux possibles merveilleux.


17 novembre, 2020

Nos Églises * Notre Histoire : Hubert LaRue au cimetière de Saint-Jean



Par Louise V. Labrecque

Au beau cimetière marin de Saint-Jean, il y a un arbrisseau un peu chétif, poussant tant bien que mal auprès du monument d’un personnage illustre, mais laissé à l’abandon, car tout le monde ignore, de nos jours, son importance.  Cet arbre prouve qu’une seule parcelle de vie est capable de miracle. C’est dans cet esprit que j’écris ce papier, car le monument d’Hubert LaRue et de ses enfants, Hubert fils et Alphonsine, sont laissés dans un état déplorable, ce qui est pour le moins choquant. Le lettrage de celui d’Hubert père est presque entièrement effacé, lui qui fut pourtant un éveilleur culturel de notre nation. De plus, les monuments de ses deux chers enfants sont là, eux aussi en piteux état, cassés en deux morceaux. Difficile à comprendre, cette négligence et cet oubli d’un compatriote ayant autant fait pour la renommée de l’Île et pour l’éveil intellectuel du Québec entier. De par ses talents d’abord, puis par son œuvre. En effet, Hubert LaRue avait à cœur son terroir, sa robuste sève nationale, et il possédait des ambitions patriotiques débordantes. Toute sa vie fut orientée à stimuler ses compatriotes afin qu’ils soient le plus heureux peuple de la terre.

Particulièrement pour l’île d’Orléans, ses écrits font appel à notre mémoire collective, car Hubert LaRue a produit un récit, vibrant hommage à l’Île, publié pour la première fois en 1861 dans la revue littéraire Les Soirées canadiennes : « Voyage autour de l’ile d’Orléans », véritable trésor oublié de notre littérature nationale qui relate d’une plume captivante l’histoire et les légendes de l’Île.  Ainsi, Hubert LaRue nous amène à méditer l’histoire de notre passé, comme l’a si bien rappelé son ami, l’écrivain Faucher de Saint-Maurice, car c’est ainsi, disait-il, que « nous apprenons le respect, l’attachement dû à notre religion, à notre langue, à nos lois. » Pour en arriver à ces buts multiples, tout fut bon, à LaRue : conférences, livres, brochures, inventions utiles, articles de journaux, causeries.

Hubert LaRue fut écrivain, professeur et médecin. Né à Saint-Jean-de-l'île d'Orléans le 24 mars 1833 : il porta toute sa vie en lui son coin de pays natal. Et cette vie, il la communiquait, il savait la faire goûter. Homme de lettres et d’idées, ses œuvres méritent également d’être connues, lues et méditées. Comment oublier qu’il participa également à la fondation de l’École Patriotique de Québec, un courant littéraire ancré au fond de notre âme nationale, contribuant ainsi à la renaissance littéraire du peuple héritier de la Nouvelle France.

Homme de foi, cette juste expression se retrouve chez LaRue, encore plus humble, plus touchante, indice certain que dans son âme, la souffrance avait travaillé sa profession de médecin, mais surtout la perte de ses enfants. De la douleur croyante, de ce champ de la mort où reposaient les chers débris de son cœur, jamais plus il ne réussit à se distraire. Un soir de pleine lune, il entraîna vers les deux pierres tombales de ses enfants, Hubert et Alphonsine, son ami Faucher de Saint-Maurice et s’y agenouilla en pleurant plus d’une heure, sanglotant comme un enfant. C’est à ce lieu qu’il songeait lorsqu’il répétait souvent : « La maison natale : l’église; le cimetière, c’est la patrie. « Cette scène, si bien décrite par Faucher de Saint-Maurice, mériterait un panneau d’interprétation près des tombes d’Hubert LaRue et de ses enfants : « Toujours, il avait un mot d’esprit bien personnel qui en faisait un écrivain tellement original et à l’esprit si vif et pétillant. Oui, la perte de ses enfants fut sans aucun doute la plus grande douleur de sa vie. Dès lors, la pensée du savant se tourna vers les mystères de la tombe. Il ne souriait plus. »

Au milieu de ces départs, raconta son ami Faucher de Saint-Maurice, il ne faut pas s’étonner que le père s’en fusse retrouver bien vite ses petits; huit jours de maladie suffirent. Et maintenant, dans le vieux cimetière de Saint-Jean-de-l’Île d’Orléans, au bord du Saint-Laurent qu’il aimait tant, il repose aux pieds de son père, avec ses enfants, « au bruit de ce mugissement vague, sourd, indéfinissable dans sa grandiose splendeur, qui s’élève du grand fleuve. » Un arbrisseau est là, et se souvient donc, près des pierres cassées en deux des enfants LaRue. Mais nous, nous souviendrons-nous assez pour nous décider à restaurer les petits monuments des enfants LaRue ? Ces quelques lignes que vous lisez en ce moment, peuvent-elles donner l’idée des paternelles émotions ressenties, témoins si émouvants de la douleur d’un père, qui était aussi l’un des plus illustres et méritants fils de l’Île, et qui demeure le lieu de l’un des plus beaux, des plus poignants et des plus sincères passages de notre littérature nationale.   

11 août, 2020

Nos Églises * Notre Histoire


Par Louise V. Labrecque

La Sainte Famille et le Saint Laurent



C’est à la Sainte-Famille que se groupa d’abord la population de l’île d’Orléans.

Mes ancêtres, comme plusieurs autres familles souches du Québec, sont arrivés de France, plus précisément de Dieppe, en Normandie, afin de fonder la Nouvelle-France. Arrivés à la belle saison, les marins Pierre, Jean et Jacques arrivèrent à l’île après une longue traversée, foulant le sol la première fois à Sainte-Famille, paroisse la plus ancienne de l’île, avec les plus anciens registres paroissiaux s’ouvrant en 1666.

Fort d’une belle dévotion à La Sainte Famille, monseigneur François de Laval lui rendit hommage en la nommant ainsi à sa fondation, en 1661. Le premier curé fut François Lamy. C’est lui qui collabora à l’édification de la première église Sainte-Famille, vers 1669, laquelle fut érigée canoniquement en 1684. Autour d’elle, la vie s’organise rapidement. L’église reçoit le mandat d’éducation et d’hospitalisation. Pionnière de l’architecture religieuse du Régime français et rare témoin de celui-ci, de style classique, sa façade, entreprise en 1743 fut reprise en 1808 et  1843. L’église de pierres remplace donc la première église, plutôt une chapelle, située non loin, un peu plus au nord. En 1679, quatre autres paroisses sont fondées sur l’île d’Orléans.

La paroisse de la Sainte-Famille est toute située dans le fief de Charny-Lirec, concédé à Charles de Lauzon-Charny avant 1656 et qui passa aux mains de Mgr de Laval le 2 septembre 1666. Le soi-disant fief Maheu, de 15 arpents de front, situé sur l’extrémité ouest de la paroisse, s’étendait sur toute la largeur de l’île. Il fut concédé à René Maheu en 1651, mais les habitations Maheu ne furent construites que 10 à 15 ans plus tard. Entre 1667 et 1681, nombre des pionniers de Sainte-Famille allèrent se fixer dans les autres paroisses de l’île, où le défrichement progressait également.

Saint-Laurent est porte le nom de Saint-Paul jusqu’en 1698. Le saint patron de la paroisse est Saint-Laurent de Rome. La première église fut une petite chapelle en bois, construite en 1675 par le maître-charpentier Charles Pouliot. Elle était située à 100 m de l’église actuelle, à l’ouest. Ensuite, une première église de pierre fut érigée en 1697, puis l’église actuelle fut construite en 1860. Devant le monument extérieur dédié au Sacré-Cœur, les grandes portes de bois sont peintes en carmin ; pour les atteindre, nous devons gravir quelques marches, face au fleuve, non loin du Club nautique, à côté d’un grand stationnement, point de départ d’un beau tour de l’île déroulant lentement le ruban du chemin Royal. L’église a la forme d’une croix latine avec un transept et des croix latérales. En 1700, la paroisse est desservie par un missionnaire ; au même moment, cette année-là, arrive le premier curé à Saint-Laurent. C’était un curé-résident, l’abbé François Poncelet. Le 27 août 1714, l’église est érigée canoniquement et le 27 juin 1759, l’église est épargnée du saccage de l’armée britannique.

En somme, par la richesse de son histoire et de son patrimoine religieux, l’île d’Orléans, microcosme du Québec, est aussi la gardienne de ce que nous avons fondé de meilleur, individuellement et collectivement ; ses églises en sont un exemple, de même que ses croix de chemin, ses chapelles, ses cimetières et ses presbytères. Pour en mesurer toute la profondeur, il faudrait remonter jusqu’à Jacques Cartier, débarqué sur l’île il y a longtemps, en 1535; l’île s’appelait alors Windigo « le coin ensorcelé », en algonquin. Depuis, une présence surnaturelle l’habite, c’est certain, comme si un ange, ou une bonne étoile veillait sur elle et sur nous toutes et tous pour l’éternité.

23 mars, 2020

"Nous sommes bâtis pour l'inaccessible" - Félix Leclerc




Par Louise V. Labrecque
               Imagine de quels espoirs s’illuminait l’esprit de nos ancêtres…. Je ne sais plus la différence entre la cause et l’effet; j’ai mes propres images, il s’agit de créer nos propres images. J’aurais pu, il me semble, être peintre ou sculpteur, et toutes les formes d’artisanat; actrice, chanteuse, écrivaine aussi, j’aurais pu; toutes les formes d’énergies créatrices me possèdent et de ce goût, je conserve une affinité spéciale, comme un don, avec des choses graves et légères, des professeurs, des choses incroyables venues du fond des âges; comme la force des premiers défricheurs, le chant des marins courageux. L’île, c’est elle, la grande étoile veillant à la fois sur la terre et le fleuve, avec son ciel d’amour. Les paysans offrent également ce témoignage et le décor, ici, est si beau qu’il continue de scintiller; il se refait sans cesse sous nos yeux, tellement que nous ne savons plus où poser notre regard. Nous avons soudain mille yeux voulant regarder partout à la fois, pour se souvenir de tout, pour longtemps, pour toujours. À ce point pionniers, cela ne se dit pas ; à ce point aventuriers, voilà les pères de mes pères, héros de la Nouvelle France.

L’île, c’est le pays du temps retrouvé, le pays de l’enfance épris de curiosité, plein de grands vents, de neiges nostalgiques, avec une parlure toute en or de soleil ; une langue forte comme des mains de potier. Mes ancêtres m’habitent, voilà, il fallait que je vous l’écrive. Finalement, je pense avoir échoué dans le but que je m’étais fixé vraiment, celui de toucher les coeurs. Une chronique mensuelle publiée dans un journal, c’est toujours pour retrouver l’autre: à toute chose, il y a une raison; sa raison d’être. Cela tient du prodigue, quand je pense à toutes les niaiseries et ennuyanteries qui rendent la vie insupportable. Je n’ai pas le droit de fausser la vérité.  Ne faudrait-il pas apprendre aussi à fouiller un peu plus loin, pour puiser en pleine terre tout le suc et le sel des ancêtres, pour mieux dérouler l’histoire dans le bon sens, le long ruban du chemin Royal ? Je pense à faire comme vous, à vivre avec un peu moins, partager davantage, et remettre en cause les excès de l’ère ultra-individualiste dont nous sommes les sous-produits et la sous-culture, sans faire exprès. Sommes-nous tous dans une impasse par rapport à nos valeurs ancestrales? La substitution incessante du nouveau à l’ancien est désormais une norme socialement acceptée; or, ce modernisme ne participe pas vraiment à notre culture. C’est pourquoi il est grand temps de rallumer les lumières de nos belles églises; pour contempler la splendeur intemporelle de nos vitraux, tableaux; et tous ces petits détails exquis de l’architecture.  L’art sacré, ce n’est pas seulement une grâce, c’est aussi notre vieux savoir-faire; c’est aussi notre langue, notre vieux-parler avec toutes nos expressions vivantes; nos valeurs fondatrices, nos chants et nos traditions. Le Québec inventé, rempli d’hommes et de femmes exilés, c’est une entreprise humaine riche et profonde. Impossible de ne pas chercher à poursuivre leurs aventures, même si nous avançons en âge et que nous sommes bien à l’abri, dans l’intimité de l’écriture. Néanmoins, pour continuer à vivre leur folie, nous avons conservé l’audace d’un chantier de livres rares et une irréductible candeur de poète. Ainsi, la mémoire a perduré, même s’il a fallu, et qu’il faudra encore, pour ce faire, marquer une certaine rupture dans les mentalités et les habitudes de vie.

Parce que chaque église possède sa beauté unique, sa lumière, son silence particulier…. Un silence d’église, qu’importe ce qu’en pense la critique, c’est un silence qui vit le combat, à sa manière, un peu comme le semeur contemple son champ, après les labours. Le petit bourgeois ne comprendra jamais ça, la ligne de partage entre la nature et le monde de l’art, de la famille et de la prophétie. Ce qui est impossible en littérature est idéalisé dans les grandes espérances de la foi.  C’est cela, notre patrie intime. Pour la suite, nous demeurons en mode solutions, avec cette soif de liberté, unis par le sang sacré de nos ancêtres. Ils se nomment Pierre, Jean, Jacques; ils se situent actuellement au-delà des frontières géographiques ou psychologiques. Dans tous les coins et recoins de l’île, dans tous les sens, leurs oeuvres ont fleuri, jusqu’à créer un jardin, petit mais luxuriant, dans notre conscience historique. Ainsi, nous sommes du côté de l’idée de préservation et de reconstruction. Une telle réflexion est cruciale. D’abord, se pose la question du contexte; le contraste en est d’autant plus fort. À vous, lecteurs, et à dans l’esprit de nos ancêtres, souhaitons, bien plus, harmonie et profonde satisfaction dans le déroulement de nos journées, sous des cieux paisibles et aussi beaux…  que la Splendeur de nos églises, de nos vieilles maisons, granges, terres, fleuves, saintes fleurs, ponts, lacs et rivières; joli kaléidoscope, avec les papillons monarques et les oiseaux du cosmos, souvenirs emportés sur les ailes du temps, jusqu’au sommet du clocher, là où monte une fumée blanche, comme pour l’élection d’un nouveau pape.

31 mai, 2019

Notre Dame : je crie ton nom !

Louise V. Labrecque




Non, nous n’en revenons pas ! Pensez-vous que cela est possible, en revenir d’un évènement pareil ? ! Notre * Dame en feu, détruite, disparue, en cendres, avec tant de points d’interrogation, encore à ce jour; et tant de points du suspension….  Mais comment cela est-il possible, le regard que chacun porte sur Paris s’en trouve désormais modifié; nous tous québécois, amoureux de Notre Mère Patrie et de Notre * Dame, avons l’impression persistante d’un mauvais rêve. Cela est si vrai que pour écrire ainsi nous conservons en pensée sa forme sensible : elle demeurera écrite, au moins, comme pour préserver un peu de sa lumière grandiose, tel un rayon de beauté inaltérable, venu de ses vitraux, de sa rosace.  Nous avons parlé de la pensée de l’Art, dans les trois précédents articles, et l’esprit d’adoration qui opère naturellement sur le problème que nous étudions. La question essentielle est de savoir ce qui s’est passé, dans les moindres détails, et aussi comment reconstruire, en respectant la liberté artistique, sous la lumière d’une œuvre si belle; non, nous n’allons pas sacrifier la splendeur originelle de Notre * Dame aux idées gravement suggestives des actes humains, trop humains ! L’artiste demeure libre de traiter la matière, indifféremment, peut-être, de ce qu’il aurait observé. S’il lui est permis de choisir son sujet dans les bas-fonds du réel, c’est à la condition de laisser tomber l’obscénité.  Par pitié, nous sommes de l’avis de celui-ci, quand il affirme que le point principal dans cette question de reconstruction demeure l’enjeu d’une véritable renaissance, parfaite en tous points, sans mettre en lumière tel ou tel aspect du mal (mais bien) que de savoir à quelle hauteur il se tient pour ce faire. Nous ne sommes pas dupes et nous avons raison d’être inquiets !  Nous sommes les défenseurs de Notre *Dame et de Notre Mère Patrie, telle quelle, dans toute sa perfection sublime. Cette solution peut paraître sévère, mais elle est juste. Nos cœurs sont assez purs, et assez forts, pour reconstruire Notre * Dame sans connivence.

Oui, nous commençons à prendre la mesure des réactions du public, après cette tragédie, cette coupure dans notre conscience historique; ce terrible incendie enflamme toujours les esprits, soulève les passions et oblige un débat rempli de bonnes volontés, sur la valeur morale de cette œuvre d’art resplendissante qu’est Notre * Dame. L’art des libertés cela est aussi une affaire de culture artistique; l’artiste n’a pas le droit de se figurer que, comme lui, c’est l’art ultime que la population recherche et demande à découvrir; la population c’est aussi un immense cœur humain qui aspire à retrouver Notre *Dame intacte, avec à la fois sa pensée (de l’art) et son regard, afin de ne pas risquer de devenir objet de scandale, instrumentalisée par les scélérats. Une œuvre vivante est forcément troublante; soyons donc des Hommes dignes, profondément vertueux et commençons dès lors à reconstruire Notre * Dame pareille à l’originale; plus belle encore parce que rafraîchie, comme la femme véritablement magnifique remets savamment de l’ordre dans ses cheveux, un peu plus de noir sur ses yeux. Toute œuvre de mérite est potentiellement dangereuse si son œil tombe dans la fange où plus d’un s’enlise; de même, un bon arbre ne donne pas de mauvais fruits, ainsi Notre * Dame porte en elle-même le don de vie du Créateur, demeure magnifique, quasi-surnaturelle, de l’Homme. La tentation de se taire ou de crier ? Oui, la tentation du silence est aussi la tentation du bien comme le fait de constater que je suis libre d’écrire, ou pas, ce papier ; la difficulté reste entière d’un point de vue moral puisqu’il s’agit de savoir comment discerner la face exténuée du Christ dans la plus souillée de ses merveilles architecturales. Le symbole Notre * Dame est celui du Monde Libre. Le sentiment aigu de responsabilité morale va de pair avec la sincérité de celui qui voit également avec son esprit. Jouer avec le feu et se brûler : l’incroyant pourrait-il faire œuvre honnête ? Voilà le scandale qui guette Notre *Dame, comme s’il était nécessaire d’être scandalisé par avance en lui-même, de par tant d’infidélités faites aux lois de son art et de son esprit, de par un grand nombre d’artistes qui ne sait plus où il a été cueilli. Avez-vous vu toutes les propositions et projets de ceux-ci ? Il y a en a beaucoup; certains imprègnent notre civilisation occidentale, la pensée française, et d’autres, non, pas du tout. Ne soyons pas surpris : tous prennent des risques et espèrent se sauver entier, par un triomphe peut-être militant, mais en pensant de travers la mémoire historique de Notre * Dame, pervertissant sa charge émotionnelle et son parfum de vérité. Il faudrait être un saint pour saluer toutes ces idées qui laissent deviner la déchéance de Notre * Dame, un abîme sans rachat possible, une plaie que l’on s’amuse à dévoiler à nos yeux chastes et purs, profondément amoureux de Notre * Dame sans péchés, à la destinée de son prochain lumineux, loin des devoirs rigoureux liant le religieux, mais dans un esprit de liberté noble et beau, en chantier dans chaque corps et âme. L’Homme est un animal raisonnable, nous en appelons donc à sa raison. Quant à cette soif de lamentables créations, laissant Notre * Dame méconnaissable, ouverte à toutes les invasions, c’est à ce sujet qu’on nous impose de nous arrêter un instant. Ce n’est pas seulement la question de l’exigence de l’art que nous abordons dans ce papier, mais la défense de la (très) grande sensibilité, le travail essentiel de Salut, dans la lumière et la joie sans fin. Ainsi, si la lecture de cet article vous perturbe ou vous choque, s’il est une tentation contre votre innocence, alors interrompez ici votre lecture. De même, la littérature est elle aussi un art, elle peut obscurcir dans une âme - si la conscience est faussée - et toute la vie morale ne tardera pas à en être bouleversée. C’est pourquoi nous ne pouvons pas faire n’importe quoi avec Notre * Dame. En éducation, les peuples anciens avaient compris cela et ils savaient enseigner la vertu aux enfants, avec une impression forte qui se dégage dans les œuvres d’art. Un homme et son péché portera longtemps les stigmates de son vice caché, car la réalité historique a la mémoire longue, au risque de donner à Notre * Dame une image falsifiée. Ainsi, tel un fruit détaché de son arbre, nous devons garder nos cœurs purs, car l’histoire a bien des pervertis. Une enquête n’oblige pas à dire le mal et ne changera rien à son visage auguste (oui, le mal peut captiver) et à la place de l’Homme, des artistes, dans les travaux en cours, au sens de ses influences, de ses responsabilités, ses devoirs et ses obligations.

Notre *Dame : je crie ton nom ! C’est aussi comme un chant pour éloigner les pervers, comme l’Univers soulève l’ombre d’une chimère. Un Salut pour Notre * Dame, qui a été une Sacrée Gardienne, et qui demeure encore à nos yeux un Joyau rempli de créatures mille fois plus admirables que les cieux constellés. La valeur artistique de ce chef-d’œuvre oblige à ne pas craindre la lumière de la dignité qu’elle incarne toujours ; tout ce qui vit par elle est l’aveu divin de son Espérance : non, nous ne tomberons pas dans l’aberration ! Ce serait reconnaître la faiblesse de notre nature et les suites du péché originel. Ne cherchons-nous pas, quand nous affirmons vouloir reconstruire à la manière des artistes décalés, à fixer des ailes d’anges sur la bête que nous sommes tentés de devenir ? Or, Notre*Dame mérite d’être reconstruite dans toute sa Grâce, sans commune mesure, loin de toutes les profondeurs dont la déchéance humaine est capable. Sans doute, et sans vouloir se prendre pour des saints ou des moralistes, nous savons que les abimes de dépravation existent et que le péché creuse son lit dans les âmes. Assurément magnifique, Notre *Dame ouvrait tous les yeux, tous les cœurs, et faisait la joie du monde entier !  Maintenant plongée dans les effluves d’un parfum de fumée, qui penserait à y chercher pâture à ses convoitises ? Notre * Dame est grave, désormais, très grave. Elle en a perdu son accent et comme disait Bossuet, ses fortes manières. Nous voilà devant Notre *Dame fragile, plus que nue, ne faisant pas le poids face aux insultes, incapable de sentir même le poids de l’eau quand elle en a par-dessus la tête.  

N.B. : Nous en appelons à tous les écrivains et à tous les artistes : puisse la grâce demeurer dans l’œuvre originelle de Notre *Dame !   Plus précieuse que le sang des martyrs, les idées folles de création de certains artistes est la preuve de notre profonde décadence. L’esprit de Notre * Dame est néanmoins fait de force, de courage, mais pas jusqu’à l’immolation joyeuse afin de rendre témoignage de la vérité, pour le salut du prochain. Non, l’art sacré n’est pas habité de cet esprit-là ! La littérature n’est pas le péché; les arts ne sont pas comme un autre persiflage à la face menteuse des pervers. La ferveur de Notre * Dame est comme ce chemin de croix unique en son genre, que l’on monte d’un pas béni, sachant que nous sommes suivis par une petite âme. Elle sera guérie et elle sera plus sensible encore que tous les merveilleux écrivains et artistes qui ont perdu le sens des valeurs surnaturelles. Ainsi, la bêtise n’aura pas d’empire : Notre * Dame n’a que faire des efforts de purification et d’assainissement des cœurs, car le sien demeure mystérieusement intact. C’est nous qui, souvent, avons tort de vouloir ouvrir les portes et les fenêtres de notre demeure intérieure aux plus repoussantes ordures. Une œuvre d’art ne blesse jamais Dieu, car tout est beauté lorsque nous aimons le beau ; tous les plaisirs, toutes les bontés, toutes les beautés, c’est ce que nous voulons cultiver, comme nous savons apprécier ce qui est vrai. Le sentiment du beau, en effet, se découvre lorsqu’il est constitué par le repos de l’âme dans l’harmonie. Oui, c’est réellement une fleur d’Amour éternelle.

03 mai, 2019

Notre Dame : toujours lumineuse ! (3/3)

Par Louise V. Labrecque



L’Amour, cet autre nom de Dieu, parce qu’il a vécu jusqu’au bout, et a réparé la brèche ouverte par l’incendie, le péché de l’Homme entre le ciel et la terre. En jetant un pont de bijoux entre Dieu et nous, Jésus est devenu l’unique pont d’or entre le ciel et la terre, et entre nous, tous les peuples de la Terre. L’amour est notre vrai trésor, notre bel héritage ; il doit devenir notre seule arme, notre véritable loi, notre unique raison de vivre. Portons dans nos pensées et nos prières quotidiennes les peuples, les personnes, que nous rencontrons, toutes et tous, orphelins de Notre Dame; telle est la nouvelle prière, la nouvelle pensée de l’art par-delà les attentes, maintenant, par-delà les souffrances. Elle arrive à nous faire prier ! Vous vous rendez compte du miracle en action ? Nous avons une pensée même pour nos ennemis, sans invoquer la vengeance, mais pour leur repentir, et cela nous rend de dignes enfants de Notre Dame. Ainsi, nous sommes le sommet de la révélation, que personne n’a jamais vu; jusqu’à la flèche jusqu’à sa croix illuminée dans les cendres encore fumantes, et ce qui éclate dans la résurrection, où l’amour est vainqueur de la mort. Dites-le autour de vous et montrez par votre exemple que la lumière de Notre Dame envahit l’univers, avec toutes ses œuvres d’art, tous ses vitraux encore intacts, et que sont disloquées les murailles du doute, de la fatalité et de la résignation. Notre Dame et une Dame de Vie. Le Christ est vivant et nous sommes vivants avec lui.

Croire en la Résurrection de Notre Dame, c’est croire que d’orphelins nous deviendrons les fruits du Renouveau. C’est déjà anticiper notre Histoire et semer la vie là où les germes de mort menacent, faire renaître l’espérance là où le désespoir s’infiltre, parier pour l’amour et pour la paix là où la haine semble triompher. Alors, nous avons la certitude d’être déjà passés de la mort à la vie car nous aimons nos frères; parce que Notre Dame brisée laisser entrer encore plus de lumière !  Les visites, les pensées et les prières, sont actuellement si profondes qu’on ne s’en aperçoit souvent qu’après, mais voilà que nous nous éduquons au silence ; ainsi, la nuit s’efface et l’hiver s’éloigne; même les grains de blé trop tôt tombés en terre, nos compagnes et nos compagnons d’existences trop tôt disparus; toute la nature participe à la reconstruction, tel un levain qui nous aide individuellement et collectivement, invisiblement, à mûrir et à poursuivre la route. Voilà, la renaissance, par laquelle tout reprend force et courage. Le chant du veilleur domine le vacarme des violences, des incendies et des effondrements.  De la même manière que nous entretenons une relation vraie avec Notre Dame, nous pouvons vivre aussi une relation plus authentique avec notre prochain. Nous sommes alors ensemble les créateurs d’un même cœur. Avons-nous soif de voir revivre Notre Dame ? Oui ! Et c’est pour cela que marchons sur son chemin royal. Depuis des siècles et des siècles, c’est ce qui a rendu possible le voyage, la vie, l’engagement et le témoignage; c’est ce qui a permis l’écriture de tous les chants, la création de tous les arts, jours après jours, jusqu’à tous les chemins du monde. Ressuscitée, triomphante de la mort, Notre Dame a inauguré un nouveau mode de vie, un destin ultime pour l’humanité. C’est le dessein de Notre Dame : partager la vie dans un désir de reconstruction, afin de progresser par nos propres forces, jusqu’au bout de l’amour. C’est parce que son amour est infini que Notre Dame réalise la communion dans la diversité, dans les profondeurs de son être, malgré le regard porté sur ce qui nous entoure, toujours très limité : nous ne connaissons qu’une petite part des composants de la création, de l’essentiel. Mais, il est vrai que ce regard partiel est transformé par la relation. Dans l’amour et dans l’amitié, la connaissance devient plus profonde, plus forte, parce que plus large et plus intense. À travers elle, Notre Dame en profite pour nous parler. Ce regard partagé est une condition de la renaissance. L’esprit de Notre Dame souffle où il veut, comme il peut; on ne peut l’appeler; il ne faut même pas penser à l’appeler sur nous d’une manière particulière, ou sur tels ou tels autres, de même que sur nous toutes et tous, orphelines et orphelins jusqu’aux yeux, inconsolables, comme pétrifiés de chagrin, devant cette perte immense :  la disparition de ce patrimoine architectural et artistique unique et irremplaçable; ainsi, nous l’appelons le plus simplement du monde, purement et simplement, oui, tout simplement, que penser à elle soit un appel et un cri. Et cela est possible, parce que l’Homme est libre et qu’il est un être de fidélité. Nous sommes à l’image de Notre Dame, laquelle à l’image de Dieu, est doté d’une liberté sans limite. La fidélité appartient au cœur des promesses que nous faisons, des oui que nous disons, et des amen que nous prononçons, Notre Dame, quelle dignité !  Oui, faisons confiance à la nature de l’Amour : il peut tout; patience et tendresse, ainsi agit l’infinie miséricorde et cela suppose un changement de cœur. Une conversion du cœur et du regard à porter sur le monde. Nous sommes des résistants, des bêtes féroces de l’espoir. Nous reviendrons de toutes ces tentations d’abandon et de résignation; d’orphelins de Notre Dame, nous sommes en train de renaître. Une nouvelle création est cette fête de l’éternel, laissant derrière elle tout ce qui l’empêchait de vivre libre !  Cette nouvelle création sera comme le nouveau printemps du monde, au cœur de la vie de chacun de nous.  Notre Dame nous enseigne.… Elle est le doigt qui indique la route et qui marque sur le chemin le dessin du parcours; elle est la porte de bronze où est gravée l’œuvre d’art; de là, elle nous conduira à la ville dont l’amour est le flambeau. Cette cité de l’Énergie est capable d’instaurer le Monde nouveau, comme cette réalité du Royaume déjà là, et pourtant à venir.

L’Église universelle est un sacrement d’amour et de communion de la Sainte Trinité : « Toi, Moi, et la Nature », laquelle peut se vivre d’un bout à l’autre du monde. Une charité vécue aux dimensions de l’espace et du temps, mais aussi en profondeur, comme une énergie de grand joyau : cette Trinité divine, c’est le grand secret d’amour, la découverte la plus merveilleuse. En vérité, si tu vois la Trinité, tu vois l’amour. Puisse l’esprit de Notre Dame apprendre à chacun d’entre nous que la grandeur de la vie vient, non pas de que l’on acquiert et que l’on possède, mais de ce dont on se dépouille, de tout ce que l’on partage. Regarde autour de toi ! Observe la vie ! Que vois-tu quand tu admires une fleur ? La petite églantine que tu es allé chercher sous les ronces, dans le fond d’un fossé, pour la replanter chez toi, en lieu sûr; toute son histoire te parle à l’âme en secret; quand tu observes une abeille, quand tu t’émerveilles de la beauté du papillon, ou même lorsque tu tranches un fruit en deux; tout est contemplation et reconnaissance. Oui, c’est là l’œuvre de la nature, habitée par ton chant, pénétrée de ton amour. Nous te bénissons, Notre Dame, don de la vie, toi qui ouvre les cœurs ; un cœur transpercé qui communique néanmoins encore - et plus que jamais – ses beautés d’où jaillissent l’eau et le sang, le baptême et l’eucharistie. Naître et renaître chaque jour, à chaque jour, chaque minute et chaque seconde; aucun feu ne se succède à lui-même; aucune nuit ne se succède à elle-même. Il n’est point de ténèbres qui ne soit traversé par un chant matinal, rappelant que Notre Dame dit pour chacun de nous, même en plein désarroi, une parole de création. Ainsi, notre existence est genèse. Le monde est habité par sa présence. Notre Dame, en tant que fleur, source, lumière, beauté, visage, porte un message que nous avons à transmettre; c’est que chacun de nous possède, à l’intérieur de lui-même, tous les éléments favorisants la sagesse, la compréhension, la bonté, la compassion, la gentillesse. Tout ce dont nous avons besoin pour rencontrer les autres est là, pour être trouvé et apprécié, en ces temps du monde difficiles, où chaque moment qui passe est d’un prix inestimable, comme les trésors de Notre Dame, pour l’accomplissement de notre destinée. Notre Dame : calme les feux qui attisent encore les passions, apaise les tempêtes, sois calme O ma Dame, que nos esprits puissent se reposer un peu en toi et que ta paix puisse se couvrir encore de lumières, malgré les ombres de l’histoire humaine. Notre Dame, ne nous laisse pas oublier que tu parles aussi quand tu te tais. 

25 avril, 2019

Notre Dame : toujours lumineuse ! (2/3)


Par Louise V. Labrecque


Notre Dame enracine en nous la joie de donner et la joie de pardonner : tu renaîtras de tes cendres ! Tu es Jésus ressuscité ; Il est présent dans nos vies. Seigneur ! Que de beautés dans la création ; les paysages, les fleurs, les fruits, les chants des oiseaux, les couchers de soleil, les changements de saison ; la métamorphose ! Que de bonté dans les gestes qui naissent de l’amour fraternel : un sourire de sympathie, un mot du cœur, la chaleur d’une présence, un partage d’amour ou d’amitié, l’attention à l’autre !
Oui, l’Homme a besoin de peu de choses pour s’élever et s’accomplir; il suffit qu’il le veuille de tout son cœur. Le bonheur nous élève tel un arbre ou une cathédrale, selon l’étendue des racines de notre engagement. Notre Dame est un bonheur qui nous tient debout devant l’adversité comme de véritables racines. Limpide et mystérieuse comme une perle de rosée dans le pli d’une feuille, telle est ta grâce, Notre Dame !  Elle pénètre en moi goutte à goutte, silencieusement, et me fais être ton enfant. La grâce de Notre Dame passe et souffle à travers toutes les flammes du monde. Oui, ta parole est comme l’eau; rafraîchis-nous à sa source, plonge-nous encore dans son courant, du fleuve magnifique entraîne-nous vers sa mer. Notre Dame : ta parole est comme le feu; qu’elle nous éclaire, sans trop nous éblouir. Ta parole est comme la terre; qu’elle nous enracine en elle, pour que nous puissions éprouver la solidité et la constance de tout ce que tu donnes, exige et promets. Dans l’intimité de ton sacré cœur, une énergie d’amour féconde toute la vie, tous les arts, toute la création et, comme dans un murmure d’une eau vive, dans le chant du vent, creuse un invisible oratoire. Ainsi, ton chant ou ta prière deviendra bientôt une source de bonheur où tu viendras boire. Notre Dame… Écoute : l’écho de notre prière est éternel.

L’émerveillement est le grand bonheur des marcheurs que nous sommes. Sur nos chemins : des champs, des étoiles, la lumière du soleil; tant de soleils, toutes les étoiles, la mer à la fenêtre, un banc de bois, des pivoines, des tournesols, des narcisses, des églantines, des glaïeuls, des cosmos…. Oui, des fleurs, à profusion, de toutes sortes, dans nos jardins; des mésanges qui zinzinulent, des senteurs de sapin, le souffle parfumé du vent qui enveloppe notre âme de sensations paradoxales; notre âme à la reconnaissance, en soif de contentement. Le chemin a plusieurs saisons : chacune a ses raisons, ses charmes, son ivresse, son insolence, ses beautés… Oui, tu renaitras; tu seras reconstruite, tu seras restaurée ! Ce qui est important, c’est de contempler le mystère de ce miracle. J’accède ainsi à ta connaissance, avec ta toute puissance et ta fantaisie, comme une variété de vie que je contemple, Notre Dame, avec la sagesse qui t’habite en tout. Les gens regardent depuis l’éternité cette lumière qui nous montre aujourd’hui le chemin. C’est un regard intemporel pour puiser la force, celle des étoiles pour retrouver le nord du nord. La lumière du ciel de Paris s’est concentrée sur ces repères visibles et elle nous parle de loin, d’aussi loin que nous le sommes parfois de toi, Notre Dame, au-delà de notre moi isolé; la vie refleurit si nous lui laissons le temps, si nous le lui permettons, si nous la percevons, si nous la ressentons, si nous sommes suffisamment libres pour vivre dans l’instant. Coupe les amarres ! Avance en eau profonde, va donner à ton frère le goût de vivre ! Accueille la vie qui bat dans le cœur de ton tout proche, de l’Autre, de ton frère ! Te réconcilier avec toi-même, te réconcilier avec les autres, te réconcilier tout simplement avec la vie, en 2019. Donne-nous d’être toujours plus unis, de n’être jamais des instruments de division; fais que nous nous engagions comme l’exprime un beau poème ou une belle musique, à partager la vie dans la nature, à apporter l’amour là où existe la haine, à apporter le pardon là où se trouve l’offense, à apporter l’union là où règne la discorde.  Tout est à réinventer ! Nous sommes des artisans de paix, dans la construction d’une culture de paix; ainsi nous avons une âme universelle : on a besoin de créer de nouveaux mondes, des ponts entre nos maisons, où il y ait, dans le respect mutuel, de réelles possibilités de compréhension entre le citoyen et l’étranger; on a besoin d’une nouvelle éducation au monde, qui favorise une intégration réelle entre cultures et réalités humaines.

Sois confiante, Notre Dame : le monde traverse la ville et n’a pas peur d’être les saints du nouveau millénaire. Nous avons pu sauver l’incroyable, tes préciosités; il n’est rien de perdu qui ne puisse être sauvé. Donc, avec le courage, tu seras reconstruite et tes chefs-d’œuvre seront restaurés; les fils de l’Homme sont revenus chercher et sauver ce qui était perdu; ils ont confiance sur le chemin de nos fragilités ; toutes nos faiblesses, surtout les plus profondes, sont des pierres ardentes d’espérance. Notre Dame, toi qui connais toutes nos attentes, toutes nos aspirations à l’Infini, à la transparence, à l’Invisible, comme une pensée vivante, une pensée de l’art, ininterrompues comme ininterrompu est le flot de ta tendresse. Je crois, Notre Dame, que les larmes de compassion et de miséricorde sont la preuve de ton éternel amour; tu es la Passion, tu n’es jamais absente du monde, surtout au moment où tes enfants souffrent. Le feu, c’est l’Inattendu qui s’est produit; c’est le monde qui s’est ouvert et se déchire, quand ton regard change, et que les choses deviennent des signes, des questions. Quand le visible se met à parler, quand s’opère une mutation entre le dehors et le dedans… Nous y sommes… Pour s’émerveiller, il faut être disponibles, libres de ses certitudes comme de ses incertitudes…   On est Hommes que si, en regardant en face le mystère de cette fin de cycle, on a trouvé, sinon de quoi le résoudre, du moins de quoi le porter; s’émerveiller devant la merveille de vivre. Même si la vie n’est pas toujours facile,  la recevoir comme un don, toujours neuf; comme un enfant qui s’étonne, s’émerveiller d’être vivants, s’émerveiller de Notre Dame; c’est cela l’essentiel : retrouver sa lumière, dans une lampe d’argile, comme le soleil dans la nuée, comme Dieu dans un homme…

Maintenant, le grand escalier de pierres précieuses s’ouvre sur un grand portail; le champs de tous les possibles…. À l’instant où la nature se prépare à renaître de toutes parts, dans un foisonnement de vie remplie de vie… luxuriante nature qui redécouvre sa sainte trinité et l’audace des premiers enfantements. Le temps passe vite…!  S’il tarde, il est nécessaire de l’attendre avec patience. Il viendra, il viendra certainement, quand nous nous aimerons, quand nous donnerons aux autres, sans rien attendre d’autre que ce simple fait d’aimer; l’amour est à la source de toutes nos naissances, toutes nos renaissances; Notre Dame : tu es là où le soleil se lézarde, le Soleil de Justice, où la lumière apparaît toujours et fait beau tout ce qu’elle touche. La vraie joie éternelle, comme le printemps renaît sans cesse dans l’hiver, est comme un acte de foi renouvelé dans la vie, dans ses possibilités. La vraie joie est douce comme le chant de l’oiseau, celui qui fait lever le soleil. Elle ne s’impose pas aux autres, mais est annonce de son cœur de lumière, l’appel à vivre une réalité toute neuve. Tout est lumière, tout est paix, dans le secret de Nazareth… L’infini bleu lumineux, celui qui tremble et miroite; la couleur rare qui affleure et modèle les ressemblances. Notre Dame, tout se sépare et pourtant tout se rapproche, dans cet espace visible et invisible. Comment ne pas célébrer, dans la résurrection du Christ et pour l’Histoire entière, - la petite et la grande -, de son origine à son terme, le déploiement d’une vie plus forte que toutes les ruptures ou les tragédies qui semblent interrompre en permanence la longue marche de l’humanité. Méditons-la, laissons-nous réchauffer le cœur à son contact. Notre Dame ne passe jamais à côté de l’essentiel. Elle est une aubépine en fleur : le printemps entre en elle. Il entre parce qu’il y est déjà.