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02 janvier, 2018

Nos églises, notre histoire (3)



Église Saint-Léon-le-Grand, à Maskinongé



POUR DES SIÈCLES ET DES SIÈCLES
Nos Églises * Notre Histoire
Par Louise V. Labrecque

     Un retable en forme de baldaquin, un authentique chemin de croix en plâtre (Carli), des œuvres d’art partout ; des vitraux,  des tableaux, des chandeliers, dont celui de Pâques, sculpté en 1833 ; un centre d’interprétation (véritable petit musée, situé dans la sacristie de la chapelle) et la Chaire, l’ange aux trompettes, les bancs de bois, les corniches et balustrades,  avec mille et un détails architecturaux d’une grande beauté; nous voilà au cœur de la plus ancienne église du diocèse trifluvien, à Saint-Léon-le-Grand, municipalité régionale du comté de Maskinongé, située à vingt minutes  en voiture de Trois-Rivières.
Une Splendeur !

Pourrions-nous imaginer le Québec sans toutes ces constellations d’églises ? Parmi celles-ci, plusieurs sont emblématiques, certaines sont protégées et rénovées, mais tant d’autres tombées dans l’oubli, destinées à disparaître.  Que faire pour les sauver ? Telles les fleurs vivant de leurs racines, nous devons les nourrir, les protéger ; nous devons devenir toutes et tous des actrices et des acteurs pour la sauvegarde de notre patrimoine. Inspirons-nous des plus belles d’entre elles, comme celle de Saint-Léon-le-Grand, dont je vous livre aujourd’hui un aperçu, dans le cadre de cet article, et gardons à l’esprit la notion de restauration, d’étude, de révision des erreurs passées…  Sinon, il y aura une rupture désolante dans notre évolution historique. Notre patrimoine, c’est le témoin du temps passé, et bien que la ferveur religieuse ne soit plus aussi ardente (et c’est peu dire, quoi qu’on en dise), nous devons demeurer dans la grandeur, dans la noblesse de l’esprit, afin de nous consacrer à la gratification de ces lieux historiques et artistiques.  L’art sacré, en effet, est rempli de temps forts, et nous ne serons pas les derniers à refermer la porte, non, car tel un nouveau pèlerinage s’achemine déjà, une lumière nouvelle et nous continuerons cette belle aventure.
Notre patrimoine religieux n’est pas seulement dans un état lamentable, donc, mais globalement la situation est rendue à ce point problématique car nous n’avons pas acquis cette culture de la préservation. Avant d’arriver au constat de la catastrophe,  faute de moyens financiers, nous devrions être capables, individuellement et collectivement,  de savoir gérer efficacement les priorités : le temps faisant son travail, immense, il use lentement mais sûrement nos plus beaux châteaux. Or, comment pouvons-nous laisser faire cela ? Quoi faire et comment faire, sans tout détruire ? Où pouvons-nous puiser des idées originales, novatrices, intelligentes, sans dénaturer complètement les lieux ? L’art et la Pensée de l’art invitent plus que jamais à reconnaître les marques d’identité de notre culture, sans vente ou modifications destructrices. Regardez ce qui se passe autour de vous… ! Voyez les arts, le tourisme, certes, mais regardons aussi un peu plus loin. Nous voulons conserver ces havres de paix et les restaurer grâce à des mécènes. Si tant de sociétés philanthropiques existent, elles pourraient capter les lumières de toutes nos belles églises pour les faire renaître, et avoir l’exquise délicatesse de nous soutenir. Comment exprimer alors l’émerveillement, cette réappropriation  dans la population actuelle et, surtout, pour les générations futures, lesquelles pourront mesurer incontestablement l’ampleur de ses véritables musées d’art sacré. Vive nos églises se tenant debout !  Vive nos églises ouvertes, comme avant ! En effet, la pratique religieuse ayant changé, nous nous retrouvons plus souvent qu’autrement désolés devant des portes d’églises fermées à double tour. Or, nous souhaitons retrouver un lieu de réflexion, comme avant, un refuge urbain,  un lieu de visite, cela n’existe plus de nos jours, au Québec ; et pourquoi cela ? Il y va de la responsabilité de chacune et de chacun, sans nécessairement venir pour y prier, il n’en demeure pas moins que ces lieux invitent à retrouver la source en soi, à méditer, réfléchir.

L’Histoire, l’architecture, la peinture, la poterie, la céramique, le vitrail : tout cela dépasse les questions commerciales et invite à un véritable éveil ; véritable joyau.  Aussi, la ruralité, qui parfois agonise, appelle peu de visiteurs et/ou de touristes. Donc, organiser des concerts ou expositions ne suffira pas. Dans les grandes villes, c’est aussi triste et symptomatique d’un désenchantement du monde, d’une sorte de résignation. Pour devenir des espaces culturels, il faut sortir de notre bien-pensance et retrouver un lien qui fait du sens, pour retisser la frange d’un tissu résistant. En effet, notre identité culturelle est profonde et c’est ce que nous portons de plus beau. L’espoir, ici, doit renverser la tristesse, infusé par le religieux, certes, mais en rapport également avec la petite musique de nuit qui joue en chaque cœur ; voyez l’église Saint-Léon-le-Grand, à Maskinongé, et voyez comme elle est belle et vivante ! La richesse de son acoustique, avec son orgue magnifique, un Casavant  opus 72 datant de 1896. Comme une fleur immense sortie de terre, la splendeur de cette église inspire les plus grands élans ; l’on se sent en famille avec elle. Elle s’ancre donc ainsi dans le nouveau Québec, le Québec que j’aime, tel un symbole de notre pérennité, pour un voyage au long cours.  Quel grand maître également  le visage de cette nouvelle fraternité, expression multiforme de tous les artistes en communion qui y trouvent une réponse pour l’avenir, le bel avenir, telle une dédicace de toutes nos églises ; ainsi, cessons donc de nous relancer la balle et tous les jours, ici, maintenant, vivons-le ce grand enjeux, très concrètement, pour nous retrouver dans ces lieux ; tant d’entre eux ne sont pas utilisés actuellement ; c’est une chance, un levier, pour, qui sait, une nouvelle mission, un nouveau dialogue ? L’immobilisme en ce moment est la pire option ; nous devons avancer, reprendre position ; il s’agit de notre Histoire, de notre identité, de nos pères, de nos mères, et des pères de nos pères, des mères de nos mères. Notre force, elle est là ; nos fragilités aussi, mais nous devons faire avec ! La solution est d’évoluer, changer notre regard. Voilà, et c’est notre chance millénaire. Merci d’essayer vous aussi, bien humblement, d’ajouter votre pierre à l’édifice, d’essayer de porter secours, aussi peu que cela puisse être, à la sauvegarde de notre patrimoine et de nos racines communes.  

Mon âme a la candeur d'une chose étiolée, 
D'une neige de février 
Ah ! retournons au seuil de l'Enfance en allée, 
Viens-t-en prier 

Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie, 
Comme tu faisais autrefois 
Lorsqu'en ma chambre, aux soirs, vers la Vierge fleurie 
Montait ta voix. 

Ah ! la fatalité d'être une âme candide 
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers, 

D'avoir une âme ainsi qu'une neige aux hivers 
Que jamais ne souilla la volupté sordide ! 

D'avoir l'âme pareille à de la mousseline 
Que manie une soeur novice de couvent, 
Ou comme un luth empli des musiques du vent 
Qui chante et qui frémit le soir sur la colline ! 

D'avoir une âme douce et mystiquement tendre, 
Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir, 
Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir, 
Et d'espérer, de croire et de toujours attendre !


* NELLIGAN, Emile, Mon Âme (ou l’Âme du poète), 1903.
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