Le Québec s'endette au rythme de 19 millions $ par jour.

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Vaut mieux en rire!

Valérie Plante avait mal lu. Montréal n’a pas un trou de 300 millions. Montréal a 300 millions de trous.--- Michel Beaudry

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15 avril, 2015

Éloge de la concurrence contre la connivence

Contre l’État protectionniste, Jean-Marc Daniel signe un essai novateur qui s’inscrit dans le sillage de la pensée de l’économiste libéral François Quesnay.

Revue de livre par Damien Theillier.

Jean-Marc Daniel économiste français, est professeur d’économie à l’ESCP Europe. Il est également chroniqueur sur BFM Business et directeur de la revue intellectuelle Sociétal. Il travaille essentiellement sur la politique économique, dans ses dimensions théoriques et historiques.

« Soyons clairs, l’élite de la fin du XXe siècle était keynésienne, il faut que celle du XXIe siècle soit quesnaysienne », écrit-il dans l’État de connivence, par référence au grand physiocrate François Quesnay (1694-1774). Dans cet essai à la fois brillant et provocateur, Jean-Marc Daniel analyse les mécanismes modernes de la rente et dénonce le retour des rentiers. Oui il y a montée des inégalités, mais pas comme on le croit !

Quesnaysiens contre keynésiens

Pour commencer, Jean-Marc Daniel renvoie dos-à-dos les défenseurs néomercantilistes de la « compétitivité », et les protectionnistes qui se cachent derrière des néologismes comme la « démondialisation », tous héritiers de théories réfutées avec succès par Quesnay dès le XVIIIe siècle. La stratégie mercantiliste consistait à capter la croissance des autres pays, tout en protégeant un appareil productif obsolète. Or cela se faisait au détriment du pouvoir d’achat de la population qui subissait une dévaluation de sa monnaie et un coût des importations élevé.

À la fin du XVIIIe siècle, l’école de la physiocratie avait compris que la réponse au problème de la dette publique et de la pauvreté était la croissance économique. Pour lutter contre les banqueroutes à répétition et leur cortège de faillites, il fallait permettre la concurrence et ainsi encourager le progrès technique. Dans son éloge funèbre de François Quesnay, le comte d’Albion résumait ainsi les travaux de l’économiste pour assurer la croissance : « Restreindre autant qu’il est possible les frais des travaux, des transports, des fabrications de toute espèce. On ne peut y parvenir sans dégradation et sans injustice que par la liberté la plus grande de la concurrence […]. Il faut donc sur le travail ni prohibitions, ni taxes, ni privilèges exclusifs. »

Selon Jean-Marc Daniel, comme le préconisait François Quesnay, il est temps d’en finir avec la tentation du protectionnisme, il faut renforcer le libre-échange, lutter contre les « prohibitions », les « privilèges exclusifs », et miser sur la croissance de l’offre productive à long terme, seule capable d’élever durablement notre niveau de vie.

Comment l’État génère des rentes

Quels sont aujourd’hui les vrais obstacles aux réformes structurelles dont la France a besoin ? 

Dans L’État de connivence, son dernier livre, Jean-Marc Daniel répond en un mot : la connivence. De quoi s’agit-il ? D’un copinage entre secteur public et secteur privé, sur le dos du consommateur et du citoyen. Des entreprises cherchent auprès de l’État des protections financières ou réglementaires. Elles veulent échapper à la concurrence et demandent à l’État de les protéger contre la perversité du marché ou la déloyauté de la concurrence. Autant de fausses justifications destinées à maintenir un niveau de prix largement supérieur à ce qu’il devrait être.

Connivence entre un patronat qui craint la concurrence par-dessus tout, une gauche protectionniste et un gouvernement qui affiche des tendances colbertistes. Connivence organisée autour du maintien des rentes de toutes natures, et notamment celles des nombreuses professions qui vivent des largesses de l’État-providence… Connivence, donc, garantie par l’État, sorti de son rôle. Et seule la concurrence permettra de mettre fin aux privilèges. Toujours stimulant, Jean-Marc Daniel défend ici une société fondée sur le talent plutôt que sur la rente.

Une citation résume bien son propos. Elle provient de Luigi Zingales, dont s’inspire Jean-Marc Daniel et dont j’avais traduit un article (ici) :

« Les Tea Parties dénoncent l’accroissement du poids de l’État, le mouvement Occupy Wall Street dénonce lui le poids et l’emprise énorme de grandes entreprises. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’ils combattent deux faces d’un même monstre : l’entremêlement entre l’État mammouth et les grandes entreprises. » (A Capitalism for the People: Recapturing the Lost Genius of American Prosperity)

Comme Zingales, Jean-Marc Daniel préconise un capitalisme au service du peuple, un capitalisme qui tourne le dos à la connivence pour permettre à chacun d’exprimer ses talents en se confrontant aux autres sur des marchés concurrentiels. L’enjeu, c’est la défense du « travailleur pauvre, mal protégé par les syndicats fonctionnarisés, qui paie trop cher les produits, qui subit une pression fiscale devenue confiscatoire pour payer une fonction publique pléthorique ».

Les vraies fonctions de l’État

Selon l’auteur, l’État ne doit pas se tromper de priorité : il doit contribuer à créer un environnement favorable à l’élévation du revenu des pauvres, plutôt que de chercher à taxer les riches au nom de la lutte contre les inégalités. L’impôt sur le revenu est punitif, il n’aide pas les pauvres, il punit les riches. Le but de la politique n’est pas d’abaisser une partie de la population. C’est au contraire de faire émerger les talents.

La politique monétaire américaine des années 2000, menée pour permettre à l’État de s’endetter sans limites et à moindre coût, a échoué.

La concurrence est l’outil privilégié de l’action publique. L’État ne doit pas s’interdire de réfléchir à ses propres missions en termes de concurrence. Dans beaucoup de domaines, il n’a pas besoin d’agir lui-même, il doit laisser le secteur privé s’organiser. « De maître d’œuvre, il doit devenir maître d’ouvrage », écrit Jean-Marc Daniel.

La concurrence est à la fois le plus puissant outil de régulation et de redistribution et en même temps le plus juste. C’est pourquoi l’auteur plaide pour la suppression du statut de fonctionnaire, à l’instar de la Suède et pour la privatisation de l’assurance maladie

Finalement, conclut-il, nous sommes arrivés à un stade où nous pouvons changer radicalement de direction. Le communisme est derrière nous, le keynésianisme également. Il devient possible de revenir à Quesnay et à la concurrence.

Jean-Marc Daniel, L’État de connivence, Ed. Odile Jacob, 198 pages.


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