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25 octobre, 2013

Le cycle économique

Par André Dorais

Le cycle économique renvoie d'abord aux fluctuations de l’activité économique.  En soi, ces fluctuations ne signifient rien de grave, si ce n'est de rappeler que l'activité économique ne saurait être toujours en croissance.  C'est uniquement lorsque ces fluctuations sont importantes, voire excessives, qu'on réfère au cycle économique de manière négative.  Cependant, puisque que ce sont ces excès qui causent problème, c'est cette définition qui retient généralement l'attention.

Pour les tenants de l'école autrichienne d'économie, les excès du cycle économique ne sont ni réguliers, ni inhérents au marché.  Ils varient plutôt selon l'importance des interventions de l'État.  Au contraire, pour les autres écoles de pensée ces excès sont inhérents au marché et l'aide de l'État est nécessaire pour les atténuer.  Qui a tort?  Qui a raison?

Qualifier le marché d'«esprit animal» ou de maniaco-dépressif n'explique pas les excès du cycle économique, mais constitue uniquement une autre façon de le qualifier.  C'est se contenter de dire que c'est sa nature pour justifier l'intervention de l'État.  Pour vraiment comprendre ces excès on doit creuser davantage, identifier ce qui incite les agents économiques à passer d'une extrême à l'autre. 

Les incitatifs dont il s'agit ne renvoient pas à des objectifs, telle que la quête d'un profit, mais aux facteurs à considérer pour les atteindre.  Ils se rapportent aux multiples environnements de l'homme: physique, légal, politique, économique, etc.  Il s'agit donc de contraintes à l'action, mais des contraintes qui constituent aussi des opportunités. 

Bien que l'environnement physique de l'homme réponde à ces critères, à moins d'une grande découverte ou d'une catastrophe naturelle, il ne constitue pas un facteur explicatif des excès du cycle économique.  On doit donc porter son attention sur les autres facteurs explicatifs, qui relèvent tous du cadre politico-légal.     

L'incitatif le plus important provient des fluctuations de la masse monétaire.  Celles-ci constituent la cause principale des fluctuations du cycle économique.  Les autres incitatifs importants ont également pour source l'État: taux directeur, dépenses gouvernementales, législation, réglementation, taxation, etc.  Ils tendent à cerner davantage les secteurs d'activités qui profiteront des fluctuations à la hausse de la masse monétaire.  

Bien que les moyens utilisés par l'État constituent les plus importants incitatifs d'agir (facteurs à considérer), les définitions et indicateurs dont on se sert pour évaluer l'état de l'économie sont aussi importants, car ils déterminent le degré d'intensité des moyens utilisés.  Il s'ensuit que les définitions et indicateurs économiques qui donnent un portrait erroné de la réalité risquent d'aggraver la situation plutôt que de l'améliorer. 

J'illustre le point de vue autrichien du cycle économique en commençant par une brève description des interventions de la Fed, soit la banque centrale américaine, depuis l'année 2000.  On peut généraliser cette description au Canada, à l'Australie, au Japon, à la Chine et à l'Europe tellement leurs interventions sont similaires à celles pratiquées aux États-Unis.  Je poursuis en critiquant quelques-unes des définitions utilisées par la Fed, car je considère qu'elles donnent un portrait erroné de la réalité.  À l’aune de cette analyse critique la conclusion s'impose d'elle-même.   

Le taux des fonds fédéraux (taux directeur) est en baisse depuis 1980, mais de manière plus importante depuis le début des années 2000.  La forte baisse survenue au début des années 2000 cherchait à relancer le marché boursier après son effondrement.  Cette baisse s'est échelonnée sur 3 ans et ledit taux a repris une direction à la hausse en 2004.  Une autre baisse importante a été amorcée en fin d'année 2007 dans le but de soutenir le marché immobilier qui s'essoufflait.  Celle-ci s'est échelonnée sur 15 mois et le taux des fonds fédéraux demeure à son niveau plancher depuis 2008.  De manière parallèle, la hausse de la masse monétaire a été particulièrement élevée de 2001 à 2004 et de 2008 à aujourd'hui. 

Considérant que les marchés boursiers américains ont non seulement repris le terrain perdu, mais quelque peu dépassé leur sommet atteint en 2007, ne devrait-on pas conclure au succès de ces politiques?  Non.  D'abord, le niveau actuel du plus important indice boursier américain, le S&P 500, est à peine 14 % plus élevé que son sommet atteint en 2007, qui, à son tour, ne dépasse le sommet atteint en 2000 que par un maigre 2 %. 

Ensuite, la Fed ne regarde pas uniquement le niveau des marchés boursiers, mais plusieurs autres indicateurs économiques, dont le populaire Produit intérieur brut (PIB), pour se faire une idée de l'état de l'économie.  Bien que le PIB ait été généralement positif depuis la fin de 2009, il a de la difficulté à se maintenir au-dessus de 2 % sur une base trimestrielle; un niveau généralement considéré comme étant le minimum acceptable pour les États-Unis.  Dans ces circonstances et considérant que le PIB moyen depuis l'an 2000 se situe en deçà de 2 % sur une base annuelle, de sérieuses questions se posent relativement aux politiques gouvernementales cherchant à relancer l'économie.

Les conséquences incomprises de l’inflation monétaire

Le président de la Fed a donc de bonnes raisons d'être insatisfait de la performance économique des États-Unis depuis 2008, mais il a tort d'utiliser les mêmes incitatifs qu'auparavant pour la relancer.  Or, non seulement il persiste à les utiliser, mais il les utilise avec plus de vigueur.  Il agit de la sorte d'abord parce qu'il pense qu'un résultat satisfaisant dépend de l'intensité à utiliser les incitatifs à sa disposition, ensuite parce qu'il n'en constate pas encore les effets négatifs.  Pour lui, comme pour des milliers d'autres experts qui le soutiennent, du moins qui soutiennent l'institution qu'il représente, tant que l'inflation monétaire ne se traduit pas en inflation des prix à la consommation, il n'y a pas lieu de s'en inquiéter. 

Cet aveuglement de la part de la majorité des experts rend l'inflation monétaire plus dangereuse qu'elle ne l'est déjà.  Elle l'est déjà, car elle rend possible l'obtention de biens sans le besoin préalable de produire quelque chose.  En d'autres termes, il s'agit d'un échange de biens et de services réels pour une monnaie fiduciaire à laquelle on attribue à tort la même valeur.  Si on ne réalise pas cet effet de l'inflation monétaire, on risque fort de vouloir la maintenir, voire l'accélérer.  On la poursuivra avec d'autant plus d'enthousiasme que le seul effet qu'on lui attribue est à première vue positif, à savoir qu'elle tend à hausser les prix des actifs répertoriés dans les marchés obligataires, boursiers, immobiliers et autres. 

Qu'on se le dise, ce n'est pas parce que l'inflation monétaire n'est pas comptabilisée dans les divers indices d'inflation qu'elle ne constitue pas un problème.  Ce n'est pas non plus parce qu'elle affecte à la hausse les prix des actifs répertoriés dans plusieurs marchés que ses effets sont strictement positifs.  On doit réaliser non seulement que ces effets ne durent pas, mais qu'ils sont souvent dévastateurs à moyen et à long terme.  

La mauvaise évaluation de la consommation

Le président de la Fed erre également dans l'adéquation qu'il sous-entend entre l'économie et la consommation.  En effet, la Fed, comme le gouvernement, cherche à relancer l'économie d'abord et avant tout par l'entremise d'une augmentation de la consommation.  Elle ne se questionne pas à savoir si la relance de la consommation constitue une étape préalable à la relance de l'économie, car, bien qu'elle distingue l'une de l'autre, elle considère que la première est indispensable à la seconde.  Elle maintient son taux des fonds fédéraux à un niveau historiquement bas et elle injecte des sommes d'argent colossales dans le marché dans le but de relancer la consommation qui, à ses yeux, relancera du même coup l'économie.  

La Fed commet une troisième erreur en traitant différemment les dépenses de consommation effectuées par les individus de celles effectuées par le gouvernement.  C'est dans cette perspective qu'elle dit ne pas atteindre son objectif de relancer l'économie, car elle n'a de yeux que pour la consommation individuelle (privée).  Cependant, dans la mesure où l'on considère les dépenses gouvernementales liées à la santé, l'éducation, la retraite, le chômage, et cetera comme étant essentiellement des dépenses de consommation, on doit conclure, au contraire, que les politiques utilisées par la Fed atteignent leur but.  En effet, les dépenses publiques du gouvernement fédéral ne cessent de croître, tandis que l'épargne individuelle ne cesse de baisser. 

La réduction de l'épargne a pour cause et les incitatifs gouvernementaux mis en place pour augmenter la consommation individuelle et la hausse des taxes, et frais en tous genres, pour payer les services offerts par le gouvernement.  Puisque les dépenses liées à ces services  constituent de la consommation et que celle-ci ne cesse de croître, grâce notamment à une augmentation de la dette des ménages, les autorités gouvernementales, économiques et financières devraient non plus en encourager la hausse, mais la baisse.  En effet, si l'objectif est d'augmenter la consommation, alors il est atteint.  Toutefois, la façon d'y arriver vient accompagnée de résultats non-attendus, à savoir une baisse de la consommation privée, une baisse de l'épargne et, surtout, une baisse des libertés individuelles.

Considérant que la consommation individuelle et gouvernementale se fait de plus en plus à crédit, on peut même parler de surconsommation.  Dans cette perspective, le problème n'est donc pas tant les moyens utilisés et par la Fed et le gouvernement pour accroître la consommation que l'objectif même d'accroître la consommation pour relancer l'économie.  Toutefois, si l'on change d'objectif, plus précisément si l'on cherche à accroître la production plutôt que la consommation, alors les moyens utilisés à l'heure actuelle pour relancer la consommation doivent également être modifiés. 

La surconsommation, et l'endettement qui en découle, conduit les entreprises et les individus à mal investir de manière généralisée, car les ressources réelles ne sont pas disponibles en même proportion que les ressources monétaires.  La rareté des ressources réelles conduit à l'augmentation de leurs prix qui conduit, à son tour, à une révision à la baisse des revenus et des profits projetés.  Dans ces circonstances, des projets sont abandonnés et des faillites répertoriées. 

Bien que le but premier de la Fed ne soit pas nécessairement de tromper les gens, ses incitatifs à consommer et à investir ne font que cacher, pour un certain temps, la réalité qui se redécouvre dès lors que ces incitatifs sont réduits ou mis de côté.  Les renouveler ne fait que repousser la découverte de la réalité, soit que les ressources réelles disponibles ne se retrouvent pas en aussi grande quantité que le laissent entendre les différents indices économiques.  Plus on prend de temps pour renverser ces incitatifs, plus graves en seront les conséquences.     

En d'autres mots et dans un ordre chronologique, une forte augmentation de la masse monétaire conduit d'abord les gens à consommer au-delà de leurs moyens, ce qui laisse peu de ressources à investir pour accroître la richesse.  Non seulement ces ressources se font plus rares, mais elles tendent à être mal investies pour essentiellement deux raisons.  Premièrement, les revenus nominaux, à partir desquels se fondent les projets d'investissement, sont gonflés par cette augmentation de la masse monétaire.  Puisque celle-ci ne saurait durer sans entraîner son lot de problème, envisager de grands profits, sur la base de revenus élevés qui sont en partie la conséquence de cette augmentation qui ne durera pas, constitue une importante source d'erreur.  Secondement, les projets financés par un taux d'emprunt tenu artificiellement bas tendent à surestimer les profits qui en découlent.  Cette seconde source d'erreur touche particulièrement les projets à longue échéance, car à la fois le taux d'inflation et le taux d'escompte jouent contre eux. 

Les autorités qui ont mis en place les incitatifs pour accélérer ou relancer l'économie doivent tôt ou tard y mettre un frein pour éviter à la fois une inflation des prix des biens et services de consommation, une concentration de colosses aux pieds d'argile et une dislocation des marchés.  Considérant qu'une dislocation des marchés conduit à une forte déflation des prix des actifs qui y sont répertoriés, la Fed tente d'en réduire les effets.  Malheureusement, cette déflation est trop souvent combattue par le seul remède qu'elle connaisse, soit l'inflation monétaire, ce qui ne fait qu'aggraver la situation plutôt que de l'améliorer. 

Toujours est-il que c'est lorsque ces incitatifs sont réduits ou abandonnés qu'on réalise la fragilité de l'expansion.  La contraction économique, pour sa part, est proportionnelle à l'intensité des moyens mis en place pour accélérer l'expansion.  En d'autres mots, si l'on veut éviter les excès de la contraction, on doit commencer par éviter les excès de l'expansion.  Il n'existe pas mille et un moyens d'y arriver.  On doit revoir les rôles jouer et par la banque centrale et par le gouvernement d'une part et d'autre part, on doit réviser certaines définitions, notamment celles de l'inflation, la consommation et la productivité.  Si l'on ne s'entend pas sur ces définitions, on risque d'utiliser des incitatifs qui causent plus de tort que de bien à la création de richesse.

À la lumière de cette conception du cycle économique et considérant que depuis 2008 le taux directeur se situe à son niveau historique le plus bas, que la masse monétaire a augmenté de quelque 70 %, un record, et que la dette fédérale, pour sa part, a augmenté de 80%, soit un seuil qui n'a jamais été atteint auparavant en temps de paix, on doit conclure que plusieurs investissements effectués depuis cette date risquent fort de mal tourner.  On ne peut prédire quand exactement ce retournement se produira, mais on peut affirmer que, toutes choses égales par ailleurs, il se produira.  On peut également affirmer que le plus tôt seront réduits les divers incitatifs utilisés par l'État, notamment l'augmentation de la masse monétaire, le mieux on s'en sortira.  Ce ne signifie pas qu'un renversement de cet incitatif s'effectuera sans mal, mais plutôt qu'il vaille mieux l'effectuer plus tôt que tard pour éviter un mal plus grand.
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