Le Québec s'endette au rythme de 19 millions $ par jour.

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Vaut mieux en rire!

Le gouvernement augmente le coût des cigarettes pour qu’on arrête de fumer. Alors, quand il hausse les impôts, est-ce pour qu’on arrête de travailler ?--- Michel Beaudry

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05 mai, 2014

Réinventer le Québec

Revue de livre par Marcel Boyer

(NDLR : En réponse aux critiques formulées par Louis Cornellier du Devoir, L’économie en l’absence de l’humain, Marcel Boyer résume le contenu de son livre, écrit conjointement avec Nathalie Elgrably-Lévy.)


Vous avez récemment recensé notre livre Réinventer le Québec. Douze chantiers à entreprendre (Stanké 2014). Dans votre texte, en entrée en matière, vous affirmez que « Marcel Boyer et Nathalie Elgrably-Lévy sont deux économistes de droite qui se réclament de l’école néoclassique. En termes simples, on dira qu’ils sont néolibéraux ». Condamnés dès le départ avant même le début du procès, nous ne pouvions nous attendre qu’à une recension superficielle, caricaturale, hors contexte et biaisée de notre livre. Attente confirmée.

Vous auriez pu écrire de manière plus juste et plus conforme au contenu de notre livre, que vous auriez eu intérêt à lire, que « Marcel Boyer et Nathalie Elgrably-Lévy sont deux économistes qui refusent de croire que le modèle sociale-démocrate est nécessairement synonyme d’inefficacité et de gaspillage. Leurs propositions visent à faire du Québec une société social-démocrate efficace, responsable, prospère, éprise de liberté, de conquête et d’excellence, et véritablement respectueuse des citoyens ».

Mais cela aurait exigé de votre part une analyse intellectuellement plus rigoureuse et plus fine qui se marie mal à votre conception de la société, dans laquelle s’affrontent deux camps : les bons citoyens et les méchants néolibéraux, les innocents et les coupables, la gauche et la droite, l’« avec nous » et les terroristes. Il est vrai que cette conception d’un monde dichotomique vous simplifie la vie !

Social-démocratie

Vous nous accusez du crime de lèse-majesté irréparable, celui d’offrir une critique radicale du modèle québécois. C’est nous présenter avec un manque sérieux d’objectivité et de discernement. Nous critiquons le modèle québécois parce qu’il s’est éloigné de la véritable social-démocratie pour se transformer en un modèle basé sur la préservation des droits acquis, la protection des rentes et intérêts corporatistes et la sauvegarde des vaches sacrées, bref, un modèle devenu peu motivant, peu innovant, tolérant de la médiocrité, figé et enfermé dans son passé, et endormi dans une langue de bois où la forme et le contenant dominent le réel et le contenu.

Notre analyse critique est basée sur des faits, entre autres les suivants : au cours des 30 dernières années, seulement 17 % des emplois à plein temps créés au Canada l’ont été au Québec ; l’écart de PIB réel par habitant entre le Québec et le reste du Canada (ROC) a augmenté de 73 %, passant de 3225 $ à 5575 $ ; le nombre de jeunes de moins de 15 ans a diminué de 12 % au Québec, alors qu’il augmentait de 7 % dans le ROC, 16 % en Ontario et 22 % aux É.-U. ; le nombre de jeunes travailleurs ou de jeunes familles, les 15-44 ans, a diminué de plus de 5 % au Québec, alors qu’il augmentait de 23 % dans le ROC, de 29 % en Ontario et de 15 % aux É.-U. Vous ne dites pas mot de ces faits. C’est vrai que les faits sont dérangeants.

Nos douze chantiers visent à redonner au modèle québécois le véritable sens et la véritable finalité de la social-démocratie. Parmi ces chantiers, mentionnons la redéfinition des rôles des secteurs public et concurrentiel ; la non-manipulation des prix comme signaux de rareté relative des ressources, biens et services ; le recours systématique aux mécanismes concurrentiels pour contrer le développement d’un capitalisme de copinage (collusion) et permettre l’affirmation concrète d’un droit des citoyens et des organisations de contester l’ordre établi et de remplacer le cas échéant les fournisseurs actuels de biens et services publics et sociaux ; une plus grande responsabilisation des écoles, collèges et universités dans le développement et le maintien de notre capital humain ; la participation concurrentielle du secteur privé au sein de notre régime public de santé comme c’est le cas en France et en Suède entre autres ; la protection et la valorisation de nos ressources environnementales, dont l’eau, par la création de marchés appropriés ; le développement d’une taxation plus incitative, cohérente, inclusive et simplifiée, favorable à une redistribution directe et incitative des revenus et des richesses ; etc.

On peut être en désaccord avec l’analyse et les propositions que nous présentons dans Réinventer le Québec, mais votre recension de notre livre est malheureusement intellectuellement désolante, indigne d’un journal comme Le Devoir !

L'auteur est professeur émérite de sciences économiques, Université de Montréal, et Fellow du CIRANO
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