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19 avril, 2017

La politisation des systèmes monétaires modernes

Le nouvel ouvrage de Pascal Salin sur la politique monétaire apporte des éléments substantiels à l’analyse des systèmes monétaires modernes. L’effort didactique est à saluer eu égard à la complexité des thèmes abordés.

Un article de Trop Libre
Pascal Salin signe un ouvrage d’économie qui aborde des sujets essentiels mais auxquels nous n’accordons que peu de temps pour une réflexion approfondie. L’argumentation didactique accompagne une hauteur de vue salutaire.
Plaidant l’exigence d’une évaluation économique rigoureuse, l’auteur nous invite à creuser les causes réelles des maux économiques contemporains. L’ouvrage de Pascal Salin met en lumière le rôle néfaste que jouent les chocs monétaires. Nous sommes ainsi conviés à explorer les méandres des politiques monétaires et leurs effets sur nos économies.

L’inanité des politiques monétaires expansionnistes

L’auteur aborde plusieurs sujets, pour déconstruire leurs études reçues à leur égard.
Le déficit commercial d’abord. Il représente une situation dans laquelle un pays achète plus de produits et services qu’il n’en vend à l’étranger. Pascal Salin déplore “la tonalité négative” du terme déficit ainsi que “l’influence négative des théories d’inspiration keynésienne”.
De même, tandis qu’il est pointé du doigt comme résultant “d’un manque de compétitivité de la part du pays (…)”, le déficit commercial serait, pour Pascal Salin, le fruit “d’un excédent d’offre financier résultat du déficit budgétaire”. Par conséquent, l’auteur suggère qu’il serait vain de corriger la situation de la balance commerciale sans modifier les facteurs qui l’expliquent.
Pascal Salin désapprouve ainsi l’existence “d’une fiscalité qui décourage l’épargne” et qui incite “à acheter de l’épargne de l’extérieur pour financer les investissements”. Au même titre que l’interventionnisme politique est à proscrire, selon Pascal Salin, dans le cadre d’une hypothétique correction du déficit commercial, la dévaluation est à éviter car elle entraîne une série « d’effet nuisibles ».
La dévaluation ensuite. Elle consiste, pour les autorités monétaires, à décider de manière discrétionnaire de “modifier le taux de change qu’elles étaient censées maintenir”. En effet, une banque centrale prend l’engagement d’échanger sa propre monnaie contre une autre à un certain taux de change. Or, pour Pascal Salin, la dévaluation est par conséquent, “la rupture d’une promesse antérieure”. Elle est même “une spoliation” dans la mesure où l’organisme qui avait promis d’échanger sa propre monnaie contre une autre, à un prix fixe, décide unilatéralement de remettre une quantité plus faible de monnaie étrangère”.
Pascal Salin démontre que la dépréciation d’une monnaie est “d’autant plus importante que sa croissance monétaire est plus élevée par rapport à celle du reste du monde (…)”. Employée concomitamment à une dévaluation, la politique monétaire expansionniste finance artificiellement la dette de l’État, ce que Pascal Salin considère comme « un impôt caché ».

Les dérives potentielles inhérentes aux carences des systèmes monétaires modernes

Pascal Salin montre également très bien que les risques systémiques sont le reflet de l’interventionnisme politique en matière monétaire auquel s’ajoutent “les caractéristiques spécifiques des systèmes monétaires modernes”. L’auteur met en avant le caractère “public et national des systèmes monétaires modernes” et dénonce “des dérives potentielles”. D’une part, l’auteur invite à reconsidérer le rôle de “prêteur en dernier ressort” nouvellement imputé aux banques centrales.
Cela incite “à des comportements irresponsables (…)” et contribue à l’instabilité monétaire. D’autre part, malgré l’adjonction du principe d’indépendance des banques centrales, offrant de prime abord l’impossibilité d’une relation entre “déficit public et création monétaire”, Pascal Salin préfère la mise en place d’une limitation du pouvoir discrétionnaire d’émission monétaire car l’indépendance théorique de la banque centrale peut être contournée par “des pressions politiques et pressions de l’opinion publique”.
L’auteur souligne que “l’un des drames du XXème siècle vient de ce que l’on est passé d’un monde de fonds propres à un monde de fonds empruntés”. Les bulles financières ou les bulles immobilières sont la résultante d’une politique de taux d’intérêt très bas incitant “les emprunteurs à emprunter davantage pour acheter des actifs financiers ou pour acheter des logements”. De même, les gouvernants sont responsables en ce qu’ils sont “tentés de créer l’apparence du crédit facile et de la relance de l’activité ».

Le souhait d’une décentralisation monétaire à l’heure de l’Internet

Dans Les Systèmes monétaires, Pascal Salin revient également sur la création de la monnaie unique. Revenant sur la perspective de l’utilité et de la valeur pratique d’une monnaie, Pascal Salin identifie l’euro comme “le reflet du nationalisme monétaire”. L’auteur reproche le cloisonnement institutionnel et le monopole de production de l’euro par la BCE. Ainsi, Pascal Salin est favorable à “un système de monnaies concurrentielles” dans lequel “chaque producteur est incité à proposer une bonne monnaie”. Par conséquent, il formule le souhait d’une “décentralisation du système monétaire européen”.
Prolongeant sa réflexion, il s’intéresse également aux nouvelles mutations économiques. L’Internet bouscule à la fois la définition, les modes de production et le rôle de la monnaie. Pascal Salin constate que l’Internet conduit à une “désétatisation de la monnaie et à la disparition de toutes les réglementations (…)”. L’invention de nouvelles monnaies, à l’instar du bitcoin, met en place un processus concurrentiel entre “monnaies privées et a-nationales”.
Néanmoins, l’auteur insiste sur la qualité d’utilité relative que doit revêtir une monnaie pour subsister face à la concurrence. La perspective est celle d’une désétatisation de la monnaie et la disparition à terme de la politique monétaire.
En conclusion, la politique monétaire se constitue pour Pascal Salin comme « une modalité spécifique d’interventionnisme étatique ». Dès lors, la critique de l’auteur ne porte pas tant sur « la nature même des systèmes monétaires », mais sur l’existence de mécanismes régulateurs qui « en réalité déstabilisent» les systèmes monétaires. L’ouvrage de Pascal Salin apporte des éléments substantiels à l’analyse des systèmes monétaires modernes. L’effort didactique est à saluer eu égard à la complexité des thèmes abordés.
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