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07 octobre, 2022

Bio : la grande illusion

 Par Pierre Allemand.

Le choix du mot biologique n’est pas anodin.

Ses adeptes français n’ont pas choisi de traduire simplement le mot anglais organic par organique, ce qui aurait été le choix de la logique. En choisissant le mot biologique, ils ont probablement voulu insister davantage sur la notion de vivant qui existe cependant dans le mot organique, mais parmi d’autres significations.

 

Bio : le choix des mots

Selon la définition de l’Insee :

« L’agriculture biologique est un mode de production agricole qui exclut l’emploi de substances de synthèse, telles que les pesticides, les médicaments ou les engrais de synthèse, et celle d’organismes génétiquement modifiés. »

L’idée de départ est très séduisante. Malheureusement, elle a été fortement polluée et déviée finalement de son objectif par suite de l’ajout de contraintes multiples sans réel fondement scientifique destinées, elles, à respecter le folklore qui imprègne le raisonnement d’un certain nombre de personnes adeptes de l’écologisme.

Ces contraintes expriment en réalité leur aversion purement intellectuelle pour la technologie en général et pour le génie génétique en particulier. Dans la pratique, on ne voit en effet pas bien pourquoi certaines réactions chimiques seraient interdites, et d’autres non. Il est de fait particulièrement difficile de définir une frontière entre des réactions chimiques dites naturelles et des réactions chimiques dites artificielles.

En réalité, le scientifique honnête qui se lance dans ce type de réflexion convient assez rapidement que cette frontière n’existe tout simplement pas : il n’y a aucune différence entre un produit chimique naturel et un produit chimique artificiel. D’ailleurs, depuis très longtemps, les chimistes qui se sont consacrés à reproduire de nombreux produits naturels en utilisant des méthodes de synthèse de plus en plus élaborées y sont remarquablement parvenus, mettant à bas cette distinction factice.

L’ouverture au hasard d’une des bibles du chimiste comme The Merck Index nous apprend, par exemple, qu’un produit comme la quinine, médicament naturel contre le paludisme, extrait de l’écorce du quinquina, a été synthétisée pour la première fois en 1944 à partir de molécules elles-mêmes totalement synthétiques (procédé Woodward–Doering) à partir de la 7-hydroxyisoquinoline, elle-même obtenue à partir de bases dérivées d’hydrocarbures fossiles. La réussite de ce type de synthèse montre, s’il en était encore besoin, que la matière issue du vivant ne possède pas de propriété intrinsèque qui la distinguerait de la matière synthétique.

En réalité, cette différence n’existe que dans la tête de l’adepte du « naturel à tout prix ».

Cette préférence donnée à tout ce qui vient de mère nature qui serait, dit-on, si généreuse, malgré les nombreux contre-exemples qui fourmillent mais que notre adepte ne saurait voir, est formidablement exploitée par la publicité : tout ce qui peut enduire toutes les parties du corps humain y compris les plus intimes se doit d’être le plus proche possible des 100 % naturels si l’on veut pouvoir le vendre cher. L’acheteur doit être convaincu que ce fameux degré de naturel est de la plus haute importance. Même si la partie naturelle était par exemple composée d’extrait d’amanite phalloïde, de ciguë ou de digitale.

 

Des règles déformées pour les besoins de la cause

Les règles de « provenance naturelle » ne sont cependant pas si rigides qu’on pourrait le croire, et sont même, à l’occasion, allègrement transgressées lorsqu’il s’agit d’autoriser un pesticide indispensable à la culture biologique en France, mais qui sort malencontreusement de la doctrine du « tout d’origine naturelle » : je veux parler de la bouillie bordelaise.

La bouillie bordelaise qui est utilisée pour traiter la vigne, mais aussi de très nombreux légumes ou fruits contre les maladies cryptogamiques, est indispensable dans les régions où le mildiou, l’oïdium, la tavelure etc. attaquent et détruisent la vigne, la tomate, la fraise, le rosier ou la pomme de terre, aidés par des conditions climatiques favorables au développement de ces parasites. Cette bouillie est très simplement fabriquée en attaquant le cuivre par de l’acide sulfurique (bien chimique) et en neutralisant le sulfate de cuivre obtenu par de la chaux (bien chimique elle aussi).

Profitant du fait que ce produit est ancien (il a été inventé au XIXe siècle) et aussi de l’inculture en chimie de la plupart des adeptes qui ne savent pas exactement ce que minéral signifie, la bouillie bordelaise a été déclarée acceptable en agriculture biologique parce qu’elle ne contient que du sulfate de cuivre déclaré lui-même comme naturel, alors que sa fabrication est tout ce qu’il y a de plus synthétique, comme je viens de l’écrire, et que la provenance de ses précurseurs est minérale comme celle de tous les produits présents sur cette Terre.

Cette souplesse d’adaptation devrait normalement démontrer aux adeptes que les règles n’existent en agriculture biologique que pour être habilement contournées. En réalité, elles montrent surtout que la clôture existant autour du bio est fermement établie dans la tête de ceux qui y croient, et qu’aucun argument logique ne saurait la démanteler.

 

Les OGM et le Diable

Une autre grande distinction sépare l’agriculture biologique de l’agriculture conventionnelle : en bio, les OGM sont strictement prohibés. Les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) qu’on appelle PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) lorsqu’il s’agit de plantes, ont été soumis à l’implantation de certains gènes spécifiques. Ces modifications sont destinées à procurer à la plante modifiée des propriétés positives : par exemple une meilleure résistance à la sécheresse ou aux maladies, une croissance plus rapide, et, d’une façon plus générale l’acquisition d’une propriété intéressante qui appartient naturellement à une autre espèce.

Cette acquisition de propriétés nouvelles ne peut qu’apparaitre bénéfique pour la plupart des personnes. Cependant, le mode d’acquisition a posé un problème à certaines d’entre elles qui y ont étrangement vu l’accès à un monde religieusement interdit, parce que touchant à l’intimité de la vie. Cette vision surprenante, procédant essentiellement du fanatisme religieux assez primitif que l’on croyait touchant seulement, depuis les Lumières, des individus fortement arriérés, s’est néanmoins répandue, comme c’est d’ailleurs souvent le cas, dans un milieu intellectuel particulier, et elle est devenue celle de certains fondateurs du puissant mouvement Greenpeace. Ce dernier mouvement, fort actif dans certains pays, a ensuite réussi à faire interdire les OGM en Europe, aidé en cela par les Grünen allemands, grands influenceurs de la politique européenne.

Les anti-OGM, célèbres pour leurs actions contre les semis expérimentaux de PGM craignent l’avenir : ils redoutent en effet que ces produits, quelque part issus de la main du Diable, ne parviennent un jour à empoisonner et même à exterminer le genre humain. Ils constituent une résurgence des fanatiques qui ont brûlé les sorcières en place publique au motif qu’elles faisaient commerce avec le Diable…

Et l’ensemble des Européens ont été convaincus par leurs arguments, mais surtout, probablement par la publicité imbécile de nombreuses marques, de ne jamais consommer d’OGM, ignorant, par là même, l’expérience positive de centaines de millions d’humains pendant des dizaines d’années qui n’ont jamais éprouvé le moindre effet négatif en consommant des OGM ou leurs dérivés.

 

L’agriculture bio dans la vraie vie

Mais revenons au XXIe siècle.

La distinction, solide parce que surtout mentale, entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle permet de pratiquer des prix plus rémunérateurs au niveau des consommateurs. Les grands distributeurs comme Carrefour, Leclerc ou Auchan et les distributeurs spécialisés comme Biocoop ne s’y sont pas trompés. Et le marché du bio s’est accru pendant des années en France, s’appuyant sur l’idée simple : « c’est naturel, donc c’est bon », idée doublement fausse.

En effet :

  • L’amanite phalloïde, la ciguë ou la digitale déjà citées, sont tout ce qu’il y a de plus naturelles et sont cependant très mauvaises pour la santé humaine : on meurt de les avoir consommées.
  • L’agriculture biologique utilise des pesticides comme le sulfate de cuivre qui ne sont, eux, pas du tout naturels, en dépit des affirmations des marchands de bio.

 

Ajoutons que le sulfate de cuivre a la fâcheuse propriété d’imprégner presque définitivement le sol qui devient toxique pour toute une série d’animaux dont le lombric (ver de terre), au point que les anciennes parcelles de vigne peuvent devenir impropres à toute culture.

L’agriculture biologique n’a donc finalement aucune justification du point de vue de la consommation. Il n’empêche qu’au niveau européen, elle peut se prévaloir de sérieux défenseurs qui la placent en priorité, et obligent pratiquement de nombreux agriculteurs à la choisir alors qu’il n’y a absolument aucune raison, comme on vient de le voir, de la préférer à l’agriculture conventionnelle. De plus, comparée à celle-ci, elle conduit à des rendements nettement inférieurs. Sa généralisation, qui n’est heureusement pas pour aujourd’hui ni probablement pour demain, conduirait à des problèmes difficilement solubles. L’exemple récent du Sri Lanka le montre sans ambiguïté.

 

Une histoire qu’on voudrait bien oublier

Cette mode, qui a la préférence de beaucoup d’influenceurs parmi les médias, peut aussi conduire à des catastrophes. J’en prendrai un seul exemple :

En 2011, l’apparition d’une intoxication grave à l’Escherichia Coli en Europe a fait d’abord suspecter des concombres originaires d’Espagne. Ceux-ci ont cependant été rapidement mis hors de cause, et c’est finalement une ferme biologique située à Bienenbüttel en Allemagne qui a été désignée à l’origine de la contamination, par des graines germées. Le nombre de cas d’intoxication a été de plus de 4000 dans 12 pays européens et le nombre de décès de 53.

La réaction des médias au moment de cette intoxication a révélé l’embarras de ceux-ci car il s’agissait d’un cas grave (plus de 50 morts) et d’une ferme biologique, qui ne pouvait normalement que produire des aliments sains parce que biologiques dans l’esprit du public. En réalité, la simple utilisation d’un bon biocide évitant le développement d’espèces potentiellement létales aurait tout simplement arrêté net la contamination et évité 53 morts. Une paille ! Malheureusement, une règle qu’on peut qualifier de stupide empêchait bêtement l’utilisation d’un biocide synthétique à la ferme biologique de Bienenbüttel.

Que n’aurait-on pas entendu si les 53 décès avaient été causés par la consommation de denrées alimentaires produites dans une ferme conventionnelle ! À coup sûr, la gent journalistique aurait suggéré que c’était parce que la ferme était coupable de n’être pas biologique ! Pire encore s’il s’était agi de légumes OGM ! Heureusement, la loi européenne a banni ces produits du Diable…

28 juillet, 2022

L’État ne peut pas réguler le pouvoir d’achat

 Par Pierre Allemand.

Le gouvernement s’agite pour faire croire qu’il va améliorer le pouvoir d’achat à la suite de la réapparition de l’inflation, comme si une loi avait le pouvoir miraculeux de changer les règles de l’économie.

Voici quelques évidences qui ne paraissent pourtant pas l’être tant que ça aux yeux de nos médias.

 

Gouvernement et Parlement ne peuvent pas améliorer le pouvoir d’achat des Français

Il est donc étonnant et même inquiétant de constater que depuis plusieurs semaines l’ensemble des médias et des politiques acceptent le concept de cette amélioration comme si ce pouvoir était acquis, et qu’il suffisait maintenant de choisir comment le mettre en pratique.

Cela démontre l’inculture économique alarmante de l’ensemble des commentateurs. Au cours de son interview du 14 juillet, le président a bien essayé de remettre si possible « la Mairie au milieu du village » selon sa propre expression, en énonçant un point qui n’a malheureusement pas été développé et qui constitue la deuxième évidence.

Le pouvoir d’achat des Français provient exclusivement de leur travail

Pour améliorer le pouvoir d’achat, il faut donc simplement qu’ils travaillent davantage, ou que leur productivité s’améliore, ce qui ne se fait pas en cinq minutes, et nécessite de gros investissements.

Les deux autres méthodes d’amélioration, que j’ai citées dans mon dernier article ne créent pas réellement de pouvoir d’achat supplémentaire :

Déshabiller Pierre pour habiller Paul

Cette locution verbale illustre parfaitement l’immoralité de cette méthode qui consiste à prendre du pouvoir d’achat à certains pour améliorer celui d’autres personnes. Cette méthode est en désaccord profond avec les articles 2 et 17 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, et pose en plus un problème de fond : qui peut s’attribuer le droit quasi divin de désigner qui doit payer et qui doit recevoir ? La gauche de l’échiquier politique a répondu depuis longtemps à cette question : celui qui appartient à la catégorie des riches doit donner, et les autres recevoir. Savoir qui entre dans la catégorie des riches reste du domaine exclusif des politiques. (On ne s’attendait pas à moins de leur part). Le montant des contributions est déterminé par le montant de la distribution à assurer, baptisée ici redistribution, ce qui laisse supposer qu’une distribution préalable a déjà eu lieu. Le mystère reste entier sur combien et quand.

Un système analogue a existé, qui tirait sa justification de la morale chrétienne : la charité. Mais avec une nuance importante puisque le don était volontaire.

Le KoiKilEnKoute

C’est une variante de la première. Elle consiste à emprunter les sommes à distribuer, le montant de la charge de l’emprunt (les intérêts) étant naturellement mis à la charge du contribuable actuel, et le remboursement du principal (le montant de l’emprunt sans les intérêts) à celle des contribuables futurs. Elle revient donc bien aussi à déshabiller Pierre (les contribuables) pour habiller Paul (les bénéficiaires).

C’est la méthode qui sera appliquée dans la loi dite sur le pouvoir d’achat. Personne ne parle de la provenance de l’argent qui y sera consacré, alors que c’est précisément tout le problème.

Certains politiques (toujours de gauche) sûrement trompés par la présentation du budget national qui respecte évidemment l’orthodoxie comptable, ont probablement considéré, en étudiant un peu rapidement peut-être les comptes de la Nation, que l’emprunt n’impliquait aucune sortie d’argent lorsque les taux était nuls ou négatifs, et pouvait donc être illimité. D’autres, comme Jean-Luc Mélenchon, malencontreusement inspirés par le comportement des bolcheviks en leur temps, pensent que ne pas rembourser les emprunts est une bonne méthode. Ils oublient simplement que les prêteurs s’en souviendront peut-être lorsqu’ils seront à nouveau sollicités après que le montant de l’emprunt aura été dépensé.

Cependant, exceptés les auteurs de ces quelques raisonnements spécieux, une majorité de personnes raisonnables semble d’accord pour considérer dangereuse la méthode KoiKilEnKoute, car elle parait régler un problème alors qu’elle revient simplement à décaler le règlement des factures en l’alourdissant du montant de la charge de l’emprunt. Il est curieux et inquiétant que pas une voix ne s’élève à ce sujet.

 

Gouvernement et Parlement ne produisent rien

Si l’argent qu’ils distribuent ne provient pas d’un prélèvement sur le revenu ou le patrimoine des contribuables, il ne peut provenir que d’un emprunt. Or, même emprunté à un taux favorable, il faut bien rembourser un jour, et plus on rembourse tardivement, plus l’opération est coûteuse. Ceux qui veulent vous persuader du contraire sont des irresponsables. Cette vérité toute simple et facile à vérifier n’est malheureusement jamais clairement énoncée par le gouvernement (mais on peut le comprendre), mais aussi par les médias qui ne jouent pas le rôle d’informateurs qu’ils se sont attribués.

Par ailleurs, le KKEK revient à créer de la monnaie. En effet, les banques commerciales ou centrales ont ce pouvoir que l’on pourrait qualifier d’exorbitant, lorsqu’elles ouvrent un crédit à une personne, une entreprise ou un État. Au moment de cette ouverture, la quantité de monnaie totale se trouve augmentée du montant du crédit.

Mais étant donné que l’opération n’implique aucune création simultanée de valeur comme dans le cas de la fabrication d’un produit ou de la fourniture d’un service, nous arrivons à la quatrième évidence.

 

L’ouverture d’un crédit crée de l’inflation

Le grand public en général et les médias en particulier confondent régulièrement deux phénomènes distincts et nomment inflation l’augmentation constatée des prix.

Or, ce phénomène n’est en fait que la conséquence de la véritable inflation. Celle-ci est en réalité constituée par la diminution du pouvoir d’achat de l’unité monétaire car il faut davantage d’euros pour acheter le même bien. Cette confusion provient de la méthode d’évaluation de cette inflation : comme il n’est pas possible de connaître exactement ni le montant de la monnaie en circulation, ni la valeur totale des biens achetables, la mesure de l’inflation s’opère indirectement et imparfaitement en déterminant l’évolution de certains prix et en les affectant d’un certain poids afin d’arriver à un chiffre satisfaisant pour les autorités monétaires. L’INSEE est un grand spécialiste de ce genre de calcul, évidemment sujet à caution, car permettant toutes les dérives.

 

Les conséquences néfastes des décisions de nos politiques

La distribution d’argent magique telle qu’elle est décrite dans la loi en cours d’élaboration procède du célèbre KoiKilEnKoute institué par le président lui-même.

Elle aggrave encore la situation peu enviable de la France au sujet de la dette publique. L’apparition de l’inflation durable, niée dans un premier temps par madame Lagarde et par le ministre de l’Économie et des finances Bruno Le Maire, puis déclarée comme de courte durée par les mêmes personnes, est une conséquence directe de ce KoiKilEnKoute appliqué docilement pendant la crise du covid par les gouvernements européens sous l’influence de notre président. Les prétendues causes de cette inflation largement diffusées comme la guerre en Ukraine, ne sont pas exactes, mais naturellement largement acceptées parce qu’elles désignent un responsable commode en la personne de monsieur Poutine. Et c’est une pratique universellement utilisée dans l’Histoire que de désigner un coupable lorsque le bon peuple se trouve confronté à un évènement néfaste.

Les évènements en question sont complexes, et les relations entre eux sont très diverses.

Oui, monsieur Poutine porte la responsabilité du déclenchement des hostilités contre l’Ukraine. Mais la situation de dépendance totale de l’Europe au gaz n’est pas de son fait. Et il est logique qu’il profite de la situation. La force de la Russie réside dans sa situation de fournisseur de ressources fossiles indispensables. On ne peut pas reprocher sa force au fort. Cette situation aurait du être envisagée avant, car toutes les données du problème étaient déjà connues.

Par ailleurs, souvenons-nous du moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste en France voté par nos députés en 2011 et confirmé en 2013 par le Conseil constitutionnel, qui a interdit pratiquement l’exploitation de cette source d’énergie alors que les réserves du sous-sol français estimées par l’agence américaine de l’information sur l’énergie nous assureraient 80 ans de consommation actuelle (source). Actuellement, la France achete du gaz de schiste américain au lieu d’exploiter ses propres réserves. On ne voit pas très bien les avantages de cette situation. En revanche, les inconvénients sont évidents…

Ces constatations nous amènent à conclure qu’une fois encore, les politiques ont failli dans la mission consistant à prévoir l’avenir, et à prendre les mesures adéquates pour assurer tout simplement la sécurité des Français. Cette énorme erreur devrait interroger sur les autres mesures que veulent nous imposer ces mêmes politiques concernant l’énergie et le climat : ils viennent en effet de nous montrer à quel point ils peuvent se tromper dans leurs estimations des risques. Il serait utile de ne pas les laisser refaire les mêmes erreurs.

15 juillet, 2022

Interdiction des moteurs thermiques : l’innovation sacrifiée

 Par Pierre Allemand.

Les politiques n’aiment pas l’innovation. Ils la tolèrent si celle-ci se fait dans des laboratoires agréés, avec marqué « innovation » au-dessus de l’entrée et sur les papiers à en-tête, et avec des subventions décidées en commission et un planning bien défini : janvier, définition des objectifs ; février, rédaction du rapport préliminaire destiné aux politiques ; mars, échanges avec les politiques ; avril, mai, juin… décembre (des années à venir), remise du ou des prototypes et du rapport final aux politiques.

Le lamentable exemple récent de l’interdiction des moteurs thermiques à partir de 2035 nous montre à quel point les politiques

  1. ne comprennent rien à l’innovation et l’ont en horreur,
  2. refusent obstinément de changer de comportement sur le sujet,
  3. sont capables de dépenser des sommes faramineuses pour une danseuse à haut risque mais qui leur plaît,
  4. prennent des décisions qui mettent des dizaines de milliers de personnes au chômage par pure idéologie.

 

L’innovation et le marché automobile européen

L’innovation désigne « l’introduction sur le marché d’un produit ou d’un procédé nouveau ou significativement amélioré par rapport à ceux précédemment élaborés. Deux types d’innovation sont distingués : les innovations de produits (biens ou services) et de procédés (incluant les innovations d’organisation et de marketing). »

En pratique, la véritable innovation conduit à des situations imprévues qui sortent systématiquement de ce qui avait été (soigneusement) planifié. C’est la raison principale pour laquelle finalement, les politiques n’aiment pas l’innovation.

Choisir l’innovation consiste à se lancer dans l’inconnu : ni la planification, ni le dogme ne peuvent renseigner sur ce qu’elle sera. De ce fait, elle peut apparaître comme très risquée. C’est pour cela que les politiques ne veulent pas la mettre en pratique.

Mais par ailleurs, lorsqu’on présente aux politiques une « révolution » qui coche positivement toutes les cases d’un problème à résoudre, ils l’acceptent en général avec enthousiasme car le côté « risque » leur apparait résolu, et ils ouvrent en grand le portefeuille des citoyens.

Prenons l’exemple de l’hydrogène.

Le produit semble bien résoudre le problème de l’intermittence de l’éolien et du solaire. Il résout le problème de l’émission de CO2 (son oxydation ne rejette que de la vapeur d’eau). Et il permet de remplacer les batteries au lithium, lourdes et chères, par un dispositif génial : la pile à combustible.

L’innovation « hydrogène », vue par les politiques, a donc tout juste.

Mais la question qui se pose est la suivante : pourquoi un produit aussi génial n’est-il pas déjà utilisé depuis longtemps s’il présente vraiment tous les avantages décrits ?

Et la réponse est : peut-être que ces avantages sont contrebalancés par des inconvénients qui n’ont jamais été pris sérieusement en compte…

L’Europe représente un marché gigantesque au niveau mondial pour les déplacements individuels routiers. Pour cette raison, elle compte de nombreuses entreprises d’importance mondiale qui ont investi des milliers de milliards d’euros dans des usines qui servent ce marché. Remplacer en moins de 15 ans la technologie automobile de base (le moteur thermique) par une autre (électrique) représente un pari d’une audace réellement suicidaire qu’il semble démontrer que les motivations des décideurs sont purement dogmatiques. Ce remplacement va mettre des dizaines de milliers d’ouvriers de l’automobile sur le carreau, et il ne faut pas compter sur la bonne santé de l’industrie actuelle, déjà traumatisée par un certain nombre de contraintes environnementales, pour assurer l’avenir de ces victimes du « progrès ».

Évidemment, les lobbies écolos ont été à la manœuvre à Bruxelles pour convaincre suffisamment de députés européens afin que ces fatales décisions soient énoncées et mises en œuvre. Ceux qui doivent d’ailleurs bien rigoler, ce sont les non-Européens dans le monde, et en particulier les Chinois qui voient se concrétiser un de leurs rêves les plus fous : un nouveau marché à prendre, de la taille de l’Europe, avec leurs voitures électriques déjà opérationnelles ainsi qu’avec les composants nécessaires pour les quelques véhicules qui continueront peut-être à être fabriqués en Europe. Pour paraphraser la CGT : il s’agit d’une véritable casse industrielle organisée.

 

Comment résoudre vraiment le problème

Dans un monde raisonnable qui voudrait résoudre le problème important des émissions de gaz à effet de serre, il aurait été judicieux de réfléchir plusieurs années avant de prendre la décision que l’on prend normalement en dernier : celle du planning.

Les alternatives au problème des émissions de CO2 par les moteurs thermiques n’ont même pas été prises en compte. Voici, schématiquement, comment on peut présenter le problème à résoudre :

Schéma du problème posé aux députés européens

Dans le schéma ci-dessus, le problème posé consiste à interrompre la chaîne qui emmène dans l’air le CO2 issu du moteur thermique. Nos députés ont choisi de résoudre le problème en supprimant tout simplement le moteur thermique, ce qui montre qu’ils sont incapables d’envisager des solutions qui n’apparaissent pas dans le schéma.

 

Les autres voies possibles

D’autres voies existent pourtant pour résoudre le problème.

Par exemple, en alimentant le moteur thermique avec un carburant qui a pris son CO2 dans l’air environnant, afin de soustraire à l’air autant de CO2 que celui qui est émis, et d’arriver ainsi à la situation dite zéro émission !

Comment faire ? tout simplement en fabriquant un carburant synthétique qui va chercher son carbone dans l’air. Ou bien en utilisant un carburant issu non pas du pétrole, mais synthétisé par des plantes qui puisent, elles aussi, leur carbone dans l’air.

C’est ce qu’a fait remarquer le ministre des Finances allemand Christian Linder qui a déclaré, au sujet de la décision d’interdire les moteurs thermiques à partir de 2035  que « Cette mesure était mauvaise et que le gouvernement allemand n’acceptera pas de se conformer à cette décision ».

Cette déclaration, qui montre que la coalition gouvernementale allemande est en train de se déchirer et risque d’éclater, ne restera probablement pas sans suite. En effet, pour que la décision des députés européens soit réellement appliquée un jour, il faut que chaque gouvernement européen donne son accord. Or, il apparaît que la position de l’Allemagne risque bien de faire tache d’huile et encourage les oppositions au projet dans d’autres pays d’Europe.

 

Qu’est-ce qu’on y gagne ?

Lorsqu’une instance de gouvernement prend une décision, il est de bon ton qu’elle explique à ses administrés quels sont les avantages que cette décision leur apportera. (Pour les inconvénients, la presse s’en charge en général). Comme apparemment nous assistons à un silence général, aussi bien de la part des instances qui en sont normalement chargées que des lobbies comme les ONG environnementalistes qui ne sont habituellement pas en reste pour commenter les décisions, je vais me livrer à un petit calcul fondé sur les chiffres que nous procure le GIEC et qui concerne les prévisions de réchauffement à venir.

Le GIEC nous annonce des hausses de températures à venir de 1,4 à 4,8 degrés en 2100 suivant les scénarios, le scénario à 4,8 degrés étant considéré d’ailleurs comme hautement improbable.

Ces scénarios sont représentés dans le graphique ci-dessous :

Pour rester dans une hypothèse réaliste, on peut considérer le scénario médian SSP2-4.5. Dans cette hypothèse, l’anomalie de température moyenne du globe évolue de +1,3 degré en 2022 à +2,8 degrés en 2100, soit 1,5 degré en 78 ans ou encore 0,0192 degré par an.

Les transports routiers représentent le quart des émissions de gaz à effet de serre en Europe (référence), et le CO2 émis par les voitures représente 60,6 % de ce total (référence), soit 25 % x 60,6% = 15 % du total du CO2 émis par l’Europe.

En admettant une relation linéaire entre l’augmentation de température, le temps, et le CO2 (voir, sur le graphique, la quasi-linéarité de la courbe SSP-2-4.5 entre 2022 et 2100) l’interdiction des moteurs thermiques à partir de 2035, soit pendant 65 ans, améliorera donc la situation prévue de :

15 % x 0,0192 x 65 / 78  = 0,0024 degré par an, soit encore -0,156 degré en… 2100.

On pourrait se demander si l’amélioration consistant à atteindre à la fin du siècle une température moyenne de 0,156 degré plus basse constitue une performance telle que cela justifie la mise au chômage de quelques dizaines de milliers d’ouvriers de l’automobile. Et aussi si cette performance aura un effet d’entrainement tel dans le monde, que les plus gros émetteurs de CO2 ne pourront que s’incliner devant ce magnifique résultat et s’empresser d’imiter l’Europe. Personnellement, j’ai cependant certains doutes…

 

Chacun son métier et les vaches seront bien gardées

Une conclusion évidente s’impose : le problème créé vient du fait que nos députés ont élargi leur champ de décision vers un domaine qui sortait de leurs compétences.

Dans le domaine de la gouvernance comme dans de nombreux autres domaines, chacun doit s’efforcer de rester à sa place, et exercer ses talents en fonction de ses aptitudes. Si les députés veulent améliorer les choses, et c’est leur devoir, il est important qu’ils réalisent par exemple que l’avenir n’est jamais celui qu’on imagine. De ce fait, lorsqu’on est député européen et qu’on légifère sur le domaine de l’innovation, on a le devoir d’améliorer le cadre dans lequel peut s’épanouir cette innovation, et on ne doit jamais essayer de la forcer en décrivant l’avenir sans tenir compte des changements qui apparaîtront peut-être bien entretemps. En bouclant l’avenir au moyen d’une interdiction, les députés ferment la porte à un domaine important qui pourrait comporter la solution à leur problème.

Par ailleurs, on peut aussi s’interroger sur les raisons du choix de l’Europe de commencer par réduire les émissions de CO2 en s’attaquant aux voitures individuelles qui ne représentent, nous l’avons vu, que 15 % des émissions totales européennes de CO2.

Décidément, les politiques ne sont pas doués pour manier l’innovation, et ils devraient se rendre compte que cela ne fait pas partie de leur domaine de compétence. Ils devraient également essayer de ne pas se laisser entraîner par des lobbies dont la motivation première n’est probablement pas le bien-être de la population. Je veux parler, évidemment du lobby des ONG environnementalistes.

19 avril, 2022

Circuits courts, idées courtes ?

 Par Pierre Allemand.

Demandez à un politique ce qu’il pense des « circuits courts » : il y a gros à parier qu’il n’en dira que du bien, et même, chose peu fréquente, qu’il en pense aussi le plus grand bien.

La mode, ça permet de choisir sans réfléchir

Constatons-le : les uns après les autres, tous les politiques sont tombés dans la marmite et se retrouvent écolos. Plus écolo qu’eux, tu meurs.

Tous les programmes politiques ont été repeints en vert et préconisent des attitudes nouvelles suggérées par quelques-uns, et censées résoudre simplement des problèmes qui souvent n’existent pas, mais qui sont décrits comme « à résoudre au plus vite » sous peine de voir notre monde s’écrouler soudainement sous nos pas.

Finalement, à cause de ce biais et si nous n’y prenons pas garde nous risquons de vivre grandeur planétaire l’histoire du joueur de flûte de Hamelin. Avec les politiques dans le rôle du joueur de flûte, et tout le monde dans celui des enfants.

Nous risquons de courir joyeusement vers la catastrophe, ensorcelés par des joueurs de flûte et emmenés vers des horizons d’où nous ne reviendrons pas. Obnubilés par des idées simples que chacun peut comprendre. Simples, mais fausses.

Et l’histoire du circuit court en est un exemple. Il est supposé améliorer la fabrication de certains biens, leur distribution et leur consommation, pour le plus grand bien des uns et des autres.

L’idée du circuit court est certes séduisante dans sa simplicité : elle consiste à rapprocher le fabricant ou producteur du consommateur, en ne conservant au maximum qu’un seul intermédiaire. À noter que dans la version anglaise de Wikipédia, le circuit court se limite aux produits agricoles et à leur consommation. À noter également que dans la définition du « circuit court » rapportée par Wikipédia en français, le producteur et le consommateur peuvent être situés à une distance quelconque l’un de l’autre.

Mais cette définition est fortement contraire à la pratique, du moins en France : pour le politique moyen et le consommateur lambda, circuit court signifie « la production locale de nourriture afin de réduire le plus possible les frais de transport entre le producteur et le consommateur, d’améliorer les contacts entre ces deux acteurs économiques pour favoriser les discussions créatrices, et de procurer localement du travail au maximum de personnes. » C’est sur cette définition que je resterai pour développer mon sujet.

Le fonctionnement des circuits courts

Les acteurs du circuit court sont donc schématiquement au nombre de trois : le producteur, l’intermédiaire et le consommateur. Afin d’analyser le fonctionnement du circuit court, on peut faire la liste et examiner les droits et devoirs de chacun de ces acteurs ; devoir étant pris dans son sens absolu : pas de possibilité de s’exonérer de son devoir.

Le producteur a le droit de choisir les produits qu’il vend à l’intermédiaire et d’en fixer les prix, mais ce dernier ne lui achètera que les produits demandés par le consommateur, au prix que ce dernier acceptera de payer. En pratique, ce droit est donc à peu près nul pour le producteur. Le producteur a le devoir de vendre ses produits exclusivement à l’intermédiaire.

L’intermédiaire a les mêmes droits et devoirs que le producteur, plus le devoir d’acheter au producteur et de vendre au consommateur, avec les mêmes limitations. L’intermédiaire a également le choix de comprimer sa marge afin que le consommateur puisse acheter ses produits.

Le consommateur a en théorie, tous les droits. En pratique, il n’a cependant que le droit de ne pas acheter le produit que lui propose l’intermédiaire. Le consommateur a le devoir d’acheter exclusivement à l’intermédiaire les produits que celui-ci lui propose.

À l’examen de ces droits et devoirs, on observe que le circuit court exclut de son cycle tous les produits que le producteur ne veut pas ou ne peut pas produire, sans possibilité pour le consommateur d’acheter hors du circuit court.

Dans un pays comme la France, le consommateur du circuit court ne pourrait pas bien sûr acheter les produits hors saison, puisque le producteur ne peut pas les produire, mais aussi les oranges, les bananes, les ananas, les arachides etc. inaccessibles également au producteur.

Le circuit court revient, en somme, à retrouver les contraintes qui existaient il y a un siècle.

La porte étant fermée à la concurrence des producteurs extérieurs1 bénéficiant d’un prix de revient inférieur obtenu par exemple par la répartition des frais généraux sur une production la plus large possible (très grandes fermes) ou encore par des salaires plus bas (SMIC plus faible), les prix au niveau du consommateur sont inexorablement plus élevés, sans possibilité de les faire descendre en faisant jouer la concurrence des producteurs extérieurs.

Nous voyons donc que le circuit court présente deux grands inconvénients : l’absence de variété dans les produits proposés au consommateur ainsi que des prix élevés, voire très élevés à cause de l’absence de concurrence.

Les avantages supposés des circuits courts

Du côté des avantages, nous voyons les frais de transport théoriquement réduits, encore que des études récentes montrent que les transports maritimes arrivent à des prix nettement inférieurs aux prix de transport par route des petits producteurs vers les marchés de proximité. La comparaison au niveau des émissions de CO2 arrive aux mêmes conclusions.

Les circuits courts créent de nombreux emplois. Et devinez qui paye ces emplois ? Le consommateur, bien sûr ! Il faut beaucoup se méfier de ce miracle de la création d’emplois : ils ne sont bien sûr viables que s’ils correspondent à la satisfaction d’un besoin non satisfait, ou satisfait à un coût plus élevé.

Et là, le circuit court a tout faux. En effet, plus le circuit court crée d’emplois, et plus le prix de revient final du produit est bien sûr élevé, puisqu’il finance les emplois créés.

Dans un pays comme la France où le chômage est indemnisé largement et longuement, il serait bon que l’on considère que la rémunération d’un travail quel qu’il soit est toujours une dépense plus rentable que la rémunération d’un chômeur ne produisant rien.

Et cette constatation devrait montrer l’ineptie économique que constitue la rémunération du chômage à grande échelle telle qu’on la pratique selon les désirs de syndicats non représentatifs. Dans un système économique optimisé, celle-ci devrait en effet être considérée comme un filet de sécurité temporaire et non comme un état durable.

Les circuits courts rétablissent le lien rompu entre les producteurs et les consommateurs. C’est un fait.

Mais c’est payer bien cher pour rétablir un lien qui pourrait l’être par des moyens bien moins onéreux. Le bio et le durable sont par exemple aujourd’hui, à la suite des recommandations des députés européens, enseignés « de la maternelle à l’enseignement supérieur », et la réputation des paysans est largement remontée dans l’esprit du public, à cause de ces directives, sans qu’il en coûte beaucoup aux finances publiques.

Par ailleurs, si les faiseurs d’opinion antiscience n’avaient pas réussi à semer la suspicion sur les pesticides, d’abord diabolisés, puis renvoyés sur le dos des paysans, la réputation de nos amis nourriciers serait encore meilleure.

Finalement, on le voit, les circuits courts sont davantage un mirage de plus diffusé par des politiciens avides de discours faciles et de concepts simples à exposer, qu’une nouvelle façon de consommer.

D’ailleurs, de tout temps on a cherché à améliorer un système de vente que l’on sentait confusément comme non optimum. Le circuit commercial allant du producteur jusqu’au consommateur est en effet aujourd’hui encombré de règles pointilleuses et de préférences ou d’interdictions qui faussent le message précieux chargé de l’optimisation qui s’appelle le prix fixé librement entre un vendeur et un acheteur.

Il en résulte cette impression floue que le système pourrait être amélioré. Et les pouvoirs publics ont toujours essayé d’améliorer le système de distribution.

Par exemple, en 1960 une campagne intitulée « suivez le bœuf » était sensée rétablir les prix de la viande de bœuf au niveau du producteur. L’« intermédiaire » était sévèrement jugé pour ses marges trop importantes, alors qu’en réalité, remonter le prix au niveau du producteur signifie le remonter également au niveau du consommateur, ce que les politiques, évidemment, ne voulaient pas considérer ; et surtout pas non plus que le consommateur le découvre.

En guise de conclusion

Lorsque Pascal Salin dans La vérité sur la monnaie décrit l’apparition de la monnaie comme un moyen d’échange entre différents Robinson vivant chacun sur leur île, il observe que la monnaie permet à ceux-ci de se spécialiser dans une activité où ils réussissent mieux que les autres : l’un cultive des tomates, l’autre du blé, un troisième des bananes etc.

Ces choix d’activité se font en fonction des ressources locales de l’île où ils vivent, des aptitudes personnelles de chacun, mais aussi en fonction de ses goûts. Et finalement, pourvu que l’un des Robinson, avec la complicité éventuelle de ses voisins ne prenne pas l’idée d’organiser les échanges par la force, en décidant par exemple d’imposer sa propre monnaie, les choses se passent le mieux possible, grâce à l’optimisation harmonieuse des échanges, bien établie par l’usage des prix librement fixés entre le vendeur et l’acheteur.

C’est en tous cas ce que l’on observe dans les pays ou règne le maximum possible de libéralisme2. Comme Monsieur Jourdain pour la prose, on peut penser que tous ces Robinson pratiquaient le libéralisme sans le savoir, mais pas le circuit court.

 

Un article publié initialement le 16 août 2020.

  1. Les producteurs extérieurs sont les producteurs non locaux. 
  2. Le mot est lâché. La vision du système qui porte ce nom, fondé sur le respect de la propriété et de la liberté de chacun, attentif au respect des droits du plus petit a été complètement dénaturée en France, dans la bouche des faiseurs d’opinion, faisant du libéralisme un régime à écarter à tout prix. 

08 mai, 2021

Loi climat : tout faux !

 Le citoyen lambda qui a été persuadé de s’engager pour cette noble cause risque bien d’avoir prochainement le sentiment de s’être complètement fait gruger par la Loi climat lorsqu’il comparera les efforts demandés et l’insignifiance des résultats prévus.

Gros dilemme chez les députés LaREM au sujet de la discussion actuelle de la Loi climat qui met en musique les cogitations de la Convention Citoyenne du Climat, (CCC) nouvelle instance mise en place par le bon plaisir du Président.

Est-il préférable de présenter aux électeurs une image ultra-verte en votant tous les articles de la loi, ou bien faut-il ne pas oublier les victimes de ce nouvel oukase présidentiel en freinant des quatre fers, quitte à passer pour rétrograde ?

La question précise que se pose chaque député LaREM est la suivante : ai-je été élu par des écolos purs et durs, des adeptes de la décroissance telle qu’on la devine si on en vient à ces mesures climatiques de pointe, ou au contraire par des personnes davantage préoccupées par la fin du mois que par la fin du monde et qui n’ont pas envie de prendre à leur compte personnel les élucubrations climatiques d’un président qui semble être tombé dans la marmite verte ?

La réponse, c’est d’abord que les résultats des élections qui se sont succédé après les législatives de 2017 n’ont pas démontré que les électeurs à tendance écologique croyaient véritablement dans la fibre verte de la majorité. Et par voie de conséquence, qu’il faut prévoir une certaine tendance à l’absentéisme dans les rangs de la majorité au moment du vote des articles successifs (65 articles, 52 pages).

C’est une solution utilisée depuis longtemps par les parlementaires ne voulant pas indisposer certains électeurs et risquer de les perdre par la même occasion. Mais les absences devront être soigneusement organisées, sinon les rangées vides se remarqueraient un peu trop et pourraient faire la joie de journalistes un peu fouineurs.

Avec la Loi climat, expression du Plan climat, on entre dans le dur, même si le projet ne va pas assez loin selon certains extrémistes verts.

Voyons donc quelques caractéristiques de ce fameux plan.

LE PLAN CLIMAT NE COMPORTE PAS DE COMPTEUR DE PERFORMANCE

Sur le principe d’abord de ce genre de loi assez jusqu’au-boutiste : un projet normal comporte toujours un chapitre qui expose les résultats attendus par l’application du projet, avec, c’est indispensable, des compteurs de performance qui chiffreront les résultats obtenus.

Par exemple, dans un projet d’investissement portant sur l’amélioration d’une fabrication, le compteur peut être le nombre d’objets fabriqués avant et après l’investissement. La comptabilité analytique se chargera de mesurer en euro l’amélioration du prix de revient apportée par l’investissement, et en bout de chaîne, l’amélioration du résultat. Tous ces chiffres sont factuels et le ou les responsables de l’investissement pourront être récompensés en fonction des résultats obtenus.

Malheureusement, dans le cas du projet climat, ce n’est pas un simple thermomètre qui pourrait constituer le compteur de performance idoine pour mesurer en 2030 les progrès accomplis. En effet, l’appareil capable de mesurer ce résultat avec exactitude n’existe que dans les laboratoires les plus sophistiqués.

Jugez plutôt.

L’objectif confié à la Convention est de réduire les émissions françaises de CO2 de de 40 % en 2030. Remarquons que cette convention ne sait chiffrer que les impôts et taxes qu’elle recommande. Les tonnages de gaz à effet de serre évités ne sont jamais précisés autrement que par une évocation très vague de leur importance au moyen d’un système d’attribution d’étoiles du niveau de CM2.

Cet oubli est troublant, alors que le chiffre avait été précisé dans l’objectif fixé par la Convention. Il n’est en effet pas possible de proposer des recommandations précises sans les avoir chiffrées. Les ordres de grandeur, notions tout à fait indispensables pour orienter des débats si on les souhaite constructifs, ne sont pas précisés dans le rapport final de la Convention, ce qui rend la réflexion confuse et peut même générer une certaine dose d’utopie.

Essayons d’y voir plus clair au moyen de quelques chiffres.

La France a émis 452 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2017 (source). La réduction doit donc être de 181 millions de tonnes par an à partir de 2030, soit un total de 181 sur 70 ans = 12 670 millions de tonnes soit donc 12,7 gigatonnes de CO2 non émis en 2100. En supposant, bien entendu, que le Plan climat, reflet des recommandations de la Convention ou présenté comme tel, conduise évidemment à la non-émission de 40 % des émissions actuelles de CO2 de la France, ce qui, entre nous, n’est pas démontré.

Le Global Carbon Project est un organisme qui se charge, entre autres, de définir et de calculer des budgets carbone reliant les émissions de CO2 aux objectifs de température à ne pas dépasser.

Il a par exemple calculé que pour respecter une augmentation de température de 1,5 degré maximum, il ne faudrait pas dépasser des émissions totales mondiales de 2800 gigatonnes de CO2 (source fig. b).

Si on admet la linéarité1 de la relation entre la variation de température et le tonnage des émissions de CO2, on peut, en faisant une simple règle de trois, calculer l’influence sur la température qu’aura l’action de la France en réduisant ses émissions de 40 % :

ΔtFrance = Δt  * CO2France/CO2Monde

Avec :

ΔtFrance : gain en température mondiale obtenu par les efforts de la France suivant la CCC.

Δt : augmentation de température à ne pas dépasser (1,5 °C)

CO2France : CO2 non émis par la France entre 2030 et 2100 (recommandations de la CCC)

CO2Monde : quantité de CO2 à émettre correspondant au maintien de l’augmentation de la température sous la barre des 1,5 °C.

Soit :

ΔtFrance =1,5 * 181/ 2 800 = 0,0068 degré

S’il était pleinement atteint, l’objectif de la Convention reviendrait donc à contenir la température mondiale de 6,8 millièmes de degré. Ce n’est pas avec les sondes thermiques au platine de Météo France que l’on pourrait mesurer une « amélioration » de cette amplitude, puisque l’incertitude de la mesure avec ces sondes est de 0,15 degré…

LA LOI CLIMAT S’EN PREND À LA SPHÈRE PRIVÉE

Les Français ne sont pas des veaux, et ils risquent de réagir très fortement, soit par corporation, soit en manifestant par le vote leur opposition aux mesures prévues dans la loi. C’est bien là ce que redoutent les députés.

En effet, au prétexte d’une urgence peu démontrée, essentiellement fondée sur l’exagération des conséquences d’un réchauffement climatique (la plongée actuelle des températures n’est d’ailleurs pas de nature à renforcer son hypothèse), le projet de loi entend modifier profondément les habitudes qui structurent la société française, comme par exemple :

La loi augmente nettement son emprise sur la vie privée des Français, au risque de plus en plus tangible d’enclencher une nouvelle crise du style Gilet jaunes.

Les députés se doutent bien qu’il y a des limites à ne pas franchir, certes très difficiles à appréhender, mais bien réelles, si on ne veut pas déclencher la tempête de défoulement post-Covid.

Les élections approchent à grande vitesse et ils ont bien en tête les déconfitures successives que le groupe présidentiel a subi depuis le suffrage les ayant conduits au pouvoir. Pour conserver celui-ci, la plupart d’entre eux ont compris qu’il faut rester prudents au sujet des innovations climatiques dont il est précisément question dans la future Loi climat.

Ils sont probablement nombreux à penser que la position climatique en pointe du président pourrait peut-être lui être favorable sur le plan intergouvernemental, mais probablement pas sur le plan plus terre à terre de leur propre réélection.

LA MÉTHODE UTILISÉE N’EST PAS LA BONNE

Les mesures annoncées concernant les voyages intérieurs en avion font penser à des mesures que prendraient des républiques populaires exsangues qui chercheraient à réduire leurs dépenses par tous les moyens.

La proposition de la Convention fleure bon la mesure populaire qui consiste, non seulement à faire payer les riches, mais encore à les punir en les empêchant de prendre l’avion. Elle met une entreprise comme Air France déjà à l’agonie, en situation de mendicité. C’est à pleurer.

Surtout que par ailleurs, les compagnies aériennes sont déjà forcées de compenser le kérosène consommé en réalisant des actions qui absorbent le CO2 émis par les avions, comme planter des arbres absorbeurs de CO2 pendant leur phase de croissance.

Les députés savent bien que les mesures limitant les voyages aériens satisfont quelques irréductibles extrémistes anticapitalistes ou anti-croissance, mais ne font pas le bonheur de la multitude des salariés moyens qui économisent pendant des années pour s’offrir un jour un voyage au bout du monde, comme c’est leur droit le plus strict.

Par ailleurs, ces mesures uniquement domestiques ont toutes les chances de handicaper les entreprises domestiques par rapport à leurs concurrents étrangers. Fichons donc la paix aux compagnies aériennes qui participent à la croissance de tous les pays du monde et aussi du nôtre et qui ne représentent en tout et pour tout qu’un peu plus de 2,5 % des émissions mondiales de CO2.

La loi veut forcer les propriétaires supposés riches à investir dans la rénovation thermique des habitations occupées par des ménages aux revenus modestes. Dans ce but, le projet de loi propose de bloquer arbitrairement le loyer de ces logements en interdisant leur hausse. Il interdit même à partir de 2028 que ces logements soient loués s’ils n’ont pas été rénovés thermiquement.

Double erreur.

CONSÉQUENCES DE LA LOI CLIMAT

La crise consécutive à la fixation arbitraire des loyers en 1948 montre encore ses méfaits aujourd’hui mais elle est oubliée et n’a pas servi de leçon. Sous l’influence d’idéologues toxiques comme Cécile Duflot, un temps ministre du Logement, les loyers ont été de nouveaux bloqués dans certaines régions, conduisant inéluctablement à une crise de la construction, l’immobilier perdant totalement son intérêt comme placement financier. Le même phénomène est mis en route aujourd’hui par l’interdiction de louer.

Par ailleurs et deuxième erreur, le locataire sans logement est toujours aussi pauvre. Et la mesure qui consiste pour l’État à payer une partie ou la totalité de la rénovation thermique ne le rend pas plus riche mais réduit encore la mobilité qui lui permettrait de retrouver du travail si son emploi disparait.

L’objectif annoncé est de supprimer les nombreuses passoires thermiques qui existent car d’une part le propriétaire n’a souvent pas les moyens de rénover son bien, et que d’autre part, le locataire de ces passoires n’a pas les moyens de louer une habitation correctement isolée. C’est un objectif très louable, mais la méthode choisie ne résout aucune des raisons qui expliquent cette situation, à savoir le manque de moyens du propriétaire et du locataire.

La recommandation de la Convention suivie par la proposition de Loi climat suppose à tort que le propriétaire est riche. C’est souvent faux. Et chacun d’entre nous peut citer l’exemple de locataires qui, faute de moyens, se retrouveront tout simplement à la rue en 2028.

L’État veut interdire la pauvreté par la loi. C’est une velléité puérile. Il pourrait atteindre cet objectif en établissant les conditions nécessaires pour que le pauvre d’aujourd’hui puisse devenir riche demain et s’assumer, lui et sa famille. Pour cela, il faudrait faire progressivement l’inverse.

CONCLUSION

Est-ce bien raisonnable d’édicter et de mettre en pratique toutes ces règles et interdictions pour un résultat franchement dérisoire ? La réponse est évidemment non.

On pourrait imaginer une autre réponse en développant l’idée qu’à l’instar du colibri qui prend sa part dans l’extinction d’un incendie de forêt en apportant sa petite goutte d’eau dans son bec, la France ne représente pas grand-chose, mais fait sa part dans la lutte contre le réchauffement climatique…

Seulement, outre que ce genre de position heurterait probablement la susceptibilité française, ce serait prendre une position très naïve et ignorante de la rouerie des autres États.

Quelques exemples :

  • l’Allemagne rouvre des exploitations minières de charbon pour pallier la discontinuité énergétique de ses éoliennes.
  • la Norvège achète des voitures électriques avec l’argent provenant de ses ventes de gaz et de pétrole.
  • la Chine a convaincu Obama de maintenir la construction de centrales à charbon au moins jusqu’en 2030.
  • le Danemark s’achète une réputation verte en consommant l’électricité des centrales hydrauliques scandinaves etc. etc.

Il apparaît par ailleurs que la lutte contre le réchauffement climatique présentée par tous les médias comme une sorte de croisade citoyenne et écoresponsable risque de n’être qu’une arnaque à grande échelle. Le citoyen lambda qui a été persuadé de s’engager pour cette noble cause risque bien d’avoir prochainement le sentiment de s’être complètement fait gruger lorsqu’il comparera les efforts demandés et l’insignifiance des résultats prévus.

Un article initialement publié le 1er mars 2021.

  1. Admettre la linéarité revient à dire que la courbe représentative de la température en fonction du tonnage et sa tangente au point choisi sont confondues. C’est une approximation tout à fait valable compte tenu des larges approximations de tous les calculs dans ce domaine. ↩