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27 novembre, 2022

Al Gore, l’architecte du lobby climatique mondial

 Par Michel Negynas.

On ne parle plus guère d’Al Gore. Il s’est médiatiquement discrédité par son train de vie luxueux, son enrichissement via des sociétés liées fortement à l’affaire climatique et à ses démêlés publics et croustillants autour de son divorce. Il n’en reste pas moins qu’il est toujours actif et a construit une organisation impressionnante constituant une véritable structure de lobby mondialisée avec des méthodes sophistiquées de communication et d’infiltration des cercles influents.

Tout est transparent, il suffit de visiter les sites de l’organisation (« Climate Reality Project »).

 

Le Climate reality Project : objectifs et méthodes

« Notre mission est de catalyser une solution mondiale à la crise climatique en faisant de l’action urgente une nécessité dans tous les secteurs de la société.

Nous croyons que le vrai changement vient de la base. Nous savons qu’une masse critique de militants, petite mais engagée, peut non seulement transformer la société, mais aussi changer le monde. C’est pourquoi nous recrutons, formons et mobilisons des personnes pour qu’elles deviennent de puissants militants, fournissant les compétences, les campagnes et les ressources nécessaires pour faire pression en faveur d’une action climatique agressive et de politiques de haut niveau qui accélèrent une transition juste vers une énergie propre.

Notre programme d’activistes phare, le Climate Reality Leadership Corps, a formé plus de 42 000 acteurs du changement dans le monde depuis 2006. Le résultat est un réseau mondial d’activistes menant la lutte pour des solutions climatiques à travers nos 10 succursales – Australie, Brésil, Canada, Europe, Inde , Indonésie, Japon, Mexique, Philippines, Afrique du Sud et un partenariat en Chine – et 140 « chapitres » à travers les États-Unis. Parallèlement à ces efforts, nos initiatives de communication dynamiques relient les sciences du climat et du comportement au pouvoir émotionnel d’histoires captivantes, sensibilisant et inspirant l’action des publics en ligne du monde entier. Rejoignez-nous. »

Tout est dit… alors voyons ce que ça donne.

 

La charte du projet

La charte indique son souci de justice et d’équité, rien à dire là-dessus mais on y trouve aussi :

« Les leaders du climat – dont beaucoup sont issus des communautés de premier plan du monde entier – seront nos partenaires dans ce voyage. Et ensemble, en partenariat, nous perturberons les systèmes de suprématie blanche, de privilège, de « classisme » et de racisme qui ont pu entraver notre travail dans le passé.»

Il y a eu une évolution depuis la fondation : le projet endosse maintenant nettement le wokisme. Ce n’est pas étonnant, les universitaires y jouent un rôle important et le wokisme est né dans le monde académique américain. Et, plus inquiétant, le texte parle de « disrupt the system ».

Jusqu’où peut aller cette « disruption » ? Une désintégration lente de l’intérieur ? Des actions plus radicales ?

 

La formation des leaders et du réseau

Si vous voulez devenir un membre du « Corps des leaders du climat » vous pouvez vous inscrire au processus de formation.

Vous apprendrez entre autres :

« À devenir un leader et un activiste efficace, équipé avec les outils essentiels pour parler en public, influencer les décideurs, argumenter, organiser des communautés et plus encore.

Mais aussi : Comment le racisme systémique nourrit la crise climatique et conduit à une profonde injustice. »

Sur le fond scientifique, on peut avoir une idée de ce qui est enseigné par une video d’Al Gore ici. C’est un exposé non sourcé de catastrophes relevant de la météo, pas du climat, et un étalage de solutions (solaire et éolien) présentées comme « explosant » alors qu’elles ne représentent qu’un pourcentage infime de la production d’énergie.

Et vous aurez les outils pour :

« Faire monter la sensibilisation et influencer l’opinion publique lorsque c’est important, inciter vos amis, collègues et votre communauté à passer à l’action, faire pression efficacement sur les politiciens pour qu’ils agissent et endossent de justes solutions au climat. »

Évidemment, ce moule commun est l’occasion d’échanger et de former une communauté soudée.

Mais il y a aussi le réseau des « speakers pour aider à argumenter entre vérité et fiction, et décrire ce que signifie le réchauffement pour chaque communauté. »

Les cibles sont les classes défavorisées, les communautés de croyants, et les shapers. La communauté des global shapers a été initiée par le fondateur du « World economic forum », qui la soutient et la finance. Il s’agit de jeunes de moins de trente ans (7000 membres dans 170 pays, 369 villes) censés jouer un rôle actif dans l’élaboration des agendas locaux, régionaux et mondiaux.

 

Les moyens

Le budget annuel est de l’ordre de 25 millions de dollars, dont sept millions de salaires.

L’équipe de permanents est en effet impressionnante. Outre un conseil d’administration de 13 membres, on compte dix responsables de branches et pas moins de 80 salariés.

Les branches sont les zones géographiques : Afrique du sud, Australie, Brésil, Canada, Europe, Inde, Indonésie, Japon, Amérique latine, Philippines et USA. Les USA sont organisés en chapters, mot difficile à traduire car il est typiquement américain. Cela peut vouloir dire section mais aussi communauté fraternelle ou religieuse. La Chine est partie prenante via un partenariat mais n’a pas de manager et la sphère russe est absente.

Chaque branche a son site internet. En Europe il y a 3825 leaders, trois permanents et onze coordinateurs. En France, actuellement, c’est Sherazade Zaiter, une avocate engagée en politique du coté du Modem.

 

Un défi à la démocratie

Il ne s’agit pas ici de donner un quelconque avis sur le fond de l’affaire climatique.

Ce qu’il faut retenir, c’est comment les outils modernes de la sociologie, de la gestion des organisations et de la communication, bien utilisés, peuvent être incroyablement dangereux pour le libre arbitre des populations.

Le ciblage des jeunes, des communautés y compris religieuses, l’utilisation d’autres organisations du même type (les shapers) par un réseau efficace, la normalisation d’éléments de langage commun, l’utilisation de la peur, la caricature de la science, jusqu’où cela peut-il aller ? Dans l’histoire de l’humanité, on ne compte plus les périodes o pour sauver les gens d’eux-mêmes, une minorité dite éclairée les plongeant dans le désastre.

Une interview de 2006 dans le journal Grist est restée célèbre :

Question : « il y a de nombreux débats en ce moment sur la meilleure façon de communiquer sur le réchauffement climatique et motiver les gens. Effrayez vous les gens, ou donnez- vous de l’espoir ? Quel est le bon dosage ? »

Al Gore : « je pense que la réponse à cela dépend de l’état d’esprit de l’audience. Aux USA, malheureusement, nous vivons encore dans une bulle d’irréalité. Et la catégorie 5 du déni est un énorme obstacle pour toute discussion sur les solutions. Personne n’est intéressé par les solutions s’il ne pense pas qu’il y a un problème. À partir de là, je crois que lorsqu’on présente les faits c’est approprié d’avoir une surreprésentation de combien c’est dangereux, ceci pour conduire l’audience à écouter les solutions, et que nous sommes confiants dans notre capacité à résoudre la crise. »

Gore s’intéresse à la chose religieuse depuis son plus jeune âge. Alors qu’il travaillait pour le Tennessee, il s’engagea à la Haute école de la religion de l’université Vanderbilt et hésita entre une carrière religieuse et politique. Le terme « voyage » pour désigner le cursus des leaders, les chapters aux USA, l’agitation de la perspective d’une apocalypse, un corps de missionnaires chargés de porter la « vérité » au monde, et surtout « relier les sciences du climat et du comportement au pouvoir émotionnel d’histoires captivantes », cela ne rappelle-t-il rien ?

14 octobre, 2022

Énergies renouvelables : coûteuses et inutiles

 Par Michel Negynas.

La presque totalité de ce qu’on nomme « énergies renouvelables » sont intermittentes et subies. L’éolien et le solaire dépendent de la météo, l’hydraulique au fil de l’eau dépend du débit des fleuves, les hydroliennes des courants et des marées. On dit qu’elles ne sont pas pilotables à la demande comme le sont les centrales thermiques, nucléaires ou à combustibles fossiles. Mais elles ont d’autres caractéristiques qui les rendent difficilement utilisables sur un réseau électrique interconnecté de haute densité.

 

L’intermittence 

Contrairement à une idée reçue, nous avons des épisodes sans vent et sans soleil plusieurs fois par an sur l’ensemble du territoire européen, même en hiver. Au mois de janvier de cette année, c’est arrivé trois fois. On peut même dire que pendant 15 jours de janvier, l’activité éolienne et solaire a été très faible. Chacun peut le constater sur les sites dédiés des différents pays européens (eCO2mix en France, Energycharts.de en Allemagne par exemple).

Si, dans la plupart des cas, on peut le prévoir quelques jours par avance, à l’échelle de l’année voire de la décennie, c’est aléatoire. Comme l’électricité ne se stocke pas, et que les moyens de conversion de l’énergie électrique en vue de stockage ne seront jamais à hauteur des besoins (rappelons que la pointe de puissance appelée historique de la France et l’Allemagne réunies est de l’ordre de 180 millions de  kW), dans une planification à long terme, l’apport des énergies renouvelables à la pointe de consommation compte pour zéro. Une accélération de la construction d’éoliennes et de panneaux  solaires ne change donc rien à notre situation actuelle de risques de black out. 

 

Le coût environnemental

Un des critères qui permet d’évaluer le coût environnemental de production de l’énergie est la densité énergétique. En effet, elle détermine les surfaces géographiques et les ressources utilisées pour produire une unité d’énergie.

On observe qu’il y a un facteur 4 de densité d’énergie entre centrales thermiques et l’éolien/solaire.

Pour prendre l’exemple de l’éolien, la puissance appelée en pointe citée ci-dessus, 180 000 MW, nécessite 60 000 éoliennes ou 112 EPR.  Mais les 112 EPR peuvent produire 4 fois plus d’énergie du fait de l’intermittence des éoliennes, et pendant 60 ans au lieu de 20 ans (durées de vie contractuelles). On coulera 100 millions de tonnes de béton pour les EPR, et 360 millions de tonnes pour les 3 générations d’éoliennes, mais en produisant potentiellement quatre fois moins d’énergie.

C’est pour cette raison que lorsqu’on calcule l’empreinte carbone des différents modes de production d’électricité qui émettent peu à la production on trouve (Chiffre de L’Ademe) :

  • 14 grammes de CO2 par kWh pour l’éolien,
  • 44 grammes pour les panneaux solaires,
  • 6 grammes pour le nucléaire.

 

Cela reflète les impacts environnementaux à l’investissement.

Mais il y a pire. En effet, les fluctuations des énergies renouvelables à très court terme (de l’ordre d’une heure) sont parfois très brutales. C’est évident pour le solaire, qui monte en puissance de zéro à son maximum en 6 heures, et redescend aussi vite. Mais c’est vrai aussi pour les éoliennes car le vent souffle généralement en rafales. Il faut donc des moyens pilotables suffisamment souples, rapides et locaux pour ajuster l’offre et la demande. Au-delà de 20 % de part d’énergies intermittentes dans un réseau, il faut des outils dédiés pour pallier ces fluctuations. L’hydraulique ne suffit pas. Seules des centrales à gaz peuvent le faire. Plus on installe d’éoliennes et de panneaux solaires, plus c’est nécessaire.

Ce phénomène a bien été compris par les fournisseurs de gaz, qui sont les premiers militants lobbyistes pour les énergies renouvelables, et même poussent à fermer des centrales nucléaires. En fait, pour connaître la vraie empreinte carbone des énergies renouvelables, il faudrait leur associer les émissions de centrales à gaz dédiées à leur variabilité. Or, ces centrales, auxquelles sont imposées une marche chaotique, ont un très mauvais rendement (au moins la moitié du rendement nominal !)

 

Une aberration économique

Sur un marché libre, les énergies intermittentes sont intrinsèquement non rentables. En effet, dès que la capacité installée est supérieure à la demande, lorsqu’il y a du vent et du soleil, tout le monde produit en même temps, conduisant à un prix proche de zéro. Comme en plus ce n’est pas simple d’interrompre la production des éoliennes et des panneaux solaires, car c’est une production diffuse, on a souvent intérêt à vendre à prix négatif !

Inversement, sans vent et sans soleil, les prix montent… mais personne ne produit.

En fait, en même temps que l’Europe prône une libéralisation du marché de l’électricité, elle impose un marché complètement artificiel qui ne fait que perturber le marché libre. Elle le fait soit par des subventions directes, soit par des conditions de marché qui imposent de fait d’appeler en premier les productions des énergies renouvelables au détriment des autres moyens de production. Or, on a vu que ces moyens là, pilotables, sont indispensables pour la sécurité du réseau. Ils produisent donc moins que ce qu’ils devraient, et sont moins rentables. C’est peut-être là le plus grave, car cela conduit de facto à ce que les investisseurs se désintéressent des moyens indispensables pour se tourner vers les moyens subventionnés.

Le système conduit donc intrinsèquement au black out.

Enfin, l’autre aberration économique est que l’investissement en énergie intermittente ne délivre sa puissance nominale que 25 % de son temps pour l’éolien on shore, 35 % pour l’off shore et 15% pour le solaire : toute utilisation en aval de ces producteurs ne sera donc, elle aussi, utilisée que partiellement, et mal rentabilisée. C’est vrai pour tout les réseaux électriques de liaison, mais aussi pour des applications telles que la production d’hydrogène, car il sera bien moins coûteux d’alimenter des électrolyseurs avec le taux de marche du nucléaire que de l’éolien !

 

Alors, à quoi servent les énergies renouvelables ?

À cette question, les institutions répondent : « À avoir une deuxième filière en cas de risque systémique sur la filière nucléaire. » Étant donné que cette filière est aléatoire, on ne voit pas bien ce qu’elle peut secourir.

En réalité, les énergies renouvelables ne servent à rien si on a du nucléaire et un peu d’hydraulique.

09 mai, 2021

Loi Climat : un outil au service de l’écologie radicale

 Les conclusions de la Convention citoyenne, loin de se limiter au climat, sont en fait une collecte des principales idées fixes de l’écologisme radical et débordent sur les questions de biodiversité, d’écocide, de pollution, etc.

Les conclusions de la Convention citoyenne, loin de se limiter au climat, sont en fait une collecte des principales idées fixes de l’écologisme radical et débordent sur les questions de biodiversité, d’écocide, de pollution, etc. Ce n’est pas étonnant, puisque tout a été organisé par des activistes notoires qui ont vu là l’occasion de replacer ce qu’ils n’avaient pu imposer dans d’autres instances.

Or, traduit en bon français, le titre signifie lutte contre les émissions de CO2, mais aussi résilience, c’est-à-dire adaptation aux changements climatiques. Ce dernier point est le plus important, pour deux raisons :

  • Même si on ne croit pas aux prédictions officielles, on ne peut exclure que le climat change, d’où l’opportunité de stratégies pour y faire face (vers le chaud ou le froid d’ailleurs).
  • Si on les croit, on voit bien que nous ne changerons pas grand-chose à nos trajectoires, en particulier dans les pays émergents. D’où l’intérêt réaliste de focaliser plus sur l’adaptation que sur la prévention.

Mais un seul article de la loi (sur plus de 60) traite de ce sujet !

LE TEXTE

« Adapter les territoires aux effets du dérèglement climatique 

Article 58 

Dans les conditions prévues à l’article 38 de la Constitution, le gouvernement est autorisé à prendre par voie d’ordonnance, dans un délai de douze mois à compter de la promulgation de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi permettant : 

1° De déterminer les critères d’identification des collectivités concernées par le recul du trait de côte et les modalités de délimitation des zones exposées à plus ou moins long terme à ce recul au sein de ces collectivités… » etc.

Le texte ne parle de rien d’autre.

EXEGÈSE

« Le recul du trait de côte »… qui en terme simple s’appelle érosion et non pas changement climatique !

Il y a confusion, entre un niveau de la mer qui est une notion théorique calculée par satellite, et qui n’a aucune utilité pratique, et le différentiel entre altitude absolue des côtes (qui dépend de nombreux paramètres, dont les mouvements tectoniques, les apports d’alluvions, les pompages de nappe phréatique) et niveau de la mer absolu près des côtes (qui dépend encore des effets de la dernière déglaciation.) Ceci est déjà assez grave.

Mais en plus, ignorer que l’érosion est essentiellement le fait des marées inhabituelles et des vagues exceptionnelles, dont l’effet est sans commune mesure avec une élévation de la mer de quelques millimètres par an, c’est carrément de l’ordre de la fake news.

Il y a sans doute de l’ignorance dans la proposition initiale de la Convention citoyenne, mais pas au sein de la Commission spéciale qui étudie le texte puisqu’on lit dans les documents produits par elle :

L’indicateur national érosion côtière montre qu’environ 20 % du littoral français (hors Guyane) est en recul et révèle également que les vitesses peuvent varier fortement (jusqu’à 8 m/an pour les zones les plus touchées). Pour 11 % des côtes, on relève une avancée de trait de côte, tandis que pour 69,7 % des côtes l’évolution de trait de côte n’est pas perceptible. Ainsi, sur environ 975 communes littorales (dont 885 en métropole), 197 communes (hors Guyane) sont concernées par un recul moyen supérieur à 50 cm/an selon l’indicateur national de l’érosion côtière (source : CEREMA 2018).

Sur quoi se base donc l’article ? On a l’explication par la Commission elle-même dans son rapport :

LE DROIT EN VIGUEUR

L’adaptation au recul du trait de côte

Le recul du trait de côte consiste en un déplacement vers l’intérieur de la limite entre les domaines maritime et terrestre, qui peut être lié à deux facteurs indépendants :

 – l’érosion côtière, qui désigne un phénomène constant de perte ou de déplacement de terre, de sédiments et de roches le long du trait de côte, du fait de l’action des vagues, des courants, des marées et des impacts de tempêtes ;

 – l’élévation du niveau de la mer, phénomène daté du début du XXe siècle, dû à la dilatation thermique de l’eau de mer et à la fonte de glaciers et des inlandsis (immenses glaciers des régions polaires), qui contribue à amplifier l’érosion côtière (1). Selon l’étude d’impact, environ 20 % des côtes françaises reculent sous l’effet de l’érosion, qui est souvent caractérisée comme un phénomène naturel, progressif, inexorable et irréversible. Les côtes concernées sont exposées pour 64 % d’entre elles à un risque de submersion marine (2).

Les références sont :

« (1) Selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) : Climate Change : Impacts, Adaptation and Vulnerability. Coastal Systems and Low-Lying Areas, 2014 (2) Chiffre transmis par la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature »

L’« explication » scientifique est en partie fausse : l’élévation du niveau des mers ne date pas du début du XXe siècle, elle est consécutive à la fin de l’Âge glaciaire, et une partie de l’expansion thermique provient encore de ça.

Selon la référence citée, le GIEC estime la hausse du niveau des mers à 60 cm en fin de siècle, comprise entre 42 cm et 80 cm, avec une probabilité de 70 %. Cela fait un peu petit bras devant des vagues de tempêtes de plusieurs mètres, qui sont les moments où l’érosion s’effectue. On pourrait objecter qu’il y aura davantage de tempêtes, mais là-dessus le GIEC ne se prononce pas vraiment.

Mais il précise à juste titre que les conditions locales varient en fonction des mouvements terrestres, des alluvions etc.

Quant au chiffre de 64 % de submersion, il ne m’a pas été possible de trouver une référence. On notera aussi que les deux références ne disent pas tout à fait la même chose… L’ « explication » de la Commission étant beaucoup plus confuse que la référence du CEREMA : elle considère érosion et niveau de la mer comme indépendants, mais re-cite l’érosion dans le texte concernant le niveau de la mer…

Les fondements de cet article sont donc partiellement faux et confus.

QUELLE CONCLUSION EN TIRER ?

Ce sujet est emblématique de la plupart des thèmes abordés par la loi : inefficaces, flous, dangereux pour la prospérité, non documentés correctement, non chiffrés…

La vraie question du climat, pour autant qu’on la considère comme importante et urgente, n’est pas véritablement traitée dans la loi, comme elle n’était que traitée que de manière anecdotique dans la Convention : la plupart des items concernent la réduction de nos émissions, sans effet à l’échelon mondial, puisque nous sommes déjà les meilleurs du monde occidental. Ce sont des actions floues ou n’ayant des effets qu’à la marge, à portée symbolique, dont l’emblématique chasse à l’avion, poussée à la caricature par la maire de Poitiers. Par ailleurs, les justifications « scientifiques » sont souvent indigentes.

En outre, le législateur, prudent, inscrit comme d’habitude les principes dans la loi, mais reporte les décisions pratiques à la publication des décrets, qui feront moins l’objet des commentaires médiatiques. Il n’en reste pas moins qu’il pourrait y avoir de possibles effets délétères économiques et sociaux.

LES VRAIS OBJECTIFS DES ÉCOLOGISTES RADICAUX

Mais les activistes s’en contrefichent. Pour eux, le climat n’est qu’un outil. Leur victoire symbolique, c’est surtout la notion du délit d’écocide, c’était sans doute cela leur objectif principal. Dans un de ses billets sur son site, Bruno Latour, professeur de Science Po comme exégèse à un de ses livres, définit ce que pour lui signifie le mot climat :

« Climat » est pris ici au sens très général des rapports des humains à leurs conditions matérielles d’existence. Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ? »

Ce qui donne des articles de loi non seulement inutiles, (il y a déjà de nombreuses règles concernant le littoral) mais ignorant (ou feignant d’ignorer) la géophysique la plus élémentaire.

14 novembre, 2020

Précaution, risque zéro, danger : vers une impasse sociétale

 Une société qui n’a d’autre objectif que d’éliminer tout risque est-elle viable ?

On parle beaucoup et souvent à tort du principe de précaution. Mais deux autres tendances moins connues de nos sociétés peuvent nous conduire à une impasse sociétale : l’objectif du risque infinitésimal, et le bannissement de tout danger. La combinaison des trois nous mène dans le mur.

LES RAVAGES DU PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Le concept

Le concept de « principe de précaution », sous une forme élaborée, est apparu officiellement au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. L’un des 27 principes adoptés est le suivant :

En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. (Principe 15)

Le principe avait par ailleurs déjà été énoncé lors de certains sommets internationaux dès la fin des années 1980. En France, sa première apparition date des lois Barnier sur l’environnement en 1995.

Depuis, il est invoqué à tout-va, et même souvent à tort, les politiques et les media confondant le principe de précaution avec la prudence, laquelle consiste à se prémunir d’un risque connu et à probabilité élevée.

En France, un tournant a eu lieu en 2005 avec l’adoption, dans la Constitution, de la Charte de l’environnement avec entre autres : 

Article 1er. Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

Article 5. Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Analyse

Le principe de précaution s’inscrit dans un large corpus philosophique, dont les prémices étaient déjà chez HeideggerHannah Arendt et leurs successeurs. Mais beaucoup en donnent la paternité au philosophe Hans Jonas et son ouvrage traduit en français par Le principe responsabilité.

En fait, Hans Jonas souligne que puisque nous avons maintenant des moyens technologiques capables d’effets importants et irréversibles sur notre environnement, notre devoir est de garantir à nos générations futures qu’il n’en sera rien. En particulier, il faut évaluer les risques et bénéfices des progrès technologiques. On pourrait plutôt résumer cela en un principe de responsabilité.

Hans Jonas ajoute que les générations futures ne votant pas, la démocratie comme méthode de gouvernance n’est pas adaptée. Il prône un gouvernement par une élite éclairée. Mais ça, c’est une autre histoire. Samuel Kohlhaas vient de développer le sujet sur Contrepoints.

En réalité, Hans Jonas ne formule pas ses principes tels qu’on les trouve maintenant dans la Constitution française. Et le principe de précaution fait l’objet de nombreuses définitions dont les nuances conduisent parfois à des acceptions différentes en pratique. Cela n’aide pas à sa compréhension et à son application éventuelle.

  • L’article premier de la Constitution pose déjà en lui-même plusieurs problèmes liés à la sémantique.

En effet, que signifie le terme environnement ? Il est souvent à l’origine de méprise lors de traductions, car pour les Anglo-saxons (et certaines branches scientifiques) il signifie généralement « tout ce qui n’est pas inné ». Il inclut donc les comportements et englobe les atteintes à la santé. D’ailleurs, le texte de l’article ajoute « environnement respectueux de la santé ». Il en résulte que si le législateur, craignant des conséquences incontrôlées, avait voulu limiter la portée du texte à l’environnement au sens usuel français, c’est raté. Dans ce contexte, la Covid-19 peut même être « une atteinte à un environnement respectueux de la santé ». Et dans la pratique, d’ailleurs, le principe de précaution est invoqué le plus souvent sur des questions de santé.

  • L’article cinq, lui, est probablement un des textes législatifs les plus incompréhensibles qui ait jamais été écrit.

En effet, si du fait d’un projet ou d’une situation, la réalisation d’un dommage est incertaine, c’est que le processus est mal connu. On peut initier ou intensifier la recherche pour mieux le connaître, mais on voit mal comment faire une évaluation des risques et déterminer les mesures provisoires à prendre avant d’avoir fait l’étude.

Les tenants du principe se livrent à des contorsions intellectuelles vertigineuses pour contrer cet argument de bon sens, invoquant par exemple une conception post- moderniste de la science : celle-ci ne serait qu’une composante parmi d’autres de notre paradigme culturel, et à ce titre, elle n’est pas à privilégier pour appliquer la précaution (O. Godard).

Ces considérations hautement théoriques sont peut-être défendables intellectuellement, mais ne résistent pas aux cas concrets pour de multiples raisons. En réalité, le principe de précaution tourne très souvent au principe d’abstention : les mesures prises seront généralement d’interdire a priori le processus susceptible de causer le dommage ; et souvent, cela revient à interdire son étude elle-même : voir les OGM en Europe, par exemple. C’est en cela que contrairement à ce qui est affirmé par ses promoteurs, ce principe est de nature à générer un conservatisme excessif, et même de l’immobilisme. En particulier si le sujet est porteur de débats scientifiques, et il l’est généralement.

Par ailleurs, et c’est peut-être le plus fâcheux, il conduit peu ou prou à renverser la charge de la preuve, puisqu’il implique de démontrer l’innocuité d’un processus dans le cas fréquent où le risque de dommage n’est pas encadré par des critères d’acceptabilité, lesquels critères font généralement débat eux aussi de toute façon.  En effet, quasiment toute activité humaine est susceptible de créer des dommages graves et irréversibles ! C’est le risque effectif qu’il faut gérer. Pour cela il faut pouvoir l’apprécier. Et prendre des « mesures proportionnées » ab initio est donc impossible.

Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel ont précisé que les droits énoncés dans la Charte de l’environnement ont valeur d’objectif constitutionnel et sont judiciairement recevables (décision n° 2019-823 QPC du 31 janvier 2020).

Et l’article 5 s’adresse « aux autorités publiques » : compte tenu d’une judiciarisation galopante, il ne peut conduire qu’à la paralysie de l’administration et des dirigeants politiques. C’est l’évolution, lente mais bien réelle, à laquelle nous assistons.

LA COURSE AU RISQUE ZÉRO

Gérer les risques

Pour gérer un panel de risques connus, il y a des méthodes.

On trace une cartographie : on positionne les risques dans un diagramme avec en abscisse la gravité et en ordonnée la probabilité d’occurrence. On leur affecte un calcul d’affectation de ressources. Cette visualisation permet de gérer des priorités et des allocations. Mais les décisions ne peuvent être que politiques (au sens premier du mot), et collégiales, surtout en ce qui concerne les risques à gravité élevée et à probabilité faible.

Il est évident que nos institutions réagissent, elles, sur des critères d’émotion et pas de prioritisation et que la démocratie dans ce domaine s’apparente davantage à du suivisme de l’opinion, manipulée par des activistes et amplifiée par les media, qu’à des délibérations politiques.

L’économiste danois Bjorn Lomborg a fondé le Copenhagen Consensus Center pour tenter de définir des priorités à l’échelle de la planète à partir d’une idée purement économique. Il a réuni périodiquement des prix Nobel et leur a demandé de répondre à la question : si vous aviez 75 milliards à dépenser, où les mettriez-vous pour améliorer le sort de l’humanité ?

La réponse est fondée sur des analyses coûts/bénéfices, et le dernier avis, datant de 2012, définit parmi les 10 premières priorités :

Hunger & EducationBundled Interventions to Reduce Undernutrition in Pre-Schoolers
Infectious DiseaseSubsidy for Malaria Combination Treatment
Infectious DiseaseExpanded Childhood Immunization Coverage
Infectious DiseaseDeworming of Schoolchildren
Infectious DiseaseExpanding Tuberculosis Treatment
Hunger & Biodiversity & Climate ChangeR&D to Increase Yield Enhancements
Natural DisastersInvesting in Effective Early Warning Systems
Infectious DiseaseStrengthening Surgical Capacity
Chronic DiseaseHepatitis B Immunization
  • 10 
Chronic DiseaseAcute Heart Attack Low‐Cost Drugs

Le changement climatique n’est cité qu’en sixième position, et encore, uniquement sur le plan de la biodiversité et des rendements agricoles. On aurait bien fait de s’en inspirer en Europe et privilégier la prévention contre les maladies infectieuses plutôt que la lutte pour le climat…

Définir démocratiquement le risque acceptable

En tout état de cause, une des clés de bonne gestion est de définir démocratiquement le risque acceptable compte tenu du contexte du moment (possibilité technique, emploi des ressources…). Or c’est généralement décidé au sein de comités non élus, par des processus peu transparents. À titre d’exemple, la détermination des limites à l’exposition des pollutions ou des substances dangereuses gagne à être connue.

En général, l’objectif est d’éviter un mort de plus que la mortalité jugée comme naturelle, pour 100 000 expositions au risque. Mais c’est souvent un pour un million si des personnes fragiles peuvent être exposées (femmes enceintes, handicapés etc.). Une des conséquences est que le plus souvent, vue la rareté des évènements recherchés, il est impossible de vérifier statistiquement le résultat des mesures prises.

En outre, les calculs empilent les hypothèses les plus conservatrices, et à la fin, on leur affecte en plus un coefficient de sécurité qui est en moyenne de 100, mais peut aller jusqu’à 3000. On tombe parfois en dessous des capacités de mesure, ou en dessous des expositions naturelles…

EN ROUTE VERS LA SUPPRESSION DES DANGERS

L’eau, même potable, est dangereuse : son ingestion forcée était un supplice au Moyen-Âge. Évidemment, on ne court aucun risque à en boire modérément. Le risque est la combinaison d’un danger et d’une probabilité que ce danger fasse des dommages dans certaines circonstances, par exemple le degré d’exposition à une pollution. Un risque est gérable, le danger ne peut être qu’éliminé.

Le règlement REACH sur les substances chimiques conduit ainsi de plus en plus à bannir des substances, alors que ce n’était pas le but initial. Il se produit subrepticement un glissement du risque au danger, qui vient quasiment d’être officialisé par la Commission européenne, dans son projet de remise à plat de REACH. C’est l’un des axes majeurs du Green Deal de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen : l’adoption d’une « stratégie durable dans le domaine des produits chimiques » visant à « garantir un environnement sans substances toxiques » à l’horizon 2030. La promesse d’une petite  révolution. (Commentaire du journal Le Monde). Même la Direction de la santé a émis des réserves !

LES CONSÉQUENCES

Cette combinaison diabolique (précaution, danger, juridiciarisation) est à l’œuvre dans bien des domaines. La gestion du Covid-19 en est un exemple frappant : tétanisation des décideurs qui se retranchent derrière des scientifiques ouvrant eux- mêmes le parapluie, objectif vain d’élimination du danger (« casser l’épidémie par le confinement») plutôt que de gérer le risque (adaptation des moyens médicaux de prévention et de soin).

Nous construisons ainsi un monde qui vit dans la peur, et à terme, va dépenser la plus grande partie de son PIB à éliminer des risques de plus en plus faibles : il n’y aura pas de limite. On en vient même à vouloir « sauver le climat terrestre » !

Il ne s’agit pas de plaider pour un laisser faire ou de ne pas gérer les risques qui sont devant nous. Mais d’autres méthodes sont possibles, à base de contrats de progrès entre les parties prenantes de la société. Évidemment, pour cela, il faut une démocratie apaisée, et ce n’est guère possible dans une société travaillée par des organisations activistes dont le pouvoir de nuisance médiatique ne cesse de croître.

Enfin, les évènements actuels mettent en lumière une question qui n’a plus rien de théorique : une société qui n’a d’autre objectif que d’éliminer tout risque peut-elle rester vraiment démocratique ?