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01 août, 2012

L’État contre les jeunes


Revue de livre par Bertrand Tremblay


Si Jean-François Lisée voit de plus en plus en rose un Québec socialiste, le polémiste Éric Duhaime, ce Bleuet transplanté à Montréal, perçoit plutôt l'avenir en noir. Dans son premier essai intitulé «L'État contre les jeunes», il manifeste son inquiétude avec chiffres à l'appui.

Partisan péquiste avant de s'allier à Mario Dumont, de la défunte ADQ, cet ancien conseiller de chefs politiques, devenu animateur radiophonique et chroniqueur, constate que l'État québécois s'écroule sous les dettes, le décrochage scolaire, l'obésité fiscale de son système de santé, son régime public de retraite qui se vide et ses corporatismes bureaucratique et syndical figés dans des privilèges ruineux.

Les bourgeois de l'État

Éric Duhaime est venu présenter son ouvrage à Chicoutimi, le 7 juin dernier, lors d'un souper-conférence organisé par Réseau Liberté-Québec, un mouvement regroupant les nostalgiques de l'ADQ. Il avait alors reproché au gouvernement Charest d'avoir adopté l'inapplicable loi 78 plutôt que d'utiliser les lois existantes conçues justement pour neutraliser des débordements comme ceux commis par les associations étudiantes.

Dans son pamphlet, il rend les baby-boomers -- la génération du peace et love des années 1945 à 1960 -- responsables d'un endettement excessif qui provoquera l'appauvrissement des futures générations. C'est avec la carte de crédit d'un Québec en excellente santé financière qu'ils ont entrepris la Révolution tranquille. Ils ont ainsi accru la taille de l'État pour générer une multitude d'emplois «assortis d'une sécurité en béton et plus de services publics».

Les travailleurs de demain n'auront pas les mêmes avantages. Déjà le chômage chez les jeunes est excessif à travers le monde. Il oscille autour de 21% avec une pointe record de 46,3% en Algérie. L'exploitation de nos richesses naturelles le maintient à 12,4% au Québec et à seulement 8,1% dans l'ensemble du pays.

Quant aux prestations de retraite, elles sont encore plus généreuses chez nous. Mais le régime sera à bout de souffle rapidement si le gouvernement n'y apporte pas les correctifs nécessaires. L'équation est tragiquement simple: en 1968, sept travailleurs cotisaient pour assurer un revenu décent à celui ou celle qui franchissait l'étape de la retraite. Aujourd'hui, la dénatalité réduit les participants à trois pour un et en 2020, il ne restera plus que deux cotisants pour un retraité.

L'exemple chilien

Après avoir analysé le problème et examiné le régime des rentes de plusieurs pays, Éric Duhaime propose la privatisation du régime, sa récupération par les travailleurs comme au Chili où le changement s'avère un succès. Le modèle est maintenant appliqué dans une trentaine de pays dont le Royaume-Uni, l'Australie et la Suède. L'auteur de l'essai politique ne croit pas que le gouvernement du Québec aura le courage d'effectuer la réforme nécessaire. Qu'il propose donc la solution chilienne.

Éric Duhaime fait le tour du jardin de l'État. Les partis politiques, qui ont déjà commencé à croiser le fer même si la campagne électorale n'est pas encore officiellement déclenchée, picoteront sans doute quelques-unes de ses idées pour épicer leurs programmes. Mais avec prudence... en évitant d'effrayer les électeurs. Quant au PLQ, ses candidats brandiront sans doute la bonne note accordée récemment au gouvernement Charest par l'Agence de crédit Moody's à ceux qui lui reprocheront l'augmentation de la dette et les 9 milliards$ - soit l'équivalent du budget cumulatif de plusieurs ministères - versés annuellement au paiement des intérêts.

«L'État contre les jeunes ou Comment les baby-boomers ont détourné le système» alimentera les débats politiques qui diviseront le Québec jusqu'au scrutin de septembre prochain. Si Éric Duhaime se montre très sévère à l'endroit du gouvernement libéral, il l'est tout autant envers la gauche caviar du Plateau Mont-Royal, «fief de Québec solidaire et de son unique élu Amir Khadir». On pourrait y ajouter son membre honoraire, le professeur Léo-Paul Lauzon.

Tous ces Robin des Bois demeurent tragiquement «à des années-lumière de la réalité de la majorité des Québécois».

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