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Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
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15 juin, 2021

Plan de relance : pourquoi l’État n’y arrivera pas

 Plutôt que de se prétendre chef d’orchestre sans savoir jouer de la musique ni lire une partition, l’État ferait mieux de supprimer les obstacles qu’il impose déjà à la bonne marche de l’économie française.

Celui qui n’est pas apte à servir son prochain cherche à le commander – Bureaucracy (1944)Ludwig von Mises.

Après la chute symbolique du mur de Berlin et l’échec tragique des grandes économies planifiées du XXe siècle (la Chine et l’Union soviétique), on aurait pu penser que les leçons de l’histoire contemporaine auraient atteint les plus hautes sphères de la haute administration française.

On a même failli le croire en 2006, quand le Commissariat au Plan a été supprimé après quelques 60 ans d’existence. Les dernières annonces sur sa résurrection semblent finalement indiquer le contraire.

Peu importe que le gouvernement français actuel ait encore récemment montré son incompétence en matière d’organisation – en l’occurrence de l’approvisionnement d’un produit simple comme les masques sanitaires – il se prévaut désormais de pouvoir coordonner l’économie dans son ensemble et de prendre sur lui de diriger sa relance.

LES ENTREPRISES N’ONT PAS LE LOISIR DE PERSISTER DANS L’ERREUR

Le fait de s’entêter autant dans l’erreur – voire de surenchérir aveuglément – n’est pas un luxe que les entreprises privées peuvent se permettre. C’est sûrement pour cela qu’elles s’adaptent mieux et plus vite que les gouvernements aux changements rapides de leur environnement.

Nul besoin d’être économiste pour observer que chaque jour, des milliers de produits fabriqués par des centaines de producteurs arrivent sur les marchés et sur les étagères des magasins de nos quartiers. Ces producteurs ne se concertent pas, ne sont pas au courant de leurs plans respectifs et ne se parlent même pas.

Comment savent-ils ce que veulent les consommateurs, où acheminer leurs produits, en quelle quantité et à quel prix ? Cette prouesse constante émerveille certains et en dérange d’autres qui croient nécessaire de devoir tout coordonner à partir d’un grand plan général.

Force est de constater que la pénurie est rare dans les économies développées et intégrées au marché mondial. Elle demeure principalement accidentelle, par exemple dans le cas de mauvaises récoltes ou de catastrophes naturelles.

Sinon, quand la demande pour un produit s’intensifie, son prix augmente à court terme, envoyant ainsi un signal à ses producteurs d’augmenter leur volume afin de satisfaire cette nouvelle demande, ce qui fait alors baisser le prix du produit.

De la même manière, quand leurs stocks s’écoulent plus lentement que prévu, les producteurs comprennent qu’ils devront bientôt baisser les prix de leurs produits et ralentir leur cadence de production. Ces effets de balancier, ces ajustements concernent chaque jour des dizaines de produits.

LES PRIX ADMINISTRÉS NE SONT PAS DES SOLUTIONS À LA PÉNURIE

En absence d’un système de prix libres, c’est-à-dire de signaux clairs et rapides, il est impossible pour les entrepreneurs d’anticiper quelle quantité produire et de s’organiser en conséquence.

Comme le cas des masques l’a d’ailleurs rappelé, un prix administré ou un rationnement imposé par la force ne résout aucunement la pénurie mais au contraire la pérennise, en créant de surcroît – avec l’apparition du marché noir – du chaos là où régnait l’ordre souple et transparent des ajustements de prix.

La même logique s’applique à la relance générale de l’économie : les produits et services dont les Français manquent le plus actuellement et dont la disponibilité tarde à revenir à un niveau pré-pandémique verront leur prix augmenter dans un premier temps avant de baisser quand leurs producteurs auront rattrapé leur retard de volume.

Le gouvernement ne peut pas se substituer au système de prix relatifs et découvrir par lui-même quel service devrait être fabriqué, ni quand, ni à quel prix1.

À chaque fois qu’il s’y essaye, il échoue car il ne dispose pas de l’information pertinente concernant chaque produit (stocks, files d’attente, produits complémentaires et substituables, profits etc.) qui est disséminée dans la population et en constante évolution.

L’ILLUSION SYNOPTIQUE

L’idée que parce qu’ils sont au sommet de l’organisation politique, ils disposent d’une vue d’ensemble leur permettant d’intervenir positivement dans l’économie est une complète illusion, que le prix Nobel Friedrich Hayek nomma illusion synoptique.

C’est au contraire leur absence d’intervention arbitraire, leur renoncement à vouloir à tout prix se mettre en valeur et se montrer « à la tâche » qui permettrait aux véritables acteurs de l’économie, et en premier lieu aux entrepreneurs, de fournir au plus vite les services dont le besoin est le plus pressant dans la communauté.

Plutôt que de se prétendre chef d’orchestre sans savoir jouer de la musique ni lire une partition, plutôt que de planifier le chaos avec des fonctionnaires sans expérience, l’État ferait mieux de supprimer les obstacles qu’il impose déjà à la bonne marche de l’économie française, en particulier ceux qu’il contrôle vraiment et directement, à commencer par le boulet de son propre poids fiscal et administratif qui est depuis longtemps déjà le plus élevé de l’OCDE.

Article initialement publié le 5 septembre 2020.

  1. Il est connu que les Soviétiques empruntaient les catalogues de produits étrangers pour estimer les prix relatifs des produits sortant de leurs usines. ↩

07 septembre, 2020

 Comment relancer l’économie et aussi augmenter les recettes fiscales sans alourdir le fardeau de la classe moyenne québécoise ?

Un article de l’Institut Economique de Montréal

Un dessin vaut souvent mieux qu’un long discours. La légende veut que l’économiste Arthur Laffer ait dessiné sa fameuse courbe éponyme sur la nappe d’un restaurant.

L’idée derrière cette courbe parabolique est qu’il existe un seuil optimal au-delà duquel l’augmentation des taux marginaux d’imposition réduit les recettes fiscales au lieu de les augmenter.

Bien que le concept lui-même soit largement accepté – une petite part d’un grand gâteau est plus copieuse qu’une grande part d’un petit gâteau – la question empirique de sa forme exacte et du seuil optimal dans un pays donné et à un moment donné pose débat.

Une étude récente du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal a mesuré l’effet des augmentations successives du taux marginal d’imposition de +3,63 % en 2013 et de +6,68 % en 2016 sur les Québécois à plus hauts revenus. Ainsi, le taux marginal pour les revenus plus élevés est passé de 48,22 % à 53,3 % !

Le résultat de la réforme provinciale de 2013 fut une baisse d’activité qui s’est traduit par une baisse de l’assiette fiscale de 1,19 milliard de dollars et par une baisse des recettes fiscales de 339 millions. Le résultat de la réforme fédérale de 2016 fut une baisse encore plus significative de l’assiette fiscale (2,7 milliards) et des recettes (1,17 milliard) du Québec.

Il semble clair qu’à 48,22 % en 2013, le Québec avait déjà atteint ou dépassé le seuil optimal d’imposition des Québécois à hauts revenus.

Comment alors relancer l’économie et aussi augmenter les recettes fiscales dans notre situation déficitaire sans pour autant alourdir injustement le fardeau de la classe moyenne québécoise ?

La recette est aussi dans la courbe de Laffer : une baisse des taux d’imposition sur les revenus permettrait à la fois une relance rapide de la croissance économique et une augmentation à terme des recettes fiscales.

La Nouvelle Zélande a réussi ce tour de force en 1987 en réduisant significativement l’impôt sur le revenu et en élargissant la base des impôts de consommation.