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18 mai, 2023

Le droit de propriété contre le libéralisme ?

 Par Patrick Aulnas.

Les élites se sont coupées du peuple. Cette réalité est très apparente dans la sphère politique avec la montée du populisme. Mais le même phénomène s’est produit dans le domaine économique. La financiarisation de l’économie crée en effet un clivage entre les dirigeants des grandes entreprises et la population. Les stratèges des multinationales utilisent des variables géopolitiques et des ratios financiers pour implanter ou délocaliser. La population concernée n’y comprend rien mais sent qu’elle n’est qu’une variable d’ajustement dans un grand jeu dont elle ne connaît pas les règles.

Ni la démocratie ni le libéralisme ne peuvent s’accommoder d’une situation de quasi-exclusion de la population. Mais la solution relève du long terme historique.

 

Stratégies internationales et réalités locales

La gouvernance des grandes structures capitalistes multinationales relève désormais de stratégies principalement financières consistant à faire évoluer le groupe par des acquisitions, des fusions ou des cessions de filiales ou de branches complètes d’activité. L’unification progressive des normes comptables à l’échelle internationale sous l’égide de l’IASB (International Accounting Standards Board) permet d’apprécier la situation des entreprises du monde entier et, en quelque sorte, de faire son marché en achetant les titres sur les marchés financiers pour prendre le contrôle d’une entreprise.

Un abîme se creuse alors entre les préoccupations des stratèges des grands groupes multinationaux, essentiellement financières, et celles des dirigeants des unités de production, des ingénieurs ou des ouvriers, qui ne perçoivent absolument pas pourquoi leur entreprise change de propriétaire. La propriété incorporelle sur des titres est aussi une propriété lointaine et très théorique, qui n’a plus rien de commun avec la propriété immobilière de l’agriculteur qui cultive ses terres, propriété empreinte d’une dimension émotionnelle forte, presque charnelle. Toute personne qui possède des actions ou une épargne en OPCVM peut percevoir concrètement l’énorme différence entre le droit de propriété sur ses titres et le droit de propriété sur son appartement ou sa maison.

Les personnes assurant la production peuvent ainsi se trouver confrontées à des situations incompréhensibles pour elles. Les ratios financiers utilisés par les stratèges ne leur étant pas accessibles, elles perçoivent comme une injustice la cession de leur entreprise, surtout lorsque celle-ci est performante. Le stratège saisit des opportunités à l’échelle de la planète en jouant sur des différentiels énormes de coûts salariaux selon les continents, sur des réalités locales (fiscalité, infrastructures publiques, etc.), sur des facteurs géopolitiques (guerre ou paix, puissances ascendantes ou déclinantes) ; il raisonne sur plusieurs années et parfois plusieurs décennies (par exemple électrification des moteurs automobiles). Le producteur, à la tête d’une usine ou d’un établissement de prestation de services, est plongé dans la maîtrise de l’évolution technique, la productivité de son établissement, la gestion des stocks et le contrôle de gestion.

 

Propriété incorporelle et pouvoir

Sous une forme juridique similaire, le droit de propriété, se cachent des divergences absolument fondamentales.

La propriété corporelle sur une voiture ou une maison n’entraîne aucun pouvoir important sur autrui. Il en va tout autrement du dirigeant d’une grande entreprise possédant un pouvoir de contrôle du groupe. Propriétaire d’un nombre suffisant d’actions (pas nécessairement la majorité) pour disposer du pouvoir en assemblée générale d’actionnaires, il choisit l’équipe dirigeante et fixe les axes stratégiques. La propriété incorporelle des titres devient un habillage masquant les enjeux de pouvoir. En paraphrasant la phrase de Marx (« la propriété, c’est le vol »), il serait possible d’affirmer que la propriété incorporelle c’est le pouvoir. À partir d’un certain niveau d’accumulation, ce droit de propriété octroie un pouvoir économique considérable sur des centaines de milliers de salariés, sur des millions de clients et parfois même sur des milliards d’individus plus ou moins victimes d’une addiction (amis Facebook, followers Tweeter, etc.). La propriété incorporelle fonde aujourd’hui le pouvoir économique et a donc une dimension politique. Avec la numérisation de l’information et le big data, cette propriété devient un enjeu politique majeur.

L’exemple des entreprises détentrices des réseaux sociaux, toutes récentes historiquement, est particulièrement éloquent et souvent cité. Leur influence sur leur clientèle les rend anormalement puissantes. Sur les réseaux sociaux, la désinformation a atteint des niveaux tels que l’éducation de la jeunesse devient de plus en plus difficile. Des sondages récents effectués en France ont montré qu’un tiers des jeunes ne croient pas aux bienfaits de la science et que presque 30 % d’entre eux contestent la théorie de l’évolution. Il est impossible d’expliquer la pensée de Darwin dans certains collèges, surtout du fait d’enfants et d’adolescents imprégnés de fondamentalisme islamique par le milieu familial et confortés dans leur enfermement par le mode en fonctionnement en silo (seulement entre amis Facebook par exemple) des réseaux. Les réseaux sociaux sont utilisés à la fois par les partis populistes occidentaux et par les autocrates les plus puissants pour manipuler la jeunesse occidentale et l’empêcher de croire à la supériorité de la liberté et de la démocratie.

L’instrumentalisation par des autocrates, ou simplement des opposants politiques, de l’information qui transite sur les réseaux pose un problème fondamental aux sociétés démocratiques. Est-il pertinent que de telles structures soient assimilées juridiquement à une entreprise agro-alimentaire ou de produits de luxe ? Autrement dit, le capitalisme traditionnel est-il encore adapté aux entreprises qui dominent les flux mondiaux d’informations ? Elon Musk et Mark Zuckerberg ont-ils beaucoup trop de pouvoir dans une perspective démocratique ?

 

Positions dominantes mondiales

La réponse à cette question ne peut pas être négative. Ils ont trop de pouvoir. Mais personne, sinon les extrémistes pour lesquels les solutions simplistes sont toujours les meilleures, ne possède la solution. Le problème est à la fois politique, économique et juridique. L’aspect essentiel réside dans une dérive de l’économie de marché conduisant à l’émergence d’entités oligopolistiques ou quasi-monopolistiques. La suprématie écrasante de Google est l’exemple le plus connu de ce phénomène. Google détient 91 % du marché français des moteurs de recherche en 2023 et domine largement dans presque tous les pays du monde à l’exception de la Russie (Yandex) et de la Chine (Baidu). Évidemment, la résistance des dictatures provient d’un rejet de la liberté, mais le laisser-faire des démocraties ne représente pas non plus un progrès de la liberté individuelle.

En démocratie, seul le droit de la concurrence est apte à lutter contre la concentration excessive et l’éradication de fait de la liberté sur le marché par la domination écrasante de certains acteurs. Mais le droit de la concurrence est national, à l’exception du droit de l’UE, et le marché est mondial. Nous voilà donc désarmés.

 

Des normes juridiques mondiales

L’harmonisation mondiale des normes juridiques n’est pourtant pas hors de portée puisqu’elle existe de façon embryonnaire dans de nombreux domaines (Organisation mondiale du commerce, Organisation mondiale du travail, International Accounting Standards Board, etc.).

Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’évolution a été très significative dans ce domaine, mais le chemin à parcourir reste long. L’émergence d’un véritable libéralisme international suppose un marché mondial régulé qui ne peut exister sans normes juridiques interdisant la domination de certains acteurs. Une dernière précision : marché mondial régulé ne signifie pas pouvoir politique concentré au niveau mondial, situation qui déboucherait à coup sûr sur le totalitarisme. Seul le multilatéralisme apparaît adapté à la démocratie.

08 mars, 2023

L’éducation, facteur fondamental de la démocratie

 Par Patrick Aulnas.

On sait depuis longtemps que le niveau d’éducation est un facteur essentiel de pérennité de la démocratie. Les victimes du pouvoir sont les plus démunies culturellement. Certes, on pourra citer mille exemples de philosophes, écrivains, scientifiques, artistes s’étant vendus à des dictateurs. Les individualités médiocres, voire les cas pathologiques, ne manquent pas dans ce domaine mais globalement l’être humain disposant d’un niveau culturel suffisant résiste mieux à la propagande. Pour pérenniser nos démocraties il faut donc considérer l’enseignement, l’éducation en général, comme un facteur essentiel.

 

Des contes moraux des autocrates au jardin d’Eden des populistes

La guerre en Ukraine nous permet de mieux comprendre l’apathie du peuple russe face à la consolidation de la dictature poutinienne.

Le premier facteur de faiblesse est l’absence totale d’expérience démocratique du fait du passage du tsarisme au communisme, puis rapidement ensuite à un régime politique de plus en plus autoritaire. Les Russes des milieux populaires, qui n’ont jamais voyagé à l’étranger, n’ont aucune idée de ce que peut être la liberté. Dans le célèbre film Le Docteur Jivago, après la Révolution de 1917, un paysan russe demande si Lénine est « le nouveau tsar ». Voilà ce que doit encore être l’univers mental de beaucoup de Russes n’ayant suivi qu’un niveau d’enseignement élémentaire. Qui dirige ? Qui est le chef ? À qui faut-il obéir ?

Il est particulièrement facile de circonvenir cette population presque inculte par des récits n’ayant aucun rapport avec la réalité. Conformément au conte moral officiel, la guerre en Ukraine est donc une guerre de libération, de dénazification, voire de désatanisation d’un morceau de territoire ayant échappé à la Russie éternelle par la malignité des puissances occidentales.

Les témoignages des spécialistes de la Russie permettent de penser qu’il n’en va pas ainsi dans les milieux cultivés de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. L’intérêt personnel d’un cadre administratif ou militaire ou d’un dirigeant d’entreprise peut conduire à l’extrême prudence, mais l’obéissance au pouvoir résulte alors d’un calcul et non d’une croyance. L’exode massif de la jeunesse des villes (plus d’un million de personnes) après la mobilisation militaire du printemps 2022 prouve que l’attirance de la liberté est forte dans les couches les plus favorisées.

Un autre exemple actuel du lien entre éducation et liberté est fourni par l’Iran. Si la paysannerie des contrées reculées ne bouge pas, la jeunesse universitaire de Téhéran et des grandes villes ne supporte plus les diktats des vieux religieux à l’esprit étriqué qui gouvernent le pays. L’Iran est devenu en 1979 une République islamique dont le discours officiel s’appuie sur le Coran, un texte de plus de 1300 ans qui ne peut évidemment pas être adapté au monde du XXIe siècle. La jeunesse cultivée iranienne n’accepte plus cette tyrannie religieuse et veut faire éclater le carcan dans lequel l’enferment des religieux crispés sur un passé révolu.

La même analyse pourrait s’appliquer au populisme occidental, qui se développe depuis quelques décennies en Europe (droite nationaliste et gauche radicale) et aux États-Unis (trumpisme) en s’appuyant sur des promesses d’avenir radieux résultant d’un simple changement de gouvernants. La désinformation sur les réseaux sociaux (dite fake-news) est un des outils privilégiés par les leaders populistes, qui cherchent à atteindre un public démuni intellectuellement.

 

Mea culpa

Seule une capacité d’analyse suffisante et de relativisation de toute démonstration, fût-elle élaborée par des spécialistes du sujet, permet de résister aux assauts de désinformation du monde contemporain. Le travail à accomplir en direction de notre jeunesse, abandonnée aussi bien économiquement que culturellement, est colossal.

Nous avons livré notre jeunesse aux grands fauves qui configurent le monde du XXIsiècle et ne songent qu’à leur puissance, qu’il s’agisse des grands dirigeants de multinationales ou des autocrates. La loi du marché, ce n’est pas l’élimination des concurrents par tous les moyens. Or, le marché mondial fonctionne ainsi. Un bon fonctionnement du marché suppose la sanction des pratiques anticoncurrentielles, c’est-à-dire un droit de la concurrence qui n’existe pas à l’échelle de la planète. Nos démocraties n’ont pas su se protéger des dérives du capitalisme et ce sont évidemment les plus jeunes qui le paient aujourd’hui au prix fort. La loi de la jungle pour les jeunes actifs et la sécurité des retraites par répartition pour les vieux ? Qui pourrait croire qu’une démocratie puisse survivre à une telle injustice ?

D’un point de vue culturel, nous n’avons pas su non plus faire évoluer les systèmes d’enseignement afin de permettre à chaque élève, collégien, lycéen, étudiant, d’atteindre le niveau le plus élevé auquel il puisse prétendre. Les systèmes d’enseignement ont évolué en fonction d’une demande de la population relayée politiquement. En France, la massification a bien eu lieu puisque de 1970 à 2020 le pourcentage de bacheliers dans une classe d’âge est passé de 20 % à plus de 80 %. Mais la démocratisation, c’est autre chose. L’ambition de diffuser la culture, c’est-à-dire la capacité pour chacun de se constituer en être raisonnable déterminant librement ses finalités, ses idées, ses actes (définition plus ou moins kantienne) n’a pas été portée par les gouvernants. Ils ont répondu aux sollicitations de leurs électeurs en distribuant des diplômes de valeur inégale, mais ils n’ont pas imposé un socle culturel incontournable pour chaque niveau de formation.

 

Une tâche colossale mais enthousiasmante

La tâche qui s’impose désormais aux démocraties dans le domaine de l’enseignement est redoutablement complexe et relève du long terme.

Il faut d’abord cantonner la désinformation circulant sur internet. Seuls des contrepouvoirs informationnels puissants et attractifs en seraient capables. Mais comment les faire naître ? Seuls des spécialistes peuvent y réfléchir.

Il faut ensuite révolutionner les systèmes d’enseignement qui ne sont plus adaptés à l’époque. Si l’enseignement élémentaire et le début de l’enseignement secondaire (niveau collège) ne peuvent s’envisager que par l’intégration quotidienne dans un petit groupe humain (la classe), il n’en va pas de même de l’enseignement secondaire de second cycle et encore moins du supérieur. Il est clair que la numérisation de l’information, la naissance d’Internet, l’émergence de l’Intelligence Artificielle, le big data conduisent à utiliser les outils numériques pour former les individus. Le cours magistral a vécu et il disparaîtra progressivement. L’enseignement concentrationnaire visant à regrouper quotidiennement des centaines ou des milliers de jeunes dans un même lieu atteindra son terme dans le courant du siècle. Cela ne signifie pas l’isolement physique des individus face à leur écran mais une organisation radicalement différente des rencontres, dans le cadre de groupes plus petits et avec moins de déplacements. La fluidité totale de l’information permet en effet d’organiser souplement des contacts dans des centres de proximité de type espace de coworking.

Il ne sera plus envisageable très longtemps de concentrer les étudiants dans des établissements pour leur asséner la connaissance du haut de la chaire puisqu’ils pourront trouver facilement les réponses par l’intermédiaire d’une intelligence artificielle. Chat GPT n’est pas du tout au point actuellement et ne produit que des réponses élémentaires en éludant systématiquement toute problématique intéressante. Mais ce n’est qu’un tout petit début. Chacun peut imaginer les capacités futures de ces algorithmes d’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle a une puissance incontestable : la capacité de traiter en un instant une quantité d’informations totalement inaccessibles à un cerveau humain. Elle a une faiblesse : le manque total d’originalité, de créativité, l’inaptitude radicale et définitive à produire une analyse subtile, esthétiquement et émotionnellement attractive car personnalisée. Une pensée n’est vraiment intéressante que si elle est incarnée, si elle provient d’une personne humaine, d’un être possédant une conscience et des émotions. Le traitement de l’information par un algorithme, aussi sophistiqué soit-il, restera une accumulation habile, purement technique, de savoir et non une réflexion créative. L’intelligence émotionnelle est le propre de l’Homme et le restera. Il faut la cultiver sans relâche. (voir en annexe la réponse Chat GPT à la question : L’éducation, facteur fondamental de la démocratie)

Sauver la démocratie au XXIe siècle, c’est résister aux autocrates et aux populistes n’aspirant qu’au contrôle du pouvoir. Nous ne le pourrons qu’avec une population véritablement libre, c’est-à-dire capable de clairvoyance face aux manœuvres de tous ceux qui aspirent au pouvoir. Cela repose sur la culture.

 

ANNEXE

Réponse de Chat GPT sur le sujet : L’éducation, facteur fondamental de la démocratie.

« L’éducation est en effet un facteur fondamental de la démocratie. Dans une société démocratique, les citoyens ont le droit de participer activement au processus de prise de décision. Pour pouvoir exercer efficacement ce droit, ils doivent être informés et éduqués sur les enjeux politiques, économiques et sociaux de leur communauté.

L’éducation permet aux citoyens de développer leur esprit critique et leur capacité à penser de manière autonome. Elle les aide à comprendre les enjeux de la société dans laquelle ils vivent et à participer de manière informée aux débats publics. Les citoyens éduqués sont également plus susceptibles de voter et de prendre part à des activités politiques, ce qui renforce la démocratie.

En outre, l’éducation peut également aider à réduire les inégalités sociales et économiques, qui sont souvent des obstacles à la démocratie. Une éducation de qualité peut aider à donner aux enfants issus de milieux défavorisés les outils dont ils ont besoin pour réussir et pour participer pleinement à la vie démocratique de leur pays.

En somme, l’éducation est un facteur clé pour la démocratie. Elle permet aux citoyens de comprendre les enjeux de leur société, de participer activement aux décisions publiques et de réduire les inégalités sociales et économiques. »

04 février, 2023

La dégringolade idéologique de la nouvelle gauche woke

 Par Patrick Aulnas.

La gauche a besoin d’une idéologie, contrairement à la droite. Elle prétend en effet penser le devenir des sociétés et instaurer la justice, principalement par l’égalité. La droite agit avec pragmatisme, en tenant compte rationnellement des contraintes du réel mais elle n’éprouve pas le besoin de dessiner un idéal à atteindre. La gauche est plutôt idéaliste, la droite plutôt réaliste.

Un idéal à atteindre suppose une construction intellectuelle plus ou moins ambitieuse qui détermine la voie à suivre. C’est là que les difficultés commencent. Les véritables idéologies se prétendant conception générale du monde (weltanschauung) ont disparu depuis longtemps et ne réapparaîtront pas. Nous avons appris la modestie et savons que notre approche de l’univers est très partielle et très évolutive. Nous pouvons construire des modèles (physiques, biologiques, sociologiques, économiques, etc.) mais ils ne constituent qu’un cadre d’analyse imparfait et constamment remis en cause.

La gauche d’antan, idéaliste et sûre de ses valeurs reposant sur une idéologie, a donc disparu. Le cadre conceptuel rappelé ci-dessus ne permet plus de croire en des valeurs intangibles déterminant le futur. Nous essayons de faire au mieux en nous adaptant. Voilà la définition même du pragmatisme. Il en résulte une déliquescence de la pensée de gauche qui débouche aujourd’hui sur des concepts faibles connus sous les vocables de wokisme ou intersectionnalité.

Examinons à grandes envolées la genèse de la décadence de la pensée de la gauche socialiste.

 

La chute : du marxisme à la démagogie redistributive

Les idéologies envisageaient au XIXe siècle de prendre le relais des religions.

Ce fut un échec complet, comme on le constate aujourd’hui. Les religions ne fournissent pas une explication plus cohérente de l’humanité et de son rapport à l’univers mais elles sont à la portée du plus grand nombre par un métarécit accessible et illustré par des légendes rapportées par de vieux livres (Torah, Bible, Coran) et abondamment utilisées par l’art. L’aspect purement rationnel des idéologies a entraîné leur échec et leur disparition. L’ambition naïve de leurs fondateurs, en particulier celle de Marx, consistait à proposer une conception générale du monde fondée sur une analyse rationnelle.

L’une des premières phrases du Manifeste du parti communiste (1848) l’illustre bien : « L’histoire des sociétés n’a été que l’histoire des luttes de classes ».

Cette phrase trace le cadre : une interprétation globale de l’histoire des sociétés humaines, une authentique weltanschauung. L’autre texte majeur du marxisme, Le Capital, Critique de l’économie politique (1867), analyse en profondeur le fonctionnement du capitalisme. Selon Marx ce dernier repose sur l’appropriation par les détenteurs du capital (la bourgeoisie) de la plus-value générée par le travail des ouvriers (le prolétariat). Seul le travail crée de la valeur mais les propriétaires des moyens de production captent cette valeur et décident de son affectation (salaires, profits, investissements). Il en résulte une lutte des classes, moteur de l’histoire.

Les partis communistes et socialistes se sont construits à partir du cette vision du monde. Les communistes pensaient que seule une dictature du prolétariat pourrait éliminer la domination de la bourgeoisie. Une révolution était nécessaire pour prendre le pouvoir. Les socialistes considéraient au contraire qu’il était possible d’utiliser les institutions politiques des démocraties pour accéder au pouvoir par les élections et instaurer ensuite le socialisme.

Qu’est-ce que le socialisme dans la première moitié du XXe siècle ?

Une pensée dérivée du marxisme qui propose la nationalisation de tous les principaux moyens de productions (énergie, transports, sidérurgie, mines mais aussi banques, etc.). C’est de cette façon que les socialistes pensent confisquer à la bourgeoisie sa position de domination sur l’économie d’un  pays. Un deuxième aspect du socialisme consiste à mettre en place des structures publiques de solidarité financées par prélèvements obligatoires, dans les domaines de la santé, des retraites, du chômage.

Les communistes vont échouer partout dans le monde. Il reste aujourd’hui la Chine, dont on peut prédire sans grand risque qu’elle se heurtera aux mêmes difficultés que toutes les autocraties (rigidité des structures, tétanisation des initiatives). Par contre, les socialistes vont réussir au-delà de leurs plus folles espérances. Nous le vivons chaque jour. La France est une démocratie sociale-démocrate avec des dépenses publiques de 59 % du PIB en 2021. Mais tous les pays occidentaux, y compris les États-Unis (dépenses publiques 44,9 % du PIB selon l’OCDE), peuvent être considérés comme tels si on compare leur situation actuelle à celle qui prévalait un siècle plus tôt.

La réussite des socialistes résulte de la capacité d’adaptation dont ils ont fait preuve. L’échec des communistes provient de l’extrême rigidité de leur doctrine et de leur fascination pour le totalitarisme. C’est la fable du chêne et du roseau de Jean de la Fontaine : le chêne se brise sous la tempête alors que les feuilles du roseau ploient mais résistent.

Un seul exemple : le programme de nationalisations massives a été abandonné partout lorsqu’on s’est aperçu que les entreprises nationalisées étaient peu compétitives et attendaient systématiquement des apports de capitaux de l’État au lieu d’attirer les investisseurs. La France a été la dernière à nationaliser des secteurs entiers de l’économie en 1981-82 avec l’accession au pouvoir de François Mitterrand. Mais la plupart des socialistes savaient parfaitement qu’ils commettaient une erreur majeure d’un point de vue économique. Le programme de nationalisations provenait de la nécessité de l’alliance avec le Parti communiste pour accéder au pouvoir. Les communistes n’avaient strictement rien compris au monde dans lequel ils vivaient et, adorateurs de l’URSS, ils en étaient restés au culte des nationalisations d’entreprises.

Que proposer encore lorsque la mission historique que l’on s’était fixée a été accomplie ?

Les partis socialistes n’ont rien trouvé car il n’y a pas d’idéologie de substitution au marxisme. Ils ont donc persisté dans ce qui avait fait leur réussite : la redistribution par la manipulation de l’argent public (prélèvements obligatoires et dépenses publiques). Mais la chute de croissance économique en Occident à la fin du XXe siècle a rendu cette redistribution beaucoup plus périlleuse politiquement. Il fallait déshabiller Pierre pour habiller Paul. La classe ouvrière elle-même s’est sentie abandonnée par les socialistes lorsque le capitalisme n’a plus été en mesure de financer par la croissance une redistribution socialiste frôlant bien souvent l’absurde.

La démagogie redistributive a conduit une grande partie des électeurs socialistes vers d’autres horizons. Certains leaders socialistes ont alors sombré dans le populisme.

 

Le délabrement : de la démagogie au populisme tous azimuts

Les tribuns de la plèbe n’ont jamais manqué dans l’histoire. Il suffit d’avoir un certain charisme, un solide talent oratoire et de faire rêver à un futur édénique par la magie du politique. En France, Jean-Luc Mélenchon possède exactement ce profil, d’où son succès électoral. Mais fort heureusement cela n’a pas débouché sur une prise du pouvoir qui aurait amené un déclin rapide du pays et une évolution vers l’autoritarisme.

D’un point de vue conceptuel, rien de vraiment nouveau à gauche. Quelques petits partis trotskystes survivent avec la notion de lutte des classes. Quant aux populistes, ils prétendent avoir modernisé la pensée de gauche avec l’intersectionnalité. Le conflit entre dominants et dominés, conceptualisé par Marx (bourgeois et prolétaires), reste cependant le seul et unique élément de cette analyse. Nos grands penseurs contemporains ont tout juste ajouté quelques petits cailloux à la grande architecture marxiste. La bourgeoisie capitaliste est encore l’ennemi majeur. Les dominés restent les travailleurs du monde entier et non plus seulement les ouvriers européens du XIXe siècle.

La bourgeoisie n’existant plus au sens ancien (propriété des moyens de production) l’analyse se révèle particulièrement médiocre. Les fonds de pension, les divers OPCVM drainent l’épargne de la classe moyenne occidentale et acquièrent des participations dans le capital des grandes sociétés capitalistes ou leur prêtent des fonds par l’intermédiaire du marché obligataire. Les dépôts sur les livrets d’épargne eux-mêmes sont utilisés pour financer des entreprises (par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts en France). Au sens marxiste, 80 % des Occidentaux sont donc des bourgeois. L’ouvrier de 1850 ne possédait rien et pouvait tout juste survivre. Le salarié d’aujourd’hui détient au moins un livret A et parfois beaucoup plus. Le capitalisme n’a pas enrichi que les bourgeois. L’augmentation phénoménale de la production depuis deux siècles implique nécessairement une augmentation massive de la consommation et de l’épargne. Une classe moyenne patrimoniale est née.

Mais pour des raisons politiques, voire purement électoralistes, il s’agit de valoriser le conflit et de se focaliser sur un phénomène de domination plus ou moins fantasmé. À cet égard, il est de bon ton aujourd’hui, dans certains milieux, de voir des dominants et des dominés partout. En s’inspirant de façon assez pitoyable de Karl Marx, le wokisme occidental prétend généraliser le conflit entre dominants et dominés. Les Blancs dominent les « racisés ». Les hommes dominent les femmes. Les ex-colonisateurs occidentaux dominent toujours les peuples colonisés. Les hétérosexuels sont considérés comme des dominants par rapport aux homosexuels, transgenres et autres sous-catégories. L’Homme lui-même est un prédateur qui domine la nature et l’exploite au-delà de toute mesure, mais c’est l’homme occidental, initiateur du développement économique qui est le coupable désigné.

Il y aurait des relations systémiques, c’est-à-dire des interrelations complexes entre tous ces phénomènes de domination. Les dominants se confortent mutuellement, non pas par choix mais eu égard au fonctionnement objectif d’un véritable système de domination. L’homme blanc hétérosexuel est l’individu qui rassemble les caractéristiques du dominant dans tous les domaines. Pour peu qu’il détienne une fonction de responsabilité, il représente donc l’ennemi à abattre.

Trois remarques générales peuvent être faites à propos de cette approche de la société par la gauche occidentale.

Il s’agit de rassembler des minorités insatisfaites pour tenter de constituer un électorat de mécontents sur la base de promesses totalement irréalistes. Voilà la définition même du populisme. Dans chaque catégorie, il est évidemment possible de trouver des individus subissant ou ayant subi un véritable assujettissement à autrui : femmes victimes de violences masculines, personnes humiliées pour la couleur de leur peau, homosexuels se heurtant à des primates rattachés à l’espèce humaine, etc. Rassembler tout ce ressentiment en promettant la justice permet de créer des partis politiques comportant des victimes, des idéalistes et évidemment des démagogues cherchant uniquement à exploiter un filon. Ces derniers deviendront les dirigeants. En politique, ce sont toujours les réalistes amoraux qui l’emportent.

Le culte de l’État-providence subsiste plus que jamais et atteint un niveau quasiment pathologique. Cette nouvelle gauche joue systématiquement sur l’envie, la convoitise haineuse pour proposer des prestations financées sur prélèvements obligatoires. On en arrive donc par exemple à subventionner l’essence et le gaz naturel tout en exigeant l’abandon des énergies fossiles. L’aspect le plus significatif provient de l’écologisme militant qui préconise un changement complet de mode de vie sous forte contrainte publique et avec une prise en charge financière étatique de cette transition (isolation thermique des bâtiments, voitures électriques, protectionnisme sélectif et donc hausse des prix, etc.). Bien évidemment, une telle politique conduirait à une baisse générale du niveau de vie extrêmement rapide et totalement ingérable politiquement. On ignore toujours quel niveau de dépenses publiques (déjà 60 % du PIB en France), est considéré comme incompatible avec la démocratie pour cette gauche écologisante. Si toute initiative économique individuelle devient impossible sans recours financier à la puissance publique, le concept actuel de démocratie est abandonné au profit d’un socialisme généralisé, c’est-à-dire une forme de totalitarisme.

L’éclectisme du propos idéologique et l’hétérogénéité du public ciblé ne permettent pas d’élaborer un programme politique cohérent. La nouvelle gauche est donc une gauche d’opposition et non une gauche de gouvernement. Elle est très éloignée de l’ancienne social-démocratie qui avait choisi un modus vivendi avec le capitalisme sur une base non explicite mais claire : « Vous, capitalistes, créez de la richesse et laissez-nous l’utiliser en partie pour améliorer le sort de nos électeurs. » Rien de tel aujourd’hui car l’ennemi est partout. Il faut détruire, « déconstruire » la démocratie occidentale qui a failli historiquement. Une telle profession de foi mène toujours soit à l’échec des populistes, soit à la dictature de ceux qui n’entendent pas se laisser annihiler. Mais jamais un programme fondé sur la seule négativité ne pourra être mis en œuvre. Il faut un espoir à terme raisonnable. Le regard infiniment pessimiste que porte cette gauche sur le monde dans lequel elle vit est à des années-lumière des promesses optimistes des sociaux-démocrates d’antan. Ils avaient réussi. Elle échouera.

08 octobre, 2022

Comment peut-on être libéral dans le monde actuel ?

 Par Patrick Aulnas.

Comment peut-on être libéral ? Pour beaucoup de nos concitoyens, le libéralisme est devenu la doctrine du diable. Évidemment, quand le gouvernement français est qualifié d’ultralibéral par certains, les repères s’estompent et les esprits se troublent. On en étonnera plus d’un en affirmant que le libéralisme, lato sensu, est la chose la plus naturelle du monde. Il accorde en effet la prééminence aux accords librement conclus entre individus par rapport à la réglementation étatique. Les Romains de l’Antiquité appelaient jus le droit civil émanant des coutumes de la société elle-même et lex le droit élaboré par la puissance publique. Le jus précède historiquement la lex, qui mènera à l’Empire et à la dictature.

 

La grande ambiguïté : les libertés et les droits

Quatre corpus juridiques, apparus successivement dans notre histoire, constituent l’épicentre des enjeux politiques contemporains :

Les libertés politiques et les droits fondamentaux 

Ce sont le droit au respect de la personne (pas de torture, pas d’esclavage), les libertés de conscience, de culte, d’expression, de réunion, d’association, etc.

Les libertés économiques 

Ce sont le droit de propriété, la liberté contractuelle, la liberté d’entreprise.

Les droits sociaux 

Ce sont le droit à la protection de la santé, le droit à l’enseignement, le droit à l’emploi, etc.

Les droits environnementaux 

Il s’agit de la réglementation de l’action de l’être humain sur son environnement car la puissance technologique acquise risquerait de l’altérer et par suite de détruire la vie elle-même.

 

Une différence d’essence sépare libertés et droits.

Les libertés représentent un potentiel accordé à chaque individu. Il peut l’utiliser ou non. Il peut s’exprimer ou se taire, faire partie d’une association ou non, acquérir plus ou moins de droits de propriété.

Les droits sont des créances sur la société qui supposent un financement par la violence légitime et une réglementation très dense. Or, prélèvements obligatoires et règlementation étatique constituent des atteintes à la liberté des individus.

S’ensuit une évidence : aller trop loin dans l’octroi de droits sociaux et environnementaux représente un recul de la liberté. Les libéraux ne s’accordent pas sur le niveau acceptable dans ce domaine, mais tous considèrent que ces droits peuvent menacer la liberté.

Lorsque les sociaux-démocrates envisagent la démocratie, ils considèrent au contraire que l’octroi de droits sociaux nouveaux ou plus avantageux constitue un progrès. L’égalisation des conditions sociales leur importe plus que la liberté individuelle.

Comment peut-on être libéral ? Le premier élément de réponse est très simple et étymologique : en privilégiant la liberté individuelle. Cela ne signifie pas rejeter les droits sociaux ou environnementaux, mais les considérer pour ce qu’ils sont : des limites à la liberté, parfois nécessaires pour faire société.

En définitive, il apparaît que la sensibilité sociale-démocrate espère beaucoup du pouvoir politique. Pour l’extrême gauche, tout est politique et certains extrémistes ont même préconisé la règlementation des tâches ménagères. La sensibilité libérale voit au contraire le politique comme un mal nécessaire et éprouve de la défiance à l’égard du pouvoir et de l’hubris des gouvernants, toujours susceptible de mener à l’autoritarisme.

 

Esprit de conquête et esprit de résistance

Le pouvoir politique est toujours à la recherche de sa propre croissance. Bertrand de Jouvenel l’avait montré dans une analyse historique intitulée Du pouvoir. Le libéralisme consiste à cantonner le pouvoir politique dans un périmètre limité car sa propension naturelle le conduit à restreindre les libertés. Le libéral doit donc avoir l’esprit de conquête dans le domaine des libertés et l’esprit de résistance dans le domaine des droits.

L’esprit de conquête a pour objectif de restreindre les interdits de façon à accroître le champ de l’autonomie individuelle. Historiquement, à partir du XVIIIe siècle surtout, il a fallu faire reculer l’autoritarisme des gouvernants pour légaliser les grandes libertés politiques dont nous bénéficions (pensée, expression, réunion, association, etc.). De nos jours, cet esprit de conquête concerne surtout les libertés dites sociétales, qui remettent en cause les morales traditionnelles d’essence religieuse. La liberté de la contraception, longtemps refusée par le pouvoir politique, ne se développe qu’au XXe siècle en Occident. Plus récemment, l’interruption volontaire de grossesse, le mariage homosexuel, le droit de choisir avec l’aide d’autrui le moment de sa mort (suicide assisté ou euthanasie active) ont été admis dans de nombreux pays. De même, la domination historique des hommes sur les femmes, parfois par la violence ou les abus sexuels, est aujourd’hui remise en cause dans les démocraties occidentales.

Il est clair que toutes les autocraties (Chine, Russie, Arabie Saoudite, etc.) refusent la plupart des libertés politiques et sociétales. L’humanité est encore loin d’avoir quitté la route de la servitude. L’esprit de conquête poursuit aujourd’hui sa lutte contre les interdits prônés par tous les pouvoirs au nom de la nation, de la religion ou tout simplement de l’autoritarisme de certains individus.

 

Résister à l’expansion du pouvoir

Le second aspect du pouvoir politique, apparu plus récemment, consiste à octroyer des droits sociaux ou environnementaux aux individus. Il est alors nécessaire d’élaborer des réglementations complexes accroissant l’emprise du pouvoir sur les citoyens. Mais il faut aussi financer ces nouveaux droits par des impôts, taxes ou cotisations ce qui implique une omniprésente surveillance du fonctionnement de l’économie. Les droits sociaux ou environnementaux conduisent inéluctablement à un renforcement du pouvoir politique. Si le pouvoir est aujourd’hui moins arbitraire dans les démocraties car soumis à l’État de droit, il est beaucoup plus puissant que dans les siècles et les millénaires passés car il dispose de la capacité de contrôler et d’orienter toute l’activité humaine : production, distribution, consommation, culture, etc.

La technologie est à cet égard au service du pouvoir, lui permettant de constituer des bases de données personnalisées de toute activité économique ou sociale. Le comble du paradoxe apparaît alors : les individus contrôlés apportent eux-mêmes au pouvoir les informations qu’il réclame en les saisissant à distance sur ordinateur. Les bases de données fiscales sont ainsi alimentées par les contribuables eux-mêmes qui tendent à leur bourreau la corde pour les pendre.

L’esprit de résistance est alors indispensable et fait partie intégrante de toute démarche libérale. Les évolutions récentes ont en effet montré que le pouvoir n’a jamais assez d’argent. La démagogie n’a jamais atteint un tel déploiement, favorisée par des réseaux sociaux sur lesquels transite le pire. Les promesses de dépenses publiques sont en compétition et celui qui gagne les élections doit les financer. Le recours massif à l’emprunt permet d’éviter l’impopularité d’une pression fiscale en trop forte croissance. Les gouvernants bénéficient ainsi des effets positifs de la dépense publique sur leur popularité en accordant prestations, subventions et réalisations diverses. Mais ils échappent à la contrainte mathématique de l’équilibre budgétaire, rejetant sur les générations futures le poids effectif du financement.

Ce cynisme des politiciens ne surprendra pas. Écraser ses enfants et petits-enfants sous une montagne de dette publique pour une fugace popularité dans le présent ne peut relever que de la petitesse d’esprit et de la médiocrité morale.

 

Conservatisme et progressisme

Le libéralisme politique, sociétal, économique autorise de multiples variantes individuelles.

Il est impossible de classer globalement le libéralisme à gauche ou à droite de l’échiquier politique. Il existe des libéraux conservateurs refusant la plupart des évolutions sociétales contemporaines mais souhaitant une réduction drastique de l’interventionnisme étatique dans l’économie. Il existe des libéraux progressistes, partisans des évolutions sociétales et admettant une économie mixte.

Ce qui les rapproche est le système de valeurs érigeant la liberté individuelle en critère majeur du politique, alors que l’horizon socialiste se réclame d’abord de l’égalité.

 

Fondements philosophiques

Le libéralisme étant une pensée politique, mais pas une idéologie, il est indispensable d’asseoir ses modalités d’action (conquête des libertés et résistance à l’oppression) sur une philosophie politique.

La solution la plus courante consiste à se référer au concept déjà ancien de droit naturel. Tout homme dispose, indépendamment du régime politique, d’un ensemble de droits. Le droit à la vie interdit à tout être humain d’attenter à la vie d’autrui. L’autonomie de l’individu implique qu’il participe librement à la désignation des gouvernants et qu’il peut conclure des contrats avec des partenaires de son choix. Le droit de propriété lui permet d’acquérir des biens par son activité et nul ne peut les lui confisquer sauf en cas d’infraction grave.

Le droit naturel permet ainsi de considérer les régimes politiques autocratiques comme illégitimes car ils ne respectent aucun de ces principes. Ils ne peuvent même pas se réclamer du libéralisme économique puisque toute parole ou action contraire à la doxa gouvernementale est immédiatement réprimée. Un seul exemple parmi mille autres : Ma Yun, dit Jack Ma, dirigeant chinois du groupe Alibaba, disparaît en 2020 à la suite d’un discours critiquant le pouvoir politique de son pays. Il réapparaît en 2021 mais n’occupe plus aucune fonction dirigeante. Les dirigeants de l’économie chinoise doivent se plier aux injonctions politiques ou disparaître.

 

Libéralisme politique et libéralisme économique

Libéralisme politique et libéralisme économique sont liés.

Historiquement, il apparaît que les régimes autoritaires n’ont jamais admis le libéralisme économique. L’exemple des dictatures européennes du XXe siècle (Italie, Allemagne, Espagne, Portugal) montre que l’économie était étroitement surveillée et que le régime corporatiste avait la faveur des gouvernants. Les corporations réglementent l’activité et contrôlent les acteurs de l’économie pour le compte de l’État. L’économie est au service de l’État, elle n’est régie que très partiellement par le marché.

Peut-on admettre qu’une économie de marché est indispensable pour qu’existe la liberté politique ? C’est historiquement exact puisque jamais une démocratie n’a existé sans marché libre. Même dans un pays comme la France, où les dépenses publiques représentent presque 60 % du PIB, il reste une part importante d’activité régie par les lois du marché. Les libertés politiques ne sont pas menacées. Mais si pratiquement tous les mécanismes de financement devaient transiter par le politique, ce qui serait le cas si les dépenses publiques atteignaient par exemple 80 ou 90 % du PIB, toute indépendance par rapport au pouvoir disparaîtrait, en particulier pour la presse, les médias et la culture. Comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous serions alors en dictature sans le savoir.

21 juillet, 2022

Le vieux monde des autocrates contre la liberté

 Par Patrick Aulnas.

Le vieux monde résiste férocement. Tout est bon pour annihiler la liberté. Le mensonge, la corruption, la répression, le terrorisme, la guerre. Attention ! Le vieux monde n’est pas du tout le Vieux Monde, traditionnellement opposé au Nouveau Monde, c’est-à-dire les Amériques. Le vieux monde est celui qui s’accroche bec et ongles à l’autocratie politique et d’une manière plus générale à tous les phénomènes traditionnels de domination. Dans ce vieux monde, certains sont faits pour commander et d’autres pour obéir. La liberté n’est ni un principe institutionnel ni une valeur philosophique. Elle est l’ennemie.

 

Les contours du vieux monde

La carte suivante, établie pour l’année 2020 par L’Economist Intelligence Unit (EIU), rattachée au groupe de presse britannique The Economist, illustre l’indice de démocratie dans le monde. Plus le pays est vert, plus il est considéré comme démocratique.

(Source : Wikipédia)

Cette carte est particulièrement expressive. Le vieux monde est celui de la domination communiste ou religieuse. La Chine et la Corée du Nord sont toujours sous l’emprise communiste, la fameuse et absurde dictature du prolétariat, expression vide de sens, comme les affectionnent les idéologies. Le communisme s’est effondré en Russie, mais l’absence totale de culture démocratique a conduit à l’émergence d’une autre dictature. Le Venezuela est un cas particulier avec un populisme dictatorial ayant mené le pays à la ruine.

L’autre partie du vieux monde est celui où règne l’Islam comme religion officielle : Afrique du Nord et Moyen-Orient ne connaissent aucune démocratie.

 

Pourquoi le vieux monde ?

Avant le XVIIIe siècle le principe d’autorité gouvernait les sociétés humaines. Le pouvoir attribué à certains était considéré comme une donnée intangible. Rois, empereurs aristocrates se transmettaient le pouvoir de génération en génération. Ce tout petit nombre avait réussi à faire admettre au grand nombre que cette situation était naturelle et résultait même de la volonté divine. Des polythéismes antiques aux monothéismes actuels, les religions ont largement cautionné la légitimité du pouvoir politique de quelques-uns.

Les philosophes du XVIIIe siècle bouleversent cette constante avec une idée simple : l’autonomie de l’individu. L’être humain naît libre et ne se plie à la volonté d’autrui que du fait de son consentement. Ce consentement peut être individuel (un contrat) ou collectif (une élection). Les gouvernants ne sont donc que les représentants temporaires de la volonté générale de la population. Leur pouvoir ne provient ni de la force, ni de la ruse, ni de la volonté d’une divinité, mais seulement de leur élection pour un temps limité.

Voilà la seule et unique grande évolution de philosophie politique des derniers siècles. Moi, homme peuplant la planète Terre, je n’obéis que du fait de ma volonté et quiconque veut me soumettre à la sienne commet un crime. Cette fierté de l’homme d’avoir conquis son autonomie aura plus de force dans les siècles des siècles que toutes les tentatives des autocrates.

Le vieux monde est donc celui qui est encore cantonné dans la servitude ancestrale, le nouveau monde étant celui qui, depuis le XVIIIe siècle, conquiert progressivement sa liberté. La conquête de la liberté est lente puisque l’esclavage n’a été aboli aux États-Unis qu’en 1865 (13e amendement) et le droit de vote de l’ensemble des femmes américaines accordé en 1920 (19e amendement). Il a fallu attendre 1944 en France pour que les femmes puissent voter.

À l’échelle de l’histoire de l’humanité ce ne sont là cependant que des durées infinitésimales. La carte ci-dessus de L’Economist Intelligence Unit n’aurait comporté au milieu du XVIIIe siècle aucune démocratie. Deux siècles et demi plus tard, il en existe plusieurs dizaines. La liberté n’a donc cessé de progresser dans le monde.

 

La résistance du vieux monde

Face à ces progrès de la liberté, les autocraties ont férocement résisté en s’appuyant principalement sur une religion (le christianisme en Occident aux XVIIIe et XIXe siècles, l’Islam aujourd’hui) ou sur une idéologie (le marxisme-léninisme, le fascisme, le nazisme). Parfois, l’idéologie n’a plus de prise car la dictature a conduit le pays à l’échec. C’est le cas de l’URSS. Mais la religion orthodoxe a repris auprès des gouvernants russes les galons qu’elle avait perdus sous le communisme. Le petit nombre des dirigeants a toujours besoin d’une croyance populaire forte pour asseoir sa domination. La transcendance est nécessaire pour ceux qui doivent supporter une existence de labeur et d’obéissance. Depuis les temps les plus anciens, ceux qui veulent accaparer le pouvoir l’ont compris.

Les autocrates considèrent la force, la violence, le mensonge, la ruse comme des modalités normales des relations internationales. Au XXIe siècle, la résistance de ce vieux monde hostile à l’autonomie de l’individu se manifeste par la guerre et le terrorisme. La Russie de Vladimir Poutine affectionne tout particulièrement l’arme de la guerre pour faire reculer les démocraties. Elle est constamment en guerre. La guerre en Ukraine constituera pour l’histoire de l’humanité un épisode absolument essentiel. Ce pays veut en effet quitter le vieux monde de l’autocratie et conquérir sa liberté. Évidemment, l’Ukraine ayant été rattachée à l’ancienne URSS, cette magnifique ambition est considérée comme un casus belli par les dirigeants russes. Ils craignent l’effet de contagion.

Le terrorisme est l’arme actuelle des partisans des autocraties islamistes. Le prétexte religieux d’une application littérale d’un vieux texte du VIIe siècle (le Coran) ne peut convaincre que les jeunes à la dérive, en général incultes, qui massacrent des innocents. Il s’agit en réalité de tenter de déstabiliser les démocraties considérées comme un danger. Par qui ? Par le petit nombre de ceux qui dirigent les pays soumis à l’Islam comme religion officielle : monarques, aristocratie héréditaire et tous ceux qui ont accepté de les servir par intérêt.

 

Vivre libre

Parmi les peuples du nouveau monde, certains croient en un dieu ou une idéologie, d’autres non. Mais les croyants ne cherchent pas à imposer leur croyance à l’ensemble de la population par le relai politique. Notre valeur fondamentale est l’autonomie de l’individu, toute récente après des millénaires d’hétéronomie. Il fallait se soumettre, l’esclave au maître, le serf au seigneur, le seigneur au roi, la femme à l’homme, l’homme à la divinité. Dès l’enfance, était apprise l’obéissance à l’autorité des puissants et des dieux, considérée comme naturelle.

Vivre libre est désormais la normalité dans les démocraties du monde entier. Les enfants demandent des justifications aux restrictions à leur liberté et il est parfois difficile de les trouver. Il faut surtout leur apprendre que leur liberté est fragile et qu’ils devront toujours lutter pour la préserver.

25 mars, 2022

Le capitalisme, les sciences et les religions face à la Russie

 Par Patrick Aulnas.

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe met en présence deux États, l’un estimant avoir des droits sur l’autre. La Russie de Poutine voit dans l’Ukraine un vassal faisant partie de sa zone d’influence. La majorité des Ukrainiens souhaite, au contraire, préserver l’indépendance géopolitique de leur pays. La position des autres États est bien connue.

Mais quelle est la position des autres puissances qui dominent ou influencent le monde sur le long terme ? Elles sont au nombre de trois : le capitalisme, les sciences et les religions.

Les Églises : de la complicité à la condamnation

La religion orthodoxe ne possède pas, comme la religion catholique, une structure unitaire, avec un pape au sommet. Divisée en quinze Églises, elle ne peut prendre une position unique pour ou contre l’agression. L’Église orthodoxe ukrainienne s’est émancipée de l’Église orthodoxe russe en 2018 avec la naissance d’une Église ukrainienne autocéphale (indépendante), évidemment favorable à l’indépendance de l’Ukraine. Il en résulte qu’il existe désormais en Ukraine deux Églises orthodoxes : l’Église ukrainienne orthodoxe autocéphale et l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou.

Cette émancipation de l’Église ukrainienne est analysée par le pouvoir politique russe et par l’Église russe comme une scission illégitime. Il y a donc une parfaite identité de vue entre la positon politique et la position religieuse russe : l’Église ukrainienne, tout comme l’État ukrainien, doivent allégeance à la Russie. Le conflit russo-ukrainien divise donc profondément les Églises orthodoxes, celle de Grèce s’étant aussi prononcée en faveur de l’Ukraine.

L’Église catholique a pris position très nettement contre l’agression russe avec des mots sans ambiguïté prononcés par le pape François : « une guerre qui sème la mort » et provoque des « fleuves de sang et de larmes ».

Les Églises protestantes ont condamné l’agression russe. Par exemple, les représentants de l’Église protestante unie de France écrivent : « Alors qu’une guerre sans déclaration de guerre a embrasé l’Europe, nous restons bouche-bée devant l’impensable, l’inimaginable, l’invasion de l’Ukraine, pays souverain. »

L’État d’Israël, représentant majeur de la religion juive, a adopté une position de neutralité dans le conflit russo-ukrainien, tout en accueillant des réfugiés. Cette neutralité s’explique par les impératifs de sécurité israéliens au Moyen-Orient. Le rôle majeur de l’armée russe en Syrie (maîtrise du ciel) conditionne la sécurité israélienne.

Les islamistes radicaux se félicitent ouvertement de la « guerre entre croisés », considérée somme « une punition » imposée « aux mécréants chrétiens » (publication de l’État islamique). Il est difficile de situer la position globale de l’Islam, dans la mesure où cette religion ne dispose pas d’un système institutionnel centralisé pouvant énoncer une position officielle.

Les relations entre États et religions monothéistes étant complexes, certaines religions sont traversées par des clivages à propos de la guerre russo-ukrainienne. Il est évidemment paradoxal que ceux qui croient en un dieu considéré comme omniscient, omnipotent et omniprésent, puissent observer avec bienveillance ou neutralité l’aventure guerrière d’un homme comme Poutine, autocrate impitoyable et sanguinaire. La paix, la pitié, la charité, bref tout ce qui relève de l’altruisme et de la douceur, devraient être privilégiées par les croyants et leurs représentants. Les mensonges éhontés de Poutine et des dirigeants russes, qui masquent la réalité de la situation à leur population, ne peuvent pas non plus être en adéquation avec l’omniscience divine, qui suppose une parfaite lucidité. Il ne s’agit pas là d’une découverte et l’histoire fournit de nombreux exemple de collusion entre les Églises et les tyrans. Les liens entre pouvoir politique et religions abaissent considérablement les exigences éthiques des religions. Des compromis honteux apparaissent parfois comme dans le cas de l’Église orthodoxe russe ou du fondamentalisme islamique.

Le capitalisme : adaptabilité

Le capitalisme international est également divisé. Faut-il quitter la Russie pour sanctionner l’agression ? Faut-il rester pour préserver l’avenir et éviter de pénaliser le peuple russe pour les crimes de ses dirigeants ? Les interdépendances économiques et technologiques d’un monde globalisé rendent le problème d’une redoutable complexité et il serait hasardeux et même naïf d’imaginer un comportement acceptable dans tous les cas.

Sans entrer dans les questions technico-juridiques (transactions financières interdites, assurance à l’export, sort des actifs russes, etc.), il est bien évident que l’exportation vers la Russie, a fortiori l’implantation en Russie, comportent désormais un risque majeur. Faut-il le courir ou non ? La réponse est variable selon les groupes.

Ainsi, L’Oréal a fermé temporairement ses magasins en Russie et suspendu tous ses investissements dans le pays.

Danone maintient ses activités en Russie pour répondre aux besoins alimentaires de la population, mais suspend ses projets d’investissement.

Dans le secteur de la distribution, les magasins Auchan, Leroy Merlin, Decathlon restent ouverts en Russie.

MacDonald’s a décidé de fermer temporairement ses 850 restaurants implantés en Russie. Apple a stoppé toutes ses exportations vers la Russie et fermé certains services comme l’Apple Store.

Le groupe Total, après des hésitations, a décidé de ne plus acheter de produits pétroliers russes avant la fin 2022.

Ces quelques exemples permettent de constater le pragmatisme, sans doute nécessaire, du capitalisme face à la guerre. La Russie est un grand pays possédant des ressources considérables qui seront exploitées sur le long terme. Poutine est un petit despote qui va disparaître. Faut-il sacrifier le long terme historique pour un criminel de guerre ? Faut-il faire payer à la population russe les mensonges dans lesquels le pouvoir l’entretient depuis toujours ? L’avenir de la liberté est-il du côté de l’abandon de la Russie ou du maintien d’une collaboration, à l’exception bien entendu de toutes les technologies sensibles militairement ? Répondre à ces questions sommairement et émotionnellement n’est pas possible. Il faut examiner chaque situation particulière.

D’une manière plus générale, le marché a prouvé sa supériorité sur la planification étatique en matière de croissance économique. S’il a lieu, le retour de la Russie vers le totalitarisme la ramènera inéluctablement à la pauvreté. La petite équipe qui tient actuellement les rênes du pouvoir suscitera des oppositions de plus en plus fortes si l’échec économique est patent. Le capitalisme a tout intérêt à se concilier la population russe tout en condamnant sans ambiguïté le pouvoir actuel. Facile à dire, délicat à mettre en œuvre.

La science : abandonner la coopération

Quelle est l’attitude de la science à l’égard de l’agresseur russe ? L’Académie des sciences de Paris a publié un texte précisant les principes à respecter. Elle conseille de n’entretenir avec la Russie que des relations scientifiques hors de tout cadre institutionnel. Toutes les instances officielles russes sont mises sur la touche, mais des relations individuelles avec les scientifiques russes sont possibles. Les séjours scientifiques en Russie sont proscrits et les conférences internationales prévues dans ce pays doivent être annulées. Il en résulte que le CNRS et l’Institut Pasteur ont suspendu toute collaboration avec les organismes de recherche russes. De même, l’Agence spatiale européenne, qui travaille avec l’Agence Spatiale russe Roscosmos, a annoncé que le lancement vers la planète Mars du rover européen n’aurait probablement pas lieu en 2022 comme prévu.

Les scientifiques sont partagés entre l’idéalisme et le pragmatisme. La suspension des collaborations avec les instances officielles russes est perçue comme légitime, mais la pénalisation des collègues russes, très souvent opposés à la guerre, apparaît regrettable. L’isolement de la science russe, s’il se prolonge, la pénalisera lourdement.

L’isolement progressif de la Russie

Les quelques développements précédents offrent un aperçu sur la réalité de la situation, par-delà les injonctions souvent émotionnelles des uns et des autres dans les médias. Les Églises, le capitalisme et la science ont dans l’ensemble choisi la rationalité et la modération. Il en est de même de la plupart des États, oscillant entre neutralité (la Chine s’est abstenue au Conseil de sécurité) et sanctions économiques et financières (pays occidentaux).

L’OTAN, alliance militaire occidentale purement défensive, n’interviendra que si l’un de ses membres est attaqué. Il lui est donc impossible d’intervenir à ce stade. L’intervention directe de l’un des États membres de l’OTAN est elle-même à écarter sauf s’il s’agissait des États-Unis. Mais la politique étrangère américaine actuelle, orientée vers l’Asie, ne prédispose pas le pays à s’engager dans une aventure européenne pouvant conduire à une escalade nucléaire.

L’Ukraine résistera donc avec l’appui de l’Occident mais sans son intervention. La Russie s’isolera de plus en plus sur la scène internationale. Souhaitons que l’ancien officier du KGB devenu un autocrate incontrôlable n’entraine pas son pays et le monde dans la troisième guerre mondiale. Pour cela, il est fondamental que l’Occident fasse toujours prévaloir la rationalité des décisions sur l’émotion populaire, au demeurant bien légitime.