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27 mars, 2023

L’inflation, fille du confinement et de la divagation des banques centrales

 Par Yves Bourdillon.

Elle est revenue. Avec une vengeance.

L’inflation est remontée à des niveaux inconnus depuis quarante ans un peu partout dans le monde. À plus de 9 % en rythme annuel en juin au Royaume-Uni et aux États-Unis, presque 8 % en Allemagne. En France, elle ne dépasse pas encore 6 %, au plus haut depuis quand même trente-sept ans, mais sa dynamique peut la porter vers 10 % d’ici la fin de l’année.

 

Inflation : le rôle marginal de la guerre en Ukraine

Quelles sont les causes, et donc sans doute les responsabilités de cette vague mondiale amorcée début 2021 mais amplifiée depuis quelques mois ? Une accélération récente qui pointerait l’effet de la guerre en Ukraine. Explication martelée par les relais d’influence du Kremlin fustigeant les sanctions occidentales contre Moscou, mais un peu courte. Si la fermeture des ports ukrainiens a contribué à une flambée record des prix du blé, une pénurie de tournesol, ou des tensions sur les engrais, cela n’a pas eu d’effets sur les marchés des autres produits, où Kiev pèse peu.

La décision européenne de boycotter à terme les hydrocarbures russes a, certes, attisé la tension sur leurs prix, mais il faut noter que celui du gaz russe avait déjà été multiplié par trois (!) six mois avant l’invasion. Quant au baril de pétrole, malgré des pics à 130 dollars, son prix moyen sur la période février-juin est supérieure d’à peine 15 % aux 91 dollars de janvier. Le monde a connu déjà de nombreux épisodes de flambée équivalente, avec notamment le record de 145 dollars le baril de juillet 2008 sans que cela ne provoque d’inflation généralisée (1 %, cette année-là).

 

La catastrophe du lockdown

Beaucoup plus convaincante est l’explication selon laquelle cette vague d’inflation est née des confinements pour cause de covid. Ces derniers ont paralysé bien des usines et perturbé les chaînes d’approvisionnement depuis deux ans partout dans le monde.

Vous ne pouvez pas mettre sous cloche pendant des mois une grande partie de l’humanité (juste un exemple : le chômage a augmenté en 2020 dans TOUS les pays du monde sauf au Suriname…) sans créer des goulots d’étranglement spectaculaires sur la production et la distribution de nombreux biens et services, avec effets de réactions en chaine. Surtout dans une mondialisation où on travaille en flux tendu, procédés juste à temps et zéro stock… Des semi-conducteurs aux emballages, en passant par automobiles, bois, aluminium, acier, fret maritime, le catalogue des pénuries et courses frénétiques à l’approvisionnement est spectaculaire.

En outre, la levée des mesures covid s’est accompagnée d’un vif regain de la demande, logique après 18 mois à vivre sous restrictions. Que les industriels ne pouvaient se permettre de ne pas satisfaire… quitte à payer le prix fort les produits semi finis et matières premières dont ils avaient besoin. Prix fort répercuté, évidemment sur ceux au détail. Selon les analystes, tous ces effets mettront des mois, et peut-être jusqu’à deux ans à être résorbés.

Les confinements ont aussi, via par exemple le dédommagement du chômage technique et l’effondrement des recettes de TVA, fait exploser les déficits publics, source d’inflation bien connue depuis l’Allemagne de Weimar en 1922. Le « quoiqu’il en coûte » a ainsi fait monter la dette publique française de 16 % du PIB, « performance » sans équivalent par temps de paix.

 

Inflation : quand les banques centrales jouent aux apprentis sorciers

Deuxième facteur, longtemps invisible.

Pour éviter une récession après la crise de 2008, les banques centrales, notamment occidentales, se sont livrées à une création monétaire massive sous le vocable de quantitative easing, « politique non conventionnelle », etc. La planète est depuis lors inondée d’argent et de crédits à taux très bas, voire nuls, au demeurant une spectaculaire spoliation des épargnants.

Par exemple, le bilan de la Fed a été multiplié par… dix depuis 2007 et par deux depuis 2019. Autrement dit, la banque centrale américaine a créé dix fois plus d’argent au cours des quinze dernières années que durant toute son existence, débutée en 1913. La Banque centrale européenne n’a pas été en reste. Une masse de liquidités devant forcément se placer quelque part et donc susceptible de faire flamber les prix au moindre goulot d’étranglement.

L’inflation nous présente donc aujourd’hui la facture (puisqu’une hausse des prix de 10 % est tout simplement l’amputation d’un dixième du pouvoir d’achat de ceux des ménages, essentiellement salariés, qui sont dans l’impossibilité d’augmenter leur propre tarif) du confinement et des divagations des banques centrales. Deux politiques peu discutées, dans l’ensemble, mais aux résultats même pas si probants que cela. L’extravagance monétaire a, certes, financé 14 ans de création de biens et services, d’embauche et d’investissements, mais a aussi provoqué des bulles immobilières, pas de chance pour les primo-accédents, et boursières qui se promènent désormais au-dessus d’un champ de cactus.

Quant au lockdownpas de chance, sur les quarante pays au monde affichant la plus forte létalité covid en proportion de leur population, 38 l’ont appliqué…

10 janvier, 2023

L’inflation, fille du confinement et de la divagation des banques centrales

 Par Yves Bourdillon.

Elle est revenue. Avec une vengeance.

L’inflation est remontée à des niveaux inconnus depuis quarante ans un peu partout dans le monde. À plus de 9 % en rythme annuel en juin au Royaume-Uni et aux États-Unis, presque 8 % en Allemagne. En France, elle ne dépasse pas encore 6 %, au plus haut depuis quand même trente-sept ans, mais sa dynamique peut la porter vers 10 % d’ici la fin de l’année.

 

Inflation : le rôle marginal de la guerre en Ukraine

Quelles sont les causes, et donc sans doute les responsabilités de cette vague mondiale amorcée début 2021 mais amplifiée depuis quelques mois ? Une accélération récente qui pointerait l’effet de la guerre en Ukraine. Explication martelée par les relais d’influence du Kremlin fustigeant les sanctions occidentales contre Moscou, mais un peu courte. Si la fermeture des ports ukrainiens a contribué à une flambée record des prix du blé, une pénurie de tournesol, ou des tensions sur les engrais, cela n’a pas eu d’effets sur les marchés des autres produits, où Kiev pèse peu.

La décision européenne de boycotter à terme les hydrocarbures russes a, certes, attisé la tension sur leurs prix, mais il faut noter que celui du gaz russe avait déjà été multiplié par trois (!) six mois avant l’invasion. Quant au baril de pétrole, malgré des pics à 130 dollars, son prix moyen sur la période février-juin est supérieure d’à peine 15 % aux 91 dollars de janvier. Le monde a connu déjà de nombreux épisodes de flambée équivalente, avec notamment le record de 145 dollars le baril de juillet 2008 sans que cela ne provoque d’inflation généralisée (1 %, cette année-là).

 

La catastrophe du lockdown

Beaucoup plus convaincante est l’explication selon laquelle cette vague d’inflation est née des confinements pour cause de covid. Ces derniers ont paralysé bien des usines et perturbé les chaînes d’approvisionnement depuis deux ans partout dans le monde.

Vous ne pouvez pas mettre sous cloche pendant des mois une grande partie de l’humanité (juste un exemple : le chômage a augmenté en 2020 dans TOUS les pays du monde sauf au Suriname…) sans créer des goulots d’étranglement spectaculaires sur la production et la distribution de nombreux biens et services, avec effets de réactions en chaine. Surtout dans une mondialisation où on travaille en flux tendu, procédés juste à temps et zéro stock… Des semi-conducteurs aux emballages, en passant par automobiles, bois, aluminium, acier, fret maritime, le catalogue des pénuries et courses frénétiques à l’approvisionnement est spectaculaire.

En outre, la levée des mesures covid s’est accompagnée d’un vif regain de la demande, logique après 18 mois à vivre sous restrictions. Que les industriels ne pouvaient se permettre de ne pas satisfaire… quitte à payer le prix fort les produits semi finis et matières premières dont ils avaient besoin. Prix fort répercuté, évidemment sur ceux au détail. Selon les analystes, tous ces effets mettront des mois, et peut-être jusqu’à deux ans à être résorbés.

Les confinements ont aussi, via par exemple le dédommagement du chômage technique et l’effondrement des recettes de TVA, fait exploser les déficits publics, source d’inflation bien connue depuis l’Allemagne de Weimar en 1922. Le « quoiqu’il en coûte » a ainsi fait monter la dette publique française de 16 % du PIB, « performance » sans équivalent par temps de paix.

 

Inflation : quand les banques centrales jouent aux apprentis sorciers

Deuxième facteur, longtemps invisible.

Pour éviter une récession après la crise de 2008, les banques centrales, notamment occidentales, se sont livrées à une création monétaire massive sous le vocable de quantitative easing, « politique non conventionnelle », etc. La planète est depuis lors inondée d’argent et de crédits à taux très bas, voire nuls, au demeurant une spectaculaire spoliation des épargnants.

Par exemple, le bilan de la Fed a été multiplié par… dix depuis 2007 et par deux depuis 2019. Autrement dit, la banque centrale américaine a créé dix fois plus d’argent au cours des quinze dernières années que durant toute son existence, débutée en 1913. La Banque centrale européenne n’a pas été en reste. Une masse de liquidités devant forcément se placer quelque part et donc susceptible de faire flamber les prix au moindre goulot d’étranglement.

L’inflation nous présente donc aujourd’hui la facture (puisqu’une hausse des prix de 10 % est tout simplement l’amputation d’un dixième du pouvoir d’achat de ceux des ménages, essentiellement salariés, qui sont dans l’impossibilité d’augmenter leur propre tarif) du confinement et des divagations des banques centrales. Deux politiques peu discutées, dans l’ensemble, mais aux résultats même pas si probants que cela. L’extravagance monétaire a, certes, financé 14 ans de création de biens et services, d’embauche et d’investissements, mais a aussi provoqué des bulles immobilières, pas de chance pour les primo-accédents, et boursières qui se promènent désormais au-dessus d’un champ de cactus.

Quant au lockdownpas de chance, sur les quarante pays au monde affichant la plus forte létalité covid en proportion de leur population, 38 l’ont appliqué…

02 août, 2022

L’inflation, fille du confinement et de la divagation des banques centrales

Par Yves Bourdillon.

Elle est revenue. Avec une vengeance.

L’inflation est remontée à des niveaux inconnus depuis quarante ans un peu partout dans le monde. À plus de 9 % en rythme annuel en juin au Royaume-Uni et aux États-Unis, presque 8 % en Allemagne. En France, elle ne dépasse pas encore 6 %, au plus haut depuis quand même trente-sept ans, mais sa dynamique peut la porter vers 10 % d’ici la fin de l’année.

 

Inflation : le rôle marginal de la guerre en Ukraine

Quelles sont les causes, et donc sans doute les responsabilités de cette vague mondiale amorcée début 2021 mais amplifiée depuis quelques mois ? Une accélération récente qui pointerait l’effet de la guerre en Ukraine. Explication martelée par les relais d’influence du Kremlin fustigeant les sanctions occidentales contre Moscou, mais un peu courte. Si la fermeture des ports ukrainiens a contribué à une flambée record des prix du blé, une pénurie de tournesol, ou des tensions sur les engrais, cela n’a pas eu d’effets sur les marchés des autres produits, où Kiev pèse peu.

La décision européenne de boycotter à terme les hydrocarbures russes a, certes, attisé la tension sur leurs prix, mais il faut noter que celui du gaz russe avait déjà été multiplié par trois (!) six mois avant l’invasion. Quant au baril de pétrole, malgré des pics à 130 dollars, son prix moyen sur la période février-juin est supérieure d’à peine 15 % aux 91 dollars de janvier. Le monde a connu déjà de nombreux épisodes de flambée équivalente, avec notamment le record de 145 dollars le baril de juillet 2008 sans que cela ne provoque d’inflation généralisée (1 %, cette année-là).

 

La catastrophe du lockdown

Beaucoup plus convaincante est l’explication selon laquelle cette vague d’inflation est née des confinements pour cause de covid. Ces derniers ont paralysé bien des usines et perturbé les chaînes d’approvisionnement depuis deux ans partout dans le monde.

Vous ne pouvez pas mettre sous cloche pendant des mois une grande partie de l’humanité (juste un exemple : le chômage a augmenté en 2020 dans TOUS les pays du monde sauf au Suriname…) sans créer des goulots d’étranglement spectaculaires sur la production et la distribution de nombreux biens et services, avec effets de réactions en chaine. Surtout dans une mondialisation où on travaille en flux tendu, procédés juste à temps et zéro stock… Des semi-conducteurs aux emballages, en passant par automobiles, bois, aluminium, acier, fret maritime, le catalogue des pénuries et courses frénétiques à l’approvisionnement est spectaculaire.

En outre, la levée des mesures covid s’est accompagnée d’un vif regain de la demande, logique après 18 mois à vivre sous restrictions. Que les industriels ne pouvaient se permettre de ne pas satisfaire… quitte à payer le prix fort les produits semi finis et matières premières dont ils avaient besoin. Prix fort répercuté, évidemment sur ceux au détail. Selon les analystes, tous ces effets mettront des mois, et peut-être jusqu’à deux ans à être résorbés.

Les confinements ont aussi, via par exemple le dédommagement du chômage technique et l’effondrement des recettes de TVA, fait exploser les déficits publics, source d’inflation bien connue depuis l’Allemagne de Weimar en 1922. Le « quoiqu’il en coûte » a ainsi fait monter la dette publique française de 16 % du PIB, « performance » sans équivalent par temps de paix.

 

Inflation : quand les banques centrales jouent aux apprentis sorciers

Deuxième facteur, longtemps invisible.

Pour éviter une récession après la crise de 2008, les banques centrales, notamment occidentales, se sont livrées à une création monétaire massive sous le vocable de quantitative easing, « politique non conventionnelle », etc. La planète est depuis lors inondée d’argent et de crédits à taux très bas, voire nuls, au demeurant une spectaculaire spoliation des épargnants.

Par exemple, le bilan de la Fed a été multiplié par… dix depuis 2007 et par deux depuis 2019. Autrement dit, la banque centrale américaine a créé dix fois plus d’argent au cours des quinze dernières années que durant toute son existence, débutée en 1913. La Banque centrale européenne n’a pas été en reste. Une masse de liquidités devant forcément se placer quelque part et donc susceptible de faire flamber les prix au moindre goulot d’étranglement.

L’inflation nous présente donc aujourd’hui la facture (puisqu’une hausse des prix de 10 % est tout simplement l’amputation d’un dixième du pouvoir d’achat de ceux des ménages, essentiellement salariés, qui sont dans l’impossibilité d’augmenter leur propre tarif) du confinement et des divagations des banques centrales. Deux politiques peu discutées, dans l’ensemble, mais aux résultats même pas si probants que cela. L’extravagance monétaire a, certes, financé 14 ans de création de biens et services, d’embauche et d’investissements, mais a aussi provoqué des bulles immobilières, pas de chance pour les primo-accédents, et boursières qui se promènent désormais au-dessus d’un champ de cactus.

Quant au lockdown, pas de chance, sur les quarante pays au monde affichant la plus forte létalité covid en proportion de leur population, 38 l’ont appliqué… 

10 mai, 2022

Guerre en Ukraine : libéralisme 3 – étatisme 0

 Par Yves Bourdillon.

Et si la guerre en Ukraine illustrait, une fois de plus, la supériorité du libéralisme ?

Pas seulement sur le plan moral, puisque ce conflit oppose une démocratie à un régime autoritaire et enclin à menacer ou envahir ses voisins, mais en termes tout simplement d’efficacité.

Certes, les succès de Kiev s’appuient sur le courage de ses soldats et l’appui d’une population unie dans un patriotisme qui a surpris les Ukrainiens eux-mêmes, en sus de la qualité du renseignement satellite, ou aérien américain et de la fourniture d’armes occidentales, missiles antichars, radars, lance-grenades avant l’invasion, ainsi que canons et blindés depuis un mois.

L’agilité contre la procédure

Mais quelque chose de plus diffus est à l’oeuvre, qui s’appuierait sur des principes disons libéraux, hé oui. Si on considère sommairement que le libéralisme mise sur l’initiative individuelle, la conduite des opérations ukrainiennes s’appuie bien davantage sur la capacité des sous-officiers ( » toute guerre se gagne avant tout grâce à des sergents », selon un idiome militaire) à faire des choix de manière autonome, grâce pour certains à leur formation aux États-Unis, que l’armée russe.

Cette dernière semble engluée, suivant sa tradition séculaire, dans une culture de type « attendons les ordres supérieurs et tenons-nous-y strictement », sans trop s’adapter aux circonstances. Management bottom-up contre top-down, en quelque sorte. C’est d’ailleurs pourquoi l’armée russe perd tant de généraux, déjà neuf sur les vingt déployés sur le théâtre d’opération, puisqu’ils sont obligés de s’approcher de la ligne de front pour analyser la situation et donner leurs instructions.

Et de nombreux témoignages de soldats ukrainiens, ou russes (lors d’échanges téléphoniques avec des proches) indiquent une différence spectaculaire d’agilité des unités au combat, avec notamment des colonnes de blindés russes lancées sans reconnaissance ni appui-feu. Comme disait Patton « aucun plan n’a jamais résisté à la réalité du champ de bataille ».

Deuxième point, les achats d’équipements militaires. Une activité, par définition, étatiste mais où sont en jeu des mécanismes libéraux, appel d’offres, transparence de marchés publics, audit et contrôle. Là encore, la différence est spectaculaire entre Kiev et Moscou. Si les autres secteurs d’activité de l’Ukraine sont encore affectés par une corruption endémique, en revanche les pouvoirs publics y ont refondu de fond en comble le système de military procurement après l’humiliation de l’annexion de la Crimée en 2014, époque où le pays ne pouvait aligner qu’une seule division d’infanterie en état de marche. Cet enjeu existentiel a poussé l’Ukraine à faire passer ses dépenses militaires d’environ 1 % de son PIB à 6 %, un des niveaux les plus élevés de la planète.

À Kiev, en novembre, des députés des divers partis d’opposition à qui je demandais s’ils pouvaient citer une mesure du gouvernement qu’ils approuvaient avaient cité unanimement et sans hésiter la refonte du système d’acquisition d’équipements ; et un député du parti au pouvoir avait reconnu qu’elle avait été amorcée par la précédente administration.

À l’inverse, l’armée russe est un nid patenté de corruption, qui explique pourquoi des généraux peuvent se payer des demeures somptueuses avec un salaire relativement modeste. En fait, la corruption est le moyen par lequel le régime s’assure la loyauté des forces armées en permettant à chacun de piller un peu le système.

Ce qui explique que du carburant s’évapore, que des composants ou des armes tombent du camion, ou que le matériel livré se révèle sub-standard à l’issue d’appels d’offres biaisés au profit de firmes bien connectées. Juste un exemple parmi mille : les blindés à roues russes n’osent pas s’aventurer hors des routes, où leurs colonnes constituent des cibles faciles, par peur de crevaison. Il suffit de zoomer sur une photo de pneus de blindés pour comprendre au vu des fissures… On estime aussi qu’un missile russe sur quatre est inopérant.

Dernier point : dans un régime militaire, la remontée d’informations est toujours défectueuse, marquée par la crainte de la colère de l’échelon supérieur, avec par conséquent la tentation de ne lui dire que ce qu’il aimerait entendre et donc de rosir le tableau. L’image de Sergueï Narychkine chef des services de renseignements extérieurs (SVR), bégayant de trouille à la télévision fin février face à Vladimir Poutine, a ainsi marqué les esprits.

Rien d’étonnant, de ce fait, que le maître du Kremlin ait cru que les Occidentaux resteraient les bras croisés, que l’armée ukrainienne s’effondrerait rapidement et que la population accueillerait les soldats russes avec du pain, des fleurs et du sel au lieu des cocktails Molotov. Erreur d’appréciation qui a poussé le Kremlin à ce qui pourrait être son pire désastre géopolitique depuis presque un siècle…

27 janvier, 2022

L’inflation, le retour (avec une vengeance)

Par Yves Bourdillon

Le monstre de l’inflation est sorti de son placard dans les pays occidentaux. Et pas sûr qu’il y retourne gentiment.

La dérive des prix a atteint 7 % l’an dernier aux États-Unis, du jamais vu depuis… 39 ans. En zone euro, elle est passé en douze mois de presque zéro à 5 %, un niveau atteint pour la dernière fois il y a trente ans sur le continent. La France est en retrait, à 2,8 %, mais sans doute plus pour longtemps.

Cette flambée est essentiellement la conséquence des restrictions imposées suites au covid. Les confinements, fermeture des frontières et autres quarantaines ont perturbé les chaînes d’approvisionnement longues et complexes des industries mondialisées, avec des conséquences en cascade. En raison de la reprise de la demande l’an dernier, avec un goût de rattrapage des consommateurs après la levée de nombreuses restrictions, les entreprises sont prêtes à toutes les surenchères pour acquérir de quoi honorer leurs commandes.

Elles souffrent aussi d’une pénurie de main-d’œuvre car le confinement a poussé beaucoup d’employés à abandonner leur travail, en quête d’un autre sens à leur vie.

Puisqu’il faut garder des collaborateurs et acquérir matériaux, bois de construction, semi-conducteurs, produits énergétiques, slot de fret, etc à tout prix, eh bien, précisément, cela s’opère à tout prix : plus élevé. Ce qui (en sus du jeu géopolitique du Kremlin) explique par exemple la multiplication par cinq des prix du gaz en un an.

L’inflation : le coût du quoi qu’il en coûte

S’y est ajouté un deuxième phénomène. Les pouvoirs publics européens et américains ont injecté des milliers de milliards d’euros ou de dollars dans l’économie, via leurs plans de relance. Politique résumée par le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron, en mars 2020, quand les trois quarts des salariés français étaient au chômage technique.

Comme un shot d’adrénaline pour un patient en arrêt cardiaque. Cela marche quand le cœur peut réagir, c’est-à-dire si les industries peuvent produire biens et services à due proportion. En cas de goulots d’étranglement, ou de pénuries comme celles en cours, cet afflux de liquidités pour un volume de biens et services peu augmenté attise automatiquement l’inflation.

En outre, tout ceci survient dans un contexte de surabondance de liquidités depuis la crise financière de 2008. À l’époque, animées d’une créativité certaine, la Fed et la BCE avaient aussi injecté des doses massives d’argent via interventions non orthodoxes et autres quantitative easing.

Avec surtout pour résultat de créer des bulles boursières et immobilières. Depuis lors est menée une politique de taux d’intérêt très bas, voire nuls, (alors, les épargnants, heureux ?!) qui a gonflé les masses monétaires. Par exemple, le bilan de la Fed, censé refléter peu ou prou la richesse des États-Unis, a été multiplié par douze depuis 2008 et par deux depuis octobre 2020 !

Après le festin, l’addition, donc. Celle-ci sera salée pour les ménages à revenus fixes, salariés, retraités et indépendants aux tarifs contraints, car pour eux l’inflation constitue en fait une sorte d’impôt.

Vous gagnez 100 qui, par l’effet d’une inflation de 5 % ne vous permet plus d’acheter que l’équivalent de 95 aux prix de l’an dernier, c’est comme si « on » avait amputé votre revenu de 5 % ; sauf si parallèlement vous avez un gros crédit que vous remboursez en monnaie de singe.

Un montant que l’on peut comparer à celui de l’impôt sur le revenu de ceux des ménages qui en payent, en moyenne un mois de salaire. C’est-à-dire que l’inflation suscitée par les restrictions covid peut s’apparenter à une hausse de moitié de votre impôt sur le revenu…  Hausse peut-être temporaire quand les goulots d’étranglement auront été résorbés… ou pas.