Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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25 avril, 2018

Réformer et améliorer le système de Santé grâce au privé et à la concurrence

La couverture des soins de santé pose un problème financier majeur en France. La branche maladie est historiquement la plus déficitaire des branches de la Sécurité Sociale. L’obligation de maîtrise des déficits publics impose donc d’évaluer les performances du régime français et de proposer des économies tout en offrant une bonne qualité des soins.
L’IREF vous propose ici une étude comparative des régimes d’assurance maladie dans 4 pays : France, Pays-Bas, Allemagne et Suisse. Ce comparatif est d’autant plus pertinent que certains pays, comme l’Allemagne et les Pays-Bas ont récemment entamé des réformes visant à renforcer le rôle du secteur privé et de la concurrence pour permettre un désengagement de l’Etat dans le secteur de l’assurance maladie.
Les réformes allemandes et néerlandaises ont permis l’émergence d’une concurrence entre les caisses d’assurances. La qualité des soins n’a pas diminué et dans le cas des Pays-Bas, la qualité a même augmenté depuis la réforme de 2006.
En Allemagne, les personnes avec des revenus à partir de 4 050 euros brut/mois sont libres de choisir un système d’assurance santé totalement privé.
Le résultat de l’étude met surtout en évidence la supériorité du système néerlandais qui fonctionne à l’image d’un partenariat public-privé dans lequel l’Etat prélève des cotisations destinées à fournir des soins de qualité aux moins de 18 ans ainsi qu’aux ménages à faibles revenus.
Ce régime particulier a permis :
• De réduire le déficit public,
• De réduire le coût de fonctionnement de l’assurance maladie,
• D’améliorer la qualité des soins et le niveau de satisfaction des assurés.
• D’assurer mieux que le système français les personnes ayant les revenus les plus faibles
A la vue de ces résultats, il apparaît que le régime de santé français fournit des services de qualité inférieure tout en ayant des coûts plus élevés que les régimes néerlandais et allemand.
Les Pays-Bas ont réduit de plus de 3% leurs coûts administratifs sur la période 2001-2010. Et avant crise, la baisse des coûts avait été de près de 10% aux Pays-Bas et de 3% en Allemagne. Dans le même temps, la France n’a jamais réussi à réduire ses coûts, qui représentent en moyenne 4% des dépenses totales de santé.
Les cotisations patronales et salariales sont deux fois plus élevées en France qu’aux Pays-Bas. Les employeurs français font face à un surcoût de 70 % plus élevé en matière de santé que leurs homologues allemands et néerlandais.
L’assuré français paye plus pour la santé que l’assuré allemand ou néerlandais.
La faiblesse du régime français réside dans la faible responsabilisation des assurés ainsi que dans la complexité et le poids des services administratifs destinés à assurer son fonctionnement. L’IREF propose la mise en place d’un système de santé libre et concurrentiel.

17 mars, 2018

Échec de l’Etat - Pour une société de libre choix Éducation, santé, logement : c’est à nous de choisir !


A-t-on du mal à réformer en France ? Éducation, Santé, Assurance chômage, Logement… accordons aux Français le droit de choisir entre plusieurs systèmes afin de mesurer celui qui répond le mieux à leurs exigences !
Avec notre argent dépensé sans compter, l’État a non seulement échoué à redresser la France, mais il a aggravé une situation économique et sociale déjà difficile. Il est temps de changer de cap. À cet effet, cet ouvrage expose une autre orientation, radicale et efficace, s’appuyant sur des exemples concrets.
Il ne s’agit pas de délivrer un programme de plus, mais de rechercher les voies nouvelles qui pourraient être empruntées pour réactiver les intelligences, les énergies et les volontés de tous ceux, nombreux, qui y sont prêts pour autant qu’ils ne soient plus bridés par trop de contraintes administratives, fiscales, politiques ou sociales.
Il faut rendre aux Français la responsabilité de leur vie dans le respect mutuel que l’État est là pour faire respecter en dernier ressort. Dans cet esprit sont énoncées diverses propositions peu conformistes pour ouvrir à la concurrence la Sécurité Sociale, le RSI, l’Unédic ou les caisses de retraite, pour évoluer vers des impôts allégés, simples et à taux proportionnels permettant de supprimer toutes les niches et de rétablir une meilleure justice fiscale, pour rendre aux parents la liberté de choisir l’école de leurs enfants, pour limiter l’intervention de l’Union Européenne et en même temps renforcer l’Etat dans ses missions régaliennes de protection.
Il s’agit plus généralement de permettre aux Français d’exercer une liberté responsable de laquelle pourra renaître un état de droit et une société civile vivifiés pour le plus grand bien de tous.

21 juin, 2017

4 mythes sur les privatisations

Les privatisations, lorsqu’elles sont bien exécutées, bénéficient grandement à la société. Voilà pourquoi.
Lorsqu’on entend parler de privatisations d’entreprises d’État, c’est souvent pour évoquer celles qui tournent mal et n’apportent pas les bienfaits escomptés. Cependant, ces cas sont-ils généralisables ?
Je suis récemment tombé sur une étude intéressante publiée par la Banque Mondiale en 2004 et rédigée par Sunita Kikeri et John Nellis. Ce rapport, intitulé « An Assessment of Privatization », constitue en fait une sorte de méta-analyse d’une panoplie d’études (74) ayant étudié les impacts des privatisations d’entreprises d’État à travers le monde.

DES MYTHES ASSOCIÉS À LA PRIVATISATION

Les auteurs traitent de plusieurs mythes associés aux privatisations :
– Les bienfaits économiques proviennent simplement d’une exposition à la concurrence plutôt que du changement de propriétaire.
– Elles entraînent des mises à pied ayant un effet négatif sur le marché du travail.
– La majorité des bienfaits économiques finissent dans les poches d’une poignée de d’individus (actionnaires, gestionnaires, investisseurs étrangers, oligarques connectés à l’élite politique).
– Elles n’aboutissent pas à une amélioration de la richesse au plan sociétal (welfare), l’amélioration de la performance ne provenant que des licenciements et des hausses de tarifs.

LE PIC DES PRIVATISATIONS DES ANNÉES 90

Le pic de privatisations est survenu vers la fin des années 1990, soit entre 1996 et 1999. La chute du communisme, la crise asiatique de 1997 et en Amérique Latine furent des catalyseurs, tout comme la libéralisation graduelle de la Chine.
De nombreuses études portant sur un large éventail de pays concluent sans équivoque que la privatisation améliore significativement la performance économique des entreprises, que ce soit en termes de volumes produits, de productivité, de rentabilité et de niveau d’investissement. Les données empiriques confirment qu’entre les mains d’entrepreneurs privés, ces entreprises font mieux.
Mais est-ce que cela ne fait qu’enrichir les actionnaires aux dépens de la société, qui subit des licenciements et doit ensuite payer des tarifs plus élevés ?

RÉDUIRE LE GASPILLAGE POLITIQUE

Parmi les bienfaits sociétaux des privatisations, il y a d’abord une réduction du gaspillage engendrée par des politiques de prix plus rationnelles. On constate aussi parfois des réductions de tarifs résultant d’une amélioration de la productivité de l’entreprise.
L’amélioration de la productivité autorise aussi souvent des salaires plus élevés, tout comme les investissements en technologies nécessitant de la formation de main d’oeuvre. Les études constatent d’ailleurs que les privatisations ne sont pas une cause de chômage significative dans les pays concernés.
Mais l’un des principaux impacts positifs est une hausse des investissements (financés par les gains de rentabilité), lesquels créent des emplois et améliorent l’accès aux services (en quantité et qualité), ce qui bénéficie particulièrement aux plus pauvres qui étaient mal servis par l’entreprise d’État. À quoi bon avoir un aqueduc à faibles tarifs si l’eau ne dessert pas votre village ?

RÉDUIRE LA DETTE ET AUGMENTER LES RECETTES FISCALES

Finalement, il ne faut pas oublier que les fruits de ces ventes d’entreprises d’État permettent aux gouvernements de réduire leur dette et d’augmenter leurs recettes fiscales futures (grâce à la meilleure rentabilité encore une fois). Il y a cependant un risque que cette marge de manœuvre soit dilapidée en dépenses futiles ou encore subtilisée par la corruption des dirigeants politiques et fonctionnaires.
Donc, pour que ces gains se matérialisent, il faut un contexte institutionnel adéquat, ce qui nécessite souvent des réformes. C’est la qualité des institutions qui permet d’éviter des ventes qui ne font qu’offrir ces entreprises en cadeaux à une poignée d’oligarques grâce à l’aide de politiciens corrompus.

AMÉLIORER LES PERFORMANCES ÉCONOMIQUES

Par ailleurs, les études tendent à démontrer que le transfert de propriété du public au privé est une condition importante, voire indispensable, à la réalisation des gains de performance économique. De simples réformes ne peuvent pas, à elles seules, y parvenir, il faut véritablement une privatisation de l’entreprise.
Concernant l’industrie bancaire, les auteurs indiquent que la privatisation est primordiale. Les banques d’État ont engendré des ratios de pertes très élevés tout en exigeant des taux d’intérêt plus élevés, et en concentrant le risque de crédit au sein d’entreprises d’État inefficientes. L’existence de banques détenues par l’État n’est définitivement pas souhaitable selon les expériences passées de divers pays.
Pas moins de 74 études ont été concernées par cette méta-analyse, autorisant donc à considérer qu’elle représente bien l’état des connaissances sur le sujet, du moins en 2004, soit tout de suite après une vague imposante de privatisations survenues un peu partout dans le monde.

BIENFAITS DIFFUS, COÛTS CONCENTRÉS

L’une des raisons rendant les privatisations si impopulaires est que leurs bienfaits sont diffus alors que leurs coûts sont concentrés ; même si les bienfaits excèdent largement les coûts, les plus bruyants sont ceux qui sont perdants au change.
Ce pourquoi il est important de rappeler que les privatisations, bien exécutées, bénéficient grandement à la société.
Les auteurs terminent par quelques recommandations à l’égard des privatisations :
– Protéger un contexte de concurrence
– Créer un système de régulation avant la privatisation
– Assurer la transparence du processus de vente
– Développer un certain filet social pour ceux qui perdront leur emploi ou subiront des tarifs augmentés.
Ces mesures permettraient selon eux de capturer les bienfaits des privatisations tout en favorisant leur acceptation sociale.
Comme vous le savez, je suis très suspicieux lorsqu’il est question de la Banque Mondiale et du FMI. Cependant, dans le cas de cette méta-analyse, une seule des 74 études a été publiée par la Banque Mondiale, les autres proviennent de chercheurs universitaires dispersés à travers le monde. Je ne crois donc pas que cette analyse devrait être rejetée simplement parce qu’elle provient de la Banque Mondiale.
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20 décembre, 2013

Privatisation : la solution pour Poste Canada

Tout ce que le Québec compte de populistes, socialistes, interventionnistes, syndicalistes, déchirent leur chemise sur la place publique pour dénoncer le plan de sauvetage de Poste Canada. Ils ont raison, mais pour les mauvaises raisons.

Ce n’est pas un autre plan de sauvetage dont a besoin Poste Canada, mais d’une privatisation. Le plan de sauvetage proposé ne fera que retarder de quelques années l’inévitable privatisation. Il permettra à Poste Canada de survivre grâce à une augmentation de 59 % des tarifs postaux de son monopole sur les lettres et petits colis. C’est l’équivalent d’une subvention payé par les utilisateurs. Mais l’augmentation des tarifs accélérera l’abandon de Poste Canada au profit de l’internet et des services de courrier indépendants. Aussi à plus ou moins long terme Poste Canada sera toujours déficitaire.

Vincent Géloso, chercheur associé à l'Institut économique de Montréal, en débat avec Alexandre Boulerice, député du NPD dans Rosemont La Petite-Patrie, à l'émission "À la une", du Canal Argent, du 11 décembre 2013.



Source : IÉDM

14 janvier, 2013

Québec 2013 : il faut garder espoir


L’année 2012 a été particulièrement déprimante : corruption, immobilisme, corporatisme, mépris des institutions, dette record, détérioration des services publics, etc. A-t-on atteint le fond du baril? Il faut l’espérer.

Il y a des signes qui nous permettent de garder espoir. Lorsque des gauchistes interventionnistes notoires comme Paul St-Pierre-Plamondon, fondateur de Génération d’idées, Dominic Champagne, metteur en scène et activiste environnemental, Pascale Navarro, journaliste et auteure, Yvon Bolduc, président-directeur général du Fonds de solidarité, produisent des textes dans lesquels apparaissent les mots concurrence, efficacité, productivité, décentralisation, responsabilisation, etc., il est permis de croire que quelque chose a changé.

Si les textes publiés dans Le Devoir les 3, 4 et 5 janvier dernier, journal gauchiste par excellence, avaient été signés par Pierre Duhamel, Claude Monmarquette, Lucien Bouchard, Nathalie Elgrably-Lévy et Joseph Facal, tous les gauchistes que compte le Québec les auraient dénigrés en accusant les auteurs de trahir le merveilleux modèle québécois qui a si bien servi les intérêts syndicalistes et corporatistes depuis plus de cinquante ans.
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Le Devoir 3 janvier 2013
Dominic Champagne, Geneviève Dorval-Douville, Miriam Fahmy, Pascale Navarro, Paul St-Pierre-Plamondon - Les auteurs reviennent d’une mission d’exploration du modèle

Le Québec est à la croisée des chemins. Le climat de méfiance à l’égard des pouvoirs publics et de l’économie nuit à l’espoir, à l’optimisme. Il faut renverser la vapeur, mettre à jour nos connaissances sur ce qui se fait de mieux dans le monde. Le modèle suédois nous a attirés parce que, comme au Québec, il est bâti sur l’importance de la démocratie, de l’intervention de l’État et de la redistribution de la richesse. Mais les Suédois parviennent mieux que nous à réduire les inégalités et à redistribuer la richesse, et leur économie, plus productive, contribue à mieux gérer la dette publique. Comment font-ils ? Nous sommes allés voir.

Notre premier constat, qui tranche radicalement avec la situation québécoise, est le suivant : les Suédois misent sur la confiance. Confiance envers les institutions publiques, les entreprises privées, les gouvernements et leurs concitoyens. Par exemple, en Suède, les contrats ne comportent pas un nombre incalculable de clauses en petits caractères, mais se scellent plutôt sur une poignée de main, après entente écrite ou verbale sur les points importants. Une approche bien différente de ce qui prévaut en Amérique du Nord.

Cette confiance a son pendant : les Suédois ne tolèrent aucunement la corruption. Toute tricherie est systématiquement et sévèrement punie. Là-bas, lorsqu’une personne ou une organisation triche, détourne, abuse d’une situation, on ne rétorque pas en disant que c’est « normal », au sens de « tout le monde le fait ». Au contraire, si quelqu’un rompt le contrat social, il sera sanctionné, et durement.

Mona Sahlin, aspirante à la fonction présidentielle, en a fait l’expérience douloureuse lorsqu’elle a dû retirer sa candidature à la suite de l’« affaire Toblerone », où il a été révélé qu’elle avait utilisé sa carte bancaire professionnelle pour des petits achats privés, dont une tablette de chocolat. Les Suédois ont compris qu’en sanctionnant toute forme de corruption, ils contribuaient à la prospérité sociale et économique de leur nation.

Cette confiance s’appuie également sur un levier de taille : la grande transparence qui règne dans les affaires publiques. Par exemple, si un citoyen demande à avoir accès à un document des finances publiques, il n’a pas besoin de s’identifier ni de dire pourquoi il désire cet accès. Le document doit être fourni dans un délai raisonnable. Idem avec les déclarations de revenus des particuliers : celles-ci sont publiques et accessibles à tous, sur demande !

Permis d’innover

Ce principe de « tolérance zéro » à la tricherie rend les Suédois plus ouverts au changement : les gouvernements ont les coudées franches pour innover. Tant les mesures environnementales avant-gardistes que les expérimentations dans les modes de livraison des services de santé par le privé sont rendues possibles par la confiance qui règne : les Suédois savent que l’intérêt public est toujours dans la ligne de mire de leurs gouvernants, qu’ils soient de droite ou de gauche.

C’est ainsi que des réformes comme celle sur les régimes de retraite, évoquée récemment par l’Institut économique de Montréal, ont été mises en place. Devant certains problèmes identifiés, loin de proposer directement des solutions venues d’en haut, les Suédois ont amorcé une réflexion collective mettant à profit, de façon transparente, tous les partis, syndicats, institutions, entreprises et citoyens impliqués. Ils ont évalué différentes options et ont choisi celle qu’ils trouvaient la mieux adaptée à leur situation, dans une vision à long terme. Et ils ont fait un suivi par la suite pour évaluer les impacts et apporter les adaptations nécessaires.

Dans un tel climat de transparence et de confiance, beaucoup de choses sont possibles.

Est-ce que de telles réformes de la fonction publique ou des régimes de retraite seraient souhaitables pour le Québec ? Seule une réflexion en profondeur, impliquant toutes les parties prenantes, permettrait de le savoir. Il est toutefois essentiel de rappeler que plus de 70 % des travailleurs sont syndiqués en Suède, ce qui rend l’introduction de la concurrence ou de changements budgétaires moins périlleux pour la classe moyenne. De plus, la Suède misant sur une taxe de vente et des paliers d’imposition sur le revenu beaucoup plus élevés qu’au Québec, elle est en mesure de garantir à ses citoyens un filet social propre à maintenir la confiance même lors de décisions budgétaires ou économiques difficiles.

Les pressions de la mondialisation

Comme tous les autres États-providence, l’État suédois est soumis aux pressions de la mondialisation et du néolibéralisme. Mais la Suède se distingue en deux points :

contrairement à d’autres pays, elle n’a pas rejeté le vocabulaire social-démocrate, dont les mots-clés sont encore bien présents dans le discours ambiant : protection sociale, égalité, sécurité, bien-être. Parce que le champ lexical de la solidarité persiste dans le discours, la réalité qu’il représente continue d’être non seulement souhaitable, mais possible aux yeux des Suédois ;

tandis que l’Amérique du Nord et beaucoup de pays de l’Europe continentale allèguent l’impossibilité de maintenir en place une forte protection sociale en raison de son coût élevé, la Suède cherche des nouveaux moyens d’atteindre l’égalité. L’égalité continue d’être la cible, ce sont les moyens qui changent.

Pour les Suédois, l’univers des possibles n’a donc pas rétréci. Ils n’ont pas réduit leur vision du monde à deux propositions antinomiques : prospérité ou égalité. Ils ont continué de croire dans la possibilité d’un État-providence qui conjugue les deux, et ont choisi d’adapter les moyens d’y parvenir.

La droite ou la gauche québécoises seraient-elles disposées à envisager des nouvelles façons d’atteindre l’égalité et la prospérité ? Pour le moment, rien ne le laisse présager. La disposition à innover, à prendre des risques, se nourrit de la confiance et de la transparence. Au Québec, la méfiance (justifiée ou non) à l’égard des pouvoirs publics, privés et associatifs a engendré une rigidité dans la pensée qui empêche la recherche de solutions consensuelles et innovantes. La confiance, et la flexibilité cognitive qui l’accompagne, sont à édifier d’urgence pour relever les défis actuels et futurs du Québec !

07 février, 2012

La réflexion du jour

Les avantages de privatiser des sociétés de la Couronne ont été amplement démontrés. La recherche économique abonde à l'effet que les privatisations augmentent la productivité et la qualité de service des entreprises d'État vendues. --- Adrien Pouliot

08 juillet, 2011

La réflexion du jour

Était-ce nécessaire que la Ville s’implique directement pour implanter et gérer un parc de bécanes? Qu’elle élève un appareil de déplacement sur deux roues au rang de symbole d’un mode de vie urbain vert-alternatif-branché?


Pourquoi ne pas avoir simplement ouvert un appel d’offre et confié le tout au plus bas soumissionnaire privé comme cela se fait partout ailleurs, sans risque et sans coût pour le contribuable? --- Éric Duhaime

Le chiffre du jour : 7400 $

Résultat: Les Montréalais pourraient fort bien débourser l’équivalent de 7400$ pour chacun des 5000 BIXI en ville. La cheffe de l’Opposition, Louise Harel, demande judicieusement s’il ne serait pas finalement « moins coûteux d’acheter un vélo à tous ceux qui en veulent un à Montréal ».


Le seul volet qui semble rentable demeure celui international. Le VG rappelle néanmoins qu’il est illégal pour la Ville d’acquérir ou de vendre des vélos à l’étranger. On devra donc se départir de la seule chose potentiellement profitable de toute cette opération.

11 juin, 2011

La réflexion du jour

En 2007, l'hôpital se classait au bas de l'échelle pour ce qui était de l'accessibilité aux soins et des temps d'attente en chirurgie. La situation s'est renversée depuis la mise en place du partenariat avec le Centre de chirurgie RocklandMD en février 2008.---Ronald Denis, chef du service de chirurgie à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal

Le chiffre du jour

Cette augmentation de notre capacité opératoire découle directement de l'entente avec RocklandMD.


Grâce à cette entente, en trois ans, nos chirurgiens ont réussi plus de 6000 interventions ambulatoires, et ce, sans délais, dans un environnement sécuritaire dépassant les normes, doté d'un équipement à la fine pointe de la technologie.

26 mai, 2011

La réflexion du jour

Une des initiatives les plus spectaculaires de la société de transports de Stockholm, pour faire baisser ses coûts, fut de privatiser la majeure partie de ses opérations.

La société demeure propriétaire et responsable, mais la gestion quotidienne, l'entretien, la sécurité sont confiés à des firmes privées. Les contrats sont renouvelables aux cinq ans, et vont au plus bas soumissionnaire. --- Benoît Aubin

21 septembre, 2010

La pensée du jour

Il faut dire que la gauche québécoise avait réussi l'extraordinaire tour de force de diaboliser des idées qui sont pourtant monnaie courante, depuis des lunes, dans des pays européens régulièrement gouvernés à gauche, comme la médecine privée, des exigences de performance dans le secteur public ou un vote secret pour se syndiquer. --- Joseph Facal

18 juin, 2010

Pourquoi le « privé » est-il plus efficace que le « public »?

Henri Lepage, dans son ouvrage, « Pourquoi la propriété privé », publié chez Hachette en 1985, donne une réponse fort éclairante à cette question (P. 133-137).

Essentiellement, c’est la notion de profit, notion inconnue ou sciemment ignorée par les politiciens et fonctionnaires, qui impose aux gestionnaires de l’entreprise privée la recherche constante de l’efficacité optimale. Il écrit :

Le profit est un « résidu » qui se définit par la différence entre les recettes de l'entreprise et ce qu'a coûté la production. Si quelqu'un est personnellement « propriétaire » de ce résidu, toute situation où l'entreprise ne produit pas au moindre coût entraîne pour lui un « coût » dont le montant est égal au profit supplémentaire que cette entreprise aurait pu encaisser si elle avait utilisé une technique de production plus performante ; il aura donc intérêt à l'éliminer en encourageant ses collaborateurs à faire un effort supplémentaire d'économie, de rationalisation de la production, d'innovation technique (ou commerciale).
…alors que :

Le système bureaucratique est ainsi un système de décision où le pouvoir des « producteurs (fonctionnaires) » — dont l'intérêt personnel est de produire plus cher : bureaux plus spacieux, moquettes plus épaisses, charges de travail plus faibles, davantage de secrétaires, etc. — est en fait beaucoup plus grand que celui des « acheteurs (les contribuables représentés par les politiciens) » dont l'intérêt est, à l'inverse, que le produit final soit fabriqué aux coûts les plus faibles possible compatibles avec le cahier des charges.
_________

La propriété, « procédure de découverte »

La meilleure façon d'évoquer le troisième avantage que présente la propriété privée dans l'entreprise est de prendre deux cas de figure extrêmes et de raisonner en les comparant : d'un côté, une firme bureaucratique en position de monopole, administrée par des fonctionnaires (un service public comme la poste, par exemple) ; de l'autre, une firme privée ayant un unique actionnaire et qui fonctionne en univers concurrentiel.

On suppose qu'il s'agit de deux firmes techniquement identiques, produisant les mêmes biens. La seule différence est institutionnelle. Le patron de la première est un homme qui se voit déléguer le droit d'organiser et de contrôler le travail des autres, mais qui n'a aucun droit sur le profit que sa gestion est susceptible de dégager ; sa seule rémunération est le salaire qui lui est versé au même titre que les autres travailleurs, et dont le montant est déterminé en fonction d'une grille indiciaire extérieure. Le patron de la seconde est un homme qui, du fait de ses titres de propriété, rassemble dans sa main l'ensemble des droits afférant, d'une part à l'organisation et à la gestion interne de la firme, d'autre part à la propriété du résultat résiduel de ses activités. Autrement dit, du point de vue de la gestion des ressources de l'entreprise, on a d'un côté dissociation entre le droit au profit et le droit au pouvoir (le droit au profit revenant à la collectivité, propriétaire légale de l'entreprise), et de l'autre confusion entre les deux.

Les fonctionnaires d'un service public sont des producteurs comme les autres, utilisant des ressources (humaines, financières, technologiques) pour fabriquer des produits ou rendre des services dont la particularité est qu'ils ne sont pas écoulés sur un marché concurrentiel, mais vendus en bloc à la collectivité par l'intermédiaire du Budget, dans le cadre de ce que les économistes appellent une situation de « monopole bilatéral » (un seul vendeur, un seul acheteur). Dans un tel système, c'est la collectivité — par la voix du gouvernement, sous le contrôle des parlementaires — qui en quelque sorte passe commande d'un service donné dont les caractéristiques (quantité, qualité, spécificités) et l'enveloppe financière de production font l'objet d'une négociation bilatérale entre la direction de ladministration publique concernée (notre firme bureaucratique) et les services centraux du Budget.

Comme toute entreprise, chaque administration ou service public a une fonction de production implicite qui détermine le coût de production unitaire du service fourni, et donc le montant des crédits budgétaires globaux nécessaires pour exécuter le cahier des charges défini par le pouvoir politique. Mais comment est déterminé ce coût unitaire qui, à son tour, détermine le niveau des demandes budgétaires ? Par un processus itératif analogue à celui que l'on vit dans toute entreprise, même concurrentielle. La direction centrale envoie des instructions à ses différents services pour que ceux-ci lui indiquent les besoins budgétaires nécessaires à l'exécution des tâches qui leur sont confiées. Ces directives sont à leur tour déconcentrées au niveau des bureaux puis le tout remonte vers le haut.

Comme dans l'entreprise, chaque prévision budgétaire se déduit du coût comptable des services fournis dans le passé, modifié en fonction d'exigences ou de découvertes nouvelles. Comme dans l'entreprise, la tendance naturelle des bureaux est toujours de se plaindre de l'insuffisance des enveloppes qui leur sont allouées. Réflexe tout à fait humain, la notion de coût étant par définition, toujours parfaitement subjective : on n'a jamais assez d'effectifs pour faire le travail demandé ; les salaires sont insuffisants pour engager un personnel de qualité ; les conditions de travail ne sont pas à la hauteur de l'effort demandé aux exécutants, etc. Moyennant quoi la remontée des prévisions budgétaires s'accompagne à chaque échelon du processus de décision d'une série d'arbitrages visant à rendre compatibles des demandes qui, globalement, ne le sont pas. Tout cela jusqu'à l'arbitrage final du gouvernement entre les demandes budgétaires émanant de ses différentes administrations.

Le rôle de l'arbitrage, qu'il se situe au sommet de la hiérarchie ou au niveau des services, est de contester les évaluations implicites que les services font de leurs coûts de production. Amputer une prévision budgétaire qui remonte d'un service subalterne revient à dire à ses subordonnés : « Vous devez produire autant en nous coûtant moins cher. » Dans la négociation qui s'engage, la connaissance des coûts de production possibles est déterminante. Mais comment un chef de service ou le patron d'un ministère connaissent-ils les coûts de production « possibles » de leurs services ? Leur seule source d'information provient des services mêmes dont ils sont censés contrôler les dépenses. De la même façon, comment le pouvoir politique ou parlementaire peut-il savoir si les estimations budgétaires qui lui parviennent reflètent bien l'effort maximal de ses administrations pour rechercher les coûts de production les plus bas possible ? Lui aussi dépend des informations qui remontent des services dont il est censé contrôler l'activité.

Le système bureaucratique est ainsi un système de décision où le pouvoir des « producteurs » — dont l'intérêt personnel est de produire plus cher : bureaux plus spacieux, moquettes plus épaisses, charges de travail plus faibles, davantage de secrétaires, etc. — est en fait beaucoup plus grand que celui des « acheteurs » dont l'intérêt est, à l'inverse, que le produit final soit fabriqué aux coûts les plus faibles possible compatibles avec le cahier des charges.

Dans l'entreprise privée, les choses fonctionnent, en principe, de la même manière. Chaque usine, ou chaque atelier, tente d'obtenir le plus possible de sa direction générale qui est en position d'acheteur vis-à-vis de ses différents services, comme le ministre l'est à l'égard de ses différentes directions. Mais la position de l'acheteur « privé » n'est pas identique à celle de l'acheteur public. Si l'information pour connaître les meilleurs coûts de production possibles dépend toujours de données transmises par des échelons inférieurs, il existe un contrepoids inconnu dans l'administration : la concurrence. Celle-ci, par le système des prix, apporte un ensemble d'informations sur les coûts des concurrents qui produisent des biens similaires ou directement substituables. Si les prix du concurrent sont plus bas, c'est qu'il produit moins cher et donc que les données qui remontent de la base de l'entreprise ne reflètent pas ce qui pourrait être réalisé si vraiment chacun faisait l'effort maximum pour produire le moins cher possible. Autrement dit, dans l'entreprise privée, le pouvoir du « producteur » a pour contrepoids l'information autonome dont la direction bénéficie du fait de la présence d'entreprises concurrentes. Les décisions seront donc prises en fonction d'un bien plus grand nombre d'informations sur les coûts el les technologies possibles.

Cependant, il ne suffit pas que cette information « parallèle » existe pour que l'entreprise mobilise instantanément toutes ses ressources et toutes ses énergies humaines et techniques pour obtenir — ou plutôt « découvrir » — les coûts de production les plus bas possible. Encore faut-il que, du bas de l'échelle aux échelons les plus élevés, chacun se sente motivé par une telle tâche, ou fasse tout ce qui est en son pouvoir pour essayer de motiver les autres. C'est alors que réinterviennent les « droits de propriété ».

Le profit est un « résidu » qui se définit par la différence entre les recettes de l'entreprise et ce qu'a coûté la production. Si quelqu'un est personnellement « propriétaire » de ce résidu, toute situation où l'entreprise ne produit pas au moindre coût entraîne pour lui un « coût » dont le montant est égal au profit supplémentaire que cette entreprise aurait pu encaisser si elle avait utilisé une technique de production plus performante ; il aura donc intérêt à l'éliminer en encourageant ses collaborateurs à faire un effort supplémentaire d'économie, de rationalisation de la production, d'innovation technique (ou commerciale). Cela dit, si cette personne est également actionnaire de la firme, à cette perte immédiate de revenu s'ajoute un effet patrimonial lié aux conséquences que la moindre rentabilité de l'affaire entraîne sur la valeur marchande de ses avoirs investis dans l'entreprise. Sa motivation à bien choisir ses collaborateurs et à exiger d'eux le maximum, par des mesures de contrôle interne, mais aussi par la mise en place de systèmes d'incitation appropriés, n'en est que plus grande. Elle est sans commune mesure avec celle que peut ressentir un directeur d'administation salarié.

Qu'il en fasse plus ou moins, ce dernier a toutes chances de conserver, à terme, à peu près la même rémunération. Pour qu'il ressente une différence, sinon à ce niveau, du moins à celui de ses perspectives futures de carrière — et donc de gains, il faudrait que ses supérieurs hiérarchiques soient en mesure d'apprécier, de façon autonome, qu'il n'en fait pas assez ; et donc qu'ils dispoisent eux-mêmes d'informations fiables. Or c'est de celui-là même qu'ils ont pour mission de surveiller et de contrôler qu'elles leur proviennent principalement...

Dans cette perspective, le profit n'est pas seulement la rémunération du capital ou du patron. C'est un mécanisme dont l'une des fonctions les plus importantes — sinon la plus importante — est de mobiliser les énergies de l'entreprise non seulement pour rechercher les coûts de production les plus bas possible, mais également pour découvrir de nouveaux produits, de nouveaux marchés, de nouveaux services, de nouvelles technologies, de nouveaux savoir-faire, etc.

Dans l'entreprise, les institutions de la propriété privée n'ont, pas seulement pour fonction de veiller à ce que chacun d'entre nous soit le plus efficace possible dans les fonctions qui sont les siennes. Dans un univers dominé en permanence par une incertitude radicale, elles constituent aussi ce que Hayek appelle une « procédure de découverte » — c'est-à-dire un mécanisme dont l'existence même permet à chacun d'entre nous d'agir et de décider à partir d'une somme d'informations, de connaissances et de savoir-faire, souvent tacites et informulables, dont nous ne pourrions disposer sans la présence d'un réseau d'échanges libres et concurrentiels reposant sur le double principe de la liberté de la propriété et de la liberté des contrats.

09 février, 2009

Privatisation d’Hydro-Québec : Peut-on en discuter?

Hydro-Québec, comme tous les monopoles, à plus forte raison les monopoles d’État, est devenu obèse. L’obésité, chez les entreprises comme chez les individus, diminue l’efficacité et favorise le développement de maladie potentiellement mortelle. Pire encore, Hydro-Québec est devenue un outil au service de l’interventionnisme à des fins électorales.

C’est ce qui ressort de l’étude de Claude Garcia : Comment la privatisation d’Hydro-Québec permettrait-elle d’enrichir les citoyens québécois? Cette étude conclue qu’Hydro-Québec se prive de revenus annuels de plus de 10 milliards :

• 2 milliards dus à une gestion laxiste;
• 2 milliards dus aux rabais consentis aux alumineries;
• 6 milliards dus à une tarification en-deçà de la valeur du service.

Dans cette vidéo, M. Garcia explique pourquoi la privatisation est le meilleur moyen de corriger cette situation.

La nationalisation de l'électricité dans les années 1960 est devenue le symbole du Québec moderne. Hydro-Québec personnifie notre savoir faire. C’est l’objet de notre fierté.

À ses débuts Hydro-Québec était un outil de développement économique. Au fil des ans, l’interventionnisme politique l’a transformée en un outil politique qui engloutit une portion non négligeable de notre richesse collective.

La solution est connue : la privatisation. L’étude de l’IÉDM explique pourquoi et comment la privatisation partielle d’Hydro-Québec permettrait de sauver ce qui est devenu notre veau d’or.

Malheureusement, la privatisation d’Hydro-Québec est le sujet tabou par excellence des Québécois. C’est un sujet qu’on ne peut aborder sans soulever l’ire de tout ce qui bouge au Québec. C’est tellement émotif que ceux qui l’abordent le font à leurs risques et périls.

Le lendemain de la publication de l’étude de Claude Garcia, 79 % des lecteurs de Cyberpresse se rangeaient dans le camp des opposants à la privatisation!


Combien d’entre eux avaient lu l’étude ou un compte rendu journalistique de celle-ci? 1 %, 2%? À quoi bon s’informer, au Québec on ne rechigne pas sur une perte de 10 milliards pour empêcher « le privé » de faire 1 $ de profit. C’est viscéral. Dans ces conditions, il n’est pas possible d’aborder la privatisation de quoi que ce soit, encore moins celle de notre veau d’or.

Peut-on blâmé les Québécois? Même un chroniqueur chevronné comme Alain Dubuc écrit dans sa chronique du 4 février 2009 :

« Au plan analytique, on peut identifier, comme le fait cette étude, des facteurs qui rendent Hydro moins performante qu'elle le devrait - une gestion moins serrée, des tarifs trop bas, des subventions aux alumineries. Mais ces problèmes peuvent être en très grande partie résolus sans passer par le long et lourd détour de la privatisation. »

Ainsi, avant même que la question ait bénéficié d’un début de discussion, M. Dubuc se range résolument dans le camp des opposants. Il prétend qu’il suffirait que le gouvernement augmente les tarifs et crée un groupe de travail pour que, comme par magie, les problèmes disparaissent.

Ce n’est pas demain qu’un politicien prescrira à Hydro-Québec les remèdes nécessaires, encore moins sa privatisation. Toutefois, dans un hypothétique Québec dirigé par un premier ministre capable de convaincre les Québécois du bien-fondé d’agir, je soutiens qu’il serait préférable de favoriser la privatisation.

Si Hydro-Québec demeure un monopole d’État, elle sera toujours à la merci des politiciens au pouvoir. Un futur premier ministre en campagne électorale promettra le gel des tarifs ou un retour à des politiques de développement nuisibles dans l’espoir d’obtenir quelques votes. Quelques années plus tard, tout sera à recommencer.

15 juin, 2008

Les vrais coupables de la fixation des prix

André Dorais

Le Bureau de la concurrence a déposé des accusations criminelles contre 13 individus et 11 entreprises du Québec pour avoir participé à un complot visant à fixer le prix de l’essence à la pompe. La commissaire dudit bureau, Sheridan Scott, a déclaré que «la fixation des prix prive les consommateurs des avantages d’un marché concurrentiel, par exemple un prix plus bas.» Doit-on lui rappeler que le gouvernement du Québec impose une limite à la baisse des prix de l’essence ? Que cette politique est également appliquée au prix du lait et aux salaires ? Que ce gouvernement fixe aussi les prix des services de garde, des boissons alcoolisées, de l’électricité et de plusieurs autres produits et services ? Pourquoi ce qui est juste pour le gouvernement est-il injuste pour les pétrolières ?

La fixation des prix de l’essence sur un territoire donné ne peut jamais durer longtemps. Tôt ou tard les membres les plus efficaces d’une collusion cherchent à la quitter pour attirer la clientèle vers eux, quand ce n’est pas déjà fait par un entrepreneur externe à l’entente, qui a su saisir l’opportunité. Le marché de l’essence est beaucoup plus concurrentiel que ne le sont les services offerts par l’État. On crie au scandale à constater qu’une poignée d’individus se sont entendus pour fixer les prix sur des territoires relativement petits, mais on accepte les monopoles d’État établis à l’échelle d’un pays !

Si l’on veut davantage de concurrence sur les prix de l’essence, alors qu’on abolisse la politique du prix minimum et qu’on laisse les entrepreneurs fixer les prix à leur guise. La concurrence viendra tôt ou tard les rappeler à l’ordre. De manière générale, si le Bureau de la concurrence juge que celle-ci permet de mieux servir les consommateurs, alors pourquoi ne demande-t-il pas aux gouvernements d’abolir leurs monopoles ? Ce Bureau ne connaît pas la concurrence, il ne fait qu’obéir à la Loi qui dit une chose et son contraire. En effet, pourquoi exiger la concurrence des prix uniquement de certains produits et services si elle est toujours profitable aux consommateurs ? Si on en a contre la fixation des prix, c’est aux monopoles qu’on doit s’en prendre puisqu’ils les fixent à beaucoup plus grande échelle que les pétrolières n’en sont capables.

Les propriétaires des stations d’essence visés par ledit Bureau n’ont jamais volé personne et ils laissent beaucoup plus de choix aux consommateurs que l’État ne le peut avec ses monopoles. Les politiciens, intellectuels de l’État et une bonne partie de la population attribuent aux pétrolières la hausse des prix de l’essence et d’une multitude de produits qui en dépend. Ainsi, lorsque certaines d’entre elles sont déclarées coupables de fixation des prix, ils sont confortés dans leurs convictions et ils ne manquent pas l’occasion de faire entendre leur frustration teintée de joie. Ça soulage ses bas instincts, mais ne prouve rien. En effet, la fixation des prix met plus d’argent dans les poches de ceux qui la pratique, le temps qu’elle dure, mais elle n’explique aucunement la hausse importante des prix de l’essence des dernières années.

La fixation des prix de l’essence par quelques individus et entreprises est un crime uniquement parce que l’État le veut ainsi. C’est relativement sans importance lorsqu’on réalise que les véritables coupables de la hausse du prix du pétrole, des métaux et des denrées alimentaires des dernières années sont les gouvernements eux-mêmes. Pour en arriver à cette conclusion, on doit se tourner vers un autre monopole d’État, soit celui sur la monnaie.

Tous les gouvernements du monde, ou presque, monopolisent leur monnaie respective. Ils pensent qu’il ne peut en être autrement. Ils ne voient aucun inconvénient à en «imprimer» à la tonne tant et aussi longtemps que l’indice des prix à la consommation est relativement bas. Or, malgré que l’on entende souvent parler de cet indice, sa scientificité est douteuse, pour ne pas dire nulle (voir Qu'est-ce que l'inflation? par Frank Shostak). Je ne crois pas qu’il s’agisse tant de complot que d’ignorance. Toujours est-il que l’inflation est plus importante que ne l’indique cet indice. Cet écart permet aux banques centrales, sous le contrôle gouvernemental, une marge de manœuvre qui leur permet d’émettre plus de monnaie et, via la réduction du taux directeur, d’encourager les banques à émettre plus de crédit. Ils voient en ces moyens des remèdes, alors qu’ils sont plutôt la source du mal, c’est-à-dire l’inflation à proprement parler. La hausse des prix des biens et des services n’est que la conséquence dominante, mais non exclusive de l’inflation.

Une monnaie et un crédit abondant conduit à l’effervescence de marchés qui finissent inévitablement par s’écrouler. Ces cycles économiques peuvent affecter certains marchés plus que d’autres comme ils peuvent être dévastateurs pour l’ensemble d’une société, voire de plusieurs d’entre elles. Cette dernière possibilité est d’autant plus grande que les experts censés y voir clair ne font qu’ajouter à la confusion. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’il y a maintenant plus de 70 ans qu’ils s’en remettent toujours plus à l’État, source du mal, pour corriger les problèmes ?

C’est une incompréhension du marché et des libertés qu’il sous-tend qui est à la base des accusations injustifiées à son égard et des pétrolières en particulier. Si les gouvernements poursuivent dans cette voie, soit de chercher des coupables ailleurs qu’en eux-mêmes, les réjouissances teintées de hargne seront vite remplacées par une plus grande pauvreté. Plutôt que d’imprimer de l’argent à la tonne et de proposer une énième réglementation sous le prétexte de corriger la situation, ils devraient se demander s’ils ont toujours le contrôle de l’État qu’ils prétendent gouverner. Qu’ils le réduisent. Que les monopoles fassent place à la concurrence. Ils gagneront ainsi en crédibilité lorsqu’ils prétendront attraper des coupables de fixation de prix.

15 février, 2008

Qu'est-ce que avez fait depuis vingt ans?

Dans son texte, Alain Dubuc fustigent les directeurs de la Santé publique du Québec. Il leur reproche d’avoir soumis au groupe de Claude Castonguay un mémoire biaisé et militant.

Faut-il se surprendre que leur mémoire soit clairement biaisé en faveur du maintien d’un système public? Ces directeurs sont des fonctionnaires à la solde du système. Pour eux, la venue du privé est l’équivalent d’introduire le loup dans la bergerie.

Comme dans tout autre domaine le monopole profite à ceux qui le contrôlent. Les directeurs de la Santé publique ont tout à perdre et rien à gagner à mettre fin à un monopole où les plus médiocres ne sont jamais remis en question. Le mémoire conclue, le plus sérieusement du monde, que la clé, c'est une meilleure gestion du réseau public.

Une question : Qu’est-ce que vous avez fait depuis vingt ans? Vingt ans pour rôder un système cela me semble suffisant!

Pourquoi est-il si difficile de comprendre que la compétition est le seul moyen d’assurer l’amélioration constante des processus de gestion?


Le vendredi 15 fév 2008
Les croisés de la santé publique

Alain Dubuc
Collaboration spéciale, La Presse

Les directeurs de la Santé publique du Québec ont rendu public mercredi un document qu'ils avaient remis au groupe de travail dirigé par Claude Castonguay, où ils «font le point» sur le rôle de secteur privé en santé, pour en fait s'opposer à une plus grande place du privé.

Ce document renforce ma conviction que, dans les débats politiques et sociaux, les directions de santé publique ont cessé d'être un lieu de rigueur scientifique pour devenir des officines militantes. Ce document est indigne de spécialistes qui ont aussi pour rôle d'éclairer.

Je peux parfaitement comprendre qu'ils s'inquiètent d'une pénétration accrue du privé, notamment parce qu'il y a un risque d'affaiblir le réseau public et de pénaliser les clientèles les plus vulnérables. C'est une question très sérieuse. Et c'est pour cela qu'il y a débat.

S'il y a débat, c'est aussi parce qu'une place du privé peut comporter des avantages. Et comme dans toutes ces grandes réflexions, il faut confronter les plus et les moins, évaluer la portée des avantages, voir s'il y a des façons de réduire les risques. Mais ce n'est pas ce que font les directeurs de santé publique, dont le document est un plaidoyer à sens unique, où l'on a ramassé tout ce qui existait comme arguments contre le privé, et où l'on conclut que l'introduction du privé ne comporte que des désavantages. C'est, à sa face même, une injure à l'intelligence.

Les directeurs de santé publique ont donc choisi le mode militant, avec les raccourcis propres au genre. Leur charge à l'emporte-pièce comporte quatre éléments qui me paraissent inacceptables.

Premièrement, la négation. Pour clore le débat avant qu'il ne commence, il suffit de dire qu'il n'y a pas de crise: il n'y a pas de choc démographique lié au vieillissement, pas de pressions indues des dépenses de santé sur les finances publiques. Pour y arriver, on joue sur les mots, on joue aussi avec les chiffres. Voici les miens, qui sont ceux de l'Institut canadien d'information sur la santé. Les dépenses de santé par rapport au PIB sont passées de 8,9%, en 1996, à 10,3% en 2006, ce qui n'est pas rien. En termes réels, les dépenses par personne ont grimpé de 44% sur la même période, plus de 4% par année, au-dessus de l'inflation par année. Au Québec, les dépenses de santé du gouvernement ont crû de 6% par an, une augmentation qui semble insuffisante pour satisfaire les besoins d'un système débordé. Peut-on sérieusement nier l'existence de ces pressions?

Deuxièmement, pour répondre à l'argument que le Canada est une exception et que les ouvertures au privé envisagées se font partout ailleurs, les directeurs répondent en disant que le Canada est un pays où le privé joue déjà un rôle important. C'est une pirouette simplette. Il est vrai que 29% des dépenses de santé sont privées au Canada, ce qui nous place en milieu de peloton. Parce que le système canadien ne couvre pas les lunettes, les dentistes, les médicaments. Mais le privé est beaucoup moins présent qu'ailleurs dans les activités qui font l'objet du débat, la pratique médicale et les hôpitaux.

Troisièmement, encore l'épouvantail américain. «Nos voisins du Sud ont fait un choix différent», note le document. Mais justement, c'est un choix que personne ne propose. «Un financement public (ou quasi public) est plus efficace qu'un financement privé pour gérer les coûts de santé d'une population.» Personne ne veut de financement privé. Cette façon d'être à côté de la plaque est une forme de malhonnêteté intellectuelle.

Quatrièmement, les DSP évitent soigneusement de répondre aux questions qui font l'objet du débat. On ne discute pas d'un système à l'américaine, mais d'une ouverture très limitée à des activités privées, par exemple confier certaines tâches à des cliniques privées, le cloisonnement entre la pratique publique et privée pour les médecins, la portée des assurances privées, la place du privé dans la gestion. La santé publique aurait pu évaluer si de telles pratiques affectent la justice et l'accessibilité là où ça se fait, c'est-à-dire partout, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède, en Autriche, en Australie, etc. Et si ces pays ont trouvé des façons de baliser le privé et de gérer les risques qu'on lui associe.

C'est très dommage. Parce que je suis d'accord avec leur vraie conclusion, que la clé, c'est une meilleure gestion du réseau public. Le recours au privé ne peut être qu'une solution d'appoint. Mais peut-on en discuter sans sombrer dans le militantisme primaire? Et les directeurs de santé publique pourraient-ils se calmer un peu, retrouver le sens de l'équilibre et la rigueur qu'on associe encore à leur fonction?

25 novembre, 2007

La privatisation de la SAQ

L’aile jeunesse du parti Libéral recommande la privatisation de la SAQ. Malheureusement, Jean Charest a immédiatement rejeté la proposition. Pourquoi? Au PLQ l’électoralisme prime sur le bon sens. Si ce n’est pas populaire on n’y touche pas.



Source: Cyberpresse

03 septembre, 2007

Le système

Pierre Foglia, avec raison, attribue au « système » l’incompétence des enseignants en français. Mais, c’est quoi le « système »? Le « système » c’est le ministre de l’éducation, les bureaucrates du ministère et le syndicat des enseignants. Ces trois « pouvoirs » sont plus intéressés à préserver et à croître leur influence respective qu’à satisfaire les besoins des enfants, des enseignants et des parents.

Pour améliorer l’enseignement il faut « casser » le « système ». Il suffirait d’instituer un régime compétitif entre les écoles. Dans ce nouvel environnement le rôle du ministère serait limité à définir les normes de performances et à voir à leur application.

La maman de Marius
Pierre Foglia
La Presse, Samedi le 1 septembre 2007

Une petite école primaire, en banlieue, le jour de la rentrée. Pour l'occasion, les parents ont été invités à passer la première heure en classe avec leurs enfants. L'institutrice, toute jeune, souhaite la bienvenue aux enfants et leur sert le laïus que toutes les institutrices de la province doivent servir aux enfants le jour de la rentrée.

Au fond de la classe, la maman de Marius prête plus ou moins attention quand, tout à coup, elle se raidit. La maîtresse vient de dire:


Il faut que vous faisiez...

Pardon? Que vous fassiez, madame l'institutrice, c'est le subjonctif. Bien sûr, la maman de Marius a corrigé mentalement, silencieusement. Mais elle a maintenant les oreilles bien ouvertes et c'est ni plus ni moins l'horreur qui tombe dedans. La maîtresse vient de dire:

Posez-vous pas la question de qu'est-ce qu'il faut faire.

Holà! Une heure plus tard, la maîtresse a répété au moins trois fois si j'aurais, pas une seule fois elle n'a employé une négation au complet, omettant systématiquement le «ne», gênez-vous pas, parlez pas, levez-vous pas...

Et puis il y a eu le clou de la matinée. La maîtresse est passée à un jeu. Elle a demandé aux enfants: est-ce que quelqu'un peut me citer des noms d'insectes? Un petit garçon a levé la main:

Un escargot, madame.

Bravo, bien trouvé, a dit la maîtresse. Quelqu'un d'autre pour me donner d'autres noms d'insectes?

Marius s'est retourné, il cherchait sa maman des yeux. Il sait, lui, parce que son papa le lui a appris, qu'un insecte a toujours six pattes. Quand une bestiole a plus que six pattes ou pas du tout de pattes, alors ce n'est pas un insecte.

Dans la cour de l'école, la maman de Marius, abasourdie, s'ouvre aux autres parents: cela ne vous inquiète pas, ces il faut que vous faisiez? Ces si j'aurais? Cela ne vous dérange pas que l'escargot soit un insecte?

Non, cela n'inquiétait pas outre mesure les autres parents. Bof, madame, ne prenez pas cela tant à coeur, ce n'est pas si important. Un autre: on ne peut rien y faire, se plaindre serait placer nos enfants dans une situation délicate. Et comme la maman de Marius, bien que Québécoise, a un accent un peu pointu, elle s'est fait dire aussi: vous savez, madame, c'est notre façon de parler à nous, ici. Ce qui a achevé de l'enrager.

Je suis québécoise et je ne dis pas si j'aurais. Mon père, plombier/électricien, savait qu'un escargot n'est pas un insecte. Ma mère ne disait pas il faut que vous faisiez et, à ma petite école, au lieu de dire «Posez-vous pas la question de qu'est-ce qu'il faut faire», mon institutrice disait: Ne vous demandez pas ce qu'il faut faire. Elle parlait simplement et correctement et n'en était pas moins québécoise.

La maman de Marius a passé quelques jours à se demander si elle irait trouver le directeur. Si j'y vais, je vais passer pour une emmerdeuse. Si je n'y vais pas, je cautionne une aberration. Finalement, elle y est allée. Le directeur l'a écoutée poliment et, à la fin, il a eu ce commentaire:

Vous pourriez facilement trouver pire, madame!

C'est tout ce que vous trouvez à me dire? a demandé la maman de Marius. Très bien, lorsque la maîtresse reprochera à mon fils d'avoir mal travaillé, je vais lui conseiller de répondre: Vous pourriez facilement trouver pire, madame.

Le directeur a dit aussi: Vous savez, cette enseignante est une excellente pédagogue. La maman de Marius est sortie avant d'exploser. Si elle ne s'était pas retenue, ce qu'elle aurait crié au directeur aurait pu ressembler à ceci: que voulez-vous que ça me foute que ce soit une excellente pédagogue? Sa pédagogie en fait seulement une conne plus redoutable, en cela que la pédagogie la rend seulement plus efficace à transmettre que l'escargot est un foutu insecte.

Je ne sais pas quoi faire, vient de me dire la maman de Marius, aussi désemparée que fâchée. Ce n'est pas à une exception que je me bute, mais à un système. Pourquoi les parents cautionnent-ils ce système? La solution serait-elle: tous à Stanislas? J'en ai deux, ça ferait pas loin de 10 000$ par année, je n'ai pas les moyens.

Attendez, je lui ai dit, ça va peut-être s'arranger...

Attendre quoi? Que Marius rate l'examen de français qu'il faut passer pour entrer à l'université?

Je me suis mis à rire. C'est encore loin et cela n'arrivera pas, c'est sûr!

Pourquoi?

Parce que faut vraiment être très, très nul pour rater ce truc-là. Pensez à la prof de Marius, qui l'a réussi avec ses si j'aurais et ses je voudrais que vous faisiez.

N'empêche que la maman de Marius a raison. Le problème n'est pas l'institutrice de Marius, mais le système dont elle est issue. Savez-vous combien de cours de grammaire pure reçoivent, durant leur formation, les étudiants qui vont avoir à enseigner le français au secondaire? Deux. Tous les deux dans la première des quatre années du bac. Après ça, débarrassés de cette niaiserie, mon vieux, ils peuvent se concentrer sur l'essentiel: la pédagogie.

L'autre jour, un prof de français du secondaire, justement, me demande la permission d'utiliser pour un de ses cours un mienne chronique déjà pas mal ancienne.

Pourquoi cette chronique-là, toute paisible, toute en paysages?

Pour les paysages, justement, me dit-il.

Pourquoi pas, alors, un grand texte classique?

Lequel?

Laissez-moi y penser et passez à l'entrée de La Presse à la fin de la semaine, j'aurai laissé un livre dans une enveloppe à votre nom. Je lui ai laissé Un balcon en forêt, de Julien Gracq, cet immense écrivain, aussi confidentiel qu'immense, dernier des grands classiques français à la prose surabondante et pourtant sans un mot de trop, une prose qu'on dirait écrite par un géographe, par le plus poète des géographes. Personne, même pas Lapouge, même pas Colin Thubron, même pas Nicolas Bouvier ne peut écrire un paysage après Gracq.

Le prof me rappelle quelques jours plus tard: j'aimerais mieux utiliser votre chronique.

Cette réflexion d'Alain Finkielkraut dans L'imparfait du présent, à propos de l'enseignement de la littérature, réflexion que je souligne à l'intention de notre ministre de l'Éducation: Les pessimistes ne sont pas assez pessimistes. Ils prévoient la catastrophe alors que, ni vu ni connu, elle a déjà eu lieu. Ils noircissent l'avenir quand c'est le présent qui est sinistré.

11 août, 2007

Compétition égale qualité

Les tenants du nivellement par le bas réclament à grands cris l’abolition de l’école privée. Ils argumentent que les fonds alloués aux écoles privées doivent être réservés au système d’école publique sous prétexte de mieux servir les moins nantis. Ils oublient sciemment de dire que le but premier est de protéger leurs acquis au détriment des moins nantis. Il faudrait plutôt que ces derniers aient les moyens d’accéder à l’école privée de leur choix. Il suffirait que le gouvernement offre les mêmes conditions de financement au privé et au public. Dans le système actuel, les écoles privées obtiennent seulement 60% du financement fourni aux écoles publiques. Aussi, les écoles privées doivent facturer les parents pour compenser le manque à gagner et par le fait même exclure les moins nantis. En échange, les écoles privées seraient tenues d’éliminer tout critère discriminatoire dans la sélection des élèves.

Le samedi 11 août 2007
Quelle égalité?
Guy Durand

Voici un extrait de «L'école privée, pour ou contre?», un essai publié aux Éditions La Presse qu'on trouvera en librairie la semaine prochaine.

L'auteur est théologien et juriste, spécialisé en éthique, professeur émérite de l'Université de Montréal.Le principe d'égalité est souvent servi comme argument pour s'opposer aux subventions faites au réseau privé, voire à l'existence même d'un système privé. L'argument prend ses racines dans les droits fondamentaux de la personne. Il a donc du poids, mais il ne doit pas être invoqué comme un mantra; il exige analyse, sens des nuances, contextualisation. Comme tous les droits fondamentaux d'ailleurs.

L'égalité, en effet, est une notion relative. L'égalité des êtres humains ne renvoie pas à une équation mathématique, mais à un rapport de proportionnalité. Dès la naissance, existent des inégalités: génétiques, économiques, sociales, intellectuelles. La vie en reste remplie: certaines sont inévitables, d'autres peuvent être atténuées, d'autres enfin doivent être combattues.

L'égalité n'est donc pas un fait - à moins de se limiter à son fondement philosophique, métaphysique -; elle est un objectif que la société se donne, une sorte d'utopie directrice, un principe de discernement et d'action. Il y a, en effet, une égalité formelle (nous sommes tous égaux en droit) et l'égalité réelle à aménager de manière positive et réaliste. Appliquons l'analyse à l'école en distinguant divers aspects de l'égalité: égalité d'accès, égalité de résultat, égalité de traitement, égalité des chances.

1. L'"égalité d'accès" signifie que chacun peut fréquenter l'école, accéder à l'instruction, sans y être empêché à cause de son sexe, son ethnie, sa religion, sa condition socio-économique. Très bien. Mais ce principe n'exige pas d'avoir accès à n'importe quelle école à projet particulier, ni l'accès à certaines études si l'on n'en a pas les capacités intellectuelles.

2. L'"égalité de résultat", comme le mot l'indique, demande que tout le monde atteigne le même résultat: par exemple, le même diplôme secondaire dans le même laps de temps. En plus d'être une illusion, cet objectif comporte deux risques majeurs pour les jeunes: d'une part, ne pas répondre aux goûts, intérêts, capacités et cheminement particulier de chacun et, d'autre part, diminuer les exigences scolaires, comme l'allègement des contenus, la normalisation des résultats, le refus du redoublement. Et si on pousse plus loin, cela conduirait à supprimer les arts, le sport, la musique, parce que tous ne peuvent arriver au même résultat. Le rejet de cette forme d'égalité justifie que l'école fixe des objectifs à chaque niveau et mesure les acquis, même si on sait que certains élèves ne réussiront pas, que la majorité atteindra le minimum requis et que d'autres dépasseront les attentes.

3. L'"égalité de traitement", au sens strict, signifie de traiter tout le monde de la même façon: de donner la même chose à chacun (locaux, matériel pédagogique, enseignants) et suivre avec tous le même programme (activités, démarches). Il y a là une idée intéressante, mais biaisée parce que les besoins, les capacités, les intérêts et les goûts des élèves ne sont pas les mêmes. Aussi le respect de chacun et le sens de l'équité demandent-ils plutôt que l'on traite chacun différemment. C'est ce qu'on entend généralement par l'égalité des chances.

4. L'"égalité des chances", en effet, signifie que chacun soit traité selon ses besoins, que personne ne soit empêché de faire ce dont il est capable, que tous puissent aller au bout de leurs talents, capacités et goûts. Cet objectif exige une pluralité de voies au plan scolaire, une pluralité de programmes, voire d'écoles (publiques ou privées). Il requiert aussi, pour être réaliste et contrer certains effets systémiques, de donner davantage à ceux qui ont plus de besoins, d'apporter un soutien spécial aux plus faibles, aux plus démunis et, notamment, aux écoles en milieux défavorisés.

La véritable égalité

L'objectif d'égalité ne demande pas de supprimer toute sélection basée sur le mérite: celui-ci est souvent la seule façon de contrer les privilèges d'argent et de statut social. Plusieurs "grands lycées" en France sont sélectifs et constituent un stimulant important pour les jeunes, en plus d'être une pépinière de futurs agents du développement du pays.

Supprime-t-on d'ailleurs les olympiques parce que tous les aspirants ne peuvent y accéder? L'inégalité, ce n'est pas qu'une école internationale (publique ou privée) ne reçoive que les plus forts intellectuellement, mais que seuls les riches y aient accès ou que les concours soient truqués.

Aussi, paradoxalement, la véritable égalité demanderait que ceux qui réussissent le concours reçoivent l'aide financière dont ils ont besoin, soit directement par des bourses ou bons d'étude (il faudrait analyser la faisabilité de la chose), soit indirectement par des subventions gouvernementales versées à l'établissement (c'est le cas actuel), soit par un crédit d'impôt accordé aux parents (mais cette solution ne bénéficie pas à ceux qui ne paient pas d'impôts, c'est-à-dire les plus démunis).

L'"égalité des chances" n'exige pas, enfin, d'éliminer toute émulation et compétition, même si ces mots connotent souvent l'idée de rivalité ou de jalousie. Il existe une saine émulation qui donne du ressort et de l'ardeur à la tâche. Ce qu'il faut, c'est que l'école offre de l'émulation dans divers champs d'activités et que le jeune soit conscient qu'il peut être fier de lui et mériter l'admiration pour d'autres talents qu'intellectuels, par exemple, en musique, en théâtre, dans les arts, le sport ou la technologie. C'est pourquoi la diversité constitue une exigence d'éthique sociale en plus d'être une richesse pour la société.

Loin de s'opposer à l'existence d'écoles privées, l'objectif d'égalité demande plutôt de n'en pas limiter l'accès à une seule catégorie d'enfants ou de ne pas faire en sorte que les seuls enfants de riches puissent y accéder. (...)

25 juillet, 2007

Beaucoup de mots, peu d’actions!

Tous les politiciens parlent abondamment de « changement ». Malheureusement, peu d’entre eux passent de la parole à l’action. Le Québec a besoin d’électrochocs pour se sortir de sa paralysie : réduction de la taille de l’état, élimination des règlements inutiles, mise à jour des lois du travail, privatisation des services gouvernementaux, etc. Les occasions ne manquent pas, c’est plutôt le courage politique qui se fait rare.

Vincent Marissal, Cyberpresse

Le mot «changement» est à la mode dans le vocabulaire politique au Québec, ces temps-ci.

Les politiciens en parlent, à défaut de faire plus pour le moment, et les électeurs en souhaitent, à en juger par leur comportement aux urnes le 26 mars.

Pauline Marois insiste énormément sur l'urgence du changement, dans son parti, d'abord, mais aussi dans l'attitude de la population face à l'État providence. La nouvelle chef du PQ veut revoir le modèle québécois, brasser les structures et les habitudes. On n'en sait pas plus pour l'instant sur la nature et la manière de ces changements, mais l'intention est manifeste.

Mario Dumont, lui, a promis du changement, avec pour premier résultat de forcer les deux autres partis à changer.

Quant à Jean Charest, il a beaucoup parlé de changement depuis qu'il est arrivé à Québec, en 1998. Les résultats, toutefois, se font toujours attendre.

Sur la scène fédérale, Stephen Harper a bâti son programme électoral sur des promesses de changement, notamment dans les moeurs politiques.

En France, Nicolas Sarkozy presse les Français, qui viennent de lui donner une double majorité, de s'engager dans de profonds changements pour sortir le pays de sa morosité. Le président Sarkozy se heurte déjà à une résistance qui promet de belles batailles. Il n'est pas seul: c'est le sort qui attend pratiquement tous les chefs politiques qui rêvent de petites révolutions.

Il est plus facile, en effet, de parler de changement que d'en faire. Tout le monde est en faveur du changement, à condition qu'il ne change rien à ses habitudes, à ses privilèges, à son confort, à ses acquis, à ses droits.

Sans tomber dans le discours défaitiste et un brin méprisant de l'immobilisme (une thèse qui sous-entend que l'on ne fait rien qui vaille au Québec, que l'on devrait balancer le modèle québécois au panier), disons que l'on part de loin ici, quand il est question de mettre des changements en branle.

Si on veut vraiment changer quelque chose au Québec, il faudra commencer par les mentalités, parce que c'est d'abord là que ça bloque. À force de rectitude politique, on n'est plus capable d'appeler un chat un chat. À force de rechercher des consensus, on en est venu à confondre consultations et droit de veto. À force de vouloir faire des changements sans déplaire à personne, on garde, en même temps, un pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein.

Un exemple parmi tant d'autres, anecdotique, certes, mais qui en dit long sur la résistance institutionnelle et culturelle au changement ici. Désireux de durcir le ton contre les conducteurs délinquants et de rendre nos routes plus sûres, le gouvernement Charest a mis sur pied une «Table de concertation sur la sécurité routière», composée de 41 organismes qui débattent depuis plus d'un an. Vous avez bien lu: 41 organismes! Plus d'un an de discussions! Pas étonnant que l'on n'arrive pas à trouver les solutions simples qui s'imposent pourtant d'elles-mêmes.

Tout ça pour serrer la vis aux morveux à calottes à l'envers qui canalisent leurs excès de testostérone sur l'accélérateur de leur Honda Civic modifiée. Tout ça pour s'assurer que les ivrognes qui ont déjà perdu trois fois leur permis de conduire ne reprennent pas leur auto. Tout ça pour installer des radars photo sur les routes. Au fait, ça doit bien faire une décennie que l'on discute de ce sujet passionnant des radars photo...

Deux autres exemples de changements freinés depuis des années, de statu quo en évolution, si vous voulez: le groupe de travail du gouvernement Charest sur le système de santé publique (le comité Castonguay) et, dans une moindre mesure, la consultation promise par la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, pour «encadrer les frais afférents» dans les universités.

Un autre groupe de travail sur la santé? Dans le contexte de gouvernement minoritaire, en plus? De toute évidence, on cherche plus à gagner du temps qu'à trouver des solutions. De toute façon, ces solutions sont connues, mais elles font mal, elles ne sont pas bonnes à dire. Alors, hop! un autre comité, ça fera toujours 10 ou 12 mois de gagnés.

Quant aux frais afférents, a-t-on vraiment besoin d'une consultation sur la chose?

Le gouvernement Charest a pourtant pris la bonne décision en dégelant les droits de scolarité mais, de peur de trop bousculer, le voilà qui ouvre une interminable discussion sur les frais afférents.

Mais soyons juste envers ce gouvernement: on sent poindre depuis quelques mois (depuis que l'ADQ assiège le gouvernement minoritaire, pour être plus exact) un certains changement, sinon dans l'action, au moins dans le ton.

Le ministre de la Santé Philippe Couillard, par exemple, qui blâme directement les directions d'hôpital pour l'engorgement des urgences. Ou sa consoeur à l'Éducation, qui déplore le «trop grand nombre d'écoles de pensée» dans le milieu de l'enseignement.

Nos dirigeants sont d'ordinaire tellement polis, tellement retenus dans leurs propos, ils ont tellement peur de déplaire que le moindre commentaire franc et direct surprend. Choque, aussi, et crée la controverse. Voilà le principal noeud du problème: la peur des mots, la crainte phobique de provoquer une réaction.

Que les ministres Couillard et Courchesne aient raison ou pas, là n'est pas la question. Mais que leurs commentaires aient soulevé un tel tollé, une telle résistance dans les milieux concernés, démontre à quel point il est difficile de secouer les grosses machines au Québec.

À première vue, il est difficile d'imaginer que Pauline Marois, qui est un pur produit du modèle qu'elle dit vouloir maintenant changer, arrivera vraiment à provoquer sa petite révolution. Une chose est sûre, par contre: elle connaît ce modèle sous toutes ses coutures. Elle est donc bien placée pour savoir ce qui cloche.Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca