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06 janvier, 2018

Éloge de la Fainéantise



ÉLOGE DE LA FAINÉANTISE
Par Louise V. Labrecque



Voici, pour compléter le tableau déjà riche d’un essai portant le titre Éloge de la fainéantise,  des petites notes toutes simples, presque musicales, afin de vous inviter à une critique-découverte des plus étonnantes (c’est-à-dire intéressantes) : un livre de langue française traitant de la fainéantise, sujet audacieux qui invite souvent à sourire et que l’on aborde rarement, souvent avec une telle désinvolture, hélas, qu’il est beau de s’y pencher un peu mieux. De ce fait, je vous invite également à découvrir l’un des écrivains les plus sensibles (donc, attachants), l’un des plus sûrement dédié à l’art (et à l’art de vivre), l’artiste Henri Gerardin, lequel nous ouvre, avec ce premier livre, un vaste horizon, un regard en quelque sorte « en amont «, s’inscrivant dans une fin de cycle d’un Québec qui peine à se doter d’un véritable projet national.

C’est que l’auteur a compris la dualité du malaise social actuel, comme dans l’écriture, soit la difficulté de lui donner la meilleure part de soi-même. La fainéantise devient, dans ce prisme, une force, pour une nouvelle annexion au monde, et cela se fait sans compromis, sans obsession, de manière naturelle, par notre conscience historique la plus intime. Ainsi, avec un style personnel, l’auteur est parfaitement d’équerre avec les nombreuses citations fleurissant son livre, ce qui ajoute à la beauté du sujet. D’une générosité rare, il ajoute même, souvent, des anecdotes, afin de sortir des mots, pour en comprendre l’essentiel. Évidemment, bien que trop souvent mal compris, le sujet de la fainéantise touche tout le monde, toutes les générations et toutes les classes sociales; si peu abordé, toutefois, je n’ai trouvé aucun livre traitant sérieusement de ce sujet, ce qui amène donc une fraîcheur certaine à cet ouvrage rigoureux, -et c’est précisément ce que la fainéantise apporte au monde-.   Ainsi, individuellement et collectivement, cette exigence s’est perdue, parce que plus personne n’a le courage d’y mettre vraiment toute sa vie, et de s’y perdre sans espoir même de retour; la fainéantise devient donc aussi l’exigence de ce qui, même dans le désespoir, est incapable de mourir. Cela est donc, en un sens, un outil de résistance.

Fé-né-an-ti-z : je recherche le sens étymologique de ce mot; je retrouve le mot «  paresse « ; ce n’est pas cela. Fainéanter;  je vois le mot « néant »,  je vois le mot «  hanter « ; je vois le mot «  enfanter  « ; nous y reviendrons.

Pour l’heure, Henri Gerardin traite avec son livre Éloge de la Fainéantise de la nécessité de vaincre la bêtise, celle de la bien-pensance. Elle est observable partout : dans les rues, dans les villes et les villages, dans les cafés, dans les bistros; oui, elle est réellement partout, et elle se laisse voir pour peu que nous soyons sensibles aux autres. La classe moyenne, la plus nombreuse, voit s’accumuler des dettes ; les travailleurs travaillent souvent sous pression, parfois dans un climat malsain. Et que dire de toutes ces familles endettées, ces chômeurs, ces vieillards, ces étudiants, ces immigrants, ces divorcés ? Certains n’en peuvent plus; ils vivent dans des conditions extrêmes, parfois ils habitent des taudis, que l’on tolère pour ne pas avoir à construire quelque chose de mieux;  les lenteurs administratives accentuent le contraste entre cette misère humaine et notre terre d’abondance.  Cette implacable inhumanité se frotte également aux interventions de la petite politique partisane, laquelle ne reculera jamais, capable sans doute d’affamer les gens si l’intérêt politique y trouve son profit. Mais, j’ai déjà parlé de toutes ces choses, et j’en ai, je crois, assez dit. Nous sommes tous capables de comprendre maintenant ; assez dit, donc, puisque nous voyons bien que nos déclarations de principes sur la valeur de notre capital humain ne cadrent pas toujours avec nos actes, tant nous sommes soumis aux faits. Ainsi,  vous serez sans doute fascinés, vous aussi, par cet exercice d’observation de notre prodigieux capital humain; ses grandeurs et ses misères.  Grand Corps Malade chante cela : tous ces esprits affamés.  Cela nous amène à parler de la grande pitié de nos universités et de nos institutions d’enseignement supérieur;  de la grande pitié de nos bibliothèques scolaires, de nos médias, de nos écoles publiques, et de la faillite générale de l’Éducation, au Québec. La grande pitié des belles choses «  faites pour durer «, trop souvent boudées devant toutes les nouvelles bébelles à la mode;  notre véritable Histoire, nos généalogies ignorées, nos arts méprisés, et/ou soumis à toutes sortes de coteries. Bref, la grande pitié des choses de l’esprit en général, qui non seulement marchent à  pas de tortue, mais dont les joyaux dorment, en quantité, et depuis longtemps, dans les oubliettes de l’Histoire. 

Donc, fainéanter : ne rien faire. Pendant plus d’une décennie, j’ai  publié des articles pour un magazine destiné aux parents de jeunes enfants; parallèlement, j’enseignais en classes spéciales et régulières et j’étais également assistante de recherche en psychoéducation, pour un centre de recherche de réputation internationale.  Mes conclusions vont vous paraître étonnantes ; par exemple, les renvois aux japonais et à la vision de l’éducation nippone ; pour eux, «  ne rien faire «,  cela n’est pas de la paresse; lorsqu’on ne fait rien, il se passe en réalité «  quelque chose « de très important : nous touchons précisément, par cet état d’esprit, à la source vitale de notre pouvoir créateur et ainsi, un nouveau paradigme se met en place, pour l’avènement d’un regard neuf, prédisposant à une capacité de concentration accrue. De cette expérience, «  élever l’élève «  prend ainsi tout son sens.
Cherchez l’erreur : c’est peut-être pour cela que certains hommes politiques ont jugés devoir préconiser des programmes du ministère remplis de tartufferie, des réformes et évaluations inutilement compliquées, pour une justice sociale discutable. Pourtant, l’éducation se fonde sur des principes simples, surtout pour un enfant, lequel aime apprendre dans la joie et la liberté, afin d’être heureux de se découvrir,  à chaque jour de sa vie. Mais, tous ces politiciens sont allés à la mauvaise école, puisque chaque dimanche, ils se retrouvent trop souvent à la télévision pour la messe de fin de soirée. À force d’en parler, tout le monde finira peut-être par se convaincre de penser tous de la même manière, à défaut d’être souverain dans sa façon d’être. Nous oublions, trop souvent, l’importance de cultiver la fainéantise comme rempart contre la bêtise, par exemple la nécessité de cultiver la préséance de l’humain sur le capitalisme sauvage. Peut-être faudra t’il, pour y arriver, une réorganisation sociale complète, ce qui amènerait, peut-être, à un genre de conversion chez nos dirigeants ?  Pour ce faire, il faudrait pouvoir jouir collectivement du luxe de la fainéantise, avec une action portée vers un idéal social et politique réaliste, mais encore faudrait-il que nos dirigeants cessent de donner leurs âmes aux dieux capitalistes, pour aller également à la bonne école de la vie, afin de rencontrer l’esprit humain, celui qui fait de nous, justement, des êtres humains digne de ce nom. Pour ce faire, je vous propose ce projet : (ré)enchanter le monde !

Personnellement, pour comprendre tout cela, il a fallu m’exiler de ma ville natale; j’y suis revenue des années plus tard, avant de repartir sans doute bientôt, ailleurs, afin de comprendre encore, comprendre autre chose qui manque; il manque toujours quelque chose. Ainsi, nous devons toujours tendre vers le meilleur de ce que nous portons en nous-mêmes, individuellement et collectivement. Cet exil intérieur, je ne m’en suis pas plainte outre mesure car chaque fois qu’on a voulu opprimer la vérité, tuer la beauté et chasser la liberté; elle a rejaillit plus forte.

«  Je suis une bête de la Nature
De corps et d’esprit sans chaîne
Le nez au flair de l’aventure
Le cœur léger sans nulle haine

Sur mon séant je néantise
Absent comme un loup solitaire
Parfois je hurle et poétise
J’exprime ma beauté héréditaire « [i]



[i] GERARDIN, Henri : Éloge de la Fainéantise, Québec, 2017
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