Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
Aucun message portant le libellé Lipton Matthews. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Lipton Matthews. Afficher tous les messages

26 février, 2023

Australie : une nation de bagnard devenue prospère

 Par Lipton Matthews.

Les superbes performances de l’Australie en matière de développement international lui ont valu l’admiration de beaucoup. Peu de pays peuvent se targuer d’avoir des résultats aussi spectaculaires dans le domaine économique et social. Actuellement, l’Australie possède la richesse médiane par adulte la plus élevée au monde et dépasse la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière d’engagement civique, de santé, d’éducation et d’autres dimensions du bien-être.

Les Australiens sont également loués pour leur réactivité aux changements de l’économie numérique et leurs capacités d’invention. Leur réussite spectaculaire laisse cependant perplexes les observateurs qui trouvent incompréhensible qu’un continent colonisé par des bagnards puisse devenir aussi prospère. Mais ce qu’ils oublient, c’est que la plupart des bagnards envoyés en Australie n’étaient pas des criminels endurcis. Beaucoup d’entre eux étaient impliqués dans des délits liés au travail, par exemple le vol d’outils ou d’autres matériaux à leurs employeurs.

Ces condamnés n’étaient pas irrécupérables et se sont orientés vers la poursuite d’objectifs productifs. En Angleterre et en Irlande, il s’agissait souvent d’individus de la classe ouvrière, qui se livraient à des crimes économiques par désespoir. En moyenne, les condamnés étaient également jeunes, alphabétisés et en bonne santé. Selon certaines estimations, le taux d’alphabétisation des bagnards était similaire au niveau britannique. Il convient également de noter que certains d’entre eux étaient des activistes sociaux ayant fait des études universitaires.

Comme ces bagnards étaient jeunes et en bonne santé, ils pouvaient se permettre de prolonger leurs années de travail, améliorant ainsi la productivité nationale. En outre, des recherches révolutionnaires menées par des historiens du genre ont permis de dissiper le mythe selon lequel les femmes expédiées en Australie étaient principalement des prostituées dépourvues de compétences utiles. Au contraire, de nouvelles informations ont montré qu’elles ont joué un rôle déterminant dans le développement initial de l’Australie. Les femmes condamnées savaient lire et écrire et possédaient un éventail impressionnant de compétences. Nombre d’entre elles étaient en Angleterre des couturières ou des marchandes ambulantes talentueuses, et ces compétences se sont révélées bénéfiques pour l’économie australienne.

L’économiste Noel George Butlin remarque que l’Australie du XIXe siècle avait la chance de posséder une forte proportion de savoir-faire industriels dans une grande variété de secteurs. Il note que même si les compétences textiles étaient insuffisantes, les colons ont compensé cette lacune en étant productifs en métallurgie, en travail du bois et transport. En outre, comme le souligne Butlin, les conditions imposées par la colonisation ont favorisé l’acquisition de nouvelles aptitudes par les colons : « Les conditions de la colonisation ont imposé le besoin de nombreux savoir-faire et la possession d’une compétence par chaque membre de la main-d’œuvre pouvait signifier la capacité de la déployer à des fins importantes. Ainsi, lors de l’établissement des fermes, un charpentier ou un maçon qui n’était peut-être qu’un laboureur ou un berger indifférent pouvait néanmoins fournir la main-d’œuvre nécessaire à la construction. Un forgeron devenu publicain pouvait encore exercer ses compétences dans les tavernes et les activités de transport. »

Les bagnards se sont révélés capables de s’adapter à de nouvelles circonstances. Les compétences de la plupart d’entre eux complétaient l’économie, puisqu’on leur attribuait un travail à la mesure de leurs aptitudes. Il en résulte une plus grande efficacité, car leurs capacités sont cohérentes avec les exigences de l’économie.

Ce qui est encore plus étonnant, c’est que les capacités entrepreneuriales des bagnards ont catapulté nombre d’entre eux dans les hautes sphères de la société. Partir en Australie libère la classe ouvrière des contraintes d’une Angleterre socialement bloquée. En Australie, ils pouvaient tracer une nouvelle voie sans être gênés par les restrictions de classe, et beaucoup le firent avec succès. Par exemple, Mary Reibey fut déportée en Australie à l’âge de 14 ans ; à 34 ans, elle était veuve et possédait des bateaux, des fermes et un entrepôt. Comme Reibey, d’autres colons furent dotés de capacités entrepreneuriales et commerciales qui rendirent l’Australie dynamique.

Solomon Wiseman devint un homme d’affaires exceptionnel après avoir purgé sa peine, et il n’était pas le seul dans son cas. La réussite entrepreneuriale des ex-détenus semble choquante mais elle est compréhensible. Les entrepreneurs, comme les criminels, sont tolérants au risque : une étude populaire publiée dans le Quarterly Journal of Economics intitulée « Smart and Illicit : Who Becomes an Entrepreneur and Do They Earn More ? » (intelligent et illicite : qui devient entrepreneur et gagne-t-il plus ?), les personnes ayant participé à des activités illicites dans leur jeunesse sont davantage susceptibles de devenir des entrepreneurs prospères.

L’explication est la suivante : pour réussir dans l’entreprenariat, il faut faire preuve d’audace, ce qui implique parfois de briser les normes établies. Il est intéressant de noter que d’autres études ont confirmé ces résultats en montrant que l’inconduite au lycée prédit des revenus plus élevés à l’âge adulte. La transgression des règles est souvent problématique mais les transgresseurs intelligents qui ont le goût du risque peuvent ensuite créer des transformations positives de la société.

Par conséquent, le succès de l’Australie semble moins déroutant lorsque l’on commence à apprécier le lien entre la délinquance et la réussite. L’Australie du XIXe siècle, avec son éthique égalitaire et sa population socialement ambitieuse mais légèrement déviante a créé les conditions parfaites de la prospérité économique. Les analystes ne devraient pas être choqués que des criminels ont construit l’Australie ; elle a réussi précisément parce qu’elle était peuplée de criminels socialement ambitieux.

12 juin, 2022

Le capitalisme n’est pas raciste, le capitalisme sape le racisme

 Par Lipton Matthews.

Un article du Mises Institute

 

Les intellectuels anticapitalistes ont imprégné le discours dominant de l’idée que la discrimination raciale est inscrite dans l’ADN du capitalisme. Habituellement, les preuves de disparités raciales dans les milieux professionnels sont citées pour étayer le récit selon lequel le capitalisme pénalise les groupes minoritaires. Bien qu’il soit devenu courant d’affirmer que les disparités constituent du racisme, la question est plus complexe.

La discrimination raciale n’est pas une caractéristique bien ancrée du capitalisme, mais les entreprises doivent faire preuve de discrimination pour rester compétitives. Si elles ne récompensent pas les bonnes compétences, elles échoueront. Par conséquent, la discrimination est une politique légitime qui ne devient répréhensible que lorsqu’elle est pratiquée pour des raisons non commerciales. Les consommateurs aussi pratiquent la discrimination au quotidien, même s’ils ne s’en rendent pas compte.

Lorsque les parents insistent pour que leurs enfants fréquentent des écoles gérées par des éducateurs compétents, il s’agit d’une forme de discrimination car ils rejettent les écoles de qualité inférieure. Certains consommateurs préfèrent recourir aux services d’ouvriers ayant reçu une éducation formelle plutôt qu’à ceux de leurs homologues autodidactes et sont prêts à payer une prime pour obtenir cette main-d’œuvre. Le fait de ne pas vouloir faire de discrimination équivaut à de l’incompétence, car les coûts de l’inaction sont préjudiciables à l’entreprise et au bien-être.

En utilisant ce modèle pragmatique de la discrimination, il devient plus facile de comprendre pourquoi certains groupes ont moins de chances d’être employés à des postes de cols blancs. Robert J. Morris présente des données montrant que la rareté des minorités dans les emplois de cols blancs est peut-être une conséquence de l’écart de réussite :

Les étudiants noirs représentaient moins de 3 % des quelque 330 000 étudiants de la promotion 2020 qui ont passé l’ACT et ont été considérés comme des étudiants « prêts pour les STIM » sur la base de leurs résultats en sciences et en mathématiques. Les Hispaniques représentaient 8 % des étudiants « STEM ready », tandis que les Blancs et les Asiatiques en représentaient respectivement 64 % et 11 %.

Des résultats médiocres empêchent automatiquement les élèves issus de minorités de fréquenter les universités d’élite et de devenir des professionnels en col blanc. De même, en lecture, l’écart de performance entre les Blancs et les groupes minoritaires est abyssal. Dans le district scolaire public du comté d’Alachua, en Floride, les élèves blancs affichent 72 % de réussite en lecture, tandis que les élèves noirs n’obtiennent qu’un maigre 25 %.

Lors d’une interview, l’activiste Tia Leather a viscéralement expliqué les implications d’une maîtrise insuffisante de la lecture :

Le niveau de lecture peut signifier qu’il y a certains emplois auxquels vous ne pouvez pas postuler. Vous n’atteindrez jamais certains niveaux de vie […] Et comme nous le savons, grâce aux recherches, cela peut signifier une peine de prison. Et c’est ainsi qu’ils construisent nos prisons en se basant sur la façon dont vous lisez en troisième ou quatrième année. Donc, le problème est qu’il y a tellement de couches à déballer.

En outre, le PDG de Wells Fargo, Charles Scharf, a récemment été vilipendé pour avoir observé que la réalisation des objectifs de diversité pourrait être impossible en raison de la pénurie de talents qualifiés issus des minorités. Si les résultats intellectuels de certains groupes minoritaires sont trop insuffisants pour qu’ils puissent rejoindre les rangs de l’élite, c’est un problème que les communautés minoritaires doivent résoudre. Des sociologues ont rendu des récits convaincants liant la fortune des étudiants à la stabilité familiale, et d’autres affirment que des modèles familiaux équivalents réduiraient l’écart de richesse entre les races. Mais malgré les nombreuses preuves contredisant la théorie racialiste du capitalisme, celle-ci continue d’exercer une influence considérable dans les cercles politiques.

Cependant, la preuve la plus nette à l’encontre la théorie du capitalisme racial est la préférence accordée aux travailleurs noirs à une époque marquée par un racisme virulent. Si le capitalisme juge les individus sur la base de leur race, alors dans un environnement où le racisme est acceptable, les hommes d’affaires racistes devraient s’abstenir de faire des affaires avec des Noirs. Mais ce n’est pas ce que l’on observe en étudiant l’histoire de l’esclavage.

Comme on pouvait s’y attendre, les entrepreneurs sont motivés par l’argent, de sorte que même lorsqu’ils sont racistes, la pression exercée pour accumuler des richesses les pousse à engager des Noirs. Dans les plantations d’esclaves, les surveillants étaient chargés d’exécuter des tâches importantes nécessitant des compétences en matière de gestion. Ils supervisaient le personnel subalterne, disciplinaient les esclaves et rendaient compte aux planteurs. Pour réussir, les surveillants devaient avoir une connaissance approfondie de la gestion de la plantation, c’est pourquoi les planteurs recherchaient des personnes très intelligentes.

Déjà dans le Sud américain, les surveillants noirs étaient favorisés en raison des carences de leurs pairs blancs, comme le souligne Laura Sandy dans un article de recherche :

Lorsqu’ils sont comparés aux surveillants blancs, les esclaves ne sont pas seulement considérés comme équivalents, et annoncés publiquement comme « connus pour être égaux aux capacités de gestion » de leurs homologues blancs, mais ils sont fréquemment considérés comme supérieurs.

Le récit de Sandy est corroboré par des sources primaires :

En 1784, Alexander Rose publia une annonce dans la Gazette of the State of South Carolina, qui faisait l’éloge d’un esclave du nom de Jonathan comme ayant « une connaissance plus générale ou meilleure de la plantation » que la majorité des « hommes blancs » de l’État. Plus tard dans la décennie, un autre planteur, qui prétendait avoir acheté « peut-être l’un des noirs les plus précieux » du Lowcountry, diffusait l’utilisation d’un esclave pour gérer sa plantation sans la présence d’un surveillant blanc. Avec l’esclave à la barre, « tout gestionnaire ou surveillant » était inutile ; le surveillant esclave pouvait diriger les opérations de la plantation de façon très rentable, indépendamment de la supervision des Blancs.

Compter sur des Blancs incompétents pour gérer les domaines était une stratégie perdante pour les planteurs. Alors, pour éviter la disparition de leurs plantations, ils s’empressaient de faire appel aux services des Noirs. Outre la gestion des domaines, les travailleurs asservis étaient si compétents dans les métiers qu’au XVIIIe siècle, ils étaient plus performants que les hommes blancs. Ces constatations ne sont pas propres au Sud américain : à Bridgetown, à la Barbade, les Noirs libres dominaient le marché de la main-d’œuvre qualifiée au détriment des artisans blancs.

Indépendamment des positions idéologiques, les employeurs préféreront une main-d’œuvre de qualité à des substituts de qualité inférieure. Les planteurs racistes choisissaient les Noirs compétents plutôt que les Blancs incompétents au grand dam de leurs collègues lorsque le racisme était tolérable, alors pourquoi à une époque où le racisme est perçu comme déplorable, les employeurs pénaliseraient-ils les employés en raison de leur race ?

Heureusement, nous n’avons pas besoin d’épiloguer sur ce débat, car la question est très simple : certains groupes minoritaires ne parviennent pas à atteindre la parité avec les Blancs en raison de niveaux de capital humain inférieurs. En bref, seuls les groupes en retard et leurs dirigeants peuvent corriger l’écart de réussite, mais une fixation sur les théories douteuses du capitalisme racial ne manquera pas de les détourner de la réalisation d’objectifs valables.

25 avril, 2022

Le capital humain prime sur l’éducation

 Par Lipton Matthews.

Un article du Mises Institute

Dans le débat sur la croissance économique, les gens confondent généralement l’éducation et le capital humain. Il existe pourtant une différence flagrante, car ce dernier fait référence au savoir-faire plutôt qu’à de simples connaissances théoriques. L’éducation suggère que l’on est éduqué, alors que le capital humain indique l’application de la théorie. Un diplômé en ingénierie est instruit, mais il fait preuve de capital humain lorsqu’il dépose un brevet ou crée une entreprise.

Les écoles doivent remplir une double fonction en transmettant l’éducation et le capital humain, mais les recherches montrent que de nombreuses institutions ne parviennent pas à transmettre ce dernier. Les étudiants obtiennent leur diplôme en sachant comment effectuer des équations complexes, mais ne savent pas comment les appliquer dans le monde réel.

Par exemple, l’informatique est présentée comme un investissement lucratif, mais un diplômé en histoire ou en relations internationales qui sait comment faire du capital humain un atout sera plus compétitif dans l’économie de la connaissance que le diplômé en informatique qui ne comprend pas son potentiel.

Capitaliser sur son capital humain

Capitaliser sur le capital humain est une tâche ardue sans la conscience de ses compétences. Un collègue diplômé en relations internationales a décroché un emploi dans la finance alors que nombre de ses pairs diplômés en finance avaient du mal à trouver un emploi, car il savait comment utiliser son capital humain. Les étudiants en relations internationales étudient des théories obscures, mais ils sont également tenus de suivre des cours à option tels que l’économie et les statistiques, et ces cours sont utiles en finance.

De plus, en tant qu’analyste des affaires internationales, le programme d’études encourage les étudiants en relations internationales à se pencher sur les effets des conflits sur les marchés mondiaux et la politique intérieure, et sans surprise, mon collègue a obtenu un poste d’analyste en investissement. Contrairement à ses pairs, ce diplômé a un avantage concurrentiel car il peut identifier l’ensemble de ses compétences.

Le diplômé moyen en relations internationales ne cherche pas d’emploi dans la finance, car il ne comprend pas comment les compétences qu’il a acquises en tant qu’étudiant peuvent créer de la valeur dans le secteur financier.

L’importance du capital humain dans l’économie

En outre, à l’échelle nationale, le capital humain est un facteur prédictif de la performance économique encore plus important que l’éducation mesurée par le pourcentage de titulaires de diplômes.

Dans un article publié en 2013, les chercheurs ont étudié dans 110 pays les disparités régionales en matière de performance économique. Ils ont conclu que le niveau de capital humain était un indicateur plus fiable du développement que le nombre de personnes ayant obtenu un diplôme.

De même, un fort capital humain est nécessaire à la création d’entreprises à forte croissance qui stimulent la croissance économique et améliorent le niveau de vie. La croissance économique est favorisée par des entreprises axées sur les opportunités, lancées par des entrepreneurs hautement qualifiés pouvant appliquer leur expertise pour résoudre de nouveaux défis, plutôt que par des personnes qui se lancent dans l’entreprenariat comme une activité professionnelle ou pour échapper à la pauvreté. Par ailleurs, les recherches révèlent que les entreprises ayant accès à des compétences managériales clés ont davantage de chances de se développer et de survivre.

La croissance dépend de la capacité à utiliser le capital humain. Les pays qui augmentent les niveaux d’éducation sans gains proportionnels dans l’acquisition du capital humain ont peu de chances de connaître une croissance schumpétérienne.

Comme le souligne Joel Mokyr dans un article sur la révolution industrielle en Angleterre :

« Il ne fait guère de doute que la Grande-Bretagne, à la veille de la révolution industrielle, pouvait compter sur un cadre plus important et mieux formé d’artisans et d’ingénieurs hautement qualifiés qu’ailleurs, et si son avantage dans la réalisation d’inventions originales révolutionnaires a été contesté par d’autres nations (en particulier la France), il semble clairement établi que les développeurs et les ingénieurs britanniques étaient largement supérieurs à tous les autres pour ce qui est de faire fonctionner réellement les nouveaux engins, de les déboguer et de les adapter, d’y ajouter des améliorations cumulatives petites mais significatives, et d’avoir la capacité de les installer, de les faire fonctionner, de les entretenir et de les réparer. Entre 1750 et 1850, les ingénieurs anglais et écossais ont essaimé sur tout le continent européen, apportant leur expertise technique et industrielle à des nations dont les systèmes de production de capital humain n’étaient pas aussi efficaces que ceux de la Grande-Bretagne ».

Pour rejoindre les rangs du monde développé, les pays en développement doivent acquérir le savoir-faire correspondant. Lorsque Singapour s’est lancée dans sa phase de développement industriel, l’administration de Lee Kuan Yew a envoyé des étudiants en Amérique du Nord et en Europe pour accéder à l’expertise des grandes universités et des grandes entreprises. Sans expertise, les pays en développement ne pourront jamais atteindre la parité avec leurs riches homologues.

Un scénario qui illustre l’importance du capital humain est le cas contrasté de l’Allemagne et de la Jamaïque. La Jamaïque est l’enfant vedette du cannabis, mais les Allemands sont vénérés pour leur productivité, leur fabrication et leur savoir-faire institutionnel, de sorte que, comme on pouvait s’y attendre, les recherches prévoient que d’ici 2023, l’Allemagne devrait devenir le plus grand marché de cannabis du monde.

La réputation du cannabis jamaïcain est en effet phénoménale, mais il faudra plus qu’un nom de marque pour être compétitif à l’échelle mondiale. Un fait intéressant est que la Jamaïque se classe parmi les cinq premiers pays du monde pour son niveau d’entrepreneuriat improductif. C’est parce qu’elle n’a pas le savoir-faire entrepreneurial nécessaire pour exploiter le cannabis qu’elle n’a pas réussi à devenir un acteur mondial.

Il faut également savoir que les réglementations peuvent améliorer ou dégrader la qualité des industries. Le magnat des affaires Bruce Linton a loué le secteur jamaïcain du cannabis pour être bien réglementé. Et c’est précisément le problème. Pour participer à l’industrie, les entrepreneurs jamaïcains doivent se conformer à des réglementations assez coûteuses. Par exemple, un entrepreneur a besoin d’environ 10 000 dollars pour acquérir une licence de niveau 2 pour cultiver la plante. Ces réglementations entravent la croissance du secteur en limitant les possibilités de devenir entrepreneurs. Si le gouvernement avait encouragé un marché libre au lieu de réglementer excessivement le secteur, cela aurait attiré davantage d’entrepreneurs en Jamaïque, augmentant ainsi la probabilité d’accès au savoir-faire étranger.

Et contrairement à ce que certains pensent, le fait de se conformer aux réglementations internationales n’avantage pas les pays en développement. De nombreuses réglementations sont adaptées aux réalités du monde développé et, en tant que telles, sont inapplicables dans un contexte en développement. Les pays en développement ne rejoindront la ligue des nations riches qu’en acquérant le savoir-faire du monde développé et en innovant. Le simple fait de suivre les lois du monde développé ou d’augmenter le nombre d’inscriptions dans l’enseignement supérieur ne leur donnera pas un siège à la table des nations riches.

11 octobre, 2021

L’innovation n’est pas liée à l’éducation mais à l’intelligence

 L’exemple de l’Angleterre au cours de la révolution industrielle montre que l’innovation peut être atteint même sans un niveau d’éducation élevé dans la population générale.

Un article du Mises Institute.

Les cercles politiques se lamentent de voir s’éloigner les vagues d’innovation. L’éminent économiste Robert Gordon affirme que l’époque des innovations transformatrices est révolue. Comme Peter Thiel, il est déçu par la nature incrémentale des inventions modernes. La thèse du déclin repose sur l’hypothèse que les innovations révolutionnaires comme la machine à vapeur, l’électricité et le téléphone deviennent excessivement rares. Il a été assez facile de trouver des preuves de cette observation, mais nous sommes moins habiles pour comprendre pourquoi l’innovation décline.

Dans son article de 2012 intitulé « Is U.S. Economic Growth Over ? Faltering Innovation Confronts the Six Headwinds », Gordon soutient que la diminution des taux de réussite scolaire, complétée par une réduction de la participation à la vie active, laisse présager un avenir sombre pour l’innovation aux États-Unis.

L’ÉDUCATION EN SOUTIEN AUX ACTIVITÉS INNOVANTES

Le niveau d’éducation complète la croissance économique et les activités innovantes, Gordon a donc raison d’exprimer son inquiétude. Pourtant, des chercheurs ont constaté que pendant la révolution industrielle, l’alphabétisation et la scolarisation n’ont pas eu d’impact significatif sur la croissance économique.

L’augmentation du niveau d’éducation permet aux travailleurs d’être en mesure d’utiliser des technologies sophistiquées. En effet, l’éducation peut indirectement favoriser l’innovation en exposant les citoyens à des modes de pensée divergents, ce qui donne lieu à de nouveaux produits et services. À l’heure actuelle, des pays très performants comme Singapour, la Finlande et le Canada disposent de citoyens éduqués, même si certains pays comme le Japon et la Russie affichent des résultats peu impressionnants.

Toutefois, le marasme dont souffrent ces pays ne remet pas en cause la théorie selon laquelle il existe un lien entre le niveau d’éducation et la croissance économique. La conduite léthargique du Japon et de la Russie est imputable aux charges réglementaires, à la corruption excessive dans ce dernier pays et à une foule d’autres obstacles structurels. La capacité d’une population éduquée à débloquer la croissance dépend d’une panoplie de variables allant de la qualité des institutions à la culture.

L’INTELLIGENCE PLUS QUE L’ÉDUCATION EST SOURCE D’INNOVATION

Cependant, les preuves révélant que la Grande-Bretagne a produit des innovations révolutionnaires à une époque où la plupart des gens n’étaient pas éduqués contredisent la proposition selon laquelle un niveau d’éducation généralisé est nécessaire à l’innovation et à la croissance. En réalité, au cours de l’ère industrielle en Grande-Bretagne et plus largement en Europe, les innovations ont été déterminées par les prouesses de ceux ayant un capital humain supérieur. Cette étiquette décrit les personnes très intelligentes qui font preuve de la compétence nécessaire pour innover.

Les mesures de Gordon pour évaluer la probabilité d’une innovation sont inadéquates. Essentiellement, les innovations reflètent les priorités et les aptitudes de l’élite cognitive. Des recherches estiment que la fraction intelligente est principalement responsable de la majorité des développements révolutionnaires dans les affaires et la science.

En évaluant l’impact des différentes classes sur le développement, les chercheurs observent que l’intelligence  est cruciale pour le progrès :

La classe intellectuelle a le plus grand impact sur la croissance économique, suivie par les citoyens aux capacités moyennes et la classe non intellectuelle dans cet ordre….. L’impact de la classe intellectuelle sur le progrès technologique est exceptionnellement plus significatif que même le nombre de chercheurs professionnels engagés dans des activités de R&D, les citoyens de niveau moyen et la classe non-intellectuelle n’étant pas significatifs.

Un parfait exemple est que, pendant la révolution industrielle, les inventeurs ont obtenu des scores élevés en matière de capacité cognitive mesurée par l’influence de leurs inventions, même si beaucoup d’entre eux n’avaient pas reçu d’éducation formelle. En outre, une meilleure illustration est le cas de Steve Jobs, qui a créé une entreprise superstar malgré son manque de qualifications en informatique. La perception de Gordon selon laquelle l’innovation diminue est exacte, mais son analyse ne donne pas d’image concrète, car il aborde la question sous le mauvais angle.

L’INNOVATION ACCAPARÉE PAR LES INNOVATION DE STYLE DE VIE

Certains attribuent le déclin de l’innovation à une baisse de la productivité de la R&D et d’autres supposent qu’en conséquence, les innovations deviennent plus difficiles à concrétiser. Il est indéniable qu’une faible productivité peut entraver le rythme de l’innovation, mais pour déterminer le véritable état de l’innovation, les chercheurs devraient étudier les activités de la fraction intelligente. WhatsApp, Twitter et Facebook ont été créés par des élites cognitives.

Bien qu’il s’agisse de technologies perturbatrices, elles reflètent davantage des innovations de style de vie que des inventions révolutionnaires. Ces plateformes ont modifié le paysage politique ; cependant, la plupart des gens peuvent facilement se passer des médias sociaux.

L’ascension des médias sociaux met en lumière la passion des élites cognitives. Les élites cognitives reconnaissent que pour atteindre un succès stratosphérique dans l’économie actuelle, elles doivent exploiter l’économie de l’attention. Les entrepreneurs capables de captiver le public conserveront un statut élevé et, à ce titre, des personnes exceptionnellement brillantes ont créé des plateformes pour satisfaire les désirs de l’économie de l’attention.

Par conséquent, la sécheresse de l’innovation pourrait s’expliquer par le fait que les personnes les plus intelligentes détournent leur énergie vers le secteur du style de vie, au lieu d’investir dans les sciences exactes.

La réalisation de percées dans les sciences exactes exige des efforts cognitifs plus importants que la création de la prochaine application ou plateforme de médias sociaux populaire. Par conséquent, en raison du potentiel de récompenses plus faciles dans les secteurs liés au mode de vie, les élites cognitives sont motivées pour se lancer dans des entreprises sociales. Les chercheurs devraient explorer les inclinations de la fraction intelligente pour faire la lumière sur le déclin du taux d’innovation.

Zoltan Acs s’est également fait l’écho de ce sentiment dans une interview récente, lorsqu’il a fait remarquer que pour l’innovation, seules les personnes exceptionnelles comptent, car elles sont chargées de concevoir l’avenir. Les chercheurs ont raison de constater la rareté des innovations révolutionnaires, mais leurs analyses sont inexactes. La réponse est que le caractère de l’innovation change parce que les élites cognitives ont acquis des intérêts différents.

14 août, 2021

L’éco-impérialisme, nouvelle forme du colonialisme occidental

 L’Occident poursuit une forme de colonialisme en Afrique : l’éco-impérialisme. Il a parfaitement l’intention de se mêler des affaires intérieures des pays en voie de développement au nom de l’écologie.

Un article de Mises Institute

Il existe un mouvement à l’échelle mondiale qui vise à éliminer de tous les secteurs de la société les résidus de l’impérialisme occidental. Partout dans le monde des monuments dédiés aux explorateurs et hommes d’État occidentaux sont renversés. Dans les pays en voie de développement, des militants ainsi que leurs alliés en Occident, affirment que les pays émergents doivent pouvoir tracer une nouvelle voie sans ingérence culturelle de ce dernier.

Pourtant, l’Occident poursuit une forme de colonialisme en Afrique : l’éco-impérialisme.

Du fait que les progressistes occidentaux apprécient cette sorte d’impérialisme, nous en entendons rarement parler. Les gens raisonnables croient vraiment que les pays en voie de développement ont droit à l’auto-détermination et pourtant le projet occidental éco-impérialiste ne s’attire pas vraiment leurs foudres. En d’autres termes, l’Occident a montré qu’il a parfaitement l’intention de se mêler des affaires intérieures des pays en voie de développement au nom de l’écologie.

De leur côté, les pays occidentaux se sont payés le luxe d’exploiter leurs ressources et leurs sources d’énergie sans qu’on leur face la leçon au sujet du changement climatique, et les pays africains devraient bénéficier du même privilège qui sont par exemple régulièrement sermonnés par l’Occident au sujet de la nécessité de réduire leurs émissions et d’utiliser des sources d’énergie plus chères et moins productives.  C’est coûteux pour ces pays et cela limite leur auto-détermination locale.

De plus, contrairement à ce qu’on entend, le changement climatique est un problème ancien et l’Histoire montre notre capacité à nous adapter à un climat imprévisible. Il n’existe pas non plus de consensus sur le fait que le CO2 soit un polluant. Ces points ne seront pas repris ici car ils sont couverts en détail dans un précédent article. Nous devons donc renoncer à la sensiblerie de ceux qui préfèreraient que les pays africains mettent leur santé financière en danger sur la base de données incertaines.

Le sujet dépasse bien entendu la question du changement climatique.

LES PESTICIDES

Au Kenya, par exemple, le DDT a été mis en œuvre pour limiter l’extension de la malaria, jusqu’à ce que cette politique soit abandonnée en 1990 sur ordre d’une administration inspirée par la propagande occidentale. Heureusement pour le Kenya, certains bureaucrates ont compris le problème et ont fait reprendre l’usage du DDT en 2010.

Comme le signalait Willis Akhwale en 2009, lorsqu’il était à la tête de l’unité de lutte contre la malaria du Kenya :

De nouvelles études ont montré que les incriminations précédentes du DDT étaient largement fausses.  Ce pesticide est sûr pour la lutte contre la malaria s’il est utilisé raisonnablement comme les autres produits chimiques.

En réalité le DDT n’a jamais bénéficié d’un procès impartial avant la décision de mettre fin à son utilisation.

L’économiste Roger Bates résume le problème brutalement :

Malgré le fait que beaucoup de peurs autour du DDT soient fondées sur des études inadaptées et non scientifiques, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a interdit le DDT en 1972… L’administrateur de l’EPA William Ruckelshaus a rejeté les rapports scientifiques et les faits rapportés par de nombreux experts qui s’opposaient fermement à l’interdiction du DDT.

En effet, une étude de 2011 a montré non seulement que l’impact du DDT sur les lacs en Afrique était modéré, mais encore que les faibles niveaux de contamination expliquaient l’abondance des populations de flamants nains dans ces environnements aquatiques.

Pour des raisons politiques, des pays pauvres sont doucement entraînés vers la mise en œuvre de programmes coûteux pour flatter les egos d’écologistes aisés dont les niveaux de vie ne sont pas affectés par leurs mauvaises idées.

De même, Paul Driessen dresse un tableau déprimant des conséquences du militantisme écologiste en Afrique :

En ce moment même, alors que des sauterelles ravagent les récoltes de cultures de subsistance, des ONG enragées font pression sur le parlement du Kenya pour interdire 200 pesticides qui ont été approuvés comme sûrs pour les récoltes, la faune et les habitants par les autorités du Kenya ainsi que par les agences de réglementation des USA, du Canada et d’autres pays.

Comme l’explique justement Driessen, plutôt que de promouvoir des techniques modernes de culture en Afrique, ils vantent le programme insidieux de l’agro-écologie avec une obsession pour des pratiques qu’ils perçoivent comme indigènes à l’exclusion des connaissances, des technologies et de l’équipement qui pourraient réduire la pauvreté et d’autres maladies de la société africaine.

Il est encore plus troublant que les dirigeants africains ne résistent pas davantage à l’éco-impérialisme de l’Occident.

LES COMBUSTIBLES FOSSILES

Ils alimentent les renouvelables et sont responsables des niveaux de vie plus élevés dans le monde développé car ils facilitent une production efficiente.

Pourtant, comme le remarque Samuel Ayokunle Oyo, les dirigeants envisagent imprudemment d’interdire les combustibles fossiles :

Au Nigéria, par exemple, les politiques envisagées d’interdiction complète des générateurs autonomes à combustibles fossiles pourraient miner les progrès d’électrification du pays… Ces moyens à combustibles fossiles font partie de réseaux hybrides à énergies renouvelables qui jouent un grand rôle dans l’électrification durable de collectivités locales mal desservies en Afrique sub-saharienne.

Les dirigeants africains sont tellement captivés par la rhétorique vaine des écologistes qu’ils risquent d’appauvrir leurs peuples pour afficher leurs points communs avec des élites occidentales mal inspirées. De plus, malgré la tendance des politiciens africains à dénoncer le néocolonialisme, il semble que dans le domaine de la gestion de l’environnement ils sont prêts à faire des concessions à l’Occident.   Pourtant le fait est que, bien que la civilisation occidentale soit fréquemment moquée, la plupart des régions s’alignent derrière l’Occident. C’est pourquoi, bien que les politiques climatiques du monde occidental soient douteuses, en raison du poids culturel de l’Occident, elles vont s’exporter ailleurs.

CONCLUSION

Mais pour véritablement exercer leur souveraineté, les Africains doivent se débarrasser de la séduction du gauchisme occidental. Il est absurde de s’opposer à l’impérialisme occidental tout en acceptant les politiques écologistes élaborées par l’Occident qui sont l’antithèse du progrès de l’Afrique. Pour l’essentiel, le fait d’adopter la rhétorique des écologistes peut améliorer l’estime des dirigeants africains aux yeux de leurs homologues occidentaux, mais hélas leurs électeurs en seront récompensés par de la pauvreté.